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L'égalité scolaire : entre utopie et réalité

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112 pages

Description

Véritable introduction à la sociologie de l’éducation, cet essai expose les causes de l’échec scolaire et les différentes politiques éducatives en matière de lutte contre les inégalités à l’école.


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Date de parution 22 juin 2018
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EAN13 9782754741378
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Mohamed Jeljeli
L'égalité scolaire : entre utopie et réalité Analyses et réponses depuis Pierre Bourdieu
2018
Les Éditions du Panthéon 12, rue Antoine Bourdelle – 75015 Paris Tél. 01 43 71 14 72 www.editions-pantheon.fr
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Remerciements
Je souhaite avant tout remercier le Docteur en Sciences de l’Éducation, M. Gilles Ubrich, de sa collaboration.
Je remercie également les frères Saruhan, Chéro et Védat, du Kusudasi, de leur soutien et de leur confiance dans la réalisation de ce projet.
Avant-propos
Depuis la thèse de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, exprimée dans leur livreLes Héritiers, les étudiants et la culture,1964, l’analyse de l’échec scolaire est passée d’une en « pathologisation intellectuelle » à un handicap socioculturel. Cette thèse a pointé du doigt les inégalités scolaires et mis en avant le concept de reproduction sociale. L’élève est donc condamné à la réussite ou à l’échec scolaire, selon son origine sociale. Ce point de départ caractérise un nouvel élan dans la sociologie critique mais, également, une approche contemporaine de l’échec scolaire qui était, jusqu’ici, perçu comme la conséquence d’une limite psychologique.
C’est pourquoi on peut se demander aujourd’hui : À travers l ‘Histoire et les différentes approches, quelle a été l’évolution de cette thèse au cours des décennies ? L’introduction du livre est une accroche et comporte plusieurs éléments qui seront évoqués plus tard. Elle pose le cadre général de l’institution scolaire en explicitant le rôle méritocratique de l’école et la volonté d’unifier le système éducatif depuis Jules Ferry. Les parties qui constituent l’ouvrage traitent des enjeux de l’école mais aussi des obstacles économiques et sociaux auxquels est confronté notre système éducatif. Ce travail découle de l’analyse et de la synthèse d’un ensemble de textes étudiés et d’une sélection d’informations majeures et pertinentes dans la recherche historique.
Le but de ce livre est de confronter les différentes théories et les points de vue afin d’observer la pluralité, ainsi que l’évolution ou non, des discours sociologiques sur l’échec scolaire depuis cette thèse de 1964. Ce travail met en avant la complexité et les différents facteurs de l’échec scolaire selon les approches. Une mise en relation entre les politiques éducatives et les théories sociologiques a été faite, pour étudier le rapport entre les actions éducatives et les courants sociologiques.
• Une utilisation des statistiques pour donner une pertinence, une cohérence et des arguments au travail de recherche. • Une recherche historique des dates clés du système éducatif pour observer l’évolution à travers l’Histoire. Les statistiques ont également été utilisées pour apporter un aspect quantitatif à la recherche et permettre une interprétation des différents discours. Ces statistiques ont été collectées pour chaque décennie afin de quantifier une probable évolution.
Le milieu social de l’élève a été le dénominateur commun utilisé. Il a, en effet, été mis en relation avec plusieurs facteurs et les différents paramètres suivants :
• Le taux de redoublement dans l’enseignement Primaire et Secondaire et le taux de réussite au baccalauréat. • L’orientation vers les filières courtes et professionnelles. • L’orientation vers l’enseignement supérieur.
Ce livre ne nie pas les inégalités qui peuvent être la conséquence d’un processus naturel comme le patrimoine génétique unique, la famille dans laquelle nous vivons, ainsi que la culture et la société dans lesquelles nous évoluons, loin de là… Mais il s’agit de discuter la tâche de l’école, qui est de favoriser et de promouvoir l’égalité des chances, au lieu de se focaliser sur l’égalité des résultats. Cela permettrait à chacun d’exprimer ses compétences, avec les mêmes
chances de réussite.
Il m’a aussi semblé important de distinguer brièvement l’échec scolaire, de l’élève en difficulté afin qu’il y ait une compréhension commune de cette notion entre le lecteur et l’auteur.
L’élève est dit « en difficulté », lorsqu’il nécessite une procédure de remédiation (plus de temps à lui consacrer, plus d’exemples, plus d’explications ou d’exercices, plus d’encouragements…), en somme un encadrement plus approfondi.
Quant à l’échec scolaire, il peut se traduire par un décrochage scolaire, c’est-à-dire un abandon des études secondaires (collège et lycée), sans l’obtention d’un diplôme. Il peut être également la non-atteinte ou l’échec d’un objectif scolaire pouvant se traduire par plusieurs redoublements et, par conséquent, un retard scolaire pour l’élève.
Introduction
La sociologie de l’éducation n’est pas toujours « unifiée au sein d’une théorie unique et 1 cohérente». e Au cours de la première partie du XX siècle (jusqu’aux années 1950), l’école était perçue comme un moyen de socialisation ainsi qu’une institution permettant d’acquérir savoirs et connaissances afin de préparer les enfants à leur future insertion professionnelle. L’idéologie méritocratique était la pensée dominante dans l’esprit des uns et des autres. Le système scolaire était perçu comme un outil neutre et juste, laissant à chacun les mêmes chances de réussite dans l’intégration professionnelle.
e L’École publique, dès la fin du XIX siècle, s’était donnée, avec Jules Ferry, cet objectif méritocratique. Elle devait permettre aux plus méritants, sans distinction de sexe ou d’origine sociale (les bourses d’études palliant l’insuffisance de revenus des familles), d’obtenir les formations et les diplômes permettant l’accès aux emplois qualifiés et socialement valorisés. La gratuité de l’enseignement Primaire devait permettre la démocratisation de l’enseignement public pour laisser une chance à tous.
De plus, l’École avait un rôle de socialisation : elle permettrait aux élèves d’interagir dans l’environnement qui les entoure par le biais du partage de valeurs et normes scolaires communes.
Pour Émile Durkheim,«l’éducation consiste en une socialisation méthodique de la jeune 2 génération » . Une éducation qui ne tient pas compte des normes sociales fait de l’enfant un être incapable de s’insérer. Il voyait en l’École un outil qui supprimerait les barrières sociales, qui permettrait à l’individu d’intégrer le milieu professionnel par un phénomène de socialisation que nous pouvons définir comme un processus par lequel les individus acquièrent les normes et les valeurs de la société. Elle est également considérée comme un prolongement de l’éducation familiale, dans la mesure où, comme le souligne le philosophe Emmanuel Kant, « l’homme ne peut devenir 3 homme que par l’éducation » . L’éducation est donc moralisatrice, elle est créatrice et génératrice de valeurs et de vertus pour l’Homme. Avant les années 1960, l’École semble être une institution objective qui laisse les plus intelligents réussir et les plus démunis intellectuellement voués à leur propre sort. Elle n’est pas responsable des échecs scolaires mais, au contraire, elle ne fait que donner à chacun ce qu’il mérite. L’échec scolaire n’était pas lié au système éducatif mais plutôt à une « théorie du don » ; l’élève est « doué » ou « pas doué » pour les études. L’enfant réussissait ou non, selon ses aptitudes psychologiques, la notion « de handicap » ou « d’enfant inadapté » était le facteur clé de l’orientation scolaire, réussite ou échec, de l’élève.
Il faudra attendre 1958, lorsque le gouvernement souhaite réaliser des enquêtes en faisant appel à l’INED (Institut national d’études démographiques) pour faire un état des lieux de notre fonctionnement scolaire. Ces enquêtes vont révéler des lacunes scolaires liées, non pas à une inadaptation psychologique ou cognitive de l’élève, mais plutôt à un handicap socioculturel. Certains sociologues, comme P. Bourdieu et J.-C. Passeron, vont dénoncer cette « inégalité des chances face à l’école en fonction de l’origine sociale », en mettant ainsi en lumière une réalité qui était loin d’être connue de tous et partagée. C’est donc dans les années 1960 que la notion d’échec scolaire a commencé à interpeller le public et les autorités. Le principe de méritocratie est remis en question et se fait remplacer, peu à peu, par ce que l’on appelle « la reproduction sociale ».
Dans leur ouvrage de 1964,Les Héritiers, les étudiants et la culture, Bourdieu et Passeron parlent « d’héritiers », la connaissance et le savoir deviennent désormais un héritage riche ou
pauvre en capital culturel et social, selon notre milieu social.
L’École n’est plus perçue comme objective mais, au contraire, elle est un outil de reproduction sociale. Elle ne fait que reproduire les inégalités déjà existantes et les chances de réussite s’amenuisent donc en fonction du milieu social. La notion de handicap socioculturel se substitue au principe de lacune psychologique, les milieux populaires (ouvriers, artisans et commerçants, exploitants et agriculteurs) ét ant taxés de déficit culturel. Une nouvelle approche émerge, ouvrant ainsi la voie à une sociologie de l'éducation plus contemporaine.
Tout cela me conduit à rechercher et à comprendre les causes et les mécanismes de l’échec scolaire d’un point de vue sociologique. L’on peut se demander si la méritocratie est une utopie ou une réalité concrète ? Quelles sont les différentes approches et théories sociologiques de l’échec scolaire ? Quelles sont les politiques mises en place pour contrer ces inégalités scolaires ?
Dans le premier chapitre de ce livre, j’analyse la notion de méritocratie et cherche à savoir si elle relève plus d’un idéal utopique que d’un principe concret ? Puis j’étudierai les objectifs de l’école, ainsi que sa volonté, avec une chronologie de dates clés, d’unifier et de démocratiser ses enseignements, primaire et secondaire.
Le deuxième chapitre constituera le cœur du livre. Il survole quarante ans d’approche sociologique de l’échec scolaire en passant par les différentes théories, qu’elles soient d’ordre macro ou microsociologique, qu’elles relèvent d’une ethnométhodologie ou d’une sociométhodologie. On y verra toute la complexité de l’échec scolaire à travers les différents facteurs qui la constituent, jusqu’à se demander si le discours de Bourdieu a évolué ou pas.
Dans le troisième chapitre, j’expose les différentes politiques éducatives mises en place par l’Éducation nationale. Sont-elles en accord avec les théories sociologiques ou présentent-elles un écart avec celles-ci ? Il s’agit aussi d’analyser les moyens mis en place pour réduire les inégalités face à la scolarité.
1 J.-M. de Queiroz, L’École et ses sociologies, Nathan, Paris, 1995. 2 É. Durkheim,Les Règles de la méthode sociologique, 1895. 3 E. Kant,Traité de pédagogie,1803.
Conclusion
Ce travail de recherche a mis en exergue les différentes approches et théories de l’échec scolaire depuis Bourdieu. On a pu survoler brièvement l’Histoire éducative, de la fin du e XIX siècle à...