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L'Indo-Chine française - Géographie physique, politique, économique

De
166 pages

L’Indo-Chine française constitue la partie orientale de la péninsule indo-chinoise. Elle comprend plusieurs pays distincts : la Cochinchine, le Cambodge, l’Annam, le Laos et le Tonkin.

Sa superficie est d’environ 800,000 kilomètres carrés. Une frontière conventionnelle ne répondant à aucune indication géographique ou ethnographique la sépare des trois provinces méridionales de la Chine : Kouang-Toung, Kouang-Si, Yun-Nan sur une longueur de 2.

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Germain Jean Baptiste Maurice Magnabal

L'Indo-Chine française

Géographie physique, politique, économique

Marseille, décembre 1909.

 

 

 

MON CHER CAPITAINE,

 

Il y a quelques jours je feuilletais le vieil atlas de Stieler, dont je me servais avant la guerre de 1870, et qui passait alors pour très complet. La carte de l’Indo-Chine m’a vivement frappé. Pour le Tonkin, l’Annam et la Cochinchine elle contient tout juste une vingtaine de noms. Aucune montagne n’est indiquée. Les fleuves courent au hasard. On dirait vraiment une Terra incognita.

En la comparant aux cartes, dessinées par vous, qui accompagnent ce volume, je ne pouvais m’empêcher de rendre justice aux progrès accomplis Vraiment le temps est passé où il était permis de tourner en ridicule notre ignorance géographique ! Grâce à vos collègues, grâce à vous, on marche maintenant en terrain sûr. Ce sont des réalités tangibles qu’on a sous les yeux. Aussi faut-il vous savoir gré d’avoir rédigé cet excellent manuel, qui résume les connaissances acquises, et marque en quelque sorte une date dans l’histoire si intéressante de notre occupation indo-chinoise.

Ce dont je ne saurais trop vous louer, et vous permettrez cette remarque à un vieux professeur, c’est d’avoir résolument sacrifié les périodes ronflantes à la clarté méthodique et les enjolivements de la phrase à la précision des faits. En étudiant, comme vous l’avez fait, le travail de la nature et celui des hommes, en indiquant les divers problèmes économiques, en ne négligeant pas l’étude des questions militaires, vous avez rendu un véritable service à vos lecteurs, et j’espère qu’ils seront nombreux.

Vous aurez aussi utilement servi cette noble cause de la plus grande France, dont vous êtes un des plus chauds partisans, en contribuant à dissiper des préjugés malsains, en répandant à flots la lumière sur des problèmes qui passionnent et passionneront de plus en plus l’opinion publique. En quoi vous avez fait œuvre de bon citoyen, et je vous en félicite.

Vous m’avez fait le grand honneur de me demander à inscrire mon nom à la première page de ce livre. Je vous en suis très reconnaissant. Vous me permettez ainsi d’affirmer une fois de plus ma conviction profonde de la nécessité de l’expansion coloniale, et du bel avenir que nous préparons à nos petits neveux en semant autour de nous comme autant de Frances nouvelles, qui deviendront, qui sont déjà des foyers de civilisation.

PAUL GAFFAREL.

Doyen honoraire de Faculté.

AVANT-PROPOS

Nous avons été frappé du fait que les cours de géographie actuellement en usage dans les lycées et collèges de France s’étendent complaisamment sur l’Algérie et la Tunisie et ne consacrent que peu de pages à l’Indo-Chine française, à l’Afrique Occidentale et à Madagascar,

Sans méconnaître l’importance de nos possessions du nord de l’Afrique, il nous a paru qu’il serait juste de ne plus se contenter, en ce qui concerne cette dernière, de quelques aperçus vagues mêlés à de nombreuses inexactitudes.

L’unique but du précis de Géographie qui suit est de mieux j’aire connaître l’Indo-Chine française. Nul doute que les Français ayant longtemps séjourné en Indo-Chine y trouveront des choses déjà connues, d’autres à peine ébauchées, insuffisamment développées ; mais beaucoup de nos camarades nous sauront peut-être gré d’avoirrédigé ce petit ouvrage qui donne des idées générales sur la géographie physique, politique et économique et sur l’organisation militaire de notre grande colonie extrême-orientale en 1909.

Nous nous sommes efforcé de condenser de façon nette les renseignements épars dans plusieurs ouvrages très bien faits mais déjà trop anciens, dans des revues, des bulletins, des articles divers, des discours. Enfin nous avons mis à contribution nos fables connaissances personnelles et les notes recueillies pendant un séjour de huit années en Indo-Chine.

GEOGRAPHIE PHYSIQUE

SUPERFICIE ET LIMITES

L’Indo-Chine française constitue la partie orientale de la péninsule indo-chinoise. Elle comprend plusieurs pays distincts : la Cochinchine, le Cambodge, l’Annam, le Laos et le Tonkin.

Sa superficie est d’environ 800,000 kilomètres carrés. Une frontière conventionnelle ne répondant à aucune indication géographique ou ethnographique la sépare des trois provinces méridionales de la Chine : Kouang-Toung, Kouang-Si, Yun-Nan sur une longueur de 2.300 kilomètres. Cette frontière part des environs de Moncay (îlot des Lionceaux), sur le golfe du Tonkin, atteint le fleuve Rouge à Lao-Kay, le quitte à Long-Po pour gagner les sources de la Nam-Hou, suivre la ligne de partage des eaux entre Nam-Hou et Mékong et atteindre ce dernier fleuve à son confluent avec une petite rivière yunnanaise : la Nam-La.

La frontière suit ensuite le Mékong jusqu’à Xieng-Sen séparant le Laos des Etats Chans birmans (possession anglaise.)

Une partie du royaume de Luang-Prabang empiète sur la rive droite du Mékong entre les rivières Namhouock et Nam-Huong puis la frontière longe le fleuve jusque en aval de Pack-Moun.

Entre Cambodge et Siam, la frontière fixée par le traité Franco-Siamois du 23 mars 1907 suit la crête des Pnom-Dang-Reck, puis se dirige vers le sud pour aboutir sur le golfe de Siam en face l’île siamoise de Koh-Kut, restituant au Cambodge ses anciennes provinces de Battambang, Siêm-Reap, Sisophon, Pa-Non-Sock et Tchou-Kan, peuplées de 300.000 habitants, riches en riz et couvrant une superficie de 35.000 kilomètres carrés. Nous cédions en échange les petits districts peu importants de Dan-Sai et de Kratt.

La mer de Chine baigne les côtes indo-chinoises à l’est et au sud et le golfe de Siam, au sud-ouest.

OROGRAPHIE

Les hauts plateaux du Thibet et du Yun-Nan, composés de schistes, de granits, de grès et de calcaires, se prolongent dans l’Indo-Chine française par un long massif séparant le bassin du Mékong de celui du fleuve Rouge et des rivières côtières de l’Annam. C’est la chaîne annamitique, d’abord large et compacte, puis plus étroite, rétrécie, qui traverse la péninsule du nord au sud, décrivant une grande courbe très sensiblement parallèle aux côtes du Tonkin et de l’Annam.

Ce sont les érosions séculaires qui ont donné aux montagnes leur forme actuelle, désagrégeant les schistes et les grès et laissant les chaînes calcaires nettement séparées les unes des autres par des vallées encaissées et profondes.

Au Tonkin, la chaîne annamitique s’épanouit en une région très accidentée, très coupée où le fleuve Rouge et ses grands affluents tracent leurs lits sinueux et étroits. D’aspect variable, les montagnes sont enchevêtrées, chaotiques. Ce sont tantôt de grands massifs boisés : Fan-Si-Pan, à l’ouest de Lao-Kay, entre rivière Noire et fleuve Rouge, qui contiennent le point culminant de l’Indo-Chine, 3140 mètres ; Tien-Sou-Ping, à l’ouest d’Ha-Giang, 2000 mètres ; Mau-Son, 1500 mètres au nord-est de Lang-Son ; tantôt des pitons de grès couverts de brousse : régions de Cao-Bang, Lang-Son, Moncay ; tantôt de grandes murailles calcaires limitant des plateaux plus ou moins étendus : plateau de Dong-Quang au nord de Bao-Lac, avec ses canons profonds, ses grottes sauvages, ses roches monstrueuses jetées les unes sur les autres dans un désordre puissant ; le Lu-Khu et le Cai-Kinh (provinces de Cao-Bang et de Lang-Son) avec leurs rochers abrupts, criblés de trous, semblables à de gigantesques éponges et leurs cirques peu accessibles et peu étendus. Ce sont enfin les rochers ds la baie d’Along, si pittoresques, qui sont les témoins d’une ancienne chaîne engloutie.

De grands massifs surplombent le delta Tonkinois dont l’horizontalité fait ressortir l’altitude : monts Bavi (1200 mètres) et Tam-Dao (1300 mètres) près de Hanoï, de part et d’autre du fleuve Rouge. D’autres viennent mourir près de la mer : Grande Mamelle (1300 mètres) et Petite Mamelle (1100 m.) près de Tien-Yên ; Pa-Nai ; Ma-Tao-San etc. qui sont des contreforts du grand massif chinois des Cheu-Wan-Chan (Cent mille monts).

Entre le Mékong (de Xiêng-Không à Muong-Pat-Choum), la rivière Noire et la côte de Thanh-Hoa à Vinh, s’étend une région très difficile, plus enchevêtrée et encore plus coupée que la précédente. Des vallées étroites, profondes, sciées dans la masse par les rivières Noire, Sông-Ma, Sông-Ca, Nam-Hou, séparent des massifs variant de 1000 mètres à 1800 mètres d’altitude. C’est la région montagneuse du Haut-Laos avec son rude et presque inaccessible Po-Loï qui atteint 2000 mètres, avec le plateau de Tran-Ninh (1200 mètres) au climat doux et sain, offrant à la colonisation de vastes espaces inoccupés. Entre rivière Noire et Sông-Ma s’étend l’abrupte chaîne des Sip-Song-Chu-Tai.

Vers le sud, « l’épine dorsale » de l’Annam serre la mer de près, projetant vers elle des contreforts, des « vertèbres » souvent aussi élevés que la partie axiale et qui constituent une série de bassins côtiers formant les provinces administratives de l’Annam. C’est cette partie médiane de la chaîne qui porte les sommets les plus elevés : Pou-Hac (2000 m.) au nord-ouest de Quang-Binh ; la dent du Tigre (1800 m.) à l’ouest de Quang-Tri ; le Pou-Atouat (2500 m.) au sud de Hué ; le Pou-Jong (2500 m.) au nord-est d’Attopeu et la Mère et l’Enfant 2100 m.) sur un contrefort qui finit à pic sur la mer au cap Varella (700 m).

Plus au sud, la chaîne s’infléchit vers le sud-ouest et vient accidenter le pourtour nord et est de la plaine d’alluvions qui constitue la Cochinchine.

La « Cordillère annamitique » abrupte vers la mer de Chine, vers l’est, s’abaisse en pentes plus douces vers le Mékong, vers l’ouest, formant des plateaux assez étendus. Parmi ces plateaux, les plus intéressants sont : ceux de Kham-Moun (ou Cam-mon) et de Pou-Hac au nord : au centre celui de Boloven (1300 m.), énorme renflement qui se prolonge sur la rive droite du Mékong par les Pnom Dang-Reck. Cette dernière chaîne séparer comme nous l’avons vu, le Siam du Cambodge ; son versant sud, boisé, tombe à pic sur la région Cambodgienne.

Les plateaux des Sédangs, de Darlac (800 m), de Lang-Biang (1300 m) où doit se construire le futur sanatorium cochinchinois, sont situés dans la partie sud de la chaîne annamitique.

Dans son ensemble, le massif montagneux décrit ci-dessus est très boisé, difficile, relativement inaccessible et surtout encore insuffisamment connu. Il ne présente, sur une longueur de plus de 1000 kilomètres, que quelques passages assez bas, peu fréquentés, mais pouvant mettre en communication l’Annam et le Laos, la région maritime et la vallée du Mékong. Ces passages sont du nord au sud :

  • 1° Le col de Tram-Mua (1000 m.) qui relie Vinh par Ha-Trai à Pac-Hin-Boun par un mauvais sentier cependant très important parce qu’il correspond au chemin le plus court entre la côte d’Annam et le Mékong1.
  • 2° Le col de Meu-Gia (460 m.) qui fait communiquer les vallées du Song-Giang et de la Sébang-Faï ; Ha-Tinh et Muong-Ta-Khet.
  • 3° Le col d’Ai-Lao (800 m.), au sud de la dent du Tigre, bien connu des annamites, qui relie Quang-Tri à Savannakhet en suivant la vallée du Sé-Bang-Hiên par une bonne route praticable aux voitures et qui constitue, jusqu’ici, la seule bonne voie de communication entre l’Annam et le Laos.
  • 4° Le col de Nong-Son qui relie, tant bien que mal, Quang-Nam à Attopeu.
  • 5° Le col de An-Khéo par où passe une mauvaise piste mettant en communication Qui-Nhone et Attopeu par Kon-Toum.

Enfin les bassins côtiers de l’Annam communiquent entre eux par des cols transversaux parmi lesquels on peut citer :

Le Déo-Quang (Porte d’Annam) entre Ha-Tinh et Quang-Binh :

Le célèbre col des Nuages (470 m.), suivi par la route de Tourane à Hué et sous lequel passe actuellement une voie ferrée ; le Déo-Ca (600 mètres) qui, réunit le Phu-Yen au Khanh-Hoa à travers une région accidentée.

CLIMAT

En raison de l’étendue de l’Indo-Chine, le climat n’y est pas uniforme. Il varie avec la latitude2, l’altitude, la nature du sol, la proximité de la mer et surtout les vents régnants. Néanmoins, le climat est celui de la zône tropicale, c’est-à-dire chaud et humide.

Comme dans l’Inde, l’année est divisée en deux saisons déterminées par l’alternance des moussons. La mousson du sud-ouest ou d’été règne de mai à octobre ; c’est la saison humide, la saison des pluies. Elle est due à ce que le continent surchauffé forme appel d’air et que les vents humides du sud s’y précipitent. La mousson du nord-est où l’hiver règne d’octobre à la fin mars ; elle apporte peu d’humidité, c’est la saison sèche. Pendant cette mousson le phénomène inverse se produit et le vent souffle de l’Asie intérieure vers l’Equateur.

Ces deux saisons sont nettement séparées, presque régulières en Cochinchine et au Cambodge. Il n’en est pas de même au Tonkin et en Annam où la période intermédiaire, d’une durée variable, présente des écarts de température considérables. En outre, lors du renversement des moussons, l’air sollicité par deux forces différentes et de sens contraire est en état d’équilibre instable ; c’est à ce moment de — juin à septembre — que se produisent généralement les typhons si redoutés.

La Cochinchine est caractérisée par la constance de la température ; les écarts annuels y sont insignifiants. C’est cette chaleur égale, continue, jointe à l’extrême humidité qui déprime l’Européen, l’anémie rapidement.

Au Tonkin les variations sont plus grandes. L’été y est plus pénible et plus chaud qu’en Cochinchine, mais il existe un véritable hiver permettant à l’Européen de se remettre des fatigues de l’été. Le thermomètre marque jusqu’à 34° en été ; il descend jusqu’à 3° dans le Delta en hiver, à 1° dans la région de Langson et au-dessous de zéro sur le plateau de Dong-Quang.

L’Annam est chaud mais le voisinage de la mer et la brise en rendent le séjour aux européens moins pénible qu’en Cochinchine.