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L'homme Songhay tel qu'il se dit chez les Kaado du Niger

224 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 54
EAN13 : 9782296282018
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JEAN-MARIE DUCROZ MARIE-CLAIRE CHARLES

L'HOMME SaNGHA y TEL QU'IL SE DIT CHEZ LES KAADO DU NIGER

Editions L' Harmattan 7. rue del'EcoJe-Polytechnique 75005 Paris

Des mêmes auteurs
Lexique Editions Soney (Songay) - Français. L'Harmattan, 1978. parler Kaado du Goroud.

@ L'Harmattan, 1982 ISBN: 2-85802-212-7 , '" .
.. .~

Préface
Si l'on peut trouver une quelconque justification au genre si décrié de la préface, elle réside sans doute en l'explicitation d'un titre nécessairement elliptique. L'homme soney se « dit» ici en une série de brefs exposés que la diligence des auteurs a regroupés en thèmes: accords et contrastes, le corps, la parole, le discours sur le corps. Ille fallait bien pour rendre l'ouvrage accessible: mais le principe de cohérence en est ailleurs. Il est dans l'image du monde qui transparaît en filigrane, plus ou moins nette, mais toujours présente. dans tous les textes, quel qu'en soit le sujet. Cet univers nous est à la fois étrange et familier, déconcertant par l'équivalence instituée entre le visible et l'invisible, entre l'animal et l'humain, par la ré interprétation des phénomènes naturels comme expression de volontés subjectives. Mais ce monde est aussi le nôtre, non seulement parce que bien des interdits qui le définissent« en creux» sont l'écho de nos vieilles superstitions, mais surtout parce qu'il est tenu par les Kaado pour totalement intelligible: il n'y est pas d'effets sans causes et ces causes sont connues, répertoriées, classées. Ce déterminisme sans faille comprend même l'irrationnel et le hasard: c'est l'apanage de Dieu qui dans cette organisation ne paraît guère en avoir d'autres. Par son double, son bia, l'homme participe à l'univers spirituel; en son corps, il résume et reproduit le cosmos. Il est à la fois singulier et coextensif au monde; son existence personnelle en est une célébration que la mort n'abolit pas. Au travers d'activités, d'usages, de rites et de croyances, les auteurs dessinent, conformément à leurs propos et mieux que par un discours métaphysique, les contours d'une des formes les plus attachantes de la personne en Afrique noire. Ce recueil offre au linguiste de précieux matériaux; mais l'ethnologue, le psychologue, le philosophe et d'une manière générale tous ceux qui s'intéressent à l'homme y trouveront matière à réflexions fécondes. G. MANESSY.

KA-LEIDOSCOPIE

D'UNE

RENCONTRE

R. NICOLAÏ

Le pays Le pays,c'est
Ténéré, ques doux, mais d'autres, arbres trompé hors austère petits d'abord des dunes, usées, aux épines fixées, acérées. bien tracés

non pas celles,
herbeuses que celui tôt
la

échancrées,

du

avec de ci de là quelqui, fait en décembre chercherait de reculer par

Le paysage est calme mais pas
policées,

mais pas hostile... par l'image des sentiers les

exemple, s'aventurer l'agression prairie biflorus lithiques tout sable;

de nos campagnes aurait et accrocheuses cram-cram

à
sous

des innombrables que constituaient pour les amateurs). aussi traces:

aiguilles de cette fausse saison des pluies (Cenchrus

à

Le pays, c'est
mais plutôt que les villages empreintes d'abord

le vide, traces désertés bouses

l'étendue, d'une

non pas celle vie dont

des paysages sur le greniers celle

ce vide

grouillant après

on ne saisit de pieds

des champs de mil, la récolte, pacages celle de vaches, celle d'un le pays, un arbre lourd d'une

de culture d'animaux, aussi

enclos, foulés. d'un

à mil;

Le pays, c'est

une énorme présence,

regard,

d'un enfant sorti l'on ne sait d'O~, paysan, d'une feDDDe... Qui, traversant

chamelier, celle d'un a jamais pu s'y croire d'ombrage, outarde un chien slouflanc au

isolé?
fenêtres ghi, détour

Et puis,
étroites, un mortier du chemin, Autre chose,

un village,
des rues

une mare, des maisons basses de banco aux
de sable, le vol d'une quelques paillottes de nomades surprise

à

mil ou encore l'espaoe, le cri le lit rauque

à

de dune et toujours
course affolée d'une

grue couronnée ou, peut-être, la de la rivière, la terre d'argile quelques

biche...
sablonneux

durcieque les sabots

des boeufs ont creusé de mille trous,

II

champs de cultures vivrières,
peut-être aussi la trace d'un

la bruyante paix
serpent

des oiseaux et des arbres, Le pays c'est aussi

cracheur...

cela.
Peut-être encore la chaleur énorme du soleil au zénith, l'écrasement au sol mais aussi l'attente de la tornade, l'éclair, la violence de l'eau dans le lit de la rivière asséchée, le délire de la première pluie, les semailles et enfin, le soleil blanc dans l'absence de ciel

de la "brume sèche, les nuits froides, les enfants se promenant transiS,
emmitouflés dans de vieilles couvertures On peut présenter autrement nord des cultures sous pluie, taire, région dureté, jusqu'à dix heures du matin. les choses: nous sommes

à la

limite

à la

frontière du monde nomade et sédensont ressentis avec une extrême sont monaie couNiger,

~

les aléas climatiques

~

les conflits entre nomades et sédentaires

rante. Nous sommes au carrefour de trois frontières: Mali,
Haute-Volta; res: animiste, musulmane économiques, et occidentale

de trois ethnies: peul, songhay, touareg; de trois cultupar le canal des contingences

étatiques, des médias et de l'école; nous sommes dans un

pays pauvre mais dans une société paysanne fortement structurée qui a la conscience de ses valeurs. Niamey est Nous sommes

à un

certain bout du monde,

à

six heures de Ie.ndRover d'ici... si l'on arrive

à temps

au bac pour traverser le fleuve.

Les

,v:ens.

Les gens, c'est d'abord cette société paysanne traditionnelle hiérarchisée, munauté

et

l'on y naît nOble, ou captif, ou forgeron; c'est une com-



chacun connaît chacun,

oÙ la

place de tous est déterminée,

oÙ la reconnaissance de la valeur de l'autre est une donnée d'évidence...
C'est une société semblable gnes, nous pouvons

à celle

que, dans les fonds de nos campa-

parfois deviner.

Les gens, c'est avant tout un accueil retenu, simple, jamais bruyant: c'est un accueil courtois, clest un certain regard. L'étranger est jugé, jaugé, son attitude est commentée avant qu'une décision ne slimpose sur le type de rapport et sur l'existence même du rapport

à

entretenir avec lui... en fonction de la façon dont il se conduit et des canons d lune immanente bienséance.

III

Les gens, côté tables. plaisir et

c'est c'est

différents extrém:l..té, surtout lors d'un

degrés la résene

de spontanéité: des sages,

les

enfants conna!t de chefs

d'un le

à

l'autre

des anciena, que l'on

des :n0-

Ici, L'histoire,

des retrouvailles empire, c'est

de la rencontre. c'est celle le souvenir

prestigieux
aristocratie

dont les Tarikh(I)

8e sont fait

l'écho,

c'est

celle d'une

certaine de son excellence.

Ia religion, son extension et, avec la nature

c'estun certainislam,
la tradition, forces et leur c'est évidentes contexte. Fantyo, village

finalement assez récent dans un anim:l..BtIfI profond, un accord
de ce monde;

et les

des magiciens re-

doutables officient

sur cette terre.

Les interprétes

L'histoire se passe

à

du pays Kudo;

un villageois

engagé dans l'armée coloniale se convertit au christianisme. Prosélyte, il veut faire des chrétiens, beaucoup de chrétiens, et pour cela il utilisera le moyen le plus simple: il fera, pour Dieu, des enfants dans les garnisons de passage, enfants dont il prendra en chargel'éducation chrétienne. De retour au pays, il convertira les gens du village et
n'aura dépassent sin, qu'une de cesse qu'une m:l..ssion s'installe; une chapelle est construite qui voichez les chrétienne de Dolbel le

à Fantyo...

!œis bientôt,
l'entendement la plus un quart voici vingt

pour certaines
des simples, ancienne de siècle cinq c'est s'établira.

de ces

"raisons d'état"

à

Dolbel,

gros village souche

m:l..ssion religieuse

Cette

implantation

Songhay constitue du pays. est Voici présente,

et la principale

que la m:l..ssion catholique

ans que Jean.Jœrie

Ducroz a appris

songhay, voici
était-ce

dix ans que Marie-Claire

Charles participe

à l'aniJœtion
d'eux,

des villages voisins. Les auteurs, discrets, n'ont pas parlé important

de le faire à leur place? Oui, car cela permet de m:l..èUX saisir les conditions de l'enquête; car ils cansUtuent, à l'évidence, un chainonimportant de l'ensemble derrière lequel ils s' effacent.

(I) En particulier

les Tarikh el Fettach et Tarikh es Soudan, chroniques anciennes très importantes pour l'historique de la Boucle du Niger.

TV

L'intercession

simple.

Quiconque ayant vécu quelques temps dans cette aura ont, te, pu s'étonner droit de la procédure quelque surtout,
d'un

région du Sahel
par des gens qui La demande est illettré;


souvent

utilisée demander. est

ou désir,

chose

à vous

écri-

même, et peut-être
après le départ

si le demandeur
employé un petit

on peut

trouver

mot

posé

rez le voir aisément ses amis et c'est ainsi, en son absence, que vous en apprendrez

-

-

~

vous

pour-

ou encore

vous

sera-t-il

transmis

par l'un de
l'ob-

jet. Il est permis de s'interroger:pourquoi écrire ou faire écrire? Question que l'on peut se poser quand on a pu se rendre
mal la langue. On pourrait supposer compte qU'il ne sKagit pas, en général, d'un palliatif pour qui maitriserait

trop
1

- va

pour l'hypothèse
des souhaits.

- que,
la

de

n'être pas intégrée, banalisée, l'écriture en possède une charge magique susceptible d'''aider''

à

la réalisation

On se rappe-

lera alors les pages du Coran

portées

en amulettes ou encore,

plan-

chette sur laquelle un marabout vous écrira quelque verset qU'il lavera ensuite pour que vous en buviez l'eau, autant de pratiques banales,

à la

campagne cOIlDlle la ville; mais on pourrait

à

aussi songer

à

cer-

tains cérémonialsimportants de "demande", parlons
Traditionnellement(2), quand celui-ci se passe

des fiançailles.
au-

le mariage peut être décidé par les parents de la famille mais dans les peuvent se choisir. Après de leur

à l'intérieur

tres circonstances, la fille et le garçon

un

mois, quand les futurs fiancés se sont assurés mutuellement

accord, le garçon et ses amis iront saluer les parents de la fille; le garçon ne parlera pas, seuls ses amis conduiront

la conversation, le garçon préviendra
et

gé-

néralement
sa mère par proverbes ils

par proverbes
de son choix, interposés; enverront s'il

interposés.
le si peut les

Plus
grâce parents,

tard,

à

un intermédiaire les oncles, donnent

aussi leur

accord, l'accord

un vieil

hOIlDlle et

une vieille

feIlDlle demander

de la

famille de la

fille.

De même, le "sugi",

çon, sera

transmis

par les soeurs de sa mère aux parents

cadeau du garde la fille...

(2)

On trouvera dans Renseignements sur la. société djerma; ensemble de fiches ethno-pédagogiques éditées par la Télévision Scolaire du Niger, une documentationimportante sur les différents thèmes sociaux avec justement celui des fiançailles (fiche n° 9) dont nous nous sommes inspiré.

v
Quel rapport reconnaltre Nous retrouvons dans les entre deux relations aussi hétérogènes? cas la permanence d'une façon d'agir cm

deux

l'individu ne communique pas lui-même son désir, cm la demande passe par un intermédiaire, un tiers qui a finalement fonction d'intercesseur. d'un écrit que je

C'est en l'absence du demandeur, par l'intermédiaire prendrai connaissance

de la demande; c'est aussi en l'absence du pré-

tendant que la demande en mariage sera transmise, fait éminennnent social dans la mesure 00 le mariage futur n'est pas uniquement l'alliance

de deux individus mais quelque chose de plus important qui engage des familles dans leur devenir et, pier transmis" l'intercession

à terme,

la communauté. Au niveau dullpa-

se passe dans une relation déculturée, dans une société qui ne fOurlUt

le papier aura fonction d'intercesseur

plus le soutien naturel que peuvent constituer les frères, les soeurs,

les oncles ou les camarades de la même classe d'âge, ceux qui,
des Blancs, devie~~ent des promotionnaires.

à l'école

Le codage de l'intercession

va plus lOin car la demande en mariage et les conversations qui s'y

rattachent peuvent être faites presque uniquement par

échange de pro-

verbes, or, si un proverbe signifie, c'est aussi un intermédiaire, c'est une formule codée o~ la parole de l'individu ne transparaît pas; de même, jamais la demande écrite n'est faite abruptement, c'est toujours

au travers d'une rhétorique que le message est transmis... mais ne re-

trouve-t-on pas
pres

aussi, dans cette façon d'être, bien des manières prosi je reprends la question de savoir quel est le rapécrite déculturée

à nos

sociétés paysannes?

~aintenant,

port de l'intercession

à l'intercession

intégrée de

la demande traditionnelle,

je dirai qu'en quelque sorte, celle là

pérennise celle-ci, que son existence même est garante que la décultu, ration n'est que superficielle en ce qu'elle constitue une réponse a un changement de contexte social pour conserver la façon dont l'individu conçoit le monde et les rapports. Tant que l'individu aura "honte" avec la signification très spéciale que l'on donne

à ce

vocable en

Afrique, il est probable qu'il saura de quel côté

il se situe en face

du miroir que nous lui fournissons. Qui pourra nous dire la fonction sJ~bolique exacte de l'hypertrophie velle bourgeoisie nègre? administrative dans certaine nou-

VI

La double intercession.

Jfe.rie-Claire Charles et J.M. Ducroz sont missionnaires à Dolbel,
ils s'intéressent aussi aux gens, profondément, comme cela va sans

dire quand on passe vingt cinq années de sa vie
chant

à

leurs côtés, en c~er-

à mener,

pour ewe et avec eux, une action éducative et réflexive.
l'Univers, de s'y inen-

Un jour, la question est posée: il serait important de faire connaître au IIOnde et de fixer cette façon d'appréhender clure et de se comprendre

que les anciens du village transmettent

core aux en:fants alors que, le transistor vous le suggérera, le
de canton vous l'affirmera, bouge

chef'

l'

insti

tuteur

vous l'enseignera:

le

monde

très vite, rien n'est

déjà

plus comme avant. Adama Seydou est

certain de ce fait; Adama Seydou posera la question aux vieux du village: serait-il bon que soit transmise, pour nos en:fants, pour les autres,

tous les

autres, la

façon dont nous savons que le monde, la vie, est

organisée,

notre façon d'être Songhay ? et il semble que les vieux

aient dit oui. Ainsi le texte recueilli aura une originalité profonde qUi, nous

le croyons, mérite d'être soulignée: il s'agit d'un "contrat". Adame.
Seydou est allé recueillir la parole des anciens dans les villages, il prenait des notes pour les rapporter Ducroz qui,

à

Marie-Claire

Charles et

à J.M.

à

leur

tour

les

transcrivaient,toujours en sODey, pour en sous les yeux. Chacun des participants
exceptionnelle en ce sens; cependant

faire l'ouvrage
connaissait

que nous avons

le but de l'entreprise,

en quoi réside cet exceptionnel?

car lui-même est régit par l'un des

traits les plus profOnds de la coutume: il s'agit d'une intercession,

seule sa dimension a changé. Une fois le besoin de transmission reconnu et approuvé,
sociabilisé donc, Adama est devenu intercesseur entre

les Vieux et les gens de la mission;
tre la parole transmise

à leur

tour, Th~rie-Claire Charles

et J.M.DLtcroz sont devenus intercesseurs par le biais
et le monde, chacun restant en cela que ce texte est intéressant: d'ethnographie, il ne s'agit pas

de ce texte, en-

à sa

place. C'est

il ne s'agit pas d'un travail individuel ou collec-

du débordement permettrait,

tif qu'une structure romanesque

il ne s'agit pas d'un s'agit-il d'un traiun autoportrait:

traité de religion ou de métaphysique...

peut-être

té de "savoir

vivre".

Les intercesseurs

nous transmettent

VII

les

Songhay bien

pris sûr,

au reflet d'être être

de leur objectalement mais,

llliroir,

ce qui,

évidemment, de SOn i8ge; qu'un pris le hasard

ne oonslavisage, d'une au piège?

ti tue pas un piège quelle celui qui peut

quand on est montré, parfois

assuré ici

de la valeur donnée, come ailleurs,

ne propose

digression

introduit

à

son double.

Qui dono est

.

> ;:Q
tri

C":)

o n..
'0
~

~

S ~

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> o ~ Z CI] ;j > :j <: IT!

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elo ~ ..,

~ ~ elo ~ N

:>

3

INTRODUCTION

délimité Gorouol, te-Volta.

Dans la présentation du lexique So!)ey-Français( I), nous avons llaire du parl~r So!)ey étudié. Il s'agit du parler "Ka.ado" du région si tuée a l'ouest du Niger, jouxtant le ?mli et la. Hau-

L'étude que nous présentons aujourd'hui se situe ~ la frontière de la li~istique et de l'ethnologie, elle nous permet de rejoindre, au-dela de la langue, l'Africain qui la parle, de passer de la langue au langage. Nous livrons ces textes dans toute leur simplicité, en évitant au maximum, toute interprétation, afin que le lecteur puisse entrer directement en relation avec llhomme SO!)ey. Les commentaires euxm~mes soul; réduits à leur plus simple expression. Il s'agit d'être attentif aux explications des intéressés et non d'y substituer les nôtres. Comment le cultivateur So!)ey se perçoit-il? Quelle oonscience a-t-il de lui-m~? Comment se si tue-t-il par rapport au monde qui l'entoure?
,

Nous souhaitons,

par ce travail,

apporter

une modeste contri-

bution les ser

a "IB. notion

de la personne

en Afrique

nOire"(2).

Dans un premier temps, nous avons essayé de découvrir ce que So!)ey disent du corps, en le saisissant dans leur langue, sans paspar le truchement d'une langue étrangère, afin d'éviter de projeter sur llautre, l'image que nous avons de notre propre oorpso Llenqu~te a pu ~tre menée auprès des vieux du village de Dolbel et des villages environnants, grâce ~ la précieuse oollaboration de notre informateur principal: Adama. Seydou. Il nous importait de oonnal.tre les croyances et le savoir populaire, c'est à dire ce qui fait la réalité quotidienne des hommes avec qui nous vivons, plutôt que d'interroger les grands connaisseurs, tels que les magiciens. Outre les éléments qui composent la personne et les différentes parties du corps humain, les vieux nous ont dit oomment ils expriment la différence entre l'homme et la femme, entre le Blano et le Noir, entre le monde des hommes, le monde des êtres invisibles et le monde animal, mais aussi oomment ils saisissent le lien entre les hom.. mes, les êtres invisibles et les animaux. C'est par l'affirmation de la différence et des liens qui uDissent tous ces Itmondes", que Ilhomme So!)ey prend oonscienoe de ce qu'il est.

------(I)

n~xique SO!)ey_"'rançaisn, J .M. DUCROZet M.C. CHARLES, furis, LIHarmattan, 1978, 285 p. (2) nIB. notion de personne en Afrique Noire", oolloques internationaux du C.N.R.S., N° 544, furis, 11-17 octobre 19710

4-

Ils ont su nous dire aussi, la valeur qu'ils attaohent la parole, son effioaoité et son rôle dans la sooiété.

~

Dans un deuxième temps, oelui du oommentaire proprement linguistique, nous avons interrogé la langue elle-m~me, afin de oonna1tre : le disoours qu'e11e tient sur le oorps, son anatomie et ses liens aveo l'environnement, la plaoe qu'elle donne au oorps dans les proverbes et diotons, les expressions qu'elle tire du oorps, l'approche qu'elle fait de ses maladies et des soins traditionnels. Ce travail nous a permis de saisir, entre autre, que l'homme So!)ey se perçoit 1ui-I:lbe, oomme l'expression parfaite de la oréation. Iui seul possède tout oe que Dieu a dispersé dans la nature. Si la maison a une t3te, une bouche, un ventre, elle n'a ni oreilles, ni mains. Si l'arbre a des bras, il n'a pas de boucheo Si le ohamp a un front, il n'a pas d'yeux. IE SO!)&y ne perçoit et n'interprète le cosmos qu'en
fonction de lui-::n3me.
;,.

Ceci n'est pas propre la oulture So!)ey. Amadou Hampaté BA(r), des Bambara, nous dit que "la tradition oonsidère le oorps de l'homme oomme un petit édifioe, le monde en miniature. L'homme c'est l'univers en moindre, le oonfluent de toutes les forees cosmiques, la synthèse de l'univers". parlant
En saisissant le monde qui l'entoure, l'homme So!)ey se saisit lui....m ~ron seulement le oosmos prend souvent une forme hurœ.ine, mais voici que l'homme SO!)&y est oapable de se projeter dans des éléments inconnus des anchres, par exemple l'automobile qui a des yeux, un ventre, une poitrine, une t3te, une bouche. Il sera oapable d'en comprendre le fonotionnement dlaprès le fonctionnement de son propre oorps. Il l'intègre dans son univers sans difficulté selon son niveau de capaoité de se l'expliquer. Si la création est le prolongement de llhomme, oeoi explique, peut-hre, pour une part, llabsenoe de dynamisme transforrœ.tionnel que lion rencontre ici. Puisque la nature est son prolongement, pourquoi faudrait-il la modifier? Llhomme peut-il changer sa t~te, modifier ses yeux, agrandir sa bouche? Le cosmos n'est pas ;,. mOdifier, mais respecter, comme on respecte son propre corps.

~

Cette étude oonstitue une première approche du sujet et n'a d'exhaustif. Les textes oraux. ainsi reoueillis ont été mis par éorit d'abord pour permettre la jeunesse SO!)&y de garder le contact ~veo la tradition de ses pères, tradition qui tend, malheureusement, a se perdre dans l'abime que l'école creuse entre les jeunes et les anciens, dans l'espoir aussi que certains de ces jeunes auront le désir de poursuivre cette reoherche. Mais nous n'avons pas perdu de vue, que cette tradition, transmise à llétat brut, intéresse tous ceux qui désirent renoontrer l'Afri~ue dans sa vérité. Nous ~ouhaitons que cette recherche contribue a enrichir la collecte déja importante de la tradition orale des peuples du Nigero rien

~

---------- page (r) Cf. (2)

3

5

L'orthugraphe que nous avons utilisée est eelle de l'alphabet de l'International Africain Inst:i_tute comme dans notre lexique, avec la m~me remarque concernant les voyelles ouvertes h/ et /e/, remplacées par les voyelles fermées /0/ et /e/ afin de nous conformer à la conférence d.eB3.mako et retenue par le M:i.nistère de l'P..ducation Nationale du Niger. Nous remercions vivement tous ceux qui nous ont aidés et conseillés dans cette reoherche.

.-.-.-.



~ ~ ~
00 ~

~

~ ~

Mali

,.-.,. ,, .,.,
""
'"

---

...-----

,

'"

15° ~........

"\ ,
\

,

I
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,\

Niger

\,

,

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Wallam8

. . . .
14°

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.

Haute-Volta

" -. ...... ,

,--,

\

,

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." ;,,) ....

Echelle:

1/1 000 000

I

JIN

A

I G HIM

CERE,

I S HIM

CERE

PREMIERE

PARnE

ACCORDB Er

COBTRAS~E6

10

CHAPITRE

l

HEYEY

!CAD

IDR-TARA KEYENDI

AB,y, Mama Seydou

lebà le or

f~am~ndi,

~d h~y kiD SaD~y Dd bOrèy

b~rèy el g~-ham gà. Hèy laD. laiD é g déed~ or se, àlbéerèy kiDyoD go kuWnà zeenà b~~ do no, e ma r a.

~ wa, e si it fér ~r s~, kàl misa kiD, àbÙnè.d~, a won ga..hamo, wey kiD ~ wéy laiD go lemar~n, bUmbO k1iLplit margàntlité. Hèy hinzà, Dg no go ~ ber k:UJ.~, "laiDgo le nà!) bOr kU1tÎ, t Dg bOrtàr~ à g~ it k~.
Hèy hinzo wo !)gey ne yà : i
j

inà

Dg

00 t gli-hamo, t ~D

hé;' kU1 kiD t hamo, ~ birèy laiD go g~Da gà,llink:ànto wo, Dg 00 t blà, hèy 00 kaD si htÎn ni b~è wàat kUl~ o~ ~ à 00, à g him ni ~~ dà!)g h~Dksin, à g him ni éè dà!)g cèrè, 1aiDwàat kUl~ or Dd à ~. Ni ma n wonh~rO là n à gO. Hinzànto wo M ~ ~ htÎndo, htÎndo WO,à si kàl ga,
" ham la. Dg

it bà it MDgli-ham à go it h~,

à go it yoga, a ga le

goy, a go it d~ hèy laD. laiD à him IiL té, à go it aù fondo it aù it i té. To 1 hèy hinzo wo 1 kU1 plit margàntli, Dg t bOrà wOntimmàntli. ~l ga-ham si M, bOr bià si ~o. full ga..ham si M, htÎndi si ~o.

Hal ~ bià si M, ni bià déesi, ni bià dirà, wàl hèy fo dtÎ mànsàD,~
hamomG, à ga-hamtàrà si dtÎ it té. H1Îndo mo, à hMdtàrà si dtÎ Ir té. Dg ma nà!) h~ Dd htÎnd si M mo, g~-hamtàrà si dtÎ le t~. A si dtÎ it yoga, à si dtÎ le goy, à si dtÎ it i fo kU1 pat té. Tc l wc ai~ éè ~o, hèy h1nzà wulà, Dg g bà bOr kU1 mar~nta té, laiD t~ ~ WOn ga-h~, ni won bià, Dd w~nhtÎndo, h~y hinzo wO no.