La face cachée de l
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La face cachée de l'amitié

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Description

Un voyage fascinant à travers les rigoles de la vie.


Sept marches d'une fantastique échelle vers la connaissance.


Un vrai roman de vie, dégustant les différentes phases évoluant vers l'Amour.



Pourquoi toujours marcher ?


ESSAIE DE VOLER !

Sujets

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Publié par
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EAN13 9791095299165
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sommaire

Page de titre
Copyright
***
Préface
Connexion mystérieuse
Le sommet des profondeurs
L’apparition
La grotte de l’ours
Le double visage de l’amitié
La panique
La face cachée de l’amitié : l’altruisme
L’amitié, c’est aussi une mission
Les retrouvailles
Inconsciemment, dans le grand mystère
Le rêve
Escalation
Introspection
SCHÉMA DE MON UNIVERS DESSIN N. 1
SCHÉMA DE MON UNIVERS DESSIN N.2
SCHÉMA DE MON UNIVERS DESSIN N.3
Synthèse
Mon Ami Cosmos
Mario Schlanser
LA FACE CACHÉE DE L'AMITIÉ

Première édition

Mario Schlanser
Copyright © 2019 Mario Schlanser, Anima Studio Productions.
Édition 1.0
Tous droits réservés.
ISBN   : 979-10-95299-07-3

Préface  

Rien n’arrive par hasard !
Rencontres, situations inattendues, aventures, semblent de minuscules points dans un grand dessin... petites tâches que la vie, d’heure en heure, de jour en jour, assemble tissant de nouvelles histoires, poussant la vie des hommes, la vie de chacun de nous, dans l’une ou l’autre direction qui, souvent est bien diverse de celle que nous avions pensé prendre.  
Ainsi, il arrive que des rencontres fortuites, mais jamais imaginaires, se transforment en lymphe vitale pour notre existence, nous indiquant de nouveaux chemins à prendre, de nouveaux points à ajouter sur la complexe mosaïque de l’existence, la nôtre et celle des gens mis sur notre route ou, peut-être, est-ce nous qui côtoyons le chemin de l’autre.  
C’est justement dans le désir d’entreprendre un voyage bien réel mais encore enfoui au fond de lui, que Mario Schlanser, auteur-narrateur-protagoniste, a trouvé l’amorce de ce troisième ouvrage “La face cachée de l’Amitié”.  
Sac à dos sur l’épaule, en selle sur sa bicyclette, nimbé des premières lueurs de l’aube qui, timidement, annoncent l’arrivée d’un nouveau jour, Mario se prépare à affronter son nouveau voyage, un voyage “fantasmo-réel”, comme lui-même le définit. Une promenade réelle voulue pour savourer la beauté de la nature, mais qui portera le protagoniste à des rencontres aussi inattendues que spéciales. De nouveaux petits points qui l’aideront à composer (ou peut-être à décomposer...) cette partie de la mosaïque que représente la vie.  
Et voilà que, sur le sommet de la montagne, qu’il rejoint avec ses nouveaux compagnons de voyage, par une journée apparemment sans nuage, se produit encore une fois, l’inattendu, l’impondérable. Une expérience forte qui laissera des cicatrices indélébiles dans les âmes des protagonistes les obligeant à une introspection profonde, par moment complexe.  
C’est ainsi que l’auteur, abandonnant la vérité romancée, décide d’inviter le lecteur à partager avec lui une réflexion élevée, nullement banale, presque technique, sur les thèmes comme la peur, le sens de culpabilité, le libre arbitre, l’Amour universel... C’est alors que, tandis que la narration continue, c’est l’univers qui domine et qui, avec ses éternels mouvements mystérieux, ses infinies combinaisons, semble offrir, selon celui qui écrit, une clef de lecture des comportements humains, dévoilant leurs Faces Cachées... D’ailleurs rien n’arrive par hasard.  
La rencontre même de Michela et de Mario, complètement imprévue, ouvre le cœur et l’âme à de nouvelles voies et invite à rejoindre de nouveaux objectifs. La redécouverte de l’Amour se transforme en une joyeuse redécouverte de soi et en même temps à une nouvelle ouverture vers les autres. Une sorte de nouvel envol à deux qui s’unit à celui vers lequel tend le lecteur, à chaque page de ce livre. Un amour qui est personnel et universel car capable de se propager à tout ce qui entoure ces deux âmes, depuis peu, unies... Une nouvelle union qui, comme il arrive toujours pour continuer à vivre, demandera attention et soins constants. Ce même respect que l’auteur invite à avoir, chaque jour, dans les confrontations avec la nature et tous les êtres vivants qui en font partie.
Aucune vie, en fait, ne mérite d’être gaspillée...  

Dott.ssa Stefania Brunelli
Connexion mystérieuse  

C’est Dimanche ! La lune est presque pleine ce matin et son dernier quartier encore gris, sera lui aussi demain tout illuminé. Il est très tôt et la voûte céleste est encore indigo. Cela me fait penser au papier bleu marine que l’on étale pour faire le sol de la crèche, seulement dans le ciel les étoiles semblent des diamants incrustés tout en haut pour désigner quelque chose pas toujours compréhensible. Colliers brillants de lumière accrochés à un fil mystérieux. Je regarde l’étoile polaire qui, imperturbable, m’indique toujours le nord et semble me dire   : “Vise toujours ton objectif et ne vacille jamais !” Je l’écoute ! Et je suis son conseil. Je ferme la fenêtre sur ce majestueux spectacle et pense vraiment à prendre mon sac à dos pour aller sur les chemins avant que le soleil ne se lève. C’est décidé ! L’objectif de cette journée sera un voyage, une promenade à travers les sentiers tortueux de l’inconscient. “Connais-toi, toi même” disait Socrate. Ce ne sont que des mots ! Je me lance. Je veux essayer de me connaître, moi, m’assimilant avec “l’autre”, comme mon semblable, dans la tentative de voir en lui ce qui m’est caché à moi. Je sors en fermant la porte.  
Maintenant ma maison est vide et j’essaie aussi de faire le vide en moi, d’annuler toutes mes pensées, mes préoccupations et l’anxiété procurée par le parcours de la vie. J’espère fortement rencontrer des gens pour communiquer, pour dialoguer, pour éloigner la morsure de la solitude. Il me semble entendre une voix dans mon inconscient qui me dit : “Arrête-toi, Homme” !  
Il se crée en moi le vertige du vide me permettant d’allumer, ici ou là, quelque étoile scintillante qui dissipera les obscures ténèbres, afin que je puisse entrevoir des lueurs de vérité, de sagesse et d’Amour.  
Bien, je suis d’accord ! Je n’ai pas grand chose dans mon sac à dos, mais je pense que cela sera suffisant pour entreprendre ce fantastique voyage. Oui, justement, je commence ce parcours “fantasmo-vrai”, une réalité rêvée ou un rêve qui devient réalité ? Je me dirigerai vers la montagne et chercherai avec détermination à l’escalader. La vie est dure ; la pente est raide. Je le sais, mais tant que je trouverai de l’herbe verte cela ne me sera pas difficile et j’en profiterai au maximum. Je chercherai à arrêter le temps pour profiter de chacun de ses instants. Je caresserai et respirerai le parfum des fleurs qui pointeront leur pistil. Je réfléchis : “Je ne veux pas m’arroger le droit de jouir seul de tant de douceurs”. D’une façon “fantasmagorique” je m’invente un ami. Je prends ma bicyclette et commence à pédaler.  
C’est formidable de désirer quelque chose ! Penser à une chose, la désirer et la rejoindre.  
La vérité est toujours au centre et le désir est synonyme d’Amour. C’est à dire vouloir une chose pour s’en occuper ou pour l’apprécier, cela signifie tendre la main pour caresser la vie, pour la cueillir, pour l’améliorer et en parler avec emphase.  
... Et quelque fois cette vie te récompense. C’est facile de croiser des cyclistes un dimanche matin. Juste devant moi s’en trouve un que je rattrape en peu de temps. Peut-être que, lui aussi, est parti pour on ne sait quelle destination. Je note que son sac à dos est beaucoup plus grand que le mien, et je fais le rapport avec le but d’introspection de mon voyage. Peut-être que son bagage culturel est plus important ? Ou alors son but est plus éloigné et plus fatigant ? « Bonjour ! Il me semble que nous allons tous les deux dans la même direction ». « Je l’ai pensé moi aussi, je me suis retourné plusieurs fois ». « Nous sommes deux solitaires et si tu veux nous pouvons faire un bout de chemin ensemble. Je voudrais emprunter quelques sentiers de montagne, et toi ? » «  C’est vraiment le destin. J’avais la même intention. Combien de fois nous utilisons ces expressions devant des moments d’incrédulité ». “Quelle coïncidence   ; Quel hasard   ; Comme c’est étrange”, donc “Quel Destin”... Et nous avons continué de pédaler en silence.  
Ces situations inexplicables ne me surprennent plus car en observant la vie, j’ai réalisé que tout est déjà écrit. Toutes les considérations qui ont fortifié mon concept ont leur origine dans l’Amour, un Amour infini. L’avenir des choses et des faits n’est rien d’autre qu’un dessein d’Amour, dans le bien comme dans le mal. Oui, aussi dans le mal, dans la mort de toute chose et dans la nôtre, dans les tragédies et dans les disgrâces. Quand tout le cosmos implosera ce sera par Amour. Oui, ce sera encore de l’Amour, le simple fait qu’il se recréera ... de nouveau par Amour.  
Aucune feuille ne tombe de l’arbre parce qu’elle le veut ! “Amour”. Seulement en prononçant ce mot, une douce vibration vous envahit. C’est une parole magique qui, comme les vagues de la mer, avance dans les méandres de la conscience étendant et dilatant notre concept des choses physiques. Ce n’est pas seulement un terme pour définir un état. Ce n’est pas seulement un sentiment ou une philosophie ou un amour pour la sagesse. C’est une VIBRATION. C’est une sensation physique qui traverse tout le corps l’inondant de quiétude, de paix et de joie.  
On se sent amoureux de l’Amour. Acquérant ce concept tout devient plus facile pour accepter les événements de la vie. Dans le bien comme dans le mal on adhère au dessein impeccable de la Création. La conclusion qui s’ensuit est claire et très simple : Tout ce qui a été créé, l’univers ou les univers, est le fruit d’une “Intelligence” infinie et cette même Intelligence infinie créera la matière visible. Inéluctablement un jour ou l’autre elle la détruira. Nous voyons effectivement des tremblements de terre, des tsunamis et tant d’autres calamités et, pendant que j’écris le mot “détruire” nombre des cellules de mon corps sont mortes et qui sait combien de personnes sont mortes sur la terre, et qui sait combien de matière a disparu, même en implosant... mais ce sera toujours par Amour.  
Et toujours pour le même motif : elle renaîtra ! Voilà pourquoi on n’est jamais seul. Tout ce que je vois n’est que “maia” pour les anciens, illusion pour les contemporains et est destiné à disparaître... mais renaîtra. Tout ce qu’on ne voit pas ne renaîtra pas, car n’est jamais mort... il est éternel . Ainsi l’unique demande est celle-la : est-ce possible, de “sentir”, plus ou moins, tout ce qui nous entoure et qui est invisible ? “Ferme les yeux et tu commenceras à voir” disait Platon. Dans sa métaphore, pas même lui a eu le courage de l’appeler par son nom “ mental ”. Depuis que j’ai “l’âge de raison”, je dis que cela s’appelle “mental” parce que cela ment. Si ce mental n’était pas “illuminé”, ce serait ignoble, terrible. Il tue, même verbalement, vole et violente et dans son éclat maximum génère guerre et mort. Ce n’est pas facile mais si on réussit à l’éteindre, on monte sur le podium en disant : nous avons vaincu. La matière vaincue, reste seulement son contraire : l’énergie qui l’a générée, la non-matière, la partie invisible, le vrai plein de la mécanique quantique. Ainsi tout ce que nous ne voyons pas n’est rien moins que l’équivalent de ce qui se trouve à l’intérieur de nous. C’est la même onde, la même vibration. Nous devons “découvrir l’antenne” qui est en nous, afin de pouvoir se brancher sur la même fréquence.  
Les grandes inventions qui ont fait progresser la science ne sont pas le fruit du “mental” génial mais sont des “illuminations”, “offertes” et suggérées par cette antenne . Seulement leur élaboration est accomplie par le mental. Le génial Léonard de Vinci est clair dans sa conclusion : “Tout ce que j’ai inventé n’est pas le fruit de mon mental”. Toutes ces pensées se sont succédées dans mon esprit pendant que nous avancions vers notre objectif. Je ne sais pas si, lui aussi, est seul dans la vie. Nous ne nous sommes pas encore présentés mais, en parfaite harmonie, nous échangeons nos positions comme de vrais coureurs cyclistes. Peut-être que, lui aussi, cherche des moments de solitude pour réfléchir alors qu’en même temps il éprouve un besoin effréné de socialiser, d’avoir un contact humain. En conclusion, il recherche aussi, peut-être, un ami.  
Il faisait encore nuit ce matin quand je suis sorti. Mon désir d’amitié et de contact était tellement grand que je me rends compte d’avoir préparé mon sac à dos avec trop de frénésie.  
Qui sait si j’ai pris tout le nécessaire. Peu importe, désormais je suis dehors, dans le monde et mon objectif aujourd’hui est la recherche. Je regarde devant moi et une faible lueur apparaît derrière la montagne. C’est de bon augure : cela promet une belle journée.  
C’est comme mon histoire, on ne sait pas, c’est incertain, comme toutes les histoires. De temps en temps passant devant une maison, je vois s’allumer une lampe à la fenêtre.  
Comme pour mon voyage de réalité-fantaisie, je fantasme aussi sur celui ou celle qui est derrière ce rideau et à ce qu’ils peuvent se dire. J’imagine de grands bâillements dus à l’insomnie ou à l’ennui.  
“Je suis encore plus fatigué que lorsque je me suis couché”. “Mon Dieu, je suis en retard” ! réalise un autre. Je n’ai pas le temps de m’étirer.  
“Je ne veux pas me lever et faire toujours le même chemin, le même travail, le même stress”. Lui est paranoïaque de travailler le Dimanche ! Un autre dit encore : “Je n’ai pas la force de me lever, je ne veux pas sortir, je ne veux rencontrer personne, J’ai tout à la maison... je ne sais même pas si je veux manger”. Quelle tristesse... Cet homme, seul avec lui-même, qui s’est égaré et n’arrive plus à se retrouver, il se meurt de solitude.  
...Et j’ai ralenti le rythme de ma course. Par chance l’air est frais et m’aide à pourvoir au manque d’oxygène. Je me rapproche de la roue arrière de celui qui me précède. Je me remonte le moral... et soulève la tête. Sur le sommet de la colline les lueurs s’intensifient et les arbres apparaissent nettement. Les cimes des très hauts pins se fondent avec le bleu du ciel. Leurs branches découpées ressemblent aux dents d’un peigne. Les rayons de soleil, filtrant au travers de leurs branchages ressemblent à des cheveux d’or, qui en se croisant, transpercent la brume de la nuit. Toutes les couleurs de l’arc en ciel viennent se refléter, éparpillées sur ce paysage enchanteur, sur le vert de la vallée.
Le ciel et la terre se parent avant de se présenter à nous pour partager ce nouveau jour. Que c’est beau le printemps, cette explosion de renouveau ! Ce vert tendre prisonnier des feuilles fragiles des arbres   ; cette herbe incrédule qui, après le froid de l’hiver, s’étale entre les mottes de terre pour s’abreuver de rosée... et un peu narcissique montre les gouttes le long de ses tiges comme si c’étaient des diamants brillants sous le soleil. Ceci est la véritable chromothérapie   : “L’aliment adapté à la meilleure part de l’âme provient des prés... qui sont là” disait Socrate.  
Ceci est une merveilleuse thérapie pour détendre un esprit inquiet. Cette vibration procurée par la longueur d’onde du vert entre doucement dans le circuit énergétique de notre corps en passant par un point précis, en pleine poitrine, où se trouve l’emplacement de notre cœur physiquement... c’est de la physique, c’est de la science.. Toute cette tendresse me porte vers l’oubli.  
Nous pédalons sans nous rendre compte que cela monte. Je repense au printemps, au monde, aux personnes qui, comme le printemps, se réveillent en ce moment, sans avoir besoin d’allumer l’électricité et cela les réjouit. Derrière ces fenêtres, j’imagine des mères attentives à bien vêtir leurs enfants, à leur préparer le petit déjeuner plein de termes obscurs comme crêpes Suzette, pop-corn, œufs au bacon, brioche, tartine et tant d’autres choses : effet de la globalisation.  
« Maman, pendant que les corn flakes gonflent tu peux allumer l’ordinateur ? ». « Et toi, pendant ce temps-là, qu’est-ce que tu fais ? ». « Je joue avec ma tablette. À propos, tu sais que mon copain a changé son ordinateur pour un autre qui lui fait gagner cinq secondes ? Quand est-ce qu’on change le nôtre ? ». Aujourd’hui, c’est jour de fête et je me demande s’il y a quelqu’un qui ne devant aller ni au travail ni à l’école et oubliant la frénésie, arrête cette course infernale de la vie ? Il y aura quelqu’un qui prendra le temps de méditer un instant sur les trois questions fatidiques : “Qui suis-je, où vais-je, où irai-je ?”  
Il serait plus agréable de regarder les fleurs exposées aux fenêtres et sur les balcons. Je préfère imaginer que ces enfants calculent le temps nécessaire à un bourgeon pour devenir une magnifique fleur balançant ses pétales entrelacés, en une parfaite harmonie.  
Ce sont des fleurs bien qu’un peu malingres, incroyables sous ce premier soleil pâle. Et cependant, à travers le feuillage peu touffu, des couleurs vives se projettent, grâce aux premières lueurs et à la première tiédeur.  
Ce spectacle respire la joie et fait battre le cœur. Il fait penser que, dans chaque maison, il y a aussi de l’harmonie avec ses couleurs et ses senteurs. Ces géraniums, violettes, cyclamens et primevères sont un mélange d’espoir, de douceur, bon augure d’amour pour ce jour nouveau et son lendemain.  
Absorbé dans mes pensées et mes réflexions, je ne me suis pas rendu compte que la route montait à flanc de colline et que de temps en temps, je devais pédaler debout. Au sommet il y a les ruines d’un vieux château et d’une antique chapelle.  
De là, on peut admirer un splendide panorama sur la mer et la plage. On peut respirer l’air marin qui avec arrogance monte de ses ondes et entendre, dans l’air, résonner la musicalité du vent.  
« Excuse-moi, j’ai les jambes un peu fatiguées pas toi ? Je propose de faire une pause pour reprendre notre souffle. Qu’en penses-tu ? ». « Je suis d’accord, arrêtons-nous ici. Entre autres belles choses à admirer, il y a un panorama vertigineux.  
Nous posons nos bicyclettes contre un poteau électrique. Il y a des phares qui, le soir, éclairent une grande cascade. Les habitants de la vallée peuvent l’admirer à partir de la baie et constater qu’elle est, de plus en plus, grignotée par la mer ».  
Je regarde mon voisin dans les yeux et lui dis : « Ciao compagnon de route. Je m’appelle Mario ». « Enchanté, moi, c’est Angelo. Excuse-moi de t’avoir “tiré” un peu trop mais tu as eu une excellente idée de choisir cet endroit pour une pause ». « Quelle vue exceptionnelle nous avons. N’est-ce pas   ! » « Nous sommes vraiment chanceux d’habiter une région où la nature met tout à notre disposition en si peu d’espace   : mer, colline et montagne ». « Tu as parfaitement raison Angelo » et nous nous serrâmes la main en nous regardant dans les yeux. Je ne sais pas si c’est le gros sac à dos qui m’a permis de deviner son but ou si c’est plus simplement cette poignée de main ferme et ce regard franc. J’ai eu le sentiment que, lui aussi cherchait une compagnie née de l’inconnu du temps qui s’écoule. J’ai appris à pressentir les événements, qu’ils soient positifs ou négatifs : beaux ou laids ; bons ou mauvais   ; rencontres ou séparations prévues ou fortuites. Et le fait de se trouver là, par cette belle matinée m’a fait penser à une seule chose : voici les yeux d’un nouvel ami ! Ils sont pénétrants mais avec discrétion. Tu comprends qu’ils veulent te connaître car ils sont interrogatifs. Tu saisis aussi que tu lui inspires de l’intérêt par la façon de te mouvoir, le son de ta voix. Et tu ne peux échapper à ton destin, au dessin impeccable de la carte de ta vie. Si cela avait été une femme j’aurais pu le définir comme “un coup de foudre”, mais même dans ce cas, le résultat de cet événement ne change pas : cette rencontre n’est pas née du hasard mais du même projet de création. Big Bang !... C’est l’évolution extrêmement intelligente de la matière qui continue sa propre course en suivant avec un précision micrométrique les nœuds de la trame et de la chaîne. Il est impossible à l’homme de modifier le dessin désormais imprimé sur le tapis ... ni même dans le parcours inverse du “détricotage”, de sa fin, de son implosion, jusqu’à sa totale autodestruction   : Big Cranch.  
En aucun cas, l’homme ne peut intervenir. « Je me trompe ou toi aussi Angelo tu veux gravir la montagne qui est derrière nous ? » Nous respirons les effluves de la mer que nous admirons là du château, fiers de notre bonne forme, malgré notre vie déjà bien entamée. L’à peu-près est de rigueur, disons que nous sommes arrivés à mi-parcours de notre existence, comme nous le sommes du sommet de la montagne. « Exact, moi non plus je ne doutais pas de ton intention ». Nous décidons de nous asseoir cinq minutes avant de repartir. « Mario, regarde cet homme assis sur un banc en face de nous, cela ne te paraît pas un peu étrange qu’il soit là, seul, à cette heure ? Il n’aura pas dormi là toute la nuit, seul avec ce grand sac plastique ! ». Nous sommes à quelques mètres de lui, sur un sentier touristique recouvert de fleurs grimpantes formant une arcade au-dessus de lui avec leurs bourgeons d’un vert tendre et très délicat. Son banc est “protégé” par deux grosses branches dont les extrémités touchent terre. Ce sont celles d’un chêne, un chêne vert centenaire, qui semblent protéger cet homme étrange : un vagabond, un mendiant, un sans-abri, un clochard ?  
« Crois-tu que ce soit un clochard ? ». « Mais non Angelo ! Il semble être une personne distinguée, calme et sereine. Seul son regard bas et triste reflète une grande souffrance intérieure. Ses vêtements sont un peu froissés mais cela n’a aucun rapport avec la cause de son problème ». « Mais pourquoi est-il monté jusqu’ici où la nuit a dû être aussi froide que la glace qui lui entoure le cœur ? » « Il ne nous regarde pas, comme si nous n’existions pas. Je pense qu’il évite les gens. Il ne veut pas affronter leur regard curieux, leur désintéressement, leur mépris, voire leur dégoût. Il me donne l’impression d’un homme qui a subi un traumatisme, peut-être la perte de quelqu’un ».
« Peut-être cet homme se sent-il rejeté comme si c’était un mendiant. Je crois que c’est lui qui veut éviter la lèpre de l’indifférence humaine et préfère le froid de la nuit à la froideur du jugement humain. Afin d’éviter l’humidité de la plage, il a préféré la chaude protection de ce chêne qui semble caresser, de ses branches, les quelques signes de vie qui lui restent. Il donne vraiment l’impression de ne pas avoir la force de porter un poids aussi lourd : un fardeau de douleur trop important pour ses forces ».  
Comme le font ces branches, j’ai, moi aussi, l’envie de le prendre dans mes bras mais je n’en ai pas le courage. J’aurais l’impression de le “déranger” dans son introspection, son soliloque. Sa solitude n’en est que plus évidente. Quand il soulève la tête, lentement il regarde à droite et à gauche, comme s’il cherchait quelque chose qu’il ne trouvait pas et ses yeux se perdent dans le vide qui l’entoure. Je suis sûr qu’il ne nous a même pas vus. Il doit avoir notre âge, lui aussi à mi-parcours de la vie... marquée par une terrible tempête. C’est étrange mais je n’ai pas la force de lui demander ce qui lui est arrivé. C’est comme si, ne sachant pas comment atténuer sa douleur, je l’accroissais. Je suis comme n’importe quel étranger, qui ne connaissant pas la situation, ne peut la comprendre. L’état d’égarement de cet homme me culpabilise. Je n’ose plus parler. Je l’observe seulement. Angelo aussi est perplexe. Muets, nous le voyons poser par terre entre ses pieds, son grand sac plastique.  
Nous le voyons, indécis, regarder ce qu’il contient. Il ne sait quoi faire et, de temps en temps, il soulève la tête et regarde, devant lui le vide, je pense même le néant. Tout d’un coup, de ce grand sac, comme si c’était une poupée russe, il sort, un à un, quatre autres sacs plastique plus petits les uns que les autres. Il les positionne très lentement deux à droite et deux à gauche de ses pieds. Quelques pigeons malins le surveillent perchés sur les branches, espérant quelques miettes pour leur déjeuner et viennent s’éparpiller gaiement autour des sacs, mais l’homme, imperturbable, regarde lentement à l’intérieur d’un sac puis d’un autre, puis revient au précédent, ignorant les pigeons qu’il n’a probablement pas remarqués.  
On voit très bien qu’il ne sait pas quoi faire : il est triste mais émane de lui tant de tendresse. Son visage, qui nous fait face, ne fait transparaître aucune émotion. C’est le portrait de l’apathie de l’homme qui ne sait s’il est encore en vie, et qui, tout en pensant agir d’une façon rationnelle, a un comportement on ne peut plus irrationnel. Finalement, après de longs moments d’hésitation, il plonge la main dans un sac pour en extraire une grande bouteille de plastique avec un reste de boisson... puis regarde encore le vide. Après avoir posé la bouteille par terre, il extrait une chaussette noire et très lentement l’aplatit avec sa main sur sa cuisse. C’est comme s’il voulait la repasser pour en atténuer les plis, peut-être les soigner, comme s’ils étaient les blessures de son âme, de son cœur à lénifier. A la fin il la remet dans un autre sac.  
Il recommence l’opération avec différentes autres choses. Tout ceci se fait très lentement, avec de longues pauses et quelque fois il reprend le même objet pour le changer à nouveau, après une longue réflexion. Après quelques longues minutes, nous comptons à ses pieds quatre bouteilles à moitié vides, six gobelets en plastique, quatre jouets d’enfants... Sur le banc sont rangés plusieurs paquets de mouchoirs en papier dont certains semblent usagés. Après toutes ces manœuvres, il semble satisfait et pousse un grand soupir de soulagement. Mais la pause est brève et il extrait d’un autre sac des bouts de pain en faisant les mêmes opérations que précédemment. Une tranche de saucisson passe d’un morceau de pain à l’autre, ainsi qu’un peu de jambon... À ses pieds, nous comptons une vingtaine de pigeons ayant quitté les branches des arbres avoisinants. Ils sont spectateurs et attendent patiemment ce qu’ils convoitent   : tant de petits morceaux dont ils n’ont pas l’intention de perdre une miette. Ils sont tout excités à l’idée de faire un somptueux petit déjeuner. Malheureusement la vie réserve quelquefois des surprises désagréables. Le pauvre homme ne se rend pas compte de l’anxiété des oiseaux confus et inconsolables qui l’entourent. Il a pourtant l’air d’être une personne gentille, cultivée. Il mangera la moitié de tous les sandwiches et jettera les restes dans la corbeille qui est sur sa gauche à un mètre de lui. Les pigeons, décontenancés, s’envolent... peut-être ont-ils compris la douleur de ce pauvre homme. Angelo et moi nous regardons stupéfaits, incrédules. Nous comprendrons mieux quand nous le verrons extraire l’énième, objet d’un sac : une sculpture grise en bois représentant un enfant et que l’homme SEUL continuera à embrasser avec tellement d’affection...  
Nous nous regardons de nouveau, dans les yeux, hébétés. Nous sommes émus par cette coparticipation à sa douleur. Le partage est total et nous avons tous les deux les larmes aux yeux. Nous pensons, alors, que cet homme détruit a dȗ perdre tragiquement un fils... ou peut-être sa compagne... ou tout autre être proche...  
Sans réfléchir, nous nous levons pour nous approcher de lui. Ensemble nous avons posé sur son épaule une main amicale l’attirant dans une spontanée et inconsciente accolade. Son souffle court me bouleverse l’âme.  
Son chagrin a drainé le nôtre dans les méandres d’un amour inconditionnel et inconnu... et ses pleurs n’étaient que des étoiles brillantes qui retombaient pour se fondre dans cette amicale étreinte.  
Quand nous nous sommes séparés, je pense qu’Angelo et notre nouvel ami ont vu aussi ce que, moi, j’ai vu  : j’ai levé le regard au ciel et mes yeux, encore humides, m’ont offert un spectacle grandiose. C’était l’apothéose de tant d’arcs en ciel qui vibraient de toutes leurs couleurs à travers les branches dansantes de ce vieux chêne.  
Les premières pousses voletaient comme des tutus de ballerines. La scène illuminée par les rayons du soleil a attiré de nouveau les pigeons incrédules et attristés. Semblant étonnés devant cette merveilleuse polychromie et s’accompagnant de leurs plus beaux chants, ils se sont envolés dans un battement d’ailes.  
Nous leur avons donné le pain qui avait inconsciemment atterri dans la corbeille. Le monde autour de nous a explosé de joie et cette splendeur a ramené l’homme à son Amour.  
Angelo et moi, encore titubants, sommes retournés prendre nos bicyclettes. « Angelo, peut-être avons-nous aidé ce pauvre à soigner certaines de ses blessures. Je crains de n’être pas en mesure de pédaler immédiatement. Cela t’ennuierait si nous attendions une dizaine de minutes, nous pourrions aller visiter les ruines d’un vieux château qui se trouve juste derrière la colline ».  
« D’accord, allons-y. Au seizième siècle se trouvait un très beau château qu’un jour un très fort “vent de guerre” détruisit. Ces ruines, ainsi que la détresse de ce pauvre homme, me font penser au parcours d’une vie. Donne-moi cinq minutes seulement afin que je couche sur le papier cet incroyable comportement de l’homme, dans le parcours de sa vie.  
Tant que tout va bien l’homme se sent le roi dans son château, comme nous à présent. Si, du fond de cette merveilleuse vallée, nous entendons un son de cloche, un appel à l’aide c’est-à-dire une main qui se tend pour demander du secours, nous répondons : “Nous sommes trop loin” ! Ne serions-nous pas un peu lâches, non ?  
Et si le malheur s’abattait un jour sur nous, comme sur cet homme blessé ? Et si c’était la main tendue que nous avons refusée qui nous venait en aide ? ».  
« D’accord Mario, tu as raison. Nous sommes des êtres mesquins. Je t’en prie, écris dans ce contexte idéal un poème sur ce que cela t’a inspiré ».  
Pour nous tous, tranquilles, dans notre château  
Je vois le vent secouer les pétales de mon jardin, et des fleurs, je sens le parfum de leurs couleurs.  
Et encore le vent siffle contre les murs de mon château doré.  
Et ma force est sa forteresse. Ses caves renferment mes biens, et l’or qui brille est ma sagesse.  
Et encore le vent fait entendre sa triste plainte jusqu’à ma colline. De la vallée une stridente cloche martèle un appel. Peut-être une main qui a besoin et cherche l’autre... “Mais je suis loin” !  
Bien ancré dans ma prétention, je m’arroge le droit à l’égoïsme.  
Que signifie Aimer ? Aider ? Quel est le sens de l’altruisme ?  
Un jour un vent fort, impétueux, d’un souffle emporte avec lui, toutes les “cartes” de mon château.  
Nu, errant, abandonné. Où vais-je manger ? Où vais-je dormir cette nuit ? Je frappe à toutes les portes, inutilement. Le grincement d’une porte... finalement.  
“Entre, je suis le vent, je suis la main tendue... l’autre”.
Le sommet des profondeurs  

Que d’émotions ! Nous reprenons notre souffle en essayant de dominer notre respiration. Aucun des deux ne parle pendant que nous attachons nos vélos à l’ombre d’un arbre qui a survécu au milieu des restes du château. Nous cheminons sur ce sentier de montagne et nous perdons de vue ce qui est resté de ces ruines, mais l’ensemble reste accroché à notre cœur déconcentré et étourdi. Je pense qu’il nous faudra encore beaucoup de temps pour que les émotions, qui submergent les sentiers de notre inconscient, arrivent à se dominer. Le bois est encore épais et touffu mais nous serons bientôt loin de la végétation dense pour goûter le vert des dernières prairies. Je sens le souffle court d’Angelo et moi aussi je suis haletant. Depuis que nous avons laissé la colline, nous n’avons échangé aucune parole. Le nœud à la gorge ne s’est pas encore dissipé et cela nous empêche de respirer librement. L’émotion éprouvée tarde à disparaître, malgré la joie d’avoir laissé Giuseppe avec un sourire, peut-être un peu forcé. Je le revois toujours embrassant et serrant à l’infini, contre son cœur, cette statuette d’enfant. Cette statuette qu’il a faite, lui-même, avec un morceau de bois, est aussi sculptée dans le plus profond de mon mental. Même les rayons de soleil qui, comme des lances lumineuses, traversent le feuillage touffu libérant tous les parfums des sous-bois, n’arrivent pas à adoucir cette douleur que nous avons partagée. « ... Mario, quelle joie de penser que nous avons contribué à réconforter l’âme d’un inconnu, en plein désarroi ». « Quelle coïncidence ! Tu as juste interrompu mes réflexions sur cette considération.  
Pourquoi cette grande joie inconsciente et spontanée ? Pourquoi finalement arrive-t-elle à vaincre la souffrance ? Tout cela a un rapport avec la loi des contraires. Toutes les règles, même mathématiques, viennent de la nature. Ce qui me trouble, c’est qu’il y a peu d’années j’ai écrit, dans un de mes livres, le poème suivant :  
L’Amour a toujours des ailes... toi, tu lui donnes tout, Lui, vole toujours, mais un jour ou l’autre, d’ici ou de là-bas, il revient !  
Avec toute ma sincérité et une bonne dose d’expérience, cela m’a incité à faire partie d’une Association qui vient en aide à son prochain. J’aimerais bien te compter parmi nos membres car je pense que tu pourrais parler en connaissance de cause, si je me fie au peu de choses que tu m’as déjà racontées ».  
« Je te remercie Mario et pense accepter ton offre même si je te connais depuis peu.... C’est comme le sentier que nous avons choisi de gravir. C’est un parcours qui suit un torrent, à sec actuellement, comme l’alternance des moments de la vie.  
Il s’est créé tout seul par la force du courant. Depuis que nous l’avons suivi, il a plus ou moins la même largeur et la même profondeur. Il varie seulement suivant l’humeur de la nature, de la position des pierres et de la force des racines des arbres centenaires, majestueux et immenses. C’est comme un canal : il sera profond de six mètres et large de quatre. Nous connaissons l’immense force génératrice de la nature mais aussi son infinie puissance de destruction. Et quand arrive un ouragan ou un orage, l’immense quantité d’eau tombée se déverse dans la vallée provoquant des catastrophes ».  
« Regarde, le nombre de pierres qui roulent dans le torrent. Elles sont énormes comme si elles avaient été formées après une explosion de dynamite ». « Tu as raison, il faut une force incroyable. À propos, selon moi, ce soleil d’avril devrait faire fondre la neige que nous voyons sur le sommet ».  
« Je le pense aussi. D’ici peu, nous verrons l’eau qui, à cette hauteur, devrait déjà être là mais ce n’est qu’un petit filet, qui s’infiltre dans les anfractuosités du terrain et s’y cache ».  
Dans le silence qui suit, le pas court et constant, le corps vers l’amont et les épaules vers la vallée, mes pensées courent aussi dans les anfractuosités de mon mental. Et, comme l’eau, elles descendent dans la vallée de mon esprit, dans mon essence. En vain, les neurones de mon cerveau, comme ces roches découpées et acérées, tentent de s’organiser dans une logique souvent perverse. Les pensées qui naissent au plus profond naviguent vers le Soi, vers la vraie nature humaine, celle générée par l’Amour. Cet Amour qui me fait profiter, ici et maintenant, de ce nouvel ami, de sa compagnie.  
« Mario, écoute, arrête-toi. N’entends-tu pas, dans tout ce silence, une rumeur constante ? Je m’évade de mes pensées et tend l’oreille ». « Tu as raison, cela ressemble à un bruissement... attends... peut-être un gargouillis ». « Descendons ici, sur le bord du torrent ». « Compliments Angelo, magnifique technique pour descendre, tout à l’arrière, tu me parais être un véritable grimpeur. Tu es vraiment mon guide alpestre... Voilà l’eau ! ».
Nous sommes tous les deux heureux comme si nous l’avions découverte en plein désert. Elle est limpide, pure. Nous nous rafraîchissons et buvons dans la paume de nos mains. « Pourquoi fais-tu un signe de croix Mario ? ». « Parce qu’elle me donne une sensation de pureté, de naissance, de baptême. Cela me fait réfléchir. Je pense à cette journée qui débutait normalement puis s’est remplie d’émotions tellement fortes que j’en suis étourdi. Tu vois cette belle journée de printemps, la mer, le château, ce pauvre homme, la paix de ce lieu avec son eau cristalline qui fait briller les gouttes d’eau comme des cristaux émus par la caresse des rayons de ce soleil tiède. Je pense au Destin où tout est prévu, tout est bien organisé dans les plus petits détails que ce soit pour le passé, le présent ou le futur. Ce serait avilissant de penser au chaos. Ces molécules d’eau aussi fascinantes, me donnent l’image d’une union qui rompt l’immense prise de la solitude. L’hydrogène et l’oxygène : deux “rivalités” qui se rejoignant sont l’Essence de la vie ». Je prends mon courage à deux mains et une grande respiration et...
« Tu dois savoir, cher Angelo, que ma femme a fini son parcours sur terre et a continué son voyage vers le “ciel” en me laissant seul ». S’ensuit un silence d’émotion pour moi et de respect de la part de mon compagnon de voyage. Le silence du lieu s’est fait plus profond. Seul le léger ruissellement de l’eau, peut-être jusqu’à la vallée, accompagne, d’un son mélancolique, quelques larmes, cachées, elles aussi, entre les rochers, pour ne pas dévoiler la faiblesse d’un homme qui n’arrive pas à dominer sa douleur.  
« Courage Mario, je ne suis guère mieux loti que toi. Dans ma vie, ou suivant mon destin, comme tu le dis toi, j’ai eu quelques aventures mais sans jamais trouver le courage de conclure sérieusement. J’ai toujours trouvé restrictif le mot “mariage”. Un lien éternel qui t’oblige à suivre strictement certaines règles bien précises pour le reste de ta vie. L’année dernière, ma dernière compagne, avec laquelle je pensais finir mes jours, n’a pas supporté cette incertitude. Moi non plus, je ne supporte pas la solitude et ceci explique l’immédiate syntonie entre nous... Nous sommes sur le même plan instable, au bord d’un précipice toujours prêt à t’engloutir. Vois-tu Mario, si tu n’avais pas été là, aujourd’hui, à me faire apprécier toutes ces choses, avec un nouveau regard, cela aurait été une journée bien triste, comme tant d’autres. Le pauvre homme de ce matin, je ne l’aurais, peut-être, même pas remarqué ou alors je l’aurais considéré comme un pauvre hère, comme moi. Par contre, je suis encore ému et comme toi, j’aurais souhaité faire plus de choses pour lui ».  
Cela n’a pas été difficile de lui faire comprendre que pour moi aussi, grâce à sa présence et à ce qu’elle m’apporte, cette journée a une valeur supplémentaire qui n’a pas de prix. « Tu sais, Angelo, je ne sais pas pourquoi mais j’aurais envie d’établir avec toi un “pacte de sang”. Une promesse d’aide réciproque jusqu’au bout, pour le cas où un de nous deux se trouverait en difficulté. Tu sais, c’est une petite coupure que l’on se fait au pouce et qui permet au sang des deux protagonistes de se mélanger. Si tu n’es pas contre ma philosophie ou contre ma morale, je te le propose. Dès que je t’ai rencontré, j’ai su qu’il y avait un lien, comme si nous nous étions toujours connus, depuis une éternité.  
Les choses contre nature me déplaisent, il me semblerait de la violenter en nous infligeant une si petite coupure pour faire jaillir seulement deux gouttes de sang ». Je me tais et l’observe. Il n’a l’air ni surpris ni hésitant : son visage est détendu et c’est un signal clair d’acquiescement. Je sens qu’il est d’accord, il est seulement en train de réfléchir.  
Je pense que lui aussi cherche la solution, l’alternative. Nous n’avons besoin ni de papier ni d’encre, ni de document bien rédigé sur un précieux parchemin, ni de signatures tremblantes et cachetées à la cire rouge pour sceller notre “pacte de sang“. Rien de tout cela. Je veux fermer les yeux, penser, imaginer. C’est alors que je commence à mieux distinguer tous les arbres qui nous entourent. Je vois des pins immenses s’élancer vers le ciel, persuadés de pouvoir le rejoindre, des hêtres dont les troncs puissants font penser aux lutteurs de foire, de délicats bouleaux, élancés mais gracieux. Je vois des mélèzes..., et je sens un pincement au cœur quand je pense à tous ces arbres coupés pour faire des maisons. Je vois des frênes et je compte les bourgeons. Je vois des érables au feuillage dense avec leurs feuilles à trois pointes. Et toujours les yeux fermés, je tourne la tête, il m’est facile de savoir quand les rayons du soleil traversent leur feuillage et comme des lances de feu frappent mes paupières pour aveugler mes pupilles. Fasciné par tout ce clair-obscur, j’écoute la diversité des vibrations de notes très douces et un air frais les accompagne jusqu’à mon oreille, dans un concert de musique idyllique et sublime.  
« Angelo, j’entends un bruissement d’eau à deux pas de nous. Le voici. Il est plus important ». « Mario, j’y suis. Avant de voir l’eau, tu avais parlé de baptême. Baptisons ainsi la naissance de notre amitié. Avalisons ici notre accord ».  
« Merveilleuse idée ! Je proposerais d’imaginer un Témoin Spécial au-dessus de nous, au-dessus des participants ». Nous levons les yeux au ciel, vers l’immensité, vers l’infini. Ce Témoin Spécial, quel qu’il soit, ne sachant même pas quelle est sa religion, nous pose une question précise : Êtes-vous prêts à établir entre vous un pacte pour la vie ? Nous, après quelques minutes de réflexion, en pleine conscience et connaissance, avec encore le regard vers le ciel, devons donner notre réponse.  
Après une chaude accolade, nous nous murmurons à l’oreille : “oui”. Puis chacun de nous, avec la paume de la main, verse l’eau du torrent sur la tête de l’autre.  
Quand Angelo m’a versé l’eau, j’ai fermé instinctivement les yeux. J’ai revécu toute ma vie à une allure vertigineuse. J’ai eu une sensation de vide. Je planais au-dessus de ma vie passée et je laissais au sol toutes mes erreurs, toutes mes faiblesses. Par un bain réparateur je me lavais de mes petitesses, de mon égoïsme. Avec mes ailes déployées j’embrassais et serrais contre moi le grand amour que j’ai reçu... et le peu que j’ai donné. Pour ne pas le disperser j’ai imaginé le cultiver et l’amplifier. Je veux le porter avec moi, depuis le début de ma vie, afin d’avoir toujours mon sac à dos plein.  
Je suis convaincu qu’Angelo a éprouvé aussi une forte émotion et qu’il a compris le sens de mon frémissement lorsque l’eau a coulé sur mon visage comme les larmes d’un nouveau-né. En se serrant la main, nous avons repris notre chemin, d’une façon différente, le pas plus léger, plus intense et pleins d’espoir en notre avenir...  
L’Amitié n’a pas besoin de temps pour éclore.
L’apparition  

« Regarde Mario au milieu du torrent ». Je regarde. Il y a un énorme rocher au sommet duquel est assise une femme qui semble recueillie avec la tête légèrement inclinée. Elle aussi porte un petit sac à dos sur les épaules. Je regarde aux alentours mais je ne vois personne. Elle est seule. Être indiscrets est une chose qui ne se fait pas. Il ne faut pas troubler la paix d’autrui mais le désintérêt total ne plaît à personne. Nous nous approchons de la berge du torrent et jouons la carte de la préoccupation. « Tout va bien, Madame ? Vous vous sentez bien ? » Elle lève lentement les yeux et sur son visage il n’y a aucune expression d’inquiétude ni de crainte. Ce doit être une femme forte qui n’a pas peur de la présence de deux inconnus. Elle sait ce qui peut se passer... mal, quelquefois, les magazines en sont remplis. « Oui, oui, je vais bien, merci. J’écoute la musique. Si vous voulez en profiter, je vous en prie, pas besoin de billet d’entrée ». Mon Dieu quel cran ! Quelle journée ! « Avec plaisir. Je m’appelle Mario et lui mon ami c’est Angelo ».  
« Moi je m’appelle Michela, je vous en prie asseyez-vous, vous me tiendrez compagnie ». Nous nous retrouvons assis tous les trois au milieu du torrent, sur cet énorme rocher qui pourrait accueillir au moins deux autres personnes.  
Avec calme je m’installe les jambes pendantes en faisant attention à ne pas déranger les minuscules fougères qui, avec la mousse, ornent ces pierres. D’autres massifs rocheux plus petits roulent et entourent notre promontoire créant ainsi une quantité infinie de rigoles qui descendent vers la vallée. Nous nous trouvons de ce fait au centre de multiples petites cascades dont chacune produit une musique “personnalisée” spéciale et unique.  
« Je vais vous dire une vérité » reprit la dame. « Il y a deux jours j’assistais à un concert avec un violon, deux guitares et un tambourin... mais les musiciens étaient sur scène. Ici c’est nous qui sommes sur scène avec les musiciens autour de nous. La mousse qui pend de ces nouvelles pousses vers le torrent et que l’eau n’a pas réussi à attraper, me fait penser au rideau qui cache les instrumentistes. C’est vraiment une position stratégique que j’ai découverte il y a peu de temps ».  
Le quart d’heure qui a suivi s’est déroulé dans un silence absolu. Personne n’a plus osé parler démontrant, par là, notre compréhension du choix de ce lieu, choix fait par une sensibilité féminine probablement amplifiée par quelque épreuve de souffrance. Il est reconnu que les épreuves de la vie portent à une élévation supérieure de l’âme.  
La musique douce me plaît particulièrement et quand, dans un morceau classique, le tempo varie de l’adagio à l’andante, cela me provoque une certaine irritation. Ici ce n’est pas le cas et les “musiciens” infatigables sont toujours constants. Seule une oreille attentive peut déceler les variantes et les nuances infinies. Définir ces sons “musique” me semble loin de la vérité.  
Ce sont des sons, les jeux fantastiques de notes dansantes. Les rochers, les cailloux, les plus petites pierres sur lesquels vient frapper l’eau sont toujours les mêmes, mais son débit est variable et génère des vibrations qui vous traversent l’épine dorsale.  
Un filet d’eau important qui tombe sur une pierre puis glisse dessus et la dépasse, produit une note grave, une onde longue. Un filet plus petit qui croise un petit caillou émet une note aiguë, une onde plus courte et par conséquent de vibration plus élevée. Si, alors, le petit filet d’eau bifurque, se partageant en deux autour du caillou et en rencontre alors un autre plus petit, la vibration est encore plus élevée et ainsi de suite. Puis il y a les creux où l’eau se faufile, emprisonnant des bruissements fantastiques. Et pour terminer en beauté, si on veut éprouver la griserie du compositeur, il suffit de changer une pierre de place... et la musique change.  
« Bravo Michela ! Mais comment avez-vous fait pour découvrir ce lieu précis, où mêmes les pensées les plus compliquées et sévères se dissolvent au loin, absorbées par les vibrations des arbres, émus eux aussi par les merveilleux sons de cette symphonie ».  
... Et les pensées les plus troubles cèdent devant ces pulsions vibrantes. Vers des extases extrêmes l’âme s’élève. ...Et la plus douce des pensées s’incline respectueusement devant ces sons féeriques. Douce, immaculée et cristalline saute et jaillit l’onde. ...Et ta joie vibrante bouleverse l’éther et ta chaleur l’entraîne dans un tourbillon. ...Et mes ailes déployées tracent dans le vent le mot Amour  
« Mario, regardez le tronc de ce hêtre illuminé par les rayons du soleil. Voyez ces tâches blanches comme elles reflètent la lumière et par réfraction semblent les offrir à nous qui leur sommes proches. Elles semblent “illuminées”. Je ne sais pas comment j’ai pu faire pour gravir ce rocher. Attendez, ce mot “rocher” me donne l’idée d’une métaphore : à l’intérieur de moi il y avait un rocher. Mon mari m’a laissée il y a quelques mois. Il est parti au ciel ... » S’ensuit un moment de silence et de respect. Je commence à comprendre la détermination de cette femme qui, éprouvée par la douleur, indifférente aux risques, cherche à retrouver sa route, perdue dans un terrible moment de sa vie. Elle ne craint rien sauf de perdre la force de continuer à vivre. Ce qui lui ferait le plus mal serait de rencontrer un couple et pire s’ils se tenaient par la main. Voilà pourquoi elle cherche un abri, loin de la foule qui ne peut la comprendre. Elle se plonge dans l’unique chose qui ne peut la trahir : la nature.  
« Vous deux, vous n’êtes pas là par hasard. Rien n’arrive qui ne soit prévu à l’avance. Vous êtes, peut-être des anges venus à mon secours. Ce roc noir à l’intérieur de moi a absorbé toute la lumière blanche de ce tronc. Avant votre arrivée, inconsciemment, je l’ai entouré de mes bras. Il m’a illuminée intérieurement et sa puissance m’a donné ce que j’ai perdu avec mon mari. J’ai senti sa protection et je me suis dit : “courage, tu n’es plus seule” et c’est alors que j’ai entendu derrière moi cette merveilleuse musique que je n’avais pas remarquée avant. J’ai compris que la souffrance vous fait évoluer et que vous prenez conscience avec plus d’acuité de toutes les choses importantes, en écartant les banalités. Ces choses simples que des yeux inattentifs ne peuvent apprécier et qui se perdent dans le vide.  
Je me suis aussi dit, avant que vous n’arriviez : “pauvre orchestre, personne ne vous écoute”. Pourquoi ce silence ? Pourquoi ne dites-vous rien ? ». Je regarde Angelo qui, lui aussi, se frotte les yeux.  
Et comment peut-on parler quand un nœud vous serre la gorge et que le cœur bat plus fort ? Quand le souffle se fait plus court et qu’une boule à l’estomac vous bloque le diaphragme ? Quand les intestins s’enroulent sur eux-mêmes comme un serpent prêt à bondir ? « Michela, vous avez utilisé une métaphore pour décrire votre “paralysie” permettez-moi d’en faire une moi aussi... nous sommes tous les trois sur le même bateau. Angelo aussi, après plusieurs tentatives vouées à l’échec a perdu sa dernière compagne qui avait pourtant toute sa confiance. En ce qui me concerne, moi aussi je suis seul et je lève les yeux vers le ciel pour chercher ma femme : ma complète foi en la vie éternelle, même si elle est différente, m’apporte la consolation. Souvent je lui dis : “quand tu me verras arriver, cours vers moi. Tant que je serai loin de toi, aide-moi à améliorer les choses améliorables ici sur cette terre et à accepter celles que je ne peux modifier même en comprenant les motivations”. “Donne-moi la possibilité de te sentir le plus souvent possible étant donné que tu es toujours à mes côtés” ».  
Après quelques secondes, Michela reprend   : « Je ne sais pas mais à l’intonation de votre voix on comprend très nettement que vous êtes convaincus de ce que vous dites et que cette certitude est votre force. Après vos confidences, le mur de résistance que j’avais érigé en vous voyant, s’effrite petit à petit. Toutes les barrières de préciosité ou de vanité féminine, de doute et de précaution, sont toutes tombées l’une après l’autre.  
Cela m’amène à vous poser une question précise : “Quel est votre programme aujourd’hui ?” ». Je regarde Angelo pensif. Jusqu’à présent nous n’avions rien prévu, nous étions restés sur notre but initial : grimper sur la colline.  
Moi aussi, je suis pensif. Je pense que cette demande change tout. Je me sens inondé de clarté, sans besoin de paroles. Je suis surpris de tant de lucidité au point de l’attribuer à cette musique qui, mélangée à nos mots, adoucit tout ce qui l’entoure.  
Même les galets ne sont plus des galets, mais les touches d’invisibles claviers. Les branches des arbres sont les cordes d’un violon, elles aussi surprises et enchantées de leurs propres vibrations. Les branchages tombant dans l’eau et s’accrochant aux rochers semblent être les longues et robustes cordes d’une harpe céleste que font vibrer des nymphes. Cette demande donne un instant d’espoir.  
Elle minimise d’un coup cette sensation de solitude. Elle nous fait concevoir ce lieu comme un morceau de ciel, un angle de paradis. “Quel est votre programme aujourd’hui ?” J’entends cette demande résonner dans l’air comme une ritournelle claire et précise : un éclair inattendu de clarté dans les ténèbres de la nuit et qui a eu le don de nous surprendre.  
J’essaie de “penser” avec son cœur. Elle aussi est fascinée par ce lieu, au point de n’être pas complètement consciente d’avoir formulé cette demande. Sommes-nous présomptueux ou pleins d’espérance ? Et si nous l’interprétions comme son désir de se joindre à nous pour avoir de la compagnie ? Sa volonté de recherche d’amitié est implicite avec l’espoir de lénifier la pression de la solitude. Je suis perdu dans mes pensées et seule la rationalité de mon cerveau a déjà programmé la réponse, qui sans l’ombre d’un doute, est déjà connue de Michela. L’intuition féminine sait lire plus facilement dans les tortueux méandres de l’esprit de l’homme. Lui, tente de minimiser son infériorité en érigeant un mur d’arrogance et profite de son infime supériorité musculaire pour démolir la délicatesse féminine.  
...Et le léger sifflement du vent à travers les feuilles tente de troubler le charmant silence unissant la musique à la musique. ...Et le balancement des arbres nous offre les interminables éclats du soleil matinal.  
...Et ses rayons lumineux font briller la rosée sur les légères fougères agrippées aux rochers du torrent. ...Et les branches, recouvertes de mousse et courbées sous le poids du temps et des crues, se prosternent dans une communion parfaite, vers le lit du ruisseau pour s’abreuver, reconnaissantes au soleil d’avoir fait fondre la neige. ...Et l’attachement à la vie d’un pin qui, avec détermination, a résisté au déracinement quand il était jeune.  
...Et se repliant sur lui-même il a su inverser son développement, se dirigeant vers le ciel. ...Et avec un effort constant et la volonté de vivre, il a relevé l’échine rejoignant ainsi ses “compagnons” désormais adultes.  
Et pour nous  
...C’est l’apothéose qui libère cette immense joie. ...C’est une explosion de louanges et de remerciements malgré les épreuves et les efforts pour continuer. ...C’est de la gratitude pour avoir reçu la force et le courage.  
...C’est de l’Amour pour ce que nous avons eu. ...C’est de l’acceptation pour ce que l’on a perdu. ...C’est la certitude de n’être jamais rester seul. ...C’est le lendemain que l’on attend.
La grotte de l’ours  

Je sors des “nuages” et réponds à la demande : « Michela, mon programme de ce matin était de gravir la montagne et de redescendre avant de me sentir fatigué. Si votre programme ne diffère pas de beaucoup, je pense interpréter aussi les pensées d’Angelo et vous pose moi aussi deux questions. » « Peut-on se tutoyer ? ». « Bien sûr que oui ». « Veux-tu te joindre à nous ? ». « Avec plaisir ! » répondit elle sans hésiter. Et Angelo d’ajouter : « le plaisir est réciproque ». Tous les trois, d’un commun accord, nous nous levons. Cette synchronisation corrobore parfaitement le raisonnement de ce matin. Chacun de nous espérait du fond de son cœur la fusion du groupe. La petite troupe ainsi formée , se remet en marche en silence ; chacun dans la tentative de capter les émotions des autres. Les premiers pas sont incertains, lents, comme si la joie d’avoir formé ce groupe était retenue par une sorte de nostalgie pour le lieu que nous abandonnions. Il y a comme des regrets, en nous, de quitter ces rochers qui nous ont réunis. Et ceci se confirme au nombre de fois que nous nous retournons pour jeter un coup d’œil derrière nous. Personne ne parle. Chacun tend l’oreille pour essayer d’entendre le plus longtemps possible ces notes de plus en plus faibles. Chacun de nous, dans son for intérieur, dit adieu et merci à ce torrent magique. Je romps le silence.  
« Hé vous deux... ! Je vous vois absorbés. Bientôt nous serons sortis du bois. Je me demandais si cette végétation ne recelait pas d’autres merveilles, cachées à l’homme, afin qu’il ne les détruise pas. Angelo, toi qui es d’ici, tu devrais le savoir. Moi, j’arrive de loin et je suis encore sous le charme de la musique. De ce silence peut sortir tout un tas d’histoires anciennes, de fables enfantines, innocentes et infiniment chargées de simplicité. Ce même torrent m’imprégnait et mes yeux fermés voyaient le complet mélange des couleurs qui, en moi, dansaient de joie. Le cœur, dans un sursaut, a déclenché un déclic. La photographie de l’ensemble, du tout, est déjà encadrée parfaitement dans mon âme. Ce tableau maintenant a aussi une existence, c’est vous ».  
« Ne serais-tu pas un peu philosophe. Il me semble voir au-dessus de ta tête un petit nuage comme on le voit sur les bandes dessinées ? Moi, je ne suis pas une femme du monde, je suis plutôt réservée bien qu’indépendante. Je suis pragmatique, donc j’aime les choses claires. Bien sûr, je n’accepte aucune fausseté, confusion et autres hypocrisies... et, de plus, je suis très réservée et suis la première étonnée d’avoir osé vous poser la question sur votre programme.  
Nous savons très bien que la pudeur est une forme de retenue vis à vis de l’autre. Je dois être présentable donc tout dans mon comportement doit être ordonné. Dans le plus profond de mon caractère, j’ai mon propre désordre.  
Peut-être que nos trois sacs à dos, petits ou grands, représentent nos trois propres fardeaux que nous devons supporter qu’ils soient légers ou pesants ? Quelque chose nous rapproche ? Peut-être la même solitude ?... ou c’est autre chose ?  
Alors, vous connaissez d’autres endroits aussi ravissants que celui-ci ? ». Angelo et moi nous sommes regardés mutuellement, perdus. C’est ainsi que l’on se rend compte que les choses que l’on a sous la main sont les plus fugaces et que l’on ne s’est pas aperçu d’avoir laissé passer l’occasion de les admirer, de les savourer, de les aimer.  
Aucun de nous deux n’a eu le courage de reconnaître que nous avions honte de notre façon limitée de voir ce qui nous entoure. Nous nous sommes extasiés et limités à écouter quand Michela elle, allait plus loin. Elle était absorbée lors de notre rencontre et son regard et son écoute prouvaient que, probablement, elle méditait.  
N’étant pas moi-même du coin, je me retournais vers mon ami et pour nous tirer d’embarras je fis une simple remarque : « Regarde ces fleurs, là, devant nous. Rien qu’en imaginant leur parfum, on semble voler au milieu de toutes leurs couleurs. Où il y a une fleur, il y a de la beauté donc la présence de l’ amour . Maintenant entre nous trois, tu es là aussi Toi ».  
Ce fut Angelo qui rompit le premier le silence. « Michela, je ne sais pas si Mario connaît mais nous pourrions te montrer deux choses : un ex-dépôt d’armes avec une guérite du temps de la guerre et la grotte de l’ours. Je me permets de lui répondre que je les ai vues une seule fois, elles sont à côté l’une de l’autre. Je proposerais de voir d’abord la grotte afin de rester encore dans le contexte de la nature avant de s’en éloigner complètement. Nous affronterons ainsi le problème de l’“homme-ours”. Nous avons vu, entendu et parlé jusqu’à présent de choses merveilleuses, de beauté et d’amour. Seulement l’homme, encore une fois, peut rompre le charme. Dans son ancestrale capacité à aimer, il a su révéler l’autre capacité explosive de haïr. Il a su utiliser sa haine de manière terrifiante pour planifier les guerres et ainsi tuer ses semblables. Sa soif de conquête l’a porté à supprimer l’autre. L’ours à quatre pattes peut tuer, mais c’est pour se défendre ou parce qu’il a faim. Celui à deux pattes a même inventé la torture, pour obtenir ce qu’il désire. Si son semblable se trouve condamné en place publique, nous devons constater l’incroyable réaction de la foule qui observe le spectacle : elle applaudit ! ».  
Après cette pesante réflexion, nous tombons d’accord pour aller voir la grotte de l’ours.  
Comme je ne suis pas très expert en montagne et que j’ai une mémoire défaillante, je laisse Angelo nous guider. Je regarde son gros sac à dos qu’il porte sur ses larges épaules avec désinvolture et je me demande ce qu’il a pu mettre dedans.  
“Il doit être un grand expert de la montagne” pensais-je en moi-même. Malgré tous mes efforts d’imagination, je n’arrive pas à trouver assez d’objets ou d’attirail divers pour remplir un tel sac. Qui sait quel était son objectif ! Montrant du doigt ce sac à dos, je me retourne vers Michela qui est restée avec moi à quelques pas derrière.
« Mais où veut-il arriver ? Il veut peut-être escalader les Dolomites ? Où nous nous trouvons, en considérant l’heure qu’il est, en escaladant la montagne d’un bon pas et en prévoyant un retour immédiat, nous pouvons atteindre les deux mille mètres ou peut-être plus. Est-ce que tu t’imagines ce qu’il a pu mettre dans son sac ? ».  
« L’unique cause qui me console est une petite faiblesse... voire espérance : c’est qu’étant un expert montagnard, il savait qu’il pourrait avoir l’opportunité de rencontrer quelque compagnon de route et il a rempli sa “montgolfière” de sandwiches et de boissons diverses ! »  
J’observe Michela, souriante bien qu’un peu perplexe. « Dans ce cas, nous nous arrêterons d’abord et, après nous être restaurés, nous amorcerons la descente ». Michela est toujours perplexe.  
« Toi, Mario, tu crois à la véritable amitié ? ». Ses yeux verts émeraude se sont assombris, en réaction au doute qui l’habite. « Mais comment ! C’est une chose belle, réelle si on veut et si on est chanceux ! ». Mais elle semble toujours incrédule ! Que peut-elle être en train d’imaginer derrière ces yeux qui, maintenant ont pris la couleur sombre d’un marécage et qui semblent égarés ? Ma thèse est bonne et contient en soi le sens de la fraternité. Cependant son regard exprime une antithèse préoccupante. Peut-être que son pragmatisme, comme elle l’a précisé, la rend sceptique sur le caractère humain ? Sa détermination est telle que je suis persuadé que sa réponse est posée sur le plateau “ non ” de la balance. Ce non ne souffre aucun doute. « Je pourrais te dire non si je n’écoutais que mon cerveau ». Le cerveau s’appelle le “mental” parce qu’il “ment”. Étant menteur, il ne me dira jamais la vérité absolue.  
Et comment ferait-il pour me répondre, de lui-même “oui”, quand il réalise, comme pour Angelo, toutes les séparations des couples qui étaient pourtant amis avant ou amoureux ? Des personnes liées par des liens affectifs, par un grand amour et même unis devant Dieu et les hommes, pour le meilleur et pour le pire ?  
Cependant, je te réponds “ oui ” ! Je te réponds oui parce que j’aime l’Amitié ! Je l’aime parce que j’aime cette partie infiniment petite qui deviendra infiniment grande à l’intérieur de nous. Je pense au SOI de l’homme, Essence de la Creation, sans équivoque Unique, infiniment éternel. C’est un fragment qui revient à l’Origine. Dans son unicité, semblable à son semblable. Ami de l’Ami. L’ego est un non-sens si le libre arbitre n’est que fiction ou illusion. Je ne peux répondre que ce qu’il a été décidé que je réponde. Je reçois l’information et seulement après je peux l’élaborer. C’est le sens de la réflexion du philosophe Spinoza qui pensait que quelque soit l’objet rattaché à n’importe quelle idée, cet objet émane nécessairement de Dieu qui a connaissance. De tout et le transmet à notre Cerveau Humain (...) c’est à dire que notre Cerveau le perçoit.  
Un papillon blanc, noir et rouge s’est mis à voler devant nous tandis que je prononçais le “oui”. Tiens le voilà, sur cette fleur aux pétales blancs et la corolle jaune. Ce sont des primevères de moyenne montagne qui ressemblent beaucoup à des marguerites. Une fleur qui me plaît particulièrement. Je la dessine comme symbole, comme signature.  
Quelle coïncidence : en grec ancien, le mot “papillon” signifie : Âme... et je songe à nos réflexions sur le soi. Dans notre for intérieur, il y a notre essence, pour l’éternité, et cette essence me dit que la véritable amitié existe, si tu as la chance de rencontrer un Ami dont la propre essence a répondu : “oui” à ta demande.  
Ne sois pas triste, mais au contraire réjouis-toi si je te dis les quelques mots que je récite devant un cercueil :  
Il étend ses couleurs avec de légers battements d’aile, le doux papillon, libre, éternellement VIVRA.  
Voilà pourquoi on ne meurt jamais ! Ce “papillon”, qui a un véritable poids, qui s’échappe quand s’exhale le dernier soupir, est éternel. « Tu as, en partie, deviné quand tu as dit que j’étais un peu philosophe. Cependant, je dois préciser que je ne suis pas un philosophe, seulement un amoureux de la philosophie, de la recherche de la vérité, de la sagesse, sans forcément y arriver... mais l’important c’est de ne pas abandonner. De la même façon, j’aime la physique, la cosmique qui me porte à comprendre, en partie, l’Amitié. Ce papillon est celui-la même que, dans un de mes précédents livres j’ai nommé : “la Troisième Énergie”... donc découle de la physique . Le mot Amitié a la même racine que le mot Amour, comme deux personnes diverses ont ensemble la même racine dans l’unique formule de la Création, de la Matière. Cette réalité irréfutable porte, a priori, à exclure la relation d’âge, de sexe, d’ethnie, d’instruction ou de formation entre deux individus. Ce même discours est valable pour l’Amitié-Amour entre deux animaux ou entre animaux et humains ou encore entre un homme et une fleur ou une plante et ainsi de suite. Pour poursuivre dans la recherche à la réponse “OUI” suite à la demande formulée, nous devons savoir que le premier véritable Ami à découvrir le plus rapidement possible sur le tracé de la vie est... soi même !  
C’est MOI qui dois interpréter pleinement cette chose extraordinaire : Qu’est-ce que je suis, et non Qui je suis. C’est MOI qui dois comprendre l’importance de transmettre soit oralement soit par écrit mes idées à mon semblable.  
C’est MOI qui dois réaliser que je peux lui tendre la main, le caresser, l’étreindre, l’Aimer. C’est MOI qui doit reconnaître la signification de mes larmes et des siennes.  
C’est MOI qui doit écouter pour “entendre” mon silence et le sien. Combien de choses merveilleuses, fantastiques constituent mon MOI.  
Combien devient facile de comprendre mon propre MOI et son propre LUI.  
Donc Michela, selon moi : toi, Angelo et moi ainsi que tous les autres et toute la matière visible ne meurent jamais. Quand on se pose la question : “Qu’est-ce que je suis ?” Cela implique que je suis quelque chose de solide donc de la matière et au dernier instant, cette chose quitte mon corps. Ce papillon ... étend ses ailes...  
Donc, je te retourne la question : Toi Michela, crois-tu à la véritable amitié ? ». « Je suis certaine qu’avant toutes tes réflexions, j’aurais répondu “non, absolument pas”. Je suis ingénieur physique/chimie. L’amour et l’amitié sont deux choses qui n’ont aucune substance. Etant privées de matière elles échappent à tout concept physique. Ce ne sont que deux expressions de notre conscience donc invisibles et sujettes aux variations d’humeur des personnes. Ce ne sont que des feuilles soumises à la direction du vent. L’amitié comme l’Amour demandent du partage. Il y a aussi une communion d’interêts. Si les points de vue divergent, tout est fini. L’ami sera un ami tant qu’il y trouvera son compte. Il te sera proche tant que tu seras à l’origine de son divertissement. Si tu tombes en disgrâce, tout fondra comme neige au soleil et disparaîtra. Maintenant j’ai une vision un peu diverse de la vie. Tu ne m’as pas seulement fait faire un voyage de la naissance à la mort mais tu m’as emmenée au-delà de la barrière, en soulevant un coin du voile du mystère. Dans un avenir proche ma réponse pourrait bien changer surtout après une réflexion ultérieure ». « Parfaite considération ! Ton concept de la conscience me plaît et je le partage. Certainement, l’individualisme effréné de nos jours croît sans aucun frein ni sens. Les seules choses importantes sont inhérentes au verbe “avoir” au détriment du verbe “être”. C’est difficile de comprendre le mot Amitié avec cette course à la consommation, qui nous porte inévitablement vers l’abîme. Tout s’engouffre dans un “trou noir”, comme la matière visible lorsqu’elle implose. Notre désir d’aimer, de socialiser, de participer s’affaiblit. Il est court le pas à franchir pour rejoindre celui qui est devant toi.  
Avec une poussée tu le fais tomber, lui aussi dans le ravin, afin de pouvoir le dépasser. Finalement tu es devant ! Au premier poste, voire en première ligne et c’est avec une joie mesquine que tu te bats pour qu’il ne te reprenne pas ta place.  
...Et si, derrière toi, il y en a déjà un autre ? Un autre qui a réussi à se redresser et est prêt à déclencher sa vengeance générant ainsi un cercle vicieux sans fin. Tu sais, Michela, qu’Angelo et moi avons signé un pacte de grande amitié justement ce matin ? Et toi Angelo qu’est-ce que tu penses de ce discours ? ».
« Sincèrement Mario, lorsque ce matin tu m’as fait cette proposition, je suis resté un peu surpris mais pas désorienté. Je sais que cela semble très étrange mais, pour moi, c’est facile à expliquer. Peut-être la solitude ? Le fait d’être seul a déclenché cette envie irrépressible d’avoir à côté de moi quelqu’un qui m’écoute, quelqu’un avec qui parler, raconter toute ma vie et l’écouter raconter la sienne. Excluant la possibilité d’une attraction physique, il ne reste qu’à estimer l’exceptionalité d’un “coup de foudre” amical. Cette histoire me fait penser à Socrate, au fameux dîner, entre amis. Cette assemblée de grands esprits ont philosophé sur le thème de l’Amour. C’est de cette réunion qu’est sorti, indirectement, il y a environ deux mille cinq cents ans, le concept de l’Amour platonique ! Tu vois que, moi aussi, j’apprécie l’enseignement des sages ! C’est pour la même raison que je vous ai écoutés en silence. Je suis resté abasourdi par tant de profondeur. Je pourrais répéter mot pour mot ce que vous avez dit. Chaque parole s’encastrait parfaitement dans la mosaïque expliquant la demande : “Si nous faisions un pacte de sang ?” Chaque moment est une petite parcelle brillante de couleur différente qui vient se coller à la précédente, l’inondant de sa propre lumière lui permettant d’apprécier ce don.  
Deux couleurs complètement diverses réunies pour amplifier la luminosité d’un cadre, encore unique... mais grand. Puis, l’empathie va laisser la place permettant au regard de s’élargir et ainsi de créer de nouvelles choses, de nouvelles aventures, de nouvelles lueurs. Comme deux couleurs primaires qui, en s’associant créent une nouvelle teinte, qui n’est jamais secondaire comme la définirait la physique, mais nouvelle, permettant un voyage à trois, et ainsi de suite dans l’espace infini que nous avons pour nous Aimer les uns les autres.  
Merci Mario pour m’avoir posé la question ». « Eh les amis, cela fait dix minutes que nous sommes dans l’émotion. Nous sommes arrivés à la grotte de l’ours ».
« Mais elle est double » s’exclame Michela. Il ya deux énormes cavités naturelles, creusées dans le rocher qui s’effrite avec le temps, mais une bonne partie du mur central mitoyen est resté debout et fait la séparation. Angelo nous explique. « On constate que l’ours et sa femelle faisaient chambre à part. Eux aussi se sont adaptés à nos coutumes, témoins d’une cohabitation de plus en plus précaire. De toute façon, ce logement semble confortable et surtout très sûr avec cette épaisseur de toit sur le tête ».  
En fait, la roche nue se découpe jusqu’au ciel, aujourd’hui bleu et renvoie la lumière des rayons de soleil vers le sommet comme pour le remercier de la chaleur reçue. S’épanouissant de joie, les fleurs sont encastrées ça et là dans le marbre, qui est heureux de les avoir accueillies dans sa demeure et de les avoir laissées développer leurs racines afin de fixer ce rapport indissoluble d’amitié. Peut-être aura-t-il été “blessé” par leur infiltration. Il est content de les avoir si proches. Il en oublie la fissure et ne songe qu’à profiter de leurs couleurs, leurs parfums et de les protéger pour démontrer au passant, que même si elles sont diverses, on peut les aimer. Et le voyageur, spectateur attentif, ne se laisse pas dérober la scène sur ce théâtre, maître de la vie.  
« Angelo, Mario, regardez ces fleurs, là au-dessus de la grotte : ce sont des myosotis ». « On dirait le bouquet de la mariée accroché sur le toit de la maison des époux... ours ».  
Chacun prend une minute de réflexion. Je regarde ces fleurs effrontées qui se dressent sur le manteau vert de l’herbe. Je suis leur tige qui s’incline en sortant de la roche, puis qui se dresse vers le ciel, vers la lumière. Ces myosotis semblent applaudir et remercier le ciel de leur avoir laissé assez d’espace pour s’élever vers le haut. Les petites pousses savent aussi que, le soir, les fleurs referment leurs pétales gorgés de soleil. Les racines de deux grappes se rejoignent en une lumineuse et chaleureuse étreinte, même si elles sont diverses. Ceci est une vraie symbiose : solide et concrète.  
« Que pensez-vous de ce spectacle, de cette amitié qui semble filtrer de ces fleurs ? ».  
Ils me regardent seulement mais leur non-réponse est une réponse exhaustive. Seule l’émotion transpire. « En tant que femme et mère, cela me fait penser aux enfants de mamans diverses. On les voit jouer ensemble comme s’ils étaient tous unis, tous frères. On perçoit leur entente, ils semblent collaborer chacun au plaisir de l’autre ».  
« Vous savez qu’à environ cent mètres il y a un vieux dépôt d’armes. Voyons si cela vous procurera autant d’émotions » nous provoque Angelo. C’est une énorme excavation souterraine d’un diamètre de six mètres presque parfaitement rond et d’une hauteur de six à sept mètres. On la voit d’en haut comme si c’était un énorme puits. Comme couverture il ne reste que six gros troncs d’arbres posés en biais. Sûrement qu’au temps de sa “splendeur” il était entièrement camouflé. La pente est abrupte donc il a été facile de faire une ouverture dans le fond comme si c’était une porte d’entrée. Angelo nous explique que ces pierres, qui ont roulé d’une façon désordonnée par terre, doivent être les restes de la guérite du gardien. Le tout ressemble beaucoup à la grotte de l’ours et je l’imagine, là devant, campé sur ses deux jambes, l’ours-homme. De son poste il pouvait tirer sur n’importe qui s’approchant, afin de défendre les munitions destinées à tirer sur d’autres semblables.  
Incroyable, non ! Même lui, victime inconsciente d’une suggestion malveillante au nom d’un idéal, n’en avait peut-être rien à faire de défendre sa propre patrie. Quelle patrie ? Celle qui devait se défendre de l’autre “ours” ou celle qui a envie de conquête, d’abus de pouvoir, violentant la liberté d’autrui, tuant, déniant aux autres le droit à l’existence, à vivre en paix et en harmonie.  
« Courage, entrons » nous dit Angelo, en pénétrant directement à l’intérieur. Michela me précède et quand vient mon tour, j’ai un moment d’hésitation. L’unique fois où je suis monté jusqu’ici je ne suis pas entré.  
Avant d’affronter le problème, sans rien dire à personne, je fais quelques exercices de respiration. Une fois franchie l’entrée, une forte odeur de poudre vous agresse. Je ferme les yeux et je “vois” les fusils qui ont tué le frère de ma mère et son ami. Mes tympans sont remplis du sifflement infernal des balles... le sang qui se répand sur l’herbe rougie de honte. Je pense à ces fusillés, ensemble à vingt ans. Fusillés !  
Fusillés par les fascistes durant une guerre déjà perdue : c’était le 17 Avril 1944. La place de mon village est dédiée à ces deux martyrs : Mario et Domenico.  
Voilà pourquoi je m’appelle Mario. Voilà pourquoi je “hais” la guerre et ses absurdités. Voilà pourquoi je “hais” la méchanceté, la médisance, la rancœur, la bête immonde de l’envie. Voilà pourquoi je ne tolère pas l’inimitié. Voilà pourquoi j’Aime l’Amitié. Voilà pourquoi j’Aime l’Amour.  
Grâce à quelques rayons de soleil qui pénètrent dans cet antre, à travers les piliers fatigués de protéger l’horreur, on remarque le noir de la pyrite qui imprègne tout l’intérieur. Car si les dernières munitions, les dernières bombes n’ont pas tué, elles ont été toutes rassemblées afin de les faire exploser pour qu’elles ne tombent pas entre des mains ennemies.  
Angelo me demande pourquoi je suis muet et je lui en donne la raison. Puis nous avons émergé de ce “cauchemar”.... Tout en parlant, nous sommes sortis de l’ultime pinède et cet espace ouvert m’a fait penser à eux. Aucun arbre, seulement des morceaux d’herbe disséminés comme s’ils avaient été plantés exprès. Comme ce pré sur lequel ils sont tombés en ce jour funeste : une herbe brulée par tous les tirs. Et, comme ce soleil qui, aujourd’hui, m’aveugle, j’espère qu’il les a aveuglés aussi, les empêchant de voir la pointe des fusils et leur éclat mortel, ainsi que les yeux de leurs semblables qui regardaient dans leur viseur ...  
Je relis, dans mon cœur, mon cher oncle, tes dernières paroles d’Amour, écrites d’une main tremblante sur un chiffon de papier, mouillé de tes larmes de regrets de ne plus pouvoir embrasser ta mère, ton père, tes frères et sœurs, ta fiancée et tous tes amis...  
Et tu t’es assoupi dans la candeur de ton âme innocente.  
...Il ne reste plus devant nous que le sommet de la montagne, tout le reste est... vallée. Pour moi, maintenant, il n’y a que le vide. Rien d’intéressant. J’ai la nette impression que mes jambes veulent continuer à monter, comme si elles voulaient me détacher, m’éloigner de plus en plus de cette boue, là-bas, au fond. Comme si cela représentait le mal, le fond de l’âme humaine quand elle a perdu, ou n’a pas compris, le vrai sens du don de la vie. La proposition d’Angelo me réveille en sursaut.  
« J’aimerais bien rejoindre le sommet. Et vous qu’en pensez-vous ? ».  
La rationalité de l’ingénieur nous fait remarquer : « Savez-vous qu’il est midi et que nous n’avons rien mangé et que là-haut c’est à plus de deux mille mètres ? ». Angelo, le plus expert, nous fait remarquer que, d’où nous sommes il ne faut qu’une demi-heure pour rejoindre le sommet, que la descente sera plus rapide, que les journées sont longues à cette période de l’année et que le ciel est limpide.  
« Excuse-moi Angelo, bien que ne vivant pas loin de cette montagne, je ne suis jamais monté jusqu’en haut. Ta proposition est alléchante et comme mes jambes sont en forme, je me fie entièrement à toi. Et toi Michela, qu’en penses-tu, réfléchis et dis-nous. Si tu renonces et décides de redescendre je ne te laisserai pas seule. Je pense qu’Angelo est de mon avis et qu’ainsi il me comprendra ». Angelo acquiesce sans répondre. J’espère juste qu’elle ne croit pas qu’on la considère comme un fardeau. Nous savons bien que beaucoup de femmes dépassent les hommes dans de nombreux domaines. Après quelques minutes de réflexion, la réponse de Michela est péremptoire.  
« Je viens avec vous ». Je n’avais aucun doute. Je la perçois vraiment comme une femme tenace, sûre d’elle. « Je suis d’accord avec Michela. Mangeons quelque chose et après, nous continuerons ». « D’accord, je m’incline devant ta sagesse ». Nous ramassons quelques galets pour nous asseoir plus confortablement sur cette étendue de graviers, à la lumière du soleil, dans une solitude désertique. Entre deux bouchées Michela arbore un grand sourire : « Je pense à l’originalité de votre pacte “d’Amitié” et j’en déduis que vous devez être les seuls au monde à avoir conclu un pacte en un temps si court. C’est une amitié au-delà du temps lui-même. Je vous propose de vous inscrire sur le Guiness des records. En faisant abstraction du côté exceptionnel, je pense et suis même convaincue, que la véritable amitié n’existe pas. Je vous répète que je la prends pour un sentiment d’échange de possession, même égoïstement lâche. Sa durée est limitée tant qu’il y a des échanges, qu’il y a un besoin concret ou spirituel de l’autre. Ne parlons pas quand, dans ce jeu des sentiments, un des joueurs joue à carte cachée ou pire, abusant de son pouvoir sur l’autre, l’entraîne dans une spirale morbide de possession.  
“En Amour le vainqueur est celui qui fuit” ! Dites-moi si tout ceci peut être défini comme une expression sage de l’amitié ou n’est-ce pas, à l’inverse, un intérêt cynique voire lâcheté, malversation, malhonnêteté ou le plus négatif machiavélisme. Voilà, le mot “Amitié” pour moi est un euphémisme qui masque d’autres termes, d’autres choses qui n’ont rien à voir avec la véritable collaboration dans le partage des choses ». Angelo et moi restons perplexes, stupéfaits par cette tirade. Nous mastiquons nerveusement nos sandwiches au saucisson pour moi et au fromage pour lui qui le dévore à grandes bouchées, ses dents blanches ressemblant alors à une guillotine. « Angelo, réfléchissons encore et dis-moi selon toi, pourquoi ce matin nous avons pris cette étonnante et rapide décision ? ». « Je ne sais pas. Pour beaucoup de raisons. Moi aussi je me suis posé la question : ce sont des choses qui arrivent sans savoir pourquoi. Je pense que c’est ta manière de parler, ton sérieux, ta façon déterminante quand tu m’as posé la question. Peut-être que cela a été ton sourire qui, plus le temps passait, se faisait de plus en plus large, malgré les préoccupations que tu m’avais décrites. Pour ta sensibilité quand tu as cherché à comprendre la détresse de ce malheureux, que nous avons vu sur le banc ce matin, près des ruines du château. Cela m’a ému lorsque tu as assimilé ces ruines à son état d’âme, une âme détruite, non par le temps mais par le cataclysme d’un instant : celui qui te porte du pinacle aux bas-fonds en une seconde ».  
« Je n’arrive pas à finir mon sandwich... c’est très émouvant ce que tu dis, tu es trop gentil. Ta bonté me confirme que j’ai bien fait. Cette proposition a été une bonne intuition, peut-être hasardeuse mais spontanée ».  
Avec ces dernières considérations et pendant que nous dégustons notre frugal repas, simple bivouac entre simples mortels, profitant de ces montagnes qui caressent le ciel, dans l’espace infini, je me sens glisser, moi aussi, dans un rêve éveillé entre l’Amour et l’Amitié. Ce sont deux termes faisant partie de la même vibration. Cette onde physique, que dans mon propre concept, j’appelle encore la “troisième énergie”. C’est une spirale qui contraint les deux autres énergies à s’unir pour générer la grande fusion : le “big bang”, la matière, l’univers entier. Elle est l’artisan indispensable de la masse, de la matière. Ma conclusion est toujours la même depuis de nombreuses années : si deux énergies qui n’ont pas de masse s’unissent, elles ont besoin d’une troisième afin de créer la matière, c’est cette troisième que j’ai toujours définie comme la “collante”. L’AMOUR et l’AMITIE ne sont pas que des paroles, ni même une philosophie, ni même un sentiment... ce sont une seule VIBRATION, une onde physique. Elles doivent marcher ensemble, unies comme le sont l’espace-temps... afin de devenir éternelles. Ceci dit, mon cher Angelo, avant même que mes yeux ne croisent les tiens, nos deux champs magnétiques, nos deux auras avaient déjà fusionné. Ainsi on peut définir l’Amitié comme étant l’ entrelacement entre deux auras .  
Si je dis “cette fleur me plaît” signifie qu’avant même que je la voie, son aura et la mienne ont fusionné entre elles ; mais au contraire, si je dis “cette chose me déplaît” signifie que nos champs électromagnétiques se sont repoussés. Ce n’est pas une question de flair. C’est l’onde qui a du “flair”.  
Un silence de quelques minutes s’instaure entre nous et est bercé par l’air qui siffle dans les fissures des roches qui nous entourent. C’est un souffle musical qui emporte toutes nos pensées.  
Il s’ensuit une paix sereine pleine d’émotions intenses. Je me lève et respire l’air pur. J’allonge les mains pour essayer de capter leurs pensées, celles de mes amis pour les faire miennes. J’imagine qu’ils font la même chose avec les miennes... pour se les approprier et donc les faire nôtres. Je voudrais tellement lire dans leurs pensées mais je les respecte et leur fragrance apaisante me suffit. Je les imagine comme si c’étaient les fleurs d’un jardin paradisiaque.... Certaines se matérialisent : je les vois pointer, devant moi, au-dessus de ce grand massif triangulaire ressemblant à une statue de marbre.  
Je m’approche pour les caresser et alors mon enthousiasme, ma stupeur s’élèvent jusqu’aux étoiles. Un massif fourni de rhododendrons rouges couvre tout l’arrière de cette pierre. Alors explose la magnificence d’une telle union de cette amitié entre le granit, les lumineuses feuilles vertes et l’élégance du rouge vif de ces fleurs. Je sais qu’on les appelle les Roses des Alpes et c’est très facile pour moi de télétransporter l’image sur le lieu où repose mon oncle Mario. Devant sa pierre tombale je le prie de m’aider à honorer son nom que ma mère m’a transmis.  
« Venez voir ! ». C’est à partir de cette vision paradisiaque que je prends le courage de répondre à la perplexité de Michela quand elle a demandé : “comment avez-vous fait pour établir un pacte d’amitié seulement quelques heures après votre rencontre ?” « Observez ce rocher. Bien que sa forme soit spéciale, semblant être taillé par des mains expertes, que serait-il devenu, tout seul ? Rien d’autre qu’un superbe dessin géométrique. Et ces fleurs, si elles poussaient seules, uniques formes vivantes, isolées de tout, à travers les roches détrempées par les intempéries ? J’étais dans cette situation, la fleur unique poussant dans la terre brûlée. Ces herbes étaient mes amis subitement disparus dès la maladie de ma femme. J’étais le vagabond, étouffant de solitude, quand elle est partie au ciel. En croisant le regard d’Angelo, j’ai noté dans ses yeux la même requête et comme tu le sais, cela lui fut facile de donner une réponse positive à ma demande. Je pense que lui, comme moi, avons trouvé une bouée de sauvetage, cette espérance, cette issue de secours pour s’éloigner de ce terrible ennemi qu’est la solitude. Le désir d’Amitié a prévalu sur le doute, sur l’hésitation ». Combien de discours entre trois inconnus. Comme est tortueux le parcours de la vie ! C’est comme le sentier que nous empruntons depuis quelque temps, il est pénible et je sens le souffle de mes compagnons se faire de plus en plus court, plus lent et plus profond. Angelo rompt le silence. « Mais toi, Mario, on peut penser que tu avais d’autres amis, vu la rapidité avec laquelle tu m’as abordé, tu pourrais affirmer, maintenant, que le véritable ami existe ? ».  
« Écoute, comme tu nous l’as dit, nous serons au sommet avant deux heures, ce qui me laisse plus d’une heure pour répondre à ta question tellement contraignante que ça allègera les difficultés de la montée, même si nous avons déjà bien évoqué le problème. De toute façon, nous ne devrons pas redescendre après trois heures.  
Ceci dit, je proposerais bien de s’oxygéner un peu avant l’ultime étape qui devrait être plus difficile car avec moins d’oxygène. Étant donné que toi, Angelo, avant que nous ne rencontrions Michela, m’avais demandé de te montrer concrètement un certain type de respiration synchronisée, par le biais d’exercices physiques, je crois que c’est le lieu et le moment idéal. Qu’en pensez-vous ? ».  
En se regardant tous les trois, nous avons dit : « Faisons-le, cela ne pourra nous faire que du bien » !. « Bon ! Je vous montre. Entre autres expériences dans ma vie, j’ai obtenu un diplôme de “Préparateur d’athlètes” il y a quelques années. C’est de ce parcours qu’est né ce qu’un grand gymnase a appelé “l’Exercice Mario”, “le Squat exercice”. Il s’agit d’un exercice respiratoire complet qui aide à développer, dans le temps, la capacité pulmonaire. Il distribue plus d’oxygène dans tout le corps afin que tous ses composants soient concernés. Il rassure car il permet de s’écouter, comme si on méditait et, pour terminer en beauté, j’ai testé que, presque toujours, même le matin au petit déjeuner, il permettait une digestion plus facile en te faisant faire un petit “rot” ». « D’accord, n’hésitons pas ! On y va ! ». « Allongeons un peu les jambes, les pieds écartés, un peu en canard.  
Inspirons avec le nez, qui a plus de filtres, et expirons ensuite par la bouche entr’ouverte. Ainsi nous prolongeons le temps d’expiration jusqu’au vide complet. Regardez-moi ! Inspirons et laissons se gonfler le ventre. L’air, que nous apportons, remplit nos poumons. Sous eux se trouve le diaphragme, un muscle auquel sont raccordés tous les organes du tronc. Plus nous aspirons d’air, plus il est dirigé vers le bas. Par conséquent, il pousse l’estomac, le foie et le pancréas. Tous ensemble poussent l’air vers les intestins. Laissons le ventre se gonfler. Ce n’est rien d’autre que notre respiration naturelle mais amplifiée. Maintenant, expirons l’air en faisant les mouvements inverses. Rentrons le ventre le plus possible. C’est là le “secret” qui nous permettra de vider complètement les poumons. C’est loin d’être banal, au contraire, car il suffit de penser que, seule une personne sur cent fait cette opération correctement, lorsqu’on lui demande. Les intestins, rentrés, poussent sur le foie, le pancréas, l’estomac, le diaphragme, lequel comprimera le poumons qui, ainsi, se videront finalement complètement.  
Je vous répète : ce sont des mouvements qui se font naturellement et inconsciemment. Seulement, si on vous commande de les amplifier, ils seront faits contrairement. Ainsi, avec cet exercice, vous viderez vos poumons, complètement, peut-être pour la première fois de votre vie, étant donné qu’on respire toujours de “tête”.  
Je vous recommande de ne pas faire plus d’une dizaine de respirations consécutives, pour ne pas finir en hyperventilation, avec trop d’oxygène dans le sang donc au cerveau. Nous masserons tous les organes du tronc et ainsi nous aurons même l’impression de nous aimer nous-mêmes. Faire cet exercice les yeux fermés si possible.  
Quand on possèdera bien les divers mouvements, tout deviendra automatique. Nous suivrons notre respiration et notre mental sera vidé de toutes pensées inutiles. S’écouter soi-même, c’est écouter l’univers entier.  
Bravo Michela, c’est comme ça ! Maintenant associons l’exercice physique à la respiration. Cela nous permettra de porter plus de sang à la partie pelvienne et à l’aine. Ce sont des zones très importantes pour se réchauffer en cas d’hypothermie. Tout le reste du corps en bénéficiera. Toujours debout dans la position initiale, levons les bras jusqu’aux épaules en pliant les coudes de façon à ce que les mains se rejoignent l’une sur l’autre, comme pour une caresse. Avec le mouvement des bras prenons une forte inspiration par le nez puis, éloignons les coudes. Quand la cage thoracique et les intestins sont gonflés au maximum, on ouvre légèrement la bouche et on commence à expirer lentement et, pliant les genoux, on descend le plus bas possible. A la fin de la descente, on doit se trouver avec les bras appuyés sur les cuisses. Les intestins, complètement rentrés, auront appuyés sur tous les organes du tronc. On se retrouvera ainsi avec les poumons complètement vides et prêts à refaire une nouvelle inspiration, en synchronisation avec la remontée du corps, et ainsi de suite. Je vous suggère, au moins pour les premières fois de prendre appui sur quelque chose, une chaise par exemple, afin de ne pas perdre l’équilibre. L’idéal est de maintenir, durant la descente, la colonne vertébrale la plus droite possible, en levant légèrement la tête ainsi que les talons.  
Attention à bien jumeler la respiration avec les mouvements. Nous écouterons notre respiration en même temps que tous les organes de notre corps feront leurs mouvements. En faisant travailler nos muscles nous consommerons l’oxygène et les sucres ; ainsi nous pouvons exécuter une dizaine ou plus de montées et descentes.  
Bravo à toi aussi Angelo. Je vous rappelle. S’écouter soi-même, c’est écouter l’univers entier ! Si, chez vous, dans un certain temps, vous voulez refaire l’exercice, mais que vous avez oublié une étape, faites-vous aider par un spécialiste.
Le double visage de l’amitié  

« Maintenant reprenons notre chemin et je tenterai de répondre à la demande d’Angelo : “Peux-tu souscrire à l’idée que le Véritable Ami existe ?” Je vais vous raconter une belle métaphore en me faisant aider par le grand Maître Platon, étant donné que la matière est trop complexe et très subjective. Il affirme que pour établir qu’une cause est belle, il faut d’abord définir ce qu’est le beau ; si une chose est bonne c’est la même chose. Autrement c’est facile de tomber dans le piège de la subjectivité qui s’explique par l’histoire du seau d’eau situé au milieu d’une pièce.  
Imaginons que je sois assis depuis un certain temps près de la cheminée. Si je plonge la main dans l’eau, je dirais qu’elle est froide. Vous deux, qui arrivez de l’extérieur, où il fait froid, trempant vos mains dans la même eau vous direz qu’elle est chaude. Alors, qu’est-ce qu’on entend par vrai ? Tout est relatif. Jusqu’à présent, nous sommes d’accord.  
Ce n’est plus suffisant de dire que le vrai est le contraire du faux . L’eau dans le seau est un liquide statique, immobile. L’amitié , ou bien l’ami, au contraire est dynamique, donc sujet à des changements, des variations. Donc l’eau ne ment pas. Nous non plus, nous ne nous sommes pas menti, parce que tous les trois en testant l’eau, avons dit la vérité.  
Ceci n’ôte pas, pour vous, le fait que j’ai menti et pour moi celui que c’est vous qui avez menti. Voici l’erreur : l’incompréhension ». « Très juste, l’incompréhension », m’interrompt Michela. « Aujourd’hui Angelo est ton ami mais demain, peut-être, ne le sera-t-il plus. Ma thèse est toujours la même : la véritable amitié ne résiste pas au temps qui passe ».  
« Tu as raison de dire qu’il est difficile que l’amitié dure sauf dans le cas où on arrive à vaincre l’incompréhension pour faire place à la compréhension. Combien de choses cassées ont pu être réparées. Il est suffisant d’accepter notre faiblesse réciproque. Essayons d’analyser ces variations. J’aime la physique, moi aussi, bien que je ne sois pas un physicien. Je sais que la première règle de la mécanique quantique est la dualité ... et j’aime aussi Socrate lequel affirme que dans l’univers chaque chose a obligatoirement son exact contraire, sinon tout s’écroulerait. L’exemple fondamental se trouve dans les deux principales énergies : masculin-féminin   ; positive-négative   ; yin et yang. Ce sont des termes différents pour dire la même chose. Ils sont contraires mais sont toujours d’accord.  
L’électron tourne toujours autour du noyau et ne l’abandonne jamais sauf quand l’homme arrive et démolit tout, en faisant entrer en collision les atomes afin de les casser. Ceci dit, s’il existe le faux ami , il doit exister le vrai . Examinons d’abord le faux ami .  
Est-ce celui qui t’est proche tant que tu le distraies puis qui s’éloigne lorsque tu ne peux plus le faire ? Est-ce celui qui ne te laisse pas tomber parce que tu lui offres à boire ou lui fais des cadeaux ? Est-ce celui qui te dit : “On se voit demain à neuf heures” et qui arrive avec une heure de retard sans t’avoir prévenu, trouvant cela normal ? Ainsi que celui qui, lorsque tu n’es pas bien, te dit : “je ne suis pas venu parce que j’avais peur de te déranger ?”. Voilà, de cette analyse doit émerger le véritable ami .  
C’est celui qui t’appelle, non celui qui ne te répond pas. Il doit être l’exact contraire du précédent. Il agit et se comporte avec dévouement et affronte les ennuis. Donc ici et maintenant, je souscris au fait que le véritable ami existe, non seulement par déduction mais par expérience directe. J’ai donné le peu que j’ai pu et par la loi des contraires, j’ai reçu... autant que j’avais donné ». Angelo intervient après un moment de silence. Je dirais qu’il est vraiment bien élevé et respectueux des autres. « Michela, selon moi, Mario a raison sur le fait que la vraie Amitié existe, si bien entendu nous ne la rapportons pas à sa durée d’existence. Pour confirmer ce fait, je peux te dire que notre pacte de ce matin a une grande valeur que je ne saurais expliquer. C’est une très forte émotion que j’ai éprouvée et qui, depuis m’accompagne et incroyablement, ne cesse de croître. Je ne sais comment la justifier mais cette sensation est tellement ancrée que même si je cherchais à l’expliquer, je ne trouve pas les mots justes. C’est un peu comme la réflexion de Saint Augustin qui disait : “Si on me demandait qu’est-ce que le temps, je pourrais répondre ; mais si on me demande de l’expliquer, j’en serais incapable”. Je pars alors de ce concept : le temps. Mario a parlé aussi de la relativité et, si j’ai bien compris, il ne s’est pas inspiré de celle d’Einstein avec son substantif se référant à l’espace-temps, à leurs mouvements qui provoquent des ondes gravitationnelles mais à l’adjectif. Ce qui veut dire, en ce qui concerne le terme immatériel d’“A-mitié” que le temps, en tant que grandeur physique, ne doit pas être considéré. Donc, que ce soit en Amitié ou en Amour, il ne faut pas prendre en considération la notion de “temps”, car la durée du temps est relative.  
Je prendrais plus en considération sa sincérité et son intensité. Pour étayer cette thèse, je vais Michela, te raconter en détails ce que nous avons vécu Mario et moi ce matin ».  
Angelo a vraiment été formidable. Il a raconté minutieusement tous les faits avec les pauses nécessaires, peut-être involontaires, pour exprimer les émotions irrépressibles. Même Michela, malgré son calme parfait, n’a pas réussi à cacher son trouble, lorsque Angelo a terminé son exposé par ces mots : « Qui sait pour combien de temps, probablement le reste de ma vie, restera imprimé au fond de mon cœur le nom de Giuseppe... Son regard perdu dans le vide d’un espace sans limites... Ses larmes qui ont fini par jaillir pour se sont joindre aux nôtres dans une étreinte interminable ». « Parfaite et émouvante explication Angelo. Excuse-moi si je suis indiscret mais nous savons que Michela est ingénieur en physique/chimie, moi je suis constructeur mécanique, mais toi dans quel domaine tu travaillais ? ». « J’étais professeur de lettres au lycée ». « J’étais certain que tu étais très cultivé quand tu as précisé que tu aimais la philosophie. Dorénavant corrige-moi lorsque je me trompe dans mes exposés. Reprenons notre souffle, mes amis, courage ! Pour détendre un peu l’atmosphère, je vais vous raconter deux anecdotes, ainsi, sans nous en rendre compte, nous arriverons au sommet. Il y a environ un an, je me trouvais en vacances à l’étranger chez des amis et un matin où j’avais prévu un rendez-vous important, je reçois un coup de téléphone d’Italie. “Bonjour Mario, j’ai une triste nouvelle à t’annoncer : hier soir Pietro est tombé de moto, c’est très grave ; il est à l’hôpital”.  
Les amis chez qui j’étais, m’ont vu devenir blanc comme un linge ; la couleur de la peur de perdre un AMI. Une demi-heure plus tard, j’étais parti. Je laissais derrière moi le reste de mes vacances. Mon unique objectif était l’Ami à l’hôpital, et non de rentrer chez moi car ma préoccupation était de ne pas me tromper de route pour arriver le plus vite possible... mais j’ai quitté l’autoroute par une mauvaise sortie.  
Vous voulez savoir comment l’Amour est venu à mon aide ? Il y avait une voiture arrêtée juste après le péage : le chauffeur était en train de téléphoner. Je me suis approché et ai baissé la vitre pour lui demander mon chemin : “suivez-moi, c’est sur mon chemin”.  
J’ai fait plus vite que si j’avais pris la soi-disante bonne sortie. J’étais impatient de rejoindre l’Ami. J’espérais ardemment, mais sans énervement pouvoir le voir. J’étais très calme. Je ressentais en moi une grande tranquillité. Je ne sais pourquoi... ou peut-être si ?  
Mes amis, je vous prie, ne me perdez pas de vue. Je pourrais tomber dans un ravin tant l’émotion de ces moments est forte et je pourrais les revivre... jusqu’à tomber. “Ferme les yeux et tu commenceras à voir”. Pour paraphraser Platon, fermer les yeux signifie éteindre son esprit et lorsque l’on parle avec son mental éteint, c’est le “cœur” qui s’exprime. Il y a quelques années, suite à un coup de téléphone identique, j’ai perdu un véritable ami, il avait vingt huit ans. C’était un copain d’école et il était en train de construire ma maison. Nous étions arrivés au toit. Son accident de voiture m’a fait le même effet que si “le toit était tombé sur nos têtes” à ma femme et à moi. Ce fut terrible. De nombreuses années se sont écoulées entre les deux événements mais le souvenir est intact.  
Maintenant, pour Pietro, il y a une force supplémentaire que j’appelle Caresse Immobile. Depuis quelques années, si quelqu’un me demande parce qu’il ne se sent pas bien ou est en dépression ou a juste besoin d’un contact chaleureux, qu’il soit debout, assis ou allongé, chez moi, chez lui ou dans n’importe quel hôpital, je suis prêt à lui faire cette Caresse Immobile .  
Je pose mes mains sur lui et il perçoit ma participation. Je ne demande rien en retour, tout est gratuit. Je lui fais comprendre que nous ne sommes pas seulement en syntonie mais en symbiose. Quand ce rapport est très fort, il m’arrive même de “rapporter à la maison” la pathologie de celui que j’ai voulu aider. La réception de celui que je définis actuellement comme l’Ami peut durer plusieurs heures et c’est un temps de repos et de relaxation.  
Aimer et partager permet très souvent de se trouver soulagés. Bien sûr, ce n’est pas la panacée pour tous les maux même pas un simple effet placebo . Existe-t-il quelqu’un qui aurait le courage de me dire qu’il n’aime pas les “caresses ?” Ceci explique la paix avec laquelle je montais les escaliers de l’hôpital. Elle était liée à cette caresse , à ce geste d’affection que j’espérais pouvoir exprimer. C’était mon objectif et ma force. Il y avait sa femme, toute de noir vêtue, pliée en deux sur le banc froid de la salle d’attente. Ces lèvres balbutiaient, tremblantes, peut-être une prière. Ses yeux sombres et cernés de désespoir, ne communiquaient plus, ils étaient vides et perdus.  
Je la pris dans mes bras, tremblante. Elle faisait un effort pour retenir ses sanglots et j’ai juste compris ces simples mots : “mon Pietro” sortis de ses lèvres pâles et vibrantes. Non je n’ai pas dit : “Courage, sois forte, tu verras que tout ira bien”. Seulement une question : “Puis-je le voir ?” Il était seul en salle de réanimation. Mon Dieu, que de tubes, de flacons, d’appareils... mais l’Ami Pietro était là, vivant ! Je n’avais pas la possibilité de lui faire une “caresse” étant donné le nombre de fractures, y compris sur la cage thoracique ; c’est pour cela qu’il avait une trachéotomie.  
Ce fut doucement que j’effleurais son thorax dénudé. Bien sûr, personne ne peut s’arroger le droit d’affirmer qu’une telle action peut faire du mal ou du bien. Pourquoi ? Parce que notre mental est soumis au rationnel et ne croit que ce qu’il voit. Ce simple geste provenait d’une autre source, disons... du cœur. Alors, automatiquement, instinctivement le raisonnement est contourné. Est-ce que cette pensée blasphématoire peut surgir devant un ami qui est, peut-être, en train de mourir ?  
Sans être dans le contexte, on ne peut juger. Je dirais seulement que celui qui a vécu cette situation peut, seul, comprendre dans quel état on sort d’une salle de réanimation. Bouleversé ? Accablé ? Affligé ? Affecté ou déçu ? Résigné ? En fait, rien ! Je ne ressentais aucune de ces sensations.  
Quand j’ai rejoint sa femme en salle d’attente, je l’ai prise dans mes bras avec énormément de calme et de détermination et lui ai susurré à l’oreille : “Sois tranquille Marisa, ton mari, notre ami Pietro, sortira de cet hôpital marchant sur ses deux jambes”.  
Quand je me suis éloigné d’elle, j’ai vu dans ses yeux une lueur d’espérance. Ces paroles avaient une signification précise et irréfutable, étant donné la fragilité de l’instant. Elles me venaient du cœur et s’adressaient au sien. Elles débordaient d’amour et divergeaient tellement de celles que l’on entend comme une rengaine : “L’état de votre mari, Madame, est très grave”. Ces dernières partent d’un raisonnement rationnel de l’esprit. Elles sont glacées et frappent froidement un esprit déjà détruit et incapable de raisonner rationnellement. Alors, cet éclair de lumière dans ses yeux était ce fil ténu qui reliait sa vie à celle de son mari. Voilà pourquoi je ne demande jamais rien pour cette “caresse”. Le “retour” que représente cet éclair de lumière est infiniment immense ».  
J’observe le pas régulier de mes compagnons, signe de leur intérêt pour ce témoignage. C’est comme s’ils avaient branché le pilote automatique. Ce fut Michela qui rompit le silence.  
« Dis-nous Mario, comment se termine cette histoire ».
« Tu sais ce n’est pas facile de raconter de véritables drames vécus à la première personne. Ils sont encore très vivants à l’intérieur de moi et ce ne sont pas des moments joyeux. Voilà pourquoi je ne les raconte pas mais, comme je vous l’ai dit avant, je les mets en lumière en soliloquant à haute voix, les extrayant du plus profond de moi.  
Pietro donc et Marisa... Je suis allé sept fois dans la salle de réanimation où Pietro est resté “piloté” dans le coma pendant quarante six jours. Le quarante sixième jour, j’étais là aussi...  
Ce jour là, une doctoresse très sérieuse est entrée dans la salle d’attente... – Madame, suivez-moi dans mon cabinet, je voudrais vous parler. Etant donné les circonstances, cette demande fait peur. Marisa a fait preuve de courage.  
– Est-ce que mon frère et notre ami ici présent peuvent venir aussi ? Nous nous sommes retrouvés tous les quatre debout devant le bureau de la doctoresse. “Madame, je dois vous informer que nous allons faire un scanner de la tête de votre mari car il ne réagit pas et cela dure depuis plus de quarante six jours”. A ce moment j’ai pris mon courage à deux mains et je suis intervenu.  
– Excusez-moi, Docteur, malgré le respect que je vous dois, je voudrais préciser une chose. J’ai indiqué à mon amie, depuis une quinzaine de jours, qu’à mon humble avis, il y aurait lieu d’arrêter de le plonger dans un coma artificiel. Je ne saurais vous expliquer d’où me vient cette déduction, mais en faisant abstraction du fait que, lorsque j’ai vu mon ami, peu de temps après l’accident, il n’avait aucune blessure à la tête. Ceci dit, tout en vous priant d’excuser mon intrusion, je vous confirme ma perplexité à le voir subir d’autres examens. Cette conversation a duré encore quelques minutes puis Marisa, à ma grande surprise, a déclaré :  
– Je ne veux pas que vous fassiez un nouveau scanner de la tête à mon mari.  
Le lendemain matin, à huit heures et demi, je recevais un coup de téléphone de Marisa : – Mario, je viens d’avoir l’hôpital... Pietro est sorti hier soir de réanimation ! Ce fut une explosion de joie entre nous deux !  
– Sois tranquille, comme je te l’ai déjà dit, Pietro sortira de l’hôpital marchant sur ses deux jambes, comme promis. Ce n’étaient pas des paroles de consolation. Elles découlaient de mon observation en salle de réanimation.  
Mes mains effleuraient le torse enfoncé de l’Ami.  
Un seul éclair, une demande immatérielle : “Fais-le respirer !”  
Mes yeux sont fermés comme les siens. Mes deux mains comme des ailes battent l’air jouant de douces notes sur un clavier. Et leur mouvement ondulant réussit à soulever cette mer démontée et à gonfler sa poitrine et la mienne.  
Oh, mains, solfiez de délicieuses notes, jouez encore et redonnez le calme à ces vagues déchaînées. Insufflez le souffle de la vie...  
Faites-le respirer, faites-le voler... puis, de nouveau faites-le marcher.  
Par deux fois, à des moments divers, ouvrant les yeux, j’ai vu ses poumons se gonfler et suivre le mouvement de mes mains. Incroyable, non !  
Cette expérience m’a marqué pour longtemps. Tous les soirs de cette triste période, entre Marisa et moi, le fil du téléphone fut son seul espoir. Je sais très bien ce que signifie rentrer chez soi en fermant la porte derrière soi et tomber, harassé et désolé, dans le vide froid de la chambre. Combien de fois avons-nous parlé jusqu’à plus de minuit, sans éprouver la moindre fatigue ? Combien de fois ai-je reposé le téléphone brûlant ? Combien de fois le lendemain matin me confirmait la même sensation et nous en tirions la même conclusion ? C’était logique ! Nous avions la pleine et totale conscience que, bien que ce fil fut invisible, il nouait dans l’éther un réseau de paroles d’Amour et d’Espérance. Nous le “voyions” se dérouler à toute vitesse dans le ciel comme une étoile filante. Il suffisait d’ouvrir la fenêtre et d’observer les étoiles intriguées, pâles en présence de leur propre fluorescence réciproque. Tout émus, nous réalisions que Pietro, lui aussi, était envahi de cette lumière d’Amour. Ce même amour qui, un jour, l’accompagnera sans avoir besoin d’aide, à sortir de l’hôpital. Quelle ne fut pas notre joie de le voir quitter l’hôpital en marchant normalement sur ses jambes.  
Nous, enfants de mère nature avec les mains tendues vers les bords de cette lumière blanche, infinie.
Et lui, scrutant du regard ce mélange afin de séparer les différentes couleurs de toutes ces fleurs.  
Fais que l’AMI, aveugle, souffrant, savoure de nouveau la joie de leur PARFUM de leur AMOUR.  
« Mario, Angelo, c’est peut-être parce que ce récit m’a émue mais j’ai un peu froid. » « Je ne m’en étais pas aperçu. Maintenant, je m’en rends compte. Et toi, Angelo, qu’en penses-tu ? Peut-être pour-rions-nous redescendre ? »  
« Nous sommes à environ trois cents mètres du sommet et ce serait ridicule de retourner maintenant avec ce soleil encore haut dans le ciel ». « Oui mais je trouve qu’il descend rapidement mais ce n’est peut-être qu’une impression », répond comme en écho Michela.  
« Allons, courage, un dernier effort et tu verras que tu ne le regretteras pas. Toi, Mario, pendant ce temps, raconte-nous le deuxième épisode qui te fait croire à l’Amitié sincère ».  
« Je ne voudrais pas abuser, mais si vous ne voulez pas parler, vous, je vous raconterai un autre témoignage d’amitié mais cette fois-ci reçu. Ce n’est pas une histoire douloureuse mais une démonstration très belle et touchante, liée à la montagne et ainsi adaptée à notre ascension jusqu’au sommet.  
L’été dernier je me trouvais justement à la montagne à environ cent kilomètres de chez moi. Vous savez, comme moi, combien la solitude est pénible entre les quatre murs de la maison dans laquelle vous avez vécu tant d’années avec votre compagne ou votre compagnon. Vous savez aussi que, une fois trouvée la force de vous évader, vous ne voulez pas vous rendre dans des lieux trop fréquentés, afin d’éviter de rencontrer trop de couples heureux qui déclenchent en vous un sentiment d’envie.  
Envier l’amour qui a fui sa vie.  
Nous savons aussi que, plus on voit de gens heureux, et si, en plus, c’est par une journée ensoleillée, plus grand sera notre désespoir et nous souhaiterons, alors, qu’il pleuve. C’est la fragilité humaine qui émerge impérieusement. Donc, j’étais dans cet état d’esprit, seul, dans un petit camping d’un petit village. Moi aussi je me sentais petit, privé de la plus grande chose qui existe : l’amour et excusez-moi si je répète ce mot à l’infini. C’était un samedi matin vers les neuf heures, je sortais du camping.  
Il y a encore trop de couples à l’intérieur. Je ne savais quoi faire, où aller pour cacher ma tristesse. Vais-je à droite ou vais-je à gauche ? Bon, je vais à gauche ! Je ne vais pas au village prendre un café, je vais dans les bois. Là, les arbres sont très touffus et ne laissent passer que peu de soleil. J’entends le bruit strident d’une bicyclette qui freine pour m’éviter.  
“Excusez-moi” balbutiais-je. Le cycliste me regarde droit dans les yeux sans me répondre. Il porte la panoplie complète du cycliste : maillot blanc et noir, gants sans le bout des doigts, chaussures de cycliste, casque de protection blanc. Tout cet harnachement le fait paraître tout jeune, avec ses cinquante kilos, mon Dieu qu’il est maigre ! Son maillot collant fait ressortir ses os et on a l’impression que ses omoplates vont le transpercer. Après l’avoir ainsi examiné, je lui renouvelle mes excuses. Lui me fixe toujours, semblant avoir quelque chose à me dire. Je suis prêt à me faire insulter, étant encore sous le choc du bruit des freins et ne réalisant pas l’offense que j’ai pu lui faire.  
“C’est moi, Roberto”. “Ce n’est pas possible. Qui te reconnaîtrait ainsi vêtu, et puis qu’est-ce que tu fais ici à cette heure, loin de chez toi ?”. Roberto est un ami qui habite à quatre kilomètres de chez moi. “Mais quand es-tu parti ? Hier soir ?”. “Je suis parti ce matin, à six heures et je ne l’ai pas dit à ma femme... qui est une amie, elle aussi”. “Mais quel tour tu as fait ? Combien de kilomètres as-tu parcourus ?”. Il me montre son compteur kilométrique : cent deux, quelle technologie ! “As-tu aussi la radio, la télévision, l’ordinateur, le GPS ?” “Ne te moque pas de moi ! C’est un vélo de série avec les roues en carbone etc... ” “Dis-moi, dans cette gourde, tu as mis du cognac ou quelque excitant ? Dis-moi plutôt le vrai motif qui t’a poussé à venir ici, si rapidement”. “J’avais juste envie de te voir”. “Tu sais, qu’après m’avoir effrayé, je veux te dire que je suis vraiment très touché. Tu veux que j’aie un infarctus ?”
“Non, c’est la vérité. Tu es parti depuis plusieurs jours et je voulais être sûr que tu allais bien”. Eh oui, mon ami sait combien j’ai souffert. Il n’a pas hésité une seconde à faire deux cents kilomètres pour s’assurer que j’allais bien, comme il me le confirmera le soir au téléphone, lorsque je l’appellerai. Ce fut un rapide salut, il n’a même pas voulu boire un cappuccino que nous n’aurions pas eu l’occasion de prendre si j’étais allé à droite. Il ne m’aurait même pas trouvé car je n’avais pas pris mon téléphone.  
Lui ne m’a jamais laissé tomber lors du décès de ma femme. À la différence de certains autres qui se sont évanouis dans la nature, fatigués certainement de me voir triste et incapable de les faire rire et de les divertir comme autrefois, comme toujours. Le tout respecte la loi de la relativité.  
Vous voyez mes amis, ces deux faits divers sont opposés. Dans le premier cas, c’est moi qui ai “donné” sans vouloir une médaille d’or. J’ai donné mais j’ai reçu aussi et ce que j’ai reçu vaut toutes les médailles d’or du monde. Le lien qui unit les amis est toujours plus fort et va au-delà de se sentir en syntonie. Comme je l’ai déjà dit, il y a fusion, il y a symbiose. Et cet accord est durable. Tu le ressens et le vis au quotidien. Ainsi la fraternité se trouve renforcée. Tu revois l’image de ton Ami prendre de plus en plus de place dans tes pensées.  
Dans le second exemple, c’est l’Ami qui m’a donné le témoignage de son affection. Quelle est la force de l’Amour ? Pour moi la question ne se pose pas car j’ai une certitude. Peut-être est-ce la même “troisième énergie” de la science. C’est une “collante”, comme je l’ai définie dans mon premier livre, il y a quelques années... et excusez-moi si je me répète encore et encore, je la définis : énergie d’amour ...  
Si on mélange les ondes électromagnétiques produites par les atomes de mon corps avec celles produites par les atomes du corps de Pietro, on peut penser à un effet “aimant” qui s’attirent mutuellement et permet à son thorax de se soulever. Chacun de nous peut exprimer et concrétiser ce qui paraît absurde ; ce sont ces choses invisibles qui nous préoccupent même si la règle est à l’opposé. Je répète que nous devrions craindre le visible et non le contraire. Voyez la nature elle-même avec ses tremblements de terre, ses tsunamis, tornades et autres éruptions... et par-dessus tout... l’homme.  
Je vous ai raconté ce deuxième moment de ma vie vécu avec l’Ami Roberto afin d’adoucir l’atmosphère de souffrance. Là ce fut un Ami qui a renoncé à prendre un cappuccino, ce qui est étrange pour lui, gourmand comme il est. Voilà la grandeur de son geste. J’ai compris qu’il était pressé de rentrer car il était conscient d’avoir entrepris un voyage un peu particulier, sans en avoir avisé sa famille. Il a insisté pour que je partage quelques biscuits qu’il avait dans sa sacoche.  
“Ciao Roberto, mon grand Ami” et dans notre sincère accolade, nous avons partagé la même émotion. Comme vous pourrez le constater les rapports sincères portent automatiquement à un échange participatif.  
« Ce sont des cas exceptionnels », s’exclama Angelo, qui ajouta : « Notre rencontre, à nous, qui ne date que d’une journée, comment la classifierais-tu ? ». « Exceptionnelle ! » répondis-je.  
« Et toi, comment classifierais-tu la rencontre et l’amitié qui, en un bref moment, est née entre nous et Michela ? ».
« Exceptionnelle ! ». « Et toi Michela, qu’en penses-tu ? Tu es toujours aussi sceptique quant à la véritable amitié ».  
« Oh vous deux, vous me semblez de braves personnes, tant est si vrai que j’aie accepté, je ne sais pourquoi, votre compagnie et cette escalade aventureuse. J’ai tellement été déçue, au cours de ma vie, par des amis, que ma réponse n’aura rien d’exceptionnel, mais je la définirais plutôt comme une surprise positive. À la lumière d’une profonde réflexion bien des choses ont évolué en moi. Il me semble me sentir entourée de cette aura tant vantée. La physique, je l’ai étudiée et j’ai travaillé toute ma vie dans ce domaine mais c’était du visible et du concret.  
“Voir” avec d’autres yeux ce qui est invisible c’est mettre au point une chose qu’avant l’on ne pouvait justement pas voir. Il n’empêche que je reste ferme sur le concept que tout dépend des événements. Du reste, toi aussi Mario, tu l’as souligné et es resté déçu au moment où tu en avais le plus besoin. Selon moi, le véritable ami est présent tant qu’il reçoit de ta part quelque chose de concret, de tangible. Prenons notre exemple, à nous, aujourd’hui. Chacun de nous a eu un besoin physique de l’autre, c’est à dire d’une compagnie, d’un échange d’opinions, d’une compensation à la solitude. Quand chacun de nous ce soir rentrera chez lui, pouvons-nous être sûrs que cette journée aura une suite ? Sommes nous certains qu’elle ne finira pas comme toutes ces relations d’été ? On se limitera à s’échanger de froids numéros de téléphone et puis, selon moi, chacun reprendra le cours de sa vie et l’oubli de l’autre s’installera. Ceci dit mes amis ... voyez que je commence à vous appeler “mes amis”, je vous avoue que vous avez réussi à effriter mes doutes. A propos de froids numéros de téléphone et du changement du vent, je commence à avoir un peu froid ».  
« Regarde Michela, nous sommes arrivés », dit Angelo qui ajoute : « C’est étrange l’effet que fait cette montagne ! Vois cette crête devant nous qui nous coupe la vue ? Elle n’est qu’à une dizaine de mètres et l’escalade sera finie. Les autres montagnes que nous verrons sont de l’autre côté du vallon.  
Hourra ! Nous sommes arrivés sur le sommet ! ».  
Anéantis ! Nous sommes tous les trois anéantis. Nous observons devant nous, au dessus, et même en dessous de nous. Rien, pas un souffle de vent... comme si personne ne respirait.  
Je regarde Angelo, statufié avec le regard immobile dirigé vers ce qui devrait être le fond de la vallée. Je me rends compte que ses yeux sont fixes et exorbités sur le néant. Rien n’est visible. Tout est couvert.  
Je vois le visage de Michela blanchir... elle pâlit à vue d’œil. Je remarque qu’elle commence à trembler. J’arrive seulement à m’exclamer : “Ohh.... Mon Dieu...”
La panique  

De furieux nuages planent au-dessus de nos têtes, prêts à déverser leurs torrents de pluie, convulsifs et glacés. Les éclairs fendent l’obscurité et se croisant ressemblent à des voiles rendues furieuses. Des pelotes de fil noir se livrent bataille en lançant des étincelles comme des pointes d’épée en feu. Des flèches de lumière étincelantes sillonnent le ciel. Le sommet de la montagne tremble comme nous, secoué par le grondement des canons.  
Nous sommes en guerre ; préparons-nous à la bataille.  
Voilà pourquoi le soleil derrière nous semblait “froid”. Excuse-moi, si je n’ai pas compris ton message.  
Voilà pourquoi le versant exposé à l’ouest était protégé du vent. Excuse-moi si je n’ai pas compris que tu soufflais de l’est.  
Voilà pourquoi je n’ai pas vu les nuages dans le ciel. Excuse-moi, sommet, si je n’ai pas compris que sous ton chapeau il n’y avait pas qu’un simple lapin...  
Voilà pourquoi en montagne, il serait opportun d’être un peu... lapin, même si nous sommes des enfants.
Étourdi, incrédule, effrayé, je cherche une main que je ne trouve pas. À côté de moi, mes deux amis, immobiles, incapables de se mouvoir, incapables, comme moi, de réagir. Nous sommes dans la même galère, dans le même tunnel noir. Pour en sortir nous devons nous prendre en mains. Chacun devra aider l’autre. Nos bras libres devront battre l’air afin de redonner des “couleurs” à l’autre, afin de lui rendre l’espoir, de le rassurer et de le conduire vers la lumière, cette même lumière qui, dans quelques minutes, nous laissera seuls. Elle nous laissera dans le noir qui nous engloutira. Sans rien dire, nous nous rendons compte que nous n’avons plus de temps à perdre. Impossible de décider de redescendre, l’ouragan est imminent. Le sommet nous couvre la vue, cachant le secret de ce qui se prépare de l’autre côté. Désormais, nous ne pouvons plus attendre ; il faut agir !  
En quelques instants, le vent prenant de la force nous cingle de ses coups de fouet gelés qui nous transpercent les os. C’est Angelo qui fait le premier pas. Je prends Michela par la main et l’aide à descendre de cet énorme rocher d’une vingtaine de mètres de largeur et beaucoup plus de hauteur. Le vent maintenant a viré au nord-est. Nous nous réfugions dans l’unique abri que la pente nous propose. Ainsi protégés du vent, peut-être à dessein, nous essayons de réfléchir à ce que nous devons faire.  
Je pense que cet instant de répit est un beau “cadeau” dans notre malheur. Avec “le dos au mur” je regarde la vallée et j’imagine le coucher du soleil. Il doit être environ cinq heures et je ne le vois pas. Je regarde au loin pour faire un improbable calcul balistique. Je voudrais savoir s’il est plus haut ou plus bas que nous, qui avons dépassé les deux mille mètres. Lui aussi est recouvert de nuages. Où s’est-il caché ? Est-ce que, lui aussi, redoute ce qui va arriver ? Lui aussi, comme nous, ne veut pas penser à ce que nous venons de voir et refuse l’image de la tragédie naissante qui se cache derrière le rideau de nuages ? Oh mon cher soleil, comme tu me manques ! Combien me ferait plaisir de recevoir, même faibles tes rayons du soir. Combien je désire ta tiédeur.  
Michela avait-elle raison ? Toi aussi tu as tourné la tête nous laissant seuls face à notre destin ? Tu ne veux plus être notre ami ? Pourquoi te caches-tu ? Ne me dis pas que tes rayons effleurent encore les vagues, peut-être déjà déchaînées, de cette mer loin à l’horizon. Ne me dis pas que tu réchauffes seulement les corps nus étendus sur le sable et écrivant de douces poésies.  
Majestueux est le silence, caché dans les replis du soir.  
Et pourtant rien ne peut se cacher dans l’onde attentive de cette lumineuse voile blanche.  
Alors s’allume mon moi et tout ce moi existe pour te sauver.  
« Angelo, j’ai une illumination ! Je pensais à une voile blanche, synonyme, pour moi, de lumière blanche. Durant l’ascension nous nous sommes demandés Michela et moi ce que pouvait contenir ton énorme sac à dos. La pensée de la voile blanche m’a fait espérer qu’à l’intérieur d’un aussi gros sac, porté par un spécialiste comme toi, devait y avoir une tente. Dis-moi, c’est vrai ou non que nous risquons gros ? C’est vrai ou non que si tout va bien nous aurons une énorme tempête d’ici quelques minutes et, étant donné que la température baisse considérablement, nous pourrions aussi avoir de la neige ? ».  
« Eh oui, Mario, tu as raison sur les trois points. Le premier : c’est vrai, j’ai une tente ». « Youpi ! ». « Attends un peu, c’est une tente monoplace ».  
J’ai ravalé mon cri de joie comme un poison amer, l’étouffant dans les méandres de la déception. Mon estomac contracté l’a de suite expulsé dans les intestins qui firent entendre de vagues sons dus à leur convulsion. Car eux déjà, grondaient contre toutes les adversités qui, d’ici peu de temps, les accableraient.  
Nous avions tout contre nous et le désespoir, avec toujours plus de convoitise, trouvait à s’alimenter. Je me suis rendu compte que, d’ici peu de temps, nous devrions faire un terrible effort pour être rationnels et ne pas se laisser envahir par la panique.  
« Qu’est-ce qu’on fait Mario ? » demande Michela. Que faire ? J’arrive juste à penser. Je n’ai pas la force de lui répondre... même pas une réponse. Je soulève les bras en signe d’impuissance. Elle n’ajoute rien. Je la vois seulement trembler dans son anorak. Ses yeux éteints et effrayés ont perdu un peu de leur couleur verte. Ils ressemblent à l’herbe en automne, avec le givre consécutif aux premiers froids. J’observe Angelo qui est en train d’ouvrir son gros sac à dos, pendant que moi j’essaie d’extraire mon blouson du mien. Je ne sais pas : c’est comme si je voulais le garder jusqu’au moment où je ne pourrai plus du tout supporter le froid mordant. Je cherche à résister avec mon gilet de laine sur mon pull à col roulé que j’ai remonté jusqu’au menton. Je fais trois profondes respirations en regardant mes deux Amis dans les yeux.  
« Ecoutez-moi. Il n’y a plus lieu de plaisanter ! Je présume que tous les trois nous sommes tenaillés par le premier problème : la peur ou pire encore la peur d’avoir peur de ce qui va arriver et ne pas savoir quand. Ainsi pour le moment nous devons être rationnels.  
Courage Michela. Aidons Angelo à monter sa tente parce que tout seul, elle risquerait de s’envoler avec ce vent furieux. Attends-nous pour la monter Angelo ! Nous la tiendrons tous les deux pendant que tu fixeras les piquets ».  
C’est une jolie petite tente bleue. Ce terme de “jolie” m’a plu ; c’est l’unique son agréable qui a touché mon esprit. Comme le vent secouait la toile, la faisant vibrer, mon âme a frémi doucement parmi le tumulte de mes sombres pensées. Bien sûr, c’est juste une petite goutte dans un océan de tempête. C’est l’écume blanche sur le dessus des vagues tourmentées qui bouleverse et engloutit le fond boueux, non seulement celui de la mer. C’est un bref moment “d’élévation de la conscience”. Ce petit plaisir pour les choses simples. Un moment de bonheur, peut-être même de joie   ; la joie est un instant entre deux moments de tristesse ou de douleur. « Excuse-moi Angelo, je peux regarder à l’intérieur ? ». « Mais certainement ! Attend que je gonfle le matelas pneumatique ainsi tu pourras aussi l’essayer en t’allongeant ».  
Il sort de sa poche une petite boîte grande comme un étui à lunettes et commence à souffler. La cellophane se gonfle et vole au vent comme un drapeau. Après l’avoir installé à l’intérieur, il me dit : “essaie” !  
Je m’étends sur le matelas et regarde le toit de la tente. Qu’il est beau ce faux ciel bleu qui, pour un moment, me détourne du vrai. Il me vient à l’idée de dessiner ce soleil jaune qui me manque tant. Quand je sors de la tente je me sens rasséréné, j’ai encore un espoir, une autre carte à jouer contre le destin.  
« Angelo, il me vient une idée. J’ai fait deux calculs et j’en ai tiré la conclusion. Si on se met couchés sur le côté, nous pouvons tenir tous les trois ». « Mais tu plaisantes ! Il faudrait que nous soyons anorexiques, et nous ne le sommes pas. En plus, une nuit entière : c’est impossible ».  
« J’ai une autre idée à te proposer : deux d’entre nous couchés sur le côté et le troisième au-dessus, à tour de rôle. Je me rends compte de l’inconfort mais au moins, nous serons tous à l’abri.  
On se réchauffera mutuellement et on se tiendra compagnie, car chaque être seul a besoin des autres pour l’aider à supporter ce qui nous attend. Tu sens la pluie qui commence à tomber ».  
« Mario, Michela, je regrette vraiment beaucoup. Nous risquerions gros à se mettre tous les trois sous la tente. Il suffirait d’un faux mouvement pour la déchirer et alors ce serait la fin pour nous trois ».  
« Tu veux nous laisser seuls Angelo ?. Si nous descendons tous les deux, nous serons à découvert. Cette montagne est un désert de cailloux pendant des centaines de mètres. Trop risqué. Tout deviendra glissant avec la pluie et il nous sera impossible de courir. Les nuages et le brouillard nous engloutiront. On se perdra de vue. À un certain moment, étant sans lunettes, que ce soit par la faute de l’eau ou de la neige, on ne pourra plus garder les yeux ouverts. Ce serait vraiment une décision insensée, inenvisageable ».  
Michela, pendant tout le temps des négociations “diplomatiques” est restée silencieuse, voyant petit à petit s’écrouler tous ses espoirs. « En tant qu’expert, que nous proposes-tu de faire ? ». « Tournez derrière ce gros rocher. À cinq mètres environ il y a un recoin, une petite grotte, vous pourrez vous y mettre un peu à l’abri ».  
« D’accord et merci pour le conseil. Si tu as besoin de quelque chose, appelle-nous. A demain matin ». Puis, nous nous sommes dirigés vers l’endroit indiqué. Seulement quelques pas... et l’amitié s’est arrêtée. La distance se dilue à l’infini. Michela me regarde et sans montrer de surprise m’apostrophe ainsi :  
« La véritable amitié n’existe pas ! Peut-être à grand-peine existe seulement son ersatz. Vois que, dans les moments de besoin, ton ami Angelo ne s’est occupé que de lui. Il n’a pensé qu’à lui, se renfermant comme un oursin sous sa tente ».  
« Je sais mais, avant de porter un jugement, je voudrais comprendre. Moi aussi, de prime abord je me sens déçu. Nous jugerons et en reparlerons avec lui demain ». Demain ! Comment sera ce lendemain ?  
À peine après avoir fait ces quelques pas, notre situation est encore pire que la précédente. Les gros nuages noirs que nous avons sur la tête se sont disjoints et laissent entrevoir ça et là des masses grises et d’autres plus claires.  
Ils sont beaucoup plus haut dans le ciel et leurs zébrures pourraient bien être l’annonce d’une tempête de grêle. Sans dire un mot, Michela observe aussi le ciel. Les éclairs se rapprochent et le tonnerre est quasi instantané. « Mario, ici, bientôt, ce sera l’enfer. Dis-moi comment cette soi-disant grotte indiquée par Angelo pourra nous abriter. »  
« Tu as raison. C’est juste une anfractuosité qui me fait penser aux niches abritant des saints ou la Vierge Marie, dans nos églises. Ecoute-moi, regarde-moi dans les yeux, tu as entièrement raison. Moi aussi, j’ai peur comme toi, mais nous devons la surmonter et imaginer un quelconque stratagème. Le pire, sans vouloir faire du catastrophisme, serait d’essayer de descendre et d’affronter les éléments déchaînés. Le ciel peut déverser sur nous eau, tempête et neige. Il y aura aussi le vent fort et le froid pour compléter le tout, car la température va descendre de plusieurs degrés au-dessous de zéro. Comme je dis souvent : “Nous devons vaincre la peur d’avoir peur”.  
Ne tombons pas dans le piège d’avoir peur avant l’événement. Tu as une idée, toi, de ce que nous pourrions inventer ? ». « Je ne sais vraiment pas quoi faire. J’ai seulement peur et je n’arrive pas à réfléchir, donc je me fie entièrement à toi, à ton sens pratique. Je vois que tu es une personne déterminée et je parie que tu vas improviser quelque chose ». « Tu es trop gentille. À un autre moment je te remercierais pour cet éloge mais là, la situation est complexe. Il ne nous reste même pas le temps de prier. Allons, regarde-moi encore une fois dans les yeux sans baisser le regard. Mettons en pratique la théorie qui enseigne de ne rien tenir à l’intérieur de soi, parce que cela peut nous faire suffoquer.  
L’air que tu respires devient irrespirable si, en toi, il y a un problème qui, petit à petit, déchirera le lien qui te relie encore à la vie. Ainsi parlons le plus possible, pour extérioriser toutes nos sensations, nos préoccupations, et si possible nos conseils.  
À bas les masques ! Nous n’avons plus peur d’avoir froid mais de mourir ! Sois rationnelle Michela ! Et tu découvriras combien de forces inconnues sont en toi et prêtes à se rebeller contre ce destin ».  
Dans notre destin, déjà prévu, il y a encore la lutte.  
Viens ici. Pourquoi t’appelles-tu peur ?  
Viens ici, dis-moi ce que tu attends de nous, discutons-en.  
Viens ici, fais-nous comprendre tes intentions.  
Tu veux peut-être nous communiquer ta panique ?  
Viens ici, dis-nous qui tu es et d’où tu viens. Ne sois pas toujours déloyale !  
Aie, toi aussi, le courage d’affronter ton rival.  
Tu ne réussiras pas à annuler toutes nos forces que tu voudrais vaincre.  
Tu n’imagines pas combien de courage il y a en nous. Je te préviens que cela pourrait être à toi de fuir... devant la peur.  
« Bravo Michela, tu n’as pas baissé le regard. Tu ne trembles plus et tes yeux retrouvent un peu d’éclat. Maintenant jetons l’autre masque, celui de la pudeur. Va derrière ce rocher faire “pipi”, j’irai après ».  
Je suis encore en train de “nettoyer” le sol de la niche lorsque Michela revient. « J’ai retiré tous les cailloux pour te préparer un lit commode et accueillant mais... vertical ! ».  
« Mon Dieu, Mario, là dehors le vent est encore plus fort et froid. Mets ton blouson ! ». « Après, après. Entre dans la “chambre” et protège-toi bien ».  
Lorsque ce fut à moi de sortir, j’ai dû faire des efforts pour m’accrocher au rocher : le vent soufflant dans toutes les directions. Son sifflement strident ressemblait à un cri aigu de douleur.  
« Ça y est, me voilà ! ». Je jette un œil à l’intérieur, avant d’entrer. Michela est debout, aplatie contre la paroi de cette niche. Je la vois raide dans son blouson orange. Elle me fait penser à quelqu’un sur la défensive, un geste ancestral compréhensif : elle devra “dormir” avec un inconnu. Je prends mon sac à dos et le pose à sa droite, c’est pour moi un deuxième geste ancestral, même s’il n’y avait pas d’autre endroit où le poser. « Je déduis que ton mari dormait toujours à ta droite. Moi aussi, j’avais toujours ma femme à ma gauche ». « C’est vrai même si, là, je l’ai fait instinctivement en choisissant ce côté ». « Écoute-moi ! Dans cinq minutes il fera noir comme dans un four. J’ai deux minutes pour t’expliquer ce que j’ai l’intention de faire. Il ne nous en restera que trois pour agir. Je te prie de ne pas parler, de ne pas m’interrompre, le temps de la réflexion est désormais passé. Si, à la fin, tu es d’accord, tu ouvriras la fermeture éclair de mon sac à dos. Cela sera le signal que tu es d’accord et ce sera le début de toute l’opération. Je te répète : ne parle pas, d’ailleurs tu n’en auras peut-être pas la force. J’ai déjà évalué la finesse de ton intelligence et il m’est facile de déduire que tu sais ce qu’est l’hypothermie, ainsi je vais être franc. Si la situation évolue, comme nous le pensons tous les deux, nous devrons faire face à de nombreux problèmes. Demain pour nous pourrait ne jamais avoir lieu. Nous devrons lutter pour ne pas devenir nourriture pour les oiseaux de cette montagne. Donc je constate ton habillement : un simple bonnet, une veste, belle mais trop légère, un pantalon trop fin et des chaussures pas adaptées.  
Ne me réponds pas ! Combien de temps penses-tu pouvoir résister vêtue ainsi ? Et moi, comment suis-je habillé ? Un bonnet de ski, deux pull-overs, des jeans et des chaussures montantes.  
Dans mon sac à dos, après avoir mangé les sandwiches que j’avais emportés, il ne me reste qu’une veste. Seulement, pour dire vrai, ce n’est pas un coupe-vent mais un grand et long blouson   ; c’est pourquoi je ne l’ai pas sorti plus tôt. Peut-être en avais-je honte ? Il m’a été offert par une dame qui venait de perdre son mari auquel ce blouson appartenait. Elle pleurait quand elle l’a sorti de l’armoire. “C’était à mon mari, il était grand et fort, il sera trop grand pour toi mais cela me fait plaisir de te le donner. Tu n’as qu’à le faire retoucher”. Le “souvenir” de ce marin, dont j’ai hérité le blouson, pourrait peut-être nous sauver la vie. Voici ma proposition. Nous ferons donc quelques exercices de respiration, après quoi tu devras être forte et déterminée. Tu n’auras que trois secondes pour décider d’ouvrir la fermeture éclair de mon sac à dos et là, ce sera le signal de ton approbation, comme nous avons déjà dit. Nous frissonnons déjà et comme nous sommes vêtus actuellement, nous ne nous en sortirons pas. Si tu es d’accord, tu videras tout de suite ton sac et te déshabilleras complètement, sans rien garder sur toi, car si malencontreusement on mouillait un sous-vêtement, nous serions tous les deux dans le plus grand embarras. Je ferai la même chose en même temps. Puis, je retirerai rapidement le grand blouson et te le mettrai sur les épaules. C’est moi qui enfilerai mes bras dans les deux manches. Nous serons ainsi debout toute la nuit, accolés l’un à l’autre, face contre face.  
Avec tes mains libres tu feras passer le blouson autour de mes épaules. Si tu n’arrives pas à enclencher la fermeture éclair, il y a tellement de boutons que tu arriveras à les fermer. Attends, j’oubliais, tu as encore quelques secondes pour dominer le choc de la décision de jeter toute pudeur aux orties. Ton propre blouson, nous le poserons par terre et mettrons nos quatre pieds nus dans la capuche après y avoir inséré ton pull ; cela nous garantira un peu de chaleur.  
Nous lierons les manches et entortillerons le reste du blouson autour de nos jambes nues et toutes les quatre réunies. La grande veste nous couvrira jusqu’aux mollets et même jusqu’à tes chevilles.  
Moi, je suis prêt. À toi, de décider ! ».  
Michela a respecté la règle : elle n’a rien dit. Je lui ai accordé trois secondes de réflexion avant d’agir.  
Qui sait, pendant ce laps de temps, combien de choses, combien d’histoires, lui seront passées par la tête ? Je regarde ses yeux et son visage détendu. Je constate en elle, une paix, une douce paix et je remercie Dieu pour ces ultimes fragments de lumière qu’il m’accorde. Comme il m’est difficile de m’exprimer avec clarté sans lui dicter un ordre et sans être sûr de réussir à la convaincre. Je pense que cela lui coûtera d’accepter les “conditions” que je lui propose : elle, seule, devant un homme.  
Je dois la protéger, oubliant peut-être le respect que je lui dois et m’excluant moi-même. Peut-être ai-je réalisé l’accord, la réciprocité. Peut-être est-elle dans le même état d’esprit, ce même Amour inconditionnel pour la vie. La paix du désir engendre une nouvelle lymphe, celle de l’affection, du partage, de la fraternité, c’est à dire de l’Amitié.  
C’est comme si nous étions redevenus des enfants et notre pureté devait se lire dans nos yeux qui étaient dilatés et confus comme le noir des ténèbres. Je note qu’elle n’a pas de tabou, car elle ne voit pas le mal. C’est un papillon libre qui n’a aucune inhibition et qui vole, heureux, dans un ciel sans nuage.  
La regardant, je sens qu’elle me transmet les mêmes sensations. Moi aussi je me sens léger et en parfaite syntonie. C’est un état d’abandon dans la limpide beauté de la nature.  
« Je suis content que tu aies accepté, sur le champ, ces motivations particulières. Voyons maintenant à clarifier certains points. Abstraction faite du manque d’espace, nous devrons toujours rester debout pour favoriser la circulation sanguine. Nous ne devrons pas nous endormir afin de pouvoir nous mouvoir le plus possible, en faisant attention à ne pas délier les manches du maillot que nous avons noué sur nos têtes. N’oublions pas qu’environ vingt pour cent de la chaleur de notre corps s’en va par la tête. Le fait d’être nus nous permettra d’utiliser au maximum le contact peau contre peau. L’un favorisera l’autre en lui communiquant sa propre chaleur. Surtout Michela, n’aie aucune pudeur si tu n’arrives pas à te retenir, il en sera de même pour moi. On devra juste se synchroniser pour ne pas faire en même temps et si possible peu à la fois. Aucune goutte ne devra tomber sur les maillots qui sont à nos pieds. Elle devra s’évaporer en coulant le long de nos jambes tout en les réchauffant. Nous devrons conserver la chaleur à l’intérieur de la grande veste. Pour ne pas la disperser, je m’adosserai le plus possible contre le rocher pour empêcher l’air d’entrer par les points de fermeture. Pour le reste cela ira, car c’est vraiment une veste imperméable.  
Comme je te l’ai déjà dit, nous ne devrons pas cesser de parler et j’en profite pour te dire quelque chose qui me taraude : je te prie de m’excuser pour ma maladresse. C’était tellement une belle journée prometteuse qu’il était facile de tomber dans l’imprudence. Je n’aurais jamais dû te proposer de nous accompagner ».  
« Ne dis pas cela, je t’en prie. Tu ne dois pas avoir de remord car ce n’est pas de ta faute ! Je ne suis plus une gamine et je sais raisonner. Moi aussi, j’aurais dû réfléchir avant d’accepter. J’étais en train de penser que, si je sors vivante de cette aventure, ce sera grâce à toi qui m’a insufflé le courage nécessaire. Par exemple, lorsque tu as enfilé les manches de la grande veste, j’ai réalisé en un instant ta puissance et, découragée, je savais déjà que je ne réussirais pas à fermer la fermeture éclair et pour aller plus vite, j’ai opté pour la deuxième solution. Cela n’a pas été facile de centrer tous les boutons ; mais résonnaient en moi tes paroles impératives : tu dois réussir à les attacher. tu vas y arriver !  
Ça y est ! J’y suis arrivée ! ». « À ce moment, j’ai crié : “bravo, incroyable femme” ! ».
« Mario, nous ressemblons à deux jumeaux, dans le même placenta. Effectivement nous sommes “vêtus” comme lorsque nous sommes sortis du ventre de nos mères. Le lieu et la situation sont plus que précaires et pourtant je me plais à imaginer que tu es Adam et moi Eve et... “c’est vraiment bien” d’être au Paradis Terrestre. Sincèrement j’éprouve une émotion extraordinaire. Je ne saurais l’expliquer, mais en moi est survenue une paix que j’oserais qualifier d’étrange et qui me fait me sentir légère comme une plume. C’est comme si j’avais perdu une grande quantité de lest, ce poids qui a pesé toute ma vie sur mes épaules. Tu sais, tous ces désirs naturels qui sont tellement “gratifiants” pour la continuation de l’espèce. Ils m’ont occasionné de grands sens de culpabilité. Quand, tout à l’heure, tu as prononcé le mot “pudeur” j’ai eu un flash libérateur. J’ai compris combien une formation erronée peut être inhibitrice, délétère. Pour ma propre survie, j’ai annulé d’un coup toutes mes anciennes frustrations et diverses hontes. Merci aussi pour m’avoir permis d’améliorer ma vision de la vie. Pense donc, que cet état sublime dans lequel je me trouve me porte à te poser la question suivante : “Comment cela se fait-il que ma peur ait disparu ?”.  
J’ai l’impression que mon cerveau a fait voler en éclats son couvercle et que mon esprit s’est enfui en emportant les nuages du doute. Rien n’est plus important que cet instant de paix. Est-ce cela l’état de “fraternité” entre Adam et Eve ?  
Est-ce le froid qui altère mon jugement ? Et pourtant il me semble n’avoir jamais été aussi lucide et rationnelle. Qu’en penses-tu ? ». « Je constate encore que tu es très intelligente et que tu as compris, cette nuit, qu’il nous sera interdit de nous endormir et qu’il nous faudra parler sans arrêt. Nous devrons nous poser des questions et obtenir des réponses. Nous serons obligés de rester debout afin de faciliter la circulation sanguine comme nous l’avons déjà dit, il n’y a aucune solution alternative. Ce recoin nous aidera car nous n’avons pas beaucoup d’espace. On reprendra notre discussion après. D’abord “jouons” un peu avec nos pieds en les déplaçant légèrement. Tu dois me pousser contre le rocher comme prévu. Bien, comme ça, avec l’appui contre la paroi, je me sens mieux. Je ne suis pas encore arrivé à ton état d’élévation de conscience, surtout parce que je pense à toutes les choses inconnues qui peuvent nous arriver cette nuit, à tous les problèmes néfastes qui peuvent surgir. Mais ne te préoccupe pas, d’ici peu de temps, je te rejoindrai. Je peux déjà te dire mon accord avec ton discours qui est très clair comme les éclairs qui ne nous abandonnent pas et comme ce vacarme que fait la pluie gelée en tambourinant. Je suis parfaitement conscient de la paix de l’innocence et réalise que, dans ta rationalité, tu as été capable de donner la priorité à la partie spirituelle de ton être aux dépens de ton cerveau. Pour se conformer à notre règle de nous parler à tout prix, je te redis le concept du mental menteur en paraphrasant Pascal : “Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas”.  
Quand l’homme “raisonne” il peut devenir le “mammifère le plus animalesque ” de la terre. Rappelle-toi le dépôt de munitions près de la grotte de l’ours. En ce qui concerne les sentiments de frustration et de honte se référant aux désirs naturels, je n’ai jamais compris pourquoi on les appelait “faiblesse humaine”. Ne crains pas ces préoccupations, tu n’es pas seule, tu es en bonne compagnie.  
Le désir ou, plus précisément, le désir du plaisir, comme tu l’as précisé avant, a été “inventé” spécialement pour favoriser la procréation. Si cela avait été douloureux, la “lignée” aurait été stoppée...  
Nous sommes d’accord que, pour nous distinguer des “animaux”, nous devons dominer cet instinct, mais de là à le considérer immoral, il y a une incongruité abyssale. Bien sûr, nous ne sommes pas “purs” mais nous sommes des hommes ».  
« Tu l’as défini comme lest, un poids à porter toute sa vie. Moi aussi, je l’ai toujours ressenti comme une violence sur l’homme. Cela nous porte à se détester car il nous fait nous sentir faibles même carrément sales ».  
« Affligé de ses peurs l’homme disperse ses énergies. Suffoqué par son sens de la culpabilité il se dépouille de son élan naturel. Soumis à sa propre faiblesse il se retire dans son coin. Il se cache constamment du doigt pointé sur lui, du jugement. Ses chimères resteront telles quelles. Objectifs inaccessibles pour les victimes. Suprématie orgueilleuse pour le vainqueur. C’est encore le mental qui prend le dessus sur l’âme. Si nous avions bien compris qui nous sommes et plus précisément ce que nous sommes, nous nous aimerions toujours plus, les uns et les autres. Pourquoi ne pas apprendre à ouvrir ses bras et son cœur pour accueillir l’autre et partager ? Ce sont ces frustrations qui amènent aux déviations, aux douleurs et plaies.  
Eh oui, ma chère Michela, ceci semble un paradoxe mais certaines fois c’est même difficile d’accomplir son droit à aider autrui. Quand tu te trouves dans le marécage des règlements ou dans la “mêlée” essaie de prononcer le mot “ amour ”, tu verras combien de sourires moqueurs ou même de grimaces tu susciteras. Certains s’arrogent le droit d’abuser de leur pouvoir, au nom d’un individualisme effréné qui galope comme un fou à l’allure d’un cheval de course. Ils s’allègent du poids de leur jockey : leur âme. Ils l’ont désarçonnée, piétinée et laissée à terre à soigner toute seule ses propres blessures. C’est la réalité de la misère. Ceci est la réponse à ta demande sur Adam et Eve. Maintenant, remuons un peu les pieds ».  
« Je suis d’accord. Faisons-nous un massage réciproque après que nous ayons massé notre âme. Excuse-moi mais ce sont nos pieds qui font ce bruit ou est-ce quelque chose d’autre ... ?  
Oh mon Dieu, on dirait des cailloux... non ne me dis pas que... ». « Si, c’est de la grêle, malheureusement ! On dirait que ces nuages striés de gris clair que nous avons vus, sont en train de tamiser des noix et des amandes. Les gouttes qui tombent font un énorme tapage quand elles cognent notre rocher. Si tu écoutes bien, tu entendras distinctement le bruit qu’elles font en rebondissant sur le sol. Espérons que cela sera de courte durée ».  
« Mario, cette grêle insistante réveille en moi mon mental et fait revenir ma peur ». « Écoute cette maxime : “La peur frappe à la porte. Le courage se lève et va ouvrir... mais il n’y a plus personne.” Encore une fois, je parle en connaissance de cause.  
Il y a quelques années, je l’ai même invitée à entrer. Penses donc, la peur était assise à côté de moi pendant que, d’une main tremblante, j’ouvrais une enveloppe qui contenait mes résultats, diagnostic : Cancer ! J’ai fermé les yeux et j’ai pensé à la mort. J’ai senti sa main serrer la mienne. “N’aie pas peur”. Son injonction péremptoire m’a fait penser à la déduction d’un autre grand philosophe grec qui disait : “Quand je suis là, la mort n’y est pas. Quand elle est là, moi je n’y suis plus”. Durant les séances de chimiothérapie je me suis fait un tas d’amis. Le psychologue de l’hôpital était perplexe devant notre gaieté.  
“Qu’est-ce qu’on dit, les amis, quand on est à la maison ?”. Et tous en chœur, de répondre : “Ce n’est pas encore l’heure de faire la chimio ?”. Quand l’un de nous était sur le point de s’effondrer, il en était empêché par les autres.... Et c’est ce que nous devrons faire, nous, cette nuit. Comme tu vois, je suis entraîné, alors, courage !  
Un jour, il est arrivé un monsieur très distingué en salle de chimio. L’infirmière lui indique l’unique fauteuil vide, à côté de moi. “Comment vous appelez-vous ?” lui demandais-je. “Franco. Je devrais faire la chimio, mais je ne le veux pas, je refuse, je m’en vais !”  
“Mais non Franco, ne faites pas cela. Asseyez-vous auprès de moi”.  
“Vous êtes tous complètement fous. On vous entend rire du couloir. Vous ne savez pas qui je suis, moi ?” “Non qui êtes-vous ?” “J’habite dans une grande ville, j’ai un magasin et tous me comparent à un roc”.  
“Mais Franco, les rocs aussi peuvent s’effriter”. “Mais alors vous n’avez pas compris qui je suis, moi !” “Oh si, j’ai compris. Vous êtes un patient qui doit faire sa chimio”. Je ne sais pas si je l’ai humilié ou offensé. Je pense que le glaive de la cruelle réalité a transpercé son orgueil... ainsi que sa peur. Le fait est qu’il s’est assis, tout penaud, “remplissant” le fauteuil vide et a ainsi complété tout le cycle de sa cure ».  
« Tu es émue ? J’ai senti tes mains me serrer plus fort ». Oh, comme je voudrais pouvoir les prendre dans les miennes et en les étreignant te dire : “Courage Michela, on va s’en sortir” ! Nous allons vaincre les cauchemars néfastes de la nuit. Nous ne succomberons pas de leurs griffes acérées. Ils ne réussiront pas à ouvrir des brèches dans nos corps gelés car ils ne trouveront qu’un seul corps. Incrédules, ils se brûleront à sa chaleur car nous serons captivés. Pas même les cinglantes rafales de vent n’arriveront à nous emporter dans le cyclone. Ils ne nous jetteront pas, inertes, sur le sol gelé nous recouvrant de massifs de fleurs... de paroles désespérées et de larmes de douleur. Le drame ne sera pas consommé. Les ailes de la victoire danseront sur le scénario inventé par le gel et le vent. « Avant que notre souffle ne s’affaiblisse, n’aie aucun doute ou résistance doublée de fausse pudeur. Sois déterminée, approche ta bouche de la mienne et accepte mon souffle, comme j’accepterai le tien. Ce sera notre unique source de chaleur comme si nous ne faisions qu’un seul corps, puis une seule âme. Et quand, demain, sans hypocrisie, nous raconterons à nos enfants cette nuit, nous n’éprouverons aucune honte. Il suffira qu’ils nous regardent dans les yeux pour comprendre. Ils seront transparents et ils pourront ainsi lire en eux. Ils nous scruteront et descendront au plus profond de notre âme.  
Ils réaliseront la victoire de ces deux corps martyrisés. Quand ils connaîtront toute la vérité, ils diront : “Nos parents sont vraiment extraordinaires ! Que cela soit sciemment ou par instinct de survie, ils ont su abattre les frontières de la pudeur”.  
Plus encore, ils pourront lire, en caractères plus petits, derrière le voile de nos larmes, la joie de pouvoir à nouveau les embrasser. Ce sont des pages d’émotion écrites sur un livre dont les feuilles sont fines comme les ailes d’un papillon. Il suffit de le feuilleter pour s’envoler ensemble vers les fantastiques couleurs de l’innocence. Comme celle, vraie et pure, de l’enfant avant qu’il ne soit confronté au monde construit à dessein. Un monde qui le fera se heurter aux embûches semées tout au long de sa vie. Puis, ils raconteront notre histoire à leurs enfants et aucun d’eux n’éprouvera de honte car, eux aussi, sauront lire sans filtre, sans voile ! ».
« Tu me fais pleurer, Mario, avec cette sorte de discours mais tu as raison il faut que nous parlions. Tu n’as pas le droit de t’endormir. Continue à m’émouvoir avec tes belles paroles, puis je te répondrai. J’ai moins peur depuis que tu as évoqué nos enfants... et ce que sera demain. J’ai seulement un peu plus froid en entendant cette grêle qui martèle depuis plusieurs minutes ». « Alors ne pensons plus à elle, ni même à cette nuit. Parlons-en seulement. Plus on en parle, plus le temps passe. Même si cela nous semble absurde, plus tu parles, moins la peur t’assaille car tu arrives à la cerner. Si tu n’en parles pas, elle sera vainqueur et restera un éternel cauchemar qui te fera mourir à petit feu.  
À propos de l’Ami Franco, cela me rappelle la conclusion de Saint François sur la mort qu’il définissait comme “Ma sœur, la Mort”. Maintenant, je pense à Angelo, au moment où il nous a dit, en sortant de sa tente : “À quelques pas, il y a une petite grotte” et nous nous sommes salués tous les trois, effrayés. Je pense à son gros sac à dos et je me demande si dedans il n’avait pas aussi un sac de couchage. Je l’imagine à l’intérieur de sa tente, bien au chaud. Je me refuse à l’envisager autrement et je ne veux même pas penser que cette grêle puisse endommager la toile ».
« Moi, au contraire, étant une effroyable pragmatique, je nous vois, comme tu l’avais proposé, tous les trois sous la tente. Pour cela, tout en claquant des dents j’essaie encore de réfuter ta conviction de l’amitié réelle ».  
« Moi aussi, en tremblant, je cherche une raison, une réponse à son comportement. Je pense juste que la réflexion a triomphé. Son cœur voulait certainement nous dire le contraire. Maintenant faisons quelques exercices de respiration profonde pour bouger. Je vois ton visage se brouiller un peu et je ne suis pas sûr que cela soit seulement dû à l’obscurité de la nuit ».  
« Non, ne t’endors pas ! Je te raconterai des histoires simples pour te tenir éveillé.  
Maintenant à la porte de la mort, me vient une foule de souvenirs insignifiants, d’images fugaces, de visions un peu voilées. Ce sont des réminiscences de ma jeunesse, de mon enfance, de mon adolescence. C’est étrange ! Dans ces moments tragiques, je ne pense qu’à de belles choses, des heures de joie.  
Je me souviens du jour où j’ai été choisie pour chanter seule dans la chorale de mon école maternelle. J’étais très intimidée mais tout s’est bien passé. Quelques applaudissements des maîtresses et de mes amies.  
Je me souviens aussi que pour Noël, j’ai reçu une boîte de perles de toutes les couleurs. Elles brillaient, scintillaient, j’en ai fait des colliers de quatre sous mais, d’une valeur inestimable. J’y avais mis tout mon enthousiasme.  
Je me rappelle aussi l’attente impatiente des résultats d’examen d’entrée dans une grande école et l’explosion de joie lorsque j’ai vu mon nom inscrit en lettres majuscules. C’était le tremplin indispensable pour atteindre les objectifs importants de ma vie. Je n’oublierai jamais le jour où, au comble du bonheur, j’ai reçu des mains du Directeur, mon diplôme de fin d’études, la licence de Sciences physique et chimie. J’allais pouvoir être ingénieur.  
Mais surtout, comment oublier la chose la plus belle qui me soit arrivée dans la vie... donner la vie . J’étais allongée sur mon lit d’hôpital, à peine sortie de la salle d’accouchement. J’ai vu arriver l’infirmière avec un bébé dans les bras et me le déposer délicatement entre les jambes... c’était mon fils ! Voilà, maintenant, j’étais arrivée à la fin de mes rêves ! Cela a été le plus beau jour de ma vie ! Après douze heures de souffrance, j’ai pu prendre mon fils dans mes bras. C’était une toute “petite chose”, vivante, chair de ma chair.  
Je ne veux pas penser ne plus le revoir.... Non !... Je ne veux pas mourir !... Aide-moi !...  
Je t’en prie, sois fort pour moi.... Rassure-moi, Mario.... Encore et encore !... Je n’ai que toi en qui espérer...  
« Je ne suis pas poète, mais la situation et ton émotion m’encouragent à créer. Tu as parlé de toi, ce qui te fait honneur et me donne le bonheur de partager tes joies. Il est temps d’échanger nos respirations... Imagine que tout ce que l’on s’est mis sur la tête n’est qu’une merveilleuse couronne de roses ...  
L’innocente couronne resserre son étreinte, Le parfum des roses adoucit ses épines, La douleur ne peut exister pour deux cœurs captifs, Par un seul souffle à jamais unis ».  
« C’est très beau et tellement vrai. J’ai senti la chaleur de ton corps et la tiédeur de ton cœur, de ton Amour. Je me sens tranquillisée, en paix. Rien ne vient plus déranger mon âme qui se dilate comme tout mon être, en pleine conscience, dans mon Essence même. Cela m’apporte la joie ou l’extase. C’est comme si je venais de naître, maintenant, pure et vraie. C’est comme si je rentrais “à la maison ” sans voile.  
Je me sens propre, légère, sans faute ni péché. Je me sens un papillon libre, sans préjugé, sans inhibition. Ma raison s’est endormie. Mon âme vole vers l’espace infini de la lumière blanche, s’éveille et attend pour admirer la sérénité.
Je vois des perles de pluie touchées par l’éclat de lumière prisonnier de ces cristaux de glace. Elles brillent de toutes les couleurs des fleurs de mon immense jardin vert. Comme c’est beau ! Regarde, toi aussi Mario ».  
Je déplace, avec peine, ma joue droite de sa joue gauche. Mes paupières lourdes n’ont pas la force de se soulever, alors j’écoute le sautillement des gouttes de pluie comme si c’était une mélodie. Cela me paraît lointain, comme si ce bruit arrivait de l’espace sidéral. Les notes semblent rebondir d’étoile en étoile.  
Un mélange d’émotions sautillantes tracent dans le ciel des dessins artistiques. Comme le disait Michela, moi aussi, je vois un extraordinaire jardin. Je voudrais tendre ma main fatiguée pour en caresser les fleurs, les pétales.  
Tout n’est qu’émotion et me ramène à une considération d’un de mes très chers Amis :  
“Devant la splendeur, l’homme oublie ce qu’il est, mais dans la conscience de la contemplation, il se retrouve lui-même”.  
Je m’imagine une cheminée allumée dans une maison idéale. Je vois les flammes chaudes et rougeoyantes qui jouent et dansent entre les bûches enlacées dans l’âtre. Elles semblent se caresser et de joie s’élever dans la cheminée.  
Étendu sur mon canapé je regarde à travers les carreaux. J’observe les grosses gouttes de pluie tracer sur les vitres d’infinies lignes qui s’entrecroisent et se rejoignent dans un jeu divertissant. Elles me font penser à tous les parcours de notre vie, à chacun de nous qui essaie, au contraire à entraver le parcours de l’autre. Les rideaux blancs, brodés, tirés sur les côtés me permettent de voir au loin. Une forêt de chênes grimpe sur la colline puis descend jusqu’à mon jardin. Qui sait pourquoi je vois ces feuilles séchées qui tombent, une à une, sous le poids de la pluie. Je fais un petit effort et je refuse la comparaison. Nous ne tomberons pas !  
« Michela, c’est très beau ce que tu m’as dit. Je me rends compte que nous allons être engloutis dans la spirale espace-temps. Sa dilatation nous porte à délirer. L’ici et maintenant est en train d’annuler tous nos souvenirs d’avant, toute vision lointaine et toute réalité.  
Nous devons reprendre en mains la situation de façon à pouvoir sortir vainqueurs de l’énième bataille pour rejoindre l’aube, l’aube d’un nouveau jour. Notre nouveau jour, celui de la victoire sur la peur de mourir. En pleine conscience nous notons que nous sommes en train de ressentir les premiers symptômes d’hypothermie : les frissons. Nous devons nous réchauffer en nous faisant des massages réciproques.  
D’abord, respirons à pleins poumons mais, l’un après l’autre, comme nous étions convenus, sans hâte. Remuons lentement les doigts de nos mains puis ceux de nos pieds en les frictionnant.  
Si tu sens que mes jambes faiblissent, pousse-moi de tout ton poids contre le rocher. Les aspérités de la roche, s’accrochant à mon dos, m’empêcheront de glisser, de m’affaisser. Maintenant, changeons de joue et revenons à la position initiale avec une bonne nouvelle : je pense qu’il a cessé de pleuvoir ».  
« Tu as raison. Le vent aussi, semble moins fort, tout comme moi ». « Courage Michela, à trois je commence une inspiration profonde et toi, pendant ce temps, sois prête à une totale expiration. Un, deux, trois,...  ».  
Quel synchronisme parfait ! Combien de respirations profondes, combien de pensées. Un petit problème me détourne de mes pensées. Je sens une légère douleur au sommet du nez, là où se trouve le siège de la glande pinéale, l’épiphyse, la glande la plus petite du corps humain. C’est celle qui sécrète la mélatonine-sérotonine. C’est le point défini comme le “troisième œil”, celui de la voyance. C’est signe que nous avons créé un état d’hyperventilation. Nous avons apporté trop d’oxygène à notre cerveau. C’est cependant un bien pour notre sang et nos organes, mais nous devons arrêter.  
« Maintenant tant que nous pourrons, bougeons nos jambes de façon à faire travailler tous nos muscles jusqu’à l’aine. C’est là que se disperse une bonne partie de la chaleur. Peut-être avons-nous ainsi éloigné un peu la somnolence.  
Reprenons une respiration normale. Je me rends compte avoir repris un peu conscience. Tu vois comme cela fait du bien de parler le plus possible. Susurre moi encore des mots à l’oreille. Dis-moi des paroles de lumière, fais-moi sentir ta douceur. Aide ce corps lourd à se faire plus léger. Fais-moi voler ». « Mon cher Mario, mon esprit n’est plus rationnel et je sens qu’il m’abandonne. Tu me parles de lumière et de vol... cela me rappelle vaguement la poésie de ce matin quand tu observais un papillon voletant de fleur en fleur ».  
... et toujours, de lumière blanche, l’Ange resplendit.  
Merveilleuse étoile qui consume en toi ce rêve tant désiré  
Dans ta danse, s’éteint tout orgueil.  
En ton sein j’étends mes ailes inertes et réclame ta douce protection.  
Emmène-nous où tu sais au centre de la lumière afin qu’explose notre joie.  
Espace et temps eux aussi confondus nous réuniront,  
Et alors ce sera l’AMOUR immaculé.  
“Regarde la lumière dans mon cœur et non l’obscurité dans mon esprit”.  
« Maintenant Michela ouvre la bouche et donne moi un peu de ton souffle. Ensuite, je te donnerai un peu du mien,... quand je l’aurai retrouvé ». « Nous n’y arriverons jamais Mario. De temps en temps la peur me reprend. Je pense à ce que tu as dit aujourd’hui à propos de la vie qui est toute désignée, du destin. Dans notre cas, je pense que notre heure est arrivée et que les dés étaient déjà jetés depuis le début des temps ».  
Bien sûr qu’ils sont jetés, mais nous ne savons pas les numéros qui sont sortis. Leur somme pourrait donner la date d’aujourd’hui mais aussi celle de demain.  
C’est à mon tour de regarder dehors... mais dehors il n’y a rien à voir...Je me demande combien de temps va durer encore cette obscurité ? Combien de temps pourrons-nous encore résister ?  
Déjà depuis un certain temps nos paroles ne se font plus entendre et nos chuchotements sont de plus en plus faibles.
La conclusion est néfaste. Notre seule consolation est que la sensation de froid diminue de plus en plus. C’est un important indice de perte des forces   ; le moment où la conscience laisse la place à l’inconscience. Même pas l’obscurité qui nous entoure ne m’effraie. Je me sens enveloppé par une multitude de papillons blancs qui voltigent allègrement. Ce sont de petits points lumineux avec des ailes. Ils ondulent doucement, poussés ça et là, au gré du vent léger, fatigué lui aussi, comme nous, sans plus de souffle. Je vois un peu flou, peut-être sont-ce des milliers de petits angelots blancs qui viennent nous chercher, pour nous emmener au paradis. Mais non, ils n’ont pas d’ailes ! Ils ressemblent vraiment à des petits papillons. Certains s’approchent et viennent se poser doucement sur l’épaule de la marinière pour, ensuite, s’évanouir dans le néant. Et moi, après avoir tant navigué sur les flots tumultueux de la mer déchaînée, j’appuie ma tête près de l’oreille de Michela et, par un ultime effort, essaie de lui susurrer un ultime murmure :
« Quand je serai sur le point de m’en aller, ne m’en veux pas si je ne te dis pas adieu . Ce ne sera pas parce que je suis discourtois mais simplement par ce que je n’aurai pas la force, ni même le courage de te quitter. J’ai espoir que tu m’enlaceras jusqu’à la fin. Je réunirai, alors, toutes mes forces et t’attirerai vers moi pour la dernière fois. Ce sera pour te dire que j’ai bien senti ton étreinte... et que je suis encore fort. Je ne t’abandonne que pour un moment. Tu me pousseras encore plus contre le rocher pour que mon corps ne glisse pas de tes bras.  
Tiens-le fort, serré contre toi. Ne le laisse pas tomber, il pourra te servir encore quelques heures, pour t’emmener jusqu’à l’aube, jusqu’à la lumière d’un nouveau jour. Mon esprit, en un éclair, fera le voyage terre - ciel - terre et sera de nouveau près de toi pour te soutenir. Alors, ensemble nous regarderons le jour nouveau se lever, le nouveau soleil. Je serai alors, je t’assure, ta nouvelle lumière . Je t’accompagnerai, pour toujours, en attendant, qu’un jour encore lointain, tu deviennes toi aussi, lumière ... et ce sera pour l’éternité... »  
... et je volerai sur la mer éternelle allongé sur un nuage blanc.
Je serai là, où j’étais avant le début des temps.  
L’accueillante demeure m’attend.
Vers mon repos éternel, je tourne mon regard et je vois la maison qui accueillera ma retraite.  
Ma lumière se fondra dans l’Amour qui est lumière.
Au nouveau signal du TEMPS je saurai t’illuminer encore d’ESPACE et d’Amour.  
« Respire Mario... respire... » « Ne me dis pas ces mots... qu’à la fin... j’aurais voulu te dire... moi-même... » « C’est toujours... plus difficile... Mario... Ma vie défile... devant mes yeux... mon mari... je le vois... toujours plus proche... je sens que je suis en train... de le rejoindre ». « Ne te laisse pas... aller... résiste...  » « J’essaie... je m’efforce... à contrer cette impression...  » « Moi, au contraire, je suis dehors. Je regarde les étoiles. Je me vois en désigner une avec l’index... et l’accompagner vers la lune ... à demi-pleine. Je caresse sa partie lumineuse... sa face... et avec l’étoile j’illumine aussi ses cheveux toujours si bruns... c’est ma femme... et sa lumière a fait... briller... mes larmes...  » « Que ... d’émotions... Mario... je vois sur... ton visage... toi aussi... tu es déjà... loin... en voyage ... » « Michela... ne ferme pas... les yeux... l’aube... n’est pas... loin... quelqu’un... est sûrement... en train... de nous... chercher.... » Je sens que je perds connaissance. Je cherche Michela. Je ne la trouve pas. J’essaie de la toucher mais je suis paralysé. Je tente un ultime chuchotement mais mes lèvres restent collées et mes pensées s’évanouissent avant de naître.  
Je ne peux même plus soulever les paupières. À travers une légère fente, je vois tout blanc par terre, à coté de mes pieds... peut-être est-ce mon dernier rêve ? Dans l’air quelque chose se meut avec un bruit assourdissant. Je vois de la poudre blanche voltiger autour de moi, en tourbillons projetés par les ailes d’un immense “oiseau”... Il fend les ténèbres pour ouvrir un passage à une nouvelle lumière... et alors... je m’affaisse et... sombre dans un sommeil bienheureux...
La face cachée de l’amitié : l’altruisme  

Où... ? Où est Michela ? « Restez tranquille, vous êtes sur une civière et elle est à côté de vous ». J’essaie de tourner la tête et je la regarde. Dans ses larmes je vois gravée toute cette nuit, inoubliable malgré les premières lueurs du jour... « Pourquoi voulez-vous me mettre ce masque ?... Je n’ai rien à cacher ! ». D’un geste brusque je l’arrache. « Où est mon ami Angelo ? ». L’homme, qui se trouve entre Michela et moi, se retourne et avec un geste de la main me désigne un point dans le vide. “Il est encore là” et me remet le masque sur le visage... Quoi ! Que signifie cet “encore là” ! Le noir se fait sous mes paupières et je fais un suprême effort pour me convaincre que je suis fort... et dans le filet de lumière que laissent passer mes yeux entr’ouverts, je vois la tente en piteux état et les deux personnes qui allongent Angelo sur une civière. Je voudrais le prendre dans mes bras pour le réchauffer sous ma couverture... Instinctivement j’essaie de me lever mais mes jambes ne m’obéissent pas. Alors me revient le souvenir de la soirée, avant la tempête... Je pense aux fleurs tenaces qui poussaient à travers cette roche de quartz effrité. Elles aussi ont dû subir cette nuit effrayante. Je désire tant pouvoir à nouveau admirer leur splendeur. “Salut fleurs merveilleuses !” Permettez-moi de vous cueillir et de vous déposer sur le corps d’Angelo afin qu’à travers votre vie... , lui aussi vive. Réchauffez-le de votre parfum. Enivrez ses narines et insufflez lui du courage. Faites-lui comprendre que ce n’est pas de sa faute et que tous les trois, un jour, dans un chaleureux jour nouveau, nous nous retrouverons pour sceller une plus forte Amitié.  
Je regarde Michela... Elle est immobile... Elle aussi a un masque... Alors je sombre dans mes rêves... Je me souviens de l’immensité de ce que nous avons vu et traversé ensemble. Je me vois au ciel et pense que cela dure depuis toute la vie. Je suis entre les nuages qui changent rapidement. Moi aussi je me dilate dans le défilé des photos de mon existence. Le temps aussi se dilate et je comprends que chaque instant a une valeur immense, sans rapport avec sa durée...  
Un seul “bonjour” peut s’imprimer dans le cœur pour l’éternité.
L’amitié, c’est aussi une mission  

Au loin... vraiment au loin... j’entends des chuchotements... je suis encore là ? Voilà ! J’hésite naturellement à ouvrir les yeux. Je reconnais cette hésitation. Ce n’est pas malheureusement, la première fois que je me trouve dans pareille situation extrême. Avant de “regarder en face” la réalité, je veux faire un examen complet de... mon propre corps. Je remue lentement un bras, puis l’autre... et trouve mes mains... c’est fondamental. Elles me sont utiles pour trouver le reste de mon corps. La tête, la bouche, le nez. Je bouge légèrement la tête et reprenant mon souffle. Je reprends confiance... et... courage. Je bouge une jambe... mais pas le pied... il ne faut pas exagérer. Si ! Ça marche ! Je bouge l’autre jambe... elle réagit. D’un seul coup je bouge mes deux pieds ensemble.... Youpi ! Tout fonctionne ! J’écarquille les yeux !...  
Oh mon Dieu, je suis encore dans la neige ! Les deux dames qui sont devant moi sont pleines de neige. « Bonjour, alors... réveillé ? Vous avez dormi deux jours ! Nous avons fait la connaissance de vos deux filles et de votre fils. Ils sont déjà venus trois fois, ils sont merveilleux ».  
« Je sais... » Et je revois à travers des images floues, le film de cette nuit. Pourquoi ne suis-je pas capable de me lever, de déblayer toute cette neige, tout ce blanc ? Je veux retourner dans un monde en couleurs. « Où est la dame qui était avec moi ? Comment va-t-elle ? ». « Elle est dans la chambre à coté et en meilleure forme que vous. C’est normal, nous autres femmes, sommes plus fortes que vous ! Je plaisante ! Vous allez bien tous les deux. Maintenant vous êtes hors de danger. Seulement vous, vous devrez rester quelques jours de plus à l’hôpital car vous avez des blessures le long de la colonne vertébrale ».  
Voilà pourquoi je me sens serré comme une momie. « Cette dame a déjà demandé plusieurs fois à vous voir et aujourd’hui le médecin la fera lever. Ah voici, de nouveau, vos enfants ». « Alors papa, comment vas-tu ? ». « Bien, bien, merci. Je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas bouger. Tout est tellement confus dans ma tête ».
« C’est normal ! Mais, papa, pourquoi lorsque tu sors tu n’emportes pas ton téléphone ? Nous aurions pu intervenir plus tôt ». « Vous avez raison. Cela me servira de leçon pour la prochaine fois. Donc, c’est vous qui avez alerté ce gros oiseau qui est venu nous prendre. Merci, vous me raconterez comment vous avez fait pour deviner où j’étais ». « Papa, nous avons appris tout ce que vous avez dû affronter pendant cette nuit et le médecin nous a informés des risques que vous avez courus. Il ne s’explique, même pas lui, comment vous avez pu résister. Nous avons longuement réfléchi tous les trois et sommes fiers de toi, papa, pour les décisions que tu as su prendre. Tu as démontré, concrètement, tout ce que tu nous a appris quand nous étions petits.  
Tu nous as enseigné à ne jamais avoir peur, à ne jamais renoncer. “Le problème n’est pas de perdre   ; ce qui est grave, c’est d’abandonner”. Combien de fois tu nous as dit que la peur est acceptable dans les derniers moments de l’épreuve... ou de la vie. L’absurde est d’avoir peur d’avoir peur... et cela peut nous dominer pour la vie entière. L’autre leçon est celle de la crainte, de la honte de son corps.  
Aucune inhibition n’a le droit de nier la joie de contempler le pur spectacle de la création. Pour nous aider, tu nous disais de penser à l’expression de Michel-Ange et de sa chapelle Sixtine. Nous avons vu la dame qui était avec toi. Les paroles qu’elle a dites immédiatement après que nous lui ayons été présentés nous ont profondément émus : “Votre père a vraiment été extraordinaire” ! ».
« Plus précisément, nous avons été extraordinaires ! Avant de rentrer à la maison passez la voir et dites-lui que mon attachement... continue. Qu’il ne pourrait pas continuer si elle n’avait pas été là, si j’avais été seul. Vous aussi, avez joué un rôle déterminant. Je vous ai donné la vie. Vous avez contribué à conserver la mienne.  
Au revoir, à bientôt. Je vous aime ». « Ciao, papa. Nous reviendrons ce soir, d’ici là, repose-toi ».  
Et revoilà mes deux colombes blanches ! « Courage Mario. Maintenant nous allons vous soulever la tête, pour vous aider à manger ! ». Elles sont très gentilles mais j’ai la gorge nouée et l’estomac atrophié. Enfin finie la torture. En sortant une des deux me dit :
« Tiens, voilà votre voisine ».  
C’est une sensation étrange que je ressens en la voyant passer la porte. Elle marche lentement. Plus elle se rapproche de moi, plus son pas est lent, comme si elle hésitait. Elle me semble différente dans sa tenue vert pâle. Probablement, elle, comme moi, voit les choses autrement. C’est comme si la pénible épreuve passée avait annihilé la perception du réel. C’est comme si les moments tragiques traversés ensemble avaient déformé le temps lui-même. J’ai perdu sa connexion. Que s’est-il passé ?  
« Bonjour Michela, comment te sens-tu ? ». Elle, sans dire un mot, s’approche de moi et avec discrétion m’embrasse, éclatant en un sanglot libérateur. À travers les soubresauts de ses sanglots, elle me chuchote à l’oreille :
« Merci Mario, sans ta détermination sans ambiguïté, nous serions morts tous les deux... comme Angelo ».
Voilà ! Ce susurrement à l’oreille me fait replonger dans le souvenir de ce qui s’est passé, de ce qui est arrivé.  
« Qu’est-ce que tu dis ? Tu te trompes. Angelo était là, avec nous et aura été secouru aussi ». « Non. Angelo n’est plus avec nous. Il n’a pas survécu ».
« Non... oh ! Non ! et l’ultime larme jaillit de mes yeux. Nous nous donnons mutuellement du courage pour la énième fois...  ». « Merci à toi aussi Michela, à ton inconditionnelle acceptation et à la chaleur humaine que tu m’as transmise. Je t’ai regardée dans les yeux et j’ai trouvé alors en moi, la force d’agir et le courage de te proposer ce défi ». « Je suis contente de te “revoir” et je sais que bientôt tu pourras, toi aussi, recommencer à marcher. Puis, remettant son mouchoir dans sa poche, elle est sortie après avoir déposé un baiser sur ma joue ». « Ciao Mario. Je retourne me coucher. Je suis encore très fatiguée... on se verra plus tard ».  
Qui sait quand je pourrai lui rendre ce baiser ? Quand et où réussirai-je à vaincre l’émotion de la revoir ? J’y penserai plus tard. Nous nous rencontrerons obligatoirement, un jour, hors de l’hôpital. Ce ne sera pas par hasard. Ce sera un rendez-vous. Ce ne sera pas facile.  
Aurai-je, moi, le courage de m’excuser pour l’avoir entraînée dans cette incroyable aventure ? Saurai-je apaiser mon esprit en essayant de la convaincre que tout est déjà écrit dans la vie ? Je mettrai ma conscience en paix en l’assurant que, par conséquent, ce n’était pas de ma faute ? qu’en aucun cas je ne peux changer le cours des évènements ? Je me défendrai en lui disant que notre proposition de faire cette ballade ensemble était pour lui tenir compagnie afin de lui éviter une journée de plus de solitude ? Quelles seront alors ses pensées et sa réaction ? Je pense immédiatement à ce jour, à ce moment précis où je pourrai la regarder de nouveau, tous les deux debout sortis de ce lieu sur nos jambes.  
Fixer ses yeux verts et retrouver le pré de la sérénité ... Quand cela arrivera-t-il ? Que de choses aurons-nous à nous raconter. Dans la quasi certitude qu’un tel moment arrivera vraiment, explose en moi l’espérance d’une continuité afin que se fortifie ce sens “ missionnaire ” qui implique et exige la vraie valeur de l’Amitié. Ce sont deux mains unies qui cheminent ensemble dans les ruelles du partage. L’une tient l’autre afin que son pas soit plus assuré pour continuer à avancer. Si l’un trébuche, l’autre le soutiendra au risque de tomber, oui, mais ensemble.
Les retrouvailles  

C’est ainsi qu’en y “pensant avec insistance”... les jours ont passé... rapidement...  
« Salut Mario... ça t’irait de venir me chercher au train, dimanche matin à dix heures vingt, là dans ta ville ? ». « Salut Michela... te souviens-tu de la respiration profonde ?... Laisse-moi le temps d’en faire quelques unes... Tu me cueilles par surprise avec cette fantastique proposition. Je ne m’y attendais pas si tôt et comme le fait de te dire oui m’apporte tellement de joie et de frénésie que je ne sais pas si mes jambes vont supporter cette émotion. On va en avoir des choses à se raconter ».  
« Pour ma part non plus cela n’a pas été facile de prendre la décision de t’appeler. Je pense que cela ne sera pas facile de se retrouver pour la première fois depuis la sortie de l’hôpital, qui a vraiment été la séparation entre l’irréel et le réel. Moi aussi je me pose la question : “Comment sera cette nouvelle réalité ?” Comme tu dis souvent, notre destin est déjà tracé, alors que va-t-il nous proposer ? Notre “libre arbitre”, qu’en certaines occasions nous prétendons posséder, nous portera-t-il à nous raconter ce que nous avons vécu dans cette nuit d’éternité ? Puis nous nous saluerons d’une poignée de mains ou alors découvrirons nous un quelconque reste de continuité de cette amitié ? Vois Mario, combien de doutes m’assaillent ! ».  
« D’accord Michela ! Allons découvrir cela par un jour de fête, à dix heures vingt. Nous déciderons alors que faire et pour combien de tic tac d’horloge et de battements de nos cœurs, nous resterons ensemble ».  
Avant dix heures, je suis déjà assis au bar de la gare. La serveuse a déjà fait plusieurs tours autour de ma table sans rien me demander. Elle a compris et se limite à observer cette rose rouge que j’ai posée devant moi sur la table. Je regarde, moi aussi, ces pétales pourpres accolés l’un à l’autre. Cette étreinte là me rappelle quelque chose. Dans ma vie, j’ai éprouvé la perte de ma compagne sans jamais l’avoir retrouvée. Je connais très bien cette douleur déchirante. Ce que je n’arrive même pas à imaginer, c’est l’immense, l’incroyable joie qui peut exploser lorsqu’on se rend compte que c’était une erreur et que l’on retrouve celui ou celle qu’on pensait avoir perdu.  
Alors, ce matin, dans cette circonstance, dans cette nouvelle tranche de vie, je me suis imaginé le tournant ou le carrefour : je pensais m’être perdu ou avoir tout perdu... aurais-je tout retrouvé ? Chez le fleuriste, j’ai vu tant de petits billets avec de merveilleuses fleurs de différentes couleurs. Ils étaient tous écrits avec de belles pensées : “Une fleur, c’est pour toujours “, “Toute mon affection est contenue dans ce bouquet”. Il était même écrit, sous un coquelicot : “Voilà la couleur vivante de mon amour”. Michela et moi sommes restés ensemble une seule journée qui s’est diluée dans l’obscurité de la nuit. Quel billet aurais-je pu choisir ? Amour, Affection. Amitié ?  
Le souvenir d’Angelo vient brutalement à mon esprit, et je pense à ce “pacte de sang” signé seulement après quelques heures de notre rencontre. Je repense encore au moment précis où cela est arrivé et comment cette décision a jailli. Avec le recul en y songeant, je crois que le désir de ce lien est né au moment précis de notre expérience avec “l’homme sans toit” ou “sans toute sa tête”. Lui, l’avait perdue avec la disparition de quelque chose d’infiniment plus précieux. Je ne voudrais plus ressentir le supplice d’une perte pour le restant de ma vie. Quelle que soit la personne qui m’approchera, je voudrais que ce soit pour toujours.  
Je fixe les petites serviettes blanches en papier qui sont sur la table. Elles ont des traces de café. Ma rose me semble nue, n’ayant pas eu le courage de choisir un billet. Je vais essayer de la “vêtir” avec une de mes pensées-poèmes. J’extrais une petite serviette de son étui et me retourne vers la rose comme si c’était Michela. Je lui laisserai le soin d’interpréter mon état d’esprit actuel. J’espère qu’elle ne me jugera pas opportuniste.  
Comme tu es belle ! Extasié, je suis sous ton charme et je m’incline devant ton parfum.  
Je devine en toi... la fille, la mère, l’épouse. Avec tes pétales enveloppants, ils t’ont appelée ... rose.  
Le ciel se prosterne devant toi. Sur la terre le soleil t’irradie et fait briller les gouttes de rosée.  
C’est un timide baiser et comme toutes les fleurs, tu m’inondes d’amour.  
Je regarde l’horloge juste au-dessus de la dame assise derrière le bar. C’est juste l’heure ! Le train du retour et du souvenir entre en gare. Avec les jambes tremblantes je passe devant la serveuse et lui fais signe que je vais revenir. Elle, avec un sourire complice, m’indique qu’elle a compris et je vois ses yeux briller de curiosité. En me dirigeant vers le quai je me récite les phrases d’accueil que je dois dire à Michela, mais tout semble tellement confus. Seul le crissement des freins du train me réveille de ma torpeur, me ramenant à la réalité.  
Arrête-toi oh HOMME !  
Arrête de penser ; arrête ta course   ; retrouve ton calme.  
Cherche, Homme, ta lumière et ne crains pas la mer et sa tempête. Profite du crépuscule et de ses couleurs diffuses. Laisse les vagues frénétiques déferler.  
Ne cherche pas à les chevaucher. Elles retomberont seules, démontrant leur puissance par un bruit assourdissant de tonnerre. Se poussant l’une l’autre, dans leur course furibonde elles viendront se briser sur les écueils.  
La rose que je tiens “dans mes bras”, appuyée contre moi, suit les battements de mon cœur. J’ai failli tomber lorsque j’ai vu Michela descendre du train. Je l’ai rejointe. Elle a un sac en bandoulière et plus elle s’approche de moi, plus son sourire radieux m’illumine et me donne du courage.
« Bonjour Michela ! ». « Bonjour Mario ! ».  
Je lui tends la rose rouge, un peu gêné. Elle, comme d’habitude, sûre d’elle, me libère de mon embarras. « Mais quelle gentille pensée, quelle belle rose ! Il y a même un petit mot. Excuse-moi un instant mais je voudrais le lire tout de suite. Quel beau poème ! Merci Mario. Combien de fois devrais-je te dire merci pour tout ce que tu as fait ? ».  
« Le même nombre de fois que moi, je devrais te le dire. Viens Michela, allons prendre quelque chose ensemble. Tiens, la table sur laquelle je t’ai écrit cette petite poésie est encore libre. Ce n’était ni prémédité, ni préparé, ni étudié. C’est simplement spontané, cela a jailli en t’attendant ».  
Je fais asseoir Michela de façon à ce qu’elle tourne le dos à la serveuse, qui, avec un air complice, me fait un signe de la main pour me dire : “Elle est jolie” ! et je lui renvoie son sourire.  
« Donc Michela, avant tout, dis-moi, comment vas-tu et qu’est-ce que tu as fait pendant ce mois, depuis ta sortie de l’hôpital ? ». « Je vais bien et depuis quelques jours j’ai repris mes activités habituelles, mais par-dessus tout, j’ai beaucoup réfléchi. Beaucoup de pensées m’ont trotté dans la tête et toutes tournaient autour de cette fameuse nuit que nous avons vécue. Ce qui en est résulté, c’est que je me suis rendue compte qu’il était facile de perdre la vie et donc qu’il était important de profiter le plus possible de celle-ci tant qu’elle était là. Je voudrais prendre une période “sabbatique”, disons un mois pour me reposer. Je ne sais pas pourquoi c’est peut-être parce que je n’ai pas encore récupéré toutes mes forces. Il y a tant de choses qui me semblaient importantes avant qui, maintenant, sont dérisoires ; et ce qui me semblait dérisoire avant est devenu essentiel ».  
« Rien d’extraordinaire. Je pense qu’il faudra du temps pour récupérer, après le choc incroyable que nous avons subi. Moi non plus, je ne suis pas en forme et il m’est très difficile de gérer mes émotions. Comme tu peux le constater j’ai les mains qui tremblent en ta présence. Je dois faire un effort pour te demander : “Quand allons nous au cimetière sur la tombe d’Angelo ?” ».  
« Quand tu veux Mario. Ta demande montre ton envie d’y aller et je t’avoue que cela correspond à mon propre désir. Après tout ce qui est arrivé et suite aux discussions sur l’Amitié, je t’avoue n’avoir pas changé d’avis. Nous devons parler de nous... de nous trois et je voudrais le faire avant d’aller au cimetière. J’ai aussi beaucoup réfléchi et j’en suis arrivée à la même intense réalité. À l’épreuve des faits, dans un moment de besoin, ce qui émerge, c’est toujours l’égoïsme. Ceci étant, je suis restée profondément choquée et touchée par la mort d’Angelo. J’ai prié pour le repos de son âme ».  
« Tu as entièrement raison si on juge rationnellement son comportement. Permets-moi cependant, comme nous l’avons dit durant cette nuit tragique, de tenir un second raisonnement. Je ne te dis pas cela pour lui trouver une excuse aux différents risques ou un quelconque alibi à son comportement. Et même, à ce point, cela ne m’intéresse pas de me convaincre de la possibilité que le véritable Ami existe. Non, il y a quelque chose en moi de plus profond qui tente d’expliquer son comportement à mon côté moins “profond”. Bien sûr, il n’y a aucune explication logique à notre rapide mais péremptoire pacte d’Amitié.  
Sur ce point, nous sommes d’accord. Probablement, tout est né d’un impérieux besoin de contact humain capable de dissoudre l’état d’abandon dans lequel nous étions. Quand la solitude inhibe toutes tes forces, elle exclut toute voie de sortie, tu as conscience de ce qui te manque exactement : celui, celle ou l’ ami que tu n’as plus. L’ami n’est pas seulement une bouée de sauvetage qui te donne la sécurité, mais c’est la voile qui capturera le vent pour t’emmener au loin. Ce sera une raison de vivre, la boussole qui te guidera vers des plages inconnues. Le mariage, aussi doit avoir cette “composante” sous peine de dissolution. Attention à ne pas tomber dans le piège. Tu pourrais affirmer que c’est encore de l’égoïsme. Non ! La différence est dans la réciprocité. L’amitié est comme l’ amour , C’est une vibration qui s’échange entre deux êtres.  
L’amitié est la rencontre entre deux ondes électromagnétiques et le croisement de deux auras  
Même Aristote a dit que l’Amitié est une vertu. J’ajouterais que c’est un don, celui de savoir accepter les comportements incohérents de l’autre. Comprendre et pardonner les défauts de l’Ami signifie comprendre que lui aussi accepte et pardonne les tiens, car personne n’est parfait. Sois sûre, que ce don ne naît pas de notre intellect mais a ses racines profondes dans l’être humain. On doit pardonner à Angelo, non pas parce qu’il est mort, mais parce qu’il a été obligé d’agir ainsi. Je m’imagine son chagrin quand il s’est rendu compte de ce qu’il avait fait. Je pense aussi à ses remords quand il s’est rendu de la proposition qu’il nous avait faite. Il se peut que ce soit dans une tentative de remédier à cela, en faisant un faux mouvement, compromettant la stabilité de sa tente. Parlons de la tente. Cette tente si colorée qui a permis aux sauveteurs de nous repérer... au milieu de nulle part. S’il n’avait pas eu cette tente avec lui, nous serions peut-être tous morts dans cette anfractuosité ».  
« Merci pour cette précision Si tu réussis un jour à me convaincre, je t’en serais infiniment reconnaissante. Cela veut dire qu’à partir de ce moment là, je rechercherai avec frénésie une Amitié.  
Allons maintenant, allons voir Angelo ». Une pierre blanche recouvre son corps. On croirait le manteau de neige gelée qui lui a servi de sépulture ». « Voilà sa dernière demeure terrestre. Cependant il n’est pas là, il a juste changé de vie. Le but réel de sa vie n’est pas là, il est sorti de son “cocon”. Excuse-moi Michela, je voudrais réciter mon habituelle prière devant une personne qui “semble complètement morte” :  
Étendant ses couleurs avec de légers battements d’ailes, le doux papillon LIBRE ! Éternellement VIVRA.  
Comme je l’ai déjà fait remarquer, j’ai su il y a peu de temps, par un ami professeur de grec et de latin que le papillon était le symbole de l’ âme en grec ancien. Quelle coïncidence ! Quel destin ! L’âme d’Angelo, “s’insinuant” dans chacune des parties les plus petites de son corps, quand il était en vie, vole maintenant tout autour de nous. Lui-même à travers elle, ne nous laissera jamais seuls. Si nous abandonnons un instant le concept de l’âme en tant que concept spirituel mais en tant que réalité physique, nous devons nous souvenir, encore une fois, qu’au moment du dernier soupir le poids de notre corps diminue de “seize grammes”, en une fraction de seconde. C’est tellement évident que suivant les dernières découvertes ce qui “sort” de notre corps a un certain poids. Ceci est une réalité physique et non seulement spirituelle.  
... et sur la Mer éternelle elle volera, étendue sur une voile blanche. Elle sera là où elle était avant la naissance des temps. L’accueillante demeure l’a attendue. Maintenant elle repose dans sa “maison” où elle se ressource.  
Angelo a été seulement un fragment dans l’avenir des choses. Maintenant, il est comme un éclair. La trace d’une comète et tout ce qui ne peut se dissoudre dans le néant. Notre éternité est dans ce “papillon”.  
C’est l’invisible mais il vole et vibre éternellement dans son alternance avec son retour dans le visible. Peut-être que mes divagations te surprendront. Sache seulement que, pour moi, ce ne sont pas de simples croyances mais de grandes vérités. Je suis convaincu que lorsqu’Angelo a exhalé son dernier soupir, il est sorti “quelque chose” qui n’est pas visible mais existant physiquement, comme son corps que nous avons connu. Il me plaît de penser que c’est la “fameuse” troisième énergie, celle qui donne la masse aux deux autres énergies qui en sont privées : la positive et la négative, comme je l’ai dit maintes fois. J’adore parler de ces “choses” non par arrogance ni par prétention, seulement par amour. Elles me portent à donner une réponse au fameux dilemme : “Que suis-je ? Où vais-je ? Où irais-je ? Rappelle-toi toujours que suis-je ? et non qui suis-je” ... ?  
L’Amour, pour moi-même, pour les autres et pour tout ce qui m’entoure, m’oblige à présenter cela autrement. Je veux savoir ce que je suis. Je voudrais savoir de quelle chose je suis fait. Après quoi ce sera plus facile de reconnaître le chemin que je dois suivre et ainsi retrouver l’endroit où j’irai et... retournerai . Mon cher Angelo, ton empreinte indélébile est incrustée en nous, comme le sceau de l’Amour et se diluant dans le temps, elle sera éternelle ».  
« Au revoir Angelo ». Et Michela a déposé la rose rouge sur la “ lumière blanche ” avec un seul mot : “Merveilleux”. Nous nous sommes retournés pour le saluer d’un geste de la main, alors que nos deux autres mains libres s’étaient trouvées et se serraient très fort.  
« Michela, je voudrais te faire une proposition. Veux-tu voir la plus belle place de ma ville ? Nous laisserons la voiture en périphérie et marcherons un peu. Tu es d’accord ? ».  
« Bien sûr. Cependant je te rappelle que mon train est à quatre heures trente cinq ». « Ça ira ... comme cela a toujours été... ». Tout en marchant, je lui montrais, dans le désordre, les auberges, les ruelles, les vitrines, les fontaines et les rues piétonnes.  
« Comme cette place est belle, inondée de soleil et combien de bars, de petits restaurants. Mais il y a quatre églises ! Celle-ci est immense, c’est la cathédrale ». « Si tu veux, nous pouvons entrer un moment pour faire une prière : une pour nos proches et une pour Angelo en remerciement d’être ici, aujourd’hui ».  
Quand nous sommes sortis, il était une heure.  
« Je te propose de nous asseoir dans ce petit restaurant, ainsi nous dominerons toute la place ». « Tu as raison, il me semble très joli ». « Regarde ces tables légèrement surélevées, sous cette véranda recouverte de vigne vierge pas encore en fleurs. Le style de ce restaurant allie le rustique et le moderne ». Michela compte une... deux... trois... sept marches pour atteindre la véranda.  
Sept le chiffre de la totalité, comme les sept notes de musique, les sept couleurs de l’arc en ciel, les sept merveilles du monde..., chiffre appelé pour cela le “numéro sacré”.
« Moi, j’ai juste besoin de m’asseoir un peu pour me reposer. J’accepte ta proposition de manger un morceau, mais quelque chose de léger, en jouissant de la beauté du lieu, en ce beau jour de Pâques, jour de la résurrection, comme le fût ce fameux jour pour nous ».  
Je ne sais pas si ce repas a été léger ou pas. A dire vrai, je ne me suis même pas rendu compte de ce que j’avais mangé. Nous étions en plein soleil, un chaud soleil de printemps que nous avions tant souhaité... assis côte à côte.  
Nous ne nous sommes jamais regardés dans les yeux. Nous regardions au loin, peut-être dans le vide, avec une succession de paroles qui toutes avaient trait au passé, au présent et au futur. Ces mots se perdaient dans l’air parfumé des premières fleurs, nous nous sommes pris la main sans doute instinctivement, sans le savoir, seulement pour quelques instants, comme si nous recherchions ce contact qui nous avait sauvé la vie. Quelle délicatesse ! Peut-être que ne voulions-nous pas abîmer cet innocent contact ou alors était-ce la peur de “polluer” la pureté de l’instant que nous avions eu la “chance” de partager durant cette fameuse nuit.  
Et le temps, tout en parlant, est passé trop rapidement.
« Mon Dieu, Mario, il est déjà presque trois heures, nous devons retourner vers la gare ». « Trois heures ? Non ! Faisons une chose que je n’ai pas encore faite. Depuis un mois, nous avons le métro. Je récupérerai plus tard ma voiture. Prenons le métro qui dessert la gare ».  
Qui fut dit fut fait. Nous avons eu le temps de remonter par les escaliers en comptant les marches comme le font les enfants. Nous avons déduit une maxime que j’ai déjà lue quelque part :
« J’ai bu à la coupe de la vie et me suis aperçu que tout le sucre était resté dans le fond. »  
Au coup de sifflet du train j’ai commencé à agiter la main pour saluer Michela à la fenêtre du compartiment. À bientôt. On s’appelle... J’ai continué à agiter la main tant que le train était visible en pensant aux deux baisers sur la joue...  
Je vois le contrôleur qui me regarde d’un air stupéfait. Le train. désormais loin, a disparu dans le néant... tandis que je continue ... encore ... à agiter la main mais même l’air que je déplaçais n’a pu m’éloigner de ces dernières paroles : “Je l’espère vraiment” !
Inconsciemment, dans le grand mystère  

« Allo Michela, tout va bien ? ». « Bonjour. Oui, je suis à la maison et petit à petit, je me remets. Merci encore pour la belle journée de Pâques. Cela ne fait que dix jours mais j’ai l’impression que cela fait une éternité. J’ai envie de te revoir malgré le handicap des cent kilomètres qui nous séparent ». « Moi aussi j’ai envie de te revoir et j’ai une proposition à te faire. Tu te souviens de Marisa, la femme de Pietro dont je t’ai parlé durant notre escalade en montagne ? ». « Bien sûr ». « Ils sont venus me voir. Ils étaient très ennuyés de ne pouvoir effectuer un voyage en Palestine, réservé depuis longtemps. Marisa m’explique : il s’avère que Pietro est encore en convalescence et qu’il lui est déconseillé d’entreprendre un tel voyage. Donc, l’organisateur qui est un de nos amis nous a proposé de te faire profiter de ce voyage. “Mario, ce serait formidable si tu pouvais aller là-bas à notre place. Tu tiendrais un journal quotidien pendant les sept jours et nous le donnerais à ton retour. Je sais que tu as surmonté une terrible épreuve mais tu vas bien maintenant. Le départ est prévu dans deux semaines et est organisé par le prêtre que tu nommes “le grand homme-prêtre”. Qu’en penses-tu ?”.  
“Merci pour ta proposition. Je ne peux pas me dérober à mon destin. J’ai commencé à écrire quelques lignes d’un livre sur l’Amitié. Procure-moi un cahier avec des pages blanches et je transcrirai ce que j’ai déjà écrit. Si je ne trouve pas les réponses sur l’existence de l’Amitié réelle, ici, j’irai les chercher en Palestine” ».  
« Qu’en penses-tu Michela ? En ce qui me concerne j’ai déjà dit oui ». « J’ai appris avec toi à suivre “les signes du destin”. Je viens avec toi. Envoie-moi, dès que possible le programme. Nous volerons ensemble dans l’avion ».  
Je répète la coïncidence : “ l’amour a toujours des ailes ” tel est le titre de mon premier livre.  
L’Amour vole toujours, vole tout autour de nous où que nous soyons. Il suffit de le cueillir et aussi de le donner. Lui , vole et un jour ou l’autre même de loin, il revient toujours.  
J’effleure doucement la main de Michela qui est en train de regarder par le hublot. Après un court instant elle se tourne vers moi. Je plonge alors dans le vert de ses yeux et lui susurre un fébrile “je suis tout ému”. Ses yeux humides font scintiller leur vert profond... je ne dois pas aller plus loin... et j’allonge le cou pour voir au-dehors par le hublot. J’observe les ailes de l’avion qui vole vers l’Amour ou vers un lieu où une vie a été immolée par Amour. Je regarde la couverture du cahier que m’a fourni Marisa : c’est une représentation du Dôme de la ville où s’est produit l’accident de Pietro. Je l’ouvre et constate que toutes les pages sont blanches, comme je l’avais demandé. Comme je voudrais le remplir de cet Amour ... La valeur de ce livre ne se comptera pas au nombre de pages imprimées ou écrites à la main mais à la “valeur ajoutée”. Ce sera le nectar de la légèreté que je voudrais que le lecteur puisse découvrir en lisant ses lignes.  
Ce sera sa propre capacité à faire voler celui qui le tiendra dans les mains. Et si, celui-ci se trouve comme un aigle en difficulté, ses pages s’ouvriront comme des ailes battant l’air afin que le vent l’emporte toujours ... plus haut. « Regarde Michela, ces montagnes là-bas au-dessous de nous. Observe leur puissance, leur immobilité, leurs cimes enneigées. Elles semblent innocentes dans leur immobilisme. Voici les symboles stimulateurs de l’arrogance et de la soif de conquête de l’être humain. Leurs cimes semblent candides mais cachent des pièges mortels entre les plis de leur manteaux neigeux. Tentateurs et vaniteux ils attirent à eux l’imprudent grimpeur, toujours perdant. Lui, l’inconscient, amant de la délicate beauté que ces montagnes dégagent, succombe, aveuglé comme l’alouette. Bien sûr, je me rends compte de raviver en toi des souvenirs mais, crois-moi, je voudrais qu’on puisse, ensemble, en tirer quelque enseignement. Après avoir bien compris la leçon, nous devrions chercher le côté positif de cette extraordinaire expérience ».  
« Bien dit ! En écoutant tes paroles, cela me rappelle une pensée de Sénèque, puisque tu aimes la philosophie, qui dit plus ou moins ceci : “Le bonheur est à portée de main et peut s’atteindre à travers une “échelle” grimpant vers la vertu ou le “meilleur”. J’ajouterais que le bonheur est la capacité de s’émerveiller plus particulièrement des choses insignifiantes. C’est un sommet dont personne ne peut être rejeté mais qui ne peut être rejoint ni dans la douleur ni dans l’espérance. Seule la vertu peut arriver au sommet car seul son pas peut vaincre la périlleuse ascension. Une fois arrivé, tu seras capable de supporter n’importe quel événement, avec patience, conscient que les vicissitudes de la vie font partie de la nature.  
Donc, personnellement, je pense que notre ascension, incluant cette immense joie d’écouter le concert et cette mélodieuse musique que nous a offert le torrent, notre rencontre, ton discours sur l’Amitié, cet incroyable “pacte”, les fleurs et de toutes les belles choses que nous avons vues tous ensemble nous ont permis de rejoindre cette cime faite de sérénité, de bonheur et de paix intérieure. Et, dans l’adversité la plus atroce, nous sommes restés soumis aux enseignements erronés reçus. Réconfortés par notre conscience d’être dans le vrai, enlacés comme des enfants, voguant sur la même galère, nous avons vaincu le sort cruel qui nous était réservé ».  
« Bravo ! Belle leçon ! Tu arrives à m’émouvoir ». Ce sont des pensées qui vraiment te font voler. Elles te font te sentir léger, et comme nous sommes en avion, mon imagination m’a porté jusqu’au ciel. Un immense paradis m’entourait. Je me trouvais dans un amphithéâtre semi circulaire, protégé par d’immenses arbres. Il n’y avait aucun gladiateur dans l’arène. Il n’y avait que la paix, toute lutte étant abolie. Personne, dans mon esprit, n’avait le droit de lutter contre mon âme, étourdie par la fragrance du parfum des fleurs et des arbres. Au centre, il y avait une fontaine qui faisait jaillir jusqu’au sommet des arbres des milliers de jets d’eau qui dansaient, encore et encore, sur une musique céleste, comme des nymphes extasiées. De joyeux bambins, insouciants des éclaboussures, essayaient avec leurs mains de capter l’eau, la caressant et faisant jaillir toutes les couleurs de l’arc en ciel comme autant de brillants lumineux, éclatants. Le bonheur est la capacité de s’émerveiller !  
Moi aussi, je suis en extase. Je me sens dans un bonheur intime, seul avec mon âme... et je vole encore.  
« Excuse-moi Michela mais qu’est-ce que tu regardes ? ». « Encore et toujours la montagne. Je ne la quitte pas des yeux et suis à la lettre ton enseignement, en la fixant sans aucune peur. Je la crains moins maintenant et voudrais, un jour, pouvoir la considérer comme une amie, m’approchant d’elle avec plus d’attention, de circonspection et de respect ».  
« Parfait ! Nous en reparlerons alors, pour ne pas oublier que nous l’avons sous-estimée. Comme tous les rêves, le spectacle dans l’arène, représentant l’évanescence, devenait de plus en plus flou. En opposition avec la conscience qui s’assoupit, se réveille la réalité. La fin de ce voyage onirique nous amène au péremptoire : Réveille-toi !  
C’est une exclamation. Il n’existe pas de conclusion dans la réalité du monde visible. A la fin de ce merveilleux songe, a résonné à mes oreilles la froide précision d’Angelo : “C’est une tente mono place” !  
Voilà la réalité !... En un instant le froid s’est fait sentir plus vif. Le gel mordant de la peur voilait notre respiration. La panique prenait le dessus. Le temps aussi s’était arrêté et là, dans l’obscurité profonde de la solitude, tu te sens seul, face à toi-même, désarmé. La brume, qui commence désormais à t’entourer brouille et engourdit ton cerveau. Il est assailli par trop de demandes et n’arrive plus à fournir aucune réponse. Il ne sait pas quoi faire pour le reste de son corps, pour le sauver. Il n’a pas de solution. Ses pensées ne sont qu’un brin de laine enroulé sur lui-même en une pelote n’ayant ni début ni fin.  
Ce sont des instants de désarroi. Tu voudrais que cette montagne soit la tour d’un château d’où tu pourrais te jeter et tomber en chute libre. Un saut vertical qui t’emporterait vers la vallée en peu de secondes..., mais c’est une montagne !  
Elle aussi, maintenant, est avalée par les ténèbres. Tous ses sentiers sont invisibles, cachant encore plus ses pièges. Aucun chemin n’est accessible, l’heure est passée et toutes les portes sont fermées.  
Je te revois, recroquevillée sur toi-même, avec les yeux écarquillés. Angelo est perplexe. lui aussi, après sa décision. Il a renoncé à toutes les belles pensées et propositions que nous avions émises ensemble à son propre profit. Le froid que je “décelais” en toi, alimentait le mien. Imprudent et inexpérimenté, je ne t’ai pas contrariée quand tu as pris la décision de nous suivre. J’aurais dû te mettre en garde sur les possibles risques éventuels.  
J’ai dominé mon sens de culpabilité avec ma conviction que tout est tracé à l’avance, ou peut-être l’ai-je fait d’une façon mesquine pour mettre en paix ma conscience ? Essayons d’en reparler... , ainsi nous ne penserons pas à l’avion ? ».  
« Tu vois, le seul fait que tu me dises “ainsi, nous ne penserons pas à l’avion” signifie que tu as peur de tomber. Alors, je trouve implicitement une contradiction. Si tu ne peux rien faire, pourquoi avoir peur ? Moi aussi, je pense, comme toi que tout est “prévu”, mais avec quelque réserve. Nous avons le libre arbitre de choisir bien que notre choix soit déjà prévu. En substance nous décidons ce que nous voulons mais notre décision était déjà prévue  ».
« Exactement ! Parfaite conclusion ! Mais donc tu vois qu’à la fin... ou au début... nous n’avons pas le pouvoir de décider.  
Le “non sens” se situe dans le fait d’avoir peur et en particulier de la peur maîtresse : la mort. Bien entendu, il y a la peur positive, celle qui nous empêche de traverser une rue sans regarder. C’est évident que nous sommes soumis à des peurs inutiles.  
En ce qui concerne la peur de l’avion, c’est parce que je n’ai plus les pieds sur le sol et que je suis entre les mains du pilote et de la mécanique de l’avion. C’est là que tu dois me pardonner ma contradiction : comme je suis, disons, expert en mécanique, le moindre grincement me fait sursauter. Je sais que j’ai tort et j’admets qu’il est difficile d’exclure, à priori, le libre arbitre. Ma joie, à la fin, est la conviction, donc la victoire sur le doute ».  
« Tu as peut-être raison. Je pense que l’expérience que nous avons vécue sur la montagne nous a enseigné beaucoup de choses. Je pense au moment où tu as précisé la distinction fondamentale entre la PEUR au plus profond de soi et la PEUR D’AVOIR PEUR. Ce n’est pas de la philosophie mais le besoin d’apprendre, afin de comprendre qu’il ne faut pas avoir peur. La différence entre ces deux approches est très concrète et l’exemple flagrant est ici, en ce moment. Si cet avion devait tomber, et ce sera peut-être vrai d’ici les deux heures qui restent, pourquoi devrais-je me ruiner la vie en me torturant de peur durant ces deux heures ? Voilà pourquoi, à un certain moment, là-haut, bien que “morte de froid”, je ne suis pas morte. La peur d’avoir peur avait disparu. Jusqu’à mon dernier souffle, je n’étais pas encore morte ». « Compliments... , je n’ai plus peur de tomber ». Et nous avons éclaté de rire. C’est vrai. Je me sens plus léger et si tous les passagers étaient plus légers... l’avion serait aussi plus léger.  
« C’est vrai ce que tu as dit. Cette montagne, malgré tout, nous a beaucoup apporté. Je ne voudrais pas exagérer avec mes hypothèses ou suppositions, mais dans l’état où nous étions, disons de pré-mort, j’ai ressenti un contact particulier d’Amour avec mon “âme”, mon essence immatérielle. C’était comme si cette partie de mon être existait vraiment physiquement ».  
Je pense au parfait bien-être à tout ce qui l’a créé. Je pense au soleil comme j’y pensais là-haut, les yeux fermés, éteints et perdus. Je pense aux planètes avec leurs satellites et à la lune, elle aussi effrayée. Je pense au cosmos, à l’univers et à tout ce qu’il a créé et je pense à l’instant précédent cette... création. Un unique, immense éclair de lumière... rien d’autre que la lumière . .. mais seulement pour nos yeux s’ils avaient été présents à l’observer.  
“Je suis la lumière ” a dit Jésus Christ. Et je crois que, dans son cœur, il avait espéré que celui qui lui était proche, réaliserait d’être, lui aussi, un éclat de cette lumière . “Le règne du ciel est en vous”.  
“Qui cherche la vérité vient vers la Lumière”.  
Dans la souffrance, là-haut, j’ai “vu” écrits ces messages sur l’écran de la voûte céleste et non seulement ce soleil que je convoitais tant.... Et je me sentais chez moi.  
J’étais dans cet éclair de lumière... au début de mon existence. Et cet éclair est devenu matière. Et je suis devenu matière avec cet éclair qui se diffusait entièrement en moi.  
Cette visualisation m’a donné pleine conscience de ce que nous sommes réellement et de ce que nous redeviendrons . C’est la clef pour découvrir ce que nous devrons vraiment faire pendant ce parcours terrestre : s’acheminer vers la lumière .  
Voici, en résumé, ce que j’ai tiré de cette expérience. Finalement, je peux répondre, non seulement à la question : qui suis-je ? Mais surtout que suis-je ? Sans arrogance ni prétention cela me fait accepter plus facilement toutes mes faiblesses. J’ai contribué à ralentir le cours de ma vie. La vision de l’au-delà s’est trouvée augmentée et améliorée comme continuation de l’“en-deçà”, de ma vie terrestre. M’aimant plus moi-même, cela m’a permis d’aimer plus mon prochain.  
J’ai fait cette expérience et maintenant je reconnais cette véritable paix intérieure. Le bon, le beau et la joie se sont amplifiés. Qu’est-ce que le paradis si ce n’est SA propre découverte ?  
« Avec ton discours tu m’entraînes aussi au paradis. Pour moi aussi le sens de la vie s’est trouvé amélioré. Je distingue plus facilement ce qui est important de ce qui est banal. C’est très vrai, bien que difficile à admettre que : “À travers la souffrance, l’âme se sublime”.  
Ainsi on réussit à comprendre que, jusqu’alors, elle a été maltraitée et discréditée. Je peux t’assurer que j’ai perdu cette pudeur qui étourdissait mon esprit. J’avais honte de mon corps ! Je te garantis que la non acceptation d’une quelconque partie de toi-même est le prélude à la désaffection de tout le reste. Un furoncle sur le visage deviendra “une montagne”. Il n’en faut pas plus pour sombrer dans le cauchemar de la nuit.  
Tu as encore raison lorsque tu affirmes que l’âme n’est pas une option. Ce n’est pas une chose que l’on porte en soi, cachée dans quelque partie du corps. Maintenant je pense comme toi. Elle est dans toutes les cellules de notre corps, jusqu’à la plus petite. Lorsque la matière meurt elle continue à vivre et cela me fait penser à ta fameuse prière. Le cocon meurt et se ferme mais la lumière sera toujours la lumière » .  
« Nous sommes arrivés à Tel-Aviv, allons un peu sur la terre ferme. Comme tu peux le constater nous ne nous sommes même pas aperçus... de la durée de ce vol... car nous avons parlé... et, bien sûr, nous avons volé ... ».  
« Dis-moi, selon toi, pourquoi sommes-nous ici, dans ce coin de terre toujours en guerre ? Nous sommes des touristes, des pèlerins ou sommes-nous à la recherche d’une confirmation de quelque chose qui nous échappe encore ? Cet autobus nous emmène à l’hôtel dans une ville où fut annoncée une naissance qui a changé l’histoire du monde. Nous serons à Nazareth dans quelques heures ».  
« Je ne sais pas mais, en ce qui me concerne, je dirais que j’ai accepté ton invitation pour ces trois motifs plus un : le désir de m’évader. Comme je t’ai déjà dit, je désire profiter de la vie qui me reste, celle qui, par miracle, m’a été laissée. Je voudrais la vivre le mieux possible, non seulement me divertir, mais augmenter, améliorer mes connaissances afin d’apprendre à distinguer ce qui est banal de ce qui est fondamental. Enfin, pour donner un vrai sens à ma vie. Je suis ici par miracle, dans le lieu des miracles, par excellence. J’aime t’écouter et je suis convaincue d’obtenir beaucoup de ces sept jours en ta compagnie ».  
« Merci pour tes éloges mais toi aussi tu m’apportes beaucoup. Tu parles bien et c’est très agréable de t’écouter. Peut-être suis-je un peu plus loquace ; dans ce cas arrête-moi, je t’en prie ».  
« Si je t’avais interrompu pendant cette tragique nuit, nous ne serions pas là tous les deux ni à parler ni à nous écouter ».  
Nous voici à Nazareth !  
Ce qui fut autrefois un petit village de Galilée, renfermant le premier grand mystère, est maintenant une grande ville, la plus grande du monde arabe avec ses soixante dix mille habitants. Elle s’étend en forme de fer à cheval suivant le dessin des collines qui l’entourent.  
Avant de descendre de l’autobus, notre ami “prêtre-homme” nous a donné les ultimes informations sur notre programme. C’est un excellent organisateur, féru de précision. Il a derrière lui quatre années comme missionnaire en Afrique et sept années d’expérience à Rome. « Maintenant je te dirai deux ou trois mots sur lui : je l’ai connu il y a quelques années dans un village au bord du Lac de Garde. C’est lui qui m’a aidé après que ma femme ait “changé de vie”. Il était en train de descendre les quelques marches de l’autel où il avait célébré la messe.  
J’étais seul, le dernier à sortir. Je devais récupérer mes forces avant de sortir dans le monde. Je pense qu’il a vu en moi un grand désespoir. “Qu’est-ce qui t’est arrivé ?”  
Ma réponse chancelante a complété le tableau : “J’ai perdu ma femme”... “Viens avec moi prendre un petit déjeuner.” “Non, non,... je n’en ai pas envie”. Je ne l’avais jamais vu auparavant, mais je n’ai pas pu lui résister face à sa détermination.  
Il m’a pris sous les bras et m’a soulevé de terre. Depuis ce moment, nous avons pris de nombreuses fois le petit déjeuner ensemble. Son aide a été déterminante pour ma renaissance, lui et son Centre de Jeunesse et de Sport. Il m’a fait connaître ses paroissiens avec lesquels j’ai noué une sincère amitié. Il sait, lui, que pendant ces années, la souffrance m’a apporté de nombreux problèmes de santé. Il est devenu un de mes meilleurs amis et fait partie de l’Association dont je t’ai parlé. Ce “prêtre-homme”, nous l’appellerons par un pseudonyme, qui reflète très bien son caractère : Francesco. Saint François est mon saint préféré. Je me rappelle d’un passage historique de Saint François et du père Leone qui voulait “frapper” un confrère qui avait refusé de les accueillir. Lors d’ un voyage, à pied, en plein hiver, à travers la France, ils se sont retrouvés épuisés, affamés et... congelés... un peu comme nous...  ». « Père Léone, tu n’as rien compris. Tu ne sais donc pas que ce n’est pas nous qui sommes maîtres de nos actes ; tout, je répète tout est déjà écrit”. Lui a agi ainsi car c’était inévitable. Et ceci est un des points sur lequel je suis en complet accord. Si je m’octroyais le droit au Libre Arbitre, je me sentirais présomptueux, ou pire encore, irrespectueux vis à vis de l’évolution cosmique “programmée” ! ».  
« Nous avons une heure exactement pour déposer nos bagages dans nos chambres respectives et nous rafraîchir un peu. Rendez-vous dans le hall pour rejoindre à pied la grotte dans laquelle nous verrons les restes de la maison de Marie. Ensuite nous irons en face voir la Basilique de l’Annonciation. Allons-y ! ».  
On “ressent” l’anxiété dans la démarche des personnes qui montent vers les vestiges de ce qui fut la demeure de la Madone. Qui sait si l’Ange a fait le même parcours, avec la même anxiété ? Être l’ambassadeur d’une pareille nouvelle difficile à admettre pour celle à qui elle était destinée, n’a pas dû être, pour lui, un “devoir” facile.  
En entrant dans la basilique, haute de quarante mètres, se dégage un air de modernité. Nous nous trouvons sur un plan un peu surélevé qui domine une partie basse représentant la simplicité. Ce sont les restes des fondations construites dans la roche, modèle de ce qui se faisait en ce temps-là. Là, au-dessous vivaient les animaux qui “servaient” à réchauffer les pièces supérieures.  
À partir de ce niveau supérieur de l’église, descendent deux grands escaliers qui rejoignent la base de la grotte. Cette hauteur me permet de respirer et de reprendre mon souffle que j’avais perdu pendant la montée. Tout en écrivant quelques notes pour mon amie Marisa... j’ai ressenti un certain malaise.  
« Tiens-moi par la main, Michela, je perds l’équilibre ». Je sens une sorte d’étourdissement dans ma tête. Devant mes yeux, tout se voile et saute. J’ai l’impression qu’un rideau de fer se ferme et s’ouvre en séquences rapides, comme un film d’avant-guerre. Tout devant moi se brouille et seul le soutien de Michela m’empêche de tomber. Ce malaise déprimant dure quelques secondes, que je n’ai pu évaluées, puis tout redevient normal. Il ne me reste que la stupeur et l’incompréhension de ce qui m’est arrivé. Michela, sans me lâcher la main me soutient les épaules avec son autre bras et me demande ce qui s’est passé.  
« Je t’ai vu vaciller. Tu vas bien ? » Francesco me pose la même question. « Je vais bien maintenant... c’est passé. Merci à tous les deux....  »  
C’est une sensation de malaise très étrange. C’est la première fois de ma vie que j’éprouve cela. J’espère que ce sera la dernière car ce n’est pas très agréable. J’avais l’impression d’être mort, sans aucune douleur.  
François se retourne vers Michela et lui dit : “Reste auprès de lui.” et il est reparti vers le reste du groupe. Nous descendons, nous aussi, l’escalier et nous nous arrêtons, en bas, en silence, devant la grotte. Il y a une grille en fer qui nous empêche d’approcher. Cette froide barrière qui protège l’auguste abri me transporte encore à cette nuit sur la montagne. Cette grotte de la Vierge est tellement semblable. Je sens la main de Michela serrer la mienne pendant qu’elle murmure une prière. Ce sera le guide à nous détourner du “tourbillon” de nos pensées. « Comme vous pouvez le constater, ce lieu est géré par des frères franciscains ».  
Nous les voyons, en effet, déambuler dans leur robe de bure maintenue par un cordon blanc. J’en repère un qui, je pense, est en train de confesser quelqu’un. Ils sont assis sur un banc.  
« Excuse-moi, Michela, mais j’ai besoin de m’asseoir un peu. Cela ne te dérange pas si je vais échanger deux mots avec ce frère dès qu’il sera libre ? ». « Excusez-moi, mon Père, puis-je m’asseoir et parler un moment avec vous » ?  
Pendant que le Père me faisait faire le signe de croix, Michela m’a lâché la main avec déférence et s’est éloignée. « Dites-moi ». « Excusez-moi, je me sens un peu étourdi. Il y a quelques instants, en entrant dans l’église, j’ai eu un malaise. Je souffre depuis quelques années, depuis que j’ai perdu ma femme ».  
Je lui raconte toutes mes péripéties et les désillusions subies par l’abandon de nos amis qui se sont éloignés dès qu’ils ont su la maladie de ma femme. Pendant que je lui parlais, je cherchais dans ses yeux un minimum de participation, de compréhension et éventuellement de soutien, de partage de ma souffrance. Je n’ai cependant noté aucune émotion particulière. Alors je lui ai expliqué pourquoi j’étais venu là, en terre d’Israël. J’ai utilisé les paroles de Jésus prononcées à Nazareth où il a grandi : “Nul n’est prophète en son pays”.  
Et il fut chassé ! Chassé par toute la foule qui, auparavant, l’acclamait. Cette acclamation qui voulait dire “il est préférable d’avoir des inconnus comme voisins”. « Voyez, mon Père, quand une personne est abandonnée, c’est comme si elle était chassée ».  
C’est pour cette raison que je me trouve en Terre Sainte. Si elle est Sainte, il y aura de l’Amour et si il y a de l’Amour il y a de l’Amitié. Ici a vécu une personne remplie d’Amour et d’Amitié et morte par Amour. Je voudrais comprendre ici le vrai sens de l’Amitié. Sentir la chaleur d’une franche poignée de mains de celui qui te regarde droit dans les yeux et non cette froideur de celui qui reste les yeux baissés et puis s’en va avec un simple geste de la main et disparaît à jamais de ta vie. « D’accord ! Maintenant dites-moi vos péchés ».  
Et le froid s’est appesanti de nouveau sur moi. Je retiens ma réponse. Je dois reprendre mon souffle. Mais comment faire ? Je réfléchis. Je m’attendais à ce qu’il mette une main sur mon épaule en me disant deux paroles de réconfort comme : “Courage, ne te fais pas de souci, tu verras que ta femme, de là-haut, te donnera toute l’aide nécessaire pour surmonter tes souffrances et te permettra de rencontrer tant de nouveaux Amis.”  
« Excusez-moi mon Père, mais quels péchés voulez-vous que je confesse ? Afin de lui éviter une analyse détaillée, je lui ai répondu avec toute ma sincérité et ma franchise, ne voulant pas commettre le péché de mensonge : “Je les ai tous commis” ».  
« Non, cher Monsieur, vous devez me dire ceux que vous avez commis et combien de fois ». « Je vous l’ai déjà dit : je les ai TOUS faits. Sincèrement étant donné qu’avec la souffrance j’ai perdu un peu la mémoire, je ne vois vraiment pas à quoi pourrait vous servir l’arithmétique dans un discours sur une intimité personnelle, la mienne » !  
« Vous n’allez pas me dire que vous avez, par exemple, tué quelqu’un ! ». « Qui sait ? Je ne peux en être sûr. Quelquefois il suffit d’une parole pour tuer une personne. Une malencontreuse parole, offensive, diffamatoire et ainsi culpabilisante.  
Je pense à une discussion acharnée ; la personne impliquée peut avoir une attaque cardiaque due à une hypertension ou un AVC et ainsi mourir ou, comme je dis, moi... changer de vie.  
À ce propos, j’ajouterai que ma conception de l’âme a une connotation physique ; voilà pourquoi je conclus en précisant que ma femme m’aide aussi bien de l’au-delà que “d’ici bas”. Ceci dit, mon Père, si vous considérez que c’est une confession, vous m’absolvez, sinon sans rancœur, amis comme avant ».  
« ...Je t’absous de tes péchés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». « Amen ». Après avoir rejoint Michela, nous sommes sortis tous ensemble pour rejoindre l’hôtel.  
« Comment vas-tu Mario ? Si tu as digéré ton dîner et si tu veux que nous rentrions, moi, j’irai bien me coucher ». « Je suis d’accord. Nous avons passé une journée fatigante due au voyage et à tout le reste. Comme mon malaise s’est dissipé, je voudrais en profiter pour me reposer un peu afin de récupérer. Prenons nos clefs ! ».  
La chambre est accueillante et par la fenêtre nous pouvons voir la Basilique qui surplombe les toits plats des maisons, avec sa coupole illuminée par les reflets de la lune. Une énorme étoile sur son sommet, représentant la nativité, lance dans le ciel ses scintillants rayons de lumière. Nous observons ensemble ce spectacle, affichant un semblant de calme, avant de rompre l’hésitation :  
« Michela, choisis ton lit, moi je vais m’étendre un peu sur l’autre pendant que tu te prépares. Prends tout ton temps ».  
Je ferme les yeux... et je commence à voir. Je revois, devant moi la sainte grotte de la Madone qui prend possession de l’espace et s’étend jusqu’au dessus de la fameuse montagne. Cette niche creusée dans la roche, comme celle de cette terrible nuit, se fond et s’encastre maintenant dans celle que j’ai vue il y a peu de temps protégée par une grille en fer noir. Je ressens le froid et la “ségrégation” imposée par l’Ami Angelo. Le geste instinctif de m’enrouler dans les couvertures sur lesquelles j’étais allongé me fait penser aux bras de Michela qui me serraient si fort. Chacun de nous voulait comprendre et en même temps donner ce peu de chaleur si précieux. Ce vol, ou ce don réciproque, voyageait dans les deux sens pour générer et se fondre dans la sublimation afin de se jeter, à la fin, dans une sorte de sacrifice pour l’autre. L’innocence totale était la cause essentielle qui inhibait notre esprit. Notre âme, désormais libre, était tournée vers le bien de l’autre. Dans cette inconscience, le vol devenait un don. Je me souviens très bien du malaise lors de l’absorption d’un peu de sa chaleur pour me réchauffer, et de la joie infinie d’avoir pu l’amplifier. « Tu as froid, Mario ? ». « Non, non c’est parce que je m’étais assoupi ». « Quand tu voudras... la salle de bains est libre ».  
Je m’allonge doucement dans mon lit, imaginant que Michela s’est endormie. « Mario, c’est la deuxième nuit que nous passons ensemble et je ressens une étrange sensation de paix. Cela me semble le prolongement de celle qui a vu la défaite de la terreur. C’est encore la même tranquillité que j’éprouve quand je suis près de toi. Même le respect et l’amour de moi-même se sont améliorés. C’est la raison pour laquelle il me semble que je vis dans un autre monde plus propre, plus beau. Je me lève le matin et j’ai une telle envie de le regarder en face, ce monde qui, avant, me semblait si mauvais et cruel. Ce monde qui n’a pas réussi à faire fructifier l’amour entre mon mari et moi pour le consolider dans le temps et qui m’a repoussée dans l’angle de la solitude. C’est pour cela que j’avais perdu toute confiance et qu’il m’était impossible de croire en la véritable amitié. C’est vrai que nous nous connaissons depuis peu de temps mais cela me semble une éternité, comme a duré cette nuit.  
À propos, Francesco est au courant de cette fameuse nuit ? Ce soir, quand tu parlais avec le frère, il s’est approché de moi en me murmurant ces paroles : “Reste à côté de lui, ne le laisse pas tomber. Il a traversé tant de péripéties” ».  
« Il le sait, il le sait, c’est mon confesseur pour tout te dire. Il sait tout de moi, je lui ai confié toute ma vie. Merci Michela pour tout ce que tu viens de me dire. Moi aussi je suis bien près de toi.  
Donne moi ta main et prends la mienne ainsi la distance entre les lits sera annulée. “Restons unis jusqu’à ce que le sommeil nous sépare”, Bonne nuit Michela ». « Bonne nuit à toi aussi, Mario ».  
Quelques instants après, je sentais la chaleur de sa main. Alors je la serrais doucement en signe, encore une fois, de solidarité et de partage. Sa réponse fut immédiate et la pression de sa propre main se fit plus intense. Dans la pénombre de la nuit ce fut comme si nous nous étions regardés dans les yeux.  
Je pense que chacun de nous fut pénétré par l’âme de l’autre en découvrant ainsi la joie d’une paix profonde. Un léger frisson parcourut ma colonne vertébrale pour me conduire vers l’éden de l’enfance. C’est l’explosion totale de l’affection, ce lien qui unit l’Amitié à l’Amour. Leur somme se nomme Extase, Plénitude, un merveilleux don qui porte à l’explosion des sentiments.  
Qu’il est doux le sommeil de cette nuit stupéfiante et victorieuse.  
Dans l’innocence, ses ailes ne craignent pas les ténèbres.  
Et la complicité de l’obscurité soulève pourtant son voile.  
Que rien n’est plus sublime que l’Amour pur.  
Le voici le visage de la véritable Amitié. Se confondre et se fondre dans une joie sincère.  
Et la main immobile ne craint pas la pression qui la retient doucement.  
« Bonjour, Mario, tu as bien dormi ? ». « Comme un pape, et toi ? ». « Comme un ange. As-tu entendu les prières du muezzin du haut de la mosquée ? Il devait être environ cinq heures du matin ». « Et comment ne pas l’entendre ? Il est plus ou moins au-dessus de nos têtes. J’ai entendu aussi le coq chanter et j’ai pensé immédiatement à celui que Pierre a entendu pour lui rappeler qu’il avait trahi son “Ami” Jésus Christ. Puis j’ai pensé à l’autre Pietro, mon Ami, lui aussi “ressuscité” ».  
La journée s’annonçait belle. La veille au soir, avant d’aller se coucher, nous avions tiré l’épais rideau qui cachait la fenêtre et maintenant les premiers rayons du soleil inondaient notre chambre.  
« Nous avons une demi-heure pour nous préparer, prendre le petit déjeuner et être prêts à partir pour sept heures. Je te donne encore la priorité pour la salle de bains ». « Est-ce seulement par gentillesse ou parce que tu veux paresser encore un peu au lit ? ».  
« Tu es vraiment très perspicace ! ». En bas, dans le hall, nous avons exprimé tout notre étonnement au concierge : « Merci pour nous avoir donné une chambre avec une vue si stupéfiante qui illuminait l’événement de Jérusalem. La merveilleuse étoile représente la victoire de la vie sur ce que, d’une façon erronée, nous appelons la mort. A un certain moment nous ne savions plus si c’était la lune qui illuminait l’étoile ou si c’était l’étoile qui étincelait et faisait briller la lune. C’était vraiment magnifique ». « Merci, Monsieur et Madame. En fait, c’est la première nuit, après un long temps de réparations, que l’étoile a été rallumée ». Michela et moi nous sommes regardés sans dire un mot... Quelle coïncidence..., quel destin... ! Quel destin ?...  
Quand nous avons rejoint l’autobus, il était déjà à moitié plein. « Bonjour, Don Francesco ».  
« Comment ça va, Mario ? Regarde, le couple qui était devant vous a cédé la place dans le cas où tu te sentirais à nouveau mal. Si cela t’arrive nous arrêterons le car pour que tu puisses descendre prendre l’air ».  
« Ne serait-ce pas une façon diplomatique de m’éjecter ? Je blague, je sais que tu m’aimes bien ! Ou est-ce parce que, étant le responsable, s’il m’arrivait quelque chose tu serais bien ennuyé ? Je blague encore ! ».  
« Bonjour à tout le monde et merci à ceux qui nous ont laissé leurs places ». Je vous revaudrai cela un jour.... Et nous avons pris la route qui mène aux sources du Jourdain, en traversant pratiquement toute la Galilée. Nous avons pu apprécier toute cette étendue verte, ces champs de bananes et la multitude d’anémones qui font des taches rouges dans le paysage du Mont Hermon haut de deux mille sept cents mètres. C’est de ces rochers que sortent, en descendant vers le sud, les premières eaux du Jourdain. Ce fleuve, après avoir “grossi” le lac de Tibériade, continue sa course jusqu’à la Mer Morte, le point le plus bas de la terre. Son parcours sinueux long de trois cents kilomètres alimente toute la végétation de la Palestine jusqu’à la mer, à travers l’état d’Israël le long de la frontière avec la Jordanie. Les immenses bananeraies avec leurs sacs bleus azur accrochés aux “grappes” de bananes font ressortir un climat tropical agréable. En fait, plus nous nous approchions de la source, plus les nuages se formaient sur notre tête, à tel point que lorsque nous sommes arrivés, nous avons trouvé la pluie. En descendant du car ce fut la course aux parapluies. L’unique boutique s’est trouvée dévalisée, non seulement pour les innombrables souvenirs saints ou historiques du lieu, mais par dessus tout, pour les parapluies... J’ai ouvert le mien et ai contemplé par en-dessous les armoiries renversées d’Israël. Michela me donnait le bras et se serrait contre moi afin d’être mieux protégée de la pluie. Immédiatement elle s’est rendu compte que quelque chose n’allait pas. Le parapluie est tombé à terre et s’est envolé. Je perds l’équilibre... et je sens la forte étreinte de ses bras sous mes aisselles. Seul son soutien m’a évité de tomber. Après avoir repris conscience, je m’aperçois que nous sommes trempés. Ma première réaction calme et lucide seront des paroles d’émotion : “Maintenant, nous sommes baptisés” !  
Négligeant le parapluie et faisant abstraction de tout, nous avons retiré nos chaussures et sommes entrés dans le Jourdain. Nous nous sommes mutuellement versés de l’eau sur la tête comme avait fait Jean-Baptiste avec Jésus Christ... et comme le pacte passé avec Angelo. Nous avons rempli une petite bouteille de cette eau afin de ne jamais oublier ce “plongeon” dans le passé. Les branches des arbres s’inclinaient dans cette eau cristalline. Dans une silencieuse mélancolie et respectueusement, ils ont refait... l’Histoire. Les racines des arbres se désaltéraient oubliant la brûlure de ce terrible échafaud.  
Quand le vent souleva à nouveau le feuillage de ces arbres, on vit les feuilles s’égoutter comme si elles nous bénissaient avec un goupillon. Combien d’histoires pourrait nous raconter, dans cet air béni, ce fleuve qui naît en Syrie et baigne l’aridité de tant de terres et tant de peuples aux noms divers. Ce fleuve qui n’est autre que, comme tous les autres fleuves, un fleuve du monde, un fleuve pour tous. De combien de frontières, combien de divisions est-il le coupable inconscient ?  
Nous retournâmes à l’autobus où régnait le plus grand silence. Peut-être était-ce dû au fait que tout le monde était trempé et se blottissait les uns contre les autres pour se réchauffer et se sécher ou était-ce l’émotion d’avoir séché le Verbe ?  
Comme promis, je continue à noter les lieux et les émotions sur le journal de Marisa. Nous nous dirigeons vers le sud, sur la route du retour et le temps s’améliore. Destination : Le Mont Thabor qui signifie “haute montagne”, “Montagne Sainte”. Ce mont a tant de noms pour un unique événement : la transfiguration du Christ, ce “pauvre” Christ, après sa mort. Sur son sommet se trouve l’actuelle basilique construite en mille neuf cent vingt quatre par un architecte italien.  
Ce lieu de grand mystère par sa connotation spirituelle et donc incorporelle s’oppose violemment à la matérialité et à la méchanceté humaine. Ceci est la synthèse qui découle de la réalité chronologique des faits. Dans les premiers siècles, les byzantins construisirent un monastère. Il fut entièrement démoli par les Perses. Puis, les croisés l’ont reconstruit et il fut à nouveau détruit cette fois par les Musulmans. Il n’existe aucune antithèse pour disculper cette destruction de l’homme. Il n’y a aucune raison valable pour sa défense et l’on n’entrevoit toujours pas de solution.  
Par sa course vers l’ascèse et dans sa recherche de l’élévation, l’être humain se hisse de plus en plus haut pour retomber ensuite sur les restes de ses églises.  
C’est lui, l’Homo sapiens ?
C’est lui, qui, avec une intelligence non discutable, sonde les espaces et les cieux nouveaux, les nouveaux mondes et les galaxies ? C’est lui, l’être qui veut, au contraire, se robotiser ?  
C’est lui, l’inventeur des guerres implacables pour écraser l’autre ? C’est lui, à qui nous devons savoir gré de nous prolonger la vie ?  
Quelle intelligence, rien à ajouter ! Alors pourquoi cet homme n’arrive pas à concevoir une solution sapienne (savante) pour éliminer les guerres de religions absurdes nées et recommencées parce qu’il y a une appellation diverse du créateur ? Utopique : peut-être. Réalisable : oui. J’imagine un petit groupe de personnes simples, car pour effectuer ce que je propose il n’est pas besoin d’avoir la science infuse. La sagesse du choix est seulement dans le fait de choisir une personne aux idées claires concernant sa propre religion, soit un individu pour chacune d’entre elles qui, actuellement avec toutes les ramifications, sont au nombre de quatre vingt seize. Pour commencer il suffirait d’un nombre restreint de participants qui s’enfermeraient dans une pièce, en silence, sans cérémonie. Chacun choisirait un nom ou un adjectif qu’il préfère et l’inscrirait sur le mur, afin que tous les participants puissent le lire. Par exemple : Amour – Douceur – Joie – Beauté – Fleur – Rose – Lys ... et ainsi de suite. Après un temps de réflexion, chacun écrirait sur un bulletin le nom qu’il préfère pour définir l’ Au-delà .  
L’idéal serait, certainement, une langue universelle ou alors la plus répandue en utilisant seulement les syllabes qui expriment un son. Par exemple si le mot Amour est choisi, il pourrait devenir lov . Après un certain temps de paix profonde et, pourquoi pas, de mélancolie, on fera le dépouillement. Le mot qui aura obtenu le plus de suffrages sera accepté par tous. À la sortie de la pièce, après un moment de recueillement dans un silence absolu, j’imagine que toutes les personnes présentes se salueront au comble de la joie et de la paix, dans une longue accolade.  
Puis, chacun ira prier dans son lieu habituel, comme il a toujours fait. Si j’étais un membre du groupe que m’importerait de lever le bras pour dorénavant accepter de l’appeler lov ou Amour ou Douceur ou Joie ou Beauté ou Fleur ou Rose ou Lys ? Comme l’intensité de ma joie serait : infinie ! de savoir que mon semblable a fait de même.  
Ce ne peut être ton Dieu celui , que tu voudrais prendre dans tes bras mais qui te demanderait d’éliminer ton semblable   ; mais ce peut être le nôtre , celui qu’ensemble, nous serrerions sur notre cœur .  
Combien de guerres pourraient être évitées et quelle perspective intelligente pour nos descendants ! J’ai un simple exemple qui me vient toujours à l’esprit : je me promenais dans ma ville lorsque j’ai croisé deux personnes. L’une disait à voix haute à l’autre : “Salut Mario” qui lui répondait : “Salut Mario”. Je n’ai pu m’empêcher d’intervenir : “Excusez-moi mais moi aussi je m’appelle Mario” et stupéfaits, mais contents, nous nous sommes serrés la main. Nous étions encore en train de nous regarder quand un monsieur sur le trottoir d’en face a traversé en nous disant : “Excusez mon intrusion mais j’ai entendu un “Salut Mario” et cela m’a interpellé car moi aussi je me prénomme Mario. Je me trompe ou maintenant nous sommes quatre Mario ?”  
Je laisse à l’imagination du lecteur la suite des évènements...  
Chaque jour, nous sommes trop perdus dans nos pensées pour goûter les choses les plus simples. Il y a quelque temps, je faisais une petite sieste qui s’est terminée en cauchemar : je posais ma bicyclette pour saluer des amis, lesquels, sans m’en apercevoir ont disparu. Retournant à mon vélo, je me suis rendu compte qu’il n’était plus là. Je l’ai cherché partout en vain. Je regardais autour de moi afin de demander à quelqu’un mais il n’y avait personne. A un certain moment s’est arrêté un camion et deux personnes ont chargé des vélos dont je ne savais pas la provenance. Il y en avait tellement, tous sans roue et sans guidon... seulement des squelettes... Dans mon rêve je les ai identifiés à l’homme... sans “roue” ni guide ...  
Revenons à notre fabuleux voyage, que de belles choses avons-nous vues, essayées, aimées... et combien avons nous souffert ! Israël ou Palestine  
- Israéliens ou Palestiniens. C’est une souffrance de réaliser comme il est difficile de transformer l’inimitié en amitié. L’alternance des termes sont visibles dans le monde entier et, par conséquent, dans l’univers entier : le bon et le mauvais ; le laid et le beau ; l’amour et la haine. Ainsi que le froid et le chaud ; le doux et l’amer ; l’obscurité et la lumière.  
Aucun de ces termes n’a une situation privilégiée. Tous existent en alternance mais sans jamais se séparer. Toutes les choses, visibles dans l’univers, contiennent les deux énergies opposées. Aucun équilibre parfait ne peut exister s’il ne contient pas la totalité des créations et ce, jusqu’à sa propre implosion... par Amour. Le devoir, difficile pour nous êtres humains, est de rejoindre le plus parfait équilibre possible en acceptant cependant le bien et son contraire sans avoir la prétention de vouloir diriger les événements.  
Ceci a été ma propre expérience vécue pendant ces sept jours dans cette terre des mystères : l’ acceptation ! Nous avons vu la grande dévotion devant le “mur des lamentations”.  
Nous avons vu l’autre mur, très haut, sur des kilomètres, qui divise deux peuples. Nous avons vu les luxueuses habitations agglutinées sur de verdoyantes collines dans d’antiques villages traversés par des routes poudreuses.  
Nous avons été choqués de voir une très belle école maternelle avec un véritable char armé en pleine vue dans le magnifique jardin fleuri. Il était visible de la rue. Le parfum des fleurs emplissait l’air qui, incrédule, s’appliquait à séparer “l’odeur” amère de la poudre à canon.  
Nous avons vu une autre école divisée en deux parties et dans son jardin nous ne pouvions respirer que la moitié du parfum des fleurs et n’en caresser qu’une partie : un épais mur séparait les deux factions de cette Palestine tourmentée. Ces “différents” enfants étaient les boucs émissaires de l’incompréhension de leurs parents.  
Nous avons vu les regards des humains comme des fusils braqués. Nous les avons vus monter sur notre autobus à chaque fois que nous traversions une “ligne”. Ils avaient le regard incroyablement pénétrant pour leur âge, que ce soient les garçons ou les filles. Nous avons vu le Jardin des Oliviers, son étendue verte... et la dernière nuit de ce “pauvre Christ”.  
Je n’ai rien su faire d’autre, peut-être aussi parce que j’étais retombé dans mon “absence”, que de me laisser tomber, en larmes, sous un de ces nombreux oliviers. Lorsque j’ai repris conscience, j’ai vu Michela assise sur un banc à quelques mètres de moi.  
J’ai réalisé qu’elle était en train de parler avec Don Francesco. Ce fut elle qui me demanda : « Cela t’est passé ? ». Tous les deux m’ont aidé à me mettre debout et mon Ami m’a surpris par ces paroles : « Mon Dieu Mario mais tu es en pleine expérience mystique ! Cela fait sept jours que tu es dans ces conditions ? ».  
« Dis-moi Michela, toi qui es toujours à côté de lui, à quelle cadence se renouvellent ces malaises ? Moi, malheureusement, je dois rester avec le groupe et vous laisser derrière ».
« Environ toutes les demi-heures et cela dure à peu près trente secondes à chaque fois. Toutes les Trente minutes, comme les Trente dinars de Judas. Partons maintenant rejoindre le reste du groupe ».  
Une fois tous rassemblés, nous nous sommes assis en cercle face à Don Francesco. Après nous avoir fait un bref résumé de ce que nous avions vu, il nous a demandé ce que nous, nous retenions de notre expérience personnelle. Quelqu’un a parlé de “l’eau bénite” recueillie dans une petite bouteille de plastique pendant que nous étions sur les bords du Lac de Tibériade. Un autre a été surpris de ne pouvoir nager sur la Mer Morte à cause de l’extrême salinité de l’eau. Un autre encore a décrit la forte émotion qu’il a ressentie devant la tombe où a été enterré Jésus. Un dernier était bouleversé par l’incompréhension entre les diverses religions quant à la gestion des Lieux Saints. Après un “silence” d’environ dix minutes, Francesco nous dit pour conclure : “Si personne n’a rien à ajouter, nous pouvons repartir”.  
Recroquevillé dans mon coin, j’ai levé la main. « Mon émotion la plus importante est enfermée au plus profond de mon cœur. C’est un coffret “vide” qui contient le “tout”. Ce “tout” fut le silence après les divers exposés de mes compagnons de voyage, un silence métaphysique qui, de loin, m’apporte le son de ces quatre paroles : arrête-toi, oh homme ! Je vois cette formule écrite en lettres capitales dans le ciel ». Il y eut un court silence qui a communiqué à tous une paix idyllique. Cher Don tu m’as posé une question précise hier : “Alors Mario, as-tu trouvé dans ces lieux l’Amour que tu cherchais ?” Ma réponse a été des plus claires : “Oui ! Je l’ai trouvé... et Non, je ne l’ai pas trouvé”. Un peu perplexe, après m’avoir salué, tu es parti, pensant que je n’étais pas encore sorti de mon “coma”. Mais avec ton signe amical, j’ai su que tu avais compris. Dans ce lieu j’ai touché de la “ main ” l’Amour qui est invisible et son exact contraire : la Haine qui elle, est visible. Arrête-toi, oh homme ! Réfléchis, arrête de courir. .. l’un contre l’autre avec les armes à la main. Ma conclusion est un désir, comme tant de petits colibris, de rapporter à la maison, dans le bec, des messages de Paix et d’Amour.  
Suivit un moment de profond silence. Que d’émotions durant ce voyage si compliqué ! Le dernier soir, nous avons fait le parcours du Chemin de Croix. Au milieu d’une foule dense, je marchais, l’épaule droite appuyée contre le mur et la gauche soutenue par Michela. Je ne me souviens de rien   ; tout s’est évanoui dans l’obscurité de la nuit.  
Dans l’avion, lors du retour, j’avais l’impression que tous dormaient mais, en fait, je pense Michela et moi compris, que nous étions perdus dans nos pensées afin de revivre les fortes émotions procurées par ces lieux que nous venions de quitter.  
À l’aéroport, après les salutations et embrassades de rigueur, j’ai voulu conduire moi-même la voiture jusqu’à la maison. Je voyais et sentais la tension de Michela, installée à ma droite.  
« Mario je suis en train de songer à cette hallucinante expérience. Je n’arrive pas à m’expliquer comment tous tes malaises se sont dissipés en un instant. Dans l’avion, sans avoir l’air de rien, j’étais préoccupée en craignant le retour de tes troubles : Rien !  
Entre tous ces désagréments, je songeais aux deux heures que nous avons mis pour traverser le “Désert de Judée” ; un interminable chemin, difficile, au point que seulement la moitié du groupe a souhaité le faire. Un paysage désertique, quasiment lunaire avec tous ces précipices impressionnants que délimitaient d’autres cratères. Je suis encore étonnée de ne pas avoir pu t’empêcher de participer à cette expédition. Maintenant je peux et je comprends complètement ton affirmation : “tout est écrit”, sans avoir aucune possibilité de changer une virgule.  
Je pense au vertige que j’ai, moi-même, éprouvé m’empêchant au maximum de te soutenir en prévision du prochain malaise. Pendant ces deux heures même pas un évanouissement. Je réalise maintenant la énième stupéfiante considération : “Tu devais être présent et conscient pour me soutenir, moi”. Me connaissant, j’étais effectivement en plus grand danger que toi. C’est vraiment extraordinaire ! Nous n’avions pas encore réfléchi à cette étrange métamorphose qui a duré deux heures. Même pas le Don a réalisé le risque que nous avons pris.  
Tu pourrais m’expliquer, maintenant, comment tu te sentais. Pourrais-tu expliquer pourquoi ni toi, qui te sentais mal, ni le Don qui t’apprécie beaucoup ni même moi, qui te suis proche, personne n’a décidé de t’emmener à l’hôpital ou tout au moins dans une pharmacie. Cette constatation seulement pour bien nous comprendre. Maintenant après coup, je réalise qu’on aurait dû t’emmener aux urgences. Sais-tu combien de fois j’ai eu peur en traversant la rue avec toi ? ».  
« Ma chère Michela, je te remercie infiniment pour tes appréhensions, pour tes attentions. Je comprends que, pour toi, cela n’a pas dû être facile. Je te demande pardon pour avoir perturbé tes vacances. Je peux essayer de te raconter avec mes propres mots qui sont le reflet de mes sensations. Ce sont des déductions personnelles qui, pour toi, peuvent résulter seulement de ma “vérité” mais qui, pour moi, logiquement, sont La Vérité.  
Ce que j’ai expérimenté est une sensation de complet vide intérieur. Le corps n’existait plus, je ne ressentais aucune douleur, seule une absence totale. C’était comme si j’étais mort. Mon esprit était éteint.  
Je n’existais plus. Pourquoi aucune des trois personnes n’a pris la décision dont tu as parlé ? Parce que cela ne devait pas être. Et pourquoi cela ne devait pas être ? Parce que tout devait arriver sans aucune interférence. Aucune feuille ne se meut parce qu’elle le veut ou comme le disait Saint François : “parce que Dieu le veut”. Toujours selon moi, crois-moi, il n’est pas facile de réaliser que le “diagnostic” de mon cher ami prêtre est correct. J’aime la physique cosmique et je pense, vraiment, avoir “capté” l’onde électromagnétique de ce pauvre Homme ou de n’importe qui ayant subi le même sort, y compris sa propre souffrance. Rien ne se créé, rien ne se détruit. On pourrait dire qu’un événement quelconque si petit soit-il, laisse une “marque” indélébile et si tu ouvres ton esprit, tu comprendras que c’est la même chose pour un immense événement. L’univers entier se dilate et se contracte suivant une logique mathématique parfaite. Rien ne peut sortir du Schéma ! ». « Dieu, c’est bien compliqué ! ». « Ou bien est-ce très simple ? A la fin tu pourras dire : “Mais comme c’était facile” et toi. qu’en penses-tu ? ».  
« Je ne sais pas, Mario. Comme je t’ai dit mes études de physique sont plus mécaniques. Je n’arrive pas à pénétrer dans les lois de la matière visible, imagine-toi dans l’invisible. Tu m’as déjà précisé que le réel est une fiction, non éternelle, vouée à disparaître dans la logique du cours des événements   ; par contre l’invisible est éternel, immortel ».  
« Etant donné que ce que nous appelons “le vide” est en fait le vrai “plein”, il devient évident que si l’un “passe”, l’autre “reste”. Pour comprendre que le vide est le plein, il suffit de penser à la relativité d’Einstein. La lumière même est déviée quand elle passe à côté d’un astre ou d’un trou noir, parce qu’à l’intérieur de ces derniers, il y a une force extrêmement puissante, même si nous ne la voyons pas. Te souviens-tu de la dualité quantique et de la règle des contraires ?  
Ma modeste précision est toujours la même. La matière, y compris la nôtre, se dissout dans le “vide” ou dans le “néant”, mais pas complètement, car une petite parcelle s’en est déjà séparée avant qu’elle ne commence à dépérir. Les “fameuses” trois énergies qui la composent ne sont absolument pas invisibles, c’est vrai qu’après la fin il y aura un nouveau recommencement.  
Je suis d’autant plus convaincu de cela que je répète le concept de la “troisième énergie” que je définis, pour la énième fois, comme “collante”. Cette expression vient de colle qui peut être aussi le nectar et me fait penser aussi au miel. Tout ceci exprime quelque chose de physique, comme l’eau par exemple. Cependant elle, étant liquide, on en imagine une quantité qui s’étend à l’infini et qui semble privée d’épaisseur mais qui est, néanmoins, tridimensionnelle.  
Au début des “ nouveaux temps ”, d’un “ nouveau big bang ”, les trois énergies se réuniront recomposant ainsi la matière, le visible... nous...  ». « Merci. Ta façon simple d’expliquer les choses concrètes m’a éloignée de la peur de la mort et en même temps, a amplifié ma volonté de vivre le présent. Pour rester dans ce contexte, je pense qu’à la fin, après une profonde analyse de tes révélations, je peux faire disparaître de mon esprit tous les vieux simulacres de ces antiques tombeaux blanchis.  
Le concept de l’enfer, fait de terribles souffrances entre des diables déchaînés à alimenter des langues volcaniques de feu, s’évanouira sûrement dans le néant. Et le Paradis même ne sera pas un jardin fleuri avec de beaux jeunes gens et de joyeuses jeunes filles, mais sera l’apothéose de la paix.  
Dans l’absence totale d’espace et de temps, ce que tu appelles l’Energie d’Amour sera la garante de la non souffrance. En l’absence de la matière, due à la séparation de ces deux composantes contraires, tous les concepts des contraires s’évanouiront. Nous n’aurons plus ni le bon ni le mauvais : ni le beau ni le laid ; ni la joie ni la douleur   ; ni le bonheur ni la souffrance ; ni le grand ni le petit et ainsi de suite. Notre “hologramme tridimensionnel”, notre essence pure, ne sera pas le résultat de notre mort mais la quiétude absolue, dans l’immensité spatiale de l’Amour, en attente de la “renaissance”, c’est à dire de notre retour à la matière ».  
« Compliments, Michela, pour ton efficacité à appeler les choses par leur nom réel. Je suis content de constater que tu as bien compris mon explication et que, par-dessus tout, tu sois d’accord ».
Le rêve  

Quelle sensation étrange ! Quelques jours se sont passés depuis mon voyage “intersidéral”. Son souvenir, avec ses émotions et ses absences annexes m’accompagnent une bonne partie de la journée. Tous les soirs je lève les yeux au ciel et si elles sont là, j’enferme dans mes bras, avec un large geste, toutes les étoiles qu’à un certain moment j’ai laissées derrière moi. Cela me fait du bien de me retrouver assis dans mon fauteuil en songeant à mon parcours. Je ne me sens plus seul. A côté de moi, dans mon imagination, se trouve toujours Michela, là pour me soutenir. Elle aussi je la salue tous les soirs au téléphone et elle aussi je l’enferme symboliquement dans mes bras. C’est toujours très agréable de la sentir près de moi. Je me remémore notre première rencontre et me félicite d’avoir pris mon vélo ce matin lointain. Je pense à Angelo, élément inconscient de cette incroyable histoire. Où sera-t-il maintenant ?... et je m’aperçois que je me suis assoupi... Il sera au ciel... ? À côté de moi... ? N’importe où... ? Sûrement partout ! Michela... la montagne ...  
Je me sens catapulté sur une île déserte... et je réalise avoir déjà pleinement rêvé une chose similaire. Du petit promontoire sur lequel je me trouve, je jette un regard perdu et plein de désarroi sur tout ce qui m’entoure. Je n’ai pas l’impression d’être au milieu de l’immensité mais, cependant, j’ai comme une sensation de crainte, qui me fait me sentir seul, isolé. Ce n’est pas le sens classique de solitude que je ressens, même pas la peur de l’isolement. Cependant l’émotion est forte. Je ne sais pas pourquoi mais cela me fait me sentir libre. Oui, mais libre de quoi ? Avec toutes les inconnues d’un lieu inexploré qui mettent en évidence une seule chose sûre : le hasard. Ici on ne joue pas à lancer les dés en espérant que ton numéro va sortir. Ici il faut choisir entre aller à droite ou à gauche ; devant ou derrière.  
Il n’est pas question de trouver le bon numéro mais de risquer sa propre vie. L’enjeu est très élevé. Un mauvais choix peut te faire tomber dans le vide et ici personne ne viendra t’aider à remonter la pente. Je me suis rendu compte dès le premier instant de mon arrivée ici, en ce lieu inconnu où il n’y a pas âme qui vive que tout est laissé dans les mains du hasard. La maigre végétation est presque sauvage et tout autour de moi, sur cette petite île, semble aride. La terre de la vallée au-dessous de moi, qui s’étend jusqu’aux bords de l’océan, est de couleur sombre et pleine de rochers. Cela me fait penser à la condition de l’âme humaine déchirée par les éléments tristes de la vie. Pourtant je continue à être ému comme si je me trouvais lors d’un examen devant une somme de questions auxquelles je dois répondre correctement pour obtenir la promotion attendue qui donne le droit au diplôme d’ “homme de fer”.  
Déjà le fer. Le métal que nous trouvons en abondance dans le noyau de la terre et de tant d’étoiles.  
Moi aussi je dois le chercher dans l’intérieur de moi, au plus profond de mon être ? Combien de questions pose cet examen, cette vie ! Bon, voyons à étudier cela rapidement.  
En attendant, en scrutant au plus profond de moi-même, je me rends compte d’avoir commis une première erreur. Depuis mon tertre, je n’ai regardé qu’en bas et devant moi. Je ne m’étais pas aperçu que derrière moi, il y avait quelque chose de plus élevé : une montagne au sommet enneigé qui domine l’île d’une façon souveraine. Alors, j’ai une impression de déjà vu, de déjà vécu.  
Bien ! Je corrige ma copie parce que j’ai compris que, si je regarde toujours en bas, je resterai toujours en bas. Je dois oser ! Je devrai m’entraîner à monter et à descendre de la petite colline sur laquelle je me trouve, pas après pas, acquérir la force de viser plus haut, d’escalader la montagne et ainsi rejoindre le sommet.  
Mon Dieu, quelle émotion ! Je me rends compte que cela ne sera pas facile et que je risque de faire un faux pas. Peu importe, je suis déterminé à ne pas abandonner mon but et à rejoindre mon objectif. Je suis certain que, de là-haut, ma vision de cette île et son interprétation seront complètes. Rester en bas pour éviter d’affronter et de lutter contre l’adversité, signifie renoncer à lutter pour progresser. Il faut s’employer à améliorer la connaissance, par dessus tout de soi-même et regarder en haut signifie regarder ensuite en bas... mais à partir du haut.  
J’ai soif, j’ai faim et le soleil, désormais, décline à l’horizon. Il interrompt la ligne parfaite qui sépare l’eau, maintenant un peu plombée du bleu du ciel. Le soleil, obstiné, illumine encore la voûte céleste en coulisses. Avant d’aller se coucher il veut inonder de lumière, même avec peu de rayons, cette scène qui sait faire vibrer l’âme des spectateurs. Je suis un des leurs, ébloui par ce spectacle enchanteur. Je sais bien que dans peu de temps, avec ce voile, inexorablement, tout deviendra obscur. C’est bien ainsi. Pour l’instant je profite de ce merveilleux “ici et maintenant”. J’applaudis à ces couleurs veloutées, rose, orange, ocre, blanc, cuivrées à l’infini et qui glissent sur la surface de l’onde ridée. On dirait des pétales de fleurs enflammés dont le parfum inonde mon âme.  
Qui suis-je ? Trouverais-je une réponse complète ? La trouverai-je dans ce lieu isolé et perdu ? Moi, ici, je suis un. Ici, je suis unique et ne peux me comparer à aucun de mes semblables. Je décide de descendre de la colline car mon estomac, lui, sait qui je suis. En descendant pas à pas, mon rêve évanescent me rappelle vaguement mon passé et tant de rencontres “semblables”. Cela me fait réfléchir sur sa signification en me proposant divers “extraits” de similitude. Dans mon rêve, je désire rencontrer quelqu’un qui me dise “salut”, qui me serre la main et éventuellement me prenne dans ses bras sans que je me rende compte de nos éventuelles différences. Une accolade fait disparaître même la couleur de la peau. Je porte tant d’espoir sur cette rencontre mais, désormais, je suis de plus en plus convaincu de me trouver sur une île déserte. Petit à petit je descends, la végétation est de plus en plus sauvage, l’herbe et les arbustes sont de plus en plus hauts. Maintenant je comprends pourquoi l’homme qui marchait à quatre pattes s’est mis debout et est devenu l’homo erectus. Je réalise que cette langue de terre, aussi imprévisible, n’est pas rattachée à la terre ferme. En outre, de là-haut, j’ai vu de l’eau tout autour, sauf derrière la montagne. Et puis, tout semblait brûlé. Comment suis-je arrivé dans ces fourrés ? Ah, c’est vrai, mon estomac me procure d’étranges visions. Enfin, je découvre un petit ruisseau entre les arbustes. Si mes déductions sont bonnes cette eau arrive de la fonte des neiges, aucun homme ne l’a touchée. Je suis sauvé ! Je m’abreuve à la fontaine de la “connaissance” comme jamais de ma vie.  
Je l’ai sentie pure... et elle m’a purifié intérieurement. C’est comme si je me disais : “Je suis en train de découvrir quelque chose de nouveau, c’est à dire moi même.” C’est peut-être cela la signification de la méditation. Il suffit de se recueillir dans le silence, sans paroles vides, suivre sa propre respiration et essayer de s’aimer. Même le bruit de l’eau, de plus en plus proche, a une valeur diverse plus profonde et douce à la fois. Ce n’est qu’harmonie, concert, musique qui mélange mélodieusement les ondes graves et aiguës. C’est comme danser étroitement serrés, comme deux amants. Se sentir libre, ouvrir ses ailes pour s’envoler, libre comme les cerfs-volants dont le fil s’est rompu. C’est dans cet état de légèreté que, levant vers le ciel mes yeux humides, je remarque des baies sauvages et je m’en nourris. En plus, je vois avec les dernières lueurs s’allonger mon ombre ainsi que celles plus grandes des derniers arbres qui effleurent la plage. Le climat est doux et agréable et, me sentant fatigué, je me recroqueville et m’assoupis sous un arbre en forme de parasol.  
Ce seront les premiers rayons du soleil qui me réveilleront. Je m’aperçois m’être endormi sur de gros rochers recouverts de sable. Je pense avoir “rêvé” que j’étais dans un rêve mais le mouvement des vagues, avec un bruit sourd lorsqu’elles frappent les rochers, me ramène à la réalité de mon vrai rêve.  
Je sais que cela semble être un jeu de mots qui n’ont aucun sens. J’essaie d’y réfléchir. Quand, à la maison, je passais mes journées, jour après jour, vivais-je dans la réalité ou était-ce une illusion de la réalité et dans ce cas, était-ce un rêve ? Le moment présent n’est-il pas déjà passé ? Avais-je la possibilité de l’arrêter ? D’arrêter le temps ? Je dirais bien sûr : “ non ” !  
Dans l’instant où je dis : “stop”, ce stop est déjà “passé”. Et l’instant d’avant ? “À plus forte raison, il est encore plus passé”. Et l’instant d’après, en admettant que l’on puisse le cueillir ? Le moment suivant sera “l’inconnu” mais, à l’instant où il sera le “présent”, il sera déjà passé. Aujourd’hui est l’hier de demain ; aujourd’hui est le demain d’hier. Je le répète et l’affirme que tout notre vécu jusqu’à ce moment précis, en tout absolu, n’est rien d’autre que le fondement et le support de l’instant présent.  
Voilà pourquoi le concept temps n’est pas “physique” mais “illusoire”, illusoire comme la matière elle-même. Dans l’antiquité, il y avait un peuple qui définissait “maya”, c’est à dire illusion, toute la matière visible, tout ce qui pouvait être vu par nos yeux. Si, ensuite, nous passons des anciens aux contemporains, aux physiciens, à la physique la plus avancée et que nous entrions dans le monde de la physique quantique, nous trouvons plus ou moins la même réponse : “tout ce qui est visible à nos yeux est le vide ; tout ce qui l’entoure et que nous ne voyons pas est le plein ”. Ce rêve aussi m’oblige à répéter ce concept, peut-être à l’infini... pour l’ancrer dans ma tête d’une façon indélébile. Pourquoi ? Parce que c’est compliqué au point de sembler absurde.  
Parce que ce qui, à nous, semble vide est “immergé” et plein de l’essence cosmique, de la lumière ou faisceau de photons, “indestructibles”, éternels donc le vrai plein. Le vide, le visible, est le fruit de cet éclair, ce big bang , de l’explosion de tout ce “ vide ”.  
Quel rêve réfrigérant ! Mais ce sont des choses que j’ai déjà dites. Je répète ce que j’ai exprimé il y a quelques jours   ; peut-être veux-je me convaincre moi-même de plus en plus. Non ce rêve n’est pas froid. Il est très beau. Que de “Chaleur” !  
Moi aussi je fais partie de ce vide, de cette extraordinaire matière visible. Mon Dieu, je fais partie aussi de l’infiniment plein. C’est fabuleux ! Une partie du plein est à l’intérieur de moi. Je peux l’appeler comme je veux, sans avoir à me heurter avec d’autres personnes qui le nommeraient autrement. Comme c’est étrange ! Voilà pourquoi depuis que je suis sur cette île, bien qu’étant seul, j’éprouve de très fortes émotions.  
Le passé, le présent, le futur, sont en train de prendre un sens. Je suis mon propre maître, celui de mon passé, de mon présent et de mon futur... de mon éternité. Je ne me suis jamais autant aimé et je me sens prêt à aimer tout et tous . Tout ce qu’il advient est bon, même la souffrance.  
“La joie est un instant entre deux moments de souffrance”. J’accepte ! Et dans l’acceptation du tout, je trouve ma propre PAIX. Le fait de savoir que le cours de la vie est un dessein parfait me tranquillise et me fait prendre les choses avec plus de sérénité. J’ai la nette sensation que quelqu’un m’accompagne en me tenant par la main. Je ralentis ma course, sans toutefois diminuer mon enthousiasme. L’intérêt de créer, le désir d’inventer et de réaliser augmentent d’une façon exponentielle. Je récupère les énergies perdues par d’autres préoccupations comme l’anxiété et la peur. Voilà la cause principale qui use l’âme humaine et par conséquent son physique.  
La non connaissance de ce que nous sommes et de ce qui EST ! Prenons en considération la peur maîtresse, c’est à dire la mort.  
Une peur qui, comme celle de la maladie, vous ruine toute la vie. Nous courons, nous courons comme des forcenés pour la prolonger le plus possible. Il en résulte une frénésie accélérée et sans freins jusqu’à la mort. Nous courons vers un quelconque succès afin que notre souvenir persiste dans l’esprit de nos descendants. Les plantes elles-mêmes font des racines avec le désir ancestral de la continuation de leur espèce. On a tellement peur du dernier instant qu’on mine continuellement le présent. L’absurde peur de tout ce parcours, qui existe depuis le début de l’âge de raison jusqu’à l’avènement de la mort. Deux points généralement très éloignés l’un de l’autre.  
L’ennui grave est que l’homme, acteur tragi-comique, récite sa tragédie pour une chose qui n’a aucune raison d’être. Lui “est” et quand il “est” la mort, elle, n’est pas   ; et quand la mort est là, lui n’est plus là.  
Ces dernières paroles rêvées sont d’un très grand maître et de temps en temps il est très utile de se les rappeler. Le spectateur réalise que l’homme, sur la scène de la vie, est vraiment comique. Bien ! J’appellerai donc cette île : “MAESTRA”... Et tout en songeant, j’écoute encore le bruit des vagues que je n’ai pas encore vues de près. Je tends l’oreille vers leur course folle comme si cela était la nôtre, frénétique, peut-être monotone, pour finir en un choc.  
Et si nous courrions pour “élargir” cette vie ? Pourquoi s’impliquer seulement pour l’allonger ? L’élargir vers l’Amour d’où dérivent l’Amitié, l’Affection, l’Attention vis à vis de l’Autre, éventuellement différent de nous. L’élargir vers le Bon, le Beau, la Collaboration, l’Aide aux moins chanceux et... vers la connaissance , oui encore et encore... vers la connaissance . Que d’Emotions !  
Je mange les baies cueillies hier soir. Je m’asperge les yeux avec un peu d’eau fraîche ... afin de voir mieux et plus clairement. La plage est incroyablement rocheuse et sombre. Il ne faut pas longtemps pour comprendre que ce sont de gros amas de magma, de matière volcanique en fusion, refroidie et devenue rochers. Certains semblent rouillés par un excès de fer. J’imagine le centre de la terre et le compare au nôtre, toujours en émoi, comme un bouillon bouillant. Je regarde derrière moi et il est très facile de comprendre que la responsable de cet état est la montagne. Qui sait combien de fois, depuis son origine, elle aura projeté ce matériel incandescent et comment, petit à petit, il se sera approché de la mer. C’est une île volcanique.  
Je marche à grand-peine sur les couteaux effilés de l’onde, toujours en mouvement. Cette eau qui fut lave un jour, semble être devenue un lit pour fakir. Je prends position debout sur une roche surélevée et j’observe l’eau séparée en deux et qui m’encercle. Désormais je n’ai plus aucun doute. Depuis que je suis arrivé ici, je n’ai entendu aucun gazouillis d’oiseau, vu aucun vol de mouette ou décelé la présence d’un quelconque animal. Je suis inexorablement seul. Je devrais regarder l’océan, affligé et accablé de solitude et peut-être aussi de tant de peurs à vaincre.  
Rien de tout cela. Aucune peur d’avoir peur ! Je regarde tranquille et immobile, l’immensité qui est devant moi. Le reflet des rayons du soleil sur la surface de l’eau éblouit mes pensées. Ce sont d’infinis diamants, brillants de lumière, semblant danser sur une musique divine, comme autant de petites étoiles dans la voûte céleste. C’est comme si quelqu’un, d’un grand geste de la main, avait jeté des milliers de brillants, un semeur plein d’espoir pour ses semailles. Le scintillement m’aveugle et mes yeux s’embuent et se ferment permettant aux yeux de mon âme de s’ouvrir : “Ferme les yeux et tu commenceras à voir”.  
Éteins ton esprit et tu commenceras à comprendre. Combien de fois me suis-je répété cette vérité ! Quelle joie ! Paradoxalement il me vient l’envie de faire un pas en arrière et de descendre du tertre sur lequel je me trouve, pour me sentir plus en bas. J’ai le désir de commencer au ras du sol et de gravir les degrés d’une échelle idéale, marche après marche, pour m’amener vers le “sommet”. Je ne veux pas d’une échelle des valeurs, mais de l’ amour.  
Après chaque marche gravie, je voudrais me sentir plus léger et toujours plus amoureux de moi-même, afin de pouvoir aimer encore plus tous les autres et le TOUT.
Escalation  

Au pied de l’échelle  
Je me sens très ému. Je pense à l’onde qui se sépare en deux pour entourer mon rocher. Ensuite, ces deux courants ne se réunissent pas seulement, ils s’enlacent et se fondent, de nouveau, pour n’en former qu’un seul. Ils me révèlent, ainsi, le vrai sens du mot amour , qui n’est pas seulement une parole peu utilisée et de moins en moins pratiquée.  
C’est une union, un doux nectar. C’est la “fusion de deux auras” de couleurs effervescentes qui vibrent à l’unisson dans une communion parfaite. Que cela arrive entre nous, les hommes et avec toute la création. Comme l’ amour est beau, innocent et pur ! J’observe l’ampleur de l’océan qui est devant moi et je ne peux que me perdre dans cet infini. Ma vision est trop courte pour qu’elle puisse voir au-delà de mes pensées. Qui suis-je, moi, face à lui ? Quel est le rapport entre ma petitesse et son immensité ?  
Et celui de mon infériorité face à la puissance de la montagne qui est derrière moi ? Qui suis-je, moi qui ne peux même pas imaginer la métaphore du poids quelquefois élevé, sur mes épaules, pendant le parcours de la vie ? Je ferme les yeux pour me réfugier dans mon être si petit, dans mon âme. En elle, je trouve la réponse et ainsi s’évanouit la différence entre le petit et le grand. Je m’arrête et immobile je rêve que je soulève le pied pour monter. Tremblant d’émotion, je vainc mon hésitation... et gravis le premier échelon de l’échelle évolutive idéale.  

Première marche : la recherche  
Au-dessous de moi, j’ai laissé sans réponse la demande : “Qui suis-je ?” J’avais peu d’éléments valables pour répondre et tout était un peu vague.  
Disons que je suis un homme comme il y en a tant, avec mes défauts, mon unicité et ma diversité. Cela je me le suis déjà dit, dans la réalité, au sortir d’un rêve. Je cherche à réaliser mes projets avant les autres, comme tout le monde, peut-être ignorant d’être en compétition, pour jouer la carte commune : l’individualisme . Nous sommes tous à la recherche du bien-être et de la félicité, quelqu’en soit le coût.  
“La fin justifie les moyens”. La conclusion machiavélique est cruelle mais réelle. Ce jeu ne me plaît plus et je ne veux pas rouvrir les yeux sur ce scénario. Je pense encore à deux choses : l’océan et la montagne. Je réfléchis encore sur la première règle de la mécanique quantique : la dualité. Tout en physique “fonctionne” deux à deux. Je me répète souvent cette conclusion : “Chaque chose a son exact contraire”. La montagne a explosé avec une puissance inimaginable en expulsant une quantité immense de matériaux en fusion qui se sont perdus dans les profondeurs de l’océan. En retombant, ces roches, comme je l’ai pensé hier, se sont solidifiées et ont formé cette île. L’action des deux forces diverses et contraires : la pression souterraine et la gravité en surface ont fait naître une troisième chose : la colline. Maintenant je vais essayer de formuler ma demande autrement :  
Qu’est-ce que je suis ?  
Qui suis-je est trop restrictif et bien visible, mais “qu’est-ce que je suis” implique que je suis quelque chose de solide, de physique. Le fait est que plus je m’approche de la recherche introspective afin de savoir ce que je suis, ou je vais, ou mieux encore, ou suis-je en train d’aller, me permettra de savoir où IRAIS-JE. Dans mon rêve, je vois les choses se simplifier de plus en plus. Il m’est plus facile d’amplifier la vision de ce que j’ai déjà raconté à Michela. C’est pour ce motif que je revois tous ces détails afin de les souligner pour me permettre de gravir correctement cette importante échelle.  
“L’Énergie d’Amour, la Collante a donné la vie à la matière”. Toute cette évolution est dans moi et est, seulement mienne. Maintenant je sens toute son Immensité, toute sa Puissance. Je suis l’océan et la montagne. Mais je suis aussi le soleil, la lune et tout l’univers dans son cycle infini. Je me sens plein de la même chose qui a créé le tout . Quelqu’en soit la cause, ou mieux le mérite, du début du visible, sa matière n’est rien d’autre que l’union des atomes primordiaux qui se sont mis à danser ensemble. Le bal de ces éléments amoureux a contribué à ma naissance. Comme “rien ne se créé, rien ne se détruit”, mon propre ballet sera infini. Même la plus petite de mes cellules a son tracé dans l’univers. Chacun de nous est comme une météorite qui laisse une trace indélébile derrière elle. Nous tous, reprendrons cette trace enregistrée pour répéter le cycle à l’infini. Tout ceci se trouve où je me rends, sur la grande échelle. Sur la petite il ne me reste qu’à choisir le plus possible de parcours d’Amour. Où j’irai est d’autant plus facile. La part matérielle de moi-même implosera sur elle-même, comme tout ce qui est matière, mais ce qui l’a générée restera ainsi que les “ballerines” qui m’ont créé. La séparation des trois Energies équivaut à l’effritement de la matière.  
Avec sa fin cesse aussi la souffrance donc, ce sera la Paix Absolue. Nous serons tous au paradis jusqu’à leur prochaine réunion. Big bang – big cranch ; explosion – implosion.  
Le cycle continuera à l’infini, éternellement. Voilà pourquoi, je le précise encore une fois, on ne meurt jamais !... et réalisant cela, de toutes mes forces, je saute sur la...  

Deuxième marche : l’acceptation  
Je me rends compte immédiatement de ma légèreté. Je sais que j’ai laissé à terre une bonne partie de lest. Comme est loin de moi, maintenant, ce “qui suis-je ?”  
Toutes les demandes ont perdu leur sens, sont privées de leur véritable valeur, celle qui porte à la vérité de l’essence. Et, c’est ici, sur cette marche, que je redécouvre le vrai sens de l’acceptation “ j’accepte ”.  
Ce n’est pas l’acceptation parce que je ne peux pas faire autrement. Ce n’est pas l’acceptation parce que “tout est prévu”.  
C’est parce que, moi aussi, je suis l’artisan inconscient de ce dessein.  
...et j’aurai, de nouveau, le crayon en mains lors de la prochaine explosion . Je répète : c’est “un dessin” qui ne représente pas seulement mon visage, mais chaque cellule de mon corps, y compris toutes les cellules et particules du créateur. Comprendre cela m’a porté à éteindre toute anxiété, frénésie, course exagérée, sans me réduire à l’indifférence et à l’abandon   ; au contraire, avec tant de désirs d’en faire plus, d’agir. C’est la Connaissance qui fait jaillir l’exact contraire. Redire tous ces concepts ne signifie pas être répétitif. C’est pour les écrire parce qu’ils sont, d’une façon indélébile, imprimés sur sur cette échelle idéale afin qu’on puisse les relire. Je ne veux pas les perdre car ils devront être parcourus à nouveau, marche après marche, pour ne jamais les oublier.  
La joie de vivre monte en toi et c’est tellement logique, tu sais alors, pourquoi tu es vivant, quoi qu’il arrive. Pas seulement. Tu sais aussi où tu dois aller et où tu iras . C’est sublime, fantastique !  
C’est d’autant plus facile d’accepter ce qui arrivera. Je sens que les ondes sont en train de me dorloter et, au lieu de m’endormir, me donnent une vigueur ultérieure et... d’un bond je saute sur la...  

Troisième marche : la peur  
Je suis encore un homme, donc sujet à des erreurs. Je ne pensais pas trouver sur cette marche une des choses les plus terribles : la peur . Nous en avons déjà parlé et je me retrouve là encore à me tourmenter. C’est mieux ainsi. C’est l’occasion pour apprendre à la distinguer de la Bonne. Certaines choses ont besoins d’être répétées plusieurs fois pour être comprises. Dans le cas spécifique de la peur, il est reconnu que plus on en parle, puis elle s’éloigne. Il est néfaste de garder en soi les choses que l’on craint.  
Voici pourquoi je les retrouve encore sur cette marche. Elles jouent avec ma faiblesse car en montant les marches, on a toujours le risque de tomber. Il faut apprendre à gérer la chose qui est nuisible. Il m’arrive, de très loin, un exemple permettant de vous le démontrer car le rêve a un espace temporel qui couvre toute la vie.  
Quand je fréquentais l’école communale j’avais la peur des devoirs. Au lycée, quand le professeur disait : “après-demain, composition”, je me retrouvais deux jours entiers à ne penser qu’à la future composition ! A la fin des études, les cours terminés, j’avais deux mois de cauchemars en pensant aux jours de l’examen.  
Maintenant, je pourrais craindre une tempête et dans ce cas je serais bien ennuyé. J’essaie de dominer ma peur, Je dois “maintenir” mes yeux fermés, étant donné que je suis en train de rêver, sans oublier, cependant, que je dois éviter le danger. Ce qui veut dire que je devrai écouter le bruit de l’onde. S’il se rapproche, je m’éloignerai de la rive, mais jusqu’à ce moment là, je serai dans une paix absolue. Comme, avant de traverser la rue, je vérifie bien que la voie est libre, ainsi je devrai rester en alerte pour le cas éventuel où le bruit de l’onde s’écrasant sur les rochers, augmenterait. Jusqu’à ce point, aucune panique. La même façon de faire ou tactique devra être adoptée avant un examen. L’alerte est une bonne préparation. Tant que je ne serai pas devant l’examinateur, aucune crainte, aucune peur. Si le volcan devait se réveiller, bien ouvrir les yeux pour vérifier la direction des flammes et partir dans la direction opposée, sans s’éterniser sur cette plage.  
Mais jusqu’à ce moment là, c’est le calme. Il me semble avoir bien réduit le niveau de peur grâce aussi aux marches précédentes et monte en moi l’envie de voler. Je me sens pousser des ailes comme Icare mais, je pense aussi, à celui qui, un peu comme moi, a une légère peur de prendre l’avion même si ses ailes ne sont pas collées avec de la cire. Aucune peur ! J’imagine déjà ce qui peut m’attendre sur la...  

Quatrième marche : le libre arbitre  
Sur la marche précédente, aucune décision n’a été “prise”. Exactement ! Je n’ai pris aucune décision. Mais sont-ce vraiment les miennes, les décisions prises ? Quel est le sens véritable du libre arbitre ? Est-ce cette solitude, cette paix, cet isolement qui me font trouver la clef permettant d’ouvrir l’écrin de la Connaissance ?  
C’est seulement en comprenant ma petitesse que je me sens grand.  
En soulevant le couvercle de cet écrin idéal, se dégage un parfum de fleur qui embaume toute l’atmosphère qui m’entoure. Il suffit de s’en approcher et songer à en caresser les pétales pour en déguster toute la fragrance et la simplicité. Si cette métaphore rapportait ce parfum à nos pensées, pourquoi ne devrions-nous pas, chacun de nous, ouvrir notre propre écrin ?...  
Ou cela ne dépend-il pas uniquement de nous ! Est-ce la marguerite qui décide combien de pétales elle doit avoir sur le sommet de sa tige et autour de sa corolle ? Pourquoi ne peut-elle pas s’empêcher de suivre cette loi de la nature et de choisir elle-même le nombre de pétales ?  
Pourtant il semblerait que ce soit elle qui les crée, selon une formule numérologique. Le fait est qu’elle en est vraiment “convaincue” que c’est elle et non une séquence intrinsèque, Tout est programmé, en ce qui concerne toute la nature, à partir d’une numérologie mathématique. Il en va de même avec le nombre d’écailles des pommes pins, des ananas, les spirales des coquillages ou des escargots, la croissance des arbres et, tout et tous, sommes assujettis à ces règles. C’est, à nouveau, la sagesse de s’imposer dans ce problème là. Ne serait-ce pas, peut-être, un péché d’orgueil que d’aller contre nature en s’arrogeant le droit au libre arbitre ? “C’est moi qui décide l’heure à laquelle je vais me lever demain matin, les choses que je ferai durant la journée, ce que je mangerai et quand aller me coucher ? Cela semble vrai, mais...”. Ce rêve me fait rappeler une réflexion intéressante de Michela :  
« Je voudrais te dire quelque chose sur le Libre Arbitre », me dit-elle un jour. « Pour moi, chacun choisit sa vie. Quand plusieurs solutions se présentent, c’est moi qui décide laquelle prendre. Personne ne me tient par la main. Personne ne me susurre à l’oreille : “va à droite ou va à gauche, ici ou là, prends telle ou telle direction”. Je fais ce que je pense et, par conséquent, ce que je veux faire pour mon propre bien et celui d’autrui. Cependant je comprends que, bien que ce soit moi qui décide, cette solution était déjà prévue. On pourrait dire “c’était écrit” ! Je devais dire ou faire cette chose-ci plutôt que celle-là. C’est irréfutable mais, je le répète, c’est moi, en tant qu’être humain, qui ai pris, seule, ma décision. Ou alors, penses-tu, qu’inconsciemment, j’ai reçu une onde qui m’a permise, ou mieux, m’a poussée à choisir telle chose plutôt que telle autre ? ».  
À ce point de mon rêve, la réponse à donner à Michela serait : “Si nous acceptons le fait que tout est déjà écrit, cela signifie, très simplement, que nous parlons du passé. Puis, dans le présent, c’est à dire quand nous prenons notre décision “personnelle”, nous serions “influencés” par Quelque chose de programmé qui existe déjà dans le passé, et serait valable aussi pour le présent et pour le futur.  
Selon moi, toute présomption mise à part, toujours et seulement en “écoutant” ce que mon for intérieur veut me faire comprendre, la réponse est comprise dans la question : inconsciemment !  
Notre conscience nous est-elle vraiment inconnue ? Je pense que c’est la formulation de la “pensée” qui naît dans la zone émotionnelle de notre corps au niveau de l’abdomen.  
Tu dois savoir que dans cette zone il y a beaucoup plus de neurones que dans notre cerveau. Ce ne sera jamais notre cerveau qui, bien qu’intelligent, saura combiner une quantité infinie d’erreurs. Les plantes aussi sont “neuro-végétatives” et sont l’unique “matière” vivante qui n’a pas besoin de tuer pour vivre. Nous savons aussi que notre cerveau est relié au ventre, qu’en médecine on appelle le “cerveau bas”, traversé par le nerf “vague”, même si, en fait, ils sont deux. Quand nous éprouvons une explosion de joie ou que nous souffrons d’une panique subite, c’est notre intestin qui bouge de son assise anthropologique générant une métamorphose immédiate. Analysant l’aspect chromatique, cette zone est celle qui capte l’onde de couleur orange. C’est une onde électromagnétique d’une longueur spécifique, donc d’une vibration, qui ne peut, obligatoirement, pénétrer que dans ce point défini comme chakra .  
Les chakras sont des points à travers lesquels notre corps “capture” les différentes couleurs du spectre exactement dans le même ordre que celles de l’arc en ciel. Ces sept couleurs entrent dans notre colonne vertébrale avec, pour commencer, le rouge dans la partie inférieure de notre corps, puis suit l’orange dans la zone dont nous sommes en train de parler, puis le jaune, le vert, le bleu, l’indigo et le violet sur le sommet de la tête. Ce sont des ondes indispensables à notre corps, à notre vie, elles sont invisibles !  
On comprend ainsi nos limites. Un “appareil photographique” le Kirlian du nom de son inventeur, a réussi à photographier le champ des auras. Il est utilisé dans la sidérurgie. Par exemple, pour le métal en fusion servant à faire les roues des trains, il peut détecter une bulle d’air qui pourrait provoquer une catastrophe. Ces auras sont toujours vérifiées. Donc, la conclusion de la réflexion de Michela, pour moi est correcte : “la réception d’une onde”... Toutes ces ondes “jouent” dans l’espace infini, invisible. Le merveilleux est que cela s’apparente à un jeu continuel à l’intérieur de nous et pour toute la vie. Leur séparation et leur union créent le “mouvement”, l’alternance. À ce point, je me demande encore : “Est-ce à nous de gérer leurs “acrobatiques” parcours ?”  
“Est-ce à nous de choisir l’onde qui servira à exaucer nos caprices du moment ?” “Est-ce à nous de stabiliser l’avenir des choses, l’évolution du monde et, par conséquent, l’équilibre même de l’univers entier ?” Attendu que le micro et le macro se soumettent, de la même façon, à ces lois pré-établies, on peut en déduire que ces ondes doivent “obéir” à ces règles. Approfondissons plus en détails la question des pétales de fleur. Tout est réglé en fonction d’un schéma mathématique. Si j’étais, par exemple, une marguerite je devrais respecter une certaine loi, un certain code, un ordre pré-établi : mes pétales devront suivre toujours la fameuse séquence de Fibonacci, du nom de son inventeur, en respectant les chiffres suivants 1 – 2 – 3 – 5 – 8 – 13 – 21 – 34 – 55 – 89 etc. Comme exemple, je ne pourrais pas me “décider” à me faire plus belle en ayant quinze pétales. Un autre exemple : si j’étais les deux roues avant d’une automobile, personne au monde ne pourrait me convaincre que ce n’est PAS moi qui décide où aller, à droite ou à gauche. Je ne sais rien de ce qui est en amont : le volant. Je voudrais ajouter qu’un jour, j’ai dit à notre ami commun, le prêtre : “Don Francesco si je m’octroyais le droit au libre arbitre, je devrais aller confesser un péché “d’orgueil” qui est un péché mortel. Sa réponse fut éloquente : “Ne le confesse pas, car tu ne le commettras pas”.  
“Mon Dieu, tu me connais vraiment bien” !  
“Oui, profondément. Je connais tes “pensées” ! Dans cette logique, cela ne veut pas dire être soumis, mais c’est être une part intégrante et indispensable du tout. Sans prétendre de savoir pourquoi, je sais que je décide ce qu’il était décidé que je décide”.  
Comprendre ma petitesse me fait me sentir grand  
Je réalise l’éphémère. Je m’observe. Je “regarde” dans une complète cécité mes mains, mon corps qui semblent être le néant de l’immensité. J’“observe” les yeux fermés mon moi profond... : c’est le tout. Je sens que, même dans la plus petite particule élémentaire de mon corps, il n’y a rien d’autre que la Lumière.  
Je me rends compte qu’à l’intérieur de moi il y a cette même Lumière, qui m’entoure et que je n’avais jamais vue avant. Je comprends ainsi CE QUE je suis avant même d’être une “poussière d’étoile”.  
C’est la même Lumière que je ne vois pas lorsque j’observe les choses autour de moi. C’est la même Lumière que je ne peux voir dans mon semblable et pourtant lui est là, devant moi.  
C’est la Lumière que maintenant je connais. C’est Elle, qui me porte à aimer Tout et Tous. C’est Elle, que nous appelons avec tant de noms divers et qui, inévitablement nous amène à des désaccords, des divergences. C’est Elle, purement intelligente... qui voudrait que nous le soyons aussi. C’est Elle, l’artisan de mes émotions et qui est toujours présente, dans son infini amour . Elle est dans mes larmes chaudes, de toute les façons et pour toujours, de la bonne ou de la “mauvaise” manière. ... Notre faible intelligence ne peut s’arroger le droit de décider des évènements.... Et maintenant ma faible intelligence a besoin de nouveau de s’élever pour pouvoir mieux comprendre   ; ainsi je saute sur la...  

Cinquième marche : l’amour éternel  
Ici je me rends compte d’être déjà assez haut et mon merveilleux rêve se poursuit. Je repense à la marche précédente. C’est un peu comme les rebonds d’un lieu à un autre que font les particules de la matière. C’est comme le fameux nerf vague, défini “miraculeux” qui, lorsqu’il est stimulé, reçoit des informations du cerveau pour le fonctionnement de nos organes pour vingt pour cent et, par contre, lui, renvoie le reste, soit quatre vingts pour cent aux organes concernés.  
Quel sera, alors, le plus “intelligent ?. Qu’est-ce qui, alors, me semble décider à la première personne, si le centre émotionnel, qui paraît ne pas raisonner, bat l’intellectuel ? Ce sont des décisions palliatives, superficielles. Combien de fois parlons-nous du destin, du grand dessein suprême, des faits ou de la fatalité, de l’inévitable, de l’inéluctable ? Après toutes ces expressions, ne serions-nous pas un peu hypocrites si nous nous obstinions à penser que nous le possédons, ce libre arbitre ? Revenons à ce qu’a affirmé Saint François... Combien de feuilles y a-t-il dans l’univers ? Combien de cellules y a-t-il dans notre corps ?  
Combien d’atomes et de subatomes y a-t-il dans le cosmos ? Tout ceci répond et est soumis à une loi physique précise, “intelligente”. Cela me plaît énormément de l’appeler Amour.  
Et comment cela pourrait être le contraire quand nous savons que deux particules subatomiques qui “vivent” ensemble, se comportent de la même façon lorsqu’une très grande distance les sépare. Ce que fait l’une, l’autre le fait aussi. L’intelligence cosmique n’a pas de limite et leur Amour éternel devient un ballet intéressant entre le besoin de se réunir et celui de s’éloigner, dans un jeu splendide d’Affection. C’est comme si elles étaient deux “jumelles” ; elles s’aiment à l’unisson avec le reste. Ainsi mes sensations vont et viennent, se divertissent de ce spectaculaire rêve et me fascinent.  
C’est l’inconscient qui élabore un événement dans lequel “sous-entre” un autre état d’inconscience. Cette dualité est très intéressante. Je “vois” une mouette, qui en volant, sépare en deux, avec ses ailes, le soleil, là-haut dans le ciel. Ainsi notre indispensable étoile est composée de deux éléments : l’hydrogène et l’hélium. C’est une simple analogie pour me faire comprendre mon unicité. Passé le vol de la mouette, le soleil m’est de nouveau apparu dans son intégralité.  
“Puis-je interférer dans le déroulement des évènements ?” “Puis-je modifier le “projet physique” qui s’écoule entre l’explosion et l’implosion de la matière ?”. Quelle prétention ! Et voilà, à nouveau, le véritable Amour ! Cet amour qui m’accompagne toujours, dans le bien et dans le mal et qui me fait accepter tout. Quel plaisir d’écouter un autre grand personnage dire : “Celui qui ne cherche pas la Vérité sur la terre, tout ce qu’il aura fait sera “incomplet”. C’est cette recherche, cette soif de connaissance qui stimule et éperonne toujours plus et quand tu rejoins quelque petit objectif, tu exploses de joie. C’est la compréhension de ce quelque chose qui, avant t’échappait, et te séduit d’une façon exponentielle. Chaque petite avancée, exécutée sur le parcours de la connaissance, est un grand pas vers la conquête du vrai sens, de la véritable signification des mots Amour et Amitié.  

Compréhension  
Voici la récompense qui m’a été donnée : reconnaître le privilège d’être né homme me plaçant dans les vibrations les plus élevées de la matière. Et à quoi peut me mener ce concept ? Au laxisme ? À l’abandon ? À me laisser aller ? À ne plus avoir la volonté d’agir ? À ne rien faire ? À vivre seulement en fonction de l’inertie ? Non ! Encore une fois, c’est l’exact contraire. Cette récompense aussi est le stimulant, le ressort qui pousse à agir, à faire, à créer mais, par-dessus tout, à aimer inconditionnellement. Disons seulement qu’elle supprime tant de préoccupations et d’insécurités de la journée, car elle apporte, au contraire, la nette sensation d’être, encore une fois, tenu par la main par toute la création. Même les peurs s’affaiblissent et, en ce qui concerne la peur maîtresse, la mort, elle s’éloigne. Il est plus facile de comprendre qu’on ne meurt jamais, qu’on continue à vivre : lumière dans la lumière . À partir de “l’enfer” de la matière, avec ses conflits inéluctables dus aux énergies opposées, jusqu’au paradis, à la paix infinie... jusqu’au nouveau moment du retour à la matière, qui nous donne des émotions infinies. En comprenant tout cela, le reste devient plus facile. L’auto-écoute porte à “retrouver” notre Essence, à l’intérieur de nous et par conséquent à réduire, un peu, cet “enfer de la matière”. C’est d’autant plus facile de jouir de la paix paradisiaque, que nous serons sûrs qu’elle est là. C’est une vie mieux vécue, plus sereine qui nous oblige à respecter la règle de la...  

Sixième marche : la relativité  
“Chaque chose a son exact contraire”. Le contraire de la Compréhension est un terme rébarbatif, bien que relatif : l’Ignorance. Tous ignorent tant de choses et personne ne peut se définir savant. Même les grands génies ont commis de graves erreurs, l’important est de le reconnaître. Personne ne peut nier d’avoir dit plusieurs fois dans sa vie : “je me suis trompé en faisant ceci ou en disant cela”... mais ceci est du passé. Aujourd’hui je vois dans mon rêve un homme plus irréel que mon rêve lui-même. Aujourd’hui l’homme est un individualiste conscient de l’être et son SOI est troublé, complètement perdu. Il s’angoisse seulement à montrer toujours plus sa fausse image en public car il sait que la vraie est trouble. Il ne sait plus dialoguer parce qu’il ne sait plus écouter et, à la fin, tendra à s’isoler au détriment de la socialisation. Le dérèglement de son comportement aboutit toujours plus à une phénoménologie toujours plus phénoménale . La roche contre laquelle il s’écrase, emprisonnera des fragments qui retomberont sur lui pour l’ensevelir. C’est difficile d’accepter une telle définition de l’homme ? Difficile est un mot trop... facile ! C’est facile de penser que l’homme peut arriver à tout faire ? Seulement de penser à cela est trop... difficile à accepter.  
Maintenant il a appris à faire tout, tout seul : selfi . Le narcissisme explose dans son cerveau, étouffant ses émotions, les vraies, les profondes, celles qui viennent du ventre. Celles qui génèrent les larmes de joie et aussi de douleur, mais vives. L’égoïsme individuel, au détriment de la socialisation, porte à l’isolement devenant la mèche qui allume le feu de la peur. Celle-ci altère la joie du dialogue, et éteint inexorablement toute espérance ou intérêt individuel dans la recherche, la découverte exaltante de la nouveauté.  
Pour éviter d’entrer dans une ère “ transhumaine ”, j’espère beaucoup que dans le Suprême Dessein soit insérée une courbe qui nous porterait à une évolution d’idée ; un changement de cap dans le rapport entre nous et le créateur, indispensable pour son salut. Je ne voudrais pas que ce soit l’homme qui détermine le début de la fin ; qu’il soit créé exprès pour appuyer sur le bouton capable de détruire le fondement de la matière : l’atome. Je ne veux pas imaginer que ce soit, lui, l’artisan du big-cranch, de l’implosion... c’est à dire de l’explosion atomique en série, lui qui accélère la pollution. L’air que nous respirons est toujours plus chargé de CO2 c’est à dire d’anhydride carbonique. Le terme carbone a la même racine que le charbon, un élément qui est en train de nous brûler le cerveau.  
J’ai une sensation de devoir accompli sur cette marche, comme si j’avais rejoint un petit objectif. La mer au-dessous de moi me semble avoir participé au déroulement de mes pensées. Je ne l’entends plus. Peut-être qu’elle aussi, comme moi, est en train de rêver ou de méditer. Je n’ai pas encore ouvert les yeux et j’imagine ses vagues venant se briser suivant la “règle” de haut en bas. Je l’imagine, écumante de joie, s’adapter au rythme de la vie. J’ai tellement envie de la revoir pour observer son incessant mouvement mais, en même temps j’ai “peur” que la lumière du soleil ne m’aveugle. Ma propre lumière me doit encore des réponses. Je vais à tâtons et réalise que je ne suis pas encore sur le sommet de l’échelle idéale. Je sens, avec le pied, la présence d’une marche supplémentaire et quelque chose me dit que ce sera la dernière de cette  

escalade vers la connaissance  
Je me demande, à nouveau, ce que signifie la définition : “Tout ce qui nous entoure se soumet à la loi de la relativité”. Je commence a raisonner sur la force de gravité, quand un corps tire par ici et l’autre par là, quasiment comme nous, chacun de “SON côté”. Nous décidons alors que chacun tire l’eau à son propre moulin, mais au niveau cosmique. Tout se contre-balance afin que tout puisse fonctionner à la perfection. Ainsi les plantes sont attirées vers le bas et pointent leur tête vers le haut pour vaincre la gravité et non seulement pour chercher la lumière.  
Mais la vie, l’action, les évènements ? Le bien et le mal ? C’est à dire ce que je veux dire ou me demander : “Comment me suis-je comporté durant ma vie ?”. “J’ai fait plus de bien ou plus de mal ?”.  
J’imagine être une feuille secouée par le souffle du vent. A côté de moi, il y en a une autre qui se fane depuis que je suis né. Pendant quelque temps, je n’ai éprouvé aucune émotion.  
Peut-être par insensibilité, peut-être par égoïsme, je n’ai pensé qu’à moi-même et ne l’ai jamais prié de m’excuser quand je l’importunais. Au fur et à mesure que le temps passait j’ai commencé à éprouver quelque chose en la touchant et j’ai compris qu’elle réagissait, qu’elle ne restait pas amorphe. Détourné de mon seul intérêt, je ne réussissais pas à capturer ses appréciations.  
Plus le temps passait et plus “cela me faisait plaisir de lui faire plaisir”. Grâce aux différents souffles du vent, que de caresses je lui ai faites depuis cet instant et combien de remerciements j’ai eu l’impression qu’elle me disait. Mais, un jour, un mauvais jour, une ultime caresse, peut-être faite avec plus de passion, plus d’amour... l’a faite tomber ; morte ! Mais pourquoi ? Je l’aimais tellement ! Je l’ai trop caressée ? C’est pour cela qu’elle est tombée ? Qu’elle est morte ?  
Mais je l’ai aimée ! Je l’ai aimée et je lui ai fait du mal ? Il ne me vient qu’une seule réponse : tout est relatif tout se soumet à l’habituelle règle : quelque soit l’action qui est exécutée, elle se réfère au parfait dessein . Ce que nous réalisons peut être l’exact contraire de ce qui était prévu. Nous devons passer outre car ce n’est pas “notre prévision” qui doit avoir raison. Il y a une Prévision ultime afin que tout soit accompli . Je me rappelle, qu’à l’âge de quinze ans, j’ai pris, par mon père, un coup de pied dans les fesses qui m’a fait retraverser la porte en marche arrière, dans le froid parce que, en faisant les courses, j’avais perdu la monnaie. A cette époque, les temps étaient durs ! Je n’ai plus jamais perdu un centime ! Ce coup reçu m’a fait du mal sur le moment, mais m’a fait du bien pour le reste de ma vie. Toujours dans mon rêve, je me suis souvenu que, quelques années plus tard, avant de me marier, je dis un jour à mon père : “Te souviens-tu, papa, du jour où tu m’as donné un coup de pied dans le derrière ?” Il m’a répondu : “Excuse-moi Mario, je n’ai jamais eu la force de te le dire avant mais tu n’imagines pas quel déplaisir j’ai éprouvé et quelle douleur m’a procuré cette réaction”.  
“Papa, il est temps aujourd’hui que tu oublies cette douleur. Je voulais justement te dire que tu ne pouvais pas imaginer le bien que tu m’as fait. En effet, cela a été l’unique fois que tu as eu cette réaction, prouvant ainsi à la longue, son bien fondé. Tu as mis en alerte mon attention, en général. Je perds peu de choses et cela grâce à toi. Tu pensais m’avoir fait du mal mais, au contraire, tu m’as fait du bien”.  
C’est une vérité que j’ai racontée des dizaines de fois à mes enfants. Ils sont les témoins véridiques de ma conclusion : “J’ai tellement aimé mon père”. Pendant ce moment de réflexion, je sens couler des larmes à travers mes paupières closes... et je me caresse la joue. J’ai tant envie de voler , je me sens si près du sommet.  
Je connais la valeur religieuse du nombre “sept”, les sept jours de la création qui le font considérer comme le chiffre “sacré”. Je connais aussi les sept phases de la création de l’univers, dans le sens purement physique. Je repense aux sept notes de musique donc aux sept vibrations, aux sept couleurs de l’arc en ciel. Il y a les “sept merveilles du monde”... j’espère seulement qu’elles augmenteront. En résumé, je réalise que c’est un chiffre qui respecte la totalité. Je lève les mains et, toujours les yeux fermés, j’avance prudemment et sens une nouvelle marche. Elle n’a plus les barres latérales... c’est la dernière ! Je la monte avec le même enthousiasme, celui qui explose quand on arrive au sommet ...  

Septième marche : le sens de culpabilité  
Je pose avec respect et délicatesse un pied et hésite à me soulever. J’ai “peur” de porter tout mon fardeau sur le septième échelon de cette fabuleuse échelle idéale. Oui ! Echelle idéale pour se poser des questions en aimant les réponses de la vie.  
Je me sens à la maison. J’ai la sensation d’être sur une marche en éponge, élastique, adaptée pour prendre son élan pour s’envoler. Je voudrais ouvrir les yeux mais je ne le fais pas encore. Je tiens bien “ouverts” ceux à l’intérieur de moi. C’est si vrai que je revois bien les préoccupations de mon père. Je “ressens” tous ses…  

sens de culpabilité.  
La voilà la dernière pièce du puzzle ! Merveilleuse mosaïque de notre vie, pleine de fleurs parfumées et d’herbes sauvages. Certaines fois nous “décidons” d’arracher une mauvaise herbe sans savoir, qu’avec elle, nous arrachons aussi les racines de fleurs déjà plantées. Dans d’autres situations, nous “décidons” de planter des fleurs sans se rendre compte de faire mal aux autres, en taillant les anciennes racines qui sont encore en pleine vie. Quand on s’en aperçoit, il est trop tard et se déclenche, en nous, le sens de culpabilité. C’est une culpabilité profonde, sans fin, qui dure pratiquement toute la vie : “C’est de ma faute, je me suis trompé, je ne voulais pas” ou alors “si j’avais su, si j’avais dit, si j’étais allé ici plutôt que là”... Combien de fois utilisons-nous ce vocable “si” !  
Je pense que personne au monde n’est exempt du sens de culpabilité ! Si nous nous adaptons aux “pensées” des marches précédentes et principalement sur celle qui concerne le libre arbitre, nous devons déduire que “le sens de culpabilité est absurde”... ou presque. Bien sûr le réduire n’est pas facile et l’annuler quasi impossible. Cependant, si nous acceptons ces pseudo culpabilités comme un inévitable “projet d’ amour ”, on peut alors rejoindre...  

l’acceptation .  
Une adoption spontanée de ce dessein n’implique pas une tendance à se tromper parce que tout est prévu. Au contraire, je vois, dans ce rêve, que l’expérience passée de ma vie, m’éloigne de plus en plus de l’injustice. Je vois écrit, en haut, en majuscules, ma conclusion “Le mal me fait toujours plus mal”. À la fin, avec une nouvelle génération bien préparée, ce mal pourrait se réduire au minimum et, avec un peu de courage, l’utopie pourrait gagner. Du haut de cette échelle, ce mal devient toujours plus absurde et je m’écrie : “pourquoi existe-t-il ?” Je ne pourrai jamais porter tout le monde sur cette échelle. Je ne réussirai pas, bien que je sois en train de rêver, à convaincre tout le monde que le mal ne fait que du mal et qu’à un moment ou un autre, il se révolte contre celui qui l’a fait en le lui faisant payer en retour. Aujourd’hui, ici, au sommet, mon ciel est plus proche, plus serein. Mon présent est un hier visant à être une référence. C’est un peu comme la métaphore de l’échelle. Je recontrôle les pensées et les conclusions réalisées sur les différents échelons parcourus, au cas où j’aurais oublié quelque chose. Accroître ses connaissances oblige aussi l’esprit à synthétiser.  
C’est ce que j’ai l’intention de faire aujourd’hui, toujours au nom de la paix, en donnant une valeur ajoutée à hier, qui servira de propulseur. Je reprends la formule en la simplifiant . “L’énergie est égale à la masse au carré”. L’énergie physique est en relation avec la quantité de la masse d’un corps, toujours physique. Plus il y a de masse, plus il y a d’énergie : plus la matière est comprimée, plus la masse augmente. C’est comme cette “éponge” compacte que je sens sous mes pieds. Plus je la comprime, plus sa force statique augmente pour ensuite la transformer en une cinétique qui me propulse toujours plus vers le haut. Combien de fois face aux évènements disons-nous : “tout est relatif ?”.  
À ce point, j’inverse la formule pour passer de la physique à l’invisible, c’est à dire à notre “moi”. La masse de mes pensées physico-chimiques, grâce à mes neurones, est égale à mes émotions conscientes , au carré.  
C’est à dire que plus il y a d’émotions positives qui me portent à la connaissance , plus j’aurai d’énergie pour évoluer, pour agir, pour faire. En pratique, cela augmentera mon dynamisme, en fonction du fait que les préoccupations, la peur, la banale course pour la vie et le sens de culpabilité, diminueront. Je n’exploiterai que mon potentiel. Le présent devient le lendemain, en partant de la veille, ne l’oublions pas.  

Quelle marche fantastique est ce septième niveau !  
Maintenant, je me sens vraiment au “septième ciel”. Il me semble avoir jeté tant de lest, tant de culpabilité et de complexes inutiles. Je touche avec la main l’extase de l’Amour. A partir de ce sommet, j’entrevois l’auto-extinction de l’homme mauvais et malveillant. Comme le temps disparaît avec le mal, ainsi l’homme, qui a compris sa véritable essence, comprendra l’essence de l’autre, de son alter ego. L’aller et retour de la matière suivra l’évolution positive en allant toujours vers l’amélioration jusqu’à la perfection. On peut dire à un tel homme qu’il ira dans le plus terrible des enfers, mais cela ne le fera pas changer de route. Il sera plus facile qu’il change d’avis si on arrive à le convaincre qu’il ira de toute façon dans un lieu où le Bien et le Mal ne peuvent coexister.  
Ce sera une paix paradisiaque dans laquelle il ne pourra éprouver aucune « honte » car déjà pendant le voyage, il s’apercevra qu’il lui pousse des ailes.  
Ce serait la diffusion du véritable Amour. Voici la réponse à la question : Qu’est-ce que la véritable Amitié ? Aimer et partager. Ensemble l’acceptation deviendra plus facile car il y aura d’abord la compréhension. Nous aurons des auras plus lumineuses qui fusionneront l’une avec l’autre... avant encore de se dire : “Je t’aime bien et il me plaît d’être avec toi”. Il pourrait en découler une aide réciproque et un sens de la solidarité. L’histoire du petit colibri qui voulait éteindre l’incendie de la forêt avec la seule goutte d’eau qu’il a dans le bec, deviendra vraie. Combien de colibris sommes-nous malheureusement sans aile ?  
Essayons de concrétiser ce désir... et nous y arriverons. Vole colibri, n’aie pas peur si tes ailes se brûlent de plus en plus au contact de l’incompréhension. Continue à battre des ailes et va porter ta goutte d’eau au centre du feu. Reprends une nouvelle goutte d’eau et, intrépide, recommence encore et encore.  
Quand, épuisé, tu n’auras plus de plume et que ton bec sera sans eau, ne crains rien et vole quand même. Peut-être qu’un jour ce pourrait être tes larmes de désillusion qui éteindront les flammes.  
Vole colibri ; vole encore ; vole toujours.  
J’ai perdu le contact avec la “base”. Quelle sensation splendide , celle de voler : une légèreté intérieure, jamais éprouvée avant, me fait “ouvrir les yeux”. Les nouveaux rayons de la lumière du soleil qui illuminent, en ce nouveau jour, la voûte céleste ne m’aveuglent pas. Je me rends compte d’avoir effectué un voyage de conte de fées. Je ne veux pas l’abîmer et je décide donc de tout mettre noir sur blanc. J’ai tout écrit jusqu’au soir et je suis tombé dans un sommeil profond, fatigué mais heureux. Que de merveilleuses surprises arrivent sans que l’on s’en rende compte. Ce sont des révélations que l’esprit, seul, n’arrive pas à formuler. Naturellement elles se présentent le matin au moment où on n’est plus complètement endormi ni encore complètement réveillé. C’est l’un des moments entre l’état alpha et l’état bêta, quand le mental n’est pas encore activé. Depuis peu de temps, je lève les yeux au ciel et devant la photographie de ma femme, je demande : “enseignemoi à lire l’ invisible ”. “Donne moi la possibilité de te sentir le plus souvent possible”. Je sais pertinemment que tu es toujours près de moi ! Et partout ! Et à chaque instant ! Malheureusement, pour le moment, je l’appelle encore ainsi et ceci démontre le fait qu’il n’est pas facile, même pour moi, de le définir visible ... ou est-ce seulement pour les distinguer.  
Quelquefois on arrive à recueillir ces signaux comme, par exemple, ce qui m’est arrivé ce matin à la fin de ce merveilleux rêve. Je me suis levé d’un seul coup et j’ai téléphoné immédiatement à Michela.  
– Bonjour, j’ai eu une “illumination” dans un rêve qui m’a catapulté sur une île déserte. Michela, sois forte. Maintenant je peux te convaincre de l’existence du véritable ami . Sois encore plus forte car je vais te révéler son nom :  
il s’appelle Cosmos .  
Je te dirai encore plus, il a aussi un nom commun , comme nous disons, nous Mario ! Je te dirai encore plus, il s’appelle aussi Michela, Angelo...
« Hourra ! J’ai tout compris Mario ! Maintenant je sais ce que je suis, ce qu’est le cosmos, ce que sont les autres. BRAVO ! Nous avons tous le même “nom de famille” ! Tu avais raison. Le VÉRITABLE ami existe ! ».  
«  Je suis tellement content que tu aies compris et, ainsi, je te remercie pour m’avoir précisé l’histoire du nom de famille. Cela veut dire que je m’appelle : Schlanser “Cosmos” Mario, ou si tu préfères Mario “Cosmos” Schlanser. Si je veux compléter le raisonnement, je suis venu au monde, lorsque je suis devenu matière grâce à mes parents Schlanser qui m’ont prénommé... Mario. Ces deux noms, je les compare aux deux “fameuses” Energies mais qui, malheureusement n’ont pas de masse. Au milieu je mets le complément : cosmos . La fameuse Troisième Energie ». « Génial ! Merci beaucoup Mario. Je me sens irradiée par ton enthousiasme et ce soir au téléphone nous approfondirons ce qu’il te reste à me raconter et que je crois deviner ».  
« D’accord, au revoir... je te raconterai en détails mon rêve de cette nuit ». « Je reste sur ma faim et suis anxieuse de connaître la suite. A ce soir, je sors pour respirer toute l’émotion qui m’accompagnera toute la journée ».  
L’Ami est celui à qui tu peux tout raconter de toi et qui t’aime encore après.  
Enivrants sont les battements d’ailes entre les pétales blancs et lumineux. Extasiée est ma louange au jardin d’azur ravissant. Comme est délicat le parfum que répand votre souffle. Majestueuses fleurs de blanche pureté, aux sept couleurs captivantes, Je m’abandonne sur votre bulbe et l’effleure d’un léger baiser. Doux est votre nectar qui inonde tous mes membres, Louange à toi, l’ Amour de l’Ami, rare et cher, s’il n’est infini. De votre don je ferai un trésor, pour toujours à mes côtés. D’ici comme est immense votre immensité, Combien de montées, combien de descentes, combien de chutes, A travers les collines verdoyantes et les grandes prairies.  
Des plus hautes cimes aux plus profondes mers Excelle et explose le doux nectar En fêtant l’Amour, mon cœur festoie.  
« Bonjour Michela, tu m’as devancé. J’allais t’appeler. Tout va bien ? ». « Oui, oui. Je suis seulement curieuse d’en savoir un peu plus sur le rêve dont tu m’as parlé ».  
Je lui ai expliqué en détails mon rêve, après quoi Michela m’a précisé :
« Tu sais que c’est incroyable ! Certaine fois, je reste stupéfaite. Ce matin, je suis passée devant une agence de voyages. En vitrine était exposée une promotion pour deux semaines à Ischia, voyage en pullmann. Je me suis dit : “Ce soir, je le propose à Mario”. Quel destin ! Une île volcanique, comme celle de ton rêve... qui te porte à “voler”. En plus de l’enthousiasme de l’idée, s’ajoute la curiosité de voir une île où je ne suis jamais allée ».
« Magnifique, je suis d’accord, bien que moi j’y sois déjà allé. Passe à l’agence et dis-moi le résultat. Avant de te quitter, je voudrais ajouter une chose qui me fait rire ; c’est quand tu as dit l’expression : “Quel destin” ! Depuis un certain temps, quand m’arrive une illumination, je ne mets plus cette expression entre guillemets, je me répète, souriant à moi-même la conclusion : “Quel destin... quel crétin” ! Mon pauvre Mario, tu n’as pas encore compris que le Dessein est parfait et que le terme “destin” est imparfait dans ce contexte-ci ?  
Le terme “ programme” est moins impropre. Ce sont des numéros déjà inscrits. Imprimés d’une façon indélébile dans une “antenne”, disons purement “virtuelle”. Ces illuminations, en se banalisant, ne peuvent arriver lorsqu’on est, par exemple, en train de manger. A ces moments-là, tu te sens dans un autre monde, on ne peut pas les définir autrement. Bonne nuit Michela, à demain ».  
« Dors bien Mario et merci pour m’avoir fait rêver moi aussi. J’ajouterais seulement que j’aimerais bien faire ce voyage, seule avec toi. Il y a tant de choses intéressantes et en même temps complexes que j’ai écoutées avec grand intérêt. Je tiens beaucoup à les approfondir en réfléchissant à tes côtés. Ce sont des évènements prioritaires de la vie et liés à l’évolution de tout le cosmos ».
Introspection  

C’est très beau et gratifiant de traverser la botte de cette merveilleuse Italie. Laisser derrière soi les Alpes, longer les Apennins et rejoindre un des plus beaux golfes du monde avec le Vésuve.  
« Nous sommes à Naples Michela. Nous sommes partis du pôle nord pour arriver au pôle sud. Notre pullmann a filé comme un train et je n’ai pas vu le temps passer. Peut-être est-ce parce que tu étais à côté de moi... ? Je plaisante ». « Moi non plus, je ne me suis pas aperçu du trajet. Peut-être est-ce parce que j’ai fait des petits sommes... moi aussi, je peux blaguer ! Dommage que nous n’ayons pas le temps de visiter cette ville, une des plus belles d’Italie et même du monde. Notre ferry part dans une demi-heure ».  
Nous nous trouvons sur la passerelle du ferry qui est en approche de l’île d’Ischia et, pour la première fois, peut-être inconsciemment, je pose ma main sur l’épaule droite de Michela debout, à ma droite. Je constate un léger frémissement , elle éprouve sûrement les mêmes émotions que moi. Nous voyons s’approcher toujours plus près la paix qui nous attend et tant de choses à découvrir pour essayer, tout au moins en partie, de compenser celles qui nous ont laissé des plaies encore ouvertes. L’air frais nous caresse le visage et j’observe ses cheveux voleter. Nous regardons la proue fendre l’eau qui, soit en colère par le frottement ou excitée, étale partout son écume bondissante. Le soleil couchant teinte de tant de couleurs incandescentes son déclin et, comme deux enfants, nous nous exclamons à l’unisson : “Comme c’est beau” !  
Il fait nuit quand nous arrivons à l’hôtel mais, à la première impression, il semble joli avec ses deux statues de marbre à l’entrée. Elles représentent une femme et un homme qui, se regardant dan les yeux, semblent se demander, comme deux amoureux : “On entre ?”.  
Dans un silence “mélancolique”, le regard baissé, nous franchissons l’entrée, devenant nous aussi, un couple. Un parfum de citron nous accompagne jusque dans le hall où des maîtres d’hôtel, avec leur habituel rituel, nous accueillent et nous emmènent à notre table.  
Le dîner est frugal vu l’heure tardive et, à peine terminé, tout le monde se précipite à la réception pour récupérer sa clef. Nous deux avons décidé d’attendre que la foule soit dispersée en discutant du voyage un peu fatigant de cette journée.  
Michela s’est mise à rire lorsque, feignant d’être “ivre”, j’entamais une lutte furieuse avec la clef pour trouver la serrure. J’étais sincèrement content car ainsi, je pouvais cacher mon émotion. Cela signifiait aussi, qu’à la lumière de notre terrible expérience, la pudeur avait été vaincue par la “fraternité”. Nous franchissons finalement le seuil et nous nous regardons avec des yeux profondément surpris : les lits sont séparés... encore une fois. Je romps l’embarras avec un sourire : “On se croirait de nouveau en Palestine”.  
Une fois couchés, nous nous souhaitons bonne nuit en nous prenant la main. J’entends sa respiration se faire plus profonde et je me dis : “Est-elle plus fatiguée que moi ou plus forte ?”  
Je n’arrive pas à dormir... et je pense. Je pense que les femmes sont vraiment plus fortes en tout. Elles savent mieux supporter la souffrance et avec leur pragmatisme, savent mieux gérer leurs émotions.  
Elle dort et moi, je suis là à me culpabiliser comme si j’étais un lâche, comme si j’avais eu peur de recevoir un refus. Je cherche à me convaincre, qu’elle aussi, doit éprouver le désir de ressentir, d’une façon diverse, l’émotion de cette étreinte dramatique et infinie. C’est normal et juste, selon notre nature, d’accord, mais entre nous deux les étapes ont été inversées : nous nous sommes enlacés bien avant de nous connaître. Ce raisonnement me rassérène et en un éclair, je trouve le vrai motif de mon inhibition.  
C’est clair : cette nuit-là comme je me suis déjà dit, la fraternité a vaincu la pudeur. Maintenant il faut dépasser cette fraternité ! J’ai compris, j’ai un énième problème ! Bon ! La nuit porte conseil, demain j’examinerai les différentes solutions. Souriant, je retrouve tout mon calme en pensant à la forte pression de nos deux mains qui a accompagné notre “bonne nuit” réciproque.  
C’est l’aube, les premières lueurs. Le soleil, encore caché, illumine cette partie de notre globe sans lancer ses rayons aveuglants directement dans nos yeux. Il est d’une discrétion infinie ! Il sait, lui, que nous sommes encore endormis, que nous devons nous étirer puis nous laver, afin de nous régénérer et pouvoir ainsi le regarder en face... puis, très souvent, oublier de lui souhaiter une bonne journée de travail et de le remercier.  
Michela est encore endormie tandis que j’observe la lumière pénétrer par la fenêtre entr’ouverte. Cette lumière véhicule ce parfum de citron qui ressemble fort au jasmin. Je respire, à pleins poumons, ce délicat arôme jusqu’à enivrer mon esprit. J’ai une fulgurance : j’ai trouvé comment je peux résoudre le problème de la fraternité, ce devrait être une bonne solution.  
Je descends doucement de mon lit et, quand je suis prêt, je sors à pas feutrés de la chambre en vérifiant que Michela dort toujours. Je souris à la pensée que, lorsqu’elle verra l’autre lit vide, elle s’exclamera : “il est parti ; il m’a laissée ; il en avait assez”.  
Je pense, au contraire, tout au moins je l’espère, qu’elle ne pensera vraiment pas cela et qu’elle éclatera de rire. La pensée de ma main sur son épaule me rappelle la situation tragique du Titanic. Son frémissement lorsque j’ai caressé ses cheveux au vent et son regard furtif croisant le mien, sont les nombreux signes de notre lien désormais indissoluble. La proue ne pourra jamais diviser nos deux ondes. Il ne me reste qu’à mettre mon projet à exécution. Je l’avais bien dit que la nuit me porterait conseil.  
Je suis dans le hall et très vigilant. J’observe toutes les personnes qui entrent et sortent et je reconnais déjà quelques visages de garçons d’étage et de femmes de chambre vus la veille au soir. Pour mettre au point mon plan, j’élimine, à priori, les hommes. Disons que c’est rare de trouver des “garçons de chambre” donc je m’oriente vers les femmes. Je suis fébrile et mon impatience me pousse à agir espérant ne pas être ridicule.  
Il est environ huit heures et à cette heure-là je pense que les femmes qui entrent dans les chambres, c’est pour faire le ménage. Je ne suis pas convaincu par la première qui passe devant moi, mais les deux suivantes feront l’affaire. Elles ont l’air de vraies napolitaines, elles semblent décidées et parlent rapidement dans leur langage fleuri.
« Excusez-moi de vous déranger et de paraître indiscret, puis-je vous demander quelque chose d’un peu spécial pour un petit problème délicat qui me tient à cœur ? ».
« Je vous en prie ».  
« Je pense que vous travaillez ici et que vous êtes, peut-être même des responsables ? ». « Malheureusement non, nous ne sommes que des femmes de ménage ».  
« Vous occupez-vous de la chambre numéro quarante trois au deuxième étage ? ». « Oui », répond la plus jeune. « Vous avez besoin de quelque chose ? ».  
En quelques minutes, j’explique la situation et les péripéties avec Michela. « Mon Dieu, quelles mésaventures ! J’espère que, cette fois-ci, finira en beauté. Tout peut arriver sur cette île magique ».  
« Merci pour cette intuition féminine. J’espère que c’est de bon augure. Je me fie à votre sixième sens. Voilà le problème : ma compagne dort encore et, selon moi, pour une bonne demi-heure encore. Elle a réservé une chambre double et, pour nous, cela signifie avec des lits séparés. J’aurais préféré, comment dire, une vraie matrimoniale, mais je n’ai pas eu le courage de lui proposer ». Les yeux malicieux de la femme se sont mis à briller comme deux diamants.  
« Alors, dites-moi ce que je peux faire », me dit-elle toujours plus intriguée. « Comme je vous l’ai raconté, notre première rencontre fut, pour le moins, compliquée et faire la demande à la réception me paraît trop froid. Je me fie à votre délicatesse, voici mon idée : il faut agir au moment propice lorsque vous comprendrez, en fonction des bruits de la chambre, qu’elle s’est levée. Ou, avec un peu de chance, si vous la croisez lorsqu’elle sortira de la chambre. Avec un air malicieux voyant les deux lits défaits, vous lui demanderez : “Vous avez bien dormi, Madame. Excusez-moi, c’est la règle à l’hôtel : cela vous va les deux lits séparés ou voulez-vous qu’on les réunisse ?” ».  
« J’ai compris. Ce sera fait. Mais, excusez-moi votre préoccupation vous fait honneur. Ce n’est ni de la timidité ni un manque de courage. Vous vous êtes retrouvés, contre toute attente, dans un moment d’intime pureté, avant même que vous ne la connaissiez.  
C’est tellement tendre et émouvant votre histoire d’amour que j’en ai les larmes aux yeux. Ne vous en faites pas, tout ira bien. Votre femme et son mari vous aideront à vivre de nouveau, afin que se poursuive l’Amour que vous avez, chacun de votre côté, vécu avec eux ».  
« Merci beaucoup Madame. Ces paroles vous ont été suggérées par le Très-Haut ». « Un de ces jours, il faudra que l’on se retrouve tous les trois pour en discuter ».  
Vers neuf heures je vois Michela descendre l’escalier. Elle est rayonnante et souriante. C’est une belle femme avec un maintien excellent : buste bien droit et tête haute, cheveux bruns, pas très longs. J’aime regarder le vert de ses yeux afin d’y lire ses pensées. Elle est lumineuse et je pressens ce qu’elle a l’intention de me dire.  
« Excuse-moi de l’audace mais j’ai fait réunir les deux lits après que la femme de chambre m’ait demandé, gentiment, comment je les préférais. J’ai bien fait ? Je me sens un peu gênée ».  
Je l’ai serrée dans mes bras pour lui cacher mon émotion. « Mario, pourquoi as-tu les yeux brillants ? ». « Ce sont des larmes d’émotion. Merci beaucoup Michela. Je serai tellement heureux de te sentir plus près de moi cette nuit ».  
Nous observons les deux rangées de citronniers couverts de fruits encore verts et de diverses fleurs. Nous les appelons : citronniers des quatre saisons, quasiment toujours en fleurs. Nous prenons notre petit déjeuner ensemble mais j’ai la tête ailleurs. Puis, je me reprends.  
« Michela, à partir de la terrasse de la chambre, nous avons vue sur mer. Que penserais-tu d’aller sur la plage profiter de la douceur de ce soleil d’automne et pourquoi ne pas se baigner ».  
« Tu ne penses pas que l’eau soit un peu fraîche ? ». « “Quand on veut, on peut”, disait Dante. En ce qui me concerne je peux te dire que, depuis cinq ans, je fais ce que l’on appelle “le Bain de Noël” ; tu sais ce qu’organisent les cités pour attirer les touristes avec leur folklore ». « Voilà pourquoi tu as été aussi efficace dans notre sauvegarde cette nuit fatidique et gelée. Maintenant ma déduction est claire quand je me pose la question : “Comment avons-nous fait pour survivre et ne pas mourir de peur ?” C’est parce que tu as été habitué aux épreuves un peu extrêmes ». « Peut-être, mais si tu veux savoir je fais aussi de la pyrobatie. J’ai déjà exécuté une vingtaine de cheminements sur les charbons vraiment ardents ».  
« D’accord, je comprends maintenant. De toute façon, en ce qui me concerne, je verrai une fois sur place, à la plage... après avoir mis le bout du pied dans l’eau ».  
Le soir, au dîner, nous avons revécu cet instant. Dans un ensemble parfait, nous nous sommes exclamés : “Bravo ! On l’a fait” ! Nos voisins de table nous ont demandé : “Mais qu’est-ce que vous avez fait ?”  
“Ce matin, nous nous sommes baignés” ! “Oui, bien sûr, dans les vasques d’eau chaude” ! nous raillèrent-ils. Encore une fois, nous étions heureux comme deux gamins et sommes sortis pour visiter les beautés de Forio, un très joli village avec son petit port.  
Gamins... et “frère et sœur”. Michela est sortie de la salle de bains et maintenant, c’est mon tour. Sous la douche, au lieu d’avoir seulement mes lèvres qui vibrent, car je sifflote, c’est tout mon corps qui résonne, comme sur une peau de tambour. Je sais très bien que la raison n’est rien d’autre que le désir d’éliminer la distance, même dans le sommeil, cette distance qui semble contraire à l’étreinte de cette fameuse nuit glaciale. Et si nous devions nous prendre la main et puis nous dire bonne nuit sur cette caresse ? Et si notre mental était encore sous l’emprise de nos souvenirs ? Et si, en ce qui me concerne, il y avait encore quelque entrave inhibant mon indéniable envie de la prendre dans mes bras de nouveau ?  
Je prends mon courage à deux mains et m’approche du lit. Peut-être pour tempérer mon désir, je me fais violence et risque à prononcer seulement deux mots : “Finalement, ils nous ont trouvé un lit matrimonial ; au moins, nous ne risquons pas de tomber”. Michela, avec un grand calme et avec un sourire engageant, me dit simplement : Viens !  
Rêver, voler. Les fées et les gnomes dansent dans les bois incandescents. Ce sont des ruisseaux qui, fiers de nous faire entendre leurs mélodieux sons, dévalent en cascades lumineuses. Des paradis ensorcelants, sous des cieux d’un bleu d’azur, font miroiter les rayons du soleil et exhaler les enivrantes senteurs de milliers d’arbres et de fleurs. Combien de fruits nous invitent à allumer nos désirs assoupis. Alors s’entrouvrent les chaudes lèvres à peine effleurées. Je lui caresse les cheveux et ses premiers frémissements se mêlent aux miens et, en un éclair, je vais et reviens de la froide grotte pour savourer cette tiédeur tant désirée... Quand la tendre étreinte fait exploser toute sa chaleur, ensorcelés et captivés, nous jouissons ensemble dans l’apothéose de l’extase.  
« Salut les amis ! ».
C’est le bonjour de nos voisins de table qui nous regardent arriver, main dans la main pour le petit déjeuner et qui, d’un air entendu, ajoutent, avec une certaine ironie : “bien dormi,... hé hé... cette nuit”. Nous nous sommes regardés en face, elle avait la réponse inscrite sur son visage et je pense qu’il en était de même pour moi. Avec un large sourire, nous avions déjà formulé notre réplique, mais rayonnants, avons juste dit : “Oui, merci” !  
C’est une belle journée et je pense à la piscine thermale de l’hôtel. « Michela, nous avons lu que, sur cette île volcanique, il y a des lieux peu fréquentés avec des collines de roche et de magma durci, que vient lécher une eau chaude qui émerge de leurs bases, formant ainsi de naturelles “vasques” thermales. Je te fais une proposition. Tu sais, je fais de la moto depuis que je suis gamin. Si tu as confiance, nous pouvons louer un scooter et nous renseigner comment aller rejoindre une de ces plages “sauvages” ».  
« Comment pourrais-je ne pas te faire confiance après les preuves de courage que tu m’as démontrées ? Pas de problème, affaire conclue ». « Tu n’es pas en reste avec ton audace pragmatique ».  
« Comme il est joli notre scooter blanc ! Nous l’appellerons Blancheneige ». « Je suis d’accord Mario. Cela me fait penser au conte de fée et je me retrouve être la protagoniste d’une fable. Quand j’étais sur la terrasse ce matin je regardais le ciel d’un bleu profond avec des nuances de turquoise, il me semblait que j’étais, là-haut les bras ouverts. Ainsi je savourais le bleu de la mer et son calme m’inondait de paix, de sérénité. Je sentais autour de moi un halo immatériel, un sens de l’irréel, voire de mysticisme. Cela ne me semblait pas vrai et je me balançais, ondoyant entre le rationnel et l’irrationnel... et je ne me suis plus sentie seule...  »
« Tu ne m’as pas vu parce que j’étais derrière toi à pousser la balançoire, toujours plus haut ».  
Le loueur nous a ramené sur terre en nous consignant les documents et les casques. « Excusez-moi, j’ai entendu parler d’un coin isolé où l’on peut se baigner dans de l’eau de mer chaude. Pourriez-vous nous indiquer le chemin ? ».  
Il indique le lieu sur la carte que j’étale devant lui et ajoute : « Faites très attention car à certains endroits cela brûle et pas qu’un peu. Vous trouverez un promontoire sur la mer et devrez descendre environ deux cents marches. Fermez bien le scooter car, d’en bas, vous ne le verrez plus. Amusez-vous bien ! ».  
Blancheneige est formidable ! Elle nous aide à nous sentir plus jeunes. L’air qui filtre sous le casque se transforme en notes de musique aiguës et les bras de Michela qui, de temps en temps, me serrent un peu plus fort, génèrent, au plus profond de moi, une joie spéciale. Elle aussi, je pense, se croit au septième ciel car je l’entends fredonner des chansons d’amour.  
« Compliments, quelle belle voix !...  » et elle me serre plus fort.  
« Il avait raison le loueur, c’est un vrai précipice. Si nous tombons, nous rejoindrons la mer à vol d’oiseau ». « Reste bien devant, Mario. Au cas où je glisserais, tu m’arrêterais...  ».  
Nous sommes arrivés ! Nous avons rejoint les “vasques”, certaines plus petites que d’autres Comme nous l’avions lu, ce sont de petits bassins délimités par de grosses pierres qui empêchent l’eau de se refroidir au contact de la mer. L’eau chaude arrive en surface à partir du “cœur” de notre planète aimée. Nous sommes dans une baie et les petites vagues finissent leur course contre les rochers. Il y a une grande anfractuosité d’environ trois mètres sur trois d’où nous parvient une voix d’homme que nous entrevoyons à peine : « Faites attention, les “vasques de bain” n’ont pas toutes la même température. Avant de vous plonger, tâtez l’eau du bout du pied car il arrive souvent que quelqu’un se brûle ».  
« Merci, on fera attention ».
Allongés, détendus, nous avons profité de cette eau chaude cristalline. Le soleil n’avait pas encore “sombré” dans la baie et nous nous sommes dit plusieurs fois :
« Allongeons-nous confortablement pour rester au chaud, sous la couverture, main dans la main ».
Après environ une demi-heure, l’homme, de cinquante ans environ, est sorti de sa “caverne” en nous apostrophant :
« Vous êtes encore vivants ? ».  
« Oui merci. C’était plus qu’agréable, c’était merveilleux ».
Cet homme a rempli une casserole avec de l’eau d’une des vasques chaudes puis est retourné dans son antre. « Michela le soleil est bien haut dans le ciel ; il doit être environ onze heures. Nous devons rentrer à l’hôtel. On va aller, chacun notre tour derrière ce rocher, pour se changer. Je te précise que j’ai “testé” la température de l’eau avec mon pied et je pense que nous avoisinons les quatre vingts degrés ».  
« Vous partez déjà ? » nous apostrophe l’“ermite”.
« Je voulais vous faire essayer les œufs et les pommes de terre en robe des champs ». « Oh, c’est bon ! Comment les avez-vous fait cuire, je ne vois pas de feu à l’intérieur ? ».  
« Essayez de deviner ! ». « Avec l’eau bouillante. Nous sommes rusés au point d’être persuadés que vous n’avez même pas une bouteille Thermos pour vous réchauffer par les nuits froides. Merci beaucoup pour votre accueil, pour vos suggestions et pour votre gentillesse » lui ai-je dit pour conclure.  
Au déjeuner, nous nous sommes rappelés la belle expérience que la nature nous a offerte et à la fin Michela a ajouté :
« Cet après-midi nous ferons, sûrement, encore un tour pour essayer de découvrir de nouveaux lieux, mais comme les journées, actuellement, sont courtes, j’aimerais que tu reprennes les explications que tu m’as promises. J’aimerais que tu approfondisses tout ce que tu m’as dit à propos de l’énergie, de l’univers, des sept marches et de toutes ces choses ».  
« Très bien, nous ferons ce parcours ensemble avant ou après le dîner. Essayons de trouver soit un compas soit un objet rond et une règle. Je te ferai quelques dessins pour t’aider à comprendre ce que je vais te dire. Je te précise seulement et pour la énième fois que mes conclusions ne sont ni de la science fiction ni de la science. Quand on parle d’Amour, cela signifie que l’on est entouré d’un nuage que la rationalité obscurcit. Le fait d’être amoureux annule même la distinction entre le bien et le mal et, au contraire, avec un peu de lucidité, il réalise leur symbiose et cette union signifie l’Amour. Tu ne vois que le bon car, dans cet état, tout devient plus simple. C’est là que me conduit cet halo qui embue mon cerveau pour faire éclore le champ émotif. L’exemple ultérieur simplifié est la “troisième énergie” qui “convainc” les deux autres contraires de “s’entremêler” afin de fonder avec elle la “maestra”. Bang ! Le résultat est sous nos yeux, bien que logiquement il soit à l’intérieur de nous. Seulement attention Michela, abstraction faite de mon Amour pour l’Ami Cosmos , considère le fait que ce sont mes propres interprétations ».  
Nous nous sommes retrouvés assis autour d’une petite table dans un coin du hall. Nous observons par la fenêtre le joli jardin que les derniers rayons de soleil illuminent. Il fera bientôt nuit et ce que l’on appelle les ténèbres nous écraseront. Ce terme ne me plaît pas, car il inclut aussi un sens de la peur au lieu d’être, au contraire, porteur de sérénité dans la maison quand tous les membres de la famille se trouvent réunis. Peut-être, pour paraphraser, c’est comme mon propre esprit qui doit répondre à une demande précise de Michela. Je la regarde et alors elle quitte du regard la fenêtre pour me fixer dans les yeux. Peut-être a-t-elle noté chez moi un léger malaise et avec sa gentillesse coutumière, rompt le silence :  
« Si tu ne te sens pas de faire cet exposé, on peut remettre ».
« Ce qui est décidé est décidé. Mon hésitation ne vient pas d’un malaise mais c’est plutôt un moment spontané de recueillement. Tu dois savoir que je suis complètement amoureux des choses dont on va parler et comme tout amoureux qui se respecte, j’en parle avec emphase. C’est difficile de m’arrêter. Je dois juste décider par où commencer et j’ai donc décidé de commencer par le début . Pour cela, pendant que j’attendais que tu descendes, j’ai réalisé quelques schémas que je “t’expliquerai” petit à petit. Durant mon exposé garde toujours présente une chose importante : je te répète que rien ne m’arrive par un raisonnement de mon cerveau, qui est déjà bien embrouillé, mais par une “illumination” très entre guillemets, c’est à dire du centre émotionnel dont on a déjà parlé. Ce sont seulement mes concepts que je t’expose et, si l’on peut dire vulgairement “ils valent pour ce qu’ils valent” ou “les prendre avec des pincettes” ou “ne pas prendre tout comme argent comptant”. Pour être plus précis, je pourrais les appeler suggestions, seulement je suis le seul à connaître leur source et ainsi je peux les extérioriser.  
Tu sais déjà que j’aime motiver les choses, les évènements et me demander le pourquoi de ce qui arrive, sans pour cela prétendre avoir la réponse exacte. Maintenant Michela, je te demande de me préciser quelque chose.  
Je voudrais savoir pour quel motif tu as choisi ce moment pour entrer dans le monde de la métaphysique : une science “en tant que telle ?” C’est une pensée de l’homme qui ne se fossilise pas sur lui-même mais veut évoluer à travers des choses concrètes : physique - mathématique. Je serais curieux de savoir ce qui t’a motivée à la “connaissance” dans un moment si spécial pour nous.  
Un moment pendant lequel nous avons réussi à anticiper le printemps. Nous avions l’air de deux pigeons amoureux nonobstant notre âge et notre cheminement main dans la main a fait naître, chez les gens fascinés, de joyeux sourires. Peut-être représentons nous vraiment un tableau printanier de Van Gogh qui s’appelle “les coquelicots”... et, participant à ce jeu, nous nous divertissons avec eux. Alors Michela, quelle est ta réponse ? ».  
« Tu l’as déjà dit, toi, avec le tableau, c’est l’amour avec toute sa couleur rouge. Le cadre de ce tableau représente l’enclos dans lequel je veux enfermer tout cet amour que je suis en train de vivre . Dans ce tableau, outre nous deux, il ya ton et mon Ami le Cosmos . Je veux que nous partagions, ensemble, notre Amour pour Lui ». « Maintenant j’ai compris. Alors continuons à naviguer, encore et toujours, main dans la main dans ce merveilleux mouvement de tout ce qui nous entoure et jetons-nous, confiants, dans les bras de notre univers, de notre éternel Ami, cosmos  ».  
« Merci, présente-moi à lui afin que je puisse, comme toi, en tomber amoureuse. Je devrais me sentir même jalouse de cet Amour mais je ne le suis pas, je pense que c’est l’exact contraire. Moi aussi je vivais à côté mais son visage était peut-être voilé par un nuage de fumée qui n’arrivait pas à se dissiper. Je veux, moi aussi, éprouver tes émotions, le regarder dans les yeux, le sentir proche, le sentir dans mon cœur et le serrer dans mes bras comme tu sais le faire, toi ».  
« Courage, alors observe bien le dessin avec tout ton cœur, comme tu l’as précisé ».
SCHÉMA DE MON UNIVERS DESSIN N. 1 Section orthogonale  




Tu vois ? Ceci est mon UNIVERS. Il ressemble à une corbeille, un cône que l’on retrouve très bien dans la fleur d’hibiscus. Nous vivons à l’intérieur, sur une des planètes représentées ici par des cercles. Les lignes espace-temps s’entrecroisent comme pour un tapis : les verticales, la chaîne, représentent le temps qui est une constante ; les horizontales, la trame, qui, en effectuant un tour complet, en spirale, doivent respecter la constante temps. Elles sont donc contraintes à courir de plus en plus vite, proportionnellement à l’augmentation de leur diamètre mais, inconstamment, en suivant une spirale précise. Elles doivent respecter l’ ordre dicté par une antenne centrale “virtuelle”, suivant la valeur de π : 3,1415926535... etc.  
En observant cette séquence, je déduis très simplement qu’après un premier tour à une vitesse folle de valeur 3, elle ne peut faire de même pour un second tour qui sera seulement d’un dixième en plus.  
Après une “pause”, toujours en accélération, elle monte à une valeur de 4, pour se “relaxer” à nouveau et redescendant à une valeur de 1 et ainsi de suite. L’espace cosmique est en pleine expansion et, avec une accélération croissante, parce que, je te répète, chaque tour doit être accompli dans le même temps.  
Imaginons maintenant que nous nous trouvons au point A du cône, sur notre planète terre, comme indiqué sur le dessin. Nous flottons comme si nous étions dans un verre de forme conique, comme une flûte, sans penser pour l’instant à son pied support. Notre terre, comme tout le reste, exécute ses propres cercles ou tours, “ouverts”, car c’est en forme de spirale. Comme tu peux le constater, nous sommes environ à la moitié du contenant, car nous sommes partis du bas, du point du BIG BANG, pour accomplir un hallucinant et merveilleux voyage spatial. Un jour encore très lointain, notre terre arrivera, comme toute la matière, au sommet du cône pour se replier sur elle-même, comme les pétales de l’hibiscus ou comme une chaussette retournée.  
Imagine que tu mettes la main dans une chaussette et en attrapant le fond, tu la retournes et tu tires... « Sais-tu ce que tu as pris et ce que tu es en train de tirer ? ».
« Je n’en ai pas la moindre idée ».  
« Tu as entre les mains rien moins que les derniers atomes qui se sont formés par l’union des trois énergies : positive-négative et celle que j’appelle énergie d’amour, porteuse de la masse. l’union est synonyme d’amour et s’unissant avec les deux autres elle crée la matière.  
C’est la fin du big bang qui dure jusqu’au moment où la “matière première” est arrivée au sommet du cône et commence à imploser en se déroulant à l’extérieur, inversant ainsi le sens, comme le montre le dessin n.2 : elle cesse de monter et commence à descendre. C’est l’état d’amoureux dont je t’ai déjà parlé. Telle est ma vision de l’univers, le big bang n’est pas une explosion, un point c’est tout. C’est un continuel, incessant “souffle de feu” qui se termine au moment même où tu as commencé à tirer sur la chaussette ».  

 

« Et où allons-nous aboutir ? ». « Avant, je vais te dire ce qu’il y a d’autre dans le cône, à l’aide d’un autre dessin qui t’indiquera où se trouve notre “maison des rêves”. Maintenant, regardons à nouveau le premier dessin.  
Dans les grandes lignes, nous avons précisé que tout : les planètes, les étoiles, les soleils et toute la matière visible, donc nous-mêmes, sommes formés de ces trois énergies. Sur le point qui t’indique le vide j’ai écrit : trois énergies séparées ; absence de matière ; énergie obscure ou matière obscure. En suivant mon raisonnement et sans déranger personne, je l’appelle : quatrième énergie , absence de matière, fin de la souffrance.  
Moi aussi, après avoir exhalé mon dernier soupir, je perdrai immédiatement environ seize grammes et à cet instant précis, je ne souffrirai plus. Ma troisième énergie , la collante aura laissé les deux autres et je ne serai plus visible à l’œil humain, mais : je ne serai pas mort !  
Je suis et serai toujours vivant ! Ce point d’exclamation ne meurt jamais, il est éternel ! Je pourrai “arpenter” plus rapidement que la lumière, tout l’espace “vide” du cône , attendu qu’il est le vrai plein car, bien sûr, il est éternel. Si c’est moi qui exhale le dernier soupir avant toi, ne te préoccupe pas. Si tu m’aimes encore il sera suffisant que tu désires que je sois à tes côtés. Si tu veux me serrer la main, il suffira que tu ouvres la tienne. Si tu veux encore mon étreinte, il te suffira d’ouvrir les bras et de me serrer contre toi. Si tu désires mon baiser, tends moi tes lèvres. Si tu veux encore “entendre” le son de ma voix, il te suffira de créer l’“ évènement ”. Il sera suffisant que tu me dises “ciao” et je te ferai répondre au même instant par un tintement de cloche ou tu sentiras un souffle de vent. Et, si tu veux me sentir dans toi il sera suffisant que ton aura soit pleine de toutes les couleurs et remplie du désir de me sentir en toi.  
Ne t’étonne pas de ce qui peut t’arriver... ce sera la complétude de l’apothéose au point que tu ne distingueras pas si c’est de la joie ou de la douleur que tu éprouves car ce sera de la sublimation... ce sont de douces larmes que tu n’auras pas le courage d’essuyer et que tu caresseras doucement... parce que je serai encore là ! ».  
« Mario, tu me fais pleurer... je pense à mon mari... j’ai compris, je fais ce que tu viens de me dire... et je sens comme un frisson...  ». « Il était dans ton champ magnétique qu’il a eu tout loisir de connaître et se fondre avec le tien durant toutes vos années de vie commune. La souffrance et la peur font aussi pleurer. Ce sont de nouveau des éléments contraires qui, étrangement, produisent le même effet. Ce liquide qui vient, poussé par une émotion venue du ventre, qui implique tout le corps, je l’identifie à cette énergie qui “voyage” aussi seule, dedans et au dehors de nous. Etant la collante, elle a une épaisseur et est un liquide comme les larmes. Je peux l’étendre, disons à l’infini, jusqu’à ce que tu ne la vois plus, mais elle sera toujours tridimensionnelle, comme je te l’ai déjà dit ».  
« Excuse-moi, mais alors c’est là que se trouvent tous nos chers disparus, dans ces ténèbres absolues ? ». « Pas exactement. Ce ne sont pas les ténèbres comme nous l’entendons et que nous réalisons quand notre étoile est de l’autre côté. J’ai toujours pensé que la vraie lumière était noire pour le simple motif que si nous éteignons le soleil, tout sombrera dans l’obscurité profonde que, d’une manière erronée et pour la énième fois, définissons comme le vide.  
Une expérience avec un laser dans une pièce sombre a réalisé une réalité : du noir le plus profond ont été extrapolés quelques photons, les mêmes qui composent la lumière blanche, à savoir les sept couleurs. Une découverte merveilleuse qui reconfirmera, une fois encore, la règle : “chaque chose a son exact contraire”. Nos disparus sont dans la vraie lumière que, malheureusement, nos yeux ne peuvent voir.  
Un jour, au cimetière, j’ai fait une promesse à ma femme : “Même à l’autre bout du monde, je te retrouverai”. Pour l’Amour que j’éprouve pour mon univers , j’ai la pleine conscience de l’avoir maintenue, pour l’avoir retrouvée... Si j’étends la main, je “sens” sa pression et mes yeux, alors, me donnent la confirmation. Si tu entres dans cette optique qui, pour moi, est une réalité, ce sera facile aussi pour toi, Michela, d’éprouver ces fortes émotions. Ce vol en planant dans la paix, pour la joie éprouvée, ne finit pas là, tu peux toujours le reproduire. Tu comprendras mieux ce qu’il y a d’exceptionnel et d’irrésistible en regardant le deuxième dessin que je te soumets ».  
« Je perds un peu le souffle, enivrée et bouleversée par tout ce que tu viens de me révéler. Ton extrême simplicité dans l’exposé des choses de “l’autre monde” m’éloigne de la vie quotidienne prompte à rechercher des complications futiles. Dans cette immensité cosmique, je découvre, avec toi, l’infime, le simple. Par exemple, je m’éloigne, de plus en plus, de ces termes empiriques que l’homme utilise pour se confronter aux autres. Ses euphémismes pour voiler et embrouiller les esprits le portent à son isolement, pour finir comme un roi dénudé, dans le piège qu’il a lui-même tendu ».  
« Einstein avait raison de dire qu’il est plus facile de désintégrer un atome que de lever un préjugé et c’est pire aujourd’hui : “Intelligemment” nous désintégrons des atomes mais ne voyons aucune possibilité de désintégrer les préjugés enfoncés avec des “clous” dans le cerveau humain” ».  
« Je suis impatiente de voir le dessin, montre-le moi je te prie. Cependant, avant que tu ne me le montres, je voudrais te poser une question précise : selon toi, est-ce que les aliens existent ? ».  
« Bien sûr que oui ! Comme tu peux le voir, notre terre se trouve plus ou moins à la moitié de son parcours. Ceux qui sont plus près du sommet du cône et donc presqu’à la fin de leur évolution, sont passés, avant nous, par le point où nous sommes, nous, actuellement. Selon la logique, ils devraient être plus “avancés” du fait qu’ils sont plus “anciens” que nous. Je te dirai même plus, toujours de mon modeste point de vue et du discours que je t’ai tenu précédemment, derrière nous, c’est à dire plus bas dans le cône, se trouve encore l’homme à quatre pattes, comme nous étions, nous, avec tous les mêmes problèmes à affronter. Quand lui, aura rejoint notre étape, dans le lieu où nous nous trouvons, nous ne serons plus là mais plus haut, dans le cône.  
Pour lui, nous serons des aliens ».
SCHÉMA DE MON UNIVERS DESSIN N.2 La Sphère  


Regarde Michela, tu reconnais la “chaussette ?” Le cône dessiné, est distinct de la partie orthogonale du dessin. Tu le tires avec tes doigts de l’intérieur. Son fond a déjà lâché son point d’ancrage au moment du grand BANG. Maintenant pense encore aux pétales de l’hibiscus et au début de leur repliement sur eux-mêmes, vers l’extérieur, au moment de la pleine floraison. Notre univers possède encore une énorme Énergie à développer mais, en rejoignant la paroi haute de la sphère, dont tu ne vois que la section représentée par un cercle, elle retombera obligatoirement sur elle-même, à partir de la fermeture hermétique de la sphère elle même. La pression de celle que j’appelle la cinquième énergie ou éponge contractile, est simplement : la lumière liquide , qui lui “indique” le chemin à suivre dans la phase de sa descente vers l’extérieur donnant le signal du début de l’implosion. Dans cette illustration naïve qu’il me plaît d’appeler “ naïveté ”, j’entrevois deux ailes déployées qui me portent à nouveau à la traduction grecque du mot papillon, soit l’ âme .  
Et revoilà la troisième énergie ! Je récapitule : notre univers explose avec un grand bang qui dure jusqu’au moment où commence l’implosion. Tu as présentes à l’esprit les “étoiles filantes” de papier qu’on lance pendant les fêtes ? Les doigts qui les retiennent sont le point de départ du big bang et en les lançant elles forment une spirale de plus en plus grande. Entre ces spirales survient l’immense miracle du plus merveilleux spectacle pyrotechnique que notre esprit ne pourra jamais imaginer. Entre les éclairs enflammés et refroidis, entre les rochers et les immenses glaciers, des mondes et des galaxies avec des milliards d’étoiles se sont formés et se heurtent entre eux pour se fragmenter et finir en poudre. Le cycle continue car cette poudre se recompacte pour créer de nouvelles étoiles, de nouveaux mondes avec montagnes et océans ; des cieux bleu azur et de vertes prairies ; des arbres séculaires et des plantes aux merveilleux fruits et fleurs arrosés par les fleuves, les lacs ... tant d’animaux et une multitude de belles personnes, hommes et femmes qui s’aiment et, on ne sait pourquoi, quelquefois se haïssent... ou peut-être le savons-nous ? Serait-ce l’ignorance la vraie cause ? Serait-ce la non conscience du fait que nous sommes tous égaux, tous des poussières d’étoile ? Serait-ce la non acceptation d’une offense c’est à dire la négation du PARDON ? Combien d’incongruités dans le refus de la socialisation !  
Voilà le véritable enfer ! Il est ici, dans ce cône qui nous donne tant de joies mais aussi tant de souffrances... sauf si on les reconnaît et qu’on en accepte le dessein . La poudre d’étoile est “construite” de deux forces contraires. C’est notre “devoir inéluctable” de les maintenir le plus possible en équilibre. Les plantes, non plus, n’ont pas la vie facile, étant elles aussi faites de la même poudre . Quand un fort vent les oblige à se courber, elles transportent toutes leurs cellules d’un seul côté afin de se redresser. Le tournesol comme tous les végétaux est intelligent. Dès les premières heures du matin, il est toujours tourné vers l’est pour attirer à lui, avec ses arômes odorants, les insectes à peine réveillés et affamés. Il a besoin de leur apport pour polleniser et ainsi assurer la conservation de l’espèce. Vers midi, comme les insectes sont saturés et en sieste, les cellules de sa tige se déplacent toutes vers l’ombre qui s’allonge et fait baisser la fleur en la faisant tourner vers l’ouest. Durant la nuit, elles font le contraire, afin de se retrouver prêtes à affronter le nouveau soleil. Quelle astuce ! Peut-être ont-elles plus de neurones que nous étant donné qu’elles ne font de mal à personne. Maintenant Michela, je vais répondre à ta précédente demande : “Et nous, où irons-nous ?”  
Au “paradis” ! Nous irons tous au paradis !  
Après je te montrerai, avec le dessin, OÙ il se trouve. Un soir, j’ai reçu un coup de téléphone de Francesco, l’Ami prêtre : “Après la conférence que tu as tenue il y a quelques jours, j’ai réalisé que nous irons tous au Paradis. Ai-je bien compris ?” « Le sujet est un peu “difficile” mais tu as bien compris, mon cher Ami. Cette certitude rassure et apporte paix et sérénité. Je pense pouvoir faire du bien même à celui qui est mauvais. En effet, quand l’âme humaine bride les peurs, abstraction faite de leurs sources, elle domine et fait se faner la colère qui, autrement, les ferait tomber dans la méchanceté. Je conclus en te disant que je retiens un message de paix , comme toi-même l’avais souligné ce même soir. Merci Don Francesco, avec ce que tu m’as précisé, tu m’as aussi transmis une ultérieure sensation de quiétude, de relax. À bientôt, je te rappellerai ».  
Là, dans le deuxième dessin, j’ai écrit : “Notre maison”. C’est un hologramme “tridimensionnel en spirale”. Un hologramme constitué de deux rayons laser différents. Une onde de lumière rectiligne et une, au “contraire”, circulaire : quel hasard !  

Dans cette situation la tri-dimensionalité est fictive à nos yeux, du fait que nous ne pouvons pas la toucher. Pour nous, qui avons une réalité diverse de la matière, nous la trouvons immatérielle. Comme tu as vu dans le premier dessin, le point où j’indique les “ trois énergies séparées ”, il en résulte le “vide”, privé de matière. Et pourtant, physiquement, elle est tout autour de nous et c’est pour cette raison que je te répète que tu peux “prendre” la main de ton mari et moi celle de ma femme, ou bien embrasser nos parents ou notre ami Angelo. Il est préférable de répéter que dans tout ce “vide” “voyagent” séparément , l’Énergie positive et la négative. Elles sont contraires un peu comme l’hologramme. La Collante, la Troisième Energie, s’est “décollée”, les laissant libres. Résultat : fin de la matière visible. Elles sont néanmoins omniprésentes et nous suivent jusqu’au sommet du Cône, de l’évolution. Ici, commence le retour à la maison : commencement de l’implosion. Disons que commence la descente vers ce même point d’où est parti le début de notre BIG BANG. Il me plaît de m’émouvoir en pensant au retour à la maison dans le vrai sens du mot, même si nous devons laisser une “compagne” indispensable car elle prendra une autre direction : la troisième énergie . Elle, avec “un signe de la main” nous saluera et sera absorbée dans la lumière liquide de l’” éponge ”, en attente du prochain cycle. Les deux autres continueront la “descente” pour réaliser cet hologramme qui contiendra toutes nos données nous qui avons été et qui serons. Rien ne sera perdu, pas même une feuille...  
Dans ce merveilleux lieu, nous nous retrouverons, même sous une autre dimension... tri-dimensionnelle. Pas de matière, pas de souffrance, pas de peur. Pour un certain temps nous serons au paradis avec tout notre vécu. Tu n’auras aucune crainte Michela d’ouvrir la porte de ta maison !  
Diverses théories expriment leur concept d’une manière mathématique ; nous, nous écoutons notre cœur. Il y a celui qui affirme que tout l’univers se réduira à un volume comparable à un morceau de sucre. Mon “cœur” me dit qu’il passera par un point encore plus petit que l’extrême pointe d’une épingle : zéro. .. ou presque. Zéro volume... mais à trois dimensions. La troisième Energie, la Collante n’est pas là. Les deux Autres n’ont plus de masse et pour bien nous comprendre, sont invisibles ! Le tout s’accomplira à une vitesse inimaginable ... mais encore une fois... sans peur. Combien de fois nous remarquons qu’aujourd’hui, dans la vie actuelle, nous courons trop. Ce n’est rien par rapport à l’incessante accélération de notre Cosmos qui se déplace à une vitesse toujours plus impressionnante... Tu vois que nous n’avons pas peur ! Nous ne nous en rendons même pas compte, dans notre... immobilité.  
Pense aux navettes dans l’espace qui tournent autour de la terre à vingt huit mille kilomètres à l’heure. Pense à l’astronaute qui sort de la navette et nage dans l’espace, le corps libre, à la même vitesse, sans s’en rendre compte. Pense à la lumière qui voyage à un milliard soixante dix neuf millions deux cent cinquante mille kilomètres à l’heure, (à plus ou moins un kilomètre). Maintenant, pense que, lorsque nous franchirons cette porte, nous le ferons encore plus rapidement et personne ne s’en rendra compte.  
Regardant, dans le dessin, le schéma de notre univers qui couvre la moitié de la sphère, on peut noter que “l’éponge” s’est retirée quand nous étions en phase d’expansion afin de nous laisser de plus en plus d’espace. Dans la phase d’implosion, “l’éponge” se dilatera pour nous pousser de plus en plus vers le fond du cône. Plus nous descendrons, plus Elle comprimera ce qui est resté de la “matière” vers le point d’où était parti le commencement des temps. L’impact visuel du dessin semble donner l’idée que, comme un entonnoir, quand nous naissons, nous sommes contraints, la tête en bas, de commencer une nouvelle vie. On ne connait personne, qui, après sa naissance, se souvienne d’avoir souffert en quittant le ventre de sa mère ? La même chose nous arrivera quand nous repasserons par le même “entonnoir” : universel  ».  
« Jolie, cette comparaison ! Une métaphore qui me fait réaliser que, même pas dans cet instant, je n’ai éprouvé aucune souffrance et cela me confirme que bien des fois, nous avons des peurs inutiles, sans raison apparente. Je me sens tellement légère au point de me voir voler vers le ciel... vers le Paradis  ».  
« Maintenant je te montre le troisième dessin à moins... qu’il ne soit déjà tard. Pendant que je reprends mon souffle, aurais-tu la gentillesse de vérifier si, par hasard, ils n’auraient pas commencé à dîner ? ».  
« Je vais voir, je reviens tout de suite ». « Je me lève pour me dégourdir les jambes ». « Mario, allons nous laver les mains ; ils sont déjà à table ».  
Le lendemain matin, c’est Michela qui me réveille.
« Bonjour. Tu as entendu l’averse et le vent fort qui a duré longtemps ? ». « Certainement, pendant que toi, tu dormais ». « Encore une fois, une synchronisation contrariée ! »
Dehors, dans le jardin, tout est encore trempé. Nous décidons de laisser Blancheneige se reposer. « Michela, allons faire un tour au bord de la mer pour voir si l’orage a fait des dégâts ». « Bonne idée, profitons du moment présent mais avec un parapluie. Le ciel est encore un peu nuageux et la plage est à plusieurs centaines de mètres ».  
Arrivés sur la plage, j’ôte mes chaussures et, pieds nus, je marche dans le sable humide, entrant de temps en temps dans l’eau au gré des vagues. Il y a divers détritus éparpillés partout : objets de cuisine, jouets d’enfants, poissons morts par l’eau que nous avons polluée, branches et morceaux de tronc d’arbre dont on a supprimé l’oxygène et par dessus tout, une quantité innombrable de bouteilles en plastique, de toutes les formes et de toutes les couleurs. Instinctivement je ramasse un morceau de bois sans savoir pourquoi. C’est une petite branche d’arbre parmi tant d’autres que la mer a rejetées par cette nuit de tempête. Tout en l’observant je rejoins infatigable, Michela qui est restée derrière.  
« Regarde ce que j’ai trouvé ! ». Elle regarde la chose avec attention... décontenancée, voire perplexe. Puis, avec un sourire qui ressemble plus à une gentille grimace, elle me déclare :
« Mais Mario, qu’est-ce que c’est, cette chose insignifiante. Où l’as-tu trouvée, dans une décharge ? ». « Quoi que tu en penses, je ne sais pourquoi je l’ai distinguée, instinctivement, sur la plage qui, hier, était si accueillante et invitante, alors qu’aujourd’hui elle offre un spectacle de la dégradation de l’homme moderne. Observe bien sur quoi nous sommes en train de marcher ».
« Pauvre terre, combien de blessures nous t’infligeons ! Pourquoi particulièrement cet objet choisi parmi tant d’autres ? Tu m’as appris un principe fondamental : “rien n’arrive par hasard ». Nous le regardons à nouveau sans recevoir aucune émotion particulière. « Attends un moment, il lui manque quelque chose : la tête. Je dois trouver un bouchon en liège puis je t’expliquerai ».  
« Écoute Mario, il est difficilement pensable que quelqu’un ait fait la fête hier soir avec des bouteilles de champagne sur la plage en pleine tempête ». « Aie confiance, quelquefois la foi paie ! ».  
Et, après une dizaine de minutes je reviens et dépose un bouchon sur le branche que nous avions, préalablement, enfoncée dans le sable.  
« Mais c’est un homme ! L’Homme d’aujourd’hui avec son sexe pendant ! Il semble danser peut-être son dernier bal... s’il ne se réveille pas ». « Bien vu ! ».  
Avec un morceau de bois dur, j’ai fait deux yeux sur le bouchon de liège afin qu’il puisse voir... pour se voir lui-même, pour se regarder ; puis j’ai fait la bouche pour qu’il puisse parler... et non brailler ».  
« Incroyable ! Aussi le fait que la tête soit blanche et le reste du corps sombre est un message clair de globalisation, d’acceptation, de compréhension... d’inévitable partage. Je la définirais comme une sculpture... née du néant ».  

« Parfaite lecture ! Mais on peut aussi penser que la pâleur du visage reflète sa peur du lendemain. L’incertitude de l’avenir affaiblit sa créativité et sa confiance en soi. Pratiquement il perd la tête et se désespère. Son salut est de se jeter à corps perdu dans l’irréalité technologique. Il n’éprouve plus les émotions avec son cerveau bas (le ventre). Il perd le sens du temps avec les yeux fixés sur son écran et devient apathique. S’il est manipulé ou pire suggestionné, il peut faire exploser toute sa méchanceté. Te souviens-tu de ce qui est arrivé à Nice, sur la Promenade des Anglais ? Rappelle toi, ce conducteur de camion qui a massacré quatre vingt sept personnes, renversant délibérément hommes, femmes et enfants. Cela me fend le cœur à la seule pensée de tous ces innocents et de leurs familles. Tu te souviens, hier, lorsque nous sommes entrés dans ce grand parc ? Il y avait un groupe d’une centaine de personnes toutes occupées avec leur portable. Des amis qui se tournaient le dos et des familles entières dans la même attitude. Le “clou” de la scène, qui nous a choqué, fut lorsqu’on a vu une enfant d’environ trois ans, assise sur une branche d’arbre à plus d’un mètre cinquante de hauteur. Pendants les cinq minutes où nous sommes restés à la regarder, elle n’a pas quitter des yeux sa tablette... et on n’a pas su qui étaient ses parents.  
À la sortie du parc, énième “choc” : une gamine d’environ dix huit mois, dans son landau avec les yeux fixés sur une tablette. La mère la poussait négligemment, sans avoir l’air de savoir, car elle était occupée avec son téléphone portable. À ce moment je t’ai regardée dans les yeux et j’y ai noté une certaine perplexité...  
Puis elle s’est arrêtée un moment. Après avoir demandé la “permission” par un signe de tête à la maman, nous nous sommes penchés pour regarder, nous aussi, le petit écran. Nous avons essayé de “dialoguer” avec l’enfant pendant une vingtaine de secondes en lui disant : « Que c’est beau ! Que c’est joli ! »... aucune réaction... seulement ses yeux fixes, écarquillés sur son écran.  
« Maintenant que nous avons devant nous cette sculpture, je ressens à nouveau cette tristesse pour la misère humaine, L’homme n’est rien et ne vaut rien s’il ne sait pas comprendre que l’autre n’est en fait que lui-même ».  
« Tu sais, j’éprouve les mêmes sensations, mais j’y ajoute quelques... larmes. Voici l’homo sapiens ! Un homme nu et dépouillé de toutes les émotions qui résidaient dans son âme ou dans son cœur. Maintenant il vit en “société” mais a perdu la “socialisation”. Il a la queue en paille, comme la sculpture mais fait des selfies de ses propres misères pour les envoyer à autrui, pour les montrer dans l’espoir de vaincre sa propre solitude. Quelle vaine gloire ! ». « Aujourd’hui nous savons que le “mâle” a perdu, ces dernières années, de la virilité et de la fécondité. A la lumière de tout ceci, il utilise lâchement, son “sexe”, comme si la femme était un morceau de bois, pour donner libre cours à ses instincts... je ne sais lesquels... brimade, jouissance, luxure ou provocation ? Qu’en penses-tu Michela... ? »
« Incroyable ce que cette sculpture nous a enseigné ! Un objet en apparence amorphe nous a appris combien est minable et triste le comportement de l’homme moderne qui ne sait plus où aller ».  
Nous avons passé le reste de la journée toujours imprégnés de ces réflexions entrecoupées des joies simples de la vie. Nos vies qui s’étaient rejointes comme l’étaient nos mains, malgré les déceptions qui, quelquefois, nous rendent la vie bien triste. C’est un peu comme le soleil que nous avons vu se cacher timidement derrière les nuages, un peu comme nous qui évitons de regarder en face cette cruelle vérité. Heureusement nous nous sommes amusés le soir, pendant le dîner avec les amis.  
« Nous avons bien mangé ce soir. Maintenant, Mario, allons dans le hall et asseyons-nous autour d’une petite table. Je suis impatiente de reprendre notre voyage en nous faisant guider par notre Ami Cosmos, avec le troisième dessin ».
« Le voilà ».  
« Mais que c’est compliqué ! ». « Au premier abord peut-être, mais après l’avoir bien examiné ensemble, nous découvrirons...  

LA FACE CACHÉE DE L’AMITIÉ
SCHÉMA DE MON UNIVERS DESSIN N.3 Les Jumeaux  

CORDON OMBILICAL “élastique”  

« Regarde à nouveau le dessin n°2 : dans l’hémisphère du haut, il y a le cône dans lequel voyage notre univers en suivant une spirale. Dans l’hémisphère du bas une “Force” opposée toujours plus puissante nous a rappelés en arrière comme si nous étions liés par un élastique qu’Elle retient et tend de plus en plus.  
Notre étoile filante a commencé son voyage de retour s’enroulant sur elle-même vers le bas. Elle finira dans le trou d’où elle était partie et, après l’avoir traversé, se développera à nouveau en une spirale plate : un hologramme. Tout ce qui concerne la matière visible de notre univers est devenu “invisible”. Si on la regardait avec nos yeux, nous verrions qu’elle n’a pas d’épaisseur. Notre Paradis, l’hologramme, s’est formé... en courant et en expansion, toujours plus vite en respectant, comme il l’avait fait dans la phase d’expansion évolutive, la fameux nombre : π. Maintenant, comme la sphère dans laquelle nous nous trouvons tourne comme elle veut, dans le troisième dessin, j’ai mis en horizontal, l’axe de notre ex-univers. Je l’ai esquissé car je présume qu’il a déjà terminé sa phase implosive ».  

« Pourquoi ? ». « Parce que je te présente l’autre AMI qui, jusqu’à présent, n’avait pas de visage. Mon ami Cosmos a un ami, son JUMEAU. Ils sont jumeaux dans un unique placenta. Je ne voulais pas en faire figurer un en haut et un en bas, comme nous l’indiquons, nous, dans l’échelle du “pouvoir”... mais quel pouvoir ! “L’échelle” des valeurs est horizontale ! Nous sommes tous égaux, parfaitement égaux, comme le sont nos deux univers : égaux et contraires . Ainsi, comme tu peux le remarquer, nous étions à droite de l’hémisphère... nous nous divertissions... mais nous souffrions... aussi. À la fin de l’évolution de notre univers, l’Ami nous a rappelés à la maison pour profiter un peu du Paradis, à côté de lui, tournant sur la droite, pour bien se comprendre comme une toupie, heureux. Lui, depuis longtemps déjà, tourne aussi vers la droite, dans son doux Paradis, depuis que nous, nous avons “explosé”. Nous qui Le faisions jubiler dans son propre hologramme : son beau paradis . Comme tu peux remarquer, j’ai tracé son ex-hologramme. Avec notre puissance de retour, nous l’avons fait exploser comme Lui l’avait fait avec Nous. Tu peux aussi voir que sa force explosive a fait se courber notre hologramme... Maintenant, toujours comme Il l’avait fait avec Nous, c’est à Nous de tenir l’élastique pour... le rappeler... un jour... Comme tu peux noter, nous spéculons : comme nous tournons tous les deux vers la droite, l’un tourne obligatoirement dans le sens contraire de l’autre. Je te rappelle que notre puissance augmentant toujours plus, c’est Lui, assoupi dans son beau jardin et ne supportant plus notre pression, notre poussée... qui explose. En son temps, grâce à Lui, nous avons fait la même chose Nous. Et le voici, dans toute sa splendeur, à gauche de la sphère  ».
« Magnifique ! Je commence à réaliser la suite de notre merveilleux conte de fée. Je dois reconnaître que je suis très émue encore une fois. Je savoure, avec joie, le fait de penser où me porte ta vision de notre vie passée, présente et future. C’est une fantastique surprise de découvrir notre “Frère”, un véritable Ami qui me permet de ne plus me sentir seule et devient, au contraire, l’indispensable “collaborateur” afin que la vie puisse se répéter, toujours, à l’infini. Merci mon cher Ami, mon très cher Cosmos . C’est merveilleux de penser que nous sommes l’un avec l’autre, les artisans réciproques de cette commune alternance. Mon cœur explose de bonheur à la pensée d’une éternité qui te porte à ralentir la course frénétique de la vie. C’est un motif supplémentaire qui te pousse à la protéger le plus longtemps possible et ne l’oublions pas, à la prolonger. Cela me procure une paix intérieure qui me fait me sentir fière d’être un des pions important sur le grand dessein infini. Je t’en prie, continue ta description ».  
« J’ai compris que tu as compris ! Vu l’emphase avec laquelle tu as réalisé et exposé avec clarté le concept de l’éternité et vu le vert brillant et humide de tes yeux, j’éprouve moi aussi tes émotions. Je suis fier de savoir que tu es d’accord avec cette symbiose d’Amour Cosmique. Reprenons maintenant à partir du moment où notre “puissance” d’Amour a fait exploser le big bang de notre jumeau : l’univers contraire, de la même façon qu’il l’avait fait avec nous. Comme tu vois, nous sommes toujours avec l’adage : “Chaque chose a son exact contraire”. C’est comme si nous disions que tout fonctionne parce que TOUT voyage deux par deux, “main dans la main”. Répétons les faits saillants fondamentaux. Comme on peut voir sur le dessin, à gauche, il y a le cône de l’autre univers qui, en explosant, a fait se courber l’axe de notre hologramme, avec sa force explosive, nous faisant ressembler à une ventouse. Comme Il l’avait fait avec Nous, nous le retenons avec l’élastique, afin qu’il N’échappe pas... à la fin de son évolution. Nous aussi avec notre force, tendus comme un arc, le rappellerons... et au terme de son retour ce sera sa force à lui, à Nous faire réexploser... ainsi nous laisserons une fois encore notre Paradis, pour retourner s’unir et former à nouveau la Matière avec les trois Energies unies ». « Parfait, c’est exactement ce que j’avais pensé mais permets moi une demande.  
Je vois “deux antennes” sur ton dessin, logiquement contraires, suivant la règle. Je me trompe ou ce sont elles qui “dictent la règle ? ». « Bien sûr que si ! ».  
« Ce sont elles qui contiennent toutes les décimales du fameux “π”. Si nous voulions modifier un seul chiffre, tout finirait en poudre ! ». « Je pense vraiment que ce serait ainsi, Michela. Ton instinct d’ingénieur me conforte car si ce n’était pas ainsi ce serait la fin des mondes.  
J’ajoute que ce chiffre : 3,1415926535... aux décimales infinies dont un puissant ordinateur a déjà dépassé les dix milliards, est infini... et cependant fini, toujours selon moi. Tous ces numéros “retournent” sur eux-mêmes comme l’univers. Durant son implosion, il devra respecter tous les chiffres l’un après l’autre mais en sens inverse. Comme je te l’ai déjà dit, dans tous ces chiffres se trouvent toutes nos données à toi, à moi, à tout le monde : dates de naissance, ADN, date de notre départ vers le “ciel”... que, fort heureusement, nous ne connaissons pas, mais c’est déjà écrit. Encore, comme dans l’hibiscus, quand leurs pétales sont fanés, il reste une base de cette antenne évidemment “virtuelle” qui est comme un coffre-fort contenant toutes les données. Je l’ai défini comme “ antenne permanente ”, le coffret des “ nombres d’or ”. C’est le “socle” à la base de l’antenne qui se développe, ensemble avec l’univers, afin de respecter les codes des comportements. Ce sont toujours les mêmes choses ou faits qui se répètent alternativement. Entre nous, Jumeaux... comme entre nous tous, il ne devrait exister que l’ amour .  
Michela... ! Je te vois un peu perplexe ». « Ajoute même un peu choquée mais, dans le bon sens du terme. Je pense à nous, êtres humains, à partir du moment où nous avons commencé à raisonner nous nous sommes évertués, par tous les moyens, à rejoindre l’immortalité. J’ai étudié les anciens qui faisaient mettre dans leur sarcophage de la nourriture et leur trésor afin de pouvoir les retrouver à leur réveil. Je pense à ceux qui se font immortaliser par le biais d’une peinture ou d’une sculpture si ce n’est par de grandioses monuments. Aujourd’hui, en une course frénétique, nous courons à la recherche de quelques ersatz de longue vie vendus sous toutes les formes. Maintenant j’ai un autre doute, peut-être incroyable mais excitant. “Si la matière est éternelle et que je suis la matière, je suis donc éternelle”. Ce syllogisme me porte à te formuler une autre demande : “Quel rôle j’ai, moi, dans cet aller et retour ? Quel sera mon nouveau parcours dans cet immense “Cône”, aussi complexe et plein d’imprévus ? Comment sera ma nouvelle vie ?” ».  
« Ce sont des questions qui font tourner la tête et que tout le monde se pose bien avant de les formuler. Je pense que la réponse dépend essentiellement du fait que l’on est plus ou moins satisfait de la vie présente quelles que soient les difficultés qu’elle comporte. Tu te rappelles qu’un des échelons pour “s’élever” est l’ acceptation  ».  
« Et comment cela pourrait-il être le contraire ? ». « Ceci dit, je peux te répondre si, à priori, tu es convaincue que tout est prédestiné, je te pose la question suivante : Il ne t’est jamais arrivé dans la vie d’affirmer que tu avais déjà vécu une situation ? Tu ne t’es jamais exclamé : “J’ai déjà vu cela ou vécu cet épisode ?” Combien de fois en visitant un lieu inconnu, tu ne t’es pas dit étrangement : “Mais, je suis déjà venue ici ?” Tu arrives à réaliser quelle joie me procure cet univers ? Quelque soit l’effort d’imagination que tu fasses, tu n’arriveras jamais à en comprendre la portée... mais tu pourrais l’expérimenter au moins comme moi. Il suffit que tu acceptes d’une façon inconditionnelle, tes mésaventures, la perte de ton mari, te projetant au-delà. Un jour, toi comme moi, referons les mêmes parcours que nous avons faits dans cette vie actuelle et éprouverons à nouveau les mêmes émotions mais améliorées. Ce n’est rien moins que la codification évolutive, avec une tendance vers la perfection. Sans déranger aucune religion, le respect de toutes étant garanti, chaque forme de « pensée » peut avoir implicitement une Loi qui suit la Séquence Mathématique. « Mon Univers » exclut, à priori, que tout est dû au hasard dans la formation des planètes et des galaxies, faisant abstraction du fait qu’un éventuel CHAOS prévoirait un contre-CHAOS et donc, ne peut exister. Un et un font deux, un calcul simple pour arriver à des calculs plus complexes qu’il ne nous est pas permis de connaître à fond.  
Je me fais aider en prenant comme exemple : le trèfle à quatre feuilles. La rareté du trèfle à quatre feuilles échappe au “code numérologique” car il n’est que l’imperceptible défaut sur l’échelle cosmique. Une “erreur” qui sera évitée dans la nouvelle Création. La même chose se passera pour l’homme, ainsi que pour tout le reste. N’importe quel handicap sera résolu en fonction de la précision à saisir sur le plan mathématique. Ce sera n’importe quelle particule infiniment petite, échappée de l’intérieur d’une lointaine décimale... et qui jouent avec les Energies : deux énergies plus une énergie feront toujours trois énergies et non quatre.  
Ce trèfle à quatre feuilles que nous avons aujourd’hui en mains, au prochain tour, n’aura que trois feuilles comme tous les autres. Ainsi même le méchant sera bon, les incompréhensions seront « comprises »   ; une union résistera au temps que ce soit en Amour comme en Amitié, comme aussi dans les rapports parents/enfants et vice et versa. Tout ira mieux et peut-être, un jour, arriverons-nous à la perfection.  
Il nous incombera seulement le désir d’Amour. Les Mathématiques... ont aussi une Sensibilité. « Les Mathématiques ne sont pas une opinion ». L’ Évolution vers le Bon et le Beau est la Direction . Laissons-nous conduire par la main et alors nous serons sereins et heureux.  
Nous renaîtrons meilleurs.  
Nous sommes déjà passés là où nous nous trouvons maintenant, répétant les mêmes choses, enregistrées d’une manière indélébile sur l’antenne, nous croiserons à nouveau les mêmes personnes et vivrons les mêmes évènements. Tu retrouveras ton mari et moi, ma femme, en passant par nos parents, eux aussi, comme nous, meilleurs et en meilleure santé ».  
Je vais te raconter deux anecdotes qui me sont arrivées récemment ! Un jour je me promenais en vélo sur la piste cyclable de mon village tout en observant la monotonie des champs de maïs qui m’entouraient. Ce n’étaient que de longues tiges en fleurs impeccablement alignées et le vert intense de leur feuillage fleuri se mélangeait à mes pensées. A un certain moment, j’aperçus devant moi un homme qui, lui au contraire, regardait vers le ciel. Je le connaissais bien car il a à peu près mon âge et a, comme moi, perdu sa femme il y a peu de temps.  
« Quel courage » me suis-je dit. Il se promène la tête haute, comme par défi vis à vis de son malheureux destin... puis il a ralenti le pas et a incliné la tête et tout son corps a suivi en se repliant sur lui-même... et s’est arrêté. Je l’ai vu extraire quelque chose de son portefeuille et l’embrasser plusieurs fois.  
Je l’ai rejoint et lui ai mis la main sur l’épaule pour le consoler... Après lui avoir raconté tout ce que je t’ai dit, à toi Michela, ses yeux ont commencé à briller... exactement comme les tiens maintenant... et avec une joie infinie a de nouveau embrasser sa femme.  
Nous avons partagé ensemble un bonheur irrépressible, moteur idéal pour vivre bien le reste de sa vie, sans frénésie, comme c’était le cas dans « LE SAMEDI AU VILLAGE » de Léopardi : La JOIE de l’attente pour un jour de FÊTE. Quelques jours après, j’ai rencontré au cimetière deux dames. L’une était en larmes devant la tombe de son mari, mort récemment, tandis que l’autre essayait de calmer ses sanglots.  
Je les connaissais et prenant mon courage à deux mains, je les ai abordées. Le supplice était tellement intense que je pensais ne pas être capable d’intervenir... mais, finalement j’ai osé et ma récompense fut une réponse éloquente et émouvante de la part de ces deux femmes :  
«  Quel réconfort... Quelles belles paroles... Merci Mario ».  
« Quelle joie indescriptible tu me fais éprouver ! Elle me porte à une Paix Paradisiaque... Inutile de chercher d’autres termes ou euphémismes... je sais que je ne les trouverai pas, car Joie et Paix me font me balancer sur un nuage blanc, dans un océan d’Amour. C’est comme si je me trouvais dans cette bulle que tu m’as dessinée. Je me sens cajolée comme si j’étais encore dans le ventre de ma mère ».  
« Je suis content de te procurer ce bonheur. Le même que j’éprouve, moi, quand je pense repartir de mes parents pour arriver à ma femme, mes enfants et mes Amis.... Et si cette évolution à travers une continuelle amélioration nous portait, comme il me fait plaisir à penser, à la perfection, nous pourrions nous retrouver unis avec notre Jumeau, pour coexister, finalement, sur le même plan Paradisiaque....  
C’est seulement une question de temps...  
Le temps, cet indomptable, que nous ne pouvons arrêter. Que sera donc cet inconnu ? Nous craignons le temps qui passe car il est le télescope qui nous approche toujours plus près du “but”. Nous nous préoccupons du temps futur avec toutes ses inconnues qu’il tient jalousement cachées. Et pourtant, lui est une constante ! La distance entre le tic et le tac d’une horloge est toujours égale. Dans l’espace-temps, nous savons que plus on va vite, plus on reste jeune.  
Nous connaissons l’exemple des deux jumeaux de vingt ans environ dont l’un est resté sur terre et l’autre a voyagé pendant vingt ans dans l’espace à très grande vitesse. Quand il est retourné sur terre son jumeau a été très surpris de constater qu’il avait gardé l’aspect d’un homme de trente ans environ : ses cellules avaient vieilli beaucoup plus lentement ».  
« Maintenant, ma chère Michela, attendu qu’il ne nous est pas permis “d’arracher” un seul fil de ce tapis Espace-Temps... il devrait être l’heure de dîner ». « Selon moi, il est encore tôt et de plus je n’ai pas encore faim ».  
« Rassemblons tous les dessins et... revenons sur terre. Nous allons vérifier si le restaurant est déjà ouvert... Nous nous sommes regardés... complètement égarés... les serveurs étaient en train de dresser les tables pour le... petit déjeuner...  
Ensemble nous nous sommes écriés : “Sortons manger une pizza...” »  
« Elle est bonne cette pizza ! Excuse-moi Mario, je constate que la tienne est avec des artichauts et je réalise qu’en fait, au restaurant, tu cherches le plus possible à éviter la viande et le poisson. Pourquoi ? ». « Tu es futée, toi ! Etant donné que tu me le demandes je vais te raconter une courte histoire. Depuis mon adolescence, j’ai fait diverses tentatives, durant plusieurs mois, de m’alimenter en mode végétarien. À cette époque, on ne trouvait pas sur le marché tous les produits qui, aujourd’hui, contiennent les protéines indispensables pour remplacer la viande. Ceci étant, depuis lors, je mange peu de viande et depuis quelques années je me pose la question : “D’accord ancestralement nous sommes des carnivores mais entre ne manger que de la viande ou que de l’herbe, n’y aurait-il pas une moyenne ou un compromis ?” La vérité est toujours au centre et peut-être dans ce cas est-ce vrai car l’espace est assez grand. En alimentant cet état “théorie-concret”, nous avons aujourd’hui retrouvé des crânes d’hommes remontant à une époque précédant celle de Neandertal. Après les examens dentaires, on n’a trouvé aucune trace de protéine de viande mais, au contraire, prouvé qu’ils étaient herbivores. Nous serions donc nés végétariens.  
Une seconde réflexion me permet de penser qu’une salade coupée, bien qu’elle n’en soit pas très contente... repousse. Pour rester “au centre” le plus possible, je choisis la deuxième solution. C’est aussi en suivant le même principe de centralité que je me suis procuré un filet adapté aux aliments.  
J’ai acheté un morceau de viande de bœuf qui, j’espère, était arrivé en fin de vie et non un de ces veaux qui sont tués, quelquefois d’une manière brutale avant de se “rendre compte” qu’ils avaient reçus le don de la vie. Eh oui ! Eux aussi, comme les végétaux, ont des neurones. Le matin, lorsque j’ai vu les premiers rayons du soleil, je suis sorti sur ma terrasse et j’ai posé le morceau de viande sur ledit filet après l’avoir salé sur ses deux côtés. J’ai fait de même quelques jours après avec du poisson, du poulet et de la dinde.  
Résultat ? Ce morceau de viande que j’aurais mangé en une seule fois, après le séchage je l’ai coupé en fines lamelles et je l’ai dégusté petit à petit au moyen de quatre à cinq tranches par repas.  
Résultat ? Ce bifteck m’a fait une vingtaine de repas ! Le motif ? Très simple ! Mon estomac, comme celui de tous mes semblables, à un certain moment me dit “stop”, il me dit assez, je suis rassasié. Rappelle-toi le nerf vague, c’est lui qui envoie au cerveau l’ordre de “stopper” un peu comme le bouton “off”. Pourquoi ? Parce que la viande contient entre quatre vingts et quatre vingt quinze pour cent d’eau qui “vole” vers la vessie. Au contraire, lorsque la viande est séchée, elle est plus compacte, ainsi le temps de mastication est plus élevé et l’on déguste avec calme cette saveur concentrée. Logiquement la verdure pourvoira à l’eau que j’ai fait évaporer. Cette eau “pas toujours très propre” est “assaisonnée” avec les antibiotiques. D’après des recherches récentes, il s’avère que quatre vingts pour cent de la totalité des antibiotiques consommés dans le monde, sont absorbés par les animaux. Si nous ne savons plus ce que l’on mange, un jour ou l’autre nous ne saurons plus ce que nous sommes ».  
Épargnons les animaux pour sauver l’homme et notre bien-aimée terre.
Ma chère Michela, je te répète : ouvrons les yeux avant qu’il ne soit trop tard ; répétons-le vraiment et même de plus en plus souvent. Que chaque petit colibri de l’histoire fasse son propre devoir. Il y a des chiffres qui font peur comme, par exemple, le nombre d’habitants prévu dans peu de temps. Les deux tiers de la planète, hormis les océans, servent à nourrir les animaux. Nous abattons les arbres et déforestons au mépris de l’oxygène.  
« Mario, tu me coupes l’appétit ! À ce point, je voudrais bien m’associer à tes idées mais comment faire ? Chez moi, j’ai une petite terrasse qui n’est exposée au soleil que la moitié de la journée. Mon Dieu, que de choses j’ai apprises depuis que je te connais ! ». « Rien d’exceptionnel. Ce ne sont que mes réflexions. Pense un peu si nous sommes deux à réfléchir ainsi... ou pourquoi pas ... éventuellement ... beaucoup plus. Donc je te dis   : on peut faire sécher la nourriture aussi dans un four de cuisine à cinquante degrés maximum, quand il n’y a pas de soleil. J’ai appris aussi à faire sécher les fruits et les légumes. Chez moi, j’ai beaucoup de provisions, ainsi je fais les courses moins souvent ... j’économise ma voiture, le carburant et j’évite les embouteillages ... et ... la pollution. Ma chère Michela, excuse la longueur du discours mais c’est pour ne pas te cacher aucune de mes habitudes. De plus, j’en parle souvent pour soutenir la cause animale donc la nature elle-même. Pour couronner le tout, en parlant avec un expert en “ordinateur” j’ai appris que les légumes après séchage, augmentaient en teneur de protéines et d’hydrates de carbone. Vingt heures au four à cinquante degrés avec la porte légèrement entr’ouverte consomment très peu ... surtout au vue de tout le bien que cela nous apporte ... sans parler de l’économie d’argent ».  
« Bonjour Michela. Tu as bien dormi cette nuit ? Je te rappelle que c’est la dernière. Que de belles journées, nous avons passées ensemble ». « Je sais, je sais. Je n’ai pas vu passer ces vacances et je me souviens encore de la soirée où nous avons sauté le dîner. J’ai réfléchi sur le fait que discuter et s’enrichir de nouvelles connaissances sur la vie permettaient de faire passer le temps plus rapidement. Si tu me permets, je voudrais utiliser une expression, peut-être inappropriée, mais qui décrit exactement mon état d’âme actuel : “Je me sens remplie de moi-même”.  
Maintenant je sais ce que je suis ! Et le fait de savoir exclure catégoriquement toute forme d’orgueil, au point que je ne sais même pas ce que ce mot veut dire, peut-être l’ai-je seulement rêvé ? C’est comme si j’étais entrée dans un état évanescent où le superflu n’a pas de consistance. Peut-être est-ce l’Ami que, maintenant, j’appelle, moi aussi, Cosmos , l’artisan de cet achèvement ? L’élément manquant, fondateur de moi-même que je ne connaissais pas encore. Maintenant je me sens complète, satisfaite et heureuse. Mon Vide intérieur, que j’ignorais, est maintenant plein . Le plein comme tout ce qui m’entoure ».  
Je n’ai pas pu faire autrement que la prendre dans mes bras et la serrer très fort afin de vibrer avec elle dans une extase commune... « ...Descendons maintenant prendre notre dernier petit déjeuner. On doit aller rendre notre Blancheneige ».  
Déjà Blancheneige. Ces deux roues “conscientes” du fait qu’elles ont besoin de nous pour se divertir tous ensemble, pour voyager et découvrir de nouveaux lieux, éprouver de nouvelles émotions. Dans leur sillage, nous avons appris à connaître le monde, l’univers et son contraire, qui font tous la même chose, car ils sont unis. Elles ont contribué à nous faire réfléchir, nous portant jusqu’au “mea culpa” pour notre arrogance d’être nous, les maîtres de la terre que nous sommes en train de piétiner , de torturer . Nous, avec notre individualisme porteur de conquêtes et de violences sans tenir compte de la dignité des autres. Blancheneige nous a fait voler sur les cimes de ses collines pour nous faire sentir l’ivresse de l’odeur des citrons mélangée à celle salée de la mer. Elle nous a fait nager dans l’eau fraîche des baies bleues ciel, puis nous a fait nous réchauffer les pieds et le corps entier en cheminant sur ses plages au sable réchauffé par le ventre de notre terre. Merci encore pour nous avoir accompagnés dans ses thermes fascinants qui inondaient de leur vapeur envoûtante les prés avoisinants. Un autre merci pour ta discrétion quand, quelques matins, tu nous as vus encore excités. Finalement, pour ne rien nous faire manquer de ce qui est beau et de son contraire, afin que nous n’oublions pas et que nous conservions l’image de nos erreurs, tu t’es arrêtée d’un seul coup, dans un crissement de freins qui ressemblait à un sanglot. “Nous y voici ! Je vous ai fait connaître le Paradis, maintenant je vous présente votre enfer”. C’est vrai. On avait l’impression qu’elle nous parlait. Nous étions à l’entrée d’un château, un très beau château de cette belle, merveilleuse île. En entrant, je me suis retourné et j’ai interprété la tristesse de Blancheneige. J’ai assimilé sa blancheur à la pâleur. Elle semblait vouloir ajouter : “Je ne peux pas entrer là. Je sens trop la douleur que mes compatriotes ont supportée dans les temps anciens, génération après génération. Je vous en prie : ne répétez plus ces erreurs. Il y a eu trop d’assauts, de bombardements pour conquérir ce qui avait été déjà bombardé par les précédents conquérants, trop de prisonniers morts à l’intérieur pour la seule raison d’avoir voulu se défendre”....  
Cela me fait repenser au frère de ma mère, innocent, capturé avec son ami innocent lui aussi, comme tant d’autres innocents. Ils étaient militaires et servaient leur patrie. La soif de vengeance des perdants a couvert cette infâme lâcheté.  
Assez !  
Assez de guerre ! Oh mon oncle Mario, au prochain “ passage ”, je te sauverai !  
Sans faire de mal à personne.  
Je pense à combien de personnes, hommes, femmes, enfants et vieillards qui meurent massacrés par nous-mêmes : les hommes ?
Sans doute, l’homme a-t-il un instinct animal en plus contre lui-même et contre les animaux. Ceci rend encore plus clair le “slogan” :  
L’homme est le mammifère le plus animalesque de la terre.
Synthèse  

Nous sommes dans l’autobus qui nous ramène “à la maison” et je pense à toutes les choses que nous avons vues pendant ce merveilleux voyage. J’étais en train de songer à cet imposant château lorsque Michela m’a secoué pour me calmer.  
« Mario, dis-moi ce qui te tourmente, on aurait cru que tu voulais crier ». « Je pensais au château que nous avons visité sur l’île et, principalement, au plafond de l’église à l’intérieur, qui a été détruit par des canons ennemis... ou des animaux ennemis : hommes et bêtes féroces, “amis” pendant un temps.  
Quelquefois en parlant d’église, on dit : “Il n’y a plus de religion”. Il n’y a plus de religion ou il n’y a plus d’homme ?! Plus l’église est florissante, plus l’homme se flétrit. Les facteurs sont inversement proportionnels : on arrive à la Tour de Babel ! Mais si l’essence de toutes les choses est la même et que cette essence est l’Amour, pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas ? Pourquoi le terme “syllogisme” dans cette “pensée” est imprécis ?  
Si j’aime l’Amour et que mon voisin aime l’Amour, cela signifie que tous les deux nous Aimons l’Amour. Peut-être est-ce le terme “syllogisme” qui est à changer. Est-ce une erreur de calcul d’Aristote ? Alors, disons plus simplement, que nous sommes amoureux de... l’ amour , ... un seul mot, une seule parole, un seul nom ! » « Je suis entièrement d’accord avec toi. Il faut qu’il n’y ait qu’un seul terme : amour !  
Cela m’a fait du bien de reprendre ce discours a partir du moment où nous avons fait un pas en arrière et comme le voyage est encore long, je voudrais essayer à nouveau de voler en remontant les sept marches de l’Echelle ».  
« Quel destin, je pensais à mon oncle et j’étais juste arrivé sur la septième marche. Maintenant que tu me l’as demandé, je redescends pour repartir avec toi de la première. Désormais nous sommes experts et en un éclair, nous arriverons au sommet.  

Première marche   : LA RECHERCHE  
Qui suis-je ? Je le sais : je suis un homo sapiens ... avec tous mes défauts. Cependant, je ne sais pas de quelle CHOSE j’étais fait. Je me suis posé la question autrement : “Que suis-je ?”.  
Maintenant je sais être la CHOSE la plus grande qui puisse exister parce que je fais partie de cette chose et, donc je suis éternel comme ELLE l’est. Peut-être n’est-ce pas un syllogisme pur mais tout simplement de la Logique.  

Deuxième marche : L’ACCEPTATION  
Mon esprit est encore petit mais je sais très bien qu’il se développera car il est “obligé” de suivre la chose. Pour l’instant c’est facile d’accepter ce que je rencontre dans le parcours évolutif. Elle est omnisciente donc ne peut se tromper.  

Troisième marche : LA PEUR  
Je prends la peur depuis sa base, sans fondement : la mort : qui n’existe pas. Quoi qu’il en soit, comme nous avons dit, quand je suis là, elle, n’y est pas et quand elle est là, elle, je ne suis plus là   ; ce qui n’est pas “parfaitement” vrai. La chose la plus importante est de ne pas tomber dans le piège : la peur d’avoir peur. C’est pratiquement absurde de se ruiner la vie en pensant, qu’un jour ou l’autre, il nous arrivera quelque problème. Quand, éventuellement il se présentera, je pourrai alors m’en préoccuper. N’ayant pas gaspillé mon énergie en raison de l’usure que procure la peur, je l’affronterai avec plus de force pour la résoudre.  

Quatrième marche : LE LIBRE ARBITRE  
Si je pensais l’avoir : mea culpa une fois encore. Un jour, tout ce qui concerne l’Univers sera beaucoup plus petit que ce que je suis maintenant. Lui aussi devra passer à travers le zéro sans que personne ne se fasse mal !...  
Ce serait moi à conduire ce Jeu immensément merveilleux ?  

Cinquième marche : L’AMOUR ÉTERNEL  
L’Ami Cosmos nous tient par la main et nous accompagne vers la Connaissance, vers la Compréhension. C’est à nous d’avoir Conscience de pouvoir savourer nos émotions si elles sont bonnes, acceptant aussi leur contraire. L’Ami ne s’abaisse pas à se compromettre, il est droit et sans déviation. Tout ce qu’il fait est prévu et notre demande tient un peu de l’absurde. Si nous ne comprenons pas que tout ce qui arrive est pour notre bien, le voyage terrestre sera encore plus compliqué.  

Sixième marche : LA RELATIVITÉ  
Ne te laisse pas abattre si tu penses t’être trompé et ne sois pas exalté si tu crois avoir deviné juste. Reste tranquille dans les deux cas : cela pourrait être le contraire. Souvenons nous de la feuille qui pensait Aimer sa voisine en la caressant, mais qui, en fait, l’a fait tomber.  

Septième marche : LE SENS DE CULPABILITÉ  
Au secours ! Je demande de l’aide à la quatrième marche, celle où est écrit sur sa base : LIBRE ARBITRE Se présente à moi, comme un ouragan, l’image de mon oncle et de son Ami, enfermés pendant de longues journées dans une prison, sûrement très froide, en ce très lointain mois d’Avril. Je m’agenouille toujours devant leur tombe et lis toujours la même phrase : “Aux deux martyrs”. Avec un nœud à la gorge je me pose la question habituelle : “Mon Dieu, lequel des deux a proposé à l’autre d’aller ce soir là au cinéma ?” Je sais que vous êtes vivants et en PAIX et qu’avec un sourire vous me répondez : “Mario, nous te pardonnons pour ta demande incorrecte. Quand tu t’es retourné tu n’as pas vu que nous étions, nous aussi, sur la quatrième marche ?”  
“Je ne vous ai pas vus mais je vous ai sentis et comme vous le savez très bien, nous nous sommes enlacés. C’est d’autant plus facile pour vous de comprendre ma conclusion : au prochain TOUR, en suivant la loi de l’évolution vers la perfection. vous n’irez pas au cinéma ce soir là ! Tout est écrit mais tout ne dépend pas de nous.  
De nous dépend seulement le fait que nous pensons avoir été les instigateurs du fait. Quelquefois, à l’église, il m’arrive d’écouter la lecture d’un billet que, celui qui vient de partir “au ciel” a écrit et qui dit plus ou mois cela : “Je demande pardon à ceux qui ont pu penser que je ne les aimais pas”.  
Pourquoi emporter dans l’au-delà ce si fort sens de culpabilité et l’avoir conservé pendant toute la vie jusqu’au dernier soupir ? Peut-être devrions nous seulement nous sentir forts et dire à nos compagnes, compagnons, enfants, amis et pourquoi pas aux personnes que l’on connaît à peine : “Je vous aime”. Peut-être abattre les blocages, les résistances, signifie anticiper ce qui est déjà écrit. Dans le grand voyage de l’aller et celui du retour, ne serait-ce pas faciliter un amour universel  
Sur cette septième marche écartons les bras comme si c’étaient des ailes et… essayons de voler. Pourquoi marcher seulement essayons de voler... ESSAIE DE VOLER...  
On dirait des ailes de papillon. Elles ressemblent tellement aux deux jumeaux ... ici, c’est l’Expansion  
Mon Ami Cosmos  

Je Te porte, en Moi, où tu veux Mon très cher et immense Ami. Moi aussi, maintenant, de Toi Je prends soin et cajole Ton enivrant Amour. Je suis le chêne, l’arbre Eternel et je T’écris de frémissantes lettres. C’est un feuillet, peut-être une feuille ou même des ailes déployées vers le ciel. Je Me sens le Pré, toujours vert et baigné de rosée, joyeusement je me balance sous la caresse de Ton souffle.
Avec mon délicieux parfum de foin, à mon voisin je “donne” Mon courage. “Respire ! Ne te laisse pas étouffer par Ton destin ! Renais et redeviens pré” ! “Je sais, ils t’ont taillé... et t’ont recouvert avec Toi-même” Souffle au loin cette couverture blanche, gazouille, chante et envole-toi vers le ciel ” “Oui comme ça, bravo... tu vois. Tu pensais être mort ! Mais, comme Tu es beau. Ne me dis rien. Ne me dis pas merci mais seulement Sois Heureux”. Combien d’Amour, combien de Joie. Maintenant c’est vraiment Toi, tu es Moi tu es Nous.  

Mario Cosmos Schlanser
Michela Cosmos Vendangeon
L’auteur

Mario Schlanser est né en 1946 à Offlaga, province de Brescia. À 17 ans, il a obtenu le diplôme de Mécanique Générale (congegnatore meccanico) dans un lycée professionnel qui l’a conduit à être directeur d’une usine dans sa province natale .
En 1980, après avoir suivi un cours à l’Université de Médecine de Brescia, avec comme spécialisation la « respiration diaphragmatique »   , il a obtenu le diplôme de « préparateur de base des athlètes ».
En outre, il a obtenu une maîtrise en chromothérapie, pyrobatie et morpho-psychologie.
Il est passionné, voire amoureux, de la philosophie, des mathématiques et de la cosmogonie.  


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