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L'INTIMITÉ OU LA GUERRE DES SEXES

192 pages
Si dans le passé tout le monde était interdit d’intimité : l’un par excès (l’homme libre de haut rang), l’autre par défaut (la femme, l’esclave et l’enfant), aujourd’hui chacun construit ses intimités comme il l’entend, dans la société des choix et des loyautés multiples. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les relations entre hommes et femmes sont en train de devenir complètement volontaires. Cet ouvrage apporte une véritable contribution à une théorie de l’intimité : la liberté, l’égalité et un minimum de fraternité.
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L'INTIMITE OU LA GUERRE DES SEXES
Le couple dJ1rier à demain

@ L'Harmattan, ISBN:

2001 2-7475-1178-2

Sous la direction de GeorgesEID

L'INTIMITE OU LA GUERRE DES SEXES
Le couple d'hier à demain

L !t1fa.rDadaJl

>7. rue Ik ]'Éco1c-~~ 75005 PaM F1tANCE

L-Harm:attID IJollP Hargïta u. 3 1026 Budape$t HONGRIE

L'lhrm~D Itdia via &vil. 37 10214Torino ITALIE

SOMMAIRE PAGES
INTRODUCTION Georges EID

Il 19

1.

PREMIERE PARTIE -De la sociologie de l'intimité Intimité et Démocratie Georges EID

Chapitre 1 : de l'impensable au quasi-impossible A. La période pré-moderne: l'impensable intimité -La véritable citoyenneté: l'homme de haut rang -De la terreur comme méthode pédagogique B.La période moderne: l'intimité quasi Impossible -De la civilité comme arme pédagogique -De la rationalité comme instrument de pouvoir -La science du sexe, histoire d'hommes -L'émergence de l'intimité? Chapitre 2 : "La révolution bloquée?" A. Le discours féministe -Etat des lieux -Avancée B. Le discours conservateur

21 21

26

41 42

52

- Le patriarcat

réhabilité

- Dramatisation et séduction Chapitre 3 : De la possible intimité A. Individualisation et post-modernité -"La détemporalisation de l'espace social" -Les identités "flottantes" B. "L'idiosyncrasie" de la vie -D'un sexe de production à un sexe de consommation -L'engagement non-liant -De l'intime et du volontaire 71 72

78

Conclusion Bibliographie II.
DEUXIEME PARTIE - De la psychologie de l'intimité Le couple splendeur et misère de l'intimité Françoise PA YEN

105 113 119

Introduction Chapitre 1 : Bienfaits de l'intimité conjugale -L'intimité lieu de révélation -Une intimité où l'on est compris et reconnu -Une complicité fondée sur une attirance inexplicable -Les bienfaits d'une sexualité harmonieuse Chapitre 2 : Misères de l'intimité -L'intimité lieu de partage des fragilités -Fusion, confusion -Des angoisses partagées -Partage de la parole ou tyrannie de la communication -De l'idéalisation au reproche -Quelques mots sur les difficultés sexuelles
Chapitre 3 : La voie étroite de l'intimité -Renoncer à l'idéalisation et au comblement -Intimité et reconnaissance du manque -Reconnaître la radicale différence -Accepter sa propre solitude -Nécessité d'un espace tiers

121 125

135

147

Conclusion

155

8

III.

TROISIEME PARTIE: - De la philosophie de l'intimité L'intimité du sujet Pierre GIRE

157

Introduction Chapitre 1: Intimité et expérience du suj~t Chapitre 2: Approche phénoménologique de l'intimité Chapitre 3: Intimité et intersubjectivité Chapitre 4: Intimité et problématique de sa maîtrise Conclusion

159 161 165 169 175 179 181

BIBLIOGRAPHIE

9

INTRODUCTION Georges EID

L'intimité est au cœur même de la vie privée dans nos sociétés modernes. Elle s'y retrouve parce qu'une société moderne est par définition une société laïque et démocratique. Nous avons donc la conviction qu'il y a un lien incontournable entre intimité et laïcité, comme il y a un lien incontournable entre intimité et égalité. Autrement dit, et ce seront les deux postulats de notre contribution, il ne peut y avoir de vraie intimité sans vraie liberté de choix ni vraie égalité. Il est vrai qu'aujourd'hui, l'aspect véritablement révolutionnaire au sein des couples et des familles ne réside ni dans les changements de structures ni dans ceux des fonctions, mais dans la qualité des liens, dans ces liens de qualité qui envahissent la vie privée et font de l'intimité la colonne vertébrale et de la vie du couple et de la vie de famille. Cette tendance est telle aujourd'hui que le concept d'intimité est en train de remplacer, au moins sur le plan théorique, le concept de famille comme idéal. Comment sommes-nous arrivés là et quel est le processus à l'œuvre? Ce processus est, dans cet Occident traditionnellement chrétien, le processus de sécularisation. Ce dernier signifie, comme l'affirme le grand philosophe italien Gianno Vattimo, le caractère totalement insoutenable aujourd'hui de toute position transcendantale, car il n'y a pas d'expérience de vérité qui ne soit interprétative. Suite à Nietzsche, ce philosophe affirme que nous ne décrivons pas objectivement mais interprétons spéculativement car Dieu n'est plus nécessaire et s'est révélé comme mensonge superflu, précisément un mensonge parce que superflu. Or comme dit Nietzsche, l'humanité a eu besoin du dieu de la métaphysique pour organiser son existence sociale et aujourd'hui le monde social est suffisamment ordonné pour faire de ce dieu une hypothèse exceSSIve. Mais en niant dieu, nous nions d'après Nietzsche, la vérité qui est simplement un autre nom de dieu et le "vrai monde" devient une fable qui va donner cours à toutes sortes d'interprétations. Bref,

il n'y a pas de faits, il n'y a que des interprétations. Et l'herméneutique, sécularisée et sortie de son dogmatisme originaire, devient précisément la métathéorie des jeux d'interprétations. La vérité, quand on s'autorise ce terme, est une interprétation car, si jusqu'alors, les philosophes cherchaient à décrire le monde, aujourd'hui est venu le temps de l'interpréter. L'herméneutique laïque, en exhortant la polysémie et le pluriel de la vie (parce que la réalité est toujours plurielle), consolide la démocratie et cherche à triompher de la métaphysique qui croit détenir la vérité définitive. Elle est une pensée postmétaphysique parce qu'elle croit, quitte à nous répéter, dans l'essence interprétative de toute vérité qui est forcément historique, dans la dissolution du "principe de réalité", et que les interprétations qui mènent à la violence sont celles précisément qui ne se reconnaissent pas comme telles et qui considèrent les autres versions comme fausses ou frauduleuses. L'herméneutique est une théorie qui cherche à dissoudre l'idéal métaphysique de la vérité comme conformité à un dogme intangible et à libérer la raison de son esclavage au sens littéral et à l'idéal scientifique de l'objectivité totale. Ce chemin a pu être parcouru parce que l'Occident s'enracine dans le christianisme dont le fondateur, avec son incarnation, a libéré la polysémie symbolique. G. Vattimo parle de la "kenosis" (l'incarnation du Christ) qui montre comment le divin est entièrement impliqué dans l'historicité et comment l'histoire du salut est d'abord et avant tout une histoire d'interprétations puisque Jésus lui-même est l'interprétation vivante, incarnée, de l'Ecriture. Pour Vattimo, et je suis de son avis, la "kenosis" , cet autorabaissement de dieu dans l'événement de l'incarnation, révèle la vocation intime du divin, à savoir la spiritualisation, la dilution et l'affaiblissement. Car, contrairement à la théologie qui continue à croire que cette incarnation ne s'est réalisée que pour fournir au Père la "victime parfaite", donc adéquate à sa colère suite au péché d'Adam, ce philosophe italien, avec René Girard, croit que l'incarnation a eu lieu pour révéler et abolir le lien entre violence et sacré, lien caractéristique de la tradition violente de toutes les religions sacrificielles.

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La "kenosis" signifie donc la dissolution du sacré comme violence, la fin de ce dieu violent, ce dieu de la métaphysique, la mort du dieu dont parlait Nietzsche. Elle signifie aussi l'émergence d'un dieu non-violent et non absolu de l'époque post-métaphysique. Elle signifie surtout l'événement archétypique du début de la sécularisation qui serait l'effet positif de l'enseignement du christianisme et non une manière de s'en éloigner. Dans ce cas, Voltaire lui-même, précise Vattimo, est peut-être un effet, lui aussi positif de la christianisation de l'Occident et non son ennemi blasphématoire. Car s'il est le dernier des écrivains heureux, d'après R. Barthes, il est aussi d'une façon incorrigible un "douteur" et non un docteur. Penser pour lui, lui le brave défenseur des droits de l'homme et de la démocratie avant le terme (permettez-moi de citer de mémoire ici sa fameuse phrase qui, pour moi, traduit l'essence de toute démocratie: "je ne suis pas de votre avis mais je me ferai tuer pour que vous puissiez vous exprimer"), est par-dessus tout être critique. Cette sécularisation, cette désacralisation du sacré violent, autoritaire et absolu, a mené, en Occident, vers la démocratie représentative contemporaine, après avoir réduit progressivement, dans l'histoire de ce continent, l'absolutisme de tous les pouvoirs. Son travail continue puisque la subjectivité moderne est en train, elle-même, de se séculariser, d'être moins péremptoire et mieux disposée à devenir l'objet d'étude, par exemple, de la psychanalyse qui est un facteur puissant de sécularisation, car ôtant les illusions concernant l'ultime sacré de la conscience individuelle. Nous sommes donc aujourd'hui, suite à cette évolution, dans un Etat laïc et libéral qui est forcément flexible dans l'interprétation des dogmes et des préceptes. Pour toutes ces raisons, la véritable intimité n'a pas eu lieu hier mais advient aujourd'hui. Et elle advient parce qu'il s'agit précisément, comme le dit si bien le sociologue anglais Anthony Giddens, d'une transaction des liens personnels par des partenaires égaux et libres, qui n'implique ni soumission ni domination. Cela est mobilisé par la démocratie dans la sphère publique qui, à son tour, est favorisée par la démocratie dans la sphère privée.

13

L'intimité ici est une intimité de dévoilement, de révélation privilégiée de soi à l'autre, c'est l'intimité de soi mise en valeur par l'intimité des corps. Elle inclut donc un lien étroit à l'autre, une écoute, un savoir privilégié et une certaine complicité, mais pas forcément une fusion ni forcément des soins et des aides pratiques, s'agissant, je le répète, de deux adultes égaux et libres (il ne s'agit donc pas obligatoirement ici de l'intimité concernant l'espace, une chambre par exemple, et les objets, mèches de cheveux, mais de l'union des corps et des esprits). Ce type d'intimité est en cohérence avec les changements en cours qui sont en train de bousculer les divisions des classes et du genre dans nos sociétés et de réduire, entre autres, les inégalités et les différences entre hommes et femmes. Cette intimité, autorisée par le mouvement de sécularisation et la démocratie, est un mélange idiosyncrasique d'affectif et de sexuel. D'ailleurs, la psychanalyse a énormément conceptualisé le sexe et l'intimité comme intrinsèquement liés. Pour cette raison, et tout au long de cette contribution, le sexe aura une place prépondérante dans l'étude de l'objet de notre ouvrage, l'intimité. Il mérite d'autant plus cette place qu'il fonctionne de plus en plus comme un trait malléable du soi, un point de connexion primordial entre le corps, l'identité de soi et les normes sociales. Bref, ayant acquis un statut de respectabilité, sa place est centrale dans un "régime de vérité" caractéristique de notre modernité. Mais si le sexe est central aujourd'hui, il est aussi de plus en plus laïcisé, privatisé, une propriété individuelle dont on dispose à sa guise comme de n'importe quelle autre propriété. De ce fait, il entre de plus en plus en compte dans les transactions et négociations entre individus. Il reste central mais de plus en plus banalisé, "marchandisé", la pornographie jouant un rôle très important dans ce domaine. Ceci d'ailleurs n'est pas forcément paradoxal puisque le sexe peut être, et c'est son cas, central mais désacralisé. Nous pouvons même nous demander, avec Vattimo, si la psychanalyse, en sa fixation sur l'aura "sacrée" du sexe et, de facto, en préservant cet aura, n'est pas devenue aujourd'hui un phénomène démodé ayant émergé au début de la modernité, époque qui avait à la fois et la phobie et l'obsession du sexe. De 14

toute manière, le sexe est, lui aussi, pris dans ce processus de sécularisation, non seulement à cause de l'affaiblissement de la morale religieuse traditionnelle, mais surtout parce qu'il tend aussi à perdre son aura sacrée, le paradis et l'enfer du bourgeois du 1ge siècle. C'est parce que la fraternité de la République, qui implique au-delà de la solidarité une dimension affective, rejoint le fond culturel de la charité chrétienne que l'intimité, telle définie plus haut, devient possible. Et la démocratie qui signifie le débat dans le respect, la médiation, la négociation, les compromis quand c'est nécessaire, la chance donnée au meilleur argument de l'emporter et surtout l'interdit de violence, est la fille aînée du christianisme. Elle est, d'après Michael Walzer, une façon politique et pacifique d'allouer périodiquement le pouvoir pour un temps en donnant beaucoup de valeur au discours, à la persuasion et à l'art rhétorique. Le christianisme, avec sa "kenosis" , a permis de comprendre la sécularisation comme l'élimination de la violence du dieu transcendant qui bâillonnait tout questionnement et a ouvert la voie à une nouvelle histoire humaine que nous pouvons qualifier de sécularisée. Il a révolutionné, en établissant une relation de charité entre dieu et l'humanité, les relations entre les hommes eux-mêmes. Son fondateur, n'a-t-il pas dit, à l'adresse de tous les humains: "je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ?". Cette tendresse (un excès pour certains) est rejointe par les valeurs de la République pour permettre, aujourd'hui, l'explosion des intimités. Cet ouvrage se structure autour de trois contributions: l'une sociologique qui cherche à "décrire" et à comprendre l'intimité ou son absence dans ce que les gens font et non dans ce qu'ils devraient faire, l'autre psychologique qui part d'études, entre autres, cliniques pour analyser et cerner au plus près du vécu cette intimité dans ses facettes multiples, et la troisième est philosophique qui aborde les enjeux et la question du sens d'un concept qui a un bel avenir devant lui. Si l'approche sociologique met l'accent ici sur une idée politique de la personne (où les rapports de force sont inhérents à 15

toute relation, y compris aux relations les plus intimes) et une conscience démocratique de la société, les approches psychologique et philosophique insistant, la première sur une idée psychique de la personne et la deuxième sur une idée métaphysique, mettent l'accent, elles et chacune à sa manière, un peu plus sur le sens éthique du rapport à autrui. C'est dire la spécificité de chacune de ces trois disciplines, spécificité qui n'empêche en rien leur complémentarité dans le traitement d'un sujet aussi sensible que celui de l'intimité. L'approche sociologique va insister sur l'évolution de la société d'un modèle de rationalité au modèle des choix multiples (où c'est précisément le choix et non la rationalité qui devient l'élément central dans la création de l'identité), d'une intimité impossible voire impensable vers une possible intimité (où le plaisir sexuel partagé devient l'élément vital de sa démocratisation). Or ce que nous gagnons aujourd'hui en qualité nous risquons parfois de le perdre en stabilité, vu la liberté des partenaires et le début d'un divorce annoncé et déjà en partie observé entre le sexe et la famille, similaire à celui, un siècle auparavant, entre le travail et la famille très bien étudié par Max Weber. L'approche psychologique cherchera à voir comment transformer l'intimité, cette rencontre entre deux inconscients, en un espace d'échange et passer, de ce fait, d'un désir de fusion à un désir de partage. Elle nous indiquera comment mûrir et passer d'une intimité souffrante vers une intimité paisible, de celle emprisonnante vers celle accueillante. Elle admettra néanmoins que toute intimité est forcément marquée par de nombreux paradoxes (le premier étant le fait que l'intimité est par définition très forte mais aussi très fragile) et décrira cette dernière comme une voie étroite entre enfer et paradis, entre splendeurs et misères. L'approche philosophique abordera l'intimité, dans le cadre de l'agir, le dire et le pâtir, comme le respect de l'irréductible, du "chez-soi" de l'être-sujet. Elle observera deux logiques à l'œuvre: une logique de mort (où deux extrêmes se rejoignent, l'isolement régressif d'un côté et l'impudeur absolue de l'autre) et une logique de vie (où la pudeur règne paisiblement). Le tout en 16

mobilisant un réseau de concepts pour cerner précisément le concept d'intimité d'une façon on ne peut pas plus précise et cristalline.

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PREMIERE PARTIE

DE LA SOCIOLOGIE DE L'INTIMITE INTIMITE ET DEMOCRATIE

Georges EID