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L'impact de la culture occidentale sur les cultures africaines

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L'interférence de certains facteurs culturels dans l'évolution des peuples africains constitue parfois un des obstacles majeurs à l'épanouissement et au développement culturel des communautés au sud du Sahara. Le phénomène de l'acculturation amène le Noir Africain à faire usage de certains éléments culturels étrangers dans son patrimoine linguistique, un héritage qui, pour conserver sa valeur, a cruellement besoin d'être sauvegardé et protégé.

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Ajouté le 01 février 2009
Nombre de lectures 1 400
EAN13 9782296217010
Langue Français
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L'impact de la culture occidentale sur les cultures africaines

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

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Essé AMOUZOU

L'impact de la culture occidentale sur les cultures africaines

L' Harmattan

CD

L'Harmattan,

2009
75005 Paris

5-7, rue de l'Ecole

polytechnique;

http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffus ion. harmattan@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07520-7 EAN : 9782296075207

AVANT-PROPOS
L'altérité culturelle est la reconnaissance de l'autre culture dans sa différence. Le Petit Larousse donne une définition de la culture dans laquelle on peut concevoir le lien entre culture et altérité: la culture est donc « l'ensemble des structures sociales et des manifestations, artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent un groupe, une société par rapport à une autre.» D'un autre côté, selon les anthropologues Redfield, Linton et Herskovits, « l'acculturation est un ensemble de phénomènes qui résultent d'un contact permanent avec des groupes d'individus de cultures différentes et qui entraînent des changements dans les modèles culturels originaux de l'un ou de l'autre groupe.» Par ailleurs, Paulin Hounsounou-Tolin définit l'inculturation comme« une pratique très vieille consistant à prendre à une autre culture, religion ou philosophie, un rite, un mode de représentation du monde et des choses et à les incorporer à sa propre culture ou religion. Eu égard à cette définition, on peut se demander si l'acculturation ne se confond pas avec l'inculturation. En effet, l'influence de la culture occidentale sur les cultures africaines est une réalité indéniable en raison du fait que les modes de vie en Afrique contemporaine sont, en général, devenus des fruits de l'acculturation. L'école, à travers l'apprentissage des langues étrangères, et les moyens de communication modernes, favorisent ce processus. C'est dans cette logique que Léopold Sédar Senghor avait fait remarquer que l'Afrique du métissage culturel devrait « assimiler mais ne pas se laisser assimiler ». Ainsi, l'acculturation et l'inculturation ont offert des opportunités de pollution des cultures africaines. Elles ont imposé par leur évidence la destruction de l'identité. Certes, la mondialisation des cultures, une vision néolibérale veut passer pour une nouvelle culture. C'est donc un concept

auquel les défenseurs des cultures africaines ne peuvent accorder du crédit quoique cette globalisation incorpore en son sein la volonté d'un développement durable qui met l'homme au cœur des préoccupations dans un contexte où, les progrès scientifiques et la croissance économique s'accompagnent de dérives importantes. En effet, toutes les cultures subissent des transformations qui affectent les sociétés d'origine. C'est dans cette optique que Robert BASTIDE, l'un des auteurs de la sociologie des mutations affirme que tous les faits sociaux subissent des influences. Que ce soit d'une manière brusque, lente ou imperceptible, toutes les cultures accueillent des valeurs internes ou externes qui modifient leur destinée: car, selon la loi de la dialectique, dans le temps et dans l'espace, rien ne reste ce qu'il était, là où il était; nous sommes dans un monde où tout se meut, change, devient et périt. De là, découle l'exigence que la dynamique d'acculturation et d'inculturation doit devenir un projet pour chaque société, surtout pour les sociétés africaines en évolution.

L'auteur

OCCIDENTALISATION

DE L'AFRIQUE: ET DE

IMPACT DE LA PENETRATION L'ENRACINEMENT

DE LA CIVILISATION

FRANÇAISE SUR LES CULTURES AFRICAINES

INTRODUCTION

L'invasion ducontinent par les« étrangers» boucla l'ère de l'Afrique. Bien avant, et depuis l'antiquité, l'Afrique avait déjà été violée par des courants venus du dehors. On peut, à ce propos, rappeler l'influence perse, chinoise et indienne sur la côte orientale, celle gréco-romaine sur les rivages de l'Afrique septentrionale et la pénétration de l'islam à partir du 17ème iècle. Ensuite et surtout, les ins fluences européennes véhiculées par les Occidentaux qui, après les grandes découvertes, ont visité les côtes africaines, fondé des comptoirs, pratiqué le commerce, la traite négrière avant de se lancer à partir du second tiers du 19ème siècle dans le mouvement au bout duquel tout le continent passa, de proche en proche, sous séquestre impérialiste. Un nouveau contexte est né : la colonisation. La colonisation a prétendu amener les sociétés africaines, qualifiées de sauvagesl et niées dans leurs valeurs culturelles, à la « civilisation» et, pour justifier cette ambition, s'est installée par la force en Afrique. Lorsque son triomphe s'accomplit dans la première décennie du 19èmeiècle, les s colonies ainsi créées ont tout accepté des colonisateurs auxquels ils cherchaient souvent à ressembler si bien qu'il n'y a pas eu de secteurs de la réalité sociale et culturelle qui n'ait été affectés, à des degrés variables, selon les pays: l'implantation européenne en Afrique a transformé les sociétés sur le plan de l'existence quotidienne que sur celui de la psycho- sociologie.

Le sentiment de frustration né de cette agression caractérisée a été à l'origine du cri de révolte lancé par l'élite intellectuelle africaine qui entendait désormais affirmer que l'Homme africain existe, qu'il a une identité irréductible et qu'on ne saurait en faire une copie pure et simple du colonisateur. C'est dans ce contexte que des idéologies de combat, celles qui se traduisent notamment par des expressions « Négritude africaniste », « authenticité» ont pris naissance et ont mené la lutte pour la réhabilitation du Noir, pour l'affirmation de son identité. Depuis lors, hommes politiques et chercheurs manifestent un vif intérêt pour l'étude du passé historique dans laquelle ils voient un moyen pour les Africains de se redécouvrir et d'établir ainsi leur identité culturelle et nationale. De plus, on a vu naître tout dernièrement des centres de recherche ou des proj ets dont le but est de promouvoir des langues nationales ou d'étudier les traditions orales. Cette curiosité et initiative, loin d'être gratuites, constituent des moyens supplémentaires d'affirmation de l'identité culturelleafricaine, de l'existence d'une civilisation propre à l'Afrique et d'accélérer la formation d'une identité nationale autour des valeurs autochtones. Il s'agit donc pour l'Africain d'affirmer et de se référer à sa propre culture. Pourtant, il serait inexact voire aberrant de se réjouir des résultats obtenus; le chemin est encore long et, dans plusieurs cas, il n'est pas rare d'assister au recul et àl'abandon périodique et manifeste chezles Africains des trais culturels définissant leur identité. En effet, la mobilisation pour l'affirmation de l'identité culturelle africaine n'a toujours pas eu pour conséquence le 10

démantèlement des structures et l'extirpation de l'état d'esprit hérité du système colonial, la rénovation et la promotion véritables de « l'africanité ».Mieux, la substitution dans certains cas du néo-colonialisme, l'effet de la mondialisation, le brassage entre les différentes cultures et civilisations et la référence au mode de vie occidental, ont accentué le mouvement d'aliénation et de dépersonnalisation amorcé depuis l'époque coloniale. Dans un tel contexte, l'ouverture insuffisamment contrôlée aux civilisations et aux valeurs étrangères ne pouvait manquer de décomposer et même de neutraliser les mœurs et les valeurs du passé, de pervertir certains hommes et femmes, de corrompre les cœurs de tous ceux que n'habite pas le sentiment élevé de leur conscience culturelle. La société africaine, dans ce contexte, ne cesse de se désarticuler dans ses structures de base et de se disqualifier dans ses valeurs. Il est vrai que l'identité culturelle d'un peuple se renouvelle et s'enrichit au contact des traditions et des valeurs des autres peuples; les Africains ne peuvent pas, aujourd'hui, vivre isolés du reste du monde. Là n'est pas le problème; d'ailleurs quoi de plus normal! Ce qui est préoccupant, c'est la perte à petit feu, mais de façon profonde de l'identité africaine, l'abandon des valeurs de leur civilisation dont sont victimes beaucoup d'Africains et la référence aux valeurs culturelles étrangères qui caractérisent leur vie quotidienne et leurs modes de vie où qu'ils se trouvent. Dans ces dernières décennies, un gigantesque glissement de terrain ne cesse de s'opérer en Afrique. Coup après coup, des plaques de cultures étrangères (occidentales notamment) se glissent sous l'écorce culturelle traditionnelle du continent noir, la dénaturent et même la tuent. 11

Aujourd'hui, tout se passe comme si un «modèle français » (illustration du modèle «européen» ou « occidental») nous est imposé. Loisirs, modes alimentaires et vestimentaires, langage, modes de vie, c'est par blocs entiers que les jeunes générations absorbent et assimilent avec une déroutante facilité la « civilisation française »,« le modèle de vie français ». La déculturation s'effectue dans une indifférence quasi-totale, phénomène aisément explicable car plus on se déculture et moins on se soucie de culture. Il se pose alors un problème d'identité culturelle de la négation de notre propre culture. Le continent a succombé, en l'espace de quelques décennies, à l'illusion que l'Afrique n'est pas dotée d'une richesse culturelle au moment même où le modèle français de vie ne cesse d'exercer fascination et attirance. Au-delà, c'est la culture, l'authenticité et l'identité proprement africaines qui en prennent un coup sérieux.
LES CULTURES AFRICAINES FACE À L'ENRACINEMENT DE LA CIVILISAnON FRANÇAISE

L'agression culturelle que l'Afrique a subie et continue de subir de la part de l'Europe depuis le 16ème iècle peut s être considérée comme l'un des traits les plus marquants de son histoire et de son quotidien. En effet, avec la traite négrière qui a constitué le fondement même des relations entre l'Europe et l'Afrique, et la colonisation, la conscience d'appartenir à une communauté culturelle s'est estompée et les Africains considérés comme des « sauvages» qu'il fallait exploiter et initier à la civilisation du colonisateur. Malgré la révolte qui va s'en suivre, l'Afrique continue de subir l'agression culturelle de l'Europe qui, par des 12

moyens subtils et des fins d'ambition, la persuade que son propre schéma culturel, son mode de vie et d'organisation sociale (la civilisation moderne) demeurent des modèles à suivre. Comment semanifeste cette agression culturelle du « modèle occidental» en général et du « modèle français» en particulier sur le continent africain? Comment se manifeste l'impact de l'enracinement de la civilisation française sur les cultures africaines notamment dans les modes de vie? L'intégration et l'assimilation du modèle venu de la France s'effectuent de telle manière que l'on ne peut plus déceler aujourd'hui des groupes en Afrique qui n'aient été influencés parla civilisation française. Chacun des Africains doit nécessairement adopter d'innombrables éléments venus des cultures les plus puissantes, mais il serait désastreux que le brassage culturel devienne source d'aliénation et fonctionne à sens unique: d'un côté « la norme ou le modèle », de l'autre « les exceptions ». C'est malheureusement ce qui caractérise la relation entre la civilisation française et les valeurs culturelles africaines. En effet, les communautés humaines d'Afrique qui ont forgé au cours de leur histoire une culture originale, faite de mille et une trouvailles vestimentaires, médicinales, musicales, gestuelles, artisanales, culinaires et narratives sont menacées de perdre leur terre, leur langue, leur mémoire, leur savoir, leur identité spécifique, leur dignité. Nombreux sont les Africains qui ont honte ou éprouvent d'énormes difficultés à s'exprimer dans leur langue identitaire. Le français a pris lepas sur les langues autochtones et tout se passe comme pour qu'une personne puisse marquer sa présence dans le monde contemporain, il est essentiel pour y pénétrer d'abandonner ou de reléguer au second plan sapropre langue. « La nouvelle culture» se diffuse en vagues envahissantes et, de proche en proche, gagne la religion, les mœurs, les traditions, lesmentalités, les attitudes etles comportements. Les relations sociales se modifient, la 13

cellule famille-groupe cède le pas à la famille-ménage voire à la famille nucléaire. La culture ancestrale recule et s'étiole avant de devenir une archive. La civilisation française est faite d'emprunts et de mimétisme dans lesquels beaucoup d'Africains perdent leur âme. Le cinéma, les magazines, la télévision et les disques suggèrent les formes de vie nouvelles qui engendrent le rêve, l'illusion et l'envie, suscitent des complexes de supériorité vis-à-vis des mœurs du passé. Un droit nouveau fondé sur l'individualisme et sur des principes de vie étrangers aux coutumes africaines, usant d'un symbole et d'un langage ésotériques, imprègne et régit toute notre

existence, nos rapports avec nosparents et notre communauté. Le goût de l'enrichissement apparaît et avec lui la course aux villas, aux belles voitures et aux comptes en banque substantiels. L'argent déstructure la famille africaine et disqualifie la plupart des valeurs préexistantes. Lesmurs des chambres de la plupart des jeunes se tapissent de toutes ces idoles que la civilisation de l'écrit et de l'image diffuse avec un attrait depresse et de gloire, alors que, nulle part ailleurs, on ne voit le portrait de ASKIA Mohamed, d'AHMED Baba, d'Anne ZINGA. A leur place, on se forge des héros et des idéaux nouveaux: Zinedine ZIDANE, Johnny HALLyDAy.... Considéré comme la référence, « le modèle français» devient une obsession pour plusieurs Africains. Cet état de fait a pour conséquence l'adoption et l'assimilation des modes de vie qui, pour la plupart, ne sont pas adaptés aux réalités africaines, d'où l'abandon et la perte de l'identité africaine. Dans ces conditions, il n'y a plus de doute que l'ouverture au monde extérieur ne constitue plus une source de richesse mais un facteur d'aliénation et de dépendance.

Bien entendu, l'école de type occidental - et dans notre cas de type français - plaquée sans précautions suffisantes sur
une société peu préparée à la recevoir, sert de véhicule et de géniteur à toutes ces tendances. Mais, ne peut-on pas iden14

tifier d'autres moyens ou facteurs d'aliénation culturelle dont est victime le continent africain? Voilà la culture moderne telle que la vivent les Noirs même s'il y a de nombreuses exceptions: «c'est-à-dire des jeunes et des adultes qui, malgré le tourbillon dela révolution en cours, sont restés lucides et sereins, ouverts aux progrès tout en restant attachés à leurs valeurs »2.Toujours est-il que les conséquences de cette agression culturelle ont pour résultat la création de sociétés dualistes dans lesquelles cohabitent, d'une part, ceux qui se disent« les évolués », d'autre part, « les non évolués ». Ainsi, il y a un dualisme dans le système de référence (pour les uns la France et pour les autres l'Afrique », dualisme dans la langue de communication (pour les uns le français et pour les autres les langues africaines), dualisme dans la culture (civilisation française pour les uns et culture ancestrale de l'Afrique profonde pour les autres), dualisme dans le comportement, les manières d'être et les relations sociales (pour les uns l'individu domine et pour les autres la communauté ), dualisme dans les modes de vie. Conséquences? Le fossé se creuse, l'incompréhension s'installe, l'animosité naît, le voisinage devient insupportable, une barrière se dresse entre des gens que tout unissait dans le passé. Il en découle des drames psychologiques, des frustrations et irritations, des réactions et des contre-réactions qui accentuent encore le fossé déjà existant et, à terme, désarticulent la contexture sociale et ruinent l'unité et l'harmonie des sociétés africaines. Telle est la réalité qui résume l'impact de l'invasion des traits de la civilisation française sur les cultures africaines. Et des interrogations s'imposent pour mieux appréhender cette problématique. Quelle est la place de la colonisation dans la dépossession culturelle du continent noir? Comment se manifeste, de nos jours, l'impact de l'implantation de la civilisation occidentale en général et celle française en particulier sur les cultures africaines? Quels en sont les principaux facteurs explicatifs? Quels 15

types de moyens empruntent ces civilisations pour s'implanter sous l'écorce identitaire africaine au point de la dénaturer? Quel en est donc l'impact sur l'avenir de l'Afrique? De nos jours, l'influence de la civilisation occidentale en général et de celle française en particulier est perçue à bien des égards comme une transposition pure et simple de cette politique « d'assimilation» mise en place lors de la colonisation pour neutraliser l'Afrique authentique. Aujourd'hui, et malgré l'accession des pays africains à la souveraineté internationale et le combat sans cesse affirmé de restaurer à l'Afrique son identité, force est de constater que la dépossession du continent noir est plus que d'actualité et garde toujours toute son ampleur. Bien entendu, l'ouverture d'un peuple au monde extérieur n'est pas une mauvaise chose quand il sait se référer de façon intelligente à son passé culturel. Mais l'acceptation de l'autre, fait dans un esprit de négation de soi n'est que perte et pure aliénation. C'est ce que vivent bien des Africains qui, aujourd'hui, ont perdu leur repère et ne savent plus « qui ils sont ».
L'AFRIQUE AUTHENTIQUE: LES TRAITS CARACTÉRISTIQUES

Il est rappelé ici les fondements généraux et les caractères distinctifs des sociétés négro-africaines précoloniales de manière à caractériser, d'une part, leurs structures sociales, économiques, politiques et culturelles, d'autre part, leurs valeurs fondamentales et les normes essentielles qui constituent leur armature, faisaient leur solidarité, leur équilibre et cohésion; et, comme telles, inspiraient leurs principes d'éducation et de formation.

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Sur le plan social Bien qu'elles soient d'une grande diversité qui exclut toute tentative de classification et de systématisation stricte, on peut néanmoins, en partant d'un certain nombre de caractères communs qui se retrouvent àquelques nuances près dans la plupart des pays du Sud-Sahara, avancer que les sociétés négro-africaines précoloniales se constituent en général sur les catégories de sexe, sur l'âge, sur les structures de la parenté et sur le réseau des alliances. Par rapport au critère sexe, la structure sociale est tout entière marquée par la distinction, d'une part, complémentaire, d'autre part, entre l'homme et la femme. Ainsi, dans bon nombre de sociétés traditionnelles, garçons et filles reçoivent une éducation de base séparée qui vise à préparer l'un et l'autre à leurs fonctions ultérieures. S'il est vrai que, de façon générale, les sociétés africaines sont dominées par les hommes, il en demeure moins vrai que les femmes sont toujours en situation de dépendance. Il peut même arriver que leur participation au pouvoir intervienne soit par la médiation des reines soit même dans les fonctions de direction des affaires communautaires. Le deuxième critère qui régit les sociétés négro-africaines anciennes est, après celui du sexe, le critère de l'âge. Sur cette base, les générations successives sont liées entre elles par des rapports d'aînés à cadets qui sous-tendent toute la structure sociale et fondent des rapports de domination et de subordination entre les générations d'une part et les individus d'autre part au sein d'une même génération. Cela institue ainsi une pyramide des âges à partir de laquelle s'édifie toute une théorie de la préséance, de la responsabilité, de la compétence, de l'autorité et du pouvoir. Si l'âge joue un rôle important, c'est parce qu'il est perçu comme la mesure la plus sûre de l'expérience, de la connaissance et du savoir ainsi que le critère primordial de la maturité et de la sagesse. C'est à ce titre que l'âge est 17

le seul facteur propre à supprimer les différences dues au sexe. L'illustration laplus frappante de cette conception des rapports sociaux fondés sur l'âge est l'existence de ce qu'on appelait classes d'âge. Celles-ci étaient des fraternités ouvertes à tous, sans distinction de classes et qui réunissaient obligatoirement tous ceux qui étaient approximativement nés à la même époque. Elles constituaient des écoles de formation intellectuelle, civique, sociale et religieuse des sociétés initiatiques et des associations de secours naturel. Enfin, le passage d'une classe d'âge inférieure à une autre supérieure n'intervenait qu'après que l'on avait subi avec succès des épreuves de maturité et de capacité sociales propres à assurer l'équilibre et l'harmonie du groupe. La troisième assise était constituée par les rapports de la parenté, c'est-à-dire, les relations interpersonnelles résultant de la descendance et de l'alliance. Il faut en chercher les raisons profondes dans le fait que la société négro-africaine traditionnelle reposait sur la famille, unité à la fois économique, sociale, culturelle et politique. Chaque Africain est ainsi membre d'une famille qui régit sa viepersonnelle, privée et publique, conduit et réglemente avec l'aide de toute la société son éducation, sa formation intellectuelle, physique, civique, morale, religieuse et sociale; une famille qui assure sa subsistance et sa protection et garantit son équilibre dans tous les domaines. C'est dans le cadre de cette institution que les relations sociales s'édifient et s'organisent de façon normative. Bien entendu, en Afrique, la parenté presque toujours étendue doit être saisie dans sa signification sociale et non biologique. Elle comprend, outre les parents et les alliés, tous ceux auxquels un long voisinage ou des échanges de devoirs ou de prestations lient. Ainsi, sur les bases indiquées plus haut à savoir les groupes sexualisés et les catégories d'âge, la parenté et l'alliance vont se constituer avec, selon les cas considérés, des degrés de complexité variable, des rapports interper18

sonnels et les relations de pouvoir. Cet état de fait, va régir la vie économique autochtone. Sur le plan économique Les circuits à fonction essentiellement économique assuraient les échanges extérieurs sous des formes primaires et où la spécification des catégories sociales et leur homologation correspondaient également à une phase évolutive caractérisée par une division traditionnelle du travail. Le travail est d'ailleurs presque essentiellement manuel, à partir duquel s'était établie, par la suite, une hiérarchie des fonctions et du pouvoir. Les échanges se limitaient à la simple communication de biens et de marchandises; la répartition des biens de consommation spécifique de l'économie de subsistance s'effectuait au sein des groupes sociaux très localisés où les échanges matrimoniaux et les obligations de parenté provoquaient une circulation de biens, de services et de symboles, gage de la stabilité et de l'équilibre social. Des mécanismes adéquats limitaient l'appropriation privée de la terre, principal moyen de production collective. Dans les sociétés négro-africaines, les biens, leur valeur et leur circulation ne peuvent être compris qu'à travers le prisme des relations sociales interpersonnelles d'une part et les normes du prestige et de l'assistance dans le cadre d'une éthique fondée sur le principe du don et du contre-don d'autre part. Dans les sociétés européennes fondées sur le développement de l'industrie et du travail salarié, le travail est négocié comme un bien économique soumis aux mécanismes inéluctables de la loi du marché où les rapports entre l'offre et la demande déterminent le prix des services. Par contre, dans les valeurs précoloniales africaines, le travail ne semble pas avoir été une fonction autonome, n'étant pas une force indépendante de la personne mais plutôt une sorte 19