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L'INTELLIGENCE LE GÉNIE ET LA FOLIE

De
200 pages
Flourens est peut-être l'un des derniers représentants de l'esprit encyclopédique. Physiologiste de profession, le premier à avoir défini clairement les étages fonctionnels du système nerveux, il fut identiquement le premier psychologue comparatiste et un critique acerbe de la psychiatrie du XIXè. Les extraits de ses œuvres montrent l'ampleur de ses connaissance inséparablement scientifiques et philosophiques.
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DE L'INTELLIGENCE, DU GÉNIE ET DE LA FOLIE

Pierre Flourens

DE L'INTELLIGENCE, DU GÉNIE ET DE LA FOLIE

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

<0L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9228-2

Note éditoriale

PIERRE OEAN, MARIE) FLOURENS (1794-1867),

né à

Maureilihan (Hérault), fut un homme en plus d'un point étonnant. Docteur en médecine à Montpellier à 19 ans, il «monta» à Paris pour travailler avec CUVIERqui lui fournit, jusqu'à sa mort, son indéfectible appui. A commencer par la présentation de ses premiers travaux expérimentaux sur le Système Nerveux à l'Académie des Sciences, en 1822 et 1825 ! FLOURENS devint tout «naturellement» Professeur d'anatomie comparée au Muséum d'Histoire Naturelle, puis d'Histoire naturelle au Collège de France (en 1832). Il devait poursuivre son ascension académique avec le Secrétariat perpétuel de l'Académie des Sciences avant que d'être élu à l'Académie Française... FLOURENS un auteur prolifique, soucieux de fut redoubler ses écrits expérimentaux austères par des essais, non pas de «vulgarisation», mais de présentation élargie et détaillée, accessible à tout «honnête homme». Son péché-mignon était de publier ensuite les prolongements philosophiques de ses recherches dans le cadre d'une réflexion étendue, d'une clarté remarquable, sur la

métaphysique de la Vie, des relations de l'Âme et du Cerveau et de la nature des phénomènes psychologiques et psychopathologiques. Il prenait alors
avec passion, mais non sans pondération, parti dans

les grands débats de l'époque. Ainsi sur la phrénologie de GALL.Autant il admirait et respectait l'anatomiste et le dissecteur de talent, autant ses positions spiritualistes unitaires le rendaient hostile aux fantaisies «crâniologiques» du grand précurseur de BROCA... FLOURENS, surtout connu pour ses travaux sur le Système Nerveux et ses fonctions (c'est là son Grand-Œuvre), ne s'y limita jamais. Il a publié des travaux décisifs sur la formation des os, l'ontogenèse naturelle, la psychologie comparée (1864), l'instinct animal, etc. Il fut, aussi, un très remarquable historien des sciences médicales. Ainsi la seconde partie de son ouvrage De la vie et de l'intelligence (1848) est une mise en perspective de l' œuvre de BICHATpar rapport à celles de BUFFON,de BORDEU, de HALLER,de FOUQUET,de BARTHEZ de GALL.Il et faut aussi signaler le livre exceptionnel qu'il consacra à l'Histoire de la circulation sanguine où se trouvent évoquées nombre figures de la médecine du passé (GUI-PATIN entre autres). FLOURENSeste surtout présent dans la mémoire r médicale collective comme le premier à avoir clairement différencié les grandes zones fonctionnelles de l'Encéphale. Il démontra, par des expériences II

restées classiques, la fonction de régulation motrice et équilibratoire du cervelet. De même précisa-t-il l'étendue du « nœud vital» (centres cardio-respiratoires) de LONGUETdans le bulbe rachidien. S'il reconnu le rôle sensorio-sensitif et automatique des noyaux de la base, il ne voulut, par contre, reconnaître dans le « cortex» des grands hémisphères qu'une zone pour ainsi dire «équipotentielle» des fonctions intellectuelles (perception, jugement, raisonnement, volonté). Lui, qui avait si bien étayé les processus fonctionnels, se refusera à toute localisation proprement cérébrale, considérant que la pallium fonctionnait comme un tout. Il est vrai qu'ici son « matériel» se limitait aux vertébrés inférieurs (pigeons, lapins). Notre époque est « modulariste », voire pointilliste et soutient une mosaïque de circuiteries très spécifiquement localisées; ce n'est pas dire que toute querelle soit achevée entre « localisationnistes» et «globalistes» et qu'il n'existe pas de positions à visées synthétiques ou
éclectiques. ..

Mais ce n'est pas ce qui nous intéresse au premier chef en publiant des extraits des œuvres les plus populaires de FLOURENS.Notre but est, en fait, de rappeler qu'il fut un temps où la «neuropsychiatrie» était possible et que l'on pouvait passer de la physiologie à la psychologie et à la psychiatrie

clinique,là encore tout

«

naturellement ». Au temps

de FLOURENS, n pouvait être zoologiste et être au o III

fait des derniers progrès de l'aliénisme et des disputes opposant, en particulier dans le domaine artistique,comme dans celui des rapportsdu « génie» et de la <1olie le normal et le pathologique. Il est vrai », que dans la fondation de la psychiatrie moderne, comme ailleurs, les pionniers sont partis pour fonder leurs « nosologies» de l'exemple des naturalistes du temps même où le Jardin du Roi, miraculeusement sauvegardé lors de la Grande Révolution, ne s'occupait encore que des espèces botaniques avant
que n'arrivent

- via

la médecine

- les

«

jardiniers

de

la folie ». Lesquels d'ailleurs, et FLOURENSe savait l bien, qui s'en prenait tout particulièrement à J. MOREAU(dit de TOURS)qui mâchait ou fumait du haschich pour expérimenter les relations de la folie et des intoxications physiologiques, modificatoires de l'état de conscience, et créatrices de fantasmagories hallucinogènes, ne tardèrent pas - à défaut de quatre grains d'élébore - à faire des recherches sur l'ergot de seigle, la passiflore, la fleur d'oranger et rauwolfia serpentina, avant que de croire régler les maladies de l'âme par des produits de synthèse... J.e.

IV

1-

De l'intelligence

DE L~INTELLIGENCE
ou

RÉSUMlt PHILOSOPHIQUE
DE

MES

EXIJ~RIENCES

SUR

LE

SYSTÈIIIE

NERVEUX

--....._--

CHAPITRE
DES PROPRIÉTÉS

PREMIER.
NERVEUSES.

OU FORCES

Les propriétés ou forces du système nerveux sont au nombre de cinq: la sensibilité~ la motricité, le principe de la vie, la coordination des mouvements de locomotion, et l'intelligence.

DES PROPlUÉTÉS 0 U FOUCES N lUtVE USES.

Et chacune de ces forces réside dans un organe propre. La sensibilité réside dans les faisceaux postérieul's de la.moelle épinière et des nerfs; la motricité dans les faisceaux antérieurs; le principe de la vie dans la moelle allongée; la coordinationdes l110uvemenls ùe locomotion dans le cervelet; et rtntelligence, dans le ceneau proprement dit (lobes ou hémisphères cérébraux).

8

-------------

CHAPITRE

11.

SÉPARATION DE LA SENSIBILITÉ ET DE tA AIOTRICITÊ DANS- LES .NERFS.

Les nerfs.naissent de la moelle épinière par deux ordres (le racines ~..les unes postérieures, les autres antérieures; et là, dans l'action différente de ces deux ordres de racines, s'est trouvée la solution d'un grand problème. On sait que le nerf est l'organe, pour les parties oÙ il se rend, de la sensibilité et du mouvement; et cela a été su de tout temps. Si on pique tmnerf, on produit de la douleur .et des convulsions. Si on le coupe, la partie oùil se rend ne transmet plus de douleur; et si l'animal veut la mouvoir, elle ne se meut plus aux ordres de l'animal. Le .nerf est donc l'org-anedu sentiment et du ,mouvement volontaire. Mais est~il par les mêmes parties l'un et l'autre? Ou bien y a~t~il des filets différents pour chaque action? On sait par un grand nombre .de faits patholo~ giques que la sensibiliLépeut être perdue dans une partie sans que le mouvement le soit, ou le mouvcc.

SENSIBILITÉ

"ET MOTRICITÉ DES NERFS.

ment sans la sensibilité. Comment expliquer cela? La distinction expérimentale des filets du nerf dans le nerf même ne serait pas possible. On en étaU là, lorsque, il y a une quarantaine d'années, un physiologiste anglais, Ch. Bell, eut l'idée, que personne n'avait eue encore, d'opérer sur les racines mème, etd'yopérer séparémen t. Cette idée, simple autant qu'heureuse, résolut tout. Le nerf est l'organe complexe: pour avoir les propriétés séparées, il fallait agir sur des organes simples; les racines sOl1tces organes simples. Voilà donc les organes simples trouvés; et l'expérience, portée sur chaque racine, a tout démêlé. Les racines postérieures sont sensibles: quand on les coupe, l'animal éprouve de la douleur; et, quand elles sont coupées, les parties où elles se rendent ont perdu toute sensibilité. Les racines antérieures sont motrices: si on pince une racine antérieure, point de <J.ouleur, ais moum vement; si on la coupe, perte du mouvement, et du mouvement seul dans les parties où elle se rend. Il y a donc, pour chaque nerf, deux racines: rune, postérieure, pour le sentiment; l'autre, antérieure, pour le mouvement; et, quand on les 10

SENSlBILITÊ

ET M01'RICITË

DES

NERFS.

coupe séparément, on abolit séparément la sensibilité ou le mouvement. Le sentiment et le mouvement sont donc deux propriétés distinctes, séparées, et qui peuvent être séparément conservées ou abolies.

11

CHAPITl1E
SÉPARATION MOTRICITÉ

III.

DE LA SENSIBILITÉ ET DE LA DANS LA MOELLE ÉPINIÈRE.

Cette séparation, faite pour les nerfs, devenait facile et comme une simpIe déduction, pour la moelle épinière. Les racines pour le sentiment sont postérieures, celles pour le mouvement sont antérieures;' pareillement la face de la moelle épinière d'oÙ naissenl les racines postérieures est pour le sentiment, et celle d'où naissent les racines antérieures est pour le mouvement. La moelle épinière a deux faces, deux coucbes : une pour le sentiment, et c'est la poslérieure; une pour le mouvement, et c'est l'antérieure. Chaque moitié de moelle épinière est donc la réunion de deux systèmes nerveux: celui de la sensibiliM et celui du mouvement. Si, sur un animal, on pique la face postérieure, on provoque des cris, de la douleur; si on lacoupe, et qu'on la coupe seule, la sensibilité, et la sensibilité seule est paralysée, perdue ùans toutes les

MOELLE

ÉPINIÈRE.

parties qui reçoivent leurs nerfs ùe la région coupée. Et, réciproquement, si on pique la face antérieure, on ne provoque que le mouvement; et, si on la coupe, on n'abolit, on ne paralyse que le mouvement.

13

___ _n____________ _

CHAPITRE IV.
FONCTIONS DE L'ENCÉPHALE'.

Voilà donc la séparation faite du système nerveux sensible et du système nerveux moteur. l\faintenant reste le cerveau, l'encéphale. Ici, nouveau problème, et plus important encore, car il touche à des fonctions d'un ordre plus élevé. Ce grand problème a été résolu par moi. Avant moi, on croyait que toutes les parties de l'encéphale servaient aux mêmes fonctions. Le cervèall n'était pas physiologiquement distingué du cervelet; la vraie fonction du cervelet n'avait même jamais été soupçonnée2. En 1822, mes premières expériences séparèrent le cerveau pris en général, l'encéphale, en quatre parties principales: la moelle allongée, siége du principe premier moteur du mécanisme respira1.. J'entends ici. par encéphale, l'ensemble des parties qni constituent la masse cérébrale: le mot cel'Veaune désignera que le Ce1'Veau roprement dit (lobes ou hémisphèl'es cérébl'attX). p 2. « Quelle est donc la fonction pa.rticulière du cervelet (s'écrie HaUer)'?On l'~gnore, comme on ignore celle de tant d'aU,tres parties ùe l'encéphale. » (Encyclopédie, au mot CeJ'velet.)

FO:NCTIONS DE L'ENCÉPHALE.

foire; les tuberculesbijumeaux', siége du principe de la vision et d'un mouvement particulier; le cervelet, siége de la coordination des mouvements de locomotion; et le cerveau proprement dit, les lobes ou hémisphères cérébraux, siége des perceptions et des volitions, en un mot, de l'intelligence. Là fut une lumière nouvelle, et qui a singulièrement étendu les vues de la physiologie. Toutes ces fonctions sont distinctes: les mouvements et leur coordination, cette coordination et l'intelligence. ,Le cervelet est l'organe de la coordination des mouvements, et non de l'intelligence; le cerveau est l'organe de l'intelligence, et non de la coordination des mouvements: opposition admirable, et sur laquelle je reviendrai bientôt. L'animal qui a perdu son cerveJet, conserve tout~ son intelligence, mais il a perdu toute régularisation de ses mouvements; l'animal qui a perdu son cerveau, conserve toute la régularisation de ses mouveluents, mals il a perdu toute son intelligence.
L Dans les oiseaux ,j'appelle ces tubercules du Dom de hijurneaux, parce qu'il n'yen a que deux; on Jes appelle quadriiurneal/,Xdans les mammifères, parce qu'il y en a quatre.

15

CHAPITRE V
FONCTIONS DE LA MOELLE ALLONGÉE ET DU NŒUD VIT.~L.

En 1748, Lorl'Ytl'ouva qu'un point de la moelle épinière blessé produisait une mort subite, et que cela n'arrivait ni au dessus nL au dessous de ce point. Ce point résidait vers le trou occipital: beau fait que Lorry n'expliqua, ni même ne comprit point" et qui fut bientôt oublié. Il l'était ent812,.quand Le Gallois trouva qu'un point coupé de la moelle épinière. arrête sm'-lechamp la respiration. On peut enlever tout le cerveau par tranches successives sans arrêlerlarespiration. Ce n'est que lorsqu'on touche à cepoh1t qu'ol1l'arrête. Ce pointrépond à l'origine de la huitième paire, ce qui fit que Le Gallois supposa qu'on n'abolissait alors la respiration que parce qu'on coupait l'origine de la huitième paire. Mais il' n'en est rien. Les deux nerfs de la huitième paire peuvent être coupés, et le mécanisme respiratoire n'en subsister pas moins pendant plu-

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