L'épreuve des inégalités

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Tous les observateurs notent ces dernières années, dans les pays développés, une reprise de l'accroissement des inégalités. Dans un contexte marqué à la fois par une ethnicisation des inégalités, par le creusement des écarts intergénérationnels et l'âpreté des luttes autour des enjeux scolaires, apparaissent des menaces nouvelles sur la cohésion organique des sociétés modernes. Les chercheurs de l'Observatoire sociologique du changement présentent les analyses issues de leurs travaux et brossent un tableau de l'évolution de la société française en la comparant à celle d'autres pays développés.

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EAN13 9782130739227
Langue Français

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2006
Sous la direction de
Hugues Lagrange
L'épreuve des inégalités
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130739227 ISBN papier : 9782130558149 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Tous les observateurs notent ces dernières années, dans les pays développés, une reprise de l'accroissement des inégalités. Dans un contexte marqué à la fois par une ethnicisation des inégalités, par le creusement des écarts intergénérationnels et l'âpreté des luttes autour des enjeux scolaires, apparaissent des menaces nouvelles sur la cohésion organique des sociétés modernes. Les chercheurs de l'Observatoire sociologique du changement présentent les analyses issues de leurs travaux et brossent un tableau de l'évolution de la société française en la comparant à celle d'autres pays développés.
Ta b l e
d e s
m a t i è r e s
Avertissement et remerciements(Hugues Lagrange)
Introduction. Un monde inégal(Hugues Lagrange) Changements dans la structure des inégalités
Les avanies de l’État social Le développement des clivages ethnoculturels Première partie. Inégalités objectives, inégalités subjectives, mobilité et solidarités
1. Tolérance et résistance aux inégalités(Louis Chauvel)
La théorie de la disjonction entre sphère objective et sphère subjective
Un panorama des inégalités objectives à l’échelon mondial
La disjonction des faits, du jugement sur les faits et du jugement de valeur
Conclusion : les « vrais gens » forment-ils des « jugements vrais » ?
2. Le libéralisme économique gagne les pays nordiques, la France résiste (Alain Chenu et Nicolas Herpin)
Mouvements sociaux et protection sociale En 1981, les opinions publiques sont conformes aux trois modèles de protection sociale ; elles s’en éloignent par la suite Travail, pauvreté et régulation économique : trois configurations Conclusion
3. Les promesses non tenues de la modernité(Hugues Lagrange) Une tendance longue vers l’égalité dans les sociétés en voie de sécularisation
Deux visions de la modernité
Les promesses non tenues
4. La déstabilisation du système de positions sociales(Louis Chauvel)
La théorie restreinte de la fin des classes
« À quoi les classes sociales servent-elles encore ? » : une question des années 1980
Une théorie généralisée des classes sociales : objectivité et subjectivité en complémentarité et en opposition de phase
Qui a payé pour la politique du sujet ?
Les classes comme objet paradoxal
5. Une société plus ouverte : la France entre 1970 et 1993(Louis-André Vallet)
Le programme comparatifNational Patterns of Social Mobility : Convergence or Divergence ?
Variations temporelles et nationales de la mobilité observée : les résultats français dans une perspective comparative
Variations temporelles et nationales de la fluidité sociale : les résultats français dans
une perspective comparative
Expliquer l’augmentation de la fluidité sociale entre générations : les résultats français dans une perspective comparative
Vers une analyse de la fluidité sociale en termes de cohortes
6. L’entraide familiale n’accroît pas la cohésion sociale(Jean-Hugues Déchaux et Nicolas Herpin)
L’entraide familiale favorise le repliement des milieux sociaux sur eux-mêmes
Contribution à une sociologie postindustrielle ou postmoderne des liens de parenté
Conclusion Deuxième partie. Ségrégation, cohésion et enjeux scolaires en Île-de-France
7. La ségrégation contre la cohésion sociale : la métropole parisienne (Edmond Préteceille)
Introduction
La ségrégation sociale a-t-elle augmenté ?
La ségrégation ethnoraciale a-t-elle augmenté ?
Les classes supérieures, bénéficiaires et moteur de la ségrégation
Les classes populaires et les quartiers populaires : des évolutions diverses
Les classes moyennes, accélérateurs ou freins de la dualisation ? Conclusion
8. « Ethnicité » et déséquilibres sociaux en Île-de-France(Hugues Lagrange)
Val de Seine : ségrégation et fuite des cadres
e Paris 18 : une situation très contrainte
Annexe 1 Annexe 2 Annexe 3
9. La différenciation sociale et scolaire de l’espace urbain(Marco Oberti)
Ségrégations et inégalités scolaires
Cohésion sociale et modes de cohabitation dans l’espace urbain et scolaire Conclusion
10. Les choix scolaires dans la banlieue parisienne : défection, prise de parole et évitement de la mixité(Agnès van Zanten)
Le déménagement au croisement des stratégies résidentielles et scolaires
Un évitement aisé de la mixité par le choix du privé
Entre légalité et illégalité, le contournement de la carte scolaire dans le secteur public
La « colonisation » entre construction d’un certain entre-soi et d’une mixité viable Conclusion
Conclusion. Combattre les inégalités dans une société fragmentée (Hugues Lagrange)
Développements des inégalités et conceptions de la justice
Fragmentation,voiceet solidarités
Bibliographie(Hugues Lagrange)
Avertissement et remerciements
Hugues Lagrange
ar les textes réunis ici, les membres de l’Observatoire sociologique du Pchangement[1]voulu porter sur la société française contemporaine un ont regard informé par la complémentarité de leurs recherches. Ces textes, initiés par Alain Chenu lorsqu’il a pris la direction de notre unité de recherche ont fait l’objet d’échanges collectifs au cours de l’année 2005. L’atmosphère de travail qu’il a su créer, sans pour autant chercher à esquiver les différences ou les divergences, a été propice au rassemblement des contributions qui form ent cet ouvrage. Celui-ci n’est pas représentatif de l’ensemble des travaux de l’OSC, car un certain nombre d’autres collègues qui se sont joints à l’équipe depuis un an ou deux n’ont pas pu y contribuer directement. Ce travail s’inscrit, nous semble-t-il, au cœur des débats contemporains en France autour de questions d’inégalités et de justice sociale. Un contexte marqué par une poussée nouvelle de la « globalisation » interdit de penser de la même manière qu’autrefois le rôle de l’Etat social, chacun sent la nécessité d’un bilan des évolutions e qui ont marqué la seconde moitié du XX siècle et d’envisager des politiques susceptibles d’affronter les enjeux de la justice sociale dans les sociétés pluriculturelles et économiquement ouvertes. La préparation de cet ouvrage a bénéficié de la disponibilité de Mireille Clémençon qui a traqué nos déficiences formelles. Il n’aurait pas vu le jour sans les encouragements de Serge Paugam qui a contribué à rendre plus cohérente l’organisation d’ensemble de l’ouvrage. Qu’ils trouvent ici l’expression de nos remerciements. Il va sans dire que chaque auteur reste seul responsable de ses écrits.
Notes du chapitre
[1]Unité de recherche du CNRS et de Sciences Po dirigée par Alain Chenu.
Introduction. Un monde inégal
Hugues Lagrange
e m ouvem ent vers plus d’égalité des conditions, dan s lequel Alex is de Tocqueville Lesse aujourd’hui surtout lesodernité, intér ajeurs de la m voyait un des traits m ressortissants des pays riches. Il est clair qu’en term es de chances d’accès à des systèm es de santé, à des écoles, des em plois, des retraites, m ieux vaut être suisse ou japonais plutôt que sénégalais ou éthiopien. Les écarts sont m oindres dans les pays riches : aux États-Unis, le plus inégalitaire des riches, les parts du revenu revenant respectivem ent aux 10 % les plus pauvres et aux 10 % les plus riches de la population sont de 1,8 % contre 30,5 %, en Norvège, 4,1 % contre 21,8 %, m ais l’am plitude des écarts re ste im portante. Si à l’échelle planétaire, de telles inégalités se sont récem m ent réduites du fait de la croissance forte de la Chine et de l’Inde, les inégalités dans le m onde pèsent indirec tem ent sur la cohésion sociale à travers des conflits civils nourris par le ressentim ent envers les injustices et la pauvreté. On ne peut ignorer que la question des inégalités déborde le c adre européen ou m êm e celui d’une com paraison au sein des pays riches. Pour prendre l a m esure des enjeux qui lient la cohésion sociale et les inégalités, il faut se situ er dans le cadre des rapports entre les différentes parties du m onde, entre pauvres et riches tels qu’ils se m anifestent crûm ent. Un six ièm e des habitants de l’Afrique subsaharienne so nt chroniquem ent pauvres au sens où ils disposent de m oins de 2 $ par jour, les économ ies africaines ont stagné entre 1985 et 2004 alors que la population s’accroissait rapidem ent de sorte que le nom bre de pauvres devrait passer de 315 m illions en 1999 à 404 m illions en 2015. Alors qu’il y a trente ans le revenu par e habitant en Afrique était le double de ce qu’il était en Asie du Sud et de l’Est, à l’aube du XXI siècle c’est l’inverse. En Afrique, 34 % de la population souffre de m alnutrition et la faim fait plus de victim es que l’ensem ble des autres m aladies infectieuses. Cette dérive de l’Afrique est elle-m êm e inégale. Des pays com m e le Ghana disposant d’une bonne gouvernance ont progressé sensiblem ent tandis que d’autres com m e le Burundi ou la Zam bie déclinaient, notam m ent du fait d’une m auvaise adm inistration. À cette inégalité entre pays s’ajoute une inégalité entre les couches sociales au sein des pays. D’après le rapport du PNUD de 2003, la répartition des revenus est très inégale dans les p ays pauvres. Au Sénégal, les parts revenant respectivem ent aux 10 % les plus pauvres et aux 10 % les plus riches sont de 2,6 % et 48,2 %, en Éthiopie 0,7 % contre 60,8 %. L’Afrique se donne com m e un m iroir grossissant les enjeux de l’égalité. Les liens étroits entre les form es ex trêm es de rupture de la cohésion sociale que sont la guerre civile, les m assacres de m asse et le déclin y sont très lisible s. Ainsi la guerre civile qui a ravagé le Congo et fait sans doute près de 4 m illions de m orts entre 1998 et 2002 a été alim entée par des déséquilibres régionaux et la concurrence pour l’appropriation des ressources im m enses du sous-sol. La guerre civile et ses prolo ngem ents ont plongé la République dém ocratique du Congo dans la stagnation et accru la détresse des agriculteurs. Si la guerre annihile souvent la croissance économ ique, en retour le déclin de la croissance et le basculem ent de fractions larges de la population dans l’ex trêm e pauvreté fournissent un terreau et un carburant aux conflits civils qui prennent facilem ent le tour de guerres ethniques. La guerre civile en Côte-d’Ivoire s’insc rit sur le fond des pertes de ressources économ iques du fait de l’effondrem ent des cours du café et du cacao. Inversem ent, avec le
retour de la paix , on enregistre en Ouganda à partir de 1987 et au Mozam bique à partir de 1992 un retour à la croissance économ ique sur un ry thm e annuel de 7 %, alors que durant la guerre la croissance était nulle ou négative. La croissance économ ique retrouvée est la clef d’une réduction de la pauvreté et des inégalités. Certes celle-ci n’est pas autom atique, cependant elle a pour condition nécessaire la repri se de la croissance, seule capable de perm ettre un investissem ent dans des infrastructure s et des services publics susceptibles d’entraîner l’élévation de la productivité qui, com binée à la dim inution de la fécondité, peut am éliorer la situation des plus pauvres. Parallèlem ent à cette dynam ique d’appauvrissem ent, l’ex ode rural m assif et « précoce » en Afrique a favorisé la stagnation de la production agricole et l’afflux en ville de populations pauvres qui sont venues s’agglom érer dans les bidonvilles des grands centres urbains. Ainsi, en 1980, 28 % de la population habite en ville, ce chiffre s’élève à 37 % en 2004 et on prévoit 50 % d’urbains en 2015. Or, aujourd’hui, 72 % de ce tte population urbaine vit dans des bidonvilles. Les conditions de vie et d’hygiène son t déplorables, les m aladies et la délinquance se développent com m e les sous-produits de la m isère et du chôm age qui touchent m assivem ent une population jeune agrégée autour des lieux du pouvoir et de la richesse relative. L’Afrique qui donnait la preuve que la pauvreté en tant que telle n’est pas source de délinquance – le niveau de la crim inalité et notam m ent de la violence interpersonnelle y étaient très bas jusqu’à une date récente – est en train de basculer dans une logique opposée. Le contraste terrible en ville entre riches et pauvres et l’absence de contrôle social favorisent la délinquance, la défiance et la rupture des anciennes solidarités. Au-delà m êm e de ses conséquences en Afrique, la pau vreté alim ente les révoltes à longue portée et développe les intolérances et la haine[1].
Changements dans la structure des inégalités
L’écart, très frappant, Afrique-Europe n’est pas cependant une bonne représentation de la réalité et de la dynam ique globale des inégalités, c’est plutôt une m arque du passé, certes récent. En 1820, à la veille des aventures coloniales, le revenu par tête en Europe de l’Ouest est trois fois supérieur au revenu par tête en Afrique ; en 1960 le revenu par tête européen est 14 fois plus élevé que le revenu africain et l’ écart entre certains pays des deux continents atteint 1 à 30. L’écart entre les nation s atteint alors son m ax im um historique relatif. À ce m om ent les inégalités au sein de chaq ue pays, qui ont été la source des m ouvem ents ouvriers, sont supplantées par l’im portance des inégalités entre les nations. La source principale des inégalités dans le m onde n’es t pas l’inégalité entre les individus au sein des nations, m ais l’inégalité entre les nation s qui représentent environ les deux tiers des inégalités totales[2]. Depuis 1960, d’après plusieurs études[3], les inégalités entre pays se sont stabilisées ou m êm e légèrem ent réduites, du m oins si on prend soin de calculer les inégalités en pondérant par la m asse de la population de sorte qu ’on n’attribue pas le m êm e poids au Lux em bourg et à la Chine. Un processus de convergence entre les grandes nations d’Asie et les pays les plus développés est en cours ; longtem ps inaperçu ce rapprochem ent s’accélère. La Chine a, depuis le m ilieu des années 1980, com blé près de la m oitié de son différentiel de revenu par tête avec l’Europe et pourrait, aux ryth m es respectifs de croissance enregistrés ces dernières années, la rattraper dans l’intervalle de deux décennies ; l’Inde em prunte un chem in analogue. Plus surprenant, un rapport de l’O CDE concernant les prévisions de croissance pour l’Afrique en 2006, affirm e que la c roissance devrait être de 5,8 %. Cette