La dépression

La dépression

-

Livres
256 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Le but de ce livre est de donner au lecteur d'une part une vision claire et complète de la dépression aussi bien en ce qui concerne les symptômes, qu'en ce qui concerne l'épidémiologie et la classification, d'autre part, une revue critique et surtout une valorisation des théories contemporaines qui essaient de comprendre et d'expliquer ce trouble.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 avril 2004
Nombre de lectures 272
EAN13 9782296356238
Langue Français
Signaler un abus

LA DÉPRESSION: APPROCHE COGNITIVE ET COMPORTEMENTALE

Psycho - logiques Collection dirigée par Alain Brun et Philippe Brenot
Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnelnent psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho - logiques. De CHAUVELIN Christine, Devenir des processus pubertaires, 2004. BALKEN Joséphine, Mécanismes de l'hypnose clinique, 2004. BALKEN Joséphine, Hypnose et psychothérapie, 2003. MALA WIE Christian, La carte postale, une oeuvre. Ethnographie d'une collection, 2003. WINTREBERT Henry, La relaxation de l'enfant, 2003. ROBINEAU Christine, L'anorexie un entre deux corps, 2003. TOUTENU Denis et SETTELEN, L'affaire Romand Le narcissisme criminel, 2003. LEQUESNE Joël, Voix et psyché, 2003. LESNIEWSKA Henryl(a Katia, Alzheimer, 2003. ROSENBAUM Alexis, Regards imaginaires, 2003. PIATION-HALLÉ Véronique, Père-Noël: destin de l'objet de croyance, 2003. HUCHON Jean, L'être vivant, 2003. ZITTOUN Catherine, Temps du sida Une approche phénoménologique, 2002. LANDRY Michel, L'état dangereux, 2002. MERAI Magdolna, Grands Parents Charmeurs d'enfants, 2002. LUONG Can-Liem, Psychothérapie bouddhique, 2002. RAOULT Patricl(-Ange, Passage à l'acte. Entre perversion et psychopathie, 2002. CASTEL Anne, Destruction inachevée, 2002. BOUISSON Jean REINHARDT J.C., Ageing thresholds and vulnerability, 2002. TIR Y Gérard, Approches du réel, 2002. LUONG Can-Liem, Psychologie politique de la citoyenneté du patriotisme de la mondialisation, 2002. SIRVEN René, L'enfant de 6 à 12 ans ou l'âge docile, 2002. SEBAN Gilles, Création artistique et figuration délirante, 2002.

Georges KLEFT ARAS

LA DÉPRESSION: APPROCHE COGNITIVE ET COMPORTEMENTALE

Traduction de Ninette Diovouniotou

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

~L'Hannattan,2004 ISBN: 2-7475-6230-1 EAN 9782747562300

À
Aimilia, Nikos et Yianna

TABLE DES MATIERES

Préface 13

PREMIERE PARTIE: Description et répartition de la dépression
Chapitre 1 : Qu'est-ce que la dépression?
1. Introduction - définition de la dépression 1.1. La dépression comme une humeur normaleréaction 1.2. La dépression comme symptôme 1.3. La dépression comme trouble psychopathologique 2. La dimension du problème - épidémiologie de la dépression 3. Les symptômes de la dépression 4. Différentiation entre tristesse et dépression 5. Dépression coexistante avec autres troubles psychiques

17

17 17 21 22 23 24 27 33 35

Chapitre 2 : Dépression

et anxiété 37 37 41 43

1. Coexistence de la dépression et de l'anxiété 1.1. Etudes unilatérales de l'anxiété et de la dépression 1.2. Un modèle trilatéral de dépression et d'anxiété

1.3. Difficultés méthodologiques à la différenciation cognitive de la dépression et de l'anxiété
2. Questions méthodologiques recherche de la spécificité et de l'anxiété psychopathologie 2.2. Méthode d'évaluation qui se posent sur la cognitive de la dépression

43

45
-

2.1. Méthodologie comparative

facteur général de
multiple
-

- évaluation

45 47 48 49 51

2.3. Chronobiologie de la dépression et de l'anxiété
intervalle entre évaluation et recherche. 2.4. Groupe de contrôle 2.5. Comparaison de plusieurs groupes et de leurs combinaisons 3. Recherches relatives à la spécificité l'anxiété et de la dépression cognitive de

52 52 52 54 56 58

3.1. Variables cognitives

-

besoin d'une méthodologie

comparative 3.1.1. Contenu de pensées 3.1.2. Attribution de causes et lieu de contrôle 3.1.3. Perception - élaboration d'informations 4. Recherches et orientations futures

SECONDE

PARTIE:

Classification et diagnose des syndromes dépressifs
de la

61
63 63 65 67 69 70

Chapitre 3 : Modes traditionnels de classification dépression
1. 2. 3. 4. 5. Dépression psychotique/névrotique L 'hypothèse de la continuité Dépression endogène/exogène-réactionnelle Trouble affectif saisonnier Dépression primaire/ secondaire 8

6. Dépression 7. Dépression 8. Dépression

précoce/tardive bipolaire/unipolaire masquée ou équivalent

dépressif

71 72 74

Chapitre 4 : Systèmes contemporains la dépression
1. Classification 2. Classification 2.1. Trouble 2.1.1. 2.1.2.

de classification

de 77 77 82 85 88 94 94

de la dépression selon la ClM -10 de la dépression selon le DSM-lV dépressif majeur Episode dépressif majeur Spécifications
Trouble Trouble Trouble Trouble Trouble dépressif mqjeur p!ychotiques dépressif lnqjeur avec catatoniques dépressif mqjeur lnélancoliques dépressif mqjeur avec un début avec sévère avec caractéristiques

2.1.2.1. 2.1.2.2. 2.1.2.3. 2.1.2.4. 2.1.2.5.

caractéristiques

95 97 99
récurrent avec

caractén"stiques lors du postpartum

dépressif mqjeur

caractère saisonnier

99 102 102 102 103

2.1.3. Diagnostic différentiel du trouble dépressif majeur 2.1.3.1. Troubles bipolaires 2.1.3.2. Trouble de l/humeur dû à une ciffection médicalegénérale ou induit par une substance 2.1.3.3. Trouble cfystf?ymique 2.1.3.4. Trouble schizo-ciffectif,schizophrénie, Désordre délirant, Trouble p!ychotique non spécifié 2.1.3.5. Délnence 2.2. Trouble dysthymique 2.3. Trouble dysthymique non spécifié 2.4. Avantages et limites du DSM-lV

104 104 104 109 109

9

TROISIEME

PARTIE: Les théories comportementales de la dépression
habiletés sociales et activités

113
115
116 11 7 118 119 120 121 123 123 124 125

Chapitre 5 : Renforcements,

1. Extinction et dépression 2. Anxiété et dépression 3. Efficacité des renforçateurs et dépression 4. Lewinsohn : Niveau de renforcement bas et dépression 4.1. Habiletés sociales et dépression 4.1.1. Données des recherches et conclusions 4.2. Activités et dépression 4.2.1. Données de recherches et conclusions 4.3. Un modèle multi-£actoriel de la dépression 5. Limites des théories comportementales

QUATRIEME

PARTIE: Les théories cognitivescomportementales de la dépression 127
129 130
131 133 134 135 137

Chapitre 6 : Autocontrôle, Résolution de problèmes et lieu de contrôle
1. Autocontrôle et dépression 1.1. Problèmes dans le comportement de l"autocontrôle 1.2. Données des recherches et conclusions 2. Résolutions de problèmes interpersonnels et dépression 2.1. Données des recherches et conclusions 3. Lieu de Contrôle et dépression 3.1. Données de recherches, conclusions et perspectives

139

Chapitre 7 : Impuissance apprise, attribution des causes, manque d'espoir

141

10

1. Théorie de l'impuissance apprise 1.1 Données de recherches et faiblesses de la théorie de l'impuissance apprise 2. Attribution de causes et impuissance apprise 2.1. Données de recherches et deuxième révision de la théorie 3. Théorie de manque d/ espoir ou de désespoir 3.1. Données de recherches et conclusions 4. Relations étiologiques entre dépression et attributions des causes 4.1. Données de recherches 4.2. Problèmes méthodologiques et conclusions 5. Lacunes des théories de l/impuissance apprise, de l'attribution de causes et de manque d'espoir ou de désespoir

141 143 144 146 146 148 149 150 151

152 155 157 159 162 168 168 169

Chapitre 8 : Théorie de la dépression de Beck 1. La triade cognitive 2. Les schémas cognitifs
3. Erreurs cognitives - fausse perception/élaboration d'informations 4. Evaluation de la théorie de la dépression de Beck 4.1. Triade cognitive - données de recherches 4.2. Schémas et erreurs cognitives - données de recherche

4.2.1. Schétnas ci autonomie et sociotropie

/

-

données de recherches 4.3. Problèmes méthodologiques et conclusions 5. Réalisme dépressif 5.1. Les dépressifs croient-ils ou affrontent-ils réellement plus de situations et d/ événements négatifs? - Données de recherches 5.2. Les dépressifs sont-ils pessimistes ou les personnes « normales» optimistes sans raison? - Données de recherches 11

170 171 174

174

175

5.3. Conclusions 6. Relation étiologique entre dépression et cognitions déficientes 6.1. Changement d/humeur induit et processus cognitifs - données de recherches

177 178 178 179

6.2. Stabilité de schémas cognitifs
recherches 6.3. Est-ce que les sentiments des pensées?

-

données de
sont

et les émotions

181 niveaux 182 185 185 186 186 187 188 190 191 193 194 197 203

6.4. Conclusions

-

nouvelles perspectives:
cognitives

de représentations

Chapitre 9 : Théories récentes sur la dépression 1. Hypothèse de l'activation différenciée 1.1. Humeur dépressive: mécanisme d/activation de processus cognitifs déficients
1.2. Sensibilité d apparition et sensibilité de persistance 1.3. Événement initial déclenchant et pensées: deux choses différentes - conclusions 2. La théorie de « l'esprit-en-place » (mind-in-place) 2.1. Caractéristiques principales de la théorie de l'esprit-en-place par rapport à la dépression 2.2. Esprit-en-place et dépression: quelques données de recherches 2.3. Persistance de l'esprit-en-place lié à la dépression 2.4. Conclusions
/

Epilogue Bibliographie

12

PRÉFACE
L'Organisation Mondiale de la Santé, estime qu'à peu près cent millions de personnes souffrent, à tout moment, de différents niveaux de dépression cliniquement reconnus. De ce fait, ce trouble constitue un des problèmes les plus fréquents et les plus graves de la santé publique. En plus, il est estimé qu'un pourcentage variant entre 10% et 25% de la population générale présentera à un moment de sa vie des symptômes dépressifs évidents. Certes, la façon dont on a estimé ces pourcentages semble, sous toutes réserves, montrer que l'amplitude de ce phénomène est plutôt sous-estimée que surévaluée. Il existe lnêlne de sérieux indices que la fréquence des troubles dépressifs présente universellement une marche ascendante qui, probablement, est en rapport avec l'augmentation de la moyenne de vie et les troubles chroniques (susceptibles d'entraîner l'apparition d'une dépression secondaire), également avec l'utilisation de médicaments qui ont C01TI111e symptôme secondaire la dépression et enfin avec les changements brusques psychosociaux et socio-économiques qui sont associés avec le commencement et le maintien de la dépression. Les troubles dépressifs comportent une série de dysfonctionnements biologiques, psychologiques et comportementaux qui varient en gravité et en durée. Dans le lneilleur des cas on rencontre la dépression «normale », là où une personne vit une période de tristesse transitoire, qui souvent ne dure pas plus d'une semaine et constitue la réaction à un événement stressant, concret et reconnaissable. Lorsque la

dépression atteint un niveau clinique, les symptômes sont d'une plus grande intensité et d'une plus grande durée, avec caractéristiques principales: le ralentissement psychomoteur, la perte de l'intérêt ou du plaisir pour les activités habituelles, le sentiment de désespoir, de faiblesse, d'indignité, de faible estime de soi et de culpabilité. Dans sa forme plus grave, la dépression atteint les limites de la psychose et la personne présente souvent une tristesse excessive, un sentiment de culpabilité et de désespoir, une perte complète de l'intérêt ou du plaisir pour les activités habituelles, alors, il se peut qu'elle perde le contact avec la réalité et qu'elle développe des hallucinations, des idées délirantes et un ralentissement moteur et psychologique graves. Comme on vient de le mentionner, la dépression dans la illajorité des cas n'apparaît pas inopinément. Ainsi, d'habitude, et illalgré l'intensité avec laquelle est vécue, elle est en rapport ullillédiat avec une situation ou un événement douloureux de la vie de la personne. On peut dire que la dépression, plus que tout autre trouble psychique, se présente comme une « erreur» compréhensible de la pensée et de la sensibilité. Il s'agit d'une situation proprement humaine, provoquée par une réalité subjectivement, mais peut-être aussi objectivement, «cruelle ». Il s'agit d'une «rencontre» avec le désespoir qui dans ses forilles habituelles, quand il ne dépasse pas certaines limites, inclut en même temps le «pire» mais aussi le «meilleur» de l'expérience humaine. Souvent elle est associée aussi bien à quelques frustrations inévitables de la condition humaine, qu'à une introspection et une méditation personnelle, profonde, souvent douloureuse, mais plutôt constructive, sur le sens et la solitude du chemin individuel de chacun, mais en général sur l'insignifiance et la solitude de l'existence humaine. Malgré le fait, sans doute, que quelques formes de dépression impliquent quelque chose de spirituel et conduisent à des niveaux supérieurs de conscience, elles ne cessent néanmoins d'être douloureuses et désagréables et dans certains cas elles causent des problèmes très sérieux. Mis à part le coût provoqué par la réduction de la productivité, l'absentéisme des travailleurs et la diminution constante de la population active, il 14

y a aussi un dommage social incalculable: chagrin, tristesse et douleur, conflits conjugaux et familiaux, problèmes organiques et parfois la mort. Les trois dernières décennies, de nombreux efforts ont été faits pour la classification, le diagnostic ainsi que la compréhension des résultats psychologiques de la dépression. Un grand nombre de recherches basées sur des orientations théoriques différentes a été publié ces dernières années dans les revues scientifiques psychologiques. Malheureusement, cette énorme production de données de recherches ne semble pas pouvoir être assimilée facilement, il en résulte que les chercheurs ne connaissent souvent en réalité que le progrès dans le domaine de leur propre orientation théorique et qu'ils ignorent les résultats des recherches qui appartiennent à d'autres courants théoriques. Quelque chose d'équivalent se passe avec la classification des syndromes dépressifs, où il n'y a pas d'unanimité en ce qui concerne une classification concrète et généralement acceptée. Ce manque d'unanimité semble de nouveau être en rapport avec les modèles théoriques et la tnanière différente dont ils perçoivent l'étiologie de la dépression, laquelle est reflétée finalement dans les systèmes de classifications proposés. Le but de ce livre est de donner au lecteur d'une part une vision claire et complète de la dépression aussi bien en ce qui concerne les symptômes, qu'en ce qui concerne l'épidémiologie et la classification, d'autre part, une revue critique et surtout une valorisation des théories contemporaines qui essaient de comprendre et d'expliquer ce trouble. Le contenu de ce livre est classé en quatre parties et en neufs chapitres. Les chapitres 1 et 3 à 9 constituent la version française des chapitres 1, 2, 3, 6 et 7 du livre de I<leftaras (1998), tandis que le chapitre 2 la version française de l'article de I<leftaras (2000). La première partie comporte les chapitres 1 et 2. Le chapitre 1 se réfère à la description et surtout à la définition, à l'épidémiologie et à la symptomatologie de la dépression. En. plus, dans ce chapitre, le terme «dépression» est analysé, et peut correspondre à une humeur normale, à un 15

symptôme et fmalement à un trouble psychopathologique ou syndrome. Le chapitre 2 se concentre sur la coexistence de la dépression et de l'anxiété et surtout sur la différentiation et la spécificité cognitive de chacune de ces entités psychopathologiques. La seconde partie se réfère à la classification et au diagnostic des syndromes dépressifs. Dans le chapitre 3 sont présentés brièvement les modes traditionnels de classification de la dépression qui sont encore utilisés aussi bien par les cliniciens que par les chercheurs. Le chapitre 4 se réfère aux systèmes contemporains de classification de la dépression, c'està-dire à la CIM-l0 et au DSM-IV, en insistant particulièrement sur la présentation analytique du DSM-IV, de même que sur les critères établis, afm de diagnostiquer une personne comme dépressive. La troisième et quatrième parties comprennent les chapitres 5, 6, 7, 8 et 9, qui sont concentrées en une présentation critique et analytique des théories cOlnportementales et cognitives-comportementales de la dépression, en se référant simultanément aux recherches les plus représentatives qui les concernent. Plus précisément, quelques-unes des théories cognitives-comportementales ont fait l'objet d'un très grand nombre de recherches, dont la présentation complète et analytique n'a pas été considérée comme nécessaire, ni réalisable dans le cadre de ce livre. Ainsi une attention particulière est donnée aux recherches qui étudient surtout le modèle cognitif de la dépression qu'a développé Beck et ses collaborateurs, ainsi qu'à ce qui a été développé par Seligman et son groupe. Dans le cadre de ces deux modèles sont aussi discutées les données des recherches qui concernent la relation étiologique entre les processus cognitifs et la dépression.

Athènes, le 10 février 2004 Georges Kleftaras 16

PREMIÈRE

PARTIE

DESCRIPTION

ET RÉPARTITION

DE LA DÉPRESSION

CHAPITRE
Qu'est-ce

1

que la Dépression?

1. Introduction - Définition de la Dépression
La dépression constitue un trouble psychique connu depuis l'antiquité. Déjà Hippocrate au 4ème siècle avo J.-C. avait décrit en détail aussi bien la dépression (mélancolie) que la lnanie. De nos jours, dans le monde occidental la fréquence de la dépression a augmenté considérablement, jusqu'à prendre les dimensions d'une épidémie. Pendant les dernières décennies, on constate une augmentation de l'intérêt pour la dépression et les autres troubles de l'humeur. Le changement de cet intérêt de la part des spécialistes et des professionnels de la santé, mais aussi du public reflète peut-être une tendance historique, que I<lerman (1978, 1987) nomme émergence d'une nouvelle «époque de la mélancolie », en opposition avec «l'époque de l'anxiété» qui, comme il le soutient, a succédé à la seconde guerre mondiale. Bien sûr nous devrons souligner que le mot « dépression» est utilisée pour un grand nombre d'états de

l'humeur qui peuvent être soit normales, soit pathologiques. (Robert & Lamontagne, 1977; Silverman, 1968). Ainsi la dépression peut constituer: a) une humeur ou sentiment norlnal, comme par exemple dans le cas d'une perte importante ou la mort d'un être cher, b) un symptôme dans le cas où la dépression est une forme de réaction au stress ou une réaction secondaire des patients avec des problèmes organiques ou psychiatriques, et enfin c) un trouble psychopathologique ou syndrome, comme par exemple le Trouble Dépressif Majeur, le Trouble Dysthymique ou les Troubles Bipolaires qui entre autres se classent, aussi bien selon la elM -lOry; orld Health Organization,1993) que selon Ie DSM-lV (American Psychiatric Association, 1994) dans les Troubles de l'Humeur. Par le terme «Troubles de l'Humeur» ou jadis «Troubles Affectifs» on se réfère à un nOlnbre de situations cliniques dont la caractéristique principale est le trouble de l'humeur qui est suivi par des difficultés cognitives, psychomotrices, psychophysiologiques et interpersonnelles. Bien que la dépression soit un phénomène relativement fréquent, sa définition n'est pas facile. Même les spécialistes ne sont pas d'accord sur sa nature, c'est-à-dire s'il s'agit d'un phénomène biologique ou psychologique (Schwartz & Schwartz, 1993). Néanmoins, il y a unanimité sur un point: la dépression se présente comme une caractéristique de la nature humaine, depuis la tristesse passagère qui peut arriver à chacun de nous, jusqu'à la dépression profonde. En général, la dépression pourrait se définir comme une situation de tristesse pathologique qui est accompagnée par une baisse considérable du sentiment de valeur personnelle et par la douloureuse prise de conscience du ralentissement des opérations mentales psychomotrices et organiques (Robert & Lamontagne, 1977). Faute d'une définition généralement acceptable et fonctionnelle, la dépression se définit surtout par ses manifestations psychologiques comportementales, cognitives et biologiques.

20

1.1. La Dépression Réaction

comme une Humeur

Normale-

L'humeur dépressive ne constitue pas uniquement une caractéristique de l'holntne. On peut constater des réactions analogues chez les animaux surtout chez les primates. Le fait que la dépression puisse être une humeur normale pose des problèmes aussi bien au niveau clinique qu'au niveau théorique, dans le sens où on devra déterminer les limites entre une humeur dépressive et les situations psychopathologiques de l'hulneur pour lesquelles une intervention clinique est nécessaire. Il est important d'interpréter la nature de la dépression COlnme sentitnent naturel et de préciser les aspects de l'humeur dépressive qui sont communs mais aussi particuliers aux situations psychopathologiques qui sont en rapport avec la dépression. Selon la théorie de l'évolution de Darwin (1859, 1872/1865) une caractéristique et un comportement sont considérés bénéfiques à l'adaptation, quand ils favorisent la survie de l'espèce, ainsi que la survie d'un membre isolé dans le cadre d'une espèce précise. Dans cette direction les études de Bowlby (1969, 1978, 1981, 1988) ont montré que les liens d'attachement de l'enfant à sa mère ou à une figure maternelle jouent un rôle important dans la naissance des sentiments. À cause de la durée relativement longue de leur dépendance, les enfants sont particulièrement vulnérables aux conséquences de la séparation maternelle et si cela arrive, ils réagissent souvent par une hUlneur et un comportement dépressifs. En cas de séparation, le comportement dépressif que l'enfant manifeste est jusqu'à un certain point normal et a une valeur d'adaptation. Le but du comportement dépressif c'est l'état d'alerte et de vigilance de l'environnelnent social et surtout de la famille pour le besoin de soin, d'attention et d'aide à l'enfant. Malgré le fait qu'avec le passage du temps, en entrant dans l'adolescence et dans l'âge adulte, la personne mûrit et s'élnancipe, sa capacité à réagir par la dépression aux stimuli appropriés reste et s'étend égalelnent à d'autres types de stimuli 21

et de situations en dehors de la séparation, comme par exemple à des déceptions, frustrations, critiques défavorables et blâmes, changements dans les relations interpersonnelles et dans les relations de dépendance-domination; c'est-à-dire des situations qui souvent précipitent l'apparition de symptômes dépressifs. Cependant, ce qui reste un problème c'est de savoir COlnment ces réactions normales sont reliées à des syndromes cliniques de dépression. Le fait est que beaucoup de sYlnptôlnes, épisodes et troubles dépressifs sont en rapport avec des changements unportants dans la vie de la personne. En ce qui concerne les adultes, les circonstances et les situations qui amorcent, maintiennent ou mettent fm aux réactions dépressives ne sont pas aussi claires que chez les enfants, où la séparation constitue l'événement déclenchant principal de l'apparition de la dépression. Les pertes et la séparation au niveau social, économique et interpersonnel sont très unportantes pour qu'une dépression se manifeste, ainsi les différentes approches théoriques se centrent parfois sur la perte sYlnbolique, l'anxiété, la faible estime de soi, les sentiments d'unpuissance, le manque d'espoir et autrefois sur les rôles sociaux, la récompense et le renforcement.

1.2. La Dépression

comme Symptôme

La nécessité de distinguer l'humeur dépressive normale, des symptôlnes dépressifs est particulièrement importante, parce qu'elle a des conséquences graves sur la pratique clinique, sur la psychothérapie et sur la psychopharmacologie. Les symptômes dépressifs sont souvent liés à des douleurs somatiques ou un déclin psychologique et social et peuvent constituer des réactions à des expériences personnelles (par exelnple: tristesse, deuil), à des situations sociales et économiques contrariantes (par exelnple : racisme, pauvreté) ou encore à des affections organiques. Les personnes qui présentent des symptômes dépressifs ont souvent besoin d'une surveillance clinique, même si elles ne relnplissent pas les critères d'un trouble dépressif. Par exemple, 22

bien que le deuil et la tristesse qui suivent la mort d'une personne aimée soient considérées comme des réactions norlnales et que les spécialistes croient préférable de ne pas intervenir, néanmoins, parfois la gravité des symptômes est telle qu'elle met en danger la santé et la sécurité de la personne et sa surveillance clinique est considérée comme nécessaire.

1.3. La Dépression comme Trouble Psychopathologique
Pendant de nombreux siècles, mais encore aujourd'hui, un souci principal des cliniciens est la défmition des troubles dépressifs et l'établissement de critères diagnostiques pour leur détermination. Dans le passé, beaucoup de théories ont été développées pour la relation du sentiment dépressif avec la santé et la psychopathologie. Cependant, ce n'est que pendant les deux derniers siècles qu'une méthode scientifique a été adoptée pour la recherche des troubles affectifs ou troubles de l'hulneur, avec comme réussites principales et récentes dans ce dOlnaine, la CIM-10 (Manual of the International Statistical Classification of Diseases, Injuries and Causes of Death ; World Health Organization, 1993) et Ie DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders; American Psychiatric Association, 1994). La CIM-10 ainsi que le DSM-IV constituent en ce lnOlnent les systèmes de classification des troubles psychiques les plus modernes, où la classification se fait selon les sYlnptômes présentés. Bien sûr le regroupement des troubles de l'humeur d'après leurs symptômes les plus importants ne constitue pas la base de classification la plus idéale. Il serait préférable que la classification se base sur les causes (génétiques, psychodynamiques, biologiques etc.) qui provoquent ces troubles. De temps à autre, différents facteurs ont été proposés comme causes des troubles dépressifs, sans que leur rôle spécifique soit pleinement étudié. Il est probable que les situations psychopathologiques qui sont regroupées en «troubles de l'humeur », ont une étiologie hétérogène et peut23

être multi-factorielle (interaction des facteurs génétiques, biochimiques, développementaux et environnementaux). Etant donné le peu de connaissance et la confusion qui existe en ce qui concerne les causes de la plus grande partie des troubles psychiques et entre autres des troubles dépressifs, leur classification d'après les symptômes acquiert une valeur pratique particulière.

2. La Dimension Dépression

du Problème - Épidémiologie

de la

Bien que la dépression constitue incontestablement un des troubles psychiques qui se rencontre le plus souvent dans le 1nonde des adultes et des personnes âgées, les études épidémiologiques ne sont ni nombreuses, ni systématiques. En plus, le manque d'une défmition généralement acceptable et l'existence de différents systèmes de classification rendent l'évaluation de la fréquence de la dépression encore plus difficile. Quelques autres éléments, qui eux aussi c01npromettent la qualité des études épidémiologiques, concernent d'une part la manière dont sont collectées les données, d'autre part le choix de l'échantillon. Ainsi, les chercheurs qui travaillent avec de grands échantillons de personnes sont souvent obligés de recourir à des modes itnparfaits de collecte des données ou à des entrevues qui sont faites par des chercheurs qui ne sont pas cliniciens. Au contraire, les chercheurs qui utilisent des entretiens cliniques structurés sont obligés, le plus souvent, de travailler avec de petits échantillons, ce qui rend la généralisation des résultats plus difficile. Cependant, d'après les études épidémiologiques qui ont utilisé l'entretien et les critères diagnostiques systématiques, aux États Unis, le pourcentage de la dépression majeure varie entre 2,2% et 3,5% et le taux de la dysthymie entre 2,1% et 3,8% (Myers, Weiss1nan, Tischler, Holzer, Leaf, Orvaschel, Anthony, Boyd, Burke, I<ramer & Stoltzman, 1984). Les pourcentages

24

pour toute une vie, comme ils ont été estimés d'après les références fournies par les sujets sur les symptômes dépressifs qu'ils ont présenté dans le passé varient, en ce qui concerne la dépression majeure de 4,0°10 jusqu'à 8,4°10 et, en ce qui concerne la dysthymie, de 2,2°10 jusqu'à 4,1 °10 (IZarno, Hough, Burnam, Escobar, Timbers, Santana & Boyd, 1987). Il est important de noter que des recherches plus anciennes, aussi bien aux États Unis qu'en Europe, avaient abouti à des taux encore plus élevés Gusqu'à 18°10) pour toute. une vie, et montraient qu'à n'importe quel moment des taux de la population générale (entre 9°1o et 20°10) auraient mentionné des symptômes dépressifs importants. Ceci peut être expliqué par le fait que ces recherches a) n'utilisaient pas de critères ni de méthodes de recherche aussi vigoureux que les études qu'on a vues auparavant et b) incluaient souvent des formes de dépression plus légères (Boyd & Weissman, 1981). En ce qui concerne la population de la Grèce, certaines recherches récentes (Madianos & Stefanis, 1992; Madianos, Stefanis & Madianou, 1987; Madianos, Gefou-Madianou & Stefanis, 1994) aboutissent à des taux qui varient entre 3,6°10 et 5,4°10 pour la valence des épisodes dépressifs actuels et 7,8 °10 pour la valence de la dépression névrotique et des réactions dépressives. Une série de recherches épidémiologiques montre que les femmes souffrent constamment de symptômes dépressifs à des taux beaucoup plus élevés que les hommes. Ainsi, il semble que chez les femmes le risque de vivre une dépression clinique est deux fois plus élevé que chez les hommes (Boyd & Weissman, 1981; Nolen-Hoeksema, 1987, 1990). Plus précisément, selon Myers, Weissman, Tischler et al. (1984), les taux de dépression majeure et de dysthymie varient entre 2,9°10 et 5,4°10 pour les femmes et entre 1,2°10 et 2,6°10 pour les hommes. Les différences constatées entre hommes et femmes en ce qui concerne la fréquence de la dépression ne semblent pas cependant être dues à des erreurs méthodologiques (p. ex., Nolen-Hoeksema, 1990). Certains chercheurs dans ce domaine considèrent qu'elles sont réelles et sont dues à des différences 25