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L'engagement bénévole des étudiants

De
144 pages
Donner le pouvoir d'agir à ceux qui ne l'ont pas est un des buts du monde associatif et militant. Les jeunes ont montré qu'ils savent s'emparer du pouvoir. Mais les associations, souvent dirigées par des personnes d'âge mûr, ne partagent pas toujours le pouvoir avec les jeunes et ne savent pas accepter leurs valeurs ni les écouter. Dans les associations, les étudiants se socialisent et s'entraident; ils font mieux vivre la communauté universitaire et agissent dans de nombreux secteurs.
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L'engagement bénévole des étudiants
Le pouvoir d'agir

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions

Philippe HERB AUX, Intelligence territoriale: repères théoriques, 2007. Henri GUNSBERG, Une démocratie en trompe-l'œil, 2007. Bruno PÉQUIGNOT, La question des œuvres en sociologie des arts et de la culture, 2007. Olivier PINOT de VILLECHENON, Pourquoi changer la vme République?, 2007. Delphine FRANÇOIS-PHILIP BOISSEROLLES DE ST JULIEN, Cadre juridique et conséquences humaines d'un plan social, 2007. Clément DESBOS, La gauche plurielle à l'épreuve de la mondialisation, 2007. Eric SOMMIER, Essai sur la mode dans les sociétés modernes, 2007. Guy CARO, De l'alcoolisme au savoir - boire, 2007. Richard SITBON, Une réponse juive à l'anarcho-capitalisme, Judéo-économie, 2007 David SADOULET, La coopération au développement en France. Réforme et modernisation de l'État, 2006 Sylvie TROSA, Pour un management post bureaucratique, 2006 Jean LAURAIN, Du partage, 2006. Francis JAUREGUIBERRY, Question nationale et mouvements sociaux en Pays Basque sud, 2006.

Sous la direction de Dan FERRAND-BECHMANN

en collaboration avec Séverine KONNERADT

L'engagement bénévole des étudiants
Le pouvoir d'agir

Actes du colloque des 3 et 4 décembre 2004

Préface de Bernard Kouchner

L'Harmattan

Illustration de couverture: Jivan Mise en page: Florian Ferrand

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-02451-9 EAN: 9782296024519

PREFACE DE BERNARD KOUCHNER
«S'occuper des autres, c'est s'occuper de soi ». La formule est de Michel Foucault. S'occuper des autres, c'est découvrir en soi -même des possibilités de fraternité et de solidarité que, peut -être, on ne soupçonnait pas. S'occuper des autres, c'est découvrir le monde et sa place dans le monde. n ne s'agit pas forcément de départs lointains. L'Université accueille tous les ans un grand nombre d'étrangers. Que veut dire «étranger», aujourd'hui sur cette planète globalisée? Des gens qui n'ont pas le passeport français et qui viennent ici s'enrichir et nous enrichir... L'activité bénévole, cela s'apprend, cela se prépare, cela s'acquiert. On en prend le goût, à un moment donné. Et ceux qui ont la chance de partir quelque temps apprennent chez les autres beaucoup, sur eux -mêmes comme sur leur pays. On apprend beaucoup chez les plus pauvres que soi, beaucoup plus qu'on ne le croit. J'ai essayé, pendant de nombreuses années, de n'agir que dans le bénévolat, j'y étais d'ailleurs obligé, personne ne proposant à cette époque le moindre salaire pour un dévouement permanent. Les choses, depuis, ont évolué. Après avoir fondé Médecins sans frontières et Médecins du monde avec quelques amis, je suis entré au Gouvernement pour m'occuper de l'action humanitaire. Là encore, il a fallu s'imposer: personne ne voulait de l'action humanitaire. C'est dans ce cadre que j'avais, il y a près de vingt ans, proposé ce que j'avais appelé « Globus », un service humanitaire, civique ou civil, qui aurait pu petit à petit remplacer le service militaire, dont on voyait bien qu'il allait disparaître. J'aurais aimé qu'une période de fraternité et de solidarité puisse être non pas obligatoire, mais obligatoirement proposée. Qu'elle permette à chacun de participer, pendant au moins six mois, à cette recherche et à cette nécessité de la citoyenneté. J'aurais aimé qu'elle soit l'occasion de nouvelles solidarités, d'inventions, d'émotions. Les jeunes gens, et singulièrement, les étudiants, auraient été amenés à faire des propositions d'action, au bas de leur escalier, dans leur quartier, dans leur ville. Des milliers de personnes âgées vivent en France dans une grande solitude, des milliers d'immigrants sont en grande difficulté, des milliers de malheureux ont besoin de solidarité... Autour des activités sociales, le besoin de bénévoles est grand. On aurait ainsi pu tenter de répondre au besoin de bénévolat, partout où il se faisait sentir, en France et même ailleurs dans le monde. Pour cela, les étudiants auraient eu une place particulière, par l'enseignement qu'ils ont reçu, par la conscience qu'ils ont des problèmes du monde, par la facilité qu'ils auraient eue, plus que d'autres, à se consacrer à des tâches précises. Depuis quelques années, chaque fois que je fais cette proposition on me dit que c'est évident, que cela va resserrer le tissu social, être l'occasion de découvertes, d'amitiés qui durent toute la vie. Je sais que cela coûte cher, mais je sais que l'on peut, là aussi, trouver un financement. L'idée a récemment été reprise dans certains médias. La plupart des politiques semblent enfin convaincus: je pense, j'espère que ce projet hier irréaliste et aujourd'hui

évident deviendra demain une réalité concrète pour les jeunes, pour la France et pour le monde. Il y a une globalisation positive à imaginer. Elle démarre déjà dans le domaine de la santé, avec la prise en charge de certaines maladies, comme le SIDA par exemple. Là aussi, les associations et les bénévoles jouent un rôle considérable à côté des médecins. Le monde attend beaucoup de la France. Il y a un appétit de la France que l'on constate partout, dès lors que l'on se consacre à quelques tâches éloignées de nos frontières. Les étudiants doivent s'engager, être les plus pugnaces, les plus inventifs possible. Nous avons besoin d'eux. Le monde a besoin d'eux.

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Présentation

de l'ouvrage pour le lecteur

Dan Ferrand-Bechmann, Professeure et chargée de mission vie associative à l'Université Paris 8 Saint-Denis
Cet ensemble de textes est issu d'un colloque qui a eu lieu en décembre 2004. Le thème en était le pouvoir d'agir des étudiants. Les québécois utilisent le mot d'empowerment, étrange pour eux si francophiles pour désigner: le pouvoir d'agir. Donner le pouvoir d'agir à ceux qui ne l'ont pas est un des buts du monde associatif et militant. Les jeunes savent prendre le pouvoir et s'en emparer, ils l'ont démontré lors des manifestations contre le projet de Contrat Première Embauche. Diverses manières permettent de prendre le pouvoir: l'engagement politique, syndical et associatif. Dans chacun de ces modes d'engagements et de ces types d'actions, plusieurs déclinaisons sont possibles selon les désespoirs et les souffrances qui les animent ou la joie de vivre et d'aider les autres. Créer des structures nouvelles, lutter contre les inégalités et pour de nouvelles libertés mais aussi défendre leurs propres intérêts est un des axes principaux de leurs engagements. Par définition, les associations sont constituées de personnes qui s'associent au risque de se désolidariser d'autres groupes et de mettre trop en avant des appartenances et même des sectarismes. Le sens des uns n'est pas toujours le bon sens des autres. Face à l'ardeur des jeunes et à leurs demandes souvent sans concession ou face à leurs inventivités et leurs utopies, leurs aînés doivent accepter de répondre avec souplesse. Ils doivent discuter des décisions en leur laissant la parole. Ils ont partagé les mêmes situations en leur temps! Les associations souvent dirigées par des hommes et par des personnes d'âge mûr, ne partagent pas le pouvoir avec les jeunes. Ils ne savent pas accepter leurs valeurs ni les écouter. Même les associations dont les buts sont de fournir des services à des jeunes ou de défendre leurs situations, ne veulent pas leur donner des responsabilités ou des

statuts d'autorité et leurs interdisentleur droit à la citoyennetéet le « droit au chapitre ».
De même les jeunes ne partagent pas toujours les mêmes pratiques, identifications, objectifs, désirs ou conceptions de la vie que leurs aînés et préfèrent d'autres modes d'actions que celles des associations. Les temps des uns et des autres diffèrent et si les jeunes veulent aller vite, les personnes plus âgées ont plus de temps et ne sont pas contraintes par des rythmes universitaires très courts entre deux étés. L'engagement des étudiants et leur participation à la vie associative leur donne de l'expérience et aboutit à des résultats pour ceux qui bénéficient de leurs actions. Les étudiants se socialisent et s'entraident dans les associations spécifiques ou non. Ils font mieux vivre la communauté universitaire et l'environnement de leur campus. Toutes les interventions des deux jours de tables rondes dans des salles en parallèle à l'lJniversité de Paris 8 n'apparaissent pas dans ce volume. Nous n'avons pu, faute de temps, toutes les retranscrire et tous les intervenants ne nous ont pas donné leurs textes. Mais celles qui sont offertes dans ces pages permettent d'aborder toutes les questions abordées et d'enrichir le débat. Il faut rester optimiste et espérer que cet ouvrage changera même de manière minime les attitudes et permettra de jeter des ponts entre les générations qui sont davantage séparées par un manque de communications et des images erronées que par des conflits.

INTRODUCTION
L'Université de Paris 8 Saint-Denis a organisé sur son campus en partenariat avec

France Bénévolat, le colloque-forum national «Le pouvoir d'agir

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L'engagement

bénévole des étudiants» les 3 et 4 décembre 2004. L'événement a réuni plus d'une centaine d'intervenants autour de 18 tables rondes. Etudiants, chercheurs, élus, entreprises, associations, et différentes collectivités se sont rassemblés pour discuter, débattre et dégager des propositions pour promouvoir l'engagement des étudiants. Quatre thématiques ont constitué le fil rouge de ces deux journées: Pourquoi s'engager? Au travers de cette thématique, ce sont à la fois les motivations et l'apport des engagements étudiants qui ont été évoqués. Quels sont les raisons et les intérêts de ces engagements étudiants? Comment s'engager? Cette thématique a permis de dégager les différentes formes et types d'engagement dans lesquels peuvent s'inscrire les engagements des étudiants: bénévolat ou volontariat sur son campus, en ville, à l'étranger ou en rejoignant des institutions. Comment aider l'engagement? Quels sont les dispositifs en place pour favoriser l'engagement des étudiants et améliorer les conditions de cet engagement? Comment reconnaître et valoriser cet engagement? D'autres questions? Une dernière thématique plus en marge, a porté sur l'état et l'avancée de la recherche autour de l'engagement des étudiants. Il s'agit également de s'interroger sur la place que peuvent offrir les universités populaires à l'engagement des étudiants de tous âges. Enfin, un regard historique a été apporté sur l'engagement d'antan. En parallèle de ce colloque, s'est déroulé le forum des associations. Une cinquantaine d'associations étudiantes et non étudiantes a participé à «la rue des associations» par la tenue d'un stand. Nous tenons à remercier tous les étudiants, intervenants, associations qui ont été présents, qui ont participé à ce colloque-forum et qui ont contribué à sa réussite. Nous remercions également toutes les personnes qui ont d'une manière ou d'une autre organisé cet événement et qui ont permis son bon déroulement: Le comité de pilotage: Agnès Bathiany, Robert Djellal, Dan Ferrand-Bechmann, André Hochberg et Guillaume Houzel.

Les soutiens administratifs: Irmtraud Fouillot, Séverine Konneradt, Elisabeth Laverne, Ariane Moulin, Gilles-Marc Ribes-Ros, Sophie Ptak, et tout spécialement Catherine Lemoine et Vincent Bricout, ainsi que le personnel de l'Université de Paris 8. Les partenaires: l'Association de la Fondation Etudiante pour la Ville, Animafac, l'Observatoire de la Vie Etudiante, la Maison des Initiatives Etudiantes, le Centre d'Etudes des Solidarités Sociales (CESOL), l'Agence Venise, la Caisse Nationale des Caisses d'Epargne, le CNOUS, le CROUS de Créteil, Cisco Systems, le Conseil Général 93, le Crédit Coopératif, la Délégation Interministérielle à l'Economie Sociale, la Délégation Interministérielle à la Ville, la Grande Cause Nationale Fraternité 2004, la Mairie de Saint-Denis et l'Université d'Ottawa. Nous remercions les associations étudiantes de l'Université de Paris 8, son Président Pierre Lunel et tout particulièrement le Secrétaire Général, Robert Djellal Nous adressons enfin nos remerciements à l'Observatoire de la Vie Etudiante et notamment son Président Guillaume Houzel sans qui ce travail n'aurait pu être réalisé. Florian Ferrand, doctorant à l'UQAM, a réalisé la mise en page définitive et Jivan la couverture.

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PREAMBULES
Pierre Lunel, Président de l'Université Paris 8 Saint-Denis, délégué interministériel à l'orientation et l'insertion professionnelle
Quels étaient les objectifs de ce colloque? Tout d'abord, il s'agissait d'une initiative nouvelle qui présentait des aspects créatifs. Néanmoins, les étudiants ne nous avaient pas attendus pour créer, imaginer et s'associer pour travailler autour de projets en direction de l'environnement social, non seulement à l'université mais aussi en direction des collectivités environnantes et plus largement vers des pays étrangers. Il n'y avait pas de raisons précises à ce que cet événement se passe à Paris 8 mais il ne s'agissait pas non plus d'un hasard. L'université Paris 8 Saint-Denis est une université originale: l'UFR d'arts est la plus important de France et il en ressort une créativité et investissement associatif généreux. De plus, l'université de Paris 8 est extrêmement ouverte sur le monde lointain et de proximité. Elle se compose de 32% d'étudiants d'origine étrangère, ce qui constitue un record absolu en France. Nous essayons d'accueillir du mieux possible ces jeunes qui nous viennent de pays étrangers et qui attendent beaucoup de ce pays et des études que nous pouvons leur donner. Parmi ces 32% d'étudiants, l'investissement associatif est considérable. Cette jeunesse est en effet extrêmement impliquée; dès qu'elle arrive, elle crée, elle se fédère, se regroupe et elle invente des solutions et des initiatives envers ses amis proches, dans un souci d'accueil et de mieux-vivre ensemble au sein de la communauté universitaire et envers le tissu environnant. Cette journée était destinée à faire connaître toute cette vivacité associative, afin que toutes ces associations se rencontrent et qu'elles partagent leurs expériences. Nous espérons qu'au travers des ateliers et de cet ouvrage nous avons pu faire ressortir une foule de solutions très pratiques concernant la vie associative dans laquelle s'impliquent les étudiants.

Jean-Louis Sanchez, Président de la Grande Cause Nationale Fraternité 2004.
Je tiens tout d'abord à remercier les organisateurs de cette journée de m'avoir invité, mais surtout d'avoir mis en place une manifestation comme celle-là, qui met à 1'honneur l'engagement des jeunes. Et bien sûr je vous remercie d'être là aussi nombreux car c'est un signe fort. J'ai été invité en tant que Président de la Grande Cause Nationale de 2004, consacrée à la Fraternité. Cette grande cause constitue l'occasion de redonner toute sa force à cette valeur qui fait la grandeur de la France mais que l'on a un peu oubliée, négligée. Au cours du XXème siècle en effet, prospérité et individualisme aidant, la fraternité s'est peu à peu confondue avec une solidarité de dispositifs et de normes au détriment des solidarités spontanées issues des proximités territoriales et du volontariat.

Paradoxalement, en n'encourageant pas cette fraternité-là, concrète, nous avons d'abord, par l'affaiblissement du corps social, renoncé à un outil de défense de nos droits. Nous avons de plus fait le deuil d'une notion qualitative de la solidarité, fondée sur le rapport à l'autre, au profit d'une définition consumériste et assistancielle. Aujourd'hui il faut le rappeler avec force, la fraternité n'est pas qu'une posture personnelle ou une dynamique clanique. Elle peut être un véritable projet, une ambition républicaine. C'est possible car chacun prend désormais davantage conscience de la vulnérabilité de notre société. Il faut en effet faire le pari de la connaissance et admettre que notre société a fondamentalement changé ces trente ou quarante dernières années. Cette société qui était une société de progrès, relativement homogène, avec à sa périphérie une minorité de personnes marginalisées, est devenue une société fragmentée qui perd ses capacités d'intégration. C'est donc l'ensemble de la société aujourd'hui qui est déstabilisée, par la précarisation économique mais aussi par des formes plus insidieuses et moins connues de l'exclusion, qui touchent pourtant de plus en plus de personnes: la précarisation relationnelle et identitaire. En effet l'isolement et le mal-être sont présents dans toutes les catégories de population et à tous les âges de la vie. Si l'on regarde du côté des enfants, on s'aperçoit que les familles d'enfants en danger ou d'enfants maltraités, sont bien souvent caractérisées par un déficit de relations sociales et de repères sociaux. Et à l'autre bout de la chaîne de la vie, on constate que les personnes âgées souffrent de solitude et se trouvent précipitées dans une mort sociale bien avant leur mort physique faute d'un environnement plus attentif. Il faut donc cesser d'observer ces évolutions sans réagir. On sait déjà que dans 20 ans, on aura deux fois moins d'aidants familiaux par personne âgée dépendante. Comment faire face à ce défi sans un formidable renforcement des solidarités de proximité? Et comment faire face au défi de la différence? Loin d'accepter la différence comme une force, on laisse aujourd'hui s'épanouir le discours de la défiance, terreau de l'enfermement dans des groupes claniques. Le combat contre le repli communautariste passe non seulement par le souci d'une intégration faite de droits et de devoirs mais aussi par la réaffirmation d'un idéal républicain dans toutes ses dimensions (territoriale, culturelle, intergénérationnelle...). On le voit bien, le pari de la fraternité n'est pas le pari de l'excellence, c'est le pari de la survie. C'est véritablement un devoir d'engagement pour l'humanité. Enfin, avec la grande cause nationale Fraternité nous avons fait un autre pari: celui du local. La grande cause nationale a rencontré un écho considérable dans le monde local, associatif ou institutionnel. Nous avons sollicité en particulier les maires, qui se sont engagés massivement. Plus de 600 maires, dont ceux de toutes les plus grandes

villes de France ont signé une « Chartemunicipalede la fraternité», texte qui comprend
trois types d'engagements concrets. Ils s'engagent tout d'abord à construire une véritable architecture du bénévolat, pour qu'enfin localement on puisse mettre en adéquation l'offre et la demande de bénévoles. Et dans cette perspective il faudrait réussir à ouvrir davantage les services publics à la collaboration de bénévoles. Les défis d'aujourd'hui et de demain nous le montrent bien, les professionnels ne pourront pas maintenir seuls la cohésion sociale. Il est indispensable que chaque citoyen s'implique davantage en tant que voisin, en tant qu'habitant d'un quartier, en tant que bénévole pour que le lien social soit préservé. Les professionnels, que ce soit à l'école, à l'hôpital et même dans les services sociaux, ont d'autres priorités, d'autres contraintes.

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Les maires s'engagent également à mener des actions favorisant un changement de posture des citoyens, revalorisant les dynamiques d'écoute, d'entraide et de respect. Cela peut passer par exemple par l'organisation de pique-niques inter générations comme il y en a eu dans plusieurs villes de France le 26 août dernier et qui ont donné lieu à des échanges très constructifs entre jeunes et moins jeunes. Cela peut passer aussi par la réalisation de «villages de la Fraternité », à l'image de celui qui s'est déroulé à Paris une semaine avant Noël et qui a permis aux habitants de découvrir un marché de Noël unique en France, organisé par des personnes handicapées mentales, agrémenté de spectacles de rue et co-animé par de nombreuses associations, les bénévoles invitant chacun à prendre un verre et à parler de leur engagement. Enfin les maires s'engagent aussi à ce que «le social» irrigue l'ensemble des politiques municipales, notamment les politiques sportives et culturelles mais aussi pourquoi pas la politique de la jeunesse, l'urbanisme, les transports etc. car chacune à sa manière peuvent contribuer au renforcement du lien social. C'est là un enjeu majeur pour les collectivités locales dans les prochaines années, et le Collectif Fraternité continuera à encourager ces actions bien au-delà de 2004.

Jean Bastide, Président de France Bénévolat
France Bénévolat est partenaire de cette manifestation et nous nous en réjouissons pour plusieurs raisons. France Bénévolat est née à partir d'un certain nombre de constats. Le premier constat réside dans l'inadéquation aujourd'hui entre l'offre et la demande de bénévolat. Le deuxième constat est que la plupart de nos contemporains aujourd'hui sont beaucoup plus intéressés par un engagement à court terme que par un engagement à long terme, sur des projets lourds, des projets de société. Le troisième constat: il y a une difficulté à faire en sorte qu'il y ait un renouvellement des dirigeants associatifs. C'est une raison essentielle pour laquelle nous sommes ici. France Bénévolat a tenu à faire en sorte que les premiers partenariats qu'elle signe, soient avec des associations de jeunesse comme Animafac, Unis-cité. Pourquoi cette volonté de se rapprocher de l'université, des étudiants et des associations de jeunesse? Parce que la vie associative a besoin d'un renouvellement et notamment de ses cadres. Il y a un vieillissement aujourd'hui dans les cadres dirigeants bénévoles et politiques de nos associations et il y a danger que la relève ne se fasse pas. S'engager jeune c'est s'engager pour l'avenir, comme l'ont montré différents chercheurs sur le sujet. La vie associative aujourd'hui est portée par ceux qui se sont engagés jeunes, soit dans les mouvements de jeunesse, soit dans des organisations. Ces engagements qui sont devenus associatifs, syndicaux sont des engagements qui se sont enracinés. Il y a eu un virus qui vous a attaqués lorsque vos corps étaient jeunes et sensibles et vous êtes de ceux -ci. Vous êtes cette relève. La troisième raison consiste à innover dans les pratiques. En 2001, lors de la célébration du centenaire de la loi 1901, on nous a dit qu'il fallait toiletter cette loi. Mais la plupart des gens qui veulent la toiletter ne la connaissent pas. Or c'est une loi de liberté. Par contre, ce sont toutes les scories ajoutées par les administrations successives qui font en sorte que nous y avons mis des carcans. Il y a de la souplesse dans la loi de 1901 ; il doit y avoir de la souplesse dans la vie associative et c'est à vous, jeunes, de vous emparer de cette souplesse-là pour faire en sorte que la vie associative corresponde à votre jeunesse, à vos enthousiasmes. C'est à vous de prendre le pouvoir.

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La quatrième raison de notre présence c'est la loi sur la validation des acquis de l'expérience votée en 2002. Nous sommes en retard. Une loi ne change pas tout, ce sont les mentalités qu'il faut transformer. Votre engagement militant est entre vos mains, il doit être reconnu. C'est à vous aussi de valoriser cet engagement et la loi peut y aider. Mais ce sont les mentalités qu'il faut effectivement transformer. Alors, penser à votre avenir, c'est aussi penser à votre engagement, je suis persuadé qu'il sera récompensé.

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