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L'universalité de la culture

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Description

Ce livre écrit en trois langues (français, anglais, yemba) tente de relever un défi inédit qui peut se décliner en trois étapes : établir un listing thématique des proverbes camerounais ; offrir ces proverbes dans leur consistance brute, en yemba ; chercher enfin les équivalents de ces proverbes non seulement en français et en anglais, mais aussi dans les autres aires culturelles et civilisationnelles de par le monde.


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Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2009
Nombre de lectures 164
EAN13 9782296242869
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,018€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L'Universalité de lacultureJean-PierreFogui
L'Universalité de laculture
La preuve par les proverbes
L'HarmattanDUMÊMEAUTEUR
Vers leMontCameroun (encollaborationavecJosephCharlesDoumba),
ÉditionsABC,Paris, 1982.
L’intégration politique au Cameroun: une analyse centre-périphérie,
Librairie générale deDroit et deJurisprudence,Paris, 1990.
Demain… (recueil de poèmes), éditionsSOPECAM,Yaoundé, 1991.
Plaidoyer pour l’unité,Éditions de laRenaissance,Yaoundé, 1994.
Plaidoyer pour notre culture, Éditions de la Renaissance, Yaoundé,
1995.
©L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-10544-7
EAN: 9782296105447Je dédiece livre :
t auPeupleBafou vis-à-vis de qui j'ai une grande dette morale pour
laconfiance qu'ila placée en moi :
d en me désignant comme son porte-parole lors des plus
grandes cérémonies que notre Groupement ait connues:
l'installation duChefSupérieur,S.M.DocteurPaulKana,
en mars 1990 ; lors de ses obsèques en avril 1994 ; enfin
lors de la sortie de Lah-a Nkeum de son successeur, S.M.
VictorKanaIII, en janvier 1995 ;
d en me portant à la Présidence de laCommission "Cultur e
et Traditions" au sein des "Forces Vives Bafou", et ce,
malgré mon parcoursacadémique et professionnel qui m'a
longtemps tenu éloigné de notre terroir, et parfois même
de notrePays ;
d enme conférant le titre de Fô Nkong-ni, c'est-à-dire le
Chef qui lutte pour le triomphe de l'amour et de la
concorde ;
t à la Jeunesse Bafou, pour qu'elle ne laisse plus jamais l'herbe
repousser sur le sentier que j'ai essayé de déblayer dansce livre ;
t à laPrincesseMèfoguiDongmoAstia, pour toutce qu'elle nous
aapporté encetteAnnée de grâce 2009…«C'est par notre langue que nous existons (…)
Cette langue transmise par ma mère est monâme »
(MatoubLounès).
Introduction
«Le proverbe est l'esprit d'un seul et la sagesse
de tous » (JohnRussel).
«Le proverbe est lecheval.Quand la parole se
perd, c'est par les proverbes qu'on la retrouve »
(AmadouKourouma ).
L'idée d'écrire ce livre m'est venue d'un constat amer: celui du recul
de nos langues nationales au profit du Français et/ou de l'Anglais. J'ai
senti venir le danger depuis longtemps, mais je ne savais pas exactement
par quel bout prendre ce problème épineux qui est en fait celui de la
sauvegarde de notre héritageculturel.
La situation est plus grave qu'on ne le pense, et ce n'est pas le
Directeur Général de l'UNESCO qui me démentirait, lui quia lancé dès
la fin des années 1990 ce pathétique cri d'alarme: si on ne fait pas
attention, la moitié des 6 000 langues parlées de par le monde ne
1franchiront pas le seuil du Troisième Millénaire . Malgré cette réalité,
j'ai entendu un linguiste camerounais persifler un jour devant un groupe
d'élèves à Yaoundé: «que ceux qui parlent de la mort des langues me
montrent la tombe dans laquelle on a enterré l'une d'entre elles.» L e
pauvre !Onaurait pu lui répondre que l'une deces tombes se trouve dans
l'Etat duMassachusetts où ona enterré, le 15 janvier 1996,RedThunder
Cloud, âgé de 76 ans et dernier locuteur du Catawba, idiome d'une tribu
2indienne d'Amérique du Nord qu'il était le seul à parler encore . Or, une
langue n'est pas seulement un "instrument" de communication: elle
véhicule nécessairement unecosmogonie, une vision du monde,bref, une
culture. Mieux, elle permet à cette culture de "voyager" dans le monde,
de "lécher" au passage des rivages inconnus et de se nourrir de milliers
1
Koïchiro Matsuura, cité in Jeune Afrique l'Intelligent n° 2074 du 10 au 16 octobre
2000, page 12.
2
Voir l'article "Une langue vient de mourir" inJeuneAfriqu e n° 1830 du 31 janvierau
6 février 1996, page 19.
73.de limons arrachés à ces rivages En un mot, la langue est l'instrument
par excellence d'épanouissement et de sublimation d'une culture.
Stendhal l'a dit peut-être mieux que quiconque: « le premier instrument
4du génie d'un peuple,c'est sa langue. »
Dès lors, lorsque les experts estiment que 3 000 langues risquent de
disparaître au cours du Troisième Millénaire, cela veut dire tout
simplement que s'ils ne provoquent pas le sursaut nécessaire, les peuples
concernés vont être dépossédés de leur culture. D'où cette mise en garde
du linguisteClaudeHagège: «La perte de sa langue, pour tout individu,
5c'estaussi, en quelque façon,celle d'une partie de sonâme. »Et pour le
coup, l'Afrique me semble plus exposée que les autres continents, non
seulement à cause de notre faiblesse au plan économique, mais aussi à
cause de notre propension suicidaireà tourner le dosà nos valeursau fur
età mesure que nous nousavançons dans la modernité.La situation est si
grave aujourd'hui que la majorité des enfants nés en ville ne savent plus
parler la langue de leurs parents. C'est ainsi que dans une thèse soutenue
en 2005, un universitaire camerounais a révélé par exemple que dans la
ville de Yaoundé, 40% d'enfants de plus de 15 ans ont le seul Français
6comme langue de communication. J'ai pris l'exacte mesure de ce
désastre le jour où unaîné de la première génération des intellectuels m'a
avoué sans sourciller: «Dans cent ans, toutes nos langues maternelles
auront disparu ; c'est pour cela que je préfère apprendre le Français à
mes enfants,carc'est la langue de la science ».
Tout en étant moins catégoriques, d'autres aînés n'en confessent pas
moins leur impuissance lorsqu'ils affirment, toute hhonte bue: «Mes
enfants comprennent quand-même la langue maternelle, même s'ils ne la
parlent pas » . Or, comprendre la langue maternelle sans la parler (alors
que parailleurs, ils parlentcouramment leFrançais ou l'Anglais), n'est-ce
pas la preuve irréfutable que nos enfants ne sont plus enracinés dans
notre humusculturel ?Car, parler une langue,c'est partager le patrimoine
culturel dont cette langue est porteuse. A vrai dire, «une communauté
3
Voir, à titre d'illustration, l'éclatante exubérance du Français et de l'Anglais dans les
ex-colonies françaises etbritanniques.
4
Cité inJeuneAfrique l'Intelligent n° 2344 du 11au 17 décembre 2005, page 4.
5InCombat pour le Français: au nom de la diversité des langues et des cultures,
éditionsOdileJacob,Paris, 2005.
6Cf.CameroonTribune du 2 février 2006, page 11.
87humaine n'existe et ne se définit d'abord que par sa langue. »Dès lors,
autant on ne saurait se prétendre Français si on ne parle pas la langue de
Victor Hugo, autant on ne devrait pas se présentercommeAfricain si on
ne maîtrise pas sa langue maternelle. D'où cette profession de foi de
8Cioran: «Ma langue, c'est ma patrie. » D'où, également, cette
interpellation d'Alpha Oumar Konaré à l'ouverture du Premier Congrès
Culturel Panafricain en 2006: «Si nous ne préservons pas nos langues,
9nous ne pourrons jamais préserver notre culture. » Faisant sien
l'aphorisme espagnol "Lingua muerta, pueblo muerto" ("langue morte
égale peuple mort"), leProfesseurKiZerboclot le débat (si tant est qu'il
y en avait un…) par cette sentence: «Un peuple qui ne parle pas sa
10propre langue signe sa mortculturelle. »
A l'ère des Nouvelles Technologies de l'Information et de la
Communication, la langue se présente donccomme le meilleur passeport
pour ceux qui veulent tirer le maximum du phénomène de
"Mondialisation". On comprendra dès lors pourquoi, dans un monde
secoué par la crise économique, un pays comme la France dépense des
sommes colossales pour la promotion de la Francophonie, à travers des
"instruments" comme Radio France Internationale (RFI), Canal France
International (CFI), France 24 , l'Agence de Coopération Culturelle et
Technique (ACCT), l'Association des Universités partiellement ou
entièrement de Langue Française (AUPELF) etc… L'ancien Ministre
français des Relations Extérieures, Hubert Védrine, reconnaît d'ailleurs
que ces «réseaux culturels, linguistiques et audiovisuels» représentent
11un grandatout diplomatique pour laFrance .
Autant le dire d'entrée de jeu: le présent livre n'a pas pour ambition
d'apprendre à écrire notre langue ; des spécialistes en linguistiqueont
déjà commencé ce travail ardu et délicat qui exige une expertise
12certaine . Dans les pages qui suivent, je me propose d'apporter une
7Jean-Louis Curtis, discours de réception à l'Académie Française, in Le Monde des 28
et 29 juin 1987, page 9.
8 erCité inLeNouvelObservateur du 1 juillet 1999, page 29.
9
Cité inLeMessager n° 2254 du 15 novembre 2006, page 3.
10Cité parRadioFranceInternationale le 31août 2004à 14 heures 22 minutes.
11
InRapport pour le Président de la République sur la France et la mondialisation ,
éditionsFayart,Paris, 2007, pages 31-32.
12
Après les premières tentatives faites par les pionniers qu'étaient MM. Djoumessi
Mathias et Momo Grégoire, le flambeau a été repris par des universitaires comme
9modeste contribution à l'apprentissage de notre langue maternelle, le
Yemba:
d en récapitulant les proverbes, dictons et expressions idiomatiques
qui véhiculent la sagesse de nos parents ;
d en donnant leur signification (littérale ou approchée) et leur
contenu moral et philosophique ;
d en précisant, le cas échéant, leurs équivalents en Français et en
Anglais, afin de contribuer à l'expansion du bilinguisme dans un
pays comme le Cameroun qui est à la fois membre de la
Francophonie et duCommonwealth .
On peut évidemment se demander pourquoi, s'agissant d'une
démarche de réappropriation de notre culture, j'aichoisicette voie et pas
uneautre.Ma réponse est simple: il est en effetadmis, depuis l'antiquité,
que l'étude des proverbes est un excellent moyen de bien connaître une
langueet les peuplesqui l'utilisent. Le Professeur Njoh Mouelle ne dit
pasautrechose lorsqu'il définit le proverbecomme «l'énoncé d'un savoir
ou d'une connaissance établie empiriquement », et le considère dès lors,
dans notre contexte, comme «l'expression du génie créateur de
13l'Afrique ». En constatant par exemple que les deux chapitres les plus
fournis du présent recueil de proverbes sontceuxconsacrésà l'"Ironie du
sort" et au"Réalisme", on peut parfaitement émettre l'hypothèse selon
laquelle on a affaire ici à un peuple philosophe et très réaliste ; ce que
confirment d'ailleurs les études anthropologiques sur les peuples de
l'Ouest-Cameroun.
En plus –etcomme le dit sibien un proverbechinois–, " lorsqu'ona
appris le livre des proverbes, on n'a plus d'efforts à faire pour parler ".
C'est ainsi que nos parents avaient une façon bien à eux d'épicer le
moindre de leur discours avec des dictons qui donnaient finalement à
leurs propos une saveur, une poésie, une "percutance",bref, une force de
persuasion qu'ils n'auraient pas eue autrement. C'est ce savoir-faire que
j'ai voulu mettre à la disposition de mes frères et sœurs qui n'ont pas
Maurice Tadadjeu, Gretchen Harro, Nancy Haynes et Jean-Claude Ngnintedem. Les
trois derniers cités ont publié unManuel pour lire et écrire la langue Yemba (Société
Internationale deLinguistique,Yaoundé, 1994,108 pages).
13
InJalons II: l'africanisme aujourd'hui, éditions CLE, deuxième édition, 2006, pages
60-61.
10grandi au village, et qui n'ont pas eu l'occasion de recevoir, par osmose,
ce premier maillon de notrechaîneculturelle.
Parti donc pour dresser un listing thématique des proverbes et leur
trouver, le cas échéant, des équivalents en Français et en Anglais, je me
suis heurté à une première difficulté: en effet, la plupart de ces dictons
sont intraduisibles en Français et en Anglais ; ou plus précisément,
lorsqu'on les traduit, ils perdent oubien leur sens, oubien leur poésie, ou
bien leur "percutance", ou même les trois choses à la fois ! On se
rappelle d'ailleurs que de tout temps, l'exercice de traduction est regardé
avec beaucoup de méfiance, ainsi qu'en témoignent ces aphorismes
célèbres :
d " Tradditore trahitore ", c'est-à-dire " traduire, c'est trahir "
(tradition italienne) ;
d «Les traductions sont comme les femmes: belles, elles ne sont
pas fidèles ; fidèles, elles ne sont pasbelles " (Goëthe) ;
d «Quatre-vingt pour cent des traductions sont exécrables"
(UmbertoEco).
Cette première difficulté m'a imposé un pari audacieux: celui de
transcrire directement ces proverbes en langue maternelle. Pour ce faire,
je n'ai pas utilisél'alphabet Yemba tel qu'il a été développé par les
linguistes, car cet alphabet –qui comporte des signes typographiques
inconnus en Français et en Anglais–, n'a pas encore été vulgarisé à
grande échelle. J'ai donc essayé de transcrire le patois tel que pourrait le
prononcer un locuteur francophone, laissant aux linguistes le soin de
réaliser plus tard une versionYemba dece livre lorsque l'alphabetYemba
sera suffisammentvulgarisé. Ma démarche, qui se veut "conservatoire",
vise donc à recueillir et à sécuriser le maximum de proverbes et de
dictons,avant la disparition des quelques raresPersonnes-ressources qui
sont les derniers dépositaires deces richesses.
La deuxième difficulté est née decechoix méthodologique: en effet,
à l'image du Chinois, la langue Yemba joue énormément avec les
intonations ; c'est-à-dire qu'un mot change de sens selon la manière dont
on le prononce, comme on le verra dans le prochain chapitre consacré à
l'initiationà la prononciation.
11J'ai publié une esquisse partielle du présent livre en 1995 sous le titre
Plaidoyer pour notre culture. Face au grand succès obtenu en librairie
par cette première version, je me suis rendu compte, avec le temps, que
j'avais la possibilité –et même le devoir…– d'enrichirce travail:
d en mettant à la disposition du grand public une version plus
complète,aussibien qualitativement que quantitativement ;
d en illustrant certains proverbes par des citations bien "senties" qui,
tels des coups de cymbale à la fin d'une chanson, achèvent de
conféreràces proverbes leurcaractère universel ;
d en situant ma démarche,au départ modeste et limitéeà ma localité,
dans une perspective comparative plus large. Ce
redimensionnement de la focale m'a obligé, entre autres, à
rechercher les équivalents de nos proverbes non seulement en
Français et enAnglais, maisaussi dans lesautresairesculturelles et
civilisationnelles de par le monde.
C'est ainsi que j'ai été surpris, à l'arrivée, de constater que des
communautés humaines situées à des milliers de kilomètres les unes des
autres –et n'entretenant aucun rapport–, avaient curieusement forgé,avec
le temps, les mêmes proverbes pour décrypter le monde et ses mystères,
en utilisant parfois les mêmes mots.Pour ne prendre qu'un seul exemple,
je me suis rendu compte que pendant que mes aïeux,du fond de leur
savane de l'Ouest-Cameroun, faisaient le constat suivant: e nou
tsoukou’ ngneungZ,a’ lah-a tchœh-è ndjœo’ nhe-nhong’, e’ kœ kœ Z (ce qui
veut dire: quand quelqu'un a été mordu par un serpent, il fuit même en
voyant le mille-pattes), les autres peuples du monde leur répondaient
comme en écho :
d " celui qui a fait naufrage tremble devant les flots tranquilles "
(proverbe latin)
d "qui a été brûlé par un tison s’enfuit à la vue d’une luciole "
(proverbe indien)
d "qui a été mordu par un serpent a peur d’une corde " (proverbe
hébreu)
d "qui s’estbrûléavec du lait souffle sur lacrème glacée " (proverbe
turc)
d " le chien qui a léché des cendres ne se fie plus à la farine "
(proverbe italien)
12d " celui qui a été mordu par un serpent se méfie d’une chenille "
(proverbealgérien)
d " même devenu maigre, l’éléphant n’ose jamais passer sur un pont
" (proverbeMandé duMali)
d "chat échaudécraind l'eau froide " (proverbe français)
d " he that has been stung by a serpent is afraid of a rope "
(proverbeanglais).
Le lecteur découvrira donc, au fil des pages de ce livre, cette
étonnante complicité culturelle qui existe entre les peuples, par-delà les
frontières, par-delà les continen ts, par-delà les religions. Et puisqu'une
telle complicité ne peut pas (toujours) s'expliquer par le phénomène de
contagion par proximité, ne devrait-on pas y voir une preuve
supplémentaire de l'existence d'un patrimoine culturel commun à toute
l'humanité ?Telle est la problématique portée parce livre dont l'ambition
ultime est de répercuter, à sa manière, le message que le Président
Jacques Chirac a lancé à la face du monde, le 20 juin 2006, à
l'inauguration du Musée du Quai Branly (dit Musée des Arts Premiers)à
Paris: «Il n'existe pas plus de hiérarchie entre les arts et les cultures
qu'il n'existe de hiérarchie entre les peuples. C'est d'abord cette
conviction, celle de l'égale dignité des cultures du monde, qui fonde le
14Musée duQuaiBranly.» LePrésidentAbdouDiouf,SecrétaireGénéral
de la Francophonie, est sur la même longueur d'onde lorsqu'il prévient:
«L'universalitéet la diversité ne sauraient s'affronter, tant elles sont
15vouéesà se nourrir,à s'alimenter,à s'enrichir l'une l'autre. »
14
Cité parSergeRaffy inLa guerre des trois,Fayard, 2006, page 247.
15Cité inMutations n° 2294 du 3 décembre 2008, page 14.
13INITIATIONÀLAPRONONCIATIONDELALANGUEYEMBA
«La voiela pluscourte pouraller vers l'avenir
passe par l'approfondissement du passé» (Aim é
Césaire).
Comme je l'ai dit à l'introduction, la langue Yemba joue beaucoup
avec les intonations. La vulgarisation de l'outil informatique permet
désormais de donner des indications sur les différentes intonations, en
utilisant les signes typographiques suivants à la fin des mots: le
16guillemetanglais simple fermant (’) (ou l'apostrophe lorsqu'on écrità la
17main) pour le ton haut ; le guillemet anglais simple ouvrant (‘) (ou
l'accent grave lorsqu'on écrità la main) pour le tonbas (il doit être placé
juste après le mot, sans espacement). L'absence d'un de ces deux signes
est une indication que le ton est moyen.C'estcette règle qui permettra de
faire la différence entre le ton bas (e Z ndoou Z=le haut), le ton moyen (e
ndoou = le mâle), le ton haut (e’ ndoou’ = mordre), et la combinaison
des tons haut et moyen (e’ ndoou = faire chaud). Autres exemples: le
ton moyen (e mbâ = haïr), le ton haut (e’ mbâ’ = se méfier), et le tonbas
(e‘ mbâ Z=le village) ; le ton haut (e’ mbeu’ = interdire), le ton moyen (e
mbeu = lebeurre ou lescauris) et le tonbas ( e Z mbeu Z = lecorps).
Il y a quelques rares cas compliqués où ces deux signes
typographiques sont placés l'un à côté de l'autre, tout simplement parce
que le ton descendà la fin du motavant de remonteraussi tôt.Exemple:
a voung Z’ (la partie molle qui se trouve à l'intérieur de la tige de
bambou) ; lesseung‘’ (sortes de petitscoléoptères).
C'est toujours grâce à ces accents qu'une phrasecommecelle-cipeut
avoir du sens: Ngneung Z ngneung-hè’ ngneung Z ngneung Z, qui veut
dire littéralement: la personne de quelqu’un est sa personne (moralité:
quand on faitconfianceà quelqu’un, il faut le faire franchement, et il faut
que la personne investie de cette confiance fasse tout pour la mériter
vraiment).C'est enfin grâceàcesaccents qu'on peut décrypter le sens des
mots dans une longue phrase, surtout en face du phénomène bien connu
de l'allitération.Exemple :
16
Numéro decode: 2019
17Numéro decode: 2018
15Jœo tsetseung-hè mô wouo le’ hho ntseung’,e ndok-o
ntseung Q ntseung-hè’ ntseung-hè nguia zeug’, tè me’
toungtè hi’, a’ lok ntseung-ne ngo’ ntseung-hè nkah’, e
ntseungnè nè miya’ ntseung-hè-piya’, me’ toou me
ntseung-hèloung’, po’ hho ntseung-tè jou-o moh’ ndok chœh’
ntseunghè’ ntseung-hè tetâ’ (veut direà peu près: regarde-moi cette
idiote [de fille] qui est allée en ville souiller la réputation de
notre famile avec son sexe ; et quand on lui a demandé de
s’expliquer, elle est allée avec la colère se pendre sur un
grand avocatier en bas du champ ; on a envoyé les ténors de
la réunion dégager les bêtises pour venir accrocher ça en bas
de lacour).
En dehors desaccents, plusieurs sons posent de sérieux problèmes en
Yemba,ainsi que le montrent les exemples suivants:
- le son doux et le son bloqué à la fin des mots: le son est doux
lorsque le mot se termine par une voyelle,ainsi que nous l'avons vu dans
les exemples précédents. C'est la lettre h qui permet de bloquer les sons
lorsqu'elle est placéeà la fin du mot et qu'elle est précédée d'une voyelle.
C'est ce qui permet de faire la distinction entre e ntou (entonner une
chanson) et e’ ntouh’ (puiser), à ne pas confondre avec e Z ntouh (la
calebasse). Autres exemples : e’ mbâ’ (haïr) et e mbah (dégager), à ne
pas confondre avec e Z mbah Z (la brousse), et e’ mbah’ (tisser ; par
exemple: tisser un panier ou unecorde) ; e‘ nkèh-è‘ (écl airer) et e’
nkèh-è’ (détacher).
- les sons mélangés: on peut mélanger les sons soit en écrasant les
voyelles oet e,auquelcas on utilise le signe typographique œbienconnu
en Français (exemples : e ndœè=l'adulte ; à ne pas confondre avec e Z
ndœ Z = la liane, ou e Z ndeu Z = le vampire, l'anthropophage) ; soit en
mélangeant les sons oet ou (exemples: e koou’ = le lit ; e ndoou’ = le
mâle ; e ntoou’ = le pont) ; soit encore en mélangeant les sons de
plusieurs consonnes, notamment pet f (exemple: e‘ pfoouk’ = le
veuvage ; le‘ pfouh Z = le mortier). On peut aussi mélanger m, pet f
(exemples: e Z mpfoouk’ = la veuve; e’ mpfèt’ = manger) ;
- les sons traînants: nous utiliserons pour les sons trainants soit
l'accent circonflexe pour éviter de doubler les voyelles comme on le fait
traditionnellement (exemples: eFô= leChef,au lieu de eFo’o; e sâ’ =
le marché, au lieu de e sa’a’) ; soit lacombinaison i et y lorsque le son i
16est prononcé avec emphase (exemples: e mbiyang = les arachides ; e Z
nguiya Z = la distance, à ne pas confondre avec e nguia= donner et e Z
nguia’ = la maison ; e nkiya= tracer,à ne pasconfondreavec e’ kiya’ =
exiger (le remboursement d'une dette par exemple), ou encore avec e’
nkia’ = piquer (en parlant du piment par exemple) ; tsitsiyaZ = la souris,
à ne pasconfondreavec tsitsia = leMaître d'école) ;
- le son gutturo-nasal: c'est l'un des sons les plus difficiles à
transcrire, parce qu'il se prononce à la fois avec la gorge et le nez. C'est
donc un son qui se situe à mi-chemin entre n et h, mais qui n'est ni le n
(parce que la langue ne touche pas le palais), ni le h (parce qu'il n'y a
aucun effet de souffle qu'on entend très souvent dans la prononciation de
la lettre h). Exemples : e nhak = juger; e nhoh-ne = être courbé ; e Z
nhwah’ = lesabeilles (ou le miel) ; e nhwang-ne =briller ;
- les sons soufflés (effet de souffle au début du mot):c'est
naturellement la lettre h qui permet de transcrire les différents sons
soufflés.Lorsquecette lettreest placéeau début du mot, elle se prononce
comme en Français. Exemples : hi’ = lui (ici, la lettre h se prononce
comme dans holà ). Par contre, on double la lettre h lorsque l'effet de
souffle est plus prononcé et, à ce moment, on le prononce comme le h
anglais (he, his, Henry), ou ch en Allemand ; ou encore comme la
combinaison kh en Arabe (Kha dafi ; Kho meiny). Exemples : a hhag’ =
la gorge ; aZ hhô = la maladie) ;
- les sons soufflés (effet de souffle au milieu ou à la fin du mot):
c'est toujours la lettre h qui permet de rendre cet effet de souffle, mais
cette fois-ci, elle doit être doublée. Exemples: e Z nguihh Z = la voix ; e
nguihh = donner à manger à un visiteur ; e nguihh’ (la fumée) ; e’
nguihh’ (voler en parlant de l'oiseau ou de l'avion), à ne pas confondre
avec e’ nguuihh’ = êtreamer (il ya icideux u qui se prononcent dès lors
comme ü en Allemand) ; e Z ndzèhh Z (la route), à ne pas confondre avec
e’ ndzèhh’ (savoir,connaître) ; a Z foouhh Z = le remède ou la feuille,à ne
pas confondreavec e foouhh’ = le pus ; a Z hhœhhœhh Z = l'imbécile (ou
l'idiot) ; e’ ndœhh’ = lutter, à ne pas confondre avec e Z ndœhh Z = la
limite ;à ne pasconfondre égalementavec e Z ndœh Z = le tamtam (ici il y
a un seul h).Autre exemple : koukouhh Z = le voyou,à ne pasconfondre
avec kou’kouhh Z = lachique ; ou encore e nkoukouh Z = lacanneà sucre
(avec un seul h).
17De toute façon, tout est une question d’habitude.Car enFrançais par
exemple, on prononce "pâte" comme si c'était un "a" court, sans accent
circonflexe, alors qu’on prononce par contre "table" en traînant sur la
lettre "a" comme si elle avait un accent circonflexe. Beaucoup d'autres
curiosités de prononciation peuvent déconcerter ceux qui apprennent
cette langue: on dit par exemple subsistance (zis), maissubséquent (sé) ;
tran sit (zit), mais transi (si) ; tran sistor (sis), mais transiger (zi). Plus
étrange encore:combien de gens savent que le mot désuétude, écritavec
un seul "s" intercalé entredeux voyelles, doit se lire "déssuétude"?Tout
comme le mot gageure, écrit avec "eu", doit plutôt se lire "ga jure" !
Enfin, aucun locuteur francophone ne trouve bizarre le fait que pour
former le pluriel du mot bonhomme, on soit obligé de déstructurer
complètementce mot, puis de le restructurer selon une logique qui oblige
à ajouter non pas un "s", mais deux (pour ceux qui l'auraient oublié, le
pluriel debonhommec'est… bonshommes ! ! !).
Même la langue de Shakespeare –dont les spécialistes louent
pourtant la facilité d'apprentissage…–, comporte aussi beaucoup de
curiosités de prononciation.C'estainsi que la lettre "y" se prononce tantôt
"aï " (comme dans reply, supply), tantôt comme un simple "i" (comme
dans assembly, country etc). L e "lieutenant", qui s'écrie de la même
façon dans les deux langues, se prononce curieusement en Anglais
"leftenent" ! Même chose pour "colonel" qui s'écrit de la même façon
dans les deux langues, maisse prononce "keulnel" enAnglais.De même
qu'enFrançais les lettres f et pne se prononcent pas dans les mots "nerf"
et "baptême", de même, enAnglais, les lettres bet r ne se prononcent pas
dans les mots "debt", "bomb" et "iron" (on dit "aïen" !).
Une autre difficulté de la langue Yemba qu'on va constamment
rencontrer dans les proverbes est la formation du pluriel des mots. La
règle de base est que le pluriel se forme par le préfix e "me". Exemples :
moh-o’ (le père) ; me moh-o’ (les pères). E nguia’ (la maison) ; me
nguia’ (les maisons). Mais cette règle comporte beaucoup d'exceptions.
Exemples : me-ndju’ (la femme),a pour pluriel wo-ndju’ (les femmes) ;
tout comme meung-nkœhh (l'enfant) a pour pluriel e wo-nkœhh (les
enfants). Autre exemple : a zou’ (la chose), a pour pluriel e tsou’ (les
choses).
18J'invite les lecteursYembaà ne pas se décourager faceaux difficultés
qu'ils vont éprouver en abordant pour la première fois cette nouvelle
méthode de transcription. Car ces difficultés vont s'atténuer au fur et à
mesure qu'ils vont faire des efforts pour se réapproprierces proverbes qui
sont le socle de leur culture. Je leur recommande notamment de lire
d'abord la traduction française avant de revenir au patois. Pour que la
version française soit aussi proche que possible du patois, j'ai été parfois
obligé d'écorcher la langue de Molière, notamment lorsqu'il s'est agi de
décliner la signification littérale des proverbes. Je sollicite donc
l'indulgence des puristes pour certaines lourdeurs syntaxiques et pour
certaines expressions typiquement "locales": c'était le prix à payer pour
rendre nos proverbes intelligibles et les mettreà la portée de tous,certes,
mais tout en essayant de ne pas les dépouiller complètement de toute
touche locale qui fait justement leur fraîcheur...
Ilm'est arrivé enfin de citer les "sources" de certains proverbes. J e
précise qu'il ne s'agit pas des gens qui ont inventéces proverbes, mais de
ceux dans la bouche de qui je les ai entendus au moment où j'étais dans
mon travail de "collecte". Puisque rien me m'y obligeait, on pourrait
naturellement yvoirun clin d'œil de courtoisie fait à ces
Personnesressources qui, à leur insu, ont participé à mes recherches ; mais j'ai
voulu aussi et surtout montrer que pour faire ce genre de recherches, on
n'a pas besoin de fréquenter assidûment les bibliothèques, à la recherche
improbable d'unebibliographie qui n'existe d'ailleurs pas: il suffit parfois
d'être curieux et d'avoir une mémoire exercée pour récolter, dans les
conversations de la viecourante, tout le matériau nécessaire.Car,comme
le disait si bien le poète allemand Johan Wolfgang Goëthe, « pourquoi
chercher lebonheur si loin quand il est si proche ?»
*
* *
Voici donc –et toutà fait malgré sonauteur…–, un livre écrit en trois
langues. La chose est suffisamment rare en elle-même pour ne pas
susciter d'emblée la curiosité. Mais par-delà cet aspect "gadget" qui
risque de polariser les attentions, comment ne pas se rendre à l'évidence
qu'il s'agit d'un pas significatif dans la bataille que nous devons livrer
pour la survie de notre culture ? Ilne s'agit certes pas d'un pas décisif,
mais je pense, à l'instar de Monseigneur De Courtray, qu'« il vaut mieux
allumer une petitebougie que maudire l'obscurité » .
19S'il est vrai que ma petite bougie ne va pas vaincre toute seule les
ténèbres de l'aliénation culturelle dans lesquelles nous nous prélassons
avec tant de sadomasochisme, il est tout aussi vrai que des centaines et
des milliers de bougies pourraient faire reculer ces ténèbres ; à la seule
condition que chacun d'entre nous prenne conscience du danger de mort
(culturelle) qui nous guette en tant que peuple, et se résolveàallumer sa
petitebougie.J'inviteceux qui en doutentà méditercesbelles paroles de
MèreTérésa : «Nousavons le sentiment quece que nous faisons est une
goutte d'eau dans l'océan. Mais cet océan ne serait pas ce qu'il est sans
cette goutte d'eau.»
20«La langue parlée et écrite d'un peuple est peut-être
son héritageculturel le plus important » (UNESCO, 1995).
Absence
18- Ngneung-hè te sî a’, a jou-o zi’ teung-ne teung-ne’ veut dire à
peu près: quand quelqu'un est absent, ses affaires ne peuvent pas bien
marcher. Moralité: les intérêts des absents ne sont jamais bienprotégés.
A rapprocher de:"qui vaà lachasse perd sa place " ; " lesabsents sont
vite oubliés " (proverbes français) ; " the nearest, the dearest " ; " long
absentarealways wrong " (proverbesanglais).
Accoutumance
- Ngneung-hè nang-ha’ lepè, e juèt, a‘te‘ jouh’ veut dire à peu
près: celui qui habite près d'une chute d'eau n'entend pas le bruit de la
chute (source: M. Dountsop Jean à Yaoundé le 10/6/95). Moralité: on
finit par s'habituer à tout, même aux choses désagréables (nous verrons
plus loin uneautre signification dece proverbe).
- E Z ndeu Z hi tchuihh-è’ mbâ ndzôveut dire littéralement: c’est le
vampire (ou l'anthropophage) qui a grandi dans la concession où il y a
des ordalies.Moralité: on utilisece dicton pour se plaindre de quelqu’un
(un enfant têtu, un voleur ou un criminel endurci par exemple) qui ne
change pas de comportement malgré les conseils qu’on lui donne ou les
19punitions qu’il subit . C'est l'équivalent de:" l’apothicaire ne sent pas
ses drogues " (proverbe belge) ; "qui cultive l’oignon n’en sent plus
l’odeur " (proverbe allemand) ;" les enfants du forgeron n’ont pas peur
des étincelles " (proverbe danois) ;"si tu vois unechèvre dans le repaire
18
A jou-o zi’ est lacontraction deA zoou-o zi’ qui signifie "lachose qui luiappartient".
C'est une forme de contraction que nous rencontrerons dans beaucoup de proverbes,
mais nousavons préféré donnercette précision une fois pour toutes.
19 En effet, dans l’Afrique traditionnelle, en cas de décès par vampirisme, l'accusé
pouvait subir l'épreuve des ordalies pour se disculper.Ilest évidentqu'une telle épreuve
ne pouvait avoir aucun effet sur celui-ci s'il avait grandi au milieu de ces ordalies, car
comme on le sait, les microbes qui se développent dans un hôpital sont très résistants
aux remèdes…
21du lion, crains-la " (proverbe Bambara du Mali). A rapprocher de:
"l’habitude est une seconde nature" (proverbe grec, Evenus, cité par
Aristote in Ethique à Nicomaque) ; " use isa second nature " (proverbe
anglais).
Accusation (fausseaccusation)
-Me’ neung mbap leu-è tchouhh Z meung Z veut dire littéralement:
on a mis dans ma bouche la viande du vampirisme (ou de
l'anthropophagie) (source: M. Vouffo Tâ Nkoumbo Albert à Ndziih le
10/10/97).Moralité: je suis victime d'une fausseaccusation.
- Me koou-o wou’ zou’, ou ke nguœhh’ veut dire: si on t’accuse
[faussement] d’avoir commis une faute, alors, commets-la ! (source: M.
TakouezimPierreàNdziih le 22/12/92).Moralité: une fausseaccusation
est une incitation au crime. C'est l'équivalent de:"si tous disent que tu
es unâne, il est temps debraire " (proverbe hébreu) ; " si trois personnes
te disent que tu es ivre, couche-toi " (proverbe géorgien) ;"si à midi le
Roi tedit qu’il fait nuit, contemple les étoiles " (proverbe persan) ;
"comme on le traite de chat sauvage, il se met à voler des poules "
(proverbe malgache). A rapprocher de:" il vaut mieux être pendu pour
un mouton que pour un agneau " (proverbe général) ; " better to be
hanged for a sheep than a lamb " (version anglaise) ; « si tu te tais, tu
meurs ; si tu parles, tu meurs.Alors, parle et meurs » (TaharDjaout).
Adulte
- A touhh-o’ ndœè, a’ si ngo nkô soû’ hi Z veut dire littéralement:
c'est unadulte qui peut raser la tête d'unautreadulte (source:M.Zeumo
Emmanuel à Ndziih le 13/7/96). Moralité: même si un adulte commet
une faute,c'est unautreadulte qui peut le réprimander, pas un enfant.
-Me’ hho te’ nkiak-nè ndœê’ veut dire littéralement: on ne relève
jamais publiquement la faute d'un adulte (ou d’un aîné, ou d’un
supérieur). Moralité: quand des gens qui ont une certaineimportance
sociale commettent une faute, il ne faut jamais les interpeller
publiquement, afin de leur éviter la hhonte. A rapprocher de: " les chefs
n'arrangent pas leurs palabres devant l'Assemblée " (proverbe Libinza
de laRépubliqueDémocratique duCongo).
22- Me’ hho te’ nhah-a ndzouhh-o’ touhh tsouh’, a’ song-hô veut
dire littéralement: on n'enlève jamais en public la tenue qui couvre la
tête du griot.Moralité: la même que dans le dicton précédent.
- E fô nteum’ ndzeum, me’ zô veut dire: quand le Chef tourne le
dos, on lui profère des injures. Moralité: on n’injurie jamais les Chefs
(ou les grands) en leur présence, mais dès qu’ils tournent le dos, les
langues se délient. C’est pour cela que ceux-ci ne doivent jamais prêter
attentionaux ragots.
- Me’ hho te’ ndzô’ ndœê song-hô’ veut dire littéralement: on
n'insulte jamais en public un adulte (ou un aîné, ou un supérieur).
Moralité: la même que dans le dicton précédent.
- Me’ hho te’ tchû jou-o’ mô, e nguiâ’ mbou ndœê’ veut
dire littéralement: on ne prend jamais lachose de l’enfant pour donnerà
l’adulte. Moralité: lorsqu’on est un adulte (ou un grand), on ne doit pas
s’abaisser pour disputer certaines choses avec les enfants (ou avec les
"petits").
- E moh’ ndœê’ mô kè veut dire: est-ce qu’un grand est un petit ?
Moralité:ce dicton s’utilise pour rappeler quelqu’unà l’ordre, et signifie
alors :" il faut te comporter en adulte ". Dans certaines circonstances, il
signifieaussi: " je ne suis pas un enfant, je saisce que je fais ".
- E nkia’ sâ’ seum a’, e Z mbo’ fang’ veut dire: lorsque le raphia
donne des fleurs, ça veut dire qu’il est déjà grand (source: M. Zeumo
erEmmanuel au téléphone le 1/6/95). Moralité: il ya certains signes qui
montrent que l’enfant est déjàadulte (ou qui montrent que quelquechose
estarrivéà maturité).
Adultère
- A tchœh-è hi ou wouè Z me-ndju’, a’ ngnimne’ nang’, e mbing Z
ndzèt chœhh, e tchœh’ a, a’ toou ndzingte,ou ping ngue chœh Z, a’
nang-ha’ nguia’ nong ndjû veut dire littéralement: plutôt qued’avoir
une femme fidèle mais triste, il vaut mieuxavoir une femme qui "tourne"
dehors, mais qui rentre accueillir son mari avec le sourire à la maison.
Moralité: unefemme adultèremais joyeuse est préférable à une femme
fidèle mais triste.
23Aide (aide-toi...)
-Me’ hho te’ souk-ou nèt Z ngneung Z te hi’ ndjuh-tê veut dire: on
ne peut pas bien aider quelqu’un à se laver s’il ne se frotte pas le corps
lui-même.Moralité: l’aide n’est efficace que si la personneaidée fournit
déjà des efforts pour résoudre son problème. C'est l'équivalent de:
"aide-toi et le ciel t’aidera " (proverbe général) ; " heaven helps those
who help themselves " (version anglaise) ;" le fruit mûr tombe de
luimême, mais, il ne tombe pas dans la bouche " ;" le Maître ouvre la
porte, mais c'est à toi d'entrer " (proverbes chinois) ;" Dieu nourrit les
oiseaux qui s’aident de leursailes " (proverbe danois) ;" la victoire vient
de Dieu, mais le guerrier doit lutter de toutes ses forces " (proverbe
indien) ;" demande au ciel une bonne récolte et continue de labourer "
(proverbe de Slovénie) ;" celui à qui Dieu a révélé l’emplacement d’un
trésor doit le mettreau jour lui-même " (proverbe tchèque) ; «Dieu ne va
jamaisau secours que des gens qui savent nager » (AchilleChavée).
-Me’ hho te’ tchû ngneung-hè pih Z,a’ wouah-a lepah-â’ veut dire
à peu près: il ne faut pas jeter lecoussin dès que quelqu'un t'aideà porter
tacharge.Moralité: la même que dans le dicton précédent.
- Zi tchuh-è pâ kekang’, te’ ngah-te nguè me’ tchû wou’ veut
dire: essaie d’abord de soulever ton sac toi-mêmeavant de demander de
l’aide. C’est l’équivalent de: " aide celui qui porte lui-même son
fardeau, mais non pas celui qui le dépose à côté " (proverbe général) ;
"assist him who is carrying his burden but by no means him who is
laying it aside " (version anglaise) ;"si tu veux que le passant t’aide à
charger ta jarre sur la tête, fais d’abord toi-même l’effort de la porter à
la hauteur de tes genoux " (proverbebéninois).
- A le lah-a’ ngo’ hi me’ hho nhah-a lemœèt ngneung, a’
souhhoû! Veut dire littéralement: ah, si on pouvait ouvrir les fesses de
quelqu'un pour qu'il pète ! Moralité: il ya des choses qu'on ne peut pas
aider quelqu'unà faire.
Alarme (cri d’alarme)
- Mî-mî, a mî’ ngneung‘ ntseum‘ veut dire littéralement: l'avaleur
avale tout le monde (source: Tègni Nguimfack Etienne à Yaoundé le
5/6/95). Moralité: méfie-toi de quelqu'un qui est réputé faire du mal ;
car, même s'il te manifeste de l'amitié, il finira par te faire aussi du mal.
C'est l'équivalent de: " le glas sonne pour tous " (proverbe général) ;
24«don't send to know for whom tolls the bell: it tolls for thee» (John
Donne). A rapprocher de: " who chatters to you will chatter at you "
c'est-à-dire" celui qui vous parle mal desautres finira par parler mal de
vous aux autres " (proverbe anglais) ; «qui sait flatter sait aussi
ercalomnier » (Napoléon 1).
-Me hhè tchœo lè, ou Z kœ Z jou’ kœ Z veut direà peu près: quand tu
entends des cris d’alarme, il faut faire comme les autres et fuir aussi.
Moralité: il est prudent de s’enfuir quand on entend uncri d’alarme, sans
chercherà savoir si le danger estavéré ou pas.
-A’ teum-è’ ke-ndong, e mbo’ lèrè tô veut dire littéralement: siça
touche le bananier plantain, c'est que, fais-quoi-fais-quoi, ça va toucher
aussi le tuteur [qui soutient ce bananier]. Moralité: quand tu es très
proche de quelqu'un, ses malheurs rejaillissent sur toi. A rapprocher de:
" si la maison de ton voisin brûle, prends garde à la tienne " (proverbe
général) ; " when your neighbour's house is on fire, beware of your
own " (version anglaise) ; " au lieu de te moquer de la barbe de ton
voisin qui prend feu, pense plutôt à mouiller la tienne " (proverbe
tchadien).
Alibi
-Me’ le hhô’ ntsong,a’ hhè hi’ nong Z sang-hâ messong’ mvoouhh
veut dire: on a arrêté un voleur et, pour se défendre, celui-ci a dit qu’il
ne faisait que compter les dents de la chèvre. Moralité: le voleur ne
manque jamais d’alibi.
- A’ zeung kekang’, e chuang’ nèt tchuâ mô veut dire: incapable
de bien danser, il s'est retourné pour frapper l'enfant [comme si c’est
l’enfant qui l’empêchait de bien danser !]. Moralité: il a trouvé un alibi,
un prétexte.C'est l'équivalent de: " le mauvais danseuraccuse lebatteur
de tam-tam " (proverbe Luluwa de laRépublique Démocratique du
Congo) ;"quand on ne veut pas danser, on dit que la terre est mouillée "
(proverbe deMalaisie).
- Mô le hhe’ nœhh-è nguia’,enguè jœh’si seung-hè veut direà
peu près: l’obscuritéa servi d’alibi (ou de prétexte)à l’enfant qui voulait
faire caca dans la maison. Moralité: quand on veut commettre un acte
répréhensible, on ne manque jamais d’alibi.
25- Ngneung-hè Z môtè Z koukou’ leya’, ou zehh nguè a Z fah-a Z
20tchuèt’ veut dire: si quelqu’un triture longuement le koukou’ , il faut
savoir qu’il cherche le grumeau. Moralité: si quelqu’un retourne une
marchandise dans tous les sens, il faut savoir qu’il cherche à tout prix à
lui trouver un défaut.
-Me’ le hhe’ joung-ho’ meung-mbœhh’, e nguèa’ nœhh-è nkah’
kia’ veut dire: onachassé lechien sous prétexte qu’ila faitcaca dans le
champ de tabac. Moralité: quand on est décidéà fairedu mal à
quelqu’un, on ne manque jamais de prétexte pour le faire. C’est
l’équivalent de:"qui veut noyer son chien l’accuse de rage " (proverbe
français);" givea dogabad nameand hang him " (proverbeanglais).
- Me’ le toungtè Moh-o’ Ndê nguè a ko’ nguœhh tè tsouhh Z
lewoueuhh’ lè, a’ hhè lewoueuhh mè mboû ndzang-ha hi’ zang’ veut
dire: interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à manquer à un deuil,
Moh-o’ Ndê a dit que c’est parce que ce deuil l’a beaucoup touché
(source: Dr Nanda Pierre-Roger à Yaoundé le 8/4/96). Moralité: nous
ne sommes jamaisàcours d'alibis pour excuser nos manquements.
- Me’ le tchuh-è’ ngneung-hè-foouhh’ nteum-è si Z, a’ hhè Z
lekœng’ mè-wouob’ sâ’ veut dire: on a renversé un Bafou [lors d’une
bagarre] et, pour justifier sa mésaventure, ila prétexté que la marmite de
sa mère s’était cassée [et qu’il n’avait donc pas mangé]. Moralité: le
lâche et le faible trouvent toujours des prétextes pour justifier leur sort.
C'est l'équivalent de: on a craché à la figure du lâche et il a dit : « il
pleut » " (proverbe libanais) ; " l’autruche, quand il faut voler, dit « je
suis un chameau » ; et quand il faut porter un fardeau, elle dit: « je suis
un oiseau » " (proverbe égyptien).
Ambition (ambition démesurée)
- E ntong’ ngneung’ tsoh-o Z lehia’, a’ le Z fou’ koou-o’ jou-ô veut
dire à peu près: quand on est trop gourmand (ou trop ambitieux), on ne
peut rien faire de bien dans la vie. C’est l’équivalent de:"une ambition
trop grande estcondamnéeà lachute " (proverbe français) ; "a shoe too
large trips one up " (proverbeanglais).
20
Le Koukou’ c'est du macabo pilé qui se mange soit avec la sauce, soit avec des
légumes.
26- E mbâ ou le hhoZ feû’, e nguè ou si ngo’ ntâ veut dire
littéralement:Ilnefaut pas être la patte et dire que tu es lacuisse[car on
sait que la cuisse de l’animal est plus charnue que la patte]. Moralité: il
faut savoir être modeste et ne pas se donner plus d’importance qu’on
n’en a. C’est l’équivalent de:" la grenouille veut se faire aussi grosse
que lebœuf " (proverbe latin) ;" on venait ferrer lecheval duPacha et le
scarabéea tendu la patte " (proverbe persan) ;" ne vous lancez pas dans
une entreprise qui dépasse vos moyens " (proverbe français) ; " don’t try
to fly without wings " (proverbe anglais). A rapprocher de:" c’est en
voulant suivre le criquet-pèlerin en vol que meurt le criquet rouge "
(proverbe ouest-africain) ;" ne charge pas tes épaules d’un fardeau qui
excède tes forces " (proverbe latin).A rapprocher de:" parmi les faibles,
le plus fort estcelui qui n’oublie pas sa faiblesse " (proverbe suédois).
- Ngneung-hè nkièrè pâ zi’ jœh-è a Z kouh Z wou’ veut dire à peu
près: quechacunaccroche son sacà une hauteur telle qu’il n’aura pas de
difficultés à le reprendre. Moralité: il ne faut pas avoir des ambitions
démesurées. C’est l’équivalent de: "selon ta bourse, gouverne ta
bouche" (proverbe général) ;" ne forçons point notre talent " (proverbe
français) ; " cut yourcoataccording to yourcloth " ; " strech yourarm
no further than your sleeve will reach " (proverbes anglais). A
rapprocher de:" le boiteux veut jouer à la balle " (proverbe latin) ;" ne
charge pas tes épaules d’un fardeau qui excède tes forces " (proverbe
latin) ; «l’ambition dont on n’a pas la compétence est un crime »
(Châteaubriand).
- Te tchuh-è pâ zi ou hho’ le Z pih veut dire: ne soulève pas le sac
que tu ne peux pas porter. Moralité: la même que dans le dicton
précédent.C'est l'équivalent de: «tu n’as point d’ailes et tu veux voler ?
Rampe » (Voltaire); «un vers de terre amoureux d’une étoile » (Victor
Hugo).
Am e (auxâmesbien nées...)
-Me’ hho ndzihh-è mô chûâ’ me ntsoh-o’ touhh’ hi veut dire: le
21petit chûa naît toujours avec des cheveux sur la tête. Moralité: un
enfant intelligent se remarque dès son plus jeune âge. C'est l'équivalent
de: " unbébé néavec des moustaches " (proverbealgérien) ; «auxâmes
21Lechûaest un oiseaubavardà longue queue, très intelligent et très vigilant.
27bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années » (Pierre
Corneille) ; " greatness knows no age " (proverbe anglais) ;" pendant
que l’épine est jeune, elle pousse ses pointes " (proverbe hébreu) ;"c'est
dès l'aurore qu'on connaît la bonne matinée " (proverbe Toucouleur du
Sénégal) ; " lecoqbeau parleurchante dès qu'il sort de l'œuf " (proverbe
arabe) ; «tôt piquece qui sera une épine » (RichardHills).
Ami /Amitié
- A piya’ hho te’ mboung-ho soû hî’ veut dire: même un fou ne
manque pas d'ami. Moralité: l'amitié est quelque chose de subjectif qui
échappe à toute rationalité. A rapprocher de: «il n'est si laide marmite
qui ne trouve soncouvercle » (Cervantès).
- E ngueû mboung’, a lâ mbâ ngang-nkap’ hhœôveut dire: le
visiteur du pauvre ne s'est jamais détourné de son chemin pour aller
plutôt chez le riche (source: M. Zeumo Emmanuel à Ndziih le 13/7/96).
Moralité: même un pauvrea desamis que l'argent ne peut pas détourner.
-Essoû ntsong’,a’ si ngo ntsong veut dire: l'ami d'un voleur est un
voleur.Moralité: on finit par ressemblerà sesamis.
- Te kièrè pâ jou’ a’ le zeung-hè piya, me’ nang-ha ndjœô’ wè’
hi’ veut dire: n’accroche pas ton sac à côté du fou, de peur qu’on vous
voit tout le temps ensemble. Moralité: choisissez bien vos amis (et vos
voisins), car, on vous jugera à travers eux. A rapprocher de: " dis-moi
qui tu hantes, et je te dirai qui tu es" (proverbe général, tiré de
Cervantès, Don Quichotte);" qui se ressemble s’assemble " (proverbe
général) ; " birds of a feather flock together " (version anglaise) ; " la
compagnie des gens vulgaires gâte l'esprit " (proverbe français) ; " low
company taints the mind " (proverbeanglais).
- Ou nkong-ho ngneung, pê hi’ kouèrè kê mè-dzèhh leh-i’ sâ’ :
veut dire à peu près: si tu aimes vraiment quelqu'un, attache la clôture
avec lui sur la route le jour du marché (source: M. Takouezim Pierre à
erNdziih le 1/12/95). Moralité: quand on a un véritable ami, on ne doit
pas lecacher.
- E mbong soû’, a tsiè meung’ miyaveut dire: un ami sincère
dépasse un frère. Moralité: il y a des circonstances dans la vie où des
amis volentà notre secoursalors que nos propres frères sont indifférents.
C'est l'équivalent de:" l’ami est quelquefois plus proche qu’un frère " (la
28Bible,Livre des Proverbes) ;"ruiné, tu peux aller chez ton ami, mais
nonchez ta sœur " (proverbe indien).A rapprocher de: «famille, je vous
hais » (André Gide) ; « le lien familial est un lien pourri » (Jean-Paul
Sartre).
- E nguiya mpong, e’ hho te’sak-âveut dire littéralement: la
distance qui mène à l'amitié n'est jamais trop grande (c'est-à-dire que la
distance ne rentre pas en ligne de compte lorsqu’il s’agit de se faire des
amis). Moralité: les bons amis ne sont pas nécessairement ceux qui
habitent tout près de nous ; on peut avoir de bons amis qui vivent loin
(source: Mme Kenfack Lydienne au téléphone le 23/10/96). A
rapprocher de:" loin des yeux, près du cœur " (proverbe général) ; " out
of sight is not out of mind " (versionanglaise).
- Levoouhh nkong-ne, e’ hho te’ nguuihh-ê veut dire: la kola de
l’amitié n’est jamais amère (source: Mme Kenfack Lydienne au
téléphone le 23/10/96). Moralité: ce qu’on fait (ou ce qu’on donne) par
amitié n'est jamais mauvais.
-Pouh-nguia’,a’ loou’ tèh Z veut dire littéralement: lecouteau de la
maison est très tranchant.Moralité:celui qui teconnaît
trèsbien[c'est-àdire tonami, ton frère ou ton parent] peut te fairebeaucoup de mal.C’est
l’équivalent de:" on n’est jamais trahi que par les siens " (proverbe
général) ;" chacun a pour ennemis les gens de sa maison " (la Bible) ;
"le poisson a confiance en l’eau, et c’est dans l’eau qu’il est cuisiné"
(proverbe du Sénégal) ; " le couteau sur le cou, la tortue déclare: «c’est
lecouteau d’une personne familière qui tue » " (proverbe duTogo) ; " on
accepte une coupe de poison de celui qui vous a offert cent coupes de
nectar " (proverbe indien) ;" courroux de frères, courroux de diables
d’enfer " (proverbe français, tiré de Gabriel Meunier, Trésor des
sentences) ; " le feu qui te brûlera, c'est celui auquel tu te chauffes "
(proverbe Bantou) ; " le baiser d’une tante est froid " (proverbe
écossais) ; " nul ami tel qu’un frère, nul ennemi comme un frère "
(proverbe indien) ; «c’est de la familiarité que naissent les plus tendres
amitiés et les plus fortes haines »(Rivarol); «les pires guerres sont,
après tout, les guerres entre frères » (RaymondAron).
- A jou-o’ hho Z te’ nè wou pène Z, a’ le Z wou’ tsouk’ veut dire
littéralement: si quelque chose n’est pas collé sur toi, ça ne peut pas te
piquer. Moralité: il faut se méfier des amis et des intimes qui, parce
qu’ils sont très proches de nous, sont nos plus dangereux ennemis
29potentiels. A rapprocher de: "un faux ami est plus dangereux qu’un
ennemi déclaré " (proverbe général) ; "a falsefriend is worst than a
bitter enem y " (version anglaise) ; " le cueilleur de vin de palmea dit:
«c’est le couteau de sa propre gibecière qui blesse » " (proverbe du
Togo). A rapprocher de: «que Dieu me garde de mes amis ; mes
ennemis, je m’encharge » (Jean-JacquesRousseau).
-Essoû’ pœo-metseum Z,a te’ soû ngneung-hè veut dire:" l'ami de
tout le monde n'est l'ami de personne " (proverbe français) ; " avoir
beaucoup d’amis, c’est n’avoir point d’amis " (proverbe latin) ;
" everybody's friend is nobody's friend " (proverbe anglais). A
rapprocher de: "qui goûte de tout se dégoûte de tout " (proverbe
français) ; " he who tastes everything tires of everything " (proverbe
anglais).
-Hhe ntong-ho’ ngneung lè soû wou,endzi ndzèhh’ hi’ veut dire
littéralement: avant de dire que quelqu'un est ton ami, il faut d'abord le
connaître. Moralité: méfiez-vous des amis que vous ne connaissez pas
bien. C’est l’équivalent de:" avant de bien connaître un homme, il faut
avoir mangé une livre de selavec lui " ; (proverbe général) ; "before one
knows a man well, one must have eaten a pound of salt with him "
(versionanglaise).
- A hô mèzezeung’ hi veut dire littéralement: il est vraiment son
ombre. Moralité: on le voit partout avec lui. C’est l’équivalent de:" ils
sont comme cul et chemise " ; " ils sont copains comme cochons "
(proverbes français) ; " theyareas thickas thieves " (proverbeanglais).
- Po’ hi’ pah’ messong po’ leû’ la’ veut dire: ils sont comme les
dents et la langue (c'est-à-dire qu'ils s'entendent comme les dents et la
langue).C'est donc uneautre variante du dicton précédent.
- E mbœhh’ po’ kouna zing-hè, po hi’ le Z jouh-ne Z veut dire
littéralement: si un chien "marche" avec un porc, ils ne peuvent pas
s’entendre (source: Tègni Nguimfack Etienne à Yaoundé le 11/11/96).
Moralité: si nos amis sont trop différents de nous, nous ne nous
entendrions pas facilement avec eux. C’est le contraire de : " tout ce qui
se ressemble s’assemble " (proverbe général) ; " birds of a feather flock
together " (versionanglaise).
-A nkâ’,a wouâ’ kâ veut dire littéralement: que le singe fréquente
le singe.Moralité: la même que dans le dicton précédent.
30- Meung ndah-a ngo’ soû Fô, a’ hhe’ kô zâ, meung kô
tchouhhmbouh-e’ veut dire: que ne suis-je un ami du Chef pour profiter de la
22construction de son King Place (a zâ ) pour aménager l'entrée de ma
concession(tchouhh-mbouhZ). Moralité: on ne perd jamaisà êtrel’ami
des grands. Cela signifie, d’un point de vue machiavélique, qu’on doit
choisir ses amis en fonction des avantages qu'on peut en tirer (source:
M.DountsopJeanàYaoundé le 20/8/96).
-Me-ndju le hhè « ou nang-ha‘ ou‘ te‘ zihh’, ou te hhô, ou’ le’ soû
wou‘ zehh »veut dire: la femme a dit: « si tu n'accouches pas et tu ne
tombes pas malade, tu ne peux pas connaître ton véritable ami » .
Moralité:" c’est dans le malheur qu’on reconnaît ses véritablesamis" ;
"à bourse pleine, amis nombreux " (proverbes français) ; " a friend in
need isa friend indeed " ; " friendsare plenty when the purse is full "
(proverbesanglais).
- A hô soû melouh Z veut dire littéralement: ce n’est qu’un
compagnon d’ivresse. Moralité: c’est un ami des beaux jours sur qui on
ne peut pas compter en cas de malheur. C'est l'équivalent de:
«donnezmoi un compagnon de larmes, je trouverai seul un compagnon
d’ivresse »(proverbe deSerbie).
Amour
-E nkong-ne Z, e tsiè’ jou-o Z tseum Z veut dire littéralement: l’amour
est au-dessus de tout. C’est l’équivalent de: " l’amour dépasse tout
" (proverbe général);" love and lordship never like fellowship "
(versionanglaise).
- Me’ kong-ho wou’ tè mi’, ou koueuhh’ veut dire: si tout le
monde t’aime, tu meurs. Moralité: quel que soit lebien que tu fais, tout
le monde ne peut pas t’aimer.
- Me’ hho te’ mveung-hè ngneung lè hiyâh-â’ veut dire
littéralement: on n'accepte jamais quelqu'un sans réserve. Moralité: la
même que dans le dicton précédent.
- Ou kong-ho’ ngneung Z, e’ mveung’ melâ mi’, e’ mbing mbâ’
ngneung Z, e ndœh-è nou-neu-è zi’ veut dire: quand tuaimes quelqu’un,
22
Il s'agit de la grande place des fêtes qui se trouve à l'entrée des chefferies
traditionnelles.
31tu acceptes ses mensonges, et quand tu détestes quelqu’un, tu refuses sa
vérité (source: M. Takouezim Pierre à Ndziih le 29/3/96). Moralité:
nous pardonnons tout à nos amis, et nos ennemis ne trouvent jamais
grâce à nos yeux. A rapprocher de :" même si tu n’aimes pas le lièvre,
reconnais au moins sa vitesse " (proverbe du Burkina-Faso) ;" l’amour
et la haine dépassent toujours les bornes " (le Talmud) ;"un cheveu de
qui l’on aime tire mieux que quatre bœufs " (proverbe allemand) ;" la
morsure de labouche qu’onaime vaut mieux que lebaiser d’uneautre "
(proverbe libanais) ; « je préfère mes amis à tout. Même à la vérité »
(Pierre Rey); «sortant de certaines bouches, la vérité elle-même a
mauvaise odeur »(Jean Rostand) ; « lorsque les femmes nous aiment,
elles nous pardonnent tout, même nos crimes. Quand elles ne nous
aiment pas, elles ne nous pardonnent rien, pas même nos vertus »
(Honoré de Balzac); «Il faut se faire aimer, car les hommes ne sont
justes qu'enversceux qu'ilsaiment » (JosephJoubert).
- Ngneung-hè hho me’ wou Z, ou hho me’ hi’ veut dire
littéralement: si quelqu’un est avec toi, il faut êtreavec lui.Moralité: si
quelqu’un t’aime, il faut aussi l’aimer. C'est l'équivalent de: " aime qui
t’aime, serait-ce un chien " (proverbe Touareg). A rapprocher de: " le
verbe aimer est un verbe qu’il faut conjuguer à deux " (proverbe
général) ; " it takes two to tango " (proverbeaméricain).
Anguille (anguille sous roche)
- E mbab-ndoou Z le hhè‘ « a nou’ me’ hhœoh » veut
dire littéralement: le rata dit: « il y a beaucoup de choses dans les
joues »[c’est en effet dans les joues que le rat transporte sa réservede
nourriture]. Moralité: on utilise ce proverbe pour faire comprendre à un
interlocuteur qu’on n’est pas dupe, et qu’on sentbien qu’ilcache quelque
chose.C’est donc l'équivalent de" il y aanguille sous roche " (proverbe
général) ; " there is more thancan meet the eye ";" there'sa snake in
the grass " ; " there's something fishy going on " ; " there's something
ominous " (proverbes anglais) ; " celui qui cache quelque chose de
pourri sentira mauvais " ; " si quelqu'un veut mentir, il éloignera d'abord
le témoin " (proverbesToucouleur duSénégal).
- Lepoh Z hho te’ mbî Z te hho’ hi a jou-o’ tsouk-oû veut dire: le
melon ne pourrit jamaissans avoir été piqué par quelque chose.
Moralité: il n’ya pas d’effet sans cause. C'est l'équivalent de:" il n’y a
32pas de fumée sans feu" (proverbe général) ; " there is no smoke without
fire " (version anglaise). A rapprocher de:"si le paralytique menace de
te lancer un caillou, sache qu'il a le pied sur le caillou " (proverbe
Bamiléké du Cameroun) ; "si le paralytique lance des pierres après
quelqu’un, c’est sûrement un homme valide qui les a placées à côtéde
lui" (proverbe duTogo).
- E ntsihh’ teu-è pah-a’, melah Z me nteung Z veut dire: la rivière
est dangereuse parce qu’il ya des endroits profonds. Moralité: la même
que dans le proverbe précédent (source: M. Folefack Fidèle à Yaoundé
le 24/3/94).
-E ntsihh’ teu-è teû mbeung Z veut dire littéralement: la rivièreest
forteàcause de la force de la pluie (c’està dire que le débit de la rivière
est d’autant plus important enaval que la pluie est tombéeabondamment
en amont). Moralité: la même que dans le proverbe précédent. C'est
l'équivalent de: " les vents de mars et les giboulées d'avril produisent les
fleurs de mai " (proverbe général) ; " March winds and April showers
bring forthMay flowers " (versionanglaise).
-A pou ngnik-e’, a’ hho te’ nguœô tchouhh-ô’; te ngo hia’ hho
tchouhh Z ngnik-i’, ou zehh nguèa’ hho tchœhh‘ ngoung Z veut dire: la
main vide ne va jamaisà labouche ; si jamais elle le fait,c’est quec’est
pour pousser un cri d’alarme (source: M. Ghokeng Thimoléon à
erDschang le 1/7/95). Moralité: il y a des choses qu’on ne fait pas pour
rien. A rapprocher de:" on se lie d’amitié avec le singe pour que son
bâton ne reste pasaccrochéà l’arbre " (proverbe duNiger) ;"si tu vois
le poisson sortir de l’eau, c’est qu’il faitchaud là-dedans " (proverbe de
Côte d'Ivoire) ;"si l'enfant t'insulte,c'est quechez lui, ona dit du mal de
toi " (proverbeDida deCôte d'Ivoire) ;"si tu vois uncrocodile s’acheter
un pantalon,c’est qu’ila trouvé une solution pour faire sortir sa queue "
(proverbe éthiopien) ;"si tu vois les mouches s’attacher à un lieu, c’est
qu’il ya une odeur " (proverbe deMauritanie).
-Ngneung-hè hho le Z ntongte’ le-nhwè’ te’ hho’ hi lok-o ndzob-o
jou-ô veut dire littéralement: quelqu’un ne peut pas siffloter sanschanter
quelque chose (c’est à dire sans rythme). Moralité: la même quedans le
dicton précédent.
33Anticipation
-Ou lê nteum-ê lekong-ho ntchouhh feung veut dire littéralement:
tu ne fais que piquer la plaieavec la lance.Moralité:ce que tu dis –ouce
que tu fais– arrive à point nommé. Dans certaines circonstances, ça
signifie aussi: tu m’as devancé de peu pour dire exactement ce que
j’allais dire (ou pour faire exactementce que j’allais faire).Parfois,cette
expression signifie également:ce que tu dis est la pure vérité.C’estalors
l’équivalent de:" ce que tu dis coule de source " (proverbe français) ;
" it’sa round peg ina round hole " (proverbeanglais).
- A pou-tœhh’ a’ zi ngue’ chûa, meung-seung-hè’ nong Z ngo’
nguihh-è veut dire: avant que la branche ne se casse, l’oiseau était déjà
prêt à s’envoler. Moralité: j’avais anticipé le danger et trouvé une
parade.
Apartés
- E‘ ntseum‘ me’ wê’ lah’ veut dire littéralement: ce sont les
apartés qui portent le pays (source: M. Mezatio Fabien au téléphone le
13/4/09). Moralité: c'est au cours des apartés [et non en public] qu'on
trouve les solutionsaux problèmes qui se posent dans un village.
- Ou hho te ntseum Z melâ juh-te, ou lah’ le Z zi‘ nouneu’ juh-te Z
veut dire littéralement: si tu ne prends pas part aux apartés où sedisent
des mensonges, tu rateras aussi les apartés où se dit la. Moralité: pour
acquérir de l'expérience dans la vie, il faut fréquenter tous les milieux,
bons ou mauvais. A rapprocher de:" celui qui craind tous les buissons
ne dénichera pas un gibier " (proverbeanglais) ; «si vous fermez la porte
à toutes les erreurs, même la vérité restera dehors »(Rabindranath
Tagore).
- E pœo-foouhh’ hig’ tenang-ha’ si’ mepiya, e ndzeung ntong’
ntseum Z veut dire: les ressortissants du Groupement Bafou (dans
l’Ouest-Cameroun) sont tellement intelligents qu’il leur arrive de tenir
23desapartésalors qu’ils ne sont qu’à deux (source:M.DountsopJeanà
Yaoundé le 18/9/95).Moralité: l’excès d’intelligence peut rendre idiot.
23Normalement,c’est quand on se retrouveà plusieurs que quelques personnes peuvent
ressentir la nécessité de se retirer enaparté pour parler discrètement; mais lorsqu’on est
à deux, l’aparté est évidemment superflu.
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