//img.uscri.be/pth/4ceb213b38bb6465c1b82c456f6e812b4a710297
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

La Crise fatale et le salut de l'Europe

De
129 pages

Qu’on ne cherche pas dans cette brochure l’analyse méthodique des œuvres de M. de Saint-Yves.

Je n’ai visé qu’à une chose, à dégager d’une masse énorme de principes, de faits et de raisonnements, l’idée mère, l’âme puissante qui pénètre ce vaste corps de doctrines.

Cet esprit m’était déjà connu, mais vaguement, comme d’instinct.

C’est le même qui respire à l’étroit dans mon livre intitulé : le Christ, le Pape et la Démocratie.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Paul Roca

La Crise fatale et le salut de l'Europe

Étude critique sur les missions de M. de Saint-Yves

LA CRISE FATALE ET LE SALUT DE LA CHRÉTIENTÉ

ÉTUDE CRITIQUE SUR LES MISSIONS DE M DE SAINT-YVES

Qu’on ne cherche pas dans cette brochure l’analyse méthodique des œuvres de M. de Saint-Yves.

Je n’ai visé qu’à une chose, à dégager d’une masse énorme de principes, de faits et de raisonnements, l’idée mère, l’âme puissante qui pénètre ce vaste corps de doctrines.

Cet esprit m’était déjà connu, mais vaguement, comme d’instinct.

C’est le même qui respire à l’étroit dans mon livre intitulé : le Christ, le Pape et la Démocratie.

Le génie des Missions m’a fait prendre conscience de moi-même, il m’a révélé le fond de mes propres pensées, en déchirant le voile à travers lequel je voyais confusément l’astre, dont les vives clartés donnent en plein, à cette heure, dans mes yeux.

Je me demande quel effet cette publication va produire en France, en Europe, dans le monde entier.

Dans la crise suprême que traversent nos sociétés, en religion comme en politique, dans l’état fort grave, plein de troubles, de confusions et de méprises, où se trouve la conscience publique, il est bien difficile d’en juger.

Le temps n’est plus où les questions les plus redoutables, résolues par voie d’autorité scientifique et religieuse, se tranchaient d’un mot sacramentel : magister dixit.

Il n’y a plus de maîtres sur la terre, si ce n’est les bonnes polices, les lourds budgets et les gros bataillons.

Tout prestige s’est évanoui.

La force seule, cet écrasant squelette des sociétés, tient le monde en échec.

On discute à la baïonnette, on argumente à coups de canon. Entre peuples comme entre citoyens d’une même patrie, quand on n’est plus d’accord, on n’a, pour s’entendre, d’autres raisons à se donner que celles qu’on crache au visage des gens avec des torrents de mitraille.

C’est le règne ouvert de la violence, le seul efficace d’ailleurs et le seul applicable dans l’anarchie gouvernementale qui désole notre planète.

D’autorité... n’en parlons plus : le principe en est mort, tué par les autoritaires.

On l’égorgea, quand on sépara sur le sommet le plus élevé de la hiérarchie les deux forces qui le constituaient, la science et la religion, tête et cœur du corps social, dont on a fait deux puissances adverses, alors qu’elles n’en formaient qu’une seule dans leur essence.

Cette rupture nous a perdus : la division s’est introduite par là dans le monde.

Or, la division c’est la mort, toujours la mort, partout la mort.

Dès qu’elle entre quelque part, c’est fini : la désorganisation commence, la décomposition se fait, la fermentation putride s’opère, la génération spontanée des vers apparaît, grouillante, fourmillante, dans le cadavre.

Les vers que nous voyons à l’œuvre dans le corps social désorganisé, ce sont les sectes, les partis, les classes, les individus dissociés, antonomies sans liens, cancers nés ensemble et à la même heure du divorce impie qui s’est consommé entre la science et la religion.

Le mot de Gambetta n’est juste que si on le corrige : l’ennemi n’est pas le cléricalisme ; l’ennemi c’est le sectarisme, et, ce sectarisme, il n’est pas seulement dans les divisions opposées des églises, il est dans toute la société laïque, depuis la cervelle jusqu’aux reins, depuis la moelle épinière jusqu’à la plante des pieds.

Tant que cet esprit de division et d’égoïsme radical subsistera, il n’y a pas de barrière à opposer à l’invasion de sectes et d’insectes qui pullulent parmi nous à l’infini.

Nous sommes en pleine génération de microbes, et nous retournons aux atomes d’Épicure décrochés à nouveau.

Vibrions, volvoces, acarus, bactéries, bacylles, font irruption dans tous les règnes de la vie, jusqu’aux racines des plantes par le phylloxera, jusqu’aux viscères de l’homme par le choléra.

Tout se tient dans la nature, et tout se suit : la dé-foute est générale.

Vous ne voulez plus des infiniment grands ? Tremblez : Voici les infiniment petits !

La société en dévoiement se désagrège et se dissout : il se fait une désassimilation sans fin, il s’accomplit une dégénérescence sans terme.

Séparée de la science, la religion n’a pas pu réaliser l’Église universelle ; elle n’a fait qu’engendrer des églises, des cultes, des sectes, des superstitions, des fanatiques, des ignorants.

Séparée de la religion, la science, de son côté, n’a pu former de corps social ; elle n’a fait qu’engendrer des partis, des systèmes, des fanatiques, des ignorants.

Nous roulons par en bas, et nous nous diminuons de plus en plus.

Il passe sur le corps social comme un rouleau formidable qui l’écrase pour faire l’égalité, celle du macadam, celle du nivellement à la surface comme au fond.

Du train dont vont les choses, si cela continuait, nous arriverions au nihilisme par l’abaissement inexorable des classes supérieures, quand il aurait fallu que le niveau s’établit par l’exhaussement progressif des couches inférieures.

La société n’est plus un édifice, ce n’est plus la grande Église du Christ, c’est une rue, c’est une voirie dans laquelle on crie et l’on se bouscule, la tête sous la pluie, les pieds dans la boue.

Au lieu de monter, l’Humanité descend.

Qui donc a dit que la terre était un globe céleste ? Regardez comme elle s’aplatit.

Les grands ont failli ; ils ne pouvaient que faillir ; ils opéraient dans un milieu maudit, dans les cadrés impuissants de l’ancien monde ; ils marchaient dans la nuit, n’ayant pour guide que le bâton de l’empirisme : leur chute était fatale, et il n’est plus de grands.

Ils avaient à élever les humbles jusqu’à eux ; et voilà que d’abaissement en abaissement, ils sont à la taille des petits : les géants se sont fait pygmées, les aigles rasent le sol.

On trouve des rois qui se promènent, en jaquette, sur les boulevards de nos cités, badauds parmi d’autres badauds ; on en a vu d’autres danser à Mabille la danse macabre des sociétés contemporaines.

C’est la déchéance de la race, à partir des sommets : les montagnes se font galettes.

L’esprit humain perd sa flamme par tous les pores ; la poésie s’en va dans des vers infects, et la prose nous envahit, la prose de Pot-Bouille et de Nana !

On ne connaît plus l’enthousiasme ; on s’en défend pour soi ; on le persiffle chez les autres.

On rit de tout, surtout de la vertu. Triste faculté que celle de ce rire, feu follet d’êtres qui s’éparpillent ; c’est le phosphore qui brille encore dans la déroute totale du cerveau : il y a de ces rires dans les cabanons.

 

 

Il ne faut pas que ce spectacle nous afflige outre mesure et surtout qu’il nous décourage.

Le monde actuel présente deux faces distinctes et très opposées, comme le bouclier de la Minerve antique : nous venons de voir l’une, la face césarienne, la mauvaise, celle du régime social des païens.

Tout à l’heure, à la fin de cet opuscule, nous montrerons l’autre, la nouvelle, la bonne, celle du régime social conforme au Christianisme ; mais hélas ! elle est à créer.

La première offre l’envers de la médaille, le côté maudit, la hideuse tête de Gorgone sifflant par tous ses serpents à la fois, mordant, empoisonnant, tuant.

La seconde offre l’endroit, le côté béni qu’illumine un soleil rayonnant, vivifiant, ressuscitant : le soleil de l’Évangile.

Du contraste de ces deux aspects, jaillit un enseignement du plus haut prix, et l’immense espérance qui m’anime, et me met la plume à la main, me vient des œuvres qui font l’objet de cette brochure.

De la décomposition de l’ancien Cosmos humain et de ses cadres empiriques, M. de Saint-Yves donne la raison providentielle, les lois scientifiques, dans ce que je puis appeler le fond doctrinal de son œuvre.

Voici une idée sommaire de ce fond, inépuisable mine qu’exploiteront pendant des siècles tous les rénovateurs de la pensée et de la vie sociales.

 

 

L’idée chrétienne est dans le vieux corps de l’humanité : elle y est à l’état de diffusion générale, universelle, très intense.

Elle y est vivante, active, irrésistible.

Elle opère au fond des consciences ; elle remplit l’air ambiant d’une sorte d’oxygène évangélique que tous y respirent à pleins poumons sous mille formes, sans le savoir, tous, même l’athée.

C’est précisément à cause de cela que le monde en travail se désagrège, fermente, s’alcoolise ou se pulvérise : les anciens chimistes disaient l’un pour l’autre.

Ce qui était substance devient essence, et toute la matière sociale se révolte de demeurer, telle, et sue l’Esprit.

C’est précisément à cause de cela que le monde se désagrège et se réduit en quelque sorte en atomes.

Qu’est-ce à dire ! Le Christianisme serait-il un agent de mort ? aurait-il porté sur la terre un ferment de révolution, comme l’enseigne Ramée dans sa théologie cosmogonique ?

Serait-il vrai, comme l’a dit Stendhal, que la France ne cessera de souffrir qu’en reniant la source de tous ses maux, le Catholicisme, et que l’irréligion peut seule nous sauver ?

Ce langage est tout simplement absurde, dit l’auteur des Missions, et, rebâtissant sur ses véritables bases l’histoire universelle, il nous prouve par ses expériences que l’irréligion ne sauve rien du tout, et qu’au contraire, elle tue raide les peuples.

Mais quoi donc, et quel est ce mystère ?

C’est que la crise aigue, que traverse l’Europe chrétienne et la France en particulier, n’est pas la crise de la mort, mais la crise suprême de la vie.

C’est l’Esprit qui secoue partout la vieille chair et la vieille charpente osseuse du monde politique antichrétien, le dissout, l’épuisé, le résorbe, et l’entraine, bon gré mal gré, à la constitution d’un nouveau corps et de nouveaux pouvoirs.

Ce n’est pas le ver du tombeau, c’est celui qui devient chrysalide, et qui sera plus tard le papillon, symbole charmant de l’âme ressuscitée et des peuples régénérés.

 

 

Ainsi, rompant le pacte d’iniquité et par conséquent de fatalité qui les avait agrégés autour du principe de domination, qui fut celui de Caïn, celui de Nemrod et du Césarisme, tous les éléments de l’ancien monde antichrétien, dissociés en ce moment par l’Esprit même du Christianisme, s’agitent en désordre dans une révolution, dans un chaos d’idées et de faits en apparence épouvantables et irréductibles soit à la science du penseur, soit à l’art de l’homme d’État.

N’ayez pas peur de cette apparence, nous dit l’auteur des Missions.

Observez attentivement ces éléments brisés dans leurs formes antichrétiennes par le travail confus de l’esprit public, de l’opinion, des sciences cherchant à l’aventure, des faits politiques que l’empirisme seul régit.

Comme de la poussière dans le vent, ils sont emportés dans un souffle, et, qu’on le veuille ou non, ce souffle invisible est celui de Jésus-Christ.

Oui, ils sortent, dans la tempête, des formes vermoulues d’un monde condamné, mais c’est pour arriver à se transfigurer dans une forme organique chrétienne, trinitaire, qui les combinera de nouveau, et cela scientifiquement, autour du principe béni de liberté, dont le Rédempteur a doté la terre.

Regardez encore attentivement, dit le marquis de Saint-Yves : le monde condamné, qui ne veut pas mourir, et le mondé sauvé qui veut naître, portent les mêmes initiales : J.C.

Les uns veulent continuer à y lire Jules César, et les autres ne savent comment y lire Jésus-Christ.

Il s’était fait, à notre insu, durant le moyen âge, une pétrification de la vie chrétienne, dans les moules officiels, dans les cadres impériaux du paganisme césarien.

Ces cadres, l’église romaine, à sa sortie des catacombes, se les appropria, quitte à en étouffer aujourd’hui, et les remit en vigueur dans toute l’Europe.

Cela eut sa raison d’être et son utilité ; c’était un moyen, mais était-ce une fin ?

Les œuvres dont je parle établissent et prouvent mathématiquement le contraire.

A la Renaissance, — vraie renaissance en effet, même pour l’Évangile, — malgré la pétrification césarienne dont je parle, le corps chrétien a repris vie ; son âme a repris feu sous le souffle de l’Esprit.

L’idée chrétienne a travaillé une seconde fois cette masse inerte, l’a secouée sous la lettre dans son sommeil, l’a évoquée sous la pierre dans sa léthargie, l’a partout réveillée, partout remise en mouvement, en fermentation, en ébullition vitale, pour ainsi dire ; et maintenant, une sorte de polarisation, un immense et double courant d’affinités électives se produit, de par les forces mêmes dont le Christ est le foyer, et suivant les lois biologiques dont l’algèbre se trouve dans nos livres saints.

Tout le mystère est là, disent les Missions, d’accord, en cela comme en bien d’autres choses, avec le fond éternellement vivant et essentiel de notre foi.

Pendant qu’un monde se désorganise, un autre s’organise, autrement beau, autrement pur, autrement grand.

Ne tremblez donc plus, car ce nouveau monde, c’est le Royaume de Dieu, c’est le domaine de la Promesse, le Règne de l’Esprit et de la Liberté qua Christus libera-vit nos.

Le Christianisme social est en voie de constitution parmi nous.

Ou il aboutira, et nous sommes sauvés ; ou il échouera, et nous sommes perdus.

Mais il n’échouera pas : le monde nouveau porte avec lui son auto-genèse, le Rédempteur et sa vertu, les Livres saints et les principes qu’ils renferment, et que la science doit vérifier.

Tel est le levier, telle est la puissance idéale et d’autant plus réelle, qui arrache le Cosmos brutal de l’ancien édifice humain à la base inique, à l’orientation vicieuse, à l’axe criminel, sur lesquels l’avait agencé le génie sésarien.

Telle est la force invisible, mais providentielle cette fois, qui brise les vieux moules politiques, et prépare les nouveaux vases sociaux pour les vendanges de l’Esprit.

S’il faut d’autres comparaisons, pour rendre la chose plus claire, je dirai : la machine gouvernementale bâtie par l’empirisme babylonien, puis romain, est secouée par l’énergie expansive du sentiment chrétien. Elle se disloque, ses rouages se détraquent, ses ressorts volent en éclat ; mais gardez-vous d’en gémir, pontifes et rois, prêtres et peuples : c’est la rénovation évangélique, c’est l’édification scientifique de tout corps social qui se préparent pour s’accomplir.

Cette création nouvelle, si vous voulez en voir les voies lumineuses, ouvrez, lisez et relisez les œuvres qui font l’objet de cette étude.

Alors vous comprendrez mieux ce que porte en lui le monde actuel, malgré ses ténèbres, ses oppositions, ses contradictions, ses tempêtes.

Ce monde est une nébuleuse en travail inconscient d’un système solaire. A travers le pêle-mêle indescriptible de tous les éléments sociaux, le Pontife tremble, les rois ont peur, les peuples surmenés tressaillent comme au dernier jour ; et pourtant, dit l’auteur des Missions, sous le masque trompeur de la destruction, c’est la nouvelle genèse qui s’opère et s’évolue.