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L'INSERTION PAR L'ÉCONOMIQUE MODALITÉS ET LIMITES

320 pages
La persistance du chômage et le développement de l’exclusion sociale constituent deux défis majeurs que la société française doit absolument relever pour ne pas mettre en péril sa cohésion. Les actes du colloque “L’insertion par l’économique : modalités et limites” présentés dans cet ouvrage permettent aux lecteurs de suivre l’évolution des idées, de connaître différentes expériences et pratiques menées en France et ailleurs et de mesurer l’impact et les limites des politiques mises en œuvre.
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Sous la direction de
Georges ABOU SADA - ClaudieSWIERGIEL
L'INSERTION PAR
"
L'ECONOl\1IQUE
,
MODAliTES ET LIMITES
Actes du Séminaire de Roubaix
1er octobre 199330 septembre -
Publié avec le concours du Fonds d'Action Sociale
ClEM! Éditions L'Harmattan
46, rue de Montreuil 5-7, rue de l'École-Polytechnique
75011 Paris 75005 ParisMIGRATIONS ET CHANGEMENTS
Collection dirigée par Lorenzo Prencipe
L'histoire de l'immigration en France est une histoire
ancienne qui touche un phénomène très complexe.
Ancienne, car elle a pris des proportions remarquables
depuis plus d'un siècle. Le recensement de 1851
dénombrait déjà 381 000 étrangers. De 1921 à 1930, la
France se plaçait au sec9nd rang des pays d'immigration
dans le monde après les Etats-Unis.
Histoire complexe surtout. On peut même se demander si,
pendant une période aussi prolongée - durant laquelle les
données démographiques, économiques, politiques,
culturelles et psychologiques ont subi des transformations
profondes, aussi bien sur le plan national qu'international
-le phénomène migratoire n'a pas changé de nature.
Comment affirmer qu'il s'agit du même phénomène alors
qu'il ne résulte pas des mêmes causes, ne se réalise pas dans
le même cadre institutionnel national et international, ne
touche pas les mêmes populations étrangères ni les mêmes
générations, ne revêt pas les mêmes formes?
Cette collection consacrée aux migrations et aux
changements qu'elles comportent ou qu'elles provoquent
vise à privilégier les travaux portant sur :
- les mutations internes des populations immigrées à
travers les générations successives, avec un accent
'particulier sur le profil socioculturel des nouvelles
générations issues de l'immigration;
- les mutations introduites dans la vie sociale,
économique et culturelle des pays d'origine et du pays de
résidence ;
- les approches comparatives du fait migratoire dans ses
paramètres historiques, géographiques, économiques,
politiques.
Ceux qui pensent que leur recherche pourrait s'insérer
dans cette collection peuvent contacter:
Lorenzo Prencipe
46, rue de Montreuil
75011 Paris
@Éditions l'Harmattan, 1996
ISBN: 2-7384-4215-3Dans la même collection
1. Maria LLAUMETT. Les jeunes d'origine étrangère. De la
marginalisation à la participation. 1984. 150 p.
2. Mohammed Hamadi BEKOUCm. Du bledà la Zup, et/oula
couleur d£ l'avenir. 1984. 158 p.
3. HelVé-Frédéric MÉcHÉRI. Lesjeunes immigrés magbrébins d£
la deuxième génération, et/ou la quête d'identité. 1984. 117 p.
4. François LEFORT, Monique NÉRY. Emigré donsnwn pays.
1984.188p. .
5. Raimundo DINELLO.Adokœntfentredeuxcult'll'ffl". 1985. 127 p.
6. Riva KASTORYANO. Être Turc en France. Réflexions sur
fmnilles et communauté. 1986. 207 p.
7. Michelle GUIILON, Isabelle TABOADA-LEONETTI.
Le triangle d£ Choisy. Un quartier chinoisà Paris. 1986. 210 p.
8. Adil}AZOUll. Eaction collective desjeunes Magbrébins d£ France.
1986.217 p.
9. Véronique DE RUDDER Autochtones et immigrés en quartier
populaire. D'Aligre à l'îlot Châlun. 1987. 234 p.
10. Mario ZAMBETTI. L'été à Cap Djinet. Rencontres
.
méditerranéennes. 1987. 119 p.
Il. Abde! AISSOU. Les beurs, l'écoleet la France. 1987. 215 p.
12. Smaïn LAACHER (sous la direction de). Questions de
natianalité. Histoire et eryeux d'un cock.1987.256 p.
13. Isabelle TABOADA-LEONETTI. Les immigrés des beaux
quartiers, la communauté espagnole dons le XVF. 1987. 211 p.
14. Huu Khoa LE. Les jeunes Vietnamiens d£ la deuxième génération.
La semi-rupture au quotidien. 1987. 92 p.
15.MoharmnedMAZOUZwlWmrminrenDe-de-Fmnce. 1988. 162p.
16. Ana VASQUEZ, Ana Maria ARAUJO. Exils lat:irw-rnnirialins :
la malidiction d'Ulysse. 1988. 215 p.
17. Maria do Céu CUNHA. Purtugais d£ France. 1988. 157 p.
. 18. Hanna MALEWSKA, Colette GACHON. Le travail social
et les enfants d£ migrants, racisme et ickntité. &cherche-action. 1988.
241 p.19. Salah RIMANI. Les 1ùnisimstk France.Unejùrte cuncentratirm
parisienne. 1988. 158 p.
20. Mohamed EL MOUBARAKI. Mnrocains du Nard. Entre la
mémoire et k pro/et. 1989.253 p.
21. Bernard LORREYTE (sous la direction de). Les politiques
d'intégratirm desjeunes issur tk l'immigratirm. 1989. 416 p.
TRIPIER. Eimmigratiun dons la dnsse mrorière en Fram:e.22. Maryse
1991. 336p.
23. Georges ABOU SADA, Bruno COURAULT, Zaihia
ZEROULOU (sous la direction de). L'immigratirm au tournant.
Actes du Colloque GRECO 13 sur les mutations économiques et
les travailleurs immigrés dans les pays industriels, Vaucresson,
28-30 janvier1988. 1991. 330 p.
24. Paul ORIOL. Les immigrés devant lesurnes. 1992. 223 p.
25. Albert NICOLLET. Femmes noire en France. La vied'Afrique
partagée. 1992. 320p.
26. Benjamin STORA Aitk-mémoire tk l'immigratirm algérienne.
Chronokgie, bibliographie.1992. 144 p.
27. Marco MARTINIELLO. Leadership et pouvoir dans les
communautés d'arigine immigrée. 1992. 320 p.
28. Saïd BOUAMAMA, Albano CORDEIRO, Michel ROux.
La citoyenneté dans tous ses états. De l'immigration à la nouvelle
dtoyenneté. 1992. 362 p.
29. Albert BASTENIER, Felice DASSEITo. Immigratirmet
espace public. La controverse tk l'intégratirm. 1993. 317 p.
30. Pascal NOBLET. L'Amérique des minorités. Les politiques
d'intégratirm. 1993. 359 p.
31. Alain BATrEGAY,Alnned BOUBEKER Lesimagespub/iqu£stk
l'immigratiun.Médin, acI:lIillité, immigratiun dons la Fram:e deslTfTIlies 80.
1993.192 p.
32. Ahsène ZEHRAOUl Eimmigratiun : tk l'homme seul à lafamille.
1994.180p.
33. Roselyne de VILLANOVA, Rabia BEKKAR (avec la
collaboration de). Immigratirm et espaceshabités. Bilan bibliographique
des travaux en Prance, 1970-1992. 1994.212 p.
34. Rétté DUBOux. MétNage ou barbarie. 1994.203 p.35. AntOnio CRAVO. Les Portugais en France et leur mouvement
associatij(1901-1986). 1995.207 p.
36. Maria Engracia LEANDRO. Au-delà des apparences. Les
Portugaisfaceàl'insertionsociale.1995. 352 p.
37. Maria Engracia LEANDRO. FamiOes portugaises. Pro/ets et
destins. 1995.170p.
38. Isabelle QUIQUEREZ-FINKEL. Imaginaires juridiques
africains. Représentations et stratégies juridiques de migrants d'Afrique
noire en France et au Quevec. 1995. 336 p.
39. Marie-PietTe LUCIANI. Immigrés en Curse. Minorité de la
minoriti. 1995. 274p.
40. Catherine NEVEU (sous la direction de). Nations, frontières et
immigration en Europe. 1995.258 p.
41. AIainJUND, Paul DUMONT, Stéphane de TAPIA (sous
la direcrion de). Enjeux de l'immigration turque en Europe. Les 1ùrcs
en France et en Europe. 1995. 336p.
42. Xavier VANDROMME. VieiOir immigré et célibataire en foyer.
Le C/JSde la résidence sociale du Bourget en Seine Saint-Denis (1990-
1992). 1996. 144p.ALLOCUTIONS
D'OUVERTURE
Michel DUQUENNE
. Directeur départemental du travail, de l'emploi et de la
formation professionnelle
Bernard CARON
. Vice-président de la formation professionnelle et de
l'apprentissage au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais
Patrick DELNATTE
. Vice-président du conseil général du Nord
Michel BAUDRY
. Adjoint au maire de Roubaix (représentant André
DILIGENT, sénateur-maire de Roubaix)
Gaston VANDECANDELAERE
. Président de la FUPL
Migrations et ChangementsAllocutions d'ouverture 9
Michel DUQUENNE
Directeur départemental du travail, de l'emploi et
de la formation professionnelle
Roubaix, 30 septembre 1993, ouverture
Il m'appartient aujourd'hui de représenter M. Giraud, ministre du
Travail, retenu par le débat relatif à la loi quinquennale sur l'emploi,
ce qui montre bien ce que l'emploi aujourd'hui peut signifier, et
comment il peut être au centre de nos préoccupations. Permettez-
moi d'abord, monsieur le vice-président du conseil régional, mon-
sieur le vice-président du conseil général, mesdames, messieurs, de
vous souhaiter la bienvenue et de remercier l'équipe d'OMINOR de
cette initiative qui allie, en deux j ournées de travail, la réflexion à
l'échange d'expériences concrètes, d'expériences de terrain.
Quelques chiffres d'abord pour situer la réalité du Nord en matière
de chômage et d'exclusion. Fin juillet, 165 000 demandeurs d'em-
ploi, un taux de chômage de 14,7 %, alors qu'il est de Il,6 % pour la
France, avec des pointes dans certains bassins d'emploi qui nous
amènent à un taux de 15,7 % dans les bassins d'emploi de Roubaix-
Tourcoing où nous sommes aujourd'hui, 18,3 % en Sambre-
.
Avesnois et, 19,4 % dans le Valenciennois.
Parmi ces demandeurs d'emploi, 26 % sont des jeunes et 32 % ont
plus d'un an de chômage. L'ancienneté moyenne du chômage est de
380 jours, ce qui veut dire que dans nos actions sur le terrain, dans
nos contrôles, nous rencontrons des personnes qui comptent plus de
3 000 jours, voire plus de 5 000 jours de chômage, si on peut encore,
comme l'ordinateur, compter en jours, ce qui représente des années
d'inactivité, de désespérance et d'exclusion.
Sans être plus long sur les chiffres, je voudrais en venir au propos de
«l'Insertion par l'économique », qui est un maillon essentiel de la lutte
prioritaire contre l'exclusion, La lutte contre l'exclusion vise à remettre
dans le circuit de l'emploi des personnes qui en sont exclues ou des per-
sonnes qui sont fragilisées. Elle prend en compte la personne, son origi-
nalité, la totalité de son problème, pour la remotiver et l'accompagner
vers l'emploi. Située à mi-chemin entre l'économique et le social, elle
intègre des objectifs qui sont parfois contradictoires, et c'est la difficulté
de l'exercice: je dirais qu'elle est essentiellement partenariale, qu'elle se
développe sur le terrain, et qu'elle met en œuvre des approches qui sont
extrêmement diverses avec des techniques d'intervention, générale-10 L'insertion par l'économique: modalités et limites
ment assez empiriques et, en tout cas, non stabilisées.Je crois que dans l'in-
sertion, appannî de plus en plus le rôle central de l'entreprise, et je pense,
c'est l'intérêt des réflexions de ces deuxjours, qu'une approche renouve-
lée de ces rapports de l'entreprise avec ses partenaires institutionnels et au-
tres est absolument nécessaire; j'ajouterais aussi que la préventio}lde l'ex-
clusion, c'est d'abord dans l'entreprise qu'elle doit être menée. Eviter que
des personnes soient exclues, c'est l'action la plus positive que l'on puisse
faire en matière d'exclusion.
Quelle est la place des politiques publiques dans l'insertion? L'État
affiche une volonté forte et une priorité dans la lutte contre l'exclusion, il
met en œuvre des instruments variés et des moyens considérables; je
n'énumérerai pas les différents types d'actions et d'outils d' interven-
tion : actions de formation, contrat de retour à l'emploi, contrat emploi-
solidarité, aide aux entreprises d'insertion. Les travaux des groupes de
travail poUITontfaire la clarté sur ces choses. Ces outils sont nombreux,
les moyens sont importants. Des résultats marqués certes, mais qui ne
sont pas toujours à la hauteur des efforts déployés, nous amènent à éva-
luer, à s'interroger et à s'efforcer de mieux cibler. Je dois dire aussi que
cet effort serait vain s'il n'était pas fortement relayé par l'engagement
des collectivités territoriales dont le rôle est primordial dans cette lutte.
C'est essentiellement, je pense, une affaire de partenariat avec les
entreprises, on ne le dira jamais assez, avec les structures d'insertion
dans toutes leurs diversités, parce qye ce sont elles qui prennent les
risques sur le terrain. L'action de l'Etat dans cet ensemble doit s'at-
tacher à impulser, à accompagner et à aider à la pérennisation des ini-
tiatives locales. Certes, aujourd'hui, la création d'emplois paraît à
terme comme l'élément, non pas unique, mais indispensable à la so-
lution du problème de l'insertion et de la réinsertion.
D'autre part, je voudrais souligner trois impératifs qui m'apparaissent
majeurs dans la conduite des politiques d'insertion. Premièrement,
c'est d'abord d'améliorer l'efficacité réelle des politiques publiques et
des actions sur le terrain. Deuxièmement, c'est de trouver les articula-
tions les plus efficaces entre le service public de l'emploi, les collectivi-
tés territoriales, les milieux associatifs, les structures d'insertion et les
entreprises. Troisièmement, et je pense que c'est essentiel, c'est de faire
prendre conscience que ce problème n'est pas seulement le problème
des structures, mais que c'est aussi le problème de tous les citoyens.
Aujourd'hui, je pense que l'ampleur de ce problème nous conduit à
dépasser le stade artisanal dans le traitement des personnes en difficul-
té d'insertion, et je souhaite que ce séminaire puisse nous aider à dres-
ser le plus précisément possible l'état des choses, à nourrir nos ré-
flexions, à ouvrir des pistes, et surtout à stimuler l'action./IAllocutions d'ouverture
Bernard CARON
Vice-président de la formation professionnelle
et de l'apprentissage au conseil régional du
Nord-Pas-de-Calais
Roubaix, 30 septembre 1993, ouverture
Mesdames et Messieurs,
L'initiative d'organiser un séminaire sur les problèmes d' in-
sertion est excellente, dans la mesure où elle va permettre de dé-
gager des propositions dont tous ceux qui ont une responsabilité
dans cette région pourront tenir compte. Mme Marie-Christine
Blandin, présidente de la région, m'a demandé de la représenter
et s'excuse de ne pouvoir être parmi nous. Notre institution, vous
le savez, attache une grande importance aux problèmes de cohé-
sion sociale et de solidarité. Le plan régional, adopté en juin der-
nier, prend en compte de façon significative la question de l' in-
sertion. Celle-ci est suivie par trois commissions du conseil
régional: l'action économique, la commission ville-pays-inser-
tion-citoyenneté et la formation professionnelle. La transversali-
té du sujet demande une réflexion commune, et l'ambition que
nous avons de faire avancer ce dossier conduira le conseil régio-
nal à prendre de plus en plus d'initiatives, en partenariat avec les
conseils généraux, avec les villes, les,associations, les organis-
mes de formation, les entreprises et l'Etat.
Je ne vais pas m'appesantir ici sur les causes de la crise mondiale
que nous connaissons actuellement et qui touche profondément
notre région, crise aux multiples facettes, vous le savez: économi-
que, sociale, environnementale et culturelle en particulier.
Je préfère insister sur les solutions. Le type de développement
pratiqué depuis trois ou quatre décennies, et qui génère l' exclu-
sion de millions de personnes dans le monde, chez nous, mais
aussi dans le tiers-monde, ne peut être poursuivi. On sait qu'il n'y
a plus aujourd'hui de lien mécanique durable entre la création de
richesses et la création d'emplois.
Le discours qui consiste à vouloir produire toujours plus, pour
employer davantage, se révèle faux. Il faut donc trouver de nou-
veaux axes. Le conseil régional en a choisi trois: le premier est le
développement des synergies. Cela est indispensable si nous12 L'insertion par l'économique: modalités et limites
voulons mettre de la cohérence dans les financements et dans les
actions à entreprendre. Le second est l'idée d'un développement
soutenable, respectueux des hommes et de l'environnement. Le
troisième axe veut favoriser la conception de solutions nouvelles.
Parmi celles-ci, il y a notamment le concept d'entreprises citoyen-
nes qui cherchent à développer les qualités de communication,
l'autonomie, la créativité des personnes. Il y a aussi le développe-
ment d'activités nouvelles: services de proximité, travaux liés à
l'environnement (qu'il soit rural ou urbain), activités culturelles,
sportives etc. Dans ce secteur, l'insertion par et dans l'économie a
un rôle important à jouer.
Trois aspects de l'insertion méritent quelques instants de réflexion:
-le premier: la formation. Ayant en charge ce dossier à la ré-
gion, je peux vous dire que je place la qualification sociale des plus
démunis parmi les priorités de notre politique. Deux volets sont
encouragés: premièrement, c'est l'amélioration de l' environne-
ment social de la formation, car la véritable égalisation des chan-
ces que nous recherchons ne peut se faire que par une politique
globale en faveur des plus défavorisés: politique pour améliorer le
logement, les transports en commun, l'aide aux consommateurs
en matière d'hygiène de vie, qu'il s'agisse du sommeil ou de l'ali-
mentation par exemple. Deuxièmement, la formation des exclus
ne doit pas reproduire les schémas qui ont échoué dans le cadre
scolaire. La lutte contre l'illettrisme, la montée du niveau culturel
des plus démunis demandent qu'on privilégie les formations en
alternance, car c'est à partir de solutions vécues, motivantes, telles
que la réhabilitation d'un quartier, d'une activité sociale utile, que
les personnes auront envie de bâtir un projet personnel débou-
chant sur une qualification, et plus tard sur un emploi durable;
-le second: l'aspect économique. Les initiatives intéressantes
en matière d'insertion restent aujourd'hui marginales, (300 pos-
tes d'insertion dans la région en 1992). Il faut donc construire un
dispositif régional complet et cohérent sur l'ensemble du terri-
toire. Pour cela, il faut premièrement dépasser le stade de l' expéri-
mentation, deuxièmement il faut renforcer le dispositif d'appui fi-
nancier, troisièmement il faut développer l'ingénierie. En liaison
avec les autres partenaires publics, la Région a la volonté de ren-
forcer les aides à la formation, en particulier en direction de l' en-
cadrement, de maintenir une aide à l'investissement matériellar-
gement ouverte sur les initiatives locales, d'apporter une aide au
conseil en économie sociale. Il faut décloisonner les sphères so-
ciales et économiques, il faut surtout, pour assurer la crédibilité deAllocutions d'ouverture /3
l'insertion, que les initiatives professionnalisent leurs actions en
matière économique;
- enfin, le troisième aspect de l'insertion, c'est l'épanouissement des
individus, qui passe par une plus grande citoyenneté, une créativité encou-
ragée, une autonomie retrouvée.
Hier soir, à Valenciennes, devant un parterre de décideurs économiques,
je disais qu'il était temps de concevoir un modèle de développement qui
réconcilie économie et environnement, et qui mette l'homme au pre-
mier rang de nos préoccupations. Je ne suis pas certain d'avoir été bien
compris, je pense que je le serai plus ce matin. Le seul indicateur qui doit
avoir un sens aujourd'hui est celui du développement humain. Je suis
persuadé que vous partagez cette conviction. Si nous voulons traiter le
problème de l'exclusion à la racine, nous devons nous engager au plus
vite vers un système économique qui laisse toute sa place à l'économie
solidaire. Je vous remercie de votre attention etje vous souhaite, pour ter-
miner, de fructueux travaux./4 L'insertion par l'économique: modalités et limites
Patrick DELNATTE
Vice-président du conseil général du Nord
Roubaix, 30 septembre 1993, ouverture
Monsieur le président, le vice-président du conseil régional,
Monsieur le directeur, le vice-président du conseil général, mon cher collègue,
Mesdames, Messieurs,
V ous êtes aujourd'hui réunis pour débattre d'un problème qui est
bien évidemment d'actualité, et les chiffres, que vient de rappeler M.
le directeur départemental, montrent, si c' était nécessaire, que ce pro-
blème correspond à une réalité douloureusement vécue par nos popu-
lations. Vous allez donc vous préoccuper, pendant ces deux jours,
d'échanger et de débattre sur l'insertion économique et sociale des
personnes les plus en difficulté. Ce débat est important, le contexte ac-
tuel économique rend urgente la recherche d'outils d'accompagne-
ment de ces personnes en difficulté. Acteurs politiques, économiques,
sociaux, nous devons éviter deux attitudes: une attitude d'illusion qui
consisterait à attendre que le retour de la croissance apporte toutes les
solutions à l'exclusion, et une attitude de fatalisme qui consisterait à
considérer que les nécessités de la compétitivité et du progrès écono-
mique nous entraînent à une société à deux vitesses où une catégorie
de personnes serait définitivement exclue du domaine du travail. Le
pragmatisme et l'humanisme nous obligent et nous amènent à refuser
ces deux attitudes. Vous avez, chacun dans votre domaine, participé à
l'élaboration de projets, à la mise en place d'actions favorisant l'inser-
tion des plus démunis. Ces deux jours de séminaire vont donc vous
permettre d'échanger vos expériences et ainsi d'aller plus loin dans
vos réflexions.
Le conseil général, par la vice-présidence que j'exerce, a lui-
même entamé un partenariat avec les acteurs locaux, qu'ils soient
publics, associatifs ou économiques, qui œuvrent dans ce sens. Je
vous rappelle que nous avons, par la loi de décentralisation, une
compétence en matière d' insertion pour les RMIstes, qui représente
un budget d'environ 150 millions de francs au niveau dq conseil gé-
néral, cette somme correspondant aux 20 % que l'Etat paie au
RMIstescomme allocation d'insertion. Je serai d'autant plus atten-
tif aux conclusions de ce séminaire: je suis convaincu qu'il faut dansAllocutions d'ouverture 15
ce domaine faire preuve d'innovation et tenir compte des compéten-
ces et des expériences du plus grand nombre. Dans cette bataille pour
l'emploi, la mobilisation de tous est indispensable. Il est vrai que le
Nord dispose d'atouts, de richesses humaines qui lui permettront, si
nous les utilisons bien, d'être à la pointe de la reprise, bénéficiant ainsi
de retombées positives pour l'emploi des habitants. Nous sommes les
plus touchés économiquement et avons aussi le plus grand nombre de
bénéficiaires du RMI. Le Nord doit donc être un département créatif
lorsqu'il s'agit d'aider les personnes les plus en difficulté.
D'un autre côté, nous savons que nous devons avoir une approche
très réaliste; ce n'est pas le conseil général qui va régler à lui seul le
problème de l'insertion, même s'il a une compétence de base en la
matière. Les entreprises, mais également le tissu associatif et les au-
tres collectivités territoriales doivent être profondément associés.
Néanmoins, le conseil général se veut force d'incitation, d'anima-
tion et de mobilisation. Je ne suis donc pas insensible au fait que ce
colloque se tienne dans une zone qui est particulièrement touchée
par les problèmes du chômage et de la pauvreté, et qu'il y ait ici tous
les partenaires de l'insertion, y compris des partenaires européens.
Le versant Nord-Est de la métropole peut devenir un laboratoire
d'expérimentation et de formules innovantes et imaginatives. Je re-
mercie la ville de Roubaix qui nous accueille aujourd'hui et qui,
sous la conduite de mon collège Michel Baudry, travaille active-
ment sur l'insertion par l'économique au sein du plan local d'inser-
tion. Je remercie bien évidemment l'OMINOR pour cette initiative
et vous tous qui, à des titres divers, interviendront dans les différents
débats proposés durant ces deux jours. Je vous rappelle le souci du
conseil général d'être présent au cœur même de cette bataille pour
l'emploi, et vous invite à me solliciter autant que nécessaire pour que
les outils que nous voulons mettre en place atteignent les objectifs
qui nous sont à tous communs. Je compte également beaucoup sur la
confrontation de vos expériences en matière d'emploi; nous avons
peut -être eu jusqu'à présent une ~éflexion trop statique, fondée sur la
définition classique du travail. A Roubaix déjà, les entreprises ont
bien compris les enjeux de cette insertion en permettant aux plus dé-
favorisés, au sein de leurs quartiers, de retrouver le chemin de l'em-
ploi, c'est bien la définition et l'expérience de l'entreprise ci-
toyenne. Il vous appartient, au cours de ce colloque, de nous faire
encore plus de propositions, nous aidant ainsi, nous les élus et les re-
présentants des collectivités, à avoir une politique mieux adaptée
aux besoins réels de cette population que nous avons en charge.
Mesdames, messieurs, je vous remercie de votre attention et
vous souhaite un travail intensif et très fructueux au bénéfice des
populations les plus défavorisées.16 L'insertion par l'économique: modalités et limites
Michel BAUDRY
Adjoint au maire de Roubaix
Roubaix, 30 septembre 1993, ouverture
Je vais essayer de remplacer le sénateur-maire, M. Diligent.
C'est une tâche quasi insurmontable pour qui le connaît, et je vou-
drais tout d'abord vous souhaiter la bienvenue dans cette ville qui
vous accueille pour ce séminaire, et vous rappeler que Roubaix est
une ville de près de 100 000 habitants, essentiellement présentée
comme une ville de contrastes. Vous y trouverez des équipements
particulièrement flamboyants et intéressants, tant sur le plan ar-
chitectural que sur leurs missions, tell' Eurotéléport qui vous ac-
cueille aujourd'hui, mais vous trouverez aussi des secteurs parti-
culièrement dégradés. C'est Roubaix, la capitale. C'était la
capitale du textile, mais c'est devenu la capitale de la vente par cor-
respondance, et c'est bien une ville de contrastes. Elle possède des
atouts extrêmement importants: une population jeune, puisque
50 % des Roubaisiens ont moins de 25 ans; c'est une ville particu-
lièrement dynamique puisqu'elle compte plus de 700 associa-
tions actives, mais c'est une ville qui rencontre des situations de
pauvreté très importantes avec ses 10 000 chômeurs, ses 3 600 bé-
néficiaires du RMI et ses 4 000 jeunes en échec scolaire, issus es-
sentiellement de la génération des enfants de chômeurs, donc des
enfants qui n' ont jamais vu leurs parents se rendre au travail, et
c'est là une difficulté particulièrement importante.
Malgré ses handicaps, et grâce à ses atouts, la ville s'est fixée
d~ux priorités. D'abord l'expansion, et le site de l' Eurotéléport
dans lequel vous vous trouvez en est un exemple, mais aussi, et
surtout, la lutte contre l'exclusion, contre la société à deux vites-
ses. Le conseil municipal a d'abord proclamé sa volonté de com-
battre à la fois le chômage et les difficultés sociales et économi-
ques que peuvent rencontrer les exclus de l'emploi, et aussi sa
volonté de mobiliser toutes les portes qui pouvaient l'aider à lut-
ter contre le chômage, mobiliser les ressources propres de la ville,
mobiliser les ressources et tous les financements présentés par les
différentes collectivités, de manière à contribuer efficacement à
la lutte contre le chômage. D'où l'idée et la volonté de créer sur la
ville un plan local d'insertion par l'économique, le Plan roubai-
sien d'insertion, qui a pour objectif de remettre en situation d'em-
ploi 800 personnes sur une période de quatre années. Mais pourAllocutions d'ouverture 17
remettre les gens dans des conditions d'emploi, il faut agir d'une
manière particulièrement juste. C'est pour cela que, parmi les
exigences que nous avons posées dans ce plan, nous souhaitons
que tous les gens qui seront mis au travail aient un salaire normal,
bénéficient d'une formation adaptée, et également d'un suivi so-
cial leur permettant d'être dans de bonnes conditions pour retrou-
ver un emploi durable. Et, une fois cet emploi pérenne retrouvé,
de continuer à les suivre pendant une période d'au moins six
mois, de manière à les stabiliser et à assurer ce maintien dans
l'emploi.
Créer un plan d'insertion nécessitait une bonne organisation.
Nous avons placé la gestion de ce plan dans une association qui
s'appelle: « Gagnez le Plan roubaisien d'insertion », qui gère le
plan et qui est constituée à la fois d'élus roubaisiens, de représen-
tants de différentes collectivités territoriales, mais également des
forces économiques et associatives de Roubaix et aussi, surtout,
des représentants de ses habitants. Le plan que j'ai la charge de
présider a adopté une stratégie: inscrire d'abord les opérateurs
dans une logique de proximité, relier tous les dispositifs d'inser-
tion qui peuvent exister avec les autres outils d'insertion tels que
les chantiers-écoles, les régies de quartier, les associations inter-
médiaires et, enfin, travailler en parfaite entente avec les entrepri-
ses traditionnelles, avec le monde économique que vous connais-
sez bien et essayer de diversifier au maximum les domaines dans
lesquels on retrouve les actions d'insertion.
Le deuxième objectif a été de rechercher les secteurs porteurs.
Nous avons essayé de travailler d'abord avec la ville de Roubaix,
puisque la ville a des travaux à réaliser et dispose de marchés pu-
blics. Nous avons tenté, par le biais de la municipalité, de mettre
en place un plan propreté sur la ville, de développer des chantiers-
écoles, et surtout de revaloriser les interventions humaines dans
des activités pour lesquelles l'homme était souvent mis à l'écart
et remplacé par la machine, notamment dans des activités de gar-
diennage ou d'ambiance. Enfin, nous essayons de travailler le
maximum en sous-traitance avec des entreprises traditionnelles,
notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux publics ain-
si que dans le domaine textile, qui est encore important sur la
place. Enfin nous essayons de trouver de nouveaux secteurs por-
teurs et nous orientons à la fois nos recherches et nos travaux sur
l'environnement, notamment avec le canal de Roubaix, sur les
emplois familiaux ou sur les nouvelles activités telles que l'Euro-
téléport ou le métro en construction dans la ville.18 L'insertion par l'économique: modalités et limites
Quel bilan peut-on faire de dix-huit mois de travail du Plan rou-
baisien d'insertion? Nous avons aujourd'hui plus de 450 person-
nes qui sont dans une situation d'emploi grâce à 25 activités dif-
férentes mises en place, et nous pensons, pour la fin de cette année
1993, arriver à 600 postes de travail, grâce à 15 nouveaux projets.
L'objectif de 800 personnes à l'emploi au bout de quatre ans sem-
ble donc tout à fait possible, mais tout cela reste conditionné par
le contexte économique que nous connaissons actuellement.
Nous avons de grandes difficultés à trouver des emplois péren-
nes, mais je crois que pour y arriver il nous faut absolument déve-
lopper le partenariat avec le monde économique et, pour cela
nous mettons en place d'une part un club, que nous avons appelé
« Gagnez », qui réunit l'ensemble des forces économiques du
secteur travaillant avec les organismes sociaux, et enfin nous
créons une pépinière d'entreprises d'insertion sociale.
Nous essayons de faire le maximum. Je pense que ce séminaire,
que vous organisez aujourd'hui à Roubaix, devrait nous permet-
tre de mieux réussir notre projet. Ce qui est sûr, et c'est ce que je
voudrais vous dire en terminant, c'est que nous avons au moins la
volonté de gagner ce pari !Allocutions d'ouverture /9
Gaston VANDECANDELAERE
Président de la FUPL
Roubaix, 30 septembre 1993, ouverture
Je voudrais vous dire en quoi une université, comme celle que je pré-
side, est intéressée par vos travaux d'aujourd'hui. Elle est intéressée
parce que l'insertion par l'économique concerne évidemment tout le
système éducatif, en particulier toute la formation initiale, y compris
universitaire, et c'est pour cette raison que j'ai le plaisir, en tant que pré-
sident de l'université catholique de Lille, d'être présent ici ce matin. La
question que vous travaillerez pendant ces deux journées nous concerne
à deux titres : le premier est relatif à la formation. On se rend compte que
dans les périodes plus difficiles sur le plan économique, les formations
dites générales n'ont plus un lien suffisant avec les besoins du marché du
travail, et il faut donc les rendre plus performantes en terme d'insertion
dans le monde économique, c'est une responsabilité collective du sys-
tème éducatif à laquelle il est de plus en plus sensible, me semble-t -il,
même s'il a encore beaucoup de progrès à faire dans ce domaine; le se-
cond concerne la solidarité dans la société d'aujourd'hui. TIs'agit de ren-
forcer chez les jeunes le sens du collectif. TInous semble en effet que les
jeunes ont peut-être des comportements plus individualistes que par le
passé, et que dans les périodes où la solidarité devra se manifester, je di-
rais dans tous les secteurs de la ville, renforcer le sens du collectif dans le
système éducatif se révélém un élément primordial.
Il y a un autre secteur de l'université concerné par vos travaux:
c'est la recherche. D'ailleurs, plusieurs organisateurs ou interve-
nants au cours du séminaire sont membres de notre université. Ce
que je souhaite, n'étant ni économiste ni sociologue, c'est que
vous puissiez faire surgir des questions nouvelles, quitte à remet-
tre en cause précisément les sillons plutôt traditionnels de cer-
tains secteurs de recherche, entre autres en économie, en gestion
et en sociologie. Osez sortir du langage habituel, osez sortir des
idées habituelles, mais ne manquez pas non plus de poser quel-
ques questions quant au fondement même de notre société, et
quant aux valeurs sur lesquelles chaque citoyen articule au-
jourd'hui son existence. Ces questions-là aussi nous intéressent
au premier chef; je pense bien sûr aux valeurs de solidarité, mais
aussi à la signification du travail aujourd'hui. Voilà les sujets qui
m'auraient intéressé et que j'aurais aimé entendre si j'avais pu
participer à vos quarante-huit heures de travail, mais je sais qu'il sem
fructueux, et nous en bénéficierons., , ,
ECONOMIE GENERALE,
DU SEMINAIRE
Claudie SWIERGIEL
Directrice adjointe du GElE A&R, responsable
d'un projet dans le cadre de l'initiative com-
munautaire « Horizon défavorisés»
Roubaix, 30 septembre 1993
INTRODUCTION
Le chômage et l'exclusion sont les principaux problèmes éco-
nomiques auxquels la communauté devra faire face pendant tou-
tes les années 90 et au-delà. C'est de ce fait l'un des plus impor-
tants enjeux politiques actuels, que l'on se place, au niveau local,
national ou communautaire.
Les politiques générales d'insertion sociale et économique des
populations défavorisées ont fait leur apparition depuis une ving-
taine d'années avec la disparition du plein emploi et l'augmentation
du chômage. Elles ont beaucoup varié en fonction de l'analyse pré-
alable qui était privilégiée pour expliquer le chômage.
D'autre part, même si depuis 1979 il existe en France de nom-
breuses initiatives d'insertion par l'économique, il ne semble pas
aisé de rompre avec une conception essentiellement sociale de la
lutte contre l'exclusion. De même, il n'est pas évident que les me-
sures prises touchent les populations les plus démunies.
Migrations et ChangementsL'insertion par "économique: modalités et limites22
Mais on peut effectivement, comme certains le défendent, s'in-
terroger sur la viabilité d'un système politique d'insertion fondé
uniquement sur l'enjeu économique. Correspondrait-il aux at- .
tentes des populations démunies? Les entreprises, au vu des pro-
blèmes auxquels elles se heurtent, sont-elles prêtes à s'engager
socialement et en ont-elles les moyens? Quel rôle doivent jouer
les autres partenaires (ONG, syndicats, organismes de forma-
tion) dans ces débats et pratiques?
Les questions sont nombreuses. Aussi, nous avons souhaité,
dans un premier temps, redéfinir, réexposer les objectifs de ce sé-
minaire avant d'aborder, dans un second temps, son déroulement
et l'articulation des différentes interventions proposées.
I. LES OBJECTIFS
Les objectifs généraux de ce séminaire sont semblables à ceux
de toute manifestation thématique d'envergure. Son déroule-
ment doit contribuer à :
- développer les échanges et les réflexions entre différents
partenaires qui se mobilisent autour de cette approche, aussi bien
au niveau local, régional, français qu'européen;
- réunir et mobiliser des acteurs qui travaillent souvent en-
core, de manière séparée, sur ce thème: chercheurs, praticiens,
entreprises, syndicats, décideurs politiques, réseau associatif... ;
- promouvoir la volonté des différents acteurs présents de lut-
ter contre l'exclusion économique et d'afficher leurs engage-
ments quant à la recherche de méthodes appropriées;
- améliorer la connaissance et la valorisation d'expériences in-
novantes, parfois méconnues et dont la transférabilité demande à
la fois des actions de visibilité comme celle-ci et une volonté poli-
tique affichée et claire pour lutter contre le chômage d'exclusion;
- délivrer des messages vers les décideurs politiques, les agents
économiques, les organismes de formation... susceptibles de déve-
lopper la réflexion et de concertiser certaines propositions.
Quant à ses origines et son cadre de référence, ils découlent:
- d'une part de l'originalité de l'OMINOR, qui est, certes, un
organisme de formation, mais aussi, et dès l'origine, un orga-
nisme de recherche, membre d'une unité associée au Centre na-
tional de la recherche scientifique;Allocuûons d'ouverture 23
- d'autre part du projet expérimental mené depuis plus de neuf
mois par l'OMINOR dans le cadre de l'initiative communautaire
« Horizon défavorisés ».
En effet, face aux problèmes de la mise à l'emploi, l'OMINOR
mène actuellement une action en collaboration avec un certain
nombre de partenaires, tels que la mission locale de Roubaix,
celle de Tourcoing, l'ANPE, des organismes de formation (le
CPO, DEF, CTC...), des entreprises telles qu' Auchan, Scarna...,
des cabinets de recrutement ou de reclassement visant l'insertion
économique de 140 personnes démunies Geunes sans qualifica-
tion, DELD, RMistes...) dans deux secteurs d'activités: le BTP et
la distribution. L'action se déroule dans cette région, et plus pré-
cisément dans le versant Nord-Est de la métropole lilloise, zone
qui connaît des taux de chômage très élevés.
Au-delà des objectifs quantitatifs, c'est une approche qualita-
tive qui a été et qui est privilégiée dans le cadre de cette action.
C'est cette approche qui a permis de définir les problématiques
que nous souhaitons aborder dans ce séminaire et qui correspond
bien à une démarche de recherche-action.
Ainsi, au démarrage du projet, l'une des idées prédominantes était
de mieux appréhender les parcours pouvant amener des publics dé-
munis à une insertion professionnelle durable (rapprochement du
type de public et du type de parcours). Cette question porte le débat
à la fois sur les stratégies des entreprises en matière de besoin et de
recrutement des populations peu ou pas qualifiées, mais aussi sur les
mesures, les démarches facilitatrices qui pourraient les motiver à in-
tégrer des publics en difficulté. Elle amène également la réflexion
sur les types et méthodes de formation à promouvoir pour répondre
aux demandes des entreprises ou les anticiper. Enfin, nous souhai-
tions aborder la question des partenariats nécessaires à la construc-
tion de tels parcours (Qui doit mener la formation? Dans quel ca-
dre ? Quels sont les partenaires obligatoires pour la réussite d'une
telle action ?). D'autre part, un tel séminaire permet les échanges en-
tre différents acteurs qui mènent des actions similaires et dévelop-
pent des problématiques très proches.
Après six mois de fonctionnement, alors que nous concen-
trions nos efforts sur la mobilisation des entreprises, et que les
perspectives semblaient plutôt positives, l'attitude du public à
l'égard du travail n'était pas aussi évidente. Certains refusaient
de se présenter aux entretiens d'embauche, d'autres fuyaient dès
lors que le contrat de travail se profilait, d'autres encore abandon-
naient leur travail après quelques jours de présence. Bien enten-24 L'insertion par l'économique: modalités et limites
du, l'interprétation de ces situations renvoie à différentes attitu-
des:
- on peut considérer que ces attitudes relèvent de processus de
changement de valeurs et de mentalités, et qu'il existe une désa-
cralisation de la valeur« travail », notamment chez les publics
jeunes, même si cela paraît surprenant dans une région de tradi-
tion industrielle et ouvrière! ;
- on peut aussi estimer qu'elles renvoient à des mécanismes
subjectifs et que, comme le montrent les travaux de James G.
March et Zur Shapira, les processus de choix s'arrêtent quand
une solution « acceptable» plutôt qu'optimale est trouvée. Dès
lors, il reste à définir ce qui est acceptable pour le public plutôt
que pour les acteurs de terrain et les éléments qui motivent cette
perception (il est évident que si ces réflexions n'expliquent pas le
niveau global du chômage, elles ne sont cependant pas à négli-
ger).
En ce sens, notre rôle est bien ici de réfléchir à des solutions pour
cette frange de population (solutions sociales, services à dévelop-
per...), de comprendre les processus, les fondements et de trouver
des modalités d'actions à développer au regard de ces attitudes qui
imposent des limites aux actions d'insertion par l'économique.
II. DÉROULEMENT
Nous avons souhaité dans un premier temps poser les bases
théoriques (les jalons) de notre réflexion de ces deux jours à tra-
vers trois exposés introductifs:
-le premier de ces exposés sera présenté par Georges Abou
Sada, qui est chercheur au CNRS et coordinateur de l'unité cen-
trale du troisième programme européen de lutte contre la pauvre-
té. Sa communication portera sur les enjeux de l'insertion par
l'économique des populations défavorisées;
-le secondva se centrersurl'interconnexiondes politiquesde l'em-
ploi et des politiquespubliques(sociales,urbaines,judiciaires),la spéci-
ficité du chômage desjeunes en France et l'échec relatifdes politiques
d'insertion sociale et professionnelle. Cet exposé sera présenté par Do-
minique Duprez, qui, outre sa fonction au CNRS, assume la charge de
1. "Les attitudes des jeunes face au travail.., G. Abou Sada et Z. Zeroulou, OMINOR,
1986.Allocutions d'ouverture 25
directeur du laboratoire de sociologie du travail, de l'éducation et
de l'emploi (Institut de sociologie, Lille I) ;
- enfin, le troisième, nous permettra d'entendre Maire O'Leary,
qui est l'ancienne coordinatrice du programme européen ILE (Initia-
tive locale d'emploi) et qui est, également, chercheur à l'université de
Galway (Irlande). Elle présentera la spécificité de la situation irlan-
daise dans le cadre de la Communauté européenne. John M. Horgan,
directeur des ressources humaines à Shannon Aerospace, prolongera
cet exposé en présentant son entreprise dont la création peut être con-
sidérée comme un effet de la construction du marché unique et de la
spécialisation de certaines régions d'Europe.
Suite à ces exposés, nous avons souhaité laisser une large part
au débat et aux travaux de groupes. Ainsi, notre premier après-
midi de travail se concentrera sur 3 thèmes qui seront introduits
par des exposés. Nous aurons ainsi l'occasion d'accueillir
M. Millequant (économiste, également chercheur au CNRS),
M. Mc Loone (professeur à l'université de Galway), M. Dubois
(coordonnateur emploi-formation sur la zone de Lille), Mlle Yeates,
(évaluatrice du projet « Horizon », mené par OMINOR), M. Colinl'
(adjoint au maire de Lille, président de« Extra-muros»), Mme Toutin
Tre1cat (ATER-LAST, université de Lille I), M. Mokaddem
(responsable du département formation, OMINOR), Mlle Pan ti-
gny accueil, OMINOR).
Quels sont ces thèmes?
.Le premier vise à appréhender le rôle de la formation dans l'in-
sertion par l'économique. Après un rappel des conditions préalables
pour réaliser des formations à l'emploi (connaissance du milieu
économique, partenariat à construire...), une approche des différen-
tes méthodes de formation sera proposée, ainsi qu'une analyse des
dispositifs transversaux. Les débats pourront donc ici être structurés
autour de questions telles que: comment permettre aux dispositifs
d'insertion-formation de répondre réellement à des objectifs éco-
nomiques ? La souplesse demandée par certaines expériences est-
elle compatible avec le cadre juridique et administratif proposé aux
organismes? Quelles approches pédagogiques faut-il privilégier et
, quelle place doit y tenir l'entreprise? Quel est alors le rôle exact as-
signé à chacun des partenaires?.Le second, portant sur les méthodes de recrutement et de sélec-
tion utilisées pour les publics démunis, vise à analyser les réper-
cussions de telles pratiques sur les intéressés. Ici, on peut se ques-
tionner sur les processus de sélection (critères et mécanismes) qui
sont mis en œuvre dans différentes expériences et leur impact à la26 L'insertion par l'économique: modalités et limites
fois sur le déroulement de la formation et sur les résultats obte-
nus. Qu'est-ce que l' employabilité pour l'entreprise, pour l' or-
ganisme, pour les structures d'accueil, pour les intéressés? Par
qui doit être réalisée la sélection, à quel moment et selon quels cri-
tères ? Quels sont les enjeux du « label» d'employabilité ?
. Le troisième, enfin, tente de mieux comprendre les limites et les
modalités d'intégration économique des plus démunis. Quelles sont
les actions d'insertion efficaces? Sont-elles collectives
et/ou individuelles? Quelles places les plus exclus peuvent-ils trouver
dans les entreprises? Quelle est la place occupée par un chômage « vo-
lontaire » initié par la valorisation et la dévalorisation de certains mé-
tiers. Quelles sont les limites pour un tel public, et quelles sont les me-
sures à optimiser pour l'insertion d'un tel public? Peut-on encore
penser à insérer économiquement toute la population démunie, et
quelles sont les alternatives? Comment les partenaires sociaux per-
çoivent-ils cette question?
Notre seconde journée de travail a été structurée autour de deux tables
rondes qui accueilleront des personnalités compétentes et qui ont des
profils variés. Ces tables rondes seront animées par des journalistes.
.La première de ces tables rondes va porter sur les stratégies des en-
treprises en matière d'emploi des populations défavorisées. Elle va re-
grouper des représentants d'entreprise, des syndicalistes, des cher-
cheurs et des consultants. Quelles sont les stratégies prévisionnelles
développées en matière d'emploi? Comment lier les pratiques de l'in-
sertion par l'économique au développement local? Quels sont les fac-
teurs déterminants qui amènent les entreprises à assumer une voca-
tion sociale? Quel rôle s'assignent les syndicats?
.La seconde portera sur les attitudes des populations démunies face
au travail. L'insertion économique renvoie aux valeurs et attitudes que
les uns et les autres affirment et pratiquent. Quelles sont les attitudes
repérées par les différents intervenants? Quelle est l'évolution prévi-
sible? Comment les expliquent-ils? Est-ce une situation générale à
l'Europe? Comment transformer ces attitudes, par quels moyens?
Enfin, le rapport général de ce séminaire sera présenté par Pauline
Conroy, chercheuse et collaboratrice du rapport sur l'emploi de la Com-
mission européenne, membre de l'unité centrale de pauvreté 3. Elle est
impliquée depuis plus de quinze ans dans la lutte contre l'exclusion.
Nous espérons que ce séminaire sera un réel laboratoire d'analyses où
les échanges sur les modalités et limites de l'insertion par l'économique
seront riches et constructifs.
Je nous souhaite à tous un excellent séminaire!EXPOSÉS
INTRODUCTIFS
Georges ABOU SADA
. Chercheur au CNRS
Dominique DUPREZ
. Directeur du LASTREE, CNRS, Institut de sociologie,
uni versité des sciences et techniques de Lille
Maire O'LEARY
. Chercheur à J'université de Galway, Irlande
John HORGAN
. Directeur des ressources humaines, Shannon Aerospace,
Irlande
Migrations et ChangementsExposés introductifs 29
Georges ABOU SADA
Chercheur au CNRS
Roubaix, 30 septembre 1993,
exposé introductif
LES ENJEUX DE L'INSERTION
PAR L'ÉCONOMIQUE DES
POPULA TIONS DÉFAVORISÉES
INTRODUCTION
La lutte contre le chômage et son corollaire, l'insertion écono-
mique et sociale des populations les plus défavorisées, sont deve-
I}usun enjeu politique de première importance dans la plupart des
Etats membres de la Communauté européenne. C'est à l'aune des
résultats obtenus dans ce domaine que les pouvoirs politiques
sont jugés et déjugés.
Dans un contexte économique dépressif et avec les contraintes
des politiques monétaristes qui imposent des réductions budgé-
taires et des mesures déflationnistes, la marge de manœuvre dans
le domaine de l'emploi est très limitée. Cette situation laisse les
chômeurs de longue durée et les bas niveaux de qualification sans
perspective de réinsertion sur le marché du travail.
En effet, depuis quelques années, un constat s'impose à tous,
décideurs, praticiens et chercheurs, préoccupés par l'évolution
des rapports sociaux dans les sociétés européennes, sur le rôle li-
mité de la croissance économique pour éliminer le chômage, la
pauvreté et l'exclusion sociale.
Ces phénomènes se sont considérablement développés et tou-
chent des populations de plus en plus nombreuses et qui, il y a
quelques années, étaient à l'abri. De problèmes résiduels appelés
à disparaître, on a abouti à des processus structurels durables et
dont la réduction, à défaut d'élimination, constitue un enjeu ma-
jeur pour l'avenir.30 L'insertion par l'économique: modalités et limites
Cela est d'autant plus important que les mutations en cours ont
affaibli les représentations collectives et les identités sociales.
L'individualisme croissant des comportements, résultat de l' af-
faiblissement du lien social et de la dilution des responsabilités
collectives, se traduit par une intolérance à l'égard des efforts de
solidarité et par un rejet des plus démunis ainsi que de ceux con-
sidérés comme la source principale de ces difficultés.
Le chômage et la précarité économique et sociale génèrent des
conflits interethniques qui mettent en question la cohésion so-
ciale des sociétés européenn~s. Ils mettent également en cause, à
l'heure actuelle, le rôle des Etats membres et de la Communauté
européenne à l'égard des pays de l'Est et des pays du Sud. Peut-on
admettre une solidarité réservée aux citoyens nationaux qui ex-
clut les immigrés et leurs familles? Peut-on se contenter d'une
solidarité européo-centriste qui se fera au détriment de tous ceux
qui ont adopté les valeurs européennes comme modèles pour leur
propre développement?
Ce sont ces questions qui sous-tendent les débats autour des po-
litiques migratoires et des politiques protectionnistes.
I. LES RACINES DU MAL
Les explications au chômage sont souvent recherchées à deux
niveaux, sans toutefois qu'elles soient exclusives de l'un ou de
l'autre.
1) Le premier renvoie au contexte international.
.Rappelons que,jusqu'aux années récentes, beaucoup d'écono-
mistes et de politiques expliquaient la montée du chômage par les
«chocs pétroliers ». En disant cela, ils oubliaient de signaler
qu'en France, par exemple, la courbe du chômage était ascen-
dante en 1973, et que l'augmentation du prix de pétrole n'a fait
qu'accentuer la crise et les difficu!tés des secteurs économiques
traditionnels et peu compétitifs. A une certaine époque, le chô-
mage était considéré comme un phénomène conjoncturel.
Un tel raisonnement trouve également un démenti dans l'évolution
du prix du pétrole. Signalons que le niveau de ces prix est aujourd'hui
légèrement inférieur à celui de 1973 (avantle « premier choc»).
La récession mondiale, le refus de l'Allemagne de baisser le
taux d'escompte de sa monnaie, l'invasion japonaise et coréenne,
les négociations du GATT, constituent autant de raisons pour neExposés introductifs 3/
pas analyser et réfléchir sur les mécanismes internes à l' écono-
mie et à la société qui peuvent générer le chômage et/ou qui font
du chômage un problème spécifique français par rapport aux au-
tres membres de la Communauté.
2) Le deuxième est d'ordre macro-économique, et parfois
sociologique.
Les raisons, à ce niveau, sont multiples et parfois contradictoi-
res. Les économistes distinguent, en général, deux types de situa-
tion qui produisent du chômage:
- celle de la théorie keynésienne: la baisse de la demande en-
traîne une baisse de la production;
- celle de la théorie classique: l'augmentation des demandes,
mais des capacités de production insuffisantes et/ou inadaptées.
D'autres cherchent des explications dans l'inadéquation entre l'of-
fre et la demande d'emploi, dans la rigidité des salaires et des prix,
voire dans le comportement économique rationnel des demandeurs
d'emploi (il y a du chômage parce que certains attendent pour trouver
un emploi qui leur corresponde: en terme de salaire, de statut...).
Toutes ces explications sont plus ou moins valables selon la pé-
riode à laquelle se réfère l'analyse, la durée (court terme / long
terme) et le type d'économie et de société considéré. En tout cas,
elles n'éclairent pas le faible impact de la reprise économique sur
l'emploi ainsi que les formes particulières du chômage telles
qu'on peut les observer en France.
Il est intéressant de passer en revue ces explications car elles dé-
terminent les politiques publiques qui ont été (et/ou qui sont) mi-
ses en œuvre pour lutter contre le chômage.
Les politiques et les pratiques de l'insertion par l'économique
partent du constat de la fragmentation de la s.ociétéen trois grou-
pes dont les contours sont de plus en plus étanches:
- des actifs qui occupent un emploi régi par un statut de droit
commun;
- un volant de main-d' œuvre qui connaît une situation mO\~-
vante entre l'emploi, le chômage et la formation, c'est le groupe-
tampon qui supporte les conséquences des mutations économi-
ques;
-les exclus de l'emploi, qu'ils soient chômeurs de longue du-
rée, préretraités ou personnes ayant renoncé à la recherche d'un
emploi.32 L'insertion par l'économique: modalités et limites
L'objectif, donc, est de dépasser ces segmentations et de ramener
les personnes du troisième et du deuxième groupe vers le premier.
Cela est long, ne peut concemer tout le monde et questionne les logi-
ques économiques qui produisent l'exclusion du marché du travail.
II. LE SOCIAL COMME SUBSTITUT À
L'ÉCONOMIQUE
La contraction nette des emplois industriels dans les États membres
de la Communauté européenne, non compensée par les créations, no-
tamment dans les services, a généré un chômage massif et durable.
Cette situation s'est traduite à la fois par l'exclusion du marché du tra-
vail d'un grand nombre de salariés peu ou pas qualifiés et par les diffi-
cultés d'entrée pour d'autres, et notamment les jeunes de moins de
25 ans et les femmes. C'est l'émergence et le développement de caté-
gories de personnes qui sont considérées comme peu employables par
des entreprises inscrites dans une logique marchande, et qui cherchent
d'abord la rentabilité économique.
Faute de création d'emplois en nombre suffisant pour résorber
le chômage, les responsables politiques et administratifs ont
multiplié les mesures pour renforcer l' employabilité des salariés
de bas niveaux de qualification et inciter les entreprises à les ,em-
baucher. Durant les quinze dernières années, la plupart des Etats
membres ont mis en place des dispositifs qui avaient de telles am-
bitions. Ces dispositifs sont fort divers et permettent de gérer et de
contrôler l'ensemble des situations de non-emploi.
. Certains visent à élever leur niveau de formation et de
qualification. L'efficacité de ces mesures, dans le court terme,
est très limitée. En effet, elle se heurte au problème de la création
d'emplois susceptibles d'accueillir ces futurs formés (et/ou qua-
lifiés). Le nombre très élevé de personnes à former, leurs caracté-
ristiques, les coûts élevés de la formation et les carences des appa-
reils de formation ont également limité la portée des résultats
obtenus. Cela est d'autant plus vrai que la formation de ces caté-
gories de personnes est souvent engagée sans qu'on se préoccupe
de sa finalité professionnelle et des opportunités offertes sur le
marché du travail. De plus, dans un contexte économique favora-
ble aux employeurs (chômage massif), de telles mesures peuvent
avoir des effets pervers. Les employeurs, peuvent être tentés de
recruter les plus formés et les mieux qualifiés, et d'opérer ainsi
une sélection qui se fait au détriment des plus démunis. De tels