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L'Église et l'État sous les rois francs au VIe siècle

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165 pages

D’après l’opinion la plus probable, le mot Francs (hommes libres) était le nom que se donnaient, vers le milieu du IIIe siècle après J.C., diverses tribus germaniques confédérées, établies sur la rive droite du Rhin, depuis Cologne jusqu’à l’embouchure de ce fleuve.

En 253, comme les généraux romains se disputaient pour la vingtième fois la dignité impériale, les légions du Rhin marchèrent sur l’Italie. Cet événement paraît avoir été le signal des invasions flanques en Gaule, sur toute la ligne du bas Rhin.

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Alfred Seresia

L'Église et l'État sous les rois francs au VIe siècle

I

INTRODUCTION

D’après l’opinion la plus probable, le mot Francs (hommes libres) était le nom que se donnaient, vers le milieu du IIIe siècle après J.C., diverses tribus germaniques confédérées, établies sur la rive droite du Rhin, depuis Cologne jusqu’à l’embouchure de ce fleuve.

En 253, comme les généraux romains se disputaient pour la vingtième fois la dignité impériale, les légions du Rhin marchèrent sur l’Italie. Cet événement paraît avoir été le signal des invasions flanques en Gaule, sur toute la ligne du bas Rhin.

Depuis lors jusqu’à la fin du IVe siècle, les Francs furent constamment en guerre avec les Romains et, malgré les défaites que ceux-ci leur infligèrent, ils firent sans cesse des progrès.

Vers 350, une partie des Francs qui se désignaient eux-mêmes sous le nom de Saliens, s’établirent dans la Campine (Toxandria). Ces Francs avaient occupé en Hollande les bords de la rivière Isala (aujourd’hui l’Yssel). De là, selon toute apparence, leur nom de Saliens. En 355 — 356 Julien, que les chrétiens ont surnommé l’apostat, conclut avec les Francs Saliens une paix qu’ils rompirent dès 358.

Après s’être fixés en Toxandrie, les Saliens s’étendirent peu à peu dans la direction du sud-ouest et, vers le milieu du Ve siècle, leur roi Chlojo finit par s’emparer, les armes à la main, de Cambrai et de tout le pays jusqu’à la Somme.

L’histoire ne fournit sur cette époque que des données fort incomplètes. Les sources d’information ne deviennent plus abondantes que lorsqu’on arrive au temps du roi salien Hilderik, père et prédécesseur de Chlodowig.

On sait que Hilderik avait sa résidence à Tournai, où l’on a découvert son tombeau. C’était, paraît-il, un petit souverain local qui fut l’allié des chefs Romains du nord de la France actuelle. Il fit constamment la guerre avec eux ou pour leur compte. Ses expéditions furent dirigées tantôt contre les Visigoths qui étaient établis au sud de la Loire, tantôt contre d’autres tribus germaniques.

Cette circonstance explique les sentiments de bienveillance mutuelle qui régnaient entre les Francs et les Gallo-Romains, et la faveur avec laquelle Hilderik traitait la religion catholique qui était celle de ses alliés.

C’est dans son petit royaume de Tournai que Hilderik trouva son point d’appui pour toutes ses entreprises. Il est probable qu’il y rallia, plus d’une fois autour de lui, les Francs des diverses régions du nord et du centre de la Belgique. Ses fréquentes relations avec les Gallo-Romains, ses nombreuses expéditions et ses cantonnements dans leur pays, durent familiariser les Francs avec la langue et les mœurs de leurs voisins du midi et leur révélèrent aussi, sans doute, la faiblesse de cette partie de l’Empire.

Après la mort de Hilderik (481), son fils Chlodowig, âgé de 15 ans seulement, hérita de son pouvoir à Tournai.

On ne sait pas au juste quelle était l’étendue du territoire soumis à son autorité. Il est certain que le pays occupé par les Francs Saliens, depuis la Toxandrie jusqu’à la Somme, était fractionné en plusieurs souverainetés indépendantes. Ragnachar était le chef d’un de ces royaumes ; il résidait à Cambrai. Il était parent de Chlodowig. Richar et Rignomir, frères de Ragnachar, paraissent avoir régné en commun avec ce dernier. Chararik, autre parent de Chlodowig, possédait également un royaume franc.

Outre ces rois, il y en avait d’autres dont on ne connaît pas même les noms. Tous, sont évidemment les successeurs des chefs germains d’autrefois. Entre ces petites souverainetés, il n’y avait pas de lien bien étroit et aucune d’elles n’exerçait sur les autres la suprématie.

Quelle était, au début du règne de Chlodowig, la situation politique de la Gaule ?

Syagrius, fils et successeur du général romain Aegidius, exerçait une souveraineté indépendante, dans un État voisin de celui des Francs, borné, au nord, par la Somme, à l’est, par le cours supérieur de la Moselle avec Toul, Verdun et Jouaignes : le cours inférieur de cette rivière jusqu’à Trèves appartenait aux Francs Ripuaires1 ; au sud, son royaume allait probablement jusqu’à la Loire et jusqu’à Auxerre ; à l’ouest, il s’étendait jusqu’aux possessions de la ligue armoricaine. Celle-ci était une confédération de rois ou chefs gaulois et bretons qui gouvernaient l’extrémité ouest de la France jusqu’à la Rance et la Vilaine.

Les Visigoths occupaient tout le territoire compris entre la Loire et les Pyrénées, entre l’Océan Atlantique et les confins de la Burgondie.

Le sud-est de la Gaule appartenait aux Burgondions ou Burgondes : leur royaume commençait aux revers occidentaux des Alpes et des Vosges pour finir au delà du Rhône, à l’ouest ; il partait du territoire de Syagrius, au nord, pour s’étendre vers le sud dans la direction de la mer entre Avignon et Arles : les embouchures du Rhône et la ville d’Arles étaient entre les mains des Visigoths ; Avignon appartenait aux Burgondes.

Chacun de ces États était beaucoup plus important que celui de Chlodowig. Mais, en revanche, ce prince resta toujours en communication avec les pays où résidait sa race et où il trouvait secours et appui, tandis que, pour les Visigoths et les Burgondes, tout lien de ce genre était rompu. De plus, au début de son règne, les Francs étaient païens et échappèrent ainsi aux inconvénients du schisme qui, chez les Visigoths et les Burgondes, divisait les Gallo-Romains catholiques et les Germains sectateurs de l’arianisme2.

En 486, Chlodowig, soutenu par Ragnachar, bat Syagrius dans les environs de Soissons et réduit en sa puissance tout le pays jusqu’à la Seine. Plus tard il s’empare, non sans combat, à ce qu’il semble, du territoire compris entre la Seine et la Loire. Mais la région de l’extrême ouest, colonisée par des Bretons et comprise entre la Rance, la Vilaine et la mer, ne se soumet pas encore.

A partir de ce moment, le point central autour duquel gravite l’empire de Chlodowig, est placé, non plus dans les anciens domaines du chef salien à Tournai, mais dans les provinces gauloises qu’il vient de conquérir, et il transporte sa résidence à Soissons.

La situation des Gallo-Romains par rapport aux Francs ne fut pas celle d’un peuple asservi : ils passèrent simplement sous la souveraineté de Chlodowig ; ils conservèrent leurs propriétés et leur droit, sauf les modifications dans le droit public et l’organisation judiciaire que réclamaient l’unité du gouvernement et la suprématie des Francs. Le système d’impositions, tel qu’il avait été organisé par les Romains, fut conservé.

Ces faits concordent avec cet autre que le peuple de Chlodowig ne se fixa pas en masse dans les pays conquis3. Mais le domaine des empereurs romains, c’est-à-dire de l’État, les possessions des vétérans et des soldats romains, échus au roi franc, fournissaient assez de terres pour doter ceux qui l’avaient aidé dans ses entreprises et donner au nouveau royaume une base matérielle.

Un wergeld4 fut attribué aux Gallo-Romains libres ; privés de cette garantie légale, ils n’auraient pu prendre place au sein du nouvel ordre de choses ; car le wergeld était, d’après le droit franc, un élément indispensable de la protection des personnes. Leur wergeld était moindre que celui des Francs, parce que leur origine n’était pas aussi distinguée ; mais cette circonstance n’influa guère sur leur situation politique ou sociale.

La fusion entre les deux races s’opéra rapidement par la voie du mariage. Les Gallo-Romains servent dans l’armée, y commandent même parfois, deviennent officiers royaux (herzogs ou grafs) et occupent même souvent, dans l’intimité du roi, les positions les plus importantes, celles de conseiller ou d’ambassadeur, par exemple.

Vers 491, Chlodowig soumet les Thuringiens, tribu germanique qui habitait probablement au delà du Rhin, non loin de la Toxandrie et de la mer ; cinq années plus tard, il défait et soumet les Alamans, autre peuple germanique établi sur le cours supérieur du Rhin.

Dans l’intervalle de ces deux guerres, Chlodowig avait épousé Chlothilde, fille d’un roi burgonde. Elle appartenait à la religion catholique et paraît avoir fait des efforts en vue de convertir son époux à cette religion. Cette conversion était en quelque sorte commandée par la force des choses. Elle eut lieu vers 496. Une partie des soldats de Chlodowig (3000 hommes) fut baptisée avec lui ; les autres et en outre les Francs de Ragnachar et les Francs Ripuaires, paraissent être restés païens.

L’Église catholique attacha, non sans raison, la plus haute importance à cette conversion. Le royaume franc semblait fait tout exprès pour servir de trait d’union entre les populations chrétiennes et les nations germaniques encore païennes. Il pouvait s’opposer à la marche envahissante de l’arianisme, ou, du moins, protéger les catholiques placés sous la domination des Ariens.

De son côté Chlodowig, en se convertissant au catholicisme, s’assurait des avantages considérables. Il s’attachait la population romaine catholique-de la Gaule. Il se conciliait le clergé catholique, tout-puissant dans cette contrée en ces temps troublés ; et cependant il n’avait rien à craindre de la part des Francs Saliens demeurés païens ; car ceux-ci, par tempérament, inclinaient à l’indifférence en matière de religion et avaient appris, depuis Hilderik, dès avant lui peut-être, à être tolérants à l’égard des idées religieuses des Gallo-Romains, leurs voisins, leurs alliés, leurs amis.

De 499 à 501, Chlodowig fait la guerre aux Burgondes avec l’aide d’un parti burgonde, probablement catholique et favorable aux Francs. Il finit par déterminer Godegisel, l’un des deux rois de ce pays, à trahir son frère Gundobad, et bat celui-ci grâce à la défection de Godegisel. Cependant, ce dernier est finalement tué et son frère règne sur la Burgondie entière sans que Chlodowig semble avoir retiré de cette guerre autre chose que l’alliance de Gundobad.

En 507, Chlodowig, fortement soutenu par les catholiques, commence contre les Visigoths une guerre à laquelle il s’attache à donner la couleur d’une campagne contre l’arianisme. Il franchit la Loire, bat les Visigoths à Vouglé, à dix milles au nord de Poitiers, tue leur roi Alarik, s’empare du pays, établit des Francs à Bordeaux et sur le territoire de la Saintonge pour mieux assurer sa conquête. Il s’empare aussi de l’Auvergne dont les habitants, quoique romains et catholiques, avaient énergiquement lutté avec Alarik contre les Francs. En même temps, Gundobad fait la conquête de la partie du territoire des Visigoths qui s’étend des frontières de la Burgondie jusqu’à la Mer Méditerranée.

Mais en 508, Theoderik-le-Grand, roi d’Italie et beau-père d’Alarik, intervient, bat les Francs et les Burgondes au sud de la Durance, empêche ainsi ses adversaires d’achever leur conquête et leur reprend même une partie des territoires annexés Le résultat final fut que la plus grande partie du royaume Visigoth demeura à Chlodowig ; cette partie s’étendait jusqu’aux frontières de la Burgondie à l’est et jusqu’à la Garonne et au delà au sud-ouest. Theoderik conserva au. fils d’Alarik, son petit-fils, ce qu’on appela plus tard la Septimanie, c’est-à-dire le territoire commençant un peu au delà de la Garonne et aboutissant aux Pyrénées (Languedoc). Il retint pour lui-même la Provence, au sud de la Durance, avec Marseille, Arles, Avignon ; puis, au nord de la Durance, Orange : ces territoires avaient appartenu à l’Italie jusque sous Odovakar (vers 476). L’Espagne devint alors le centre du royaume des Visigoths : Theoderik y exerça la régence au profit de son petit-fils Amalarik ; et Paris fut choisi par Chlodowig comme sa capitale.

Les Francs Ripuaires avaient été les alliés de Chlodowig dans sa guerre contre les Visigoths. Cependant celui-ci fait tuer Sighebert. roi de ces Francs, par son fils Chloderik ; puis, après avoir fait assassiner le parricide par un de ses envoyés, il se fait élire par le peuple pour occuper le trône vacant.

Avant cela, mais depuis sa conversion, il avait déjà réuni dans sa main les souverainetés locales du territoire salien. Il avait fait tuer Chararik et son fils. De plus, il avait provoqué un soulèvement des Francs de Cambrai contre leur roi Ragnachar et avait fait périr ce roi et ses deux frères. Il avait dépossédé d’autres membres de la famille royale chez les Francs Saliens. Il hérita de tous ceux qu’il fit assassiner et fortifia ainsi l’élément germain dans l’empire qu’il avait établi sur le sol gaulois par la soumission des races romaines. Il mourut lui-même en 511 à Paris à l’âge de 45 ans.

Les quatre fils de Chlodowig- se partagèrent son empire. Theoderik, l’aîné, obtint la partie orientale : il avait sa résidence à Metz. Chlodomir reçut le sud : sa capitale était Orléans. Le centre, avec Paris, échut à Hildebert et le nord-ouest fut attribué à Chlothar qui résidait à Soissons.