La dynamique sociale et ses acteurs : lecture sociologique des actions innovantes

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158 pages
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Description

On assiste à de grandes mutations sociales qui nous interpellent et nous poussent à réinventer de nouveaux moyens de lectures pour appréhender le réel. Cet ouvrage propose que la sociologie, après s’être cantonnée dans une lecture statique du monde, puisse revenir sur une lecture néo-aristotélicienne pour mieux comprendre notre monde contemporain. Une approche qui considère que la société est en constante évolution et que les acteurs y jouent un rôle fondamental.
Différents exemples sont pris dans la vie quotidienne comme la participation de la population, la dynamique de l’exclusion comme ceux des camps de concentration, ou celle de la quête de la femme d’être l’égale de l’homme au Mali... ou encore les efforts de l’État du Cameroun pour que les enfants handicapés soient traités comme des citoyens à part entière ; en tenant compte de la dynamique que sait produire l’éthique.
La lecture de ses actions transformatrices et innovantes permet au lecteur de se repositionner par rapport au débat essentiel du continuum en sociologie.

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Date de parution 01 janvier 2017
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EAN13 9782849244975
Langue Français

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La dynamique sociale et ses acteurs
Lecture sociologique des actions innovantes
La collection« Essai »se veut ouverte aux nouveaux regards portés sur les sciences, les faits de société et les questions contemporaines.
Dans la même collection :
La France face au défi de l’identité, Maxime Ait Kaki e L’Alliance française : francophonie et diplomatie culturelle au XXI siècle, Philippe Boulanger Enseigner les savoirs experts, Dominique Vachelard Libéralisme et anti-libéralisme dans la pensée politique, Hatem Mrad Les violences faites aux femmes, Anne-Françoise Dequire (coord.) Les centres éducatifs fermés,Benaïssa Hallak Science et diplomaties, Pierre-Bruno Ruffini Des métallos aux jeunes dex cités, Éric Marlière Du refus d’être père,François Faucon L’islamisme radical et l’Occident,Sophie Viollet Polynésiens et Indiens d’Amérique du Nord, Mikko Heikinheimo Plaidoyer pour les cochons, Michelle Julien La condition politique des Français d’origine non européenne, Adda Bekkouche Le réveil du monde arabe : douze scénarios d’avenir, Gilles Chenève Pas simplement quand ils nous rasent,Christophe Médici Crises économiques et régulations collectives, Michel Leis Amnesty International : enquête sur une ONG génétiquement modifiée, Marc Girot L’Afrique des timocrates, Léon Koungou L’athéisme et la foi confrontés aux savoirs actuels, Thierry Karpiel La vache à lait : notre consommation, leur martyre, Michelle Julien Les jeunes et la discothèque, Éric Marlière École, violence et domination, Pierre Badiou & Dominique Vachelard Sociologie des immigrés âgés, Emmanuel Jovelin & Fatima Mezzouj Crise : une chance pour l’entreprise ?, Jean Burnod Intervenir auprès des mineurs étrangers isolés, Francisco Mananga Le management noir, Christophe Médici Le krach de la dette publique, Sébastien Groyer L’accueil des demandeurs d’asile, Carolina Kobelinsky L’immigration : problématiques et défis, Violette Daguerre L’Internet des objets, Geoffrey Zbinden Les droits de l’enfant : une fausse bonne idée, Philippe de Dinechin Hyperphagie : l’obsession de manger, François Faucon La nudité : pratiques et significations, Christophe Colera Écoterroristes ou écoguerriers ?, Roger Ribotto Le souverainisme : une idée certaine de la France, Philippe Boulanger La jeunesse qui range sa chambre, Grégory Kapustin Philosophie du ménage, Sébastien Groyer L’écologie profonde, Roger Ribotto La sexualité collective, Radu Clit Chirurgie esthétique : les conseils d’un chirurgien, Vladimir Mitz Psychologie de la fatigue, Jean-Louis Dupond J’accuse la dérive de la psychanalyse, Sylvie Lanzenberg
Image de couverture : Charles Dreyfus,Inférence aléatoire immédiate, 2017 © Éditions du Cygne, Paris, 2017
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-497-5
Sous la direction d’Antigone Mouchtouris
La dynamique sociale et ses acteurs
Lecture sociologique des actions innovantes
Éditions du Cygne
Introduction
1 Antigone Mouchtouris
La sociologie a obtenu un grand nombre d’acquis ces deux derniers siècles, en se construisant comme une science référence, tant dans la démarche sociologique que dans la construction des courants et écoles sociologiques. C’est une science qui est perpé-tuellement en train de se construire, comme toute science ; selon Thomas Kuhn, l’évolution de la science dite ‘normale’ s’effectue avec des ruptures et par l’intervention de ses acteurs. La problématique du mouvement et plus précisément celui de la dynamique ducontinuumde la vie sociale est toujours un thème majeur à approfondir ; cela demande à la fois d’étudier les transfor-mations sociales et l’évolution sociale. Il reste à cerner la démarche opérationnelle, la procédure à suivre d’une manière logique pour comprendre le fondement du mouvement de la dynamique sociale, an qu’il devienne à part entière un objet sociologique. Le terme dynamique est très souvent utilisé sans qu’il ait une dénition proprement dite, car tout le monde comprend qu’il s’agit d’uneforce, de quelque chose qui provoque de fortes réac-tions. Néanmoins, cette dénition n’apparaît pas complète par rapport à ce qu’elle représente comme puissance de transfor-mation dans la vie sociale. Ainsi, pour cerner sa portée et son envergure, dans cet ouvrage, nous allons utiliser la dénition aristotélicienne en intégrant la notion de temps, c’est-à-dire la kinésis, mouvement transformateur. Parallèlement, nous avons voulu développer comment la dynamique prend forme dans la vie quotidienne au niveau
1. Professeure de sociologie, Université de Lorraine, membre du laboratoire 2L2S
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empirique et comment elle intègre cette action transformatrice, mouvement qui exprime une puissance et porte une force et une temporalité nécessaires pour comprendre les transforma-tions qui se produisent dans les sociétés humaines. Car, s’il y a quelque chose dont les sociologues ne se sont pas préoccupés ces dernières décennies, c’est bien le mouvement transformateur ou lecontinuum. La tendance explicative des phénomènes sociaux cherchera et trouvera des réponses aux facteurs exogènes provo-quant des transformations, aussi bien dans les structures comme la famille que dans les rapports sociaux ; comme si l’on ne pouvait imaginer, ne serait-ce qu’une seconde, que la dynamique de la transformation n’était pas seulement une puissance propre à certaines activités humaines, mais aussi propre à l’humain. On observe qu’utiliser une grille de lecture de données comme la régulation ou l’homéostasie ou encore la structure ou l’imprégnation, qui sont des concepts opérationnels, peut être très enfermant car cela reste elliptique et partiel. Ils se sont érigés en école et par conséquent, plus que des cadres de pensée, ils sont devenus de réels modèles de pensée. De ce fait, ils se sont construits dans un périmètre bien circonscrit, avec des lignes directrices et ont enfermé la connaissance en la subor-donnant à un seul angle d’optique. Les conceptions dominantes en sociologie ont mis en avant : la production due aux facteurs exogènes et les conditions de vie extérieures à l’individu qui lui sont imposées par un système social (ce qui relève de la macro-sociologie) ou par les acteurs sociaux eux-mêmes (ce qui relève des catégories sociodémographiques). Cependant, pour comprendre la complexité de la vie sociale humaine, il faudrait aller sur d’autres terrains, car ces approches ont été considérées comme des facteurs extérieurs à l’être humain. Le débat n’est pas de négliger la fonction et le rôle de ces facteurs, mais de s’ouvrir à une autre dimension, comme s’il s’agissait d’une troisième voie pouvant prendre en compte ces éléments, mais aussi de la dynamique temporelle, pour la compréhension des conduites sociales.
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En traitant cela en termes de sociologie de la connaissance, la problématique de la dynamique met en cause cette lecture dans la causalité explicative ou encore dans le structuralisme marxiste. En cloisonnant la pensée sociologique, on arrive à percer une voix dissonante qui représente une troisième voie. Cette dernière tient compte de la dynamique en la traitant comme une compo-sante de la démarche sociologique, mettant à mal les catégories existantes, comme les variables sociodémographiques et les clas-sications socioéconomiques. Par-là, on entre dans une lecture uide de la connaissance de la société humaine où l’on doit réin-venter ce qui est potentiellement transformable, ce qui se trouve en puissance de l’être, en créant de nouvelles catégories ; car sans catégorisation, il n’y a pas de science. Par dynamique, on entend le mouvement transformateur qui peut modier le courant de la vie sociale, mais qui ajoute égale-ment une nouvelle dimension à l’existant. Ce terme est utilisé en physique pour les propriétés des forces vives qui provoquent des rapports avec les corps et les mouvements. Pour comprendre ses mécanismes et la façon dont ils fonctionnent, nous allons mobi-liser la dénition et les concepts aristotéliciens an de pouvoir les adapter aux conduites humaines. Selon Aristote, le mouvement en physique se divise en trois parties : la statique, la théorie de l’équilibre au repos, la cinéma-tique. Dans cette dernière dynamique, il y a une action transfor-matrice ; c’est une autre façon d’observer la réalité sociale. On ne peut pas oublier qu’Auguste Comte, le père de la sociologie, a déjà appliqué le terme de ‘physique sociale’ à la science/ sociologie, celle qui allait expliquer la société. Tandis que Karl Marx a mis en avant comme mobile de trans-formations sociales la confrontation des éléments contraires manifestés dans les luttes des classes. Sa théorie, d’une manière considérable, a été introduite dans les sciences sociales comme la grille par excellence que nous devons appliquer pour analyser, expliquer et comprendre la réalité sociale. Parallèlement, plus précisément, l’École française de sociologie, représentée par
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Émile Durkheim, a développé le mouvement homéostatique, inspiré de la biologie de Claude Bernard. Durant cette période, s’est développée la sociologie compréhensive fondée par Max Weber, qui à son tour a inuencé la lecture sociologique de la réalité sociale. Dans ce courant, qui inclut plusieurs autres auteurs et épigones de Weber, est mis en avant le motif du mouvement qui est celui de l’idée. Ce qui provoque le mouvement transfor-mateur, c’est un certain état d’esprit, l’idée que l’être humain se fait des choses. L’interrogation qui est posée, comment se produit-elle ? Par le mouvement naturel des choses à l’instar de la nature/ physis, ou la société humaine obéit-elle à des lois qui ne sont pas semblables à celles de l’environnement naturel ? En donnant des réponses à ces questions, on peut contribuer à nourrir la démarche sociologique. D’ailleurs, une science n’est pas isolée par rapport aux autres sciences, même si aujourd’hui il n’existe pas de communication très importante entre les membres des différentes communautés scientiques, comme jadis Heidegger écrivait à Einstein à propos du temps et de leurs conceptions. Cette communication n’est pas très développée actuellement entre les chercheurs des sciences sociales et ceux des sciences dites dures, hormis à travers des relations dues au hasard, personnelles ou fortuites. Néanmoins, l’inuence par les sciences dites dominantes, comme la biologie et la physique, est signicative. e Durant le XX siècle, la problématique en sociologie de l’action sociale transformatrice a été fortement inuencée par la pensée physiocrate et particulièrement basée sur cette lutte sociale entre des intérêts économiques, donc fondée sur la pensée des oppositions de Marx. Tandis que, chez Aristote et Hegel, la notion des contraires est une opposition exprimée dans tous les actes humains. Une réactualisation de la pensée d’Aristote, plus particulière-2 ment l’utilisation des apports de son livrePhysique, nous permet
2. Aristote,Physique, traduction Carteron, Vrin, 1932.
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