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L'esclavage

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Description

Certains disent que l'esclavage est le plus vieux métier du monde, plus ancien même que la prostitution qui est parfois une forme d'esclavage.

L'Esclavage n'a pas été inventé par les occidentaux, et l'auteur doit remonter aux premier temps bibliques pour nous aider à nous y retrouver.

Nous allons découvrir de nombreux aspects méconnus de l'esclavage.


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Date de parution 05 mai 2017
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EAN13 9782364065895
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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L’esclavage dans tous ses états

Michel DATCHARRY

Editions VOolume.fr

Couverture originale de VOolume, texte et photos de Michel Datcharry, et photos d’archives.

© Editions VOolume 2017

Tous droits de reproduction, même partielle, réservés pour tous pays

ISBN : 978-2-36406-589-5

EAN : 9782364065895

Inhumanité

C’est dans la zone que les historiens appellent le Croissant fertile qui s’étend en gros de la Mésopotamie à l’Anatolie que l’on peut situer l’origine de la servitude. Celle-ci remonte ainsi aux plus vieilles civilisations.

L’esclavage est en réalité un phénomène quasi universel. Aucune civilisation n’y a échappé. La Chine comme la Grèce et Rome ont pratiqué l’esclavage sans trouble de conscience. Le christianisme ne l’a pas interdit. L’islam l’a si bien toléré qu’entre le VIIeet le XIXesiècle environ 17 millions d’Africains furent razziés et vendus par les musulmans.

Après la découverte du Nouveau Monde, le trafic des esclaves s’est développé sur une vaste échelle avant d’être interdit, tardivement.

Près de deux siècles après l’abolition de l’esclavage, l’éternelle question de l’exploitation de l’homme par l’homme n’est toujours pas résolue. L’esclavage existe encore; dans sa version « moderne », il concerne, selon les organisations internationales, une trentaine de millions d’êtres humains à travers le monde!

L’esclavage? Un sujet tabou; et il faut se méfier de l’Histoire « officielle » et de son cortège de commémorations.

Révélons la vérité sur l’histoire de cette plaie de l’humanité encore ouverte…

Sommaire

I) Les esclaves de l’Antiquité

1) Une institution universelle

2) Les premiers esclaves

3) L’esclavage en Grèce

4) Rome esclavagiste

5) Fausses idées

6) Le cimetière de la Grande Muraille

7) Les sacrifiés amérindiens

II) La traite orientale

1) De l’esclavage au servage

2) Blancs et Noirs

3) Le Coran et l’esclavage

4) Femme soumise

5) Les harems : sexualité et intrigues

6) Femmes libérées

7) Les eunuques

8) Esclavage doux?

9) Traites internes

10) Aux pays des esclaves noirs

11) Des esclaves sur le trône

III) La traite atlantique

1) Les Mourons negros

2) Pourquoi?

3) Combien?

4)?

5) Le commerce triangulaire

6) La vente de toutes les hontes

7) Un aller sans retour

8) La terrible traversée

9) La grande foire négrière

10) Nègres de jardin et de case

11) Révoltes et marronnages

12) La première république noire

13) Le Code noir

14) Prospères négriers

IV) Le long chemin de l’abolition

1) Mobilisation pour l’abolition

2) Le printemps des peuples noirs

3) 1865 : abolition aux Etats-Unis

4) 1888 : abolition au Brésil

5) Première République d’Afrique

6) Zanzibar l’irréductible

7) La question de la repentance

8) Les têtes de l’Hydre.

ACTE I

LES ESCLAVES DE L’ANTIQUITE

 

1) Une institution universelle

La servitude existe depuis les temps les plus reculés de l’humanité. Tout comme le plus vieux métier du monde, il a fait son apparition au cours d’une phase déjà évoluée de l’économie. A partir d’un certain moment, l’homme n’a plus tué son ennemi. Plutôt que de l’éliminer ou de le consommer (l’anthropophagie était une coutume fréquente), il s’est dit qu’il serait plus utile pour lui de le transformer en travailleur auxiliaire qui lui permettrait d’améliorer son niveau de vie.

L’esclavagea été pratiqué partout dans le monde, aussi bien en Asie dans les tribus nomades, dans l’Empire chinois, chez les Indiens d’Amérique que dans des sociétés sédentaires.

L’usage du mot «esclave» (et «slave» en anglais) remonteraitau Xesiècle, lorsque les rois saxons Henri l’Oiseleur et Otton Ierle Grandmenèrent des guerres face aux Slavesdont de très nombreux guerriers furent capturés et réduits en esclavage. Ce serait là l’origine du mot « esclave »: slavus (« slave »),qui devintsclavus, dans le sens de « captif privé de liberté ». A distinguer deservus, qui donnera « serf », paysan attaché à la terre.

Les esclaves de l’Antiquité étaient le plus souvent des Blancs. Car l’esclavage n’a pas toujours été noir.

Un épisode entre Noé et ses fils, relaté dans la Genèse, a servi à justifier l’asservissement des Noirs : la malédiction de Cham.Le texte raconte que Noé, enivré au jus fermenté de la vigne qu’il avait plantée, dormait nu. Son fils Cham se moqua de lui. A son réveil, Noé le damna dans sa descendance : «Maudit soit Canaan [fils de Cham]! Qu’il soit pour ses frères le dernier des esclaves! »

Jusqu’au XIesiècle, cette histoire n’avait jamais été vraiment associée à une quelconque couleur ou communauté. Les musulmans furent les premiers à recourir à la « malédiction de Cham » pour justifier l’esclavage des populations noires. Ils furent suivis par les Européens. Dans le récit originel, la faute retombait sur les Cananéens, alors esclaves des Israélites. Faire des Noirs les descendants de Cham permettait de s’appuyer sur les textes sacrés pour légitimer leur asservissement.

Que disent les religions du Livre à propos de l’esclavage?

On trouve de nombreuses références sur l’esclavage dans l’Ancien et le Nouveau Testament ainsi que dans le Coran. Mais jamais ces Livres révélés ne condamnent cette institution.

Le christianisme n’a jamais justifié l’esclavage, mais – jusqu’à des temps récents – ne l’a pas davantage dénoncé, le pragmatisme économique ayant le plus souvent prévalu sur les bonnes intentions et la moralité.Ce n’est qu’après deux millénaires que l’Eglise catholique a fini par reconnaître sa part de responsabilité. Le pape Jean-Paul II, pour la première fois en 1991 à Gorée, «a demandé pardon pour les péchés commis par l’Europe chrétienne contre l’Afrique».

Le Coran n’exige pas davantage l’abolition de l’esclavage. Il s’en accommode tout en incitant le maître croyant à respecter l’esclave. Pour les islamistes, seul l’infidèle peut être esclave. Mais qui est l’infidèle? Le chrétien? Le juif? Les théologiens musulmans ne s’accordent pas sur le sujet. En tout cas, côté musulman, il ne semble pas qu’on soit prêt à se remettre en cause.

Si donc aucun commentaire juif, chrétien ou musulman n’est à lui seul à l’origine d’une justification de l’esclavage, dans la réalité, aussi bien chrétiens qu’islamistes ne se privèrent pas de pratiquer l’esclavage ou de s’en accommoder. La frontière entre ce qui est écrit et l’action des hommes est tenue.

 

2)Les premiers esclaves

L’économie des sociétés antiques repose en grande partie sur le travail servile utilisé dans tous les domaines : domestique, agricole, industriel, commercial, administratif. Dans ces sociétés, l’esclave, qu’il le soit à sa naissance (enfant d’une femme esclave) ou à l’âge adulte (prisonnier de guerre ou victime des pirates) est juridiquement une « chose », un bien de consommation; il est propriété de son maître qui en dispose à son gré. Il n’est pas mieux considéré qu’un animal domestique ou un meuble.

Déjà, dès la plus haute Antiquité, les esclaves sont présents en pays sumérien; un épisode relaté dans la Bible raconte comment le roi assyrien Sennachérib a mené campagne au VIIes. av. J.-C. contre le royaume de Juda et comment les habitants de certaines villes ont été capturés et mis en servitude.

Néanmoins, dans ces civilisations mésopotamiennes, les esclaves ne semblent pas avoir constitué une population très importante.

Les propriétaires des esclaves étaient des institutions ou des particuliers. Ces derniers pouvaient les vendre, les offrir, les louer, les mettre en gage et les transmettre en héritage à leurs successeurs. Plusieurs contrats de vente d’esclaves sont parvenus jusqu’à nous.

Dans ces sociétés, l’esclave pouvait être affranchi par son maître et se marier, y compris avec des personnes libres; il pouvait également posséder des biens et des terres qui restaient cependant en dernier lieu la propriété du maître.

 

3)L’esclavage en Grèce

La tradition européenne tient la Grèce pour mère de la démocratie. De fait, cette société vit dans un système très hiérarchisé : le Grec est supérieur au barbare (c’est-à-dire à celui qui n’est pas Grec), l’homme à la femme, le libre à l’esclave.

L’esclavage se développe en Grèce à partir du VIIesiècle av. J.-C. et devient de plus en plus important avec l’enrichissement d’Athènes. Au IVes. av. J.-C. Aristote écrit dansLa Politique: «Quand une cité est riche, elle achète des esclaves.» Lui-même possède vers la fin de sa vie au moins une vingtaine d’esclaves. A cette époque, l’esclavage est une réalité reconnue. «Tout le monde en a!» s’entend dire l’orateur Lysias.

Quand il est libéré, l’esclave accède à un statut mal connu, intermédiaire entre la servilité et la liberté totale à laquelle il n’accède que par étapes. L’affranchi peut alors être inscrit comme étranger ou quitter la cité pour tenter d’acquérir ailleurs un meilleur statut. De façon exceptionnelle, il peut même devenir citoyen1. Ce fut le cas au début duIVes av. J.-C. d’un certain Pasionaffranchi par ses maîtres banquiers. Il réussit en quelques années à devenir l’un des hommes les plus riches (et incontournables) d’Athènes. A la tête d’une manufacture de boucliers employant plusieurs dizaines d’esclaves, il fit des dons d’armes à la cité à un moment où les caisses d’Athènes n’étaient pas très florissantes. Pour le récompenser de ses largesses, la cité le fit citoyen. On ne prête qu’aux riches!

Distinguons dans cette société, deux types d’esclaves: l’esclave communautaire et l’esclave individuel. Le statut des assujettis collectifs peut être rapproché de celui des serfs du Moyen Age, condition qui se situe entre l’esclavage et la liberté. Le plus célèbre exemple de servitude collective est celui des hilotes de Sparte : provenant pour la plupart de pays conquis, ce sont des hommes libres qui, pour leur subsistance, se voient allouer un lot de terre qu’ils mettent en culture et dont ils reversent une partie de la récolte aux Spartiates. Le groupe le plus important des esclaves publics est constitué par le corps des archers scythes qui assure le maintien de l’ordre à Athènes.

Dépourvu de toute capacité juridique, l’esclave individuel n’a au contraire aucun droit et sa vie est suspendue au bon vouloir du maître.

D’où proviennent ces esclaves?

Certains esclaves individuels sont nés au sein de l’oîkos(la maisonnée). Le statut d’esclave est en effet héréditaire. Les autres sont achetés la plupart du temps sur des « marchés » qu’approvisionnent principalement la guerre ou la piraterie.

Les moyens de se procurer des esclaves étaient plus faciles à Athènes que dans le Nouveau Monde colonial. Quand Xénophonpropose dans son livre intituléDes revenusd’acquérir 10000 esclaves publics pour les mines du Laurion, il n’évoque jamais les difficultés pour rassembler ce nombre considérable, mais parle simplement de coût.

On estime qu’au IVes. av. J.-C. Athènes compte entre 200000 et 250000 esclaves, hommes, femmes et enfants. Un habitant sur deux est ainsi esclave.

Un tel nombre d’esclaves a-t-il pu devenir une menace? Y eut-il un Spartacus grec?

Dans le monde athénien, on n’a pas observé de révolte servile massive comme il y en aura chez les Romains; ce groupe social est trop disparate par ses origines comme par ses conditions de vie.

La vraie révolte de l’esclave, c’est la fuite individuelle, problème majeur des propriétaires.

 

4)Rome esclavagiste

L’esclavage a marqué la société romaine.

Les Romains ne nous ont laissé aucun chiffre, mais on peut estimer qu’au Iersiècle apr. J.-C. les esclaves représentent entre 30 et 40 % de la population, soit environ deux millions et demi sur un total de 7 à 8 millions de personnes.

Au début de la République romaine (VIes. av. J.-C.), les propriétaires terriens puisaient leur réserve de travailleurs dans leur «familia». La condition servile était héréditaire et l’enfant d’une esclave faisait partie du patrimoine. Dès la fin du IIIes. av.J.-C., l’aspect lucratif de l’affaire encouragea les maîtres à se livrer à « l’élevage » d’esclaves à domicile comme on le ferait avec un troupeau de vaches; parmi les conseils laissés par les auteurs latins, revient celui de choisir des « bonnes reproductrices » comme servantes. Dans la maison de leur maître, les femmes (mais pas qu’elles), étaient des proies sexuelles toutes désignées.

L’esclavage romain connaît son expansion maximale au cours du IIes. av. J.-C., à la suite des grandes conquêtes. La conquête signifie des millions de captifs, femmes, hommes et enfants mis en vente par des généraux qui ont compris le bénéfice à en retirer. Un trafic considérable a lieu dans le bassin méditerranéen. La prise de la Sicile en 261 av. J.-C. a procuré 270000 esclaves. Après Alésia (52 av. J.-C.), César vend plus de 50000 Gaulois. Des esclaves, il en vient de partout, à tous les prix, et pour tous les goûts. L’achat d’un domestique équivaut à deux ans de solde d’un fonctionnaire. Evidemment, la beauté, la rareté, la jeunesse se paient. Marc Antoine déboursera 200000 sesterces (l’équivalent d’un siècle de salaire d’un fonctionnaire) pour deux sosies parfaits, l’un gaulois, l’autre égyptien.

L’esclave romain n’a aucune liberté. Il est soumis à de multiples interdits et les châtiments corporels sont fréquents. Quelle que soit la punition qu’inflige le maître à son esclave, l’impunité est de mise, même en cas de meurtre de l’esclave.

Heureusement, l’Etat impérial va progressivement limiter la toute-puissance des propriétaires sur leurs esclaves. Au début de notre ère, Auguste fut le premier à entraver ce pouvoir des maîtres. En 47, dans un esprit moraliste, l’empereur Claudepromulgue un édit étonnant. Lorsqu’un esclave malade est incurable ou que l’on ne veut pas le soigner, on le remet au dieu de la médecine Esculape (Asclépios grec romanisé en Esculape) et on déclare l’esclave libre. Il ne reste plus au pauvre bougre qu’à prier très fort Esculape pour qu’il lui assure la guérison. Dans l’immense majorité des cas, le dieu laissait tomber son protégé et il n’est jamais arrivé qu’il renouvelle le miracle qui lui avait valu d’être foudroyé par Zeus lorsqu’il avait tenté de ressusciter des morts!

Les esclaves qui ont la vie la plus dure sont les mineurs et les paysans. Sous la République, au moins deux tiers de la population servile sont paysans. Sous la conduite d’unvilicus(esclave-contremaître qui encadre les exécutants), ils sont soumis à des cadences infernales. La nuit, levilicusveille à ce que les travailleurs dont il a la charge ne sortent pas de leurs cellules. Ceux qui sont jugés dangereux et violents sont enchaînés de jour comme de nuit, et logés dans desergastulesde haute sécurité.

De très nombreux esclaves assurent la fonction de domestique. Bien...