//img.uscri.be/pth/76b665c2f6538acf15089c9e311536cfeee67ca5
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

L'enfer de la com'

126 pages
Nos sociétés sont passées progressivement, puis brutalement de la communication d'humain à humain à l'ère des prises de paroles formatées par des professionnels. Les individus ont répliqués en utilisant massivement les réseaux sociaux. Dans cette forêt d'illusions, où mots et images perdent tout leurs sens, nous devons pour la traverser nous orienter en pratiquant un décryptage sévère des faits et signaux qui nous sont envoyés. Nos contributeurs décryptent cette généralisation du non-dit et du mensonge dans divers secteurs de la communication.
Voir plus Voir moins

SOMMAIRE
ÉDITORIAL « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » - Thierry Goguel d’Allondans
HALLUCINÉ-JE ? Halluciner dans l’ultra-gros, à bout portant (milliardaires)
Roger Dadoun
ENTRETIEN AVEC… Thierry PAQUOT
LA CHRONIQUE de David Le Breton - Cesser de communiquer, mais échanger
LE DOSSIER DU TRIMESTRE : « L’ENFER DE LA COM’. UN PIÈGE POUR LA DÉMOCRATIE »
Sous la direction de Georges Gouze
- Au-delà de l’image - Georges Gouze
- L’imposture de la communication scientifique vers le grand public.
Une fatalité ? - Marc Fiszman
- De l’ombre à la lumière (en introduction, un libre propos avec le journaliste
ex-otage Stéphane Taponnier) - Georges Gouze
- Communiquons… oui mais comment ? - Jean-Robert Ragache
N ° 3 4 - A v r i l 2 0 1 534- Décryptage - Hubert Vialatte
HORS CHAMP: Charlie-en-Peuple et Malheur profond - Roger Dadoun
HORS CHAMP : Corps et contentieux matériel à Libreville - Judicaelle Komba
INITIATIQUES : Temporaires en permanence. Une ethnologie du travail intérimaire
« non qualifié » - Philippe Rosini
Dossier coordonné par Georges GouzeÉCHO DU TERRAIN : Observation sociale au cœur de la capitale du monde.
Interprétation de quelques signes et symboles - Pascal Le Rest
« L’enfer de la com’.
LU & VU
Un piège pour la démocratie »RENCONTRE
9 7 8236085063 1
ISBN 9 7 8 - 2 - 36085 - 063 - 1 / ISSN 195 1 - 66 7 3
P r i x : 1 6 €
« L’enfer de la com’. Un piège pour la démocratie » Cultures_et_societes_34_MEP_corr_2_mars_2015_OK__.indd 1 02/03/2015 13:12Cultures_et_societes_34_MEP_corr_2_mars_2015_OK__.indd 2 02/03/2015 13:12N°34 – avril 2015
Cultures_et_societes_34_MEP_corr_2_mars_2015_OK__.indd 3 02/03/2015 13:12Comité scientifique
Michel Autès (Lille), Georges Balandier (Paris), Cai Hua (Pékin), Boris
Cyrulnik (La Seyne sur Mer), Christine Delory-Momberger (Paris-13),
Pierre-André Dupuis (Nancy), Jean Duvignaud (1921-2007), Paul
Fustier (Lyon), Remi Hess (Paris-8), Françoise Hurstel (Strasbourg),
Martine Lani-Bayle (Nantes), François Laplantine (Lyon-2), Cosimo
Marco Mazzoni (Sienne), Guy Ménard (Montréal), Jean Oury
(19242014), André Rauch (Strasbourg), Claude Rivière (Paris-V), Christoph
Wulf (Berlin).
Comité de rédaction
Rédacteur en chef : Thierry Goguel d’Allondans
Secrétaire de rédaction : Michel Hugli
Directeur de publication : Xavier Pryen
Comité de rédaction : Roger Dadoun, Sylvestre Ganter (Pin Sylvestre),
Jean-François Gomez, Philippe Hameau, David Le Breton, Yolande
Touati, Renaud Tschudy
Collaborateurs : Yan Godart, Pascal Hintermeyer, Jocelyn Lachance,
Nancy Midol
Corrections ortho- et typographiques : Isabelle Le Quinio
Photos hors dossier : Pin Silvestre, Pierre-Paul Harrington
Couverture et mise en pages : L’Harmattan
Cultures_et_societes_34_MEP_corr_2_mars_2015_OK__.indd 4 02/03/2015 13:12SOMMAIRE
ÉDITORIAL « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »
Tierry Goguel d’Allondans .........................................................7
HALLUCINÉ-JE ? Halluciner dans l’ultra-gros,
à bout portant (milliardaires)
Roger Dadoun............................................................................11
ENTRETIEN AVEC… Tierry Paquot ...............................................19
LA CHRONIQUE de David Le Breton
Cesser de communiquer, mais échanger ..........................................27
LE DOSSIER DU TRIMESTRE :
« L’ENFER DE LA COM’. UN PIÈGE POUR LA DÉMOCRATIE »
Sous la direction de Georges Gouze ............................................31
Au-delà de l’image
Georges Gouze ...........................................................................33
L’imposture de la communication scientifque vers le grand public
Une fatalité ?
Marc Fiszman .............................................................................34
De l’ombre à la lumière (en introduction, un libre propos
avec le journaliste ex-otage Stéphane Taponnier)
Georges Gouze ...........................................................................41
Communiquons… oui mais comment ?
Jean-Robert Ragache ..................................................................50
Décryptage
Hubert Vialatte ..........................................................................56
HORS CHAMP Charlie-en-Peuple et Malheur profond
Roger Dadoun............................................................................65
Cultures_et_societes_34_MEP_corr_2_mars_2015_OK__.indd 5 02/03/2015 13:12HORS CHAMP Corps et contentieux matériel à Libreville
Judicaelle Komba .......................................................................67
INITIATIQUES Temporaires en permanence.
Une ethnologie du travail intérimaire « non qualifé »
Philippe Rosini ...........................................................................75
ÉCHO DU TERRAIN Observation sociale au cœur de la capitale
du monde. Interprétation de quelques signes et symboles
Pascal Le Rest .............................................................................83
LU & VU ........................................................................................91
RENCONTRE ................................................................................115

Cultures_et_societes_34_MEP_corr_2_mars_2015_OK__.indd 6 02/03/2015 13:12« Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »
Thierry Goguel d’Allondans
Le 11 janvier dernier, dans une dignité merveilleuse – quasiment aucun
débordement – près de quatre millions de français manifestaient leur
solidarité à Charlie et les siens et, d’une certaine manière, leur refus
absolu de la barbarie fût-elle à visage humain. S’il ne faut pas se priver
du plaisir, rare, d’un tel rassemblement, des craintes subsistent quant
aux fissures dans cette apparente unité d’un peuple. D’où l’appel de
quelques-uns (intellectuels, élus, médias…) à réfléchir ensemble à ce
que nous pourrions faire maintenant, dans cet « après » qui ne pourra
être comme « avant ». Cultures & Sociétés, bien sûr, s’associe à cette
réflexion, à cet élan vital. Et ça « tombe bien » – oserait-on dire – puisque
le numéro de ce trimestre, coordonné par Georges Gouze, s’intéresse
à un acteur essentiel, plus que jamais, du sociétal : les médias ou, plus
exactement encore, les sources, chaudes et froides, fluides ou sèches,
de l’information.
Si les réseaux sociaux et les médias ont largement contribué au
« meilleur » de ces journées éprouvantes de janvier 2015 (partages,
échanges, informations, solidarités…) ils ont aussi commencé à distiller
le « pire ». Dans ce pire nous pouvons assez aisément discerner, parmi
d’autres, les deux plus grands fléaux du « vivre ensemble » : la pensée
paresseuse et les émotions primaires.
La pensée paresseuse, dans les médias et les réseaux sociaux qui
sont – faut-il le déplorer ou s’en réjouir ? – les nouveaux médias, se
caractérise par des slogans faciles, percutants, apparemment crédibles,
peu vérifiables et, évidemment, invérifiés : parole attribuée abusivement
à un grand homme, citation tronquée ou carrément fausse, chiffres
Cultures_et_societes_34_MEP_corr_2_mars_2015_OK__.indd 7 02/03/2015 13:12
ÉDITÉDIT ORIALORIAL8 n°34 – a vril 2015
et données non contextualisés et mal interprétés, propos allusifs ou
implicites… Exemple : « Des vieux meurent de faim dans notre pays,
des enfants mendient et nous donnons des millions à des pays qui
nourrissent le terrorisme. » Discerner le vrai du faux, l’information de
l’intoxication, les opérations si perfides que leurs auteurs ne s’affichent
presque jamais, laissant la plèbe prendre les coups. On monte, de
même, en épingle le gamin paumé qui affiche des propos atroces ou
une position insupportable sur le terrorisme, sans montrer, avec autant
de verve, les millions de jeunes qui réfléchissent. L’injure est faite
même au temps et l’on ressort, comme par hasard, toutes les saloperies,
de Ben Laden à Boko Haram, prétextes à bien des amalgames.
Ce qui fait notre humanité, ce sont aussi nos émotions :
s’émerveiller devant un coucher de soleil, une prestation d’acteur, le
sourire de l’être aimé ; pleurer un être cher, l’assassinat de Cabu…
Mais – sans tomber dans le piège du management si rationnel qu’il
en devient ratiocinement – l’émotion est très mauvaise conseillère.
Et si nos décisions se prenaient sous le coup de l’émotion, nous
épouserions la moitié de l’humanité et tuerions l’autre. De « braves
gens », affectés par l’horreur d’un acte (avec en tête, toutes catégories
confondues, le viol, la torture et l’assassinat de chères têtes blondes)
en appellent à… la barbarie à visage humain, le rétablissement de la
peine de mort. J’ai connu, hélas, le temps où la peine capitale existait
encore. Il faudrait commencer par rappeler les quelques innocents qui
en sont morts comme, vraisemblablement, Christian Ranucci en 1976,
ainsi que ceux qui auraient pu en mourir, comme Patrick Dils, inculpé
en 1987, condamné à la perpétuité en 1989, sans excuse de minorité
(16 ans au moment des faits) et acquitté en 2002, après quinze années
en prison ! Le souvenir me hante de foules réclamant la mort (et parfois
pire), pour ces deux-là et bien d’autres, avec la même haine et la même
violence que les fanatiques d’aujourd’hui tels, pour n’en donner que
deux exemples, les obsédés du Jihad et les quelques-uns de la « Manif
– soi-disant – pour tous ».
Le terrorisme – l’usage de la terreur – parce qu’il nous atteint
au plus profond de nous-mêmes, arrive en seconde position dans ce
Cultures_et_societes_34_MEP_corr_2_mars_2015_OK__.indd 8 02/03/2015 13:12« L ’enf er de la Com ’. Un piège pour la démocra tie » 9
même risque d’aveuglement. S’il faut s’interroger sur le(s) ventre(s)
d’où est sortie la bête immonde, nous pouvons aussi nous demander ce
qui l’a nourrie ou affamée. Le terrorisme est semblable à ces plantes
à rhizomes ; pour les supprimer totalement il ne s’agit pas de couper,
fût-ce férocement, les émergences, souvent spectaculaires et pourtant
si fragiles, mais de s’attaquer aux racines immenses et profondément
ancrées, ici du mal. Alors, qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?
* * *
Cultures & Sociétés, dès ses débuts, a souhaité être plus qu’une revue,
un lieu – des espaces mêmes – d’échanges, de débats et de rencontres.
Revue non pas d’un seul réseau mais de nombreux réseaux, non pas de
quelques amis mais « en amitié ». Nous avions pensé soutenir ce projet
par une vie associative : ce fut la création, en août 2009, à Strasbourg,
de l’Association des Amis de Cultures & Sociétés (ACS). Si l’idée
reste bonne, cette organisation a montré ses limites et, parmi celles-ci,
l’éloignement géographiques des membres du conseil d’administration,
les contraintes légales, administratives et humaines.
C’est pourquoi nous avons décidé de nous organiser autrement,
en commençant par dissoudre, lors d’une AG extraordinaire, ACS, puis
en nous dotant d’un Comité de rédaction « renforcé » et en capacité de
gérer et d’initier les contacts avec tous les acteurs de notre revue, mais
aussi les manifestations intellectuelles auxquelles nous tenons (voir, à ce
sujet, à la fin de ce numéro, une proposition de rencontre à Strasbourg, en
novembre, lors d’un colloque sur l’éducation aux genres).
Vos avis, vos suggestions, nous intéressent et nous importent.
Vous pouvez nous les communiquer en les adressant directement à la
rédaction :
Cultures & Sociétés
150A, route de Schirmeck
67200 Strasbourg
[thigodal@noos.fr]
Cultures_et_societes_34_MEP_corr_2_mars_2015_OK__.indd 9 02/03/2015 13:12
ÉDIT ORIAL10 n°34 – a vril 2015
Cultures_et_societes_34_MEP_corr_2_mars_2015_OK__.indd 10 02/03/2015 13:12Halluciner dans l’ultra-gros, à bout portant
(milliardaires)
Roger Dadoun
Halluciné-je ? Dans l’inframince espoir de m’adapter aux prévisibles
laideurs et terreurs de la nouvelle et actuelle année 2015, je
m’interrogeais sur un changement de titre pour ma chronique « Si tu
t’imagines… » – soucieux de passer à une formule plus empoignante :
« Halluciné-je ? » Le premier titre s’avançait modeste, au conditionnel
– le nouveau reprend le terme central du titre paru dans Cultures &
Sociétés n° 29 de janvier 2014 : « Imagination morte – hallucinez…
Roms, fric et charisme », lequel enchaînait lui-même sur un précédent
article paru dans la revue de psychanalyse Le Coq héron, en décembre
2012, et intitulé « Halluciner dans l’inframince » : il traitait, dans le
cadre d’un dossier sur Cinéma et Psychanalyse, de l’Anemic Cinema
de Marcel Duchamp, commençait par « J’hallucine » et se terminait par
« Ou rhalluciné-je ? ». D’imagination en hallucination, le passage est
à la fois plus long et plus court qu’il n’y paraît. J’avais informé C&S
du changement, mais j’hésitais encore. C’est alors que ce 7 janvier
2015, sur le point de couper court, mon écran d’ordinateur, profitant
d’une pause, m’apporte sur plateau d’or une réponse fulgurante, à faire
tituber – je n’en reviens toujours pas. Elle me vient de Las Vegas,
tel un fabuleux jackpot. Le ministre français de l’Économie, dans un
franglais ou franco-yankee de casino – French tech, hub, business
angels – pris de démangeaison planétaire s’exclame : « L’économie du
Net est une économie de superstars » – et « il faut des jeunes Français
qui aient envie de devenir milliardaires ». Halluciné-je ?
Hallucinonsnous ? Hallucinez-vous ? Le régime des stars, modestes millionnaires
Cultures_et_societes_34_MEP_corr_2_mars_2015_OK__.indd 11 02/03/2015 13:12
HALL UCINÉ-JE ?