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L'Honneur du soldat

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416 pages

Description

Au lendemain de la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748), la France s’engage dans une réforme de son appareil militaire que les défaites de la guerre de Sept ans viennent accélérer et qui se poursuit jusqu’à la Révolution. Dominées par la volonté d’améliorer l’efficacité de l’armée française, ces transformations aboutissent à une emprise sans précédent sur les corps des soldats, plus que jamais réduits au rang d’automates. Cette évolution favorise par contrecoup une réflexion nouvelle, menée en particulier par les officiers français, afin de substituer à la seule contrainte mécanique le principe d’une discipline consentie fondée en particulier sur la mobilisation d’un sens de l’honneur reconnu au soldat. À travers la mobilisation des corps, c’est ainsi le statut moral et politique de l’homme du rang qui est finalement repensé.

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Date de parution 20 novembre 2014
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EAN13 9782876739932
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Langue Français

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L’HONNEUR DU SOLDAT
ÉTHIQUE MARTIALE ET DISCIPLINE GUERRIÈRE DANS LA FRANCE DES LUMIÈRES
ARNAUD GUINIER
LACCHHOSAEMPPUBLVIAQLULEON
L’honneur du soldat
DUMÊMEAUTEUR
(Direction avec Hervé Drévillon)
Les Lumières de la guerre, mémoires et reconnaissances tirés de la soussérie 1M du Service Historique de la Défense, t. 1 : « Mémoires techniques », Paris, Publica tions de la Sorbonne, 2014. Les Lumières de la guerre, mémoires et reconnaissances tirés de la soussérie 1M du Service Historique de la Défense, t. 2 : « Reconnaissances », Paris, Publications de la Sorbonne, 2014.
Illustration de couverture : Duteil,Port d’arme projetté,vers 1775 (SHD/GR, 1M 1713).
© 2014,CHAMPVALLON, 01350CEYZÉRIEU www.CHAMPVALLON. com ISBN9782876739925
ARNAUD GUINIER
L’honneur du soldat
ÉTHIQUE MARTIALE ET DISCIPLINE GUERRIÈRE DANS LA FRANCE DES LUMIÈRES
Préface d’Hervé Drévillon
Champ Vallon
COLLECTION «LACHOSEPUBLIQUE» DIRIGÉEPARPIERRESERNA
PRÉFACE Hervé Drévillon
À la VeIlle de la RéVolutIon françaIse, la questIon mIlItaIre constItuaIt un sujet polItIque d’une Importance majeure. La condamnatIon de la mIlIce et du serVIce mIlItaIre oblIgatoIre étaIt quasI unanIme dans les cahIers de do-léances, tandIs que l’armée professIonnelle apparaIssaIt comme une force coercitive au service du despotisme. Un ot de critiques avait accompagné les défaItes de la guerre de Sept ans, aInsI que les réformes menées sous l’autorité de Choiseul ou de Saint-Germain. Au cœur des débats, Igurait le modèle prussIen dont le prestIge aVaIt été porté à son comble par Frédé-rIc ii. En 1788, MIrabeau publIaIt aInsIDe la monarchie prussienne, dont Il eXtrayaIt un an plus tard laTactique prussienne ou système militaire de la Prusse. Le débat se crIstallIsaIt alors dans une querelle sur les dIsposItIfs tactiques opposant l’ordre mince et l’ordre profond. Le premier, qualiIé de prussIen, reposaIt sur la suprématIe du feu et la dIscIplIne stoïcIenne Imposée auX soldats. Le second ValorIsaIt le choc à l’arme blanche, jugé plus conforme au génIe de la natIon françaIse. L’opposItIon entre les deuX systèmes tactIques ne se réduIsaIt pas à une controVerse saVante entre les théoriciens militaires. Elle mettait en jeu la déInition même de la Nation et Igurait ainsi parmi les grands sujets débattus à la In de l’Ancien Régime. Dans ses mémoIres, LouIs-PhIlIppe comte de Ségur a éVoqué cette atmos-phère de bouIllonnement Intellectuel quI accompagna l’affrontement des systèmes de guerre :
«Tous ces différents systèmes, accueillis par leur nouveauté, devinrent l’objet d’une grande curiosité et même de querelles assez vives ; le gouvernement alimenta ce feu par les ordres qu’il donna pour essayer de juger chacune de ces méthodes. On voit par là qu’une grande fermentation remuait tout, que de grandes disputes s’élevaient de tous côtés sur la philosophie, la religion, le pouvoir, la liberté, la tactique […]. Il n’était rien qui ne fût remis en question ; et c’était par cette agitation en tous genres qu’on préludait aux 1 terribles mouvements qui ébranlèrent et ébranlent encore le monde entier.»
1. L.P. comte de Ségur,Mémoires ou souvenirs et anecdotes, Paris, Didier, 1844, vol. 1, p. 88.
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PRÉFACE
Ségur, quI écrIVaIt longtemps après la RéVolutIon françaIse, cédaIt sans doute à une IllusIon rétrospectIVe. ToutefoIs, le sentIment de VIVre une époque de profonds bouleversements animait les acteurs mêmes de la controVerse. PrIncIpal théorIcIen de l’art de la guerre dans les années 1770-1780, GuIbert aVaIt bIen conscIence que la controVerse tactIque se-rait arbitrée par le tribunal de l’opinion, qui préIgurait l’afIrmation de la natIon souVeraIne. Dans l’esprIt des réformateurs, les transformatIons de l’armée renVoyaIent nécessaIrement à la « constItutIon mIlItaIre » du royaume, quI entraînaIt, aVec elle, toute l’organIsatIon polItIque. Longtemps abandonnée auX spécIalIstes du faIt mIlItaIre, cette hIstoIre n’a guère retenu l’attentIon. il reVIent à Arnaud GuInIer d’en aVoIr faIt un VérItable et fascInant sujet d’étude. Car, au-delà de leurs applIcatIons sur les champs de bataIlle, les controVerses et les réformes mIlItaIres se nouaIent dans le paradIgme dIscIplInaIre étudIé dans ce grand et beau lIVre, quI prolonge, en les réVIsant, les analyses de MIchel Foucault. Ar-naud GuInIer emprunte àSurveiller et punirsa déInition de la tactique : cet « art de construIre, aVec les corps localIsés, les actIVItés codées et les aptItudes formées, des appareIls où le produIt des forces dIVerses se trouVe majoré par leur combInaIson calculée, [et quI constItue] sans doute la 1 forme la plus éleVée de la pratIque dIscIplInaIre ». AVant luI, aucun hIs-torIen n’aVaIt VérItablement saIsI les ImplIcatIons de cette conceptIon de 2 la tactIque. CertaIns, comme AlaIn Ehrenberg ou SabIna LorIga , aVaIent certes étudIé l’armée comme « laboratoIre dIscIplInaIre ». Aucun, cepen-dant, n’aVaIt mesuré à quel poInt la questIon de la dIscIplIne pouVaIt for-mer le poInt d’artIculatIon de toute la théorIe et de la pratIque de la guerre e auxviii sIècle, pour en faIre un objet polItIque compleXe, dynamIque et polysémIque. Pour le comprendre, Arnaud GuInIer ne s’est pas contenté d’une compréhensIon approXImatIVe des réalItés de la guerre. SI les règle-ments mIlItaIres alImentent bIen une « mIcro-physIque du pouVoIr », selon l’eXpressIon de MIchel Foucault, Il est alors essentIel de les VoIr à l’œuVre dans les combats et dans la routIne de la VIe de garnIson. il faut oser – car c’est une VérItable audace ! – faIre de l’hIstoIre mIlItaIre, pour en tIrer des enseIgnements quI eXcèdent, de très loIn, la seule sphère mIlItaIre. Arnaud GuInIer dépasse aInsI l’hérItage de MIchel Foucault en mon-trant que le modèle du soldat dIscIplIné ne partIcIpe pas unIformément à l’entreprIse dIscIplInaIre quI façonne les esprIts par le redressement des corps. Les enjeuX polItIques de la dIscIplIne sont aussI dIVers et contrastés que ses enjeuX mIlItaIres. il montre, par eXemple, comment l’armée met
1. M. Foucault,Suveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975, p. 192. 2. A. Ehrenberg,Le Corps militaire. Politique et pédagogie en démocratie, Paris, Aubier, e 1983; S. Loriga,Un laboratoire disciplinaire; l’armée piémontaise auXVIII siècle, Paris, Mentha, 1991; voir également N. Seriu,Faire un soldat. Une histoire des hommes à l’épreuve e de l’institution militaire (XVIIIsiècle), thèse de l’EHESS, sous la direction d’Arlette Farge, 2005.
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PRÉFACE
en jeu un modèle de cItoyenneté, quI se noue dans la tensIon entre la sou-mIssIon et l’eXpressIon de l’IndIVIdualIté du soldat. À la VeIlle de la RéVo-lution, la condition militaire recèle un potentiel d’afIrmation d’une puis-sance souVeraIne IrréductIble à la seule perspectIVe de l’obéIssance. La condItIon mIlItaIre est alors faIte d’un étrange mélange de puIssance et de soumIssIon, VoIre d’humIlIatIon. L’ImagerIe populaIre l’eXprImaIt parfaI-tement en présentant le soldat à la foIs comme un prédateur et une VIctIme, partagé entre la surpuIssance et l’ImpuIssance, la gloIre et l’humIlIatIon. Comme le montre Arnaud GuInIer, cette ambIValence s’artIculaIt autour de la notIon d’honneur, quI concentraIt toutes les tensIons de la socIété d’AncIen RégIme. L’armée, en ce sens, formaIt un VérItable laboratoIre polItIque. Pour le comprendre, il ne sufIsait pas de lire les innombrables écrits théorIques de cette époque. Pour saIsIr toute la profondeur du problème, Arnaud GuInIer a étudIé en détaIl les règlements, les archIVes de la justIce mIlItaIre, les pratIques de combat aInsI qu’une foule de mémoIres adressés par des ofIciers de tous statuts et de tous grades au secrétaire d’État de la Guerre. AInsI se réVèlent la compleXIté et la profondeur socIale de la réalIté étudIée. il faut, en effet, se souVenIr que plus de 300 000 FrançaIs ont Vécu l’eXpérIence de la mIlIce sous LouIs xv et que l’effectIf cumulé de l’armée de métIer a dépassé le mIllIon d’hommes. Comment Ignorer l’Impact de cette réalIté alors que la France se couVraIt de casernes et que les soldats parcouraIent en tous sens le royaume pour rejoIndre leurs quar-tIers d’hIVer ou d’assemblée ? André CorVIsIer l’aVaIt remarqué : l’armée e duxviiisIècle est gouVernée par des loIs propres, maIs elle n’est pas un 1 monde à part constItué de margInauX ; elle « tIent à la natIon » . En rendant justice à ses spéciIcités et à la diversité de ses aspects, Ar-naud GuInIer en apporte une compréhensIon profondément renouVelée. Le lecteur refermera son livre avec le sentiment de comprendre enIn la guerre des LumIères, dont on dIt qu’elle se pratIquaIt « en dentelles », tout en res-tant redoutablement mortelle. il faut, en effet, lIre les pages consacrées par l’auteur au manIement du fusIl pour appréhender des réalItés longtemps restées hors de portée du regard de l’hIstorIen. C’est probablement pour cette raIson que la thèse dont ce lIVre est Issu a obtenu le prIX d’hIstoIre mI-lItaIre 2013. Sans doute, faut-Il y VoIr également la reconnaIssance d’une contribution majeure à l’histoire politique de la In de l’Ancien Régime, quand se manIfestent les orIgInes mIlItaIres de la RéVolutIon françaIse.
e 1. A. Corvisier,L’Armée française de la fin duXVIIau ministère Choiseul. Le siècle soldat, Paris, PUF, 1964.
Table des matières
Préface HERVÉDRÉVILLON
Introduction
Première partie ORDRETACTIQUEOUTACTIQUEDELORDRE?
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Chapitre 1 : Cohésion et mouvement : une difficile conciliation 33 1. De l’art des dispositions34 2. En avant, marche…37 3. Régler le tir44 4. La vitesse : paradoxe d’un nouveau paradigme49
Chapitre 2 : La tactique, une science exacte ? 1. « Une démonstration de géométrie » 2. Les aléas de la pensée mécaniste 3. Expérience et mathématisation empirique 3. Insuffler le courage ou maîtriser la peur ?
Chapitre 3 : Tactique et culture 1.Theatrum belli 2. L’idéal du « paraître discipliné » 3. L’économie du risque
Chapitre 4 : Du primat de l’ordre à celui du mouvement :  une mutation paradigmatique  à la veille de la Révolution 1. Une question d’échelle
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