La Défense d

La Défense d'Huningue en 1815 et le général Barbanègre

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Livres
162 pages

Description

Biographie du général Barbanègre.Les Cent Jours.Il est nommé commandant du département du Loiret, puis à Huningue.Huningue avant 1815. — Lettres aux généraux Rapp et Lecourbe.

Joseph Barbanègre, général de brigade et baron de l’Empire, naquit à Pontacq, petite ville du département des Basses-Pyrénées, le 25 août 1772. Il servit d’abord dans la marine ; mais en 1793, il entra dans la ligne et fut nommé capitaine au cinquième bataillon des Basses-Pyrénées, le 12 nivose, an 2 (1er janvier 1794).

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Date de parution 03 août 2016
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EAN13 9782346090112
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Langue Français

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Abbé Casteig
La Défense d'Huningue en 1815 et le général Barbanègre
INTRODUCTION
Le généralJoseph Barbanègres’est rendu célèbre par la belle défense d’Huningue en 1815. Pontacq, sa ville natale, lui a élevé une sta tue, qui a été inaugurée le 16 août 1896. A cette occasion, des dissentiments qui déjà s’étai ent fait jour en 1892, lors de l’exposition du magnifique tableau de Detaille, rep résentant la «Sortie de la garnison d’Huningue», et qui s’étaient manifestés à différentes reprises depuis 1815, ont éclaté de nouveau. La plupart de ceux qui ont écrit sur Barba nègre portent très haut la gloire du défenseur d’Huningue. Ils adoptent le récit présent é par leMoniteur universel, le 20 septembre 1815 et par Vaulabelle, dans sonHistoire des deux Restaurations.se En rapportant à ces sources, on est obligé d’admettre que le général Barbanègre défendit Huningue avec un très petit nombre d’hommes contre une armée austro-hongroise forte de plus de 20,000 hommes ; que le jour de la capitulation, il sortit de la place, à la tête de 50 hommes seulement ; qu’à la vue de ce faible déta chement, des cris d’admiration sortirent des rangs ennemis, que l’archiduc Jean, c ommandant des troupes alliées, s’approchant de Barbanègre lui témoigna toute l’estime que lui inspirait sa résistance et 1 l’embrassa . Pour d’autres — mais hâtons-nous de le dire, pour u n petit nombre — ce récit n’est qu’une «légendee de Barbanègre, àQuelques jours avant l’inauguration de la statu  ». Pontacq, leMoniteur universel écrivait : « C’est le 16 août prochain, que la mys tification des 135 héroiques défenseurs d’Huningue défilant, Barbanègre en tête, devant l’archiduc Jean, sera immortalisée par la pierre, en présence des ministres, sur la place publique de Pontacq, après l’avoir été par le pinceau de Detail le, au Salon des Champs-Elysées. Combien de collaborateurs bénévoles a trouvés l’amp lification de cette mystification, et même dans les hauts grades de l’armée ! Nous n’insistons pas, car une constatation de ce genre est cruelle au point de vue de l’amour de la vérité et de l’exactitude, une des vertus fondamentales du militaire. e « Au reste, il suffit de regarder ce qui se passe à Oran, au 2 régiment de zouaves, au sujet de la cantinière Ibrahim, inhumée solennellem ent à Vichy, il y a un mois, et qu’aucun des survivants de ses prétendus compagnons d’armes n’a vue ni connue. Le Français aime la mystification et il se trouve quantité de gens pour dire : « Laissez donc tranquille la mémoire de la mère Ibrahim ; laissez les gens de Vichy lui élever un monument. La légende de la mère Ibrahim est trop be lle pour qu’on y touche, même dans l’intérêt de la vérité. » — Et voilà comment n ous écrivons l’histoire au journal et aussi sur la pierre, qu’il s’agisse de la mère Ibrahim ou qu’il s’agisse de Barbanègre. » Nous protestons contre l’injustice d’un tel rapprochement. Oui, le rôle de Barbanègre a été discuté deux ou trois fois depuis 1815. Un des objets de l’étude que nous entreprenons est de montrer qu’il n’est point discutable. Sans doute, il y a quelques exagérations dans le récit que les admirateurs de Barbanègre font du siège et de la capitulation d’Huningue : nous nous ferons un devoir de ramener les paroles et les faits à leur juste proportion : la v érité restera encore assez belle. Mais il nous sera aisé de détruire les allégations de ceux qui ont élevé d’injurieux soupçons et osé dire que l’honneur du soldat et son désintéress ement même subirent un déclin, derrière les vieux remparts d’Huningue. Nous montrerons que le général Barbanègre fut un soldat plein de vaillance, d’honneur et d’amour pour son pays. Nous nous sommes livré, pour aboutir à des conclusi ons inattaquables, à des recherches longues et parfois pénibles. Mais hâtons -nous d’avertir que nos meilleurs
arguments sont tirés de documents inédits, recueill is dans l’héritage du général 2 Barbanègre lui-même . Ces documents se composent principalement d’ordres du jour et de lettres : lettres de Barbanègre, de l’archiduc Jean, des généraux Rapp et Lecourbe. A l’aide de ces sources, nous espérons pouvoir retracer les différentes péripéties du siège d’Huningue. Nous le ferons d’ailleurs avec toute l’indépendance et toute l’impartialité que réclame l’histoire. Si quelque lecteur trouve que nous donnons trop de place aux documents inédits, au détriment du récit lui-même, nous le prions de se r appeler que cette méthode d’exposition, si appréciée de nos jours, est la mei lleure garantie des faits que nous avançons. Nous n’avons point à porter de jugement sur le mérite littéraire de Barbanègre. Nous citerons ses lettres et ses ordres du jour sans aut re préoccupation que la vérité historique, laissant subsister bien des incorrectio ns. La plupart de ces lettres ont été écrites dans un état de préoccupation et d’inquiétude extrêmes qui suffit à expliquer les négligences de style, mais qui n’exclut ni les paro les éloquentes, ni les mâles accents chez ce rude guerrier. D’ailleurs, ne l’oublions pas, ce n’est pas de la littérature que nous faisons, mais de l’histoire. C’est dans les plaines de la Belgique que se jouait le sort du monde en 1815. L’histoire d e sCent Jours se nde abdication,résume en quelques mots : Ligny, Waterloo, seco second traité de Paris. Sur le Rhin, les Alpes, les Pyrénées, nos armées eurent à peine le temps de se montrer à l’ennemi. Aussi, l’attention de l’histoire s’est-elle portée ailleurs ; et plus d’un événement mémorable, digne pourtant de notre admiration, est resté jusqu’à présent dans l’oubli. « Que de belles actions, disait l’Empereur, en juin 1816, sur le rocher de Ste-Hélène, ont été se perdre dans la confusion de nos désastre s ou même dans la multiplicité de 3 celles que nous avons produites ! » Parmi ces grandes actions, l’auteur duMémorial de Ste-Hélène ne manque pas de citer «l’extraordinaire et singulière défense d’Huningue par l’intrépide Barbanègre.» Notre modeste travail ne serait pas sans utilité, s’il contribuait, pour une faible part, à tirer le siège d’Huningue et le général Barbanègre du coupable oubli dans lequel les ont laissés nos plus grands historiens. Huningue est un sujet de douleur pour tout Français, depuis que ses remparts ont été démolis en 1815, et surtout depuis qu’il n’appartient plus à la France, à la suite de la triste guerre de 1870, Cependant, son nom rappelle plus d’un souvenir glorieux dont nous avons le droit d’être fiers.
1Vaulabelle.Histoire des deux Restaurations,t. III, p. 420 et suiv. me 2 Ces Laborde et à ses enfants, à qui nous nousdocuments appartiennent à M faisons ici un devoir d’offrir l’hommage de nos rem erciments pour l’aimable empressement avec lequel ils ont bien voulu nous les communiquer.
3Mémorial de Ste-Hélène,t. IV p. 151. Edition 1823.
CHAPITRE I
Biographie du général Barbanègre. —Les Cent Jours. —Il est nommé commandant du département du Loiret, puis à Huningue. —Huningue avant 1815. Lettres aux généraux Rapp et Lecourbe. Joseph Barbanègre, général de brigade et baron de l’Empire, naquit à Pontacq, petite ville du département des Basses-Pyrénées, le 25 aoû t 1772. Il servit d’abord dans la marine ; mais en 1793, il entra dans la ligne et fu t nommé capitaine au cinquième er bataillon des Basses-Pyrénées, le 12 nivose, an 2 (1 janvier 1794). Chef de bataillon du corps de chasseurs à pied de la garde des consuls, le 30 nivose, an 12 (21 janvier 1804), e il est nommé colonel du 48 régiment de ligne, le 11 fructidor, an 13, (29 aoû t 1805) et général de brigade, le 21 mars 1809. Il prit part à presque toutes les campagnes de l’Em pire et se signala par différentes e actions d’éclat. A Austerlitz, étant colonel du 48 régiment de ligne, il dirigea, avec bravoure, une charge à la baïonnette sur les hauteurs du village de Sokolnitz, occupé par 1 1800 grenadiers russes, délogea l’ennemi et lui prit trois drapeaux et quatre canons . A la suite de ce beau fait d’armes, l’Empereur nomma Barbanègre commandant de la Légion d’honneur. Il fut autorisé quelques temps après à faire graver trois drapeaux sur ses armes. Le 14 octobre 1806, à la bataille d’Iéna, il fut mis à l’ordre du four de l’armée, lui et son régiment, pour avoir attaqué avec le plus grand succès la réserve ennemie, nombreuse, 2 et dont la position était d’un très difficile accès , Le 9 février 1807, à la bataille d’Eylau, son général de division ayant été blessé et lui-même n’étant que colonel, il reçut l’ordre sur le c hamp de bataille, à cause de sa belle conduite dans cette affaire, de prendre le commandement de la division. Au mois de novembre 1810, il fut chargé de prendre le commandement de l’expédition qui s’empara sur les Anglais de l’île de Neuwerck (bouches de l’Elbe), à deux lieues en mer. Barbanègre fut un des héros de la retraite de Mosco u ; il était à l’arrière-garde, sous les ordres du maréchal Ney. Il se distingua particu lièrement au combat de Krasnoë novembre) où la cavalerie ennemie lui enleva tous s es bagages et où il fut blessé de deux coups de biscaïens, l’un au pied gauche, l’autre à la cuisse droite, en combattant à la tête de sa troupe. er Deux lettres du général en chef de l’état-major du 1 corps, datées de Stettin, l’une du 10 février 1813, l’autre du 11 février, l’avertissaient que le maréchal prince d’Eckmühl lui confiait le commandement de l’une des divisions qui devaient s’enfermer dans Stettin pour défendre cette place. Barbanègre participa donc à la défense de Stettin q ue commandait le général de division baron Grandeau. La place ayant été obligée de capituler, le 21 mars 1813, 3 Barbanègre fut envoyé prisonnier de guerre en Prusse, sur la droite de la Vistule , Pendant la première Restauration, le 8 janvier 1815, le ministre de la guerre, maréchal duc de Dalmatie, désigna le général Barbanègre pour être adjoint au lieutenant-général e Lecourbe, chargé de l’inspection générale des troupes d’infanterie comprises dans le 10 e arrondissement d’inspection (6 division). Déjà, le 20 août 1814, le roi Louis XVI II lui avait fait remettre les Lettres de Chevalier de l’Ordre militaire de Saint-Louis.
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er Le 1 mars 1815, l’empereur Napoléon, échappe de l’île d’Elbe, abordait au golfe de Juan, et le 20, il entrait à Paris. Le 23, le minis tère était définitivement constitué. Le maréchal Davout, prince d’Eckmühl, acceptait le ministère de la guerre. Le 25, uneLettre de service désignait le maréchal de camp,Baron Barbanègre,être employé en pour qualité de commandant de la ville d’Orléans et du d épartement du Loiret. Barbanègre allait remplacer le maréchal de camp Chassereaux qu i était rappelé à Paris pour y recevoir de nouveaux ordres. Nous n’avons point à considérer ici Barbanègre dans l’exercice de ses fonctions. On nous pardonnera néanmoins de transcrire un ordre du jour dont le but était de faire connaître le Décret du 29 mars, par lequel l’Empere ur rappelait sous les drapeaux tous les sous-officiers et soldats qui avaient quitté l’armée : « Soldats ! le grand Napoléon, le père de la Patrie, vous rappelle Reconnaissez la voix du Prince qui vous aime ! Il vous rend tous vos droits et vous pourrez désormais montrer, sans crime, vos honorables cicatrices. Ralliez-vous sous le Chef immortel qui vous a toujours conduits à la victoire ! Il ne veut pas se mêler des affaires des autres gouvernements ; mais malheur à quiconque se mêlera des nôtres ! Consolider la paix actuelle en faisant respecter la Nation est son unique but. Le drapeau tricolore est arboré dans toute la France ; de toutes parts les Français prennent les armes pour la cause nationale et celle de l’auguste Monarque de leur choix. Ses intérêts particuliers se taisent devant le grand intérêt de la Patrie ; et la Nation reprend enfin sa dignité. Soldats ! imitez ce noble dévouement ! C’est le pre mier de vos devoirs, rien ne peut vous soustraire à cette obligation sacrée : vos officiers et vos camarades vous attendent sous les aigles et vous reverront avec plaisir. Prouvez donc par votre empressement que vous êtes toujours les dignes enfants de la Patrie. Vive l’Empereur ! Au quartier général d’Orléans, le 14 avril 1815.
Le Baron Barbanègre,de camp, commandant du département du maréchal Loiret. »
er Barbanègre ne resta pas longtemps à Orléans. Le 1 mai, c’est-à-dire quinze jours après la proclamation qu’on vient de lire, un de se s amis du ministère de la guerre, le comte Leclerc-Desessarts, lui adressait la lettre suivante : « Mon cher Barbanègre, le commandement d’Huningue, près Bâle, vous a été donné hier comme à un général distingué sur lequel on pouvait compter et l’on a dit que c’était vous procurer l’occasion, en vous plaçant dans un p oste de cette importance, de vous faire nommer général de division. L’on voulait vous placer à Schelestadt, mais l’on a trouvé qu’Huningue était plus important ; vous sere z bien mieux placé dans ce commandement où il faut un homme ferme, décidé et bien dévoué. J’espère, mon cher ami, que vous passerez par Paris en vous rendant à votre te destination et que j’aurai le plaisir de vous voir. Adieu, je vous embrasse de cœur.C Leclerc-Desessarts. » Cette lettre fait connaître les motifs honorables q ui avaient déterminé le choix de Barbanègre comme commandant supérieur d’Huningue. T rois jours après, le 3 mai, le ministre de la guerre lui faisait adresser la lettre suivante : « Napoléon, par la grâce de Dieu et les Constitutio ns de l’Empire, Empereur des Français, Ayant à désigner un Officier général pour être empl oyé en cette qualité au e commandement supérieur de la place d’Huningue, 5 division militaire, a fait choix de Monsieur le maréchal de camp Barbanègre.
Il est en conséquence ordonné aux Officiers générau x, aux Officiers d’état-major, à ceux de l’artillerie et du génie, aux Inspecteurs a ux revues, aux Commissaires ordonnateurs et ordinaires des guerres, aux Command ants des corps et à tous autres qu’il appartiendra, de le reconnaître et faire reconnaître en la dite qualité par ceux étant à leurs ordres. Fait à Paris, le 3 mai 1815.
Le ministre de la guerre,Prince d’Eckmühl. »
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Huningue était une place de guerre située sur le bo rd du Rhin à l’est de Belfort, et seulement à 3 kilomètres de Bâle. A l’époque du tra ité de Westphalie, Huningue n’était qu’un poste de pêcheurs. Mais Louis XIV et Vauban ne tardèrent pas à reconnaître que ce point était l’endroit le plus propice pour défendre l’Alsace et favoriser ou rendre difficile le passage du Rhin. La construction de la forteresse fut aussitôt décidée ; et, lorsque le 15 octobre 1681 Louis XIV alla visiter Huningue, to us les travaux étaient terminés. A partir de cette époque, pendant les guerres nombreu ses dont le Rhin fut si souvent le théâtre, Huningue joua un rôle important dans le mo uvement des armées. Un pont de bateaux faisait communiquer une rive du Rhin à l’au tre. Pour protéger ce pont, Vauban avait fait construire, près de la rive droite, dans l’île de Marquisat, une tête de pont composée d’un ouvrage à corne, couvert par un autre petit ouvrage en avant du petit bras du Rhin. Ce travail important fut détruit et reconstruit, plusieurs fois, dans l’espace d’un siècle. Les traités de Ryswick (1697), de Rastadt (1714), d’Aix-la-Chapelle (1751), funestes à la France, en avaient exigé la démolition. Mais, en 1796, lorsque Moreau vint 4 repasser le Rhin, près d’Huningue, après sa belle retraite à travers la forêt Noire , la tête de pont était rétablie et fortement armée. Moreau e n confia la défense à quatre mille hommes, commandés par le général Abattuci. La tête de pont tint en échec pendant trois mois un corps d’armée de vingt-cinq mille hommes qui l’écrasa de quatre-vingt mille boulets et de vingt mille obus. Elle ne capitula que le 2 février 1797 après quarante-six jours de tranchée ouverte. Elle fut rasée par les ennemis. L’armée française qui avait fait des prodi ges de valeur avait obtenu de se retirer avec ses armes, ses bagages et ses munition s. Elle était commandée, en ce moment, par le général Dufour. Le brave Abattuci n’ était plus. Dans la nuit du 30 novembre 1796, il avait résisté victorieusement à u ne attaque de l’ennemi. Il était deux heures du matin. Le général français était monté su r le parapet de l’ouvrage à corne et contemplait avec une satisfaction mêlée de peine un e masse compacte de deux mille austro-hongrois morts ou blessés, gisant dans le fossé. A la lueur des feux des batteries, à l’aide desquelles l’ennemi protégeait sa retraite, un grenadier hongrois, blessé dans le fossé, l’aperçoit et lui tire un coup de fusil. Abattuci tombe frappé à mort. Il avait vingt-six ans. La tête de pont n’existait donc plus lorsque Huningue fut investie le 21 décembre 1813 par les troupes du prince de Schwartzemberg. Le colonel Chancel qui défendit la place avec 3,600 hommes donna des preuves de la plus gran de bravoure. Le siège dura jusqu’au 15 avril 1814. A cette date, la misère la plus noire régnait dans Huningue. La mitraille ennemie avait tout ruiné. Cependant la garnison annonçait la résolution de faire sauter la forteresse et de s’ensevelir sous des ruines si les conditions de la capitulation, imposées par l’ennemi, n’étaient compatibles avec l’honneur militaire. Le général Zoller, plein d’admiration pour tant de bravoure, accorda à une partie de la
garnison de rester dans la place et rendit un homma ge éclatant au mérite du colonel Chancel en le confirmant dans le commandement d’Huningue au nom de Louis XVIII et 5 des puissances alliées . Le colonel Chancel prit part au siège de 1815, à titre de commandant d’armes de la place, sous les ordres de Barbanègre.
1Le village de Sokolnitz avait été occupé dès la veille au soir par les Russes qui, opérant leur mouvement de flanc pour tourner la droite de l’armée française, avaient chassé de ces hauteurs l’avant-garde du général Savary et s’é taient amoncelés sur ce point, de manière à se déployer rapidement à la pointe du jour.
2Le Journal des Basses-Pyrénées,du 5 novembre 1806, disait en annonçant la victoire d’Iéna sur les Prussiens : « La joie que ces heureuses nouvelles ont occasionnée aurait été complète si nous n’avions eu à regretter nos br aves compatriotes, Barbanègre et Harispe, qui sont du nombre des colonels qui sont restés sur le champ de bataille. » Le 25 novembre, ce môme journal rétractait l’erreur contenue dans les lignes que nous venons de citer. Malheureureusement tout n’était pas faux dans le renseignement fourni par le N° du 5 novembre, car le colonel Jean Barbanègre resta en effet sur le champ de bataille d’Iéna. Voici en quels termes, un ami du défunt, Larrouy, q uartier-maître des chasseurs à pied de la garde, informait Dominique Barbanègre, receve ur général des Contributions du département des Hautes-Pyrénées, à Tarbes, de la mort de son frère. « Paris, 16 novembre 1806....Vous parler de nos reg rets, c’est augmenter les vôtres. Touton n’est plus Il avait fait des prodiges de val eur pendant toute la journée du 14. L’affaire était finie. Nous avions 16,000 prisonnie rs. M. le Maréchal Ney le chargea d’envelopper un escadron de cavalerie ennemie qui p araissait à quelque distance du corps d’armée. Dès qu’il fut prêt à fondre sur cet escadron, on aperçut un corps de cavalerie ennemie qui venait à son secours. Votre f rère reçut l’ordre de se retirer. Il a survécu deux heures à cette blessure. Il a parlé av ec le plus grand sang-froid jusqu’au moment où il a expiré. Sa Majesté a ordonné que son corps fut embaumé et t ransporté à Paris, où les honneurs funèbres lui seront rendus. Cet hommage était dû à des services si distingués et à tant de belles qualités. De quel ami cette fat ale bataille me prive ! M. le Maréchal Bessières pleure encore sa perte.... »
3On lit dans le Dictionnaire deDésobry et Bachelet: « En 1813, Barbanègre s’enferma dans Stettin et ne rendit cette ville aux Prussiens qu’en apprenant l’abdication de Napoléon. » On lit dans le DictionnaireLarousse: « A l’arrière-garde, dans la retraite de Russie, en 1813, il fut blessé et se renferma avec les débris de sa troupe dans la place de Stettin. Forcé de se rendre, il fut conduit en Russie comme prisonnier de guerre, » Enfin nous trouvons sous la plume d’il. Houssaye, dans leFigarodu 16 août 1896 : « A l’arrière-garde, pendant la retraite de Russie, il (Barbanègre) est doux fois blessé, er ramène à Stettin les débris du 1 corps, s’y enferme, s’y défend, et ne rend la place aux Prussiens que le 5 décembre 1813. » Après ces citations, il semble qu’on est en droit d e penser que Barbanègre défendit Stettin, au même titre, à peu près, qu’Huningue. En réalité, le gouverneur de Stettin était le baron Grandeau, et c’est encore le baron Grandeau qui signa la capitulation, dont les articles avaient été discutés, en son nom, avec l’e nnemi, par le général de brigade