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L'enseignement agricole en Europe

De
231 pages
Le traité de Maastricht, adopté en 1992, a fourni les bases d'une politique européenne de formation professionnelle. Cet ouvrage propose d'en observer la réalité dans le domaine de la formation des agriculteurs, situé au croisement de la politique de la formation et de la politique agricole commune. Les auteur analysent donc la dynamique d'évolution sur le long terme des systèmes de formation agricole de quatre pays européens, Angleterre, France, Italie et Pologne.
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L'enseignement

agricole en Europe

Genèse et évolution

Ouvrages de Michel Boulet

Milieu rural et formation permanente en collaboration avec Coudray, Léandre et Coutenet, Jean - Paris: Éditions E.S.F.S.M.E., 1975, 176 p. - De l'enseignement agricole au savoir vert
avec Mabit, René
-

-

-

- Paris:

- en
-

Éditions l'Hannattan,

collaboration 1991, 172 p.

1848, Le printemps de l'enseignement agricole

avec Lelorrain, Anne-Marie et Vivier, Nadine éditions, 1998, 143 p.

- Dijon:

en collaboration

Éducagri

dire - Les enjeux de la formation des acteurs de l'agriculture, 1760-1945 - Actes du colloque ENESAD, 19-21 janvier 1999 Dijon: Éducagri éditions, 2000, 525 p. dire - La formation des acteurs de l'agriculture. Continuités et ruptures 1945-1985 - Actes du colloque ENESAD, 27-29 novembre 2001 - Dijon: Éducagri éditions, 2003, 223 p.

Michel BOULET - Nelly STEPHAN

L'enseignement

agricole en Europe

Genèse et évolution

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Histoire et mémoire de la formation Collection dirigée par Jacky Beillerot et Michel Gault
L'éducation des adultes, au sens où nous l'entendons aujourd 'hui, s'est dévéloppée à partir de la Révolution de 1789 avec pour premier objectif de pallier l'absence ou les insuffisances de la formation initiale. Elle a connu d'importants changements avec la formation professionnelle des adultes, le développement de l'enseignement technique, la montée de l'éducation populaire... jusqu'à devenir véritablement un fait social à partir de la loi fondatrice de 1791 qui en assure le développement. Au sens large du terme, elle est théorisée dès l'Antiquité et apparaît plus actuelle que jamais avec des notions comme celle de l'école de la deuxième chance, de l'éducation permanente et de la formation tout au long de la vie, ou encore de la formation de soi. La collection Histoire et mémoire de la formation constitue un instrument de référence, d'information et de réflexion, pour les formateurs et les chercheurs concernés par ce domaine d'activités et de pratiques.

Déjà paru Bernard PASQUIER, Voyages dans l'apprentissage, Chroniques 1965-2002, 2003. Marc LOISON, Ecole, alphabétisation et société rurale dans la France du Nord au XIXème siècle, 2003. Christophe WOLF (dir.), Traité d'anthropologie historique,
philosophies, François 2000), 2002. histoires et cultures, 2002. enformation d'adultes (1960F. LAOT, 40 ans de recherche

Patrice PELPEL et Vincent TROGER, Histoire de l'enseignement technique, 2001.

~L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-5488-0

Introduction

Au sein de l'Union Européenne, l'agriculture française a une place éminente en raison de ses performances et de son importance démographique. Elle dispose d'un système de fonnation spécifique qui se distingue, entre autres, par son rattachement au ministère chargé de l'Agriculture dont la majorité des fonctionnaires est occupée à des tâches liées à la formation; par la croissance des effectifs d'élèves depuis le début des années 1980, alors que la population agricole diminue; par la place spécifique qu'il occupe au sein du système éducatif, de nombreux experts ayant souligné ses innovations et ses résultats.1 Les liens tissés entre l'É~ les organisations professionnelles agricoles, les familles et les collectivités territoriales ont progressivement permis l'émergence d'un dispositif articulant politique nationale, politiques régionales et autonomie des établissements, secteur public et établissements privés, formation initiale et fonnation continue, mission de fonnation et participation au développement économique et social régional.2 En 1992, le traité de Maastricht stipule que l'Union Européenne est responsable de la mise en œuvre d'une politique de formation professionnelle, en soutien aux politiques des états membres. En ce qui le concerne, l'enseignement agricole français a une longue tradition d'échanges avec les établissements homologues à l'étranger, en priorité avec les pays européens. Il
1 - Voir par exemple: LESOURNE,Jacques - Education et société demain. A la recherche des vraies questions - Rapport au Ministre de l'Education nationale. 7 décembre 1987. 293 p. ; FAUROUX, Roger. Ed. Pour l'Ecole. Rapport de la commission présidée par Roger Fauroux - Paris: Calmann-Lévy / La Documentation Française, 1996, 300 p. ; RYCKE, Christophe de -« La formation: une nécessité pour accompagner les changements dans les
exploitations agricoles»

- Journal

officiel

- Avis

et rapports

du Conseil

économique et social, n° Il, 18 octobre 2000. 2 - BOULET, Michel et MABIT, René - De l'enseignement
vert

agricole au savoir

- Paris:

L'Harmattan,

1991, 172 p.

existe même depuis 1992 un réseau européen de l'enseignement agricole, Européa, particulièrement actif: dont le premier objectif est de développer et améliorer les systèmes de formation agricole.3 çet ensemble de faits nous a conduit à tenter de répondre à la question suivante: «existe-t-il un modèle européen d'enseignement agricole? ».4 L'hypothèse de l'existence d'un tel modèle part de deux constats: le développement d'un modèle européen d'éducation5, qui est exprimé plus précisément dans le livre Blanc de la Commission européenne Enseigner et apprendre, vers la société cognitive,6 en 1995 ; le développement de la Politique agricole commune, PAC, qui conduit à la défmition d'un type d'agriculture, voire d'agriculteur européen7. L'une des bases de cette orientation peut se repérer dans la création de la capacité professionnelle agricole, défmie par un niveau minimum de formation pour s'installer avec l'aide de l'État. Pour répondre à notre question, nous comparerons le système de formation professionnelle agricole français avec ceux de trois pays très différents, tant sur le plan de l'organisation économique et administrative que sur celui de l'évolution de l'agriculture, à savoir deux pays membres de l'Union
3 - En 1998, une « Charte pour l'enseignement agricole» a été signée par des représentants venus de 15 pays. Voir le site www.europea.org. 4 - Cet ouvrage est issu d'une recherche conduite au sein du Département des Sciences de la Formation et de la Communication de l'Établissement national d'enseignement supérieur agronomique de Dijon, ENESAD, sur le thème «Dynamique des systèmes de formation agricole: comparaisons européennes. »
et financée dans le cadre du troisième Contrat de Plan État

-

Région

de

Bourgogne. 5 - MABIT, René - «Éducation et formation dans l'Europe de 2010» Savoirs,4 (3),juillet-septembre 1992, pp. 513-535. 6 - Commissioneuropéenne - Enseigner et apprendre. Vers la société cognitive Livre blanc sur l'éducation et la formation - Luxembourg: Office des
Publications Officielles des Communautés Européennes, 1995, 107 p.

7 - FISCHLER, Franz - «L'affIrmation du modèle agricole européen» Economieetfinances agricoles,n° 305, février2000, pp. 47-55.
8

-

européenne, l'AngleteITe8 et l'Italie, et un pays devant y entrer, la Pologne. Soucieux de ne pas en rester à un instantané, figeant les situations et rendant délicates les analyses, nous observerons ChacWldes systèmes d'enseignement replacé dans sa dynamique d'évolution et dans son contexte économique, social et culturel. Nous réaliserons simultanément la comparaison des dispositions jwidiques, des effectifs, des indicateurs chiffiés des perfonnances de ces systèmes. Nous partirons d'une analyse des origines des systèmes de fonnation que nous avons choisis, puis nous accorderons une place plus importante à la période allant de 1960 à la fm du siècle, années où, en réponse à de profondes mutations socioéconomiques et à des défis politiques majeurs, s'est engagée la construction du Marché Commun, puis celle d'une Union européenne élargie. Au ~me siècle, émerge progressivement en Europe Wl véritable modèle d'organisation de la fonnation professionnelle agricole, venu d'Allemagne, avec des influences croisées entre l'AngleteITe, la France et l'Italie, notamment. Ce modèle est celui de l'exploitation agricole-école où sont fonnés les agriculteurs.9 Chaque dispositif va évoluer ensuite de façon distincte: l'AngleteITe ne change pas de modèle, l'Italie s'oriente vers la fonnation supérieure à l'Université et des écoles d'agriculture aux niveaux moyen et inférieur, la France crée des écoles à tous les niveaux, la Pologne, enfin, est déchirée entre plusieurs modèles imposés par ses occupants. La deuxième période étudiée est celle des années soixante où naît la politique agricole commune et se développe la formation professionnelle agricole avec des réalités différentes selon les pays. Ainsi, en France émerge l'idée d'un niveau minimum de fonnation nécessaire pour bénéficier des aides à l'installation,
8 - L'Angleterre et non le Royaume Uni, car les politiques et les structures de fonnation professionnelle ne sont pas identiques pour chacune des composantes de celui-ci. 9 - BOULET, Michel - «La construction de l'articulation école-entreprisedans
l'enseignement agricole (1820-1960)>> - Formation Emploi, n057, janvier-mars 1997

- pp. 35-44. 9

conception totalement ignorée en Angleterre, en Italie ou en Pologne, pour des raisons fort différentes. Les années 1980 à 1995, coITespondentà la troisième période abordée dans cette recherche, avec l'apparition, par un règlement de la CEE, de la « capacité profèssionnelle agricole» en 1985 et l'affmnation d'un modèle européen d'agriculture. Bien que les réalités nationales soient à la fm des années 90 très diverses, on s'interroge alors sur l'existence d'une tendance d'évolution commune.

Dijon - Vimines, juin 2003

10

Chapitre 1

Questions de méthode et définitions
1 - Comment comparer?
Que comparer?

Les principes énoncés au début du ~e siècle par le «père» de l'éducation comparée, Marc-Antoine Jullien demeurent valides: «Les recherches sur l'anatomie comparée ont fait avancer la science de l'anatomie. De même, les recherches sur l'éducation comparée doivent fournir des moyens nouveaux pour perfrctionner la science de l'éducation. Mais, pour qu'on puisse former d'une manière complète les tables comparatives d'observations, [...], nous devons proposer d'abord les modèles même de ces tables, ou les cadres à remplir. Il faut présenter l'instrument disposé pour recueillir les observations, la mesure commune qui doit servir à les rapprocher, à les comparer, [...] ».10 Un siècle et demi plus tard, le professeur Lê Thành Khôi défmit l'éducation comparée comme «la science qui a pour
objet d'analyser et d'expliquer les ressemblances et les différences entre des fàits éducatift, et/ou leurs rapports avec l'environnement (politique, économique, social, culturel), et de rechercher les lois éventuelles qui les commandent dans différentes sociétés et à différents moments de I 'histoire humaine» et l'auteur ajoute que l'éducation comparée fait appel selon le cas, aux concepts et méthodes issus d'autres disciplines. Elle est défmie «non par

la - JULLIEN, Marc-Antoine - Esquisse et vues préliminaires d'un ouvrage sur l'Education comparée - Paris, 1817; Réédition en fac-similé, Genève: BlE, 1992, 56 p. ; p. 13, souligné par l'auteur.

ses méthodes, qu'elle emprunte à toutes les disciplines, mais par son objet ».11 Le professeur VanDaele souligne, dix ans plus tard, que bien que le tenne «éducation comparée» soit ancien, «une définition précise, universellement acceptée, manque toujours ».12Cependant, il se risque à en proposer Wle : «L'éducation comparée est: a) la composante pluridisciplinaire des sciences de l'éducation,. b) qui étudie des phénomènes et des faits éducatifs ,. c) dans leurs relations avec le contexte social, politique, économique, culturel, etc. ; d) en comparant leurs similitudes et leurs différences dans deux ou plusieurs régions, pays, continents, ou au niveau mondial; e) afin de mieux comprendre le caractère unique de chaque phénomène dans son propre système éducatif et de trouver des généralisations valables ou souhaitables,. f} dans le but final d'améliorer l'éducation ». TIinsiste sur les difficultés des comparaisons des phénomènes et des faits éducatifs: «La comparabilité est un concept difficile et complexe, qu'il ne faut pas confondre avec égalité, équivalence,

similitude ou parallélisme », ce qu'il explicite par un exemple applicable à notre propre travail: « la comparabilité de certains diplômes universitaires dans la Communauté européenne
n'implique pas nécessairement que les conditions et les procédures

d'admission, le contenu de laformation, la durée des études, les processus de sélection et d'orientation, etc., soient identiques ou même similaires ». Procéder à l'analyse comparative des systèmes de formation agricole nécessite d'abord la clarification du concept que nous utilisons, soit le concept de «système de fonnation ». Puis, nous ferons appel à des données diverses, notamment statistiques, identifiant, par exemple, le niveau d'études et de fonnation des individus,les positions professionnellesdes personnes ayant suivi la formation et celles de leurs pères, ce qui suppose d'avoir des défmitions précises des métiers concernés. En l'occurrence, il s'agit du métier d'agriculteur. La manière dont un pays construit et présente ses statistiques révèle l'image qu'il veut donner de lui même tant au niveau
Il - LÊ THANH KHOI - L'éducation comparée - Paris: Annand Colin, 1981, 317 p., coll. « U» ; pp. 42-43. 12 - VAN DAELE, Henk - L'éducation cOlnparée - Paris: PUF, 1993, 128 p., coll. « Que sais-je? » ; p.16. 12

national qu'au niveau international. Pour établir des équivalences, il faudrait avoir une bonne connaissance des configurations particulièresque fonnent les systèmes d'éducation et de fonnation ainsi que leur mode d'articulation au marché du travail. Cette connaissance est, bien sûr, difficile. De ce fait, on peut soit considérer que toute situation est de nature singulière et dans ce cas toute comparaison est impossible, soit estimer que sous couvert d'une harmonisation statistique on peut procéder à des catégorisations globalisantes et effectuer des comparaisons. Il convient dans ce cas d'être prudent quant aux interprétations des chiffres. En effet, une recherche récente montre d'une part, que même lorsqu'ils utilisent une nomenclature commune des niveaux de fonnation, les pays interprètent différemment les frontières et qu'ils ventilent les effectifs de niveaux comparables ou de filières comparables dans des niveaux et filières différentes.13 D'autre part, que les diplômes - communément utilisés pour attester qu'un individu est en possession de compétences déterminées - ne recouvrent pas les mêmes réalités d'un pays à un autre. Ainsi, est-il probablement plus facile pour un élève anglais d'obtenir de bons résultats aux trois matières choisies pour obtenir le GCE qu'à un élève français d'obtenir le baccalauréat général ou technique dont les matières sont plus nombreuses et imposées, et dont le résultat est tout ou rien. Or les deux diplômes sont reconnus comme de même niveau. La signification des indicateurs étudiés s'avère relative à l'organisation des systèmes d'éducation et de fonnation et en particulier à la sélectivité sociale d'accès aux différents niveaux et filières ainsi qu'à l'environnement social et économique des pays. De plus cette signification est datée, être titulaire du baccalauréat en France en 1950 n'a pas le même sens que l'être en l'an 2000. TI convient, enfin, de ne pas oublier que le rendement économique et social d'un diplôme détenniné est fonction de sa rareté dans le système social, ainsi que de la position sociale accordée au métier correspondant au diplôme préparé. Or, la variation du statut social d'agriculteur est importante entre les quatre pays étudiés ici.
13 - DURU-BELLAT, Marie; KIEFFER, Annick et MEARELLI-FOURNIER, Irène - « Le diplôme, l'âge et le niveau: sens et usages dans les comparaisons des systèmes éducatifs» - Sociétés contemporaines, n026, 1997. 13

La méthode pour réaliser des comparaisons internationales est construite en fonction de ce que l'on souhaite observer. Notre choix a été de comparer des fonctions en nous appuyant sur la notion d'équivalence fonctionnelle: A et B sont équivalents du point de vue fonctionnel si tous les deux sont susceptibles de résoudre le même problème. Ceci s'applique bien à notre objet, en effet, « si le système d'enseignement doit certaines de ses propriétés de structure et de fonctionnement aux fonctions qui lui incombent dans toutes les sociétés où la transmission de la culture se trouve confiée à une institution universitaire, c'est par l'analyse des fonctions de ce système et par l'examen du poids relatif de chacune d'entre elles que doit, semble-t-il, commencer . 14 toute comparaIson ». Nous nous centrerons sur les fonctions sociales, sur les résultats, les produits, du système d'enseignement agricole pour ce qui concerne le groupe des agriculteurs. Autrement dit, nous allons comparer des systèmes institutionnels complexes dont la fonction est de diffuser les connaissances nécessaires à l'exercice du métier d'agriculteur. Nous considérerons que les différences entre les conditions d'exercice de ce métier dans différents pays européens ne sont pas plus importantes que les différences interrégionalesen France où, malgré cette diversité, on ne défmit qu'un unique métier d'agriculteur, avec des options spécialisées. Une dernière catégorie de limites est à souligner: la difficulté d'obtenir des infoffilations précises et fiables sur les systèmes de fOffilation agricole. Déjà, au début des années 1960, Louis Malassis notait que « les statistiques concernant l'enseignement agricole sont dispersées, fragmentaires et peu comparables. La diversité des formes d'enseignement nécessite l'établissement, sur le plan international, d'une échelle de comparaison ».15 Nous avons pu constater que la situation n'a guère évolué depuis, à l'exception de l'enseignement agricole français. Ceci a, bien sûr, fortement gêné nos travaux.
14 - BOURDIEU, Pierre et PASSERON, Jean-Claude - « La comparabilité des systèmes d'enseignement », ill : CASTEL et PASSERON, ed - Éducation, développement et démocratie - Paris: Mouton, 1967, pp. 21- 58. 15 - MALASSIS, Louis - Investissements intellectuels dans l'agriculture et développement économique et social - Paris: OCDE, 1963 - Série « OCDE Documentation dans l'agriculture et l'alimentation », n° 60. 14

2 - Quelques définitions
Nous traiterons successivement de deux définitions centrales pour notre travail d'analyse de l'enseignement agricole: celle de système de formation, puis celle d'agriculteur. 21

- Système

de formation

Une définition, souvent citée, a été proposée au début des années 1980, WIsystème d'enseignement est «un réseau national et diversifié d'institutions dispensant un enseignement de type classique, contrôlé et dirigé globalement au moins en partie par l'État, et dont les éléments et les processus sont reliés les uns
aux autres ».
16

Quelques années plus tard, le sociologue Bernard Charlot précise les concepts en différenciant la « forme éducative» et le «système éducatif»17: «J'appellerai/orme éducative d'une société le système des fonctions éducatives caractéristiques de cette société à un moment historique déterminé». L'auteur rappelle ainsi qu'en France, sous l'Ancien Régime, la société donne à tous les jeunes une éducation religieuse, mais qu'ensuite elle différencie les formations: pour les enfants du peuple, une alphabétisation sommaire, une éducation morale et une fonnation professionnelle limitée à la pratique; pour la minorité des privilégiés, l'accès à une culture savante. Mais l'école n'est pas seule à assurer l'éducation et la fonnation, d'autres instances sociales ont des fonctions éducatives: la famille, les églises, certaines entreprises, les associations sportives ou culturelles,etc. Cependant, leur fonction première n'est pas éducative et «elles entretiennent des relations de relative indépendance, de rivalité ou d'affrontement», notamment avec l'École. TIest donc nécessaire de resituer celle-ci au sein d'un système plus large ainsi défini: «J'appellerai système éducatif d'une société le système d'instances exerçant directement ou indirectement une .fOnction éducative dans cette société à un
moment historique
16

déterminé. » En France, sous l'Ancien Régime, ce

- ARCHER,

Margaret S. - « Systèmes d'enseignement» - Revue internationale

des sciences sociales, vol. XXXIII, n02, 1981; pp.283-309. 17 - CHARLOT, Bernard - L'École en mutation - Paris: Payot, 1987, 287 p. ; pp. 34-35. 15

système comprend notamment église, école paroissiale, famille, COlporation, collège. Il existe un rapport direct entre la forme éducative d'une société et son système éducatif: «Le système éducatif met en œuvre la forme éducative qui n'existe qu'à travers lui. [. . .] La forme éducative est le système des fonctions, le système éducatif celui des instances». Progressivement, au cours des deux derniers siècles, l'École a intégré de nombreuses fonctions éducatives, ce qui en fait un élément central du système éducatif Le système éducatif inclut donc le système scolaire, mais ne s'y réduit pas. Le système de formation réunit les institutions spécialisées dans la formation professionnelle initiale et continue, qu'elles soient de type scolaire ou extrascolaire, s'adressant aux jeunes ou aux adultes. Ce système est, bien sûr, articulé avec le système scolaire et assure également une mission d'éducation. Certains auteurs parlent d'ailleurs de «système d'éducation et de formation». Le dispositif se complexifie avec le développement depuis les années quatre-vingt d'institutions dont l'objectif est d'assurer la transition de l'école à temps plein au travail. Leur place et leur rôle dans le système de formation sont à définir plus précisément. L'utilisation de plus en plus ftéquente du terme formation «accompagne l'extension temporelle et spatiale des pratiques multiples de formation permanente. [...] La formation déborde
donc largement les apprentissages professionnels».
18

Ainsi, en

France en 1982, la Commissionde tenninologie de l'éducation remplace officiellementl'expression «formation continue» par « éducation des adultes» et l'on parle de « formation initiale». Pour ce qui nous concerne, nous entendons le système de formation dans ce sens extensif aujourd'hui reconnu. En défmissant ainsi le système de formation, nous nous écartons d'une autre acception du «système éducatif» telle qu'elle est utilisée dans le concept de «mise en système des institutions scolaires». Antoine Prost l'explicite en indiquant
18

édition; pp.459462. Nathan, 1998, 1167p. - 2ime 16

Christiane

- PINEAU, Gaston - Dictionnaire

-« Formation », In: CHAMPY, Philippe et ÉTÉVÉ,
encyclopédique de l'éducation et de la f01711£ltion- Paris :

qu'avant les réfonnes scolaires de la Cinquième République19 «existaient des établissements distincts qui avaient chacun leurs débouchés, leur clientèle, leur corps enseignant, leur administration, leur pédagogie ».20 Face à une croissance rapide des effectifs scolarisés, il devint nécessaire de rationaliser, d'élaborer une carte scolaire et d'organiser une architecture scolaire plus logique: écoles, collèges, lycées. L'auteur précise: «Ce qui montre que le système existe, c'est qu'il devient nécessaire d'organiser la circulation des élèves en son sein: l'orientation est la conséquence même de la mise en système des
établissements» .

Dans notre approche du système de fonnation, il est nécessaire de prendre en compte le facteur temps. Bernard Charlot notant qu'un système éducatif est défmi « à un moment historique déterminé» rejoint Margaret S. Archer lorsqu'elle critique les approches sociologiques de l'éducation qui ignorent
la temporalité, affinnant : « Si l'on ne rattache pas lefonctionnement actuel d'un système à ses origines, on s'interdit pratiquement d'en donner pleinement l'explication». Elle précise: «Les structures du système aujourd'hui en place datent d'hier. Les types de domination et de contrôle que nous observons aujourd'hui ont été modelés par les luttes menées dans le passé pour la conquête du pouvoir et ils modèlent les processus futurs du changement; quant aux intérêts éducatifs qu'on déftnd de nos jours leur source est ancienne ». Ce qui la conduit à conclure ainsi: « si les systèmes d'enseignement restent en l'état, c'est que certaines des causes de leur existence sont inscrites dans leurs origines et que leurs structures, après les avoir créés, perpétuent les intérêts acquis en se maintenant ».

En ce qui concerne notre travail, il s'agira à l'inverse de comprendre pourquoi des changements surgissent et quelles en sont les causes.

19 - Il s'agit des réformes Berthoin de janvier 1959, Fouchet d'août 1963 et Haby de juillet 1975.
20 - PROST, Antoine - « L'émergence du système de formation français»

-

Le bulletin DGER, n° spécial Colloque «Enseignements agricoles et formation des ruraux 23-25 janvier 1985, UNESCO, Paris », septembre 1985 ; pp. 13-22. 17

22 - Le système de formation agricole
Si nous arrivons à notre objet d'étude, l'enseignement agricole, nous pouvons noter que sa fonction première est de préparer des jeunes à l'exercice d'un métier, favorisant ainsi leur insertion dans la société. Cependant, en France, cet enseignement assure une mission plus large puisque, selon les termes de la loi, il offie des fonnations « générales, technologiques et profèssionnelles ».21 Ceci confinne le fait que depuis les années 1960, la « formation générale pour un développement personnel» a pris une place croissantedans les dispositifsde fonnation professionnelle. Dans ce travail, nous nous sommes centrés sur la dimension professionnelle pour des raisons de compréhension et de comparaison, mais il conviendra donc de ne pas oublier que la réalité au niveau des établissements est plus diversifiée. Analysant la genèse et le développement de la formation des acteurs de l'agriculture en France du milieu du XVIIIèmesiècle au milieu de ~me, nous avons pu déterminer les conditions de diffusion des savoirs agronomiques. Tout au long de la période étudiée, celle-ci est assurée par un système complexe articulant actions de formation et activités de production; formation professionnelle et information technique, qu'on appellera plus tard « vulgarisation»; recherche et expérimentation; formation de jeunes et d'adultes. Ce système est constitué par un réseau d'institutions dont l'enseignement agricole, l'école primaire rurale, mais aussi - et peut-être surtout, au moins quantitativement - par des formes originales, créées à l'initiative d'acteurs divers, afin de toucher la masse des agriculteurs, et relevant aussi bien du ministère de l'Instruction publique que de celui de l'Agriculture (cours saisonniers, chaires départementales, cours postscolaires, cours par correspondance, presse spécialisée, associations, syndicats professionnels). Il est efficace car il ne coupe pas la personne qui apprend de la vie de la communauté, des rapports sociaux ruraux.

21 - Lois du 9 juillet 1984 portant rénovation de l'enseignement agricole public et du 31 décembre 1984 portant réforme des relations entre l'État et les établissements d'enseignement agricole privés; textes confirmés par la loi d'orientation agricole du 9 juillet 1999. 18

Nous avons appelé ce système complexe au cœur duquel se
situe le producteur agricole l'école des paysans.
22

A l'origine, la spécificité de ces institutions de fonnation tient au fait qu'il s'agit d'exploitations agricoles fonctionnant dans des conditions ordinaires, dont les propriétaires ont pour objectif d'assurer la fOITIlationdes responsables des grands domaines en enseignantles théories de l'agriculture nouvelle. Ces établissements ont vocation à fonner une «élite» et non la masse des travailleurs de l'agriculture. C'est « l'exploitation agricole-école» où l'on met le jeune homme qui apprend en situation d'abord d'observer, puis de faire. Sur le même principe seront créées des fermes écoles pour fonner du personnel d'encadrement. Malgré la référence à l'enseignement, au nom d'École donné à ces établissements, l'enseignement agricole ne s'est pas constitué sous la «forme scolaire)) qui défmit le reste des institutions éducatives. C'est ce qui fait la spécificité du système de fonnation agricole à ses débuts et qui marque son évolution, certaines caractéristiques demeurant présentes aujourd'hui en France, notamment l'importance de l'exploitation agricole constitutive de l'établissement de fOITIlation. Nous appellerons système de formation professionnelle le système d'institutions exerçant directement ou indirectement une fonction de formation professionnelle; le système de formation professionnelle agricole a été chargé d'assurer principalement la préparation au métier d'agriculteur. Dans ce système nous trouvons notamment l'enseignement agricole, c'est-à-dire la fOITIlescolaire de cette fOITIlation,mais aussi l'apprentissage, la formation des adultes, la vulgarisationdéveloppement, etc. La dynamique de ce système de fonnation, ses fonnes institutionnelles, le choix des savoirs à diffuser, s'expliquent par le fait qu'il a son origine dans la société rurale. Il est marqué par l'organisation de celle-ci et principalement par la nature et les conditions sociales et économiques du travail agricole. C'est
22 - BOULET, Michel - «La fonnation des acteurs de l'agriculture: l'école des

paysans , !TI : BOULET,Michel,dir. - Les enjeux de la formation des acteurs »
de l'agriculture, 1760-1945 - Actes du colloque ENFSAD 19-21 janvier 1999 Dijon: Educagri éditions, 2000, 525 p. ; pp. 23-30. 19

dire que l'évolution du système de fonnation agricole est orientée de façon détenninante par la politique agricole et non par la politique éducative. Il convient donc que nous nous attachions maintenant à l'analyse de l'évolution de l'agriculture et du métier d'agticulteur.

23 - Qu'est-ce qu'un agriculteur?
L'enseignement agricole a été créé pour préparer au(x) métier(s) de la telTe. Mais lesquels? Comment sont-ils défmis ? Cette question est importante car elle conduit non seulement à caractériser les contenus de la fonnation, mais également l'identité de l'enseignement agricole, son champ d'intervention. Nous avons choisi, dans ce travail, de nous centrer sur le cœur de ces métiers, à savoir celui de producteur agricole (agriculteur ou salarié d'exploitation agricole). Mais nous devons aussitôt nous demander s'il existe une défmition précise et univoque de ce métier, valable en tous temps et en tous lieux, qui nous pennettra de réaliser des comparaisons diachroniques et synchroniques. Le paysan, le laboureur, l'agriculteur et le cultivateur

En France, la définition du travailleur de la terre, celui que l'on appelle aujourd'hui « l'agriculteur », a beaucoup évolué dans le temps. Pour le saisir, nous traiterons à la fois de l'agriculture et des agriculteurs, nous référant à la remarque de l'économiste Michel Augé-Laribé : « Dans le langage courant, agricul1ure désigne, d'abord et plus precisément, les techniques, les travaux récompensés par les récoltes, mais aussi les agriculteurs eux-mêmes, les classes agricoles, et leur manière de vivre qui les distingue de la vie urbaine et industrielle. [...] Il serait difficile d'étudier séparément les hommes et leurs 23 œuvres» . Il est à souligner que les auteurs parlent, cependant, plus souvent de l'agriculture au sens technique et économique que de ceux qui travaillent la telTe.

23 - AUGÉ-LARIBÉ, Michel - La révolution agricole - Paris: Editions Albin Michel, 1955,437 p. - coll. « L'évolution de l'humanité ». 20

Au XVIIèmesiècle, tous les habitants des campagnes sont appelés «paysans », les trois types les plus fréquents étant: le « laboureur », propriétaire indépendant ou gros fennier, qui a des ouvriers sous ses ordres; le «journalier» qui ne trouve pas toujours autant de travail qu'il faudrait pour nourrir sa famille; le «domestique », assuré d'un travail régulier seulement s'il a la confiance du maître. Le terme d'agriculteur apparaît au siècle suivant pour désigner « celui qui cultive la terre et, au sens ancien et étroit, celui qui dirige et fait exécuter les travaux par le personnel à
son service».
. 24

Au milieu du

~me

siècle, dans l'introduction de son Cours

d'agriculture, le comte de Gasparin, propose la définition suivante de l'agriculture: «C'est la science qui recherche les moyens d'obtenir les produits des végétaux de la manière la plus parfaite et la plus économique ».25Pour lui, en effet, agriculture est synonyme d'agronomie, ce qu'il précise en indiquant qu'il y a « deux sciences distinctes, l'agriculture et la wotechnie ».26 Mais si l'auteur insiste sur le fait que l'agriculture est une science, il ajoute que c'est également un art. Selon lui, l'agriculteur est WI «artiste», WI «homme de l'art». Il précise sa pensée, et par là éclaire la situation du travail en agriculture, en expliquant qu'un même homme peut être amené à exercer plusieurs « artS», notamment dans les zones rurales, « mais parce qu'un maître d'école y est à la fois sacristain, secrétaire de mairie, arpenteur, organiste et marchand, en conclura-t-on à l'identité de ces professions? ». La situation est comparable pour l'agriculteur: «Ainsi, que le cultivateur, privé de tout moyen facile d'échange, soigne son troupeau, en tonde la laine, la lave, la file et la tisse lui-même, qu'il fasse de la bière avec son orge, de l'eau-de-vie avec son raisin, de la soie dévidée avec ses feuilles de mûrier, de la fécule avec ses pommes de terre, pour rendre ses produits d'un transport plus facile, tandis que dans d'autres temps il pourra vendre directement

et à son plus grand avantage sa laine surge, son orge, son
24 - LACHIVER, Marcel - Dictionnaire du monde rural - Les mots du passé Paris: Fayard, 1997, 1 766 p. 25 - GASPARIN, Comte de - Cours d'agriculture - Paris: Dusacq, Librairie de la Maison rustique, [1843], 5 tomes; l, p. 9 26 - Idem, p. 15, souligné par l'auteur 21

raisin, ses feuilles de mûrier et ses pommes de terre, que faut-il en conclure? Ces variations dans son industrie, subordonnées aux diversités des positions et des circonstances, démontrent évidemment que l'étendue variable de cette industrie ne peut devenir la base d'une distribution logique et nécessairement invariable des connaissances humaines, dont les données doivent être indépendantes des temps, des lieux, et partir d'une base toute rationnelle». Gasparin conclut qu'il doit y avoir deux types d'enseignement de l'agriculture: pour les propriétaires ayant suivi des études universitaires, « les déductions de la science », pour les artistes, « le manuel de l'art. ». En effet, « l'agriculture pratique ne peut être le résultat d'une longue éducation scientifique, mais bien plutôt d'une pratique éclairée par les principes de la science, sans doute, mais où les résultats prennent la forme d'axiomes admis par la confiance de l'élève, et aussi par son adhésion intuitive» . Quarante ans plus tard, dans son Dictionnaire d'agriculture, BarraI définit ainsi l'agriculteur: «L 'homme qui se /ivre à l'exploitation d'un domaine en vue d'y obtenir des denrées qui ont pour origine des travaux de semailles ou de plantation est un agriculteur. Les denrées produites par l'agriculteur sont ou végétales ou animales; il ne se borne pas, en effit, à cultiver ses champs, ce que le mot semble seulement signifier; il y prend des récoltes diverses, les prépare pour le marché, les transforme le plus souvent en d'autres matières, notamment en animaux vivants et en substances animales diverses. L'agriculteur fait à la fois la culture des champs et l'élevage ou l'engraissement des animaux domestiques. Il exerce une industrie complexe et d'un caractère tout spécial, parce qu'elle met principalement en action les forces qui font naître et se développer les êtres vivants pour en retirer la subsistance des populations et une foule de matières propres à satisfaire les besoins multiples des sociétés humaines».
27

siècle, le Larousse agricole définit Au début du ~me l'agriculteur «au sens étroit, [comme] celui qui cultive ses terres. Tandis que le cultivateur cultive lui-même, l'agriculteur
27 - BARRAL, Jean-Augustinet SAGNIER,Henry - Dictionnaire d'agriculture Encyclopédie agricole cOlnplète - Paris: Librairie Hachette et Cie, 1886-1888, 4 volumes.

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dirige et fait exécuter les travaux par le personnel à son service. Au sens large, [comme] celui qui exploite un domaine en vue d'en tirer, avec profit, des produits végétaux et animaux ».28 Les auteurs précisent que le métayer n'a droit au nom d'agriculteur «qu'autant qu'il participe à la direction, aux achats et aux ventes ». TIn'y a pas d'article « cultivateur », mais apparaît le chef d'exploitation ou exploitant, dans l'article consacré à l'exploitation agricole. En 1952, le Nouveau Larousse agricole ne contient pas d'article agriculteur ni exploitation agricole, il ne traite que de l'Administration d'un domaine.29 C'est dans cette rubrique que se trouve la défmition de l'agriculture: «L'agriculture, c'est l'ensemble des pratiques qui permettent de tirer du sol des produits végétaux qui, directement ou après transformation, serviront à satisfaire une partie des besoins de I 'homme. » Bien que les auteurs soulignent que n'y apparaît pas la notion de profit, ils précisent que le but de l'exploitation du domaine est « essentiellement d'en tirer le maximum de rendement avec un profit raisonnable [sic] ». Si le texte insiste sur l'importance de disposer d'une main-d'œuvre suffisante en quantité, il note que « la qualité de la main-d'œuvre est fonction de sa quantité », mais qu'elle est en général assez bonne. Cependant, il n'est rien dit des compétences de l'exploitant lui-même. L'ethnologue Charles Parain, pour sa part, propose en 1956, une définition de l'agriculture prenant en considération «à la fois sa nature propre et la ligne générale de son évolution historique»: «Quelle que soit la structure de la société, l'agriculture est l'art de tirer de l'exploitation active du sol des productions végétales et, par transformation d'une partie de celles-ci, des productions animales, en vue de fournir aux hommes des aliments et des matières premières. En dépit des obstacles provenant de la résistance des structures sociales établies, elle n'a cessé, depuis ses origines, d'accomplir, tout comme l'industrie, une série de progrès rationnels qui ont visé et qui visent à lui permettre de fournir ses produits dans la plus

28

-

CHANCRIN,Emile et DUMONT, Rémy, dir. - Larousse agricole.

Encyclopédie illustrée - Paris: Librairie Larousse, 1921,2 tomes, 852 et 832 p. 29 - BRACONNIER, Raymond et GLANDARD, Maurice, dir. - Nouveau Larousse agricole - Paris: Librairie Larousse, 1952, 1152 p. + annexes 23

grande quantité possible, pour la meilleure qualité possible au meilleur compte ».30 L'exploitant agricole

et

Dans le Larousse agricole pam en 1981, on retrouve les articles agriculture et agriculteur.3I L'agriculture est défmie comme la « culture du sol et, par extension, [l']ensemble des travaux visant à utiliser et à transformer le milieu naturel pour la production de végétaux et d'animaux utiles à l 'homme». L'exploitation agricole est «l'unité de production dont l'activité principale consiste à produire des organismes végétaux ou animaux ». Quant à l'agriculteur, la définition première est succincte: «personne qui pratique l'agriculture », mais on renvoie à l'article exploitant agricole qui est la «personne dont l'activité profèssionnelle, non salariée, consiste à mettre en valeur une exploitation agricole », on donne également comme synonyme celui de chef d'exploitation. Le dictionnaire énumère les autres catégories de personnes présentes sur l'exploitation:

- l'épouse

d'exploitant

qui a obtenue un statut civil (égalité
(qualité d' exp loitant),

entre époux) et un statut professionnel

- les aides familiaux, «membres de la famille du chef d'exploitation [...] ou de son conjoint qui travaillent à titre principal à la mise en valeur de l'exploitation [et qui] ne touchent aucun salaire », - les associés d'exploitation qui sont les aides familiaux âgés de 18 à 25 ans ayant signé avec le chef d'exploitation une convention leur donnant ce statut assorti d'une allocation minimale, d'un droit aux congés et d'un intéressement aux résultats financiers. De nouvelles notions apparaissent, celles d'exploitant à temps plein ou à temps partiel. C'est la diversité de l'agriculture qui surgit ainsi au travers des défmitions des métiers agricoles.

30 - PARAIN, Charles - «Un mot du Vocabulaire de Synthèse historique:
agriculture» In: PARAlN, Charles

- Outils,

ethnies

et développement

historique

-

Paris: Editions sociales, 1979, coll. Terrains, 505 p. ; pp. 197-208 31 - CLÉMENT, Jean-Miche~dire- Larousse agricole - Paris: LibrairieLarousse, 1981, 1 208 p. 24

Dans l'édition 2002 du Larousse agricole, l'exploitation
agricole est définie comme « une unité économique
de moyens de fonctionnement autonome (terre, bâtiments,

disposant
cheptel,

matériels) qui sont utilisés par un exploitant agricole pour Les exercer des activités agricoles aux termes de la loi ».32 activités réputées agricoles sont de trois types: les activités de production agricole, les activités exercées dans le prolongement l'acte de production, les activités ayant pour support l'exploitation agricole. L'élargissement est évident, si l'on se réfère au troisième type d'activités, qui renvoie notamment à l'accueil touristique. Quant à la défmition de l'exploitant agricole elle devient jmidique. Panni les personnes qui travaillent sur une exploitation, « l'exploitant (ou le chef d'exploitation) est celui qui dispose du titre juridique (propriété, contrat de location, ...) lui donnant le droit d'exercer l'activité agricole sur le bien foncier qui en est le support». Nous voilà loin de « l'homme de l'art» décrit par le comte de Gasparin ! Le retour du paysan Le terme paysan désignait initialement «1 'homme de la campagne» et pas seulement le travailleur de la terre. Au ~me siècle, et notamment après la Seconde Guerre mondiale, le terme prend un sens plus restreint et ne désigne plus que celui qui exploite la terre, qu'il soit fermier ou propriétaire, et devient synonyme d'agriculteur. Il est utilisé par des mouvements professionnels qui défendent les intérêts des petits et moyens agriculteurs familiaux face aux promoteurs de la grande exploitation spécialisée, tels la revue Paysans, créée à la fm des années 1950 par un courant du Centre national des jeunes agriculteurs,CNJA, ou le mouvement des « paysans-travailleurs». En 1967, revenant à l'ancienne défmition, le sociologue Henri Mendras écrit de façon abrupte: «le paysan se d~finit
32 - MAZOYER, Marcel, dir. - Larousse agricole - Paris: Librairie Larousse, 2002, 767 p. ; pp.683-688. Il s'agit de la loi du 30 décembre 1988 relative à l'adaptation de l'exploitation agricole à son environnement économique et social.

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