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L'Épée et les femmes

De
323 pages

DANS l’ensemble des différents sujets que présente l’histoire de l’Épée en Europe s’offre, en première ligne, une question de caractère essentiellement philosophique.

Cette question, à laquelle se rattache l’étude de l’amoureuse vie militaire depuis les temps antiques jusqu’en 1789, peut tout d’abord se décomposer ainsi :

L’influence de l’Épée, synonyme de guerre, de guerrier et de gentilhomme, sur la complexion, les idées, la beauté et les mœurs des femmes ;

L’influence des femmes sur les sentiments, la vigueur, les faits, les modes et les destinées de l’Épée, et enfin l’influence collective de ces deux actions martiale et vénusiaque, en pleine réciprocité, à dater du déclin de l’âge héroïque, sur la forme des civilisations, dont, surtout par le féminin, la physionomie fut successivement chevaleresque, galante, cavalière et libertine.

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Édouard de Beaumont
L'Épée et les femmes
A E. DE BEAUMONT Au son du bruit léger d’une jeune sandaleLe sage Salomon a fait le petit chien ;Auprès de Dalila Samson se trouvait bien ;Le soudard Herculès filait aux pieds d’Omphale. L’Épée a beau vanter sa vaillance brutale,Un clin d’œil en est maître, un sourire, un maintien ;On se trouve toujours enlacé par un rien: La Quenouille et son fil sont la force fatale. On se croit trop heureux de faire le niaisAprès les faux cheveux, après le noir des jaisEt le bleu des velours qui bordent les basquines ; Mais,je finis par où j’aurais dû commencer,Il n’est sur ce point-là qu’une chose à penser :Les hommes sont des sots, les femmes des coquines.
ANATOLE DE MONTAIGLON.
AVERTISSEMENT
Cette étude, parée de précieux dessins que je dois à la bonne amitié de Meissonier, est l’introduction d’une histoire de l’Épée en Europe dont l’ensemble forme la matière de a cinq volumes . Dans celui-ci, qui traite, au point de vue philosop hique, des anciens rapports et de la connivence des femmes d’élite avec la noblesse guerrière etspadassine, je n’ai fait, en présentant le sujet, que le résumer sous ses aspects généraux. Pour soutenir ou justifier ma manière de voir, j’ai dû m’autoriser de bien des preuves écrites. Je les ai peu à peu recueillies et ensuite coordonnées, comme on classe avec soin les pièces de l’instruction d’un procès. Je ne prétends pas me poser en moraliste, ce qui ne m’appartiendrait guère, j’en conviens ; je me borne, dans la questiondes armes etde l’amour : à indiquer les anciennes péripéties des destinées de l’Épée incarnée ou personnifiée. Après avoir, sous cette première forme, démontré son influence fortif iante sur les femmes, j’explique de quelle manière celles-ci, qui, depuis le moyen âge, lui devaient leur plus grande valeur physique, leur noblesse, leur élégance et leur luxe , l’ont, de siècle en siècle, graduellement asservie, corrompue, abâtardie, et enfin délabrée. Je dénonceles dames comme responsables des ridicules, des vices et des extravagances de la jeunesse militaire et des gentilshommes, sur qui leur action s’est toujours produite par la tendresse, le plaisir et l’intérêt. Je dis comment, alors qu’elles furent toutes-puissantes et idolâtrées, elles ont anéanti l’esprit héroïque, l’idéalisme chevaleresque, et comment, une fois lassées de respect, elles ont par degrés dépravé l’amour en lui dictant les préceptes de la galanterie, puis ceux du libertinage, qui bientôt les traita comme des filles. Divisant le passé, depuis les époques barbares, en quatre périodes distinctes, j’ai signalé à chacune d’elles la déchéance progressive de l’ancienne valeur virile que jadis représenta l’Épée. Je me suis, dans mes accusations, appliqué à énumérer les stratagèmes employés par les femmes pour parvenir à leur but : la liberté da ns le luxe et la galanterie, l’impunité dans l’adultère. J’indique aussi les différents rés ultats de leurs anciens systèmes charmeurs de ruses ou de perfidie, et je tâche de faire concevoir la portée qu’eut jadis, au cœur de l’activité générale, l’action réciproque et collective des dames et de l’Épée. Sans déprécier ni dédaigner, bien entendu, les déli cats et délicieux mérites féminins — (imprudence dont, entre autres, Orphée eut tant à se repentir, comme on le sait), — je me permets seulement de prétendre que l es séduisantes toutes chéries eussent pu, d’un commun accord, rien qu’en vertu de leur irrésistible influence charnelle sur l’ensemble martial, diriger cet ensembleenmeilleur sens qu’elles n’ont fait. Elles ont été jadis la cause constante de meurtres, de duels et de désastres dans la guerre ! Afin d’expliquer cette influence fatale, j’ai dit, en passant de la synthèse à l’analyse, tout ce que j’ai présumé ou approfondi. Je constate, d’après de nombreux témoignages, les causes sensuelles de la rapide corruption qui jadis affaiblit les gens de bataille et les gentilshommes d’épée, et je signale, à chaque état nouveau de leur déchéance physique ou morale, les amoindrissements graduels et coïncidents de l’arme qui dans le passé fut le signe particulier de leur noblesse. Enfin j’expose les diverses tournures d’afféterie, de grossièreté, de gaillardise ou d’impertinence qu’au trefois, en se pervertissant, les femmes, selon leur bon plaisir, ont par degrés fait prendre à l’amour. Je ne remonte guère, dans le sujet présenté, au delà des temps où chez les Germains s’éteignit l’esprit héroïque, et je m’arrête à la f in de l’ancien régime et de la période
libertine, à l’époque où partout en Europe la noble sse cessa spontanément de porter l’épée. Pour procéder avec impartialité dans l’examen qui c oncerne l’ancienne dégénérescence de l’élite des deux sexes, j’ai recherché, je le répète, des indices et des données de toutes sortes. Il eût été trop hardi, da ns une question aussi grave et aussi compliquée, de procéder autrement qu’en fondant les idées que j’émets sur un ensemble de preuves convaincantes. Cette nécessité reconnue d’être minutieux en fait d ’informations m’ayant absolument prescrit pour mon enquête de ne dédaigner aucuns re nseignements, de quelque genre qu’ils fussent, j’ai dû recueillir avec soin jusqu’aux moindres détails sur le caractère intime des mœurs d’autrefois. Les principaux documents que j’ai consultés d’abord sont des textes latins, desSagas et d’anciennes légendes. Les écrits chevaleresques, les thèmes des romans primitifs, les fabliaux, les nouvelles des anciens conteurs italiens, français ou espagnols, et les vieux récits de l’Allemagne, m’ont ensuite fourni leurs révélations sous la forme fabuleuse ou indiscrètement véridique ; puis les mémoires imprim és aux deux derniers siècles, les carnets des touristes étrangers, et enfin les chant s populaires, les miniatures, les tapisseries et les estampes, en même temps que cert ains livres et correspondances publiés de nos jours, ont contribué à m’instruire. Mon opinion s’est affermie grâce à ces données qui la justifient ; mais, pour la plupart, leur graveleuse ou naïve exactitude, leurs confidences de goût scabreux et leurs libertés sans scrupule risquent bien aujourd’hui de formaliser ce que l’on pourrait appeler l’hypocrisie duprogrès, J’avoue que, si, en commençant, j’ai pris à quelque s historiens rigides leurs antiques e jugements ou leurs aperçus de routine, j’ai, depuis, à partir du XIV siècle, recherché de préférence, comme étant plus explicites et subtils en leur sincérité, et par conséquent bien plus valables sur les faits en question, les l ibres cancans ou les critiques scandaleuses des anciens écrivains d’anecdotes, de satires ou de caquets. (J’ai laissé à chacun d’eux, en me servant de ses idées, sa forme particulière de langage et son ancienne orthographe.) Dans ces conditions, de même que l’on fait de pièces diverses toutes les parties d’un costume, j’ai assemblé le m ieux que j’ai pu, pour revêtir mon sentiment propre, les notes que j’avais lentement glanées et découpées. Ce qui va suivre n’est donc qu’une compilation, un ensemble de renseignements disposés et ajustés entre eux le plus possible par ordre chronologique. Certaines amitiés érudites m’ont mis à même de puis er à bien des sources ; mais je n’ai marqué la plupart des emprunts que j’ai faits autrement qu’en les plaçant entre guillemets dans le cours de la suivante notice. Je dois réparer cette abstention en donnant à la fin de monHistoire de l’Épée la liste nominative des lettrés et de tous les auteurs que, pour ce travail, j’ai consultés depuis de longues années. En résumé, je déclare m’être, à l’appui de mon dire, servi le plus possible de la parole, du savoir, de la hardiesse et de l’autorité des aut res. C’est ce qu’avant moi, sur toutes sortes de sujets, beaucoup ont fait qui ne s’en sont pas vantés.
aVol. II.Dictionnaire des noms de l’Épée en Europe,à l’impression. Vol. III.Les Épées charmées, les Épées ensorcelées.— Histoire sommaire du duel et de l’escrime, suivie d’une bibliographie de l’escrime. Vol. IV.L’Épée, sa fabrication, ses fabriques,les différents noms de toutes ses parties à différentes époques, ses forgerons et fourbisseur s, ses lois, ses
ordonnances ; — l’Épée dans les testaments, les inv entaires et les églises. Les épées historiques et celles de grande valeur. Vol. V.Les Associés de l’Épée,dagues, poignards, gants de prise, brassard seul, — targes,rotelle,rondaches. — Le fourreau, les ceinturons et les pendants de l’épée.
PREMIÈRE PARTIE
VENUS VICTRIX
CHAPITRE PREMIER
DANS l’ensemble des différents sujets que présente l ’histoire de l’Épée en Europe s’offre, en première ligne, une question de caractère essentiellement philosophique. Cette question, à laquelle se rattache l’étude de l ’amoureuse vie militaire depuis les temps antiques jusqu’en 1789, peut tout d’abord se décomposer ainsi : L’influence de l’Épée, synonyme de guerre, de guerr ier et de gentilhomme, sur la complexion, les idées, la beauté et les mœurs des femmes ; L’influence des femmes sur les sentiments, la vigue ur, les faits, les modes et les destinées de l’Épée, et enfin l’influence collectiv e de ces deux actions martiale et vénusiaque, en pleine réciprocité, à dater du déclin de l’âge héroïque, sur la forme des civilisations, dont, surtout par le féminin, la phy sionomie fut successivement chevaleresque, galante, cavalière et libertine. L’analyse préliminaire de l’ensemble du sujet propo sé donne en quelques mots ce résultat : L’Épée, c’est-à-dire la conquête, la guerre presque à l’état permanent, établissant d’abord l’équilibre des êtres et celui des nations, tout en ennoblissant l’homme, fortifie, enorgueillit et, par croisement de races, embellit la femme ; puis celle-ci, d’après ses tendances instinctives, et précisément en raison des mérites et du tempérament qu’elle tient de l’Épée personnifiée, la subjugue, l’énerve et la pervertit, tandis qu’elle-même dégénère et se corrompt. Ainsi se produit la double action qu’il s’agit d’en visager sous sa forme complexe, en signalant seulement par des groupes de faits et d’i dées ses diverses conséquences sociales, de plus en plus évidentes au fur et à mesure qu’elles sont plus rapprochées de nous. Cet examen, remontant au delà des robustes temps barbares où les guerriers traitaient 1 la femme comme une divinité , s’arrête à l’expiration de l’époque chétive et raffinée où la comtesse de Gacé fut, après un souper, livrée toute nue à des valets par quelques 2 libertins gentilshommes . Pour rechercher dans les distances du passé les causes successives d’un si extrême contraste de respect idolâtre et de mépris, il faut d’abord aux plus anciens indices, aux notions traditionnelles, aux documents primitifs, g uides insuffisants pour remonter le cours des siècles, adjoindre, après lecture des textes modernes, les probabilités que le raisonnement peut admettre comme certitude. Il faut accepter cette idée que « toute hypothèse sur la nature primitive de l’homme qui ne repose pas sur l’observation de sa nature actuelle est une rêverie ». Cette théorie se relie à l’opinion de Machiavel que « ceux qui sont nés dans un même 3 pays conservent presque dans tous les temps la même base de caractère » . Les Commentaires de César sur la guerre des Gaules et la descriptio n de la Germanie par Tacite prouveraient, à eux seuls, l’exactitude de cette assertion, si elle n’était aujourd’hui 4 justifiée par bien d’autres exemples, tels que celui-ci : « Les Romains, traduit Ozanam , trouvèrent aux Espagnols, ces Ibères mêlés de Celtes, une singulière gravité, offrant ceci de particulier qu’ils ne marchaient jamais que pour combattre. Ils étaient d’une sobriété presque égale à leur obstination, guerroyant ordina irement par groupes isolés. Les femmes s’entouraient de voiles noirs (la mantille qu’elles portent encore après deux mille ans). » A bien d’autres preuves de continuité dans les mœur s nationales vient se joindre un