//img.uscri.be/pth/34d63454a2617213dc767c53c92783789030a298
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

L'Œuvre des missions protestantes à Madagascar

De
262 pages

Depuis quelques mois, dans la presse métropolitaine et surtout dans la presse de Tananarive et de Tamatave, une campagne violente s’est déchaînée contre les Missions religieuses de Madagascar. Dans cette campagne, les Missions protestantes sont visées très spécialement. Quelques-uns des coups dirigés contre elles ont eu un retentissement considérable.

Telle, la Lettre de Tananarive, aux allures d’un communiqué officiel, parue dans le Lyon républicain du 18 juin 1907 et reproduite, à cette époque, dans un grand nombre de journaux de Paris ou de province.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Jean Bianquis
L'Œuvre des missions protestantes à Madagascar
CHAPITRE PREMIER
Pourquoi cet écrit ?
1. La campagne contre les Missions
Depuis quelques mois, dans la presse métropolitaine et surtout dans la presse de Tananarive et de Tamatave, une campagne violente s’ est déchaînée contre les Missions religieuses de Madagascar. Dans cette camp agne, les Missions protestantes sont visées très spécialement. Quelques-uns des cou ps dirigés contre elles ont eu un retentissement considérable. Telle, laLettre de Tananarive,eallures d’un communiqué officiel, parue dans l  aux Lyon républicains un grand nombredu 18 juin 1907 et reproduite, à cette époque, dan de journaux de Paris ou de province. Tel surtout l’article à grand orchestre publié en t ête duMatin du 22 juillet, avec ce titre, en grosses majuscules, au-dessus d’une vue d e Tananarive : LE 1 PROTESTANTISME, VOILA LE DANGER !.Ainsi parle M. Augagneur er Tel encore un chapitre, paru le 1 août, dans laRevue des Deux-Mondes, de l’étude d’ailleurs si vivante, si colorée, mais si partiale que consacrent àMadagascar les deux jeunes écrivains de talent qui signent Mar ius-Ary Leblond. Ce chapitre est intitulé :tant.Le régime scolaire, les Missions et le péril protes cinq pages, il En accumule les racontars les plus étranges, les calom nies les plus perfides, accueillies 2 sans contrôle Telles enfin les paroles dûment calculées et qui ne seront pas démenties de M. Augagneur lui-même, dans un entretien avec l’un des rédacteurs duTemps, (numéro du 31 octobre 1907). Paroles infiniment modérées au près des articles duLyon Républicainou surtout duMatin,mais où se retrouve la même suspicion à l’endroit de l’œuvre protestante à Madagascar et surtout des égl ises protestantes indigènes : « Oui, je crains, a dit le gouverneur général, que les églises protestantes indigènes ne se transforment en centres d’agitation politique. » Avec une telle crainte, un gouverneur de colonie, dont l’autorité est à peu pr ès illimitée, peut tout entreprendre contre la liberté de conscience. A ces articles de journaux, dont il serait facile d ’allonger la liste, il faut joindre une brochure anonyme, signée de sept étoiles, qui, au m oment de la rentrée du Parlement, a été adressée à tous les députés et sénateurs. Cet te brochure est intitulée :Les 3 Missions et la question religieuse à Madagascar1907 .L’auteur, dans la préface, fait cette déclaration. « Des documents d’une précision absolue, je pourrai s dire officiels, m’ont permis d’étudier à fond les actes des Missions à Madagasca r ; c’est le résultat de ces études que je veux exposer ici. » L’effort de la brochure se porte tout entier sur de ux points : 1°, empêcher à Madagascar l’application des lois mé tropolitaines qu’on juge devoir être trop favorables aux Missions protestantes ; 2°, prendre des mesures spécialement rigoureuses à l’égard des églises et des chrétiens protestants malgaches, qu’on dénonce comm e pouvant constituer un danger politique. Tels sont les faits qui nous ont mis la plume à la main. C’était pour nous un devoir de conscience de prendre la défense d’œuvres dans l esquelles notre responsabilité est engagée et que nous croyons injustement menacée s.
2. Documents apocryphes
Nous avons le douloureux regret de constater que, d ans cette campagne, qui a fondu sur nous comme une tempête, des armes déloyal es, et singulièrement dangereuses, ont été parfois employées. Citons seulement deux exemples. Ils sont éloquents. er Le journalLe Matin,du 1 novembre 1907), sous ce titre alarmant : (numéro Agitation à Madagascar, publiait anariveune prétendue dépêche particulière de Tan accusant les Missions de fomenter une grosse agitation, de terroriser les indigènes, de leur faire croire que les francs-maçons assassinent des enfants pour célébrer leurs fêtes rituelles, de répandre enfin les bruits d’une guerre avec l’Angleterre. Le surlendemain, leTemps affirmait qu’au ministère des Colonies on démentai t cette nouvelle « de la façon la plus catégorique. » Et il ajoutait : « La population de Madagascar n’a jamais été aussi tranquille et l’information doit 4 avoir été imaginée de toutes pièces.» L eMatinccru et commenté, an’a jamais démenti son entrefilet qui, a  cependant commencé dès lors à circuler à travers la presse an tireligieuse. Ce document apocryphe est à rapprocher d’une autre invention, non moins perfide, publiée, il y a trois mois, sous ce titre :Ce que font les protestants, par un journal subventionné de Tananarive, leRéveil de Madagascar. En trois longs articles, parus en août et septembre , leRéveila prétendu donner des renseignements détaillés sur une séance que le sous -comité directeur de l’Isan-Enin-Bolanaravohitra. Ce sous-comité, aurait tenue, le 10 juillet 1905, au collège de Fa composé de missionnaires européens et de notables d es églises malgaches, est comme la commission exécutive et permanente de la g rande assemblée représentative de ces églises, laquelle se réunit à Tananarive deux fois par an. A en croire ce long récit, aux allures de procès-verbal, avec des noms propres, divers actes de l’autorité coloniale auraient été discutés et cr itiqués et des résolutions auraient été prises tendant à intéresser aux revendications des protestants malgaches certains journalistes en Europe. Le 10 septembre, leRéveil de Madagascarinsérer un démenti formel de M. dut Mondain, secrétaire du même sous-comité. En voici l es termes :
MONSIEUR LE RÉDACTEUR,
Nous avons le devoir de vous informer que votre bon ne foi a été entièrement surprise par le collaborateur occasionnel qui a cru pouvoir vous fournir des renseignements sur une réunion qui se serait tenue au collège de Faravohitra, le 10 juillet 1905. Titre, composition, but du Comité, da te, ordres du jour, discussions, propositions, résolutions votées et par suite comme ntaires ajoutés, tout est du domaine de la pure fantaisie. Il n’y a eu aucune ré union le 10 juillet 1905 et, ni à ce moment ni à aucun autre, le Comité n’a jamais été a mené à prendre une résolution quelconque concernant, de près ou de loin, les acte s de l’administration. Il s’est toujours tenu de la façon la plus stricte dans les limites de ses attributions purement religieuses. Le Secrétaire, MONDAIN. Comment ne pas nous rappeler, en présence de ces in ventions, certains faits qui ont suivi la conquête, et qui, à l’époque, ont auss i alarmé l’opinion française ? Le 16 avril 1896, le bruit se répandit dans Tananar ive que, la veille, dans le temple
de Faravohitra, un missionnaire anglais, M.R. Baron , avait prêché un sermon séditieux, excitant les Malgaches à la révolte. On s’en émut aussitôt à la Résidence générale. M. Gautier, directeur de l’Intérieur, fut chargé d’une enquête. Le résultat de cette enquête fut entièrement favorable au missionn aire. 5 Cela n’empêcha pas M. Émile Blavet, dans son livreAu pays Malgache ,de rééditer cette légende et même de la préciser, en donnant, e n malgache, une dizaine de lignes du sermon antifrançais. Il en citait en même temps un autre d’un « pasteur anglican » qui aurait prêché, en mars 1896, dans le temple de Nosy-Zato. Les deux documents sont des faux. Le « pasteur angl ican » de Nosy-Zato est resté introuvable. Quant à M. Baron, le général Galliéni a manifesté plusieurs fois sa confiance absolue en la loyauté de ce missionnaire. Il le désigna comme vice-président de l’Académie malgache. Plus tard, il le chargea officiellement d’une exploration scientifique dans l’intérieur de l’île, avec un capitaine du génie, chef du service des mines. Aujourd’hui, où M. Baron vient de mourir ce qu’on n omma jadis l’incident Baron n’apparaît plus, à l’esprit des hommes renseignés s ur les choses de Madagascar, que comme une odieuse mystification, éclose dans un pay s où malheureusement l’art de forger des pièces pour perdre ses adversaires est d epuis longtemps pratiqué.
3. Notre but et notre programme
De tels moyens de défense ou d’attaque sont condamn és par toute conscience honnête. Fidèles aux méthodes protestantes, qui son t les méthodes de toute saine critique historique, nous les avons en instinctive horreur. Et ce livre a la prétention d’être, avant tout, un livre de bonne foi. Notre but est d’éclairer l’opinion de notre pays. L ’entreprise est difficile, car les préventions contre les Missions protestantes de Mad agascar sont anciennes et très générales dans le public français. Elles ont été so igneusement entretenues, et depuis de longues années, par toute une série d’écrits, af fichant un patriotisme violent et où l’œuvre de ces Missions est systématiquement dénigr ée, à cause de la nationalité de leurs premiers fondateurs. Nous avons affaire, nous le savons, à très forte partie. Nous ne désespérons pourtant pas de l’avenir de notre ca use : elle a pour elle la vérité, la justice et la liberté. Dans notre pays de France, c es principes-là peuvent subir des éclipses : ils finissent toujours par triompher. Nous essaierons de dire ce que Madagascar doit aux Missions protestantes, à quel point la civilisation extérieure et la mentalité in time des Malgaches du plateau central portent l’empreinte évangélique. Nous discuterons ensuite, l’un après l’autre, les d ivers griefs formulés contre l’œuvre des Missions protestantes. Nous nous attacherons su rtout à réfuter, point par point, la brochure anonyme du mois dernier ; mais nous aurons parfois aussi l’occasion d’élargir le débat pour répondre à tel ou tel repro che devenu une arme courante de polémique. Nous essaierons enfin de montrer ce qu’exigent les principes fondamentaux de la France contemporaine, comment doit être envisagé et résolu le problème religieux à Madagascar, en plein accord avec l’esprit qui a pré sidé à la loi de Séparation et qui est un esprit de neutralité religieuse et de liberté. En nous traçant ce programme, nous avons la convict ion de faire acte de bon Français, soucieux du développement intellectuel, d e la prospérité matérielle et morale
d’une de nos plus importantes colonies. Notre patri otisme nous inspire, autant que nos convictions évangéliques, et d’ailleurs nous ne sau rions les séparer. Nous obéissons, en outre, aux sentiments d’affectio n que nous a inspirés la population malgache. Nous revoyons par l’esprit ces grandes communautés religieuses que nous avons visitées, ces hommes d’u ne autre race, parmi lesquels nous avons vécu pendant trois ans, qui nous ont adm is dans leur intimité et dont beaucoup sont nos amis personnels. Nous savons leur trouble à l’heure actuelle. Ils ne demandaient qu’à s’attacher à leur nouvelle patr ie, et nous nous étions employés de toutes nos forces à la leur faire aimer. En face de mesures qui menacent la libre manifestation et la libre expansion de leur foi la plus intime, ils ne peuvent qu’être profondément désorientés. C’est pour eux surtout qu e nous plaiderons, persuadés que la pleine sécurité des consciences est la première condition du bien-être individuel et de la paix publique.
4. Notre débat avec M. Augagneur
Avant d’entrer dans notre sujet, nous avons encore à faire quelques déclarations. Dans la campagne de presse qui a sévi, et où les dé tracteurs des Missions protestantes ne sont pas seuls intervenus, la perso nnalité de M. Augagneur, gouverneur général de Madagascar, a été souvent eng agée. On pourrait dire qu’il y a prêté lui-même, notamment par l’interview duMatin,imparfaitement désavouée. si Mais il est certain que son nom, suivi parfois d’ép ithètes désobligeantes, a défrayé maint article de journal et que ses actes ou ses in tentions n’ont pas toujours été appréciés avec une suffisante équité. Les missionnaires protestants de Madagascar et les Sociétés des Missions dont ils dépendent, ne doivent pas être rendus responsables des écarts de plume, des inexactitudes ou même des injustices qu’aurait comm ises tel ou tel journaliste bien intentionné peut-être, mais insuffisamment informé. De tels écarts ont pu se produire, en France, en Suisse, ou ailleurs, dans des feuille s politiques sur lesquelles les Missions n’ont aucune action. Il n’appartient pas a ux Missions de les désavouer, mais elles demandent expressément qu’on ne les leur impu te pas. Chacun n’est responsable que de ce qu’il dit ou écrit lui-même. En ce qui concerne, en particulier, la Mission prot estante française, ses agents, à Tananarive, sont allés, à plusieurs reprises, trouv er M. Augagneur pour dégager leur responsabilité ; la presse locale a enregistré leur démarche. Quant aux directeurs de cette Société, à Paris, ils croient avoir conservé dans toute cette affaire une correction parfaite. Ils n’ont sa isi le public, en août dernier, qu’après y avoir été forcés par les attaques du gouverneur lui -même et leur intervention a eu tous les caractères d’une légitime défense. Avant de s’y résigner, ils avaient épuisé tous les moyens qui étaient en leur pouvoir. Des démarch es personnelles avaient été faites par des hommes autorisés, soit auprès de M. Augagne ur lui-même, soit auprès de son chef de cabinet. Ces lettres étant restées sans eff et, la Société s’est adressée au gouvernement du pays, le saisissant respectueusemen t des faits et des réclamations 6 auxquelles ces faits devaient donner lieu . Pendant tout le temps qu’ont duré ces démarches, la Société des Missions n’a fait aucune communication à la presse quotidienne et au grand public. Elle s’est contentée de tenir ses souscripteurs au courant de ses préocc upations, au moyen de son organe mensuel, leJournal des Missions évangéliques.là, et point ailleurs, qu’il faut C’est chercher notre pensée. Or, nous n’avons pas eu seul ement le souci d’être toujours
d’une exactitude rigoureuse, dans la mesure, parfoi s incomplète, où nous étions renseignés ; nous nous sommes efforcés de rester mo dérés dans la forme et respectueux de toute autorité légitime, en bons citoyens et en chrétiens. A vrai dire, ce qui a rompu le silence gardé jusqu’ à ce jour par les parties intéressées, c’est l’article duMatin: il l’a rompu, avec une violence de ton, une libe rté d’expression dont nous voulons bien ne tenir pour r esponsable que le signataire de l’interview et non son inspirateur, mais qui certai nement fera contraste avec la modération respectueuse dont nous ne nous sommes ja mais départis envers la personne du gouverneur général de Madagascar. Cela dit, nous tenons à rendre à M. Augagneur une j ustice que nous croyons lui être due. Il s’est efforcé d’introduire dans l’administr ation de l’île une probité plus exacte, une économie plus rigoureuse, et, par là, d’alléger les charges excessives que faisaient peser, sur les indigènes, des impôts disp roportionnés à leurs ressources. Il a aussi lutté avec courage, malgré de très fortes opp ositions, contre l’alcoolisme, qui a déjà entamé, à Madagascar, certaines races et qui, si on le laissait se répandre, finirait par anéantir toute la population. Nous avons applau di sans réserve à ces efforts. C’est surtout parce que nous attendions une œuvre semblab le de l’ancien maire de Lyon, que nous nous sommes réjouis, à l’origine, de sa no mination au poste qu’il occupe aujourd’hui. Quand l’occasion s’en est présentée, n ous avons été heureux de mettre en lumière les bons effets de son gouvernement. C’e st ainsi que, dans notre numéro d’octobre, nous insérions une lettre de M. le missi onnaire E. Pechin constatant, à son 7 retour dans l’Itasy, les progrès réalisés dans l’ordre économique. Mais précisément parce que nous avons de tels senti ments, nous protestons de toutes nos forces contre l’insinuation qu’a semblé diriger contre les missionnaires protestants le Gouverneur de Madagascar, lorsque, d ans son interview duMatin,il les a appelés « les plus puissants alliés des fonctionn aires parasites ou malhonnêtes, des « grands colons » fraudeurs ou exploiteurs des indi gènes ». Il se peut que, pour des raisons différentes, un mécontentement égal existe aujourd’hui chez nous et chez d’autres que nous. Mais rien dans notre conduite ne saurait justifier ce terme d’allié qu’on est surpris de trouver, en pareil cas, dans l a bouche d’un Gouverneur général de colonie. Une autre accusation que nous repoussons aussi de t rès haut, c’est celle d’avoir réclamé ou attendu de M. Augagneur, nous protestant s, un traitement privilégié. « A Madagascar, toutes les religions sont égales », pro clamait avec éclat le sous-titre du Matin. Nous n’avons jamais eu d’autre programme. C’est la libre concurrence des divers cultes, bien plus, des diverses croyances re ligieuses et philosophiques, que nous réclamons et le Gouverneur général ne pourrait pas citer une seule faveur que nous ayons sollicitée pour notre œuvre particulière . Avant son départ pour Madagascar, le 17 novembre 19 05, nous avons remis à M. Augagneur une note sommaire sur notre œuvre. Cette note se terminait par les lignes suivantes :
Les missionnaires de notre Société ont pour instruction de s’abstenir de toute ingérence sur le terrain politique. Ils travaillent à répandre dans la nouvelle colonie de la France, avec les principes évangéliques, les lumières de l’instruction et de la civilisation. Ils ont contribué pour une large part à dissiper les préventions que certains Malgaches éprouvaient à l’égard de notre pays, et à habituer les indigènes à l’idée, nouvelle pour eux, d’un Gouvernement NEUTRE EN MATIÈRE 8 RELIGIEUSE et RESPECTUEUX DE LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE . Nous avons la conviction que notre œuvre de propagande, comme celles que
poursuivent à côté de nous les missionnaires protestants étrangers, constitue l’une des forces les plus précieuses de la Colonie et contribue efficacement à seconder l’évolution intellectuelle et morale de la race indigène. A cet égard, et SANS 9 RÉCLAMER POUR ELLE AUCUN PRIVILÈGE , nous croyons qu’elle se recommande à la bienveillance du nouveau Gouverneur général de Madagascar.
Nous sommes surpris qu’après avoir reçu de nous de pareilles déclarations, le Gouverneur général ait laissé imprimer dans leVaovao,officiel de la colonie organe en langue indigène, que « les missionnaires protest ants le haïssent parce qu’il n’a pas 9 voulu les favoriser ». Nous sommes plus surpris encore qu’au moment où il quittait Tananarive, il se soit laissé, sans protester, à la fin d’un banquet, féli citer par un fonctionnaire, président du Comité d’action républicaine, de ce qu’il avait « c ommis le crime impardonnable de mettre sur le même pied le pasteur protestant facti eux, fanatique et sectaire et le missionnaire catholique doucereux et faussement sou mis ». Laissons là les épithètes, dans lesquelles M. Augagneur a vu, suivant ses prop res paroles, « une allusion discrètela querelle religieuse à Madagascar ». Quand nou  à s sommes-nous plaints d’être mis sur le même pied que les missionnaires c atholiques ? Quand avons-nous réclamé pour nous un traitement d’exception ? Jamai s. La vérité est que, sous le prédécesseur de M. Augag neur, nous avons refusé des faveurs dont la Mission catholique a bénéficié quel que temps, mais qui nous paraissaient en désaccord avec les principes que la France contemporaine professe sur la neutralité religieuse de l’Etat. Ainsi, lorsque le gouvernement nous confia la direc tion de l’école de Faravohitra, à Tananarive, et nous subventionna pour le service qu e nous rendions à l’enseignement public, nous résistâmes à la proposition de confére r à cette école un caractère officiel ; nous refusàmes pour elle le titre d’école municipale, inscrit à cette époque sur la façade des écoles des frères. Notre conscience de r épublicains ne nous permettait pas, si avantageux que cela pût paraître pour notre cause, d’accepter l’estampille officielle pour un établissement qui était manifest ement et entendait rester confessionnel. De même, on doit le savoir au gouvernement général, nous avons toujours protesté contre l’abus du régime des engagements d’indigènes , et, quand ce régime a pris fin, nous en avons félicité le général Gallieni. Nos mis sionnaires se sont fait un devoir de ne pas même user du droit qu’ils possédaient, comme citoyens français, de se faire donner gratuitement des concessions territoriales, qui resteraient leur propriété personnelle, transmissible à leurs enfants. A plusi eurs reprises, nous avons prié le gouvernement de nous informer s’il estimait que, da ns ce domaine, quelque abus se fût introduit parmi les nôtres. Si nous avons péché , nous avons le sentiment que c’est plutôt par excès de scrupule et de rigorisme. Nous objectera-t-on que nous avons protesté contre le traitement privilégié que, par raison politique, le général Gallieni croyait devoi r accorder à l’église indigène du Tranozozoro et menter dans certainsaux dissidences que cette église essayait de fo temples de Tananarive ? Mais précisément nous nous trouvions là en présence d’une mesure de faveur, consentie par l’administration à un culte particulier, et ce que nous réclamions, cette fois comme toujours, c’était la n eutralité absolue des pouvoirs publics. Il est dur de se voir aujourd’hui publiquement flét ri au nom de ces mêmes principes
pour lesquels, en réalité, on n’a jamais cessé de c ombatre et de souffrir. Et néanmoins, nous sommes tellement sûrs de rester en harmonie parfaite avec le grand courant de la conscience nationale, et, en pa rticulier, avec les principes qui ont triomphé dans le vote de la loi de séparation, que nous soumettons sans inquiétude les faits et les argumentations qui vont suivre à l ’opinion de nos concitoyens, aux réflexions des hommes politiques et à M. Augagneur lui-même, que nous persistons à croire inexactement informé et injustement prévenu.
1Voir, à la fin du volume, l’annexe. n° 1.L’interview duMatin.
2Voir l’annexe n° 2 :Une attaque dans laRevue des Deux-Mondes.
3 Brochure chaux, Meulan-Hardricourt, (S.de 60 pages in-8°, imprimerie Albert Maré et O.).
4Voir l’Annexe n° 3 :Un faux télégramme.
5Paris, 1897, p. 98-102.
6La question scolaire et religieuse à Madagascar,mémoire présenté à M. le Ministre des Colonies, par la Société des Missions évangéliq ues de Paris, 5 mars 1907.
7Journal des Missions Evangéliques,octobre 1907,De retour au poste,p. 307 à 312 ; voir en particulier la p. 310.
8va sans dire que les mots que nous faisons ress  Il ortir ici n’étaient point soulignés dans l’exemplaire de laNoteremis à M. Augagneur.
9Voir l’annexe n° 1 :L’interview duMatin.