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La Fin d'un monde

De
596 pages

Ceux qui attendent leur tour. — Ce que fut vraiment la Révolution française. — Les formules acceptées. — La terre aux paysans. — A qui profita la Révolution. — Ce que disait le grand-père de certains conservateurs. — Les souvenirs de village. — Pourquoi l’histoire sociale de la Révolution n’a jamais été écrite. — Les représentants de la Bretagne catholique et monarchiste. — Les Cadoudal. — Un barde. — Les Caradec, les Martin d’Auray et les Lamarzelle.

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À propos deCollection XIX
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Édouard Drumont
La Fin d'un monde
Étude psychologique et sociale
INTRODUCTION
« Un monde détraqué, ballotté et plongeant comme le vieux monde romain quand la mesure des iniquités fut comblée ; les abîmes, les déluges supérieurs et souterrains crevant de toutes parts, et, dans ce furieux chaos de clartés blafardes, toutes les étoiles du ciel effacées. A peine une étoile du cie l qu’un œil humain puisse maintenant apercevoir ; les brouillards pestilentiels, les imp ures exhalaisons devenues incessantes, excepté sur les plus hauts sommets, on t effacé toutes les étoiles du ciel. Des feux follets qui çà et là courent ont pris la p lace des étoiles. Sur la lande sauvage du chaos, dans l’air de plomb, il n’y a que des fla mboiements brusques d’éclairs révolutionnaires ; puis, rien que les ténèbres avec les phosphorescences de la philanthropie — ce vain météore. » Ainsi parle Carlyle, s’essayant à la peinture de ce tte fin d’un monde où tous les éléments du Passé sont en dissolution, sans que rie n apparaisse de ce qui constituera l’Avenir, — sans qu’un mont Ararat dresse une cime verdoyante au-dessus du diluviumgénéral. Tous les penseurs ont éprouvé cette impression du c haos et de l’universel désordre lorsqu’ils se sont efforcés d’analyser les phases q ue traverse cette société qui tombe en déliquescence. C’est qu’en réalité la Mort est un aussi grand déba t que la Vie. L’Agonie est un combat comme la Naissance. La décomposition de l’êt re est aussi compliquée que sa formation et il faut envisager la terminaison de l’ existence comme un tableau aussi coloré, aussi complexe, aussi varié, aussi mouvemen té que l’existence elle-même. La littérature semble avoir éprouvé pour ce spectac le de l’anéantissement graduel le sentiment de crainte superstitieuse qu’éprouvaient les payens pour les paroles de mauvais présage : les mots, si nombreux pour exprim er l’éclosion, le développement, l’épanouissement, sont rares pour cette longue séri e de destructions finales qui éloigne plus qu’elle n’attire les regards superfici els. L’étude est passionnante cependant et digne de tent er des intelligents et des patriotes. Pour savoir bien quelles conditions sont nécessaires pour que vive une Patrie, il faut regarder attentivement comment meur t un monde qui a formé peu à peu dans cette Patrie comme une agglomération de bacill es. Pour bien connaître les nécessités primordiales de l’être, il faut apprendr e comment on arrive au non-être et demander à ce qui expire « ce secret de la vie » qu e saint Antoine, selon l’expression de Flaubert, « tâchait de surprendre, à la lueur de s flambeaux, sur la face des morts ». Rien n’est instructif comme de rechercher l’origine première des maladies qui lentement, mais sûrement, usent, dégradent et ruine nt peu à peu l’organisme. Le terme de mort subite, en effet, ne veut rien dire e t l’on ignore trop les élaborations énormes qu’il faut pour faire ce qu’on appelle une catastrophe soudaine. La désagrégation s’opère progressivement, mais sans hâ te et dans la société, confédération des hommes, comme l’homme est une con fédération de tissus, les débuts du mal sont toujours lointains, ignorés et o bscurs. On tombe par où l’on penche, voilà la loi ; c’est un rien d’abord, une p erturbation presque insensible, un grain de sable dans l’engrenage, puis le désordre p artiel, puis les ressorts brisés et l’arrêt définitif... Le cadavre social est naturellement plus récalcitra nt et moins aisé à enterrer que le cadavre humain. Le cadavre humain va pourrir seul a u ventre du cercueil, image
régressive de la gestation ; le cadavre social cont inue à marcher sans qu’on s’aperçoive qu’il est cadavre, jusqu’au jour où le plus léger heurt brise cette survivance factice et montre la cendre au lieu du s ang. L’union des hommes crée le mensonge et l’entretient : une société peut cacher longtemps ses lésions mortelles, masquer son agonie, faire croire qu’elle est vivant e encore alors qu’elle est morte déjà et qu’il ne reste plus qu’à l’inhumer... Les sociétés, d’ailleurs, ne meurent point toutes d e la même façon. « Quelquefois, dit Lacordaire, les peuples s’éteign ent dans une agonie insensible, qu’ils aiment comme un repos doux et agréable ; que lquefois ils périssent au milieu des fêtes, en chantant des hymnes de victoire et en s’appelant immortels. » La France, au lieu de se résigner, ou mieux encore de se recueillir, de rentrer en elle-même, d’essayer de guérir puisque Dieu, dit l’ Ecriture, a fait les nations guéris s ables , semble vouloir finir dans l’apothéose théâtrale ; elle magnifie sa décadence avec une ostentation vaniteuse, une outre cuidance charlatanesque et délirante qu’elle n’avait point aux jours heureux d e sa force et de sa splendeur. Nous recevons affront sur affront, l’Allemagne fait tirer sur nos officiers à la frontière, l’Italie nous donne le coup de pied de l’âne, l’Eur ope se partage déjà nos dépouilles, l’Invasion est à nos portes et la Banqueroute va s’ asseoir à notre foyer ; nous plions sous une dette de trente milliards ; les usines se ferment, notre agriculture est ruinée, nos industriels voient peu à peu tous les marchés d u monde leur échapper... Nous autres, fils de la France, voudrions que notre mère eut, au moins, une attitude digne devant ces épreuves. Les Cosmopolites, qui se sont substitués à nous, n’entendent pas de cette oreille ; ils tiennent abs olument à ce que la France se couvre de ridicule devant l’univers ; il faut que cette na tion, si cruellement humiliée, soit grotesque par surcroît et qu’elle déclare, à la ris ée de tous, qu’elle n’a jamais été si grande, si puissante, si effrayante et si riche. La tour Eiffel, témoignage d’imbécillité, de mauvai s goût et de niaise arrogance, s’élève exprès pour proclamer cela jusqu’au ciel. C ’est le monument-symbole de la France industrialisée ; il a pour mission d’être in solent et bête comme la vie moderne et d’écraser de sa hauteur stupide tout ce qui a ét é le Paris de nos pères, le Paris des souvenirs, les vieilles maisons et les églises, Not re-Dame et l’Arc de Triomphe, la prière et la gloire... Ce délire vaniteux, auquel succède parfois leComa,est une des formes en quelque manière historiques de l’agonie des sociétés. Byzan ce fut ainsi : dès qu’un Empereur avait été battu par les Avares, les Bulgares ou les Goths, avait acheté ignominieusement à prix d’or une trêve de quelques années, ou cédé quelques lambeaux de son territoire, sans cesse rétréci, il rentrait à Constantinople, revêtait le costume du triomphe comme les Scipion et lesMarius, et toute une armée d’histrions, venue à sa rencontre, chantait des cantates en son honneur. Personne ne s’étonnait, pas plus que les Parisiens ne se sont étonnés de voir se dresser en face des Tuileries. le monument de Gambe tta. Les étrangers rient aux éclats lorsqu’ils voient ces statues ridicules, ces allégories d’un comique échevelé ; cette Démocratie, lançant la foudre et assise sur u n lion dévorant qui sert de couronnement à l’image du gros homme, qui n’a jamai s lancé la foudre et qui n’a rien dévoré pendant la guerre, qu’un certain nombre de repas savoureux. Le Paris actuel, autrefois si perspicace et si fin, ne saisit pas ce qu’il y a d’invraisemblablement burlesque dans le spectacle d e ce pays qui rend à un bohème italien qui n’a fait que des sottises et des malpro pretés et qui nous a conduits à la
ruine, des hommages qu’on ne rendait pas jadis, mêm e à des généraux victorieux. Cela correspond à un état d’esprit général, à un ac cord tacite, à une sorte de résolution inconsciente de ne pas raisonner pour ne pas s’attrister, pour ne pas être obligé de faire quelques efforts. Cette littérature va rouler comme un fleuve de mens onges, de fanfaronnades et d’inepties à travers toute l’année 1889. On va répé ter sur tous les tons, que la France de saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV était un e terre de sauvages et qu’il a fallu le sang des échafauds de la Terreur pour la féconder. Sous le rapport intellectuel, ce Centenaire léguera à l’Avenir, d’inestimables documents sur la période de folie déclamatoire et b lasphématoire que traversent certains peuples avant de disparaître. Avec sa tête lugubre, Carnot est bien l’homme de la situation, il est bien l’homme de ces pompes, de ces pompes funèbres ; il enterrera l a France révolutionnaire, cousue dans un vieux drap rapiécé, dans cette phraséologie spéciale à l’espèce carnotique et les Prussiens seront déjà à Châlons qu’on entendra encore flotter dans l’air l’écho des discours ronflants : « L’hégire de la liberté, le n ouveau Sinaï, la régénération de l’humanité, la fraternité des peuples, les luttes p acifiques du travail, la France phare des nations. » J’ai donné pour titre à mon livre :la Fin d’un monde et nonla Fin d’un peuple. Les autres nations, en effet, sont presque aussi malade s que nous. Nous agonisons sur un grabat, dans la chambre déjà déménagée d’où l’on a enlevé peu à peu, en même temps que les valeurs et l’argen t, toutes les reliques du Passé, tout ce qui parlait à l’âme, tout ce.qui rappelait la vie des aïeux. Les Rothschild ont commencé par vider les tiroirs, Hérold a décroché l e crucifix, les Juifs Vanderheim et Bloche ont été chargés, sur l’initiative de Lockroy , de vendre les diamants de la Couronne. L’Autriche, elle, pourrit sur un lit de parade avec des tentures magnifiques qui cachent le jour et que les mites sont en train de ronger. Au fond, elle est plus enjuivée que nous encore. Ro thschild règne là avec plus de morgue que chez nous où la peur des colères populai res, l’épouvante vague d’un réveil auquel poussent les écrivains au coeur droit , le retiennent un peu. L’entrée à la Hoffburg de Vienne, de la baronne de Rothschild fut le triomphe d’Israël. Pour la circonstance, la baronne s’était fait faire le même costume que l’Impératrice qu’elle écrasait de l’éclat de ses diamants. « C’est la Sos ie de l’Impératrice », dit l’Empereur 1 et il ne put dire que cela et il resta désarmé deva nt toute cette insolence . La Presse, à Vienne, comme ici, est exclusivement d ans des mains juives. Le ministre Taaffe, qui ose se dire conservateur, trah it effrontément son maître ; il a pour chef de son bureau de la presse, un Juif nommé Frei berg ; les organes officieux, le Fremdenblattet laPresseappartiennent à des Juifs. Au mois de mars dernier, Pattaï, un député courageu x, comme malheureusement nous n’en avons pas en France, où les députés conse rvateurs interrompent Laur quand il dénonce les accaparements monstrueux de Ro thschild, a tracé un navrant tableau de cette monarchie livrée à toutes les exac tions juives. Dans un très beau mouvement, il rappelle à la fin de son discours l’é tat honteux dans lequel est tombée notre malheureuse France, où le Juivaillon Simon di t Lockroy met les joyaux de la Couronne aux encans, pour faire gagner un peu d’arg ent aux courtiers en diamants du café de Suède.
Les préopinants, disait le député styrien, ont déno ncé les faveurs illégales dont jouissait de la part des Compagnies de chemin de fe r la raffinerie de pétrole (lisez Rothschild de Vienne) de Fiume. La réponse ministér ielle aurait dû, pour le moins, nous promettre une instruction sur cette affaire, d ’autant plus que nous avons ici, dans l’enceinte parlementaire, un intérêt particulier à regarder de près ce qui se passe dans cette raffinerie, qui est propriété de la maison de Rothschild, ou au moins dans l’orbite de ses intérêts personnels. Précisément dans cette raffinerie on use de procédés tels que déjà, l’année dernière, le député Steinwender a pu dénoncer ici, en plein Parlement, la maison de Rothschild et ses acolytes comme se livrant à des fraudés douanières. (Mouvement.) Le député Séhœnerera donnélève et s’écrie : « C’est pour cela qu’on leur  se maintenant un tabouret à la Cour ! » On vient de dire — continue M. Pattaï — ce que j’av ais sur les lèvres ; j’ai voulu exposer que les Rothschild n’ont peut-être obtenu l é tabouret à la Cour qu’à titre de récompense pour la patience moutonnière avec laquel le — en se conformant cette fois-ci aux principes de l’Evangile — ils subissent tous nos réquisitoires de ces derniers jours. (Vifs applaudissements.) En vérité, cette maison semble être destinée, par s a fortune, à être le point de cristallisation du Capital tout entier, et à menerad absurdumnotre vieil ordre tout social. Il ne suffit pas à cette maison de posséder toutes les mines de mercure en Espagne, les mines de diamants du Cap, les plus bea ux châteaux et maisons de plaisance de France, leslatifundia de l’Allemagne et de l’Autriche ; non, elle veut encore exproprier notre belle Styrie. Notre verte Styrie, dont je connais fort bien la si tuation et à laquelle j’appartiens par ma naissance et mon éducation, sera expropriee sans que l’on se soit aperçu du moindre danger. Ainsi, dans la Haute-Autriche, le député libéral de Linz a déclaré, lors de la dernière élection complémentaire, que la Haute-Autriche ne c onnaît pas de question juive. Quinze jours après, le Juif Marcus Hallaender, qui, par ses manœuvres frauduleuses et corruptrices, était en train de ruinerdes vallées entières, était déféré à la cour d’assises et, Dieu merci, condamné. Les Juifs feron t de vous leurs concierges et portiers et vous l’aurez bien mérité, vous qui avez renversé les barrières et qui leur avez livré nos portes et nos verrous. Tout observateur attentif de notre monarchie peut clairement constater qu’elle descend, degré par deg ré, dans la sphère de ce monde-là. Dans le jeune empire voisin, qui est notre frèr e, tout promet un sain avenir viable, tandis que nous nous mouvons sous un souffle pestil entiel qui permet aux plantes venéneuses de croître et de s’épancher. On ne se demande que trop souvent avec indignation où sont nos traditions historiques, où est notre vieil ordre social déjà s i respectable à cause de son ancienneté, traditions que nous pourrions leur oppo ser comme digue ; que sont devenues nos vieilles et illustres familles aristoc ratiques qui de génération en génération étaient les grands témoins de notre hist oire ? Une partie dégénérée de cette aristocratie danse cyniquement autour du char de triomphe du nouvel Empereur, l’Empereur du Veau d’or(applaudissements frénétique s) ; une autre partie de notre aristocratie se drape dans une muette résignation p our justifier les paroles de Gœthe : « L incompréhensible devient ici tait accompli. » C ontinuez, continuez dans cette voie, et nous en arriverons bientôt à vendre à l’encan, t out comme en France, les diamants de la Couronne d’Autriche. Arrachez donc les dernie rs lambeaux de vos vieilles armoiries pour couvrir notre opprobre.
Nul espoir de relèvement ne semble possible pour ce tte monarchie qui tombe en putréfaction. Perdu par les mauvais conseils, le prince héritier, l’archiduc Rodolphe, mène une vie honteuse. En plein Reichsrath, un autre député anti -sémite, Pernerstorffer, a dit tout haut, à propos d’une loi relative aux franchises de s étudiants des universités, ce que Vienne racontait tout bas. Hé quoi, s’est-il écrié, vous reprochez des excès à notre jeunesse universitaire bourgeoise ! Pourtant vous devez connaître l’histoi re dece jeune grand seigneur, très haut placé, qui, a la suite d’une ignoble orgie avec ses compa gnons de débauche également haut placés, les a conduits dansla chambre de sa femme. Vous le connaissez tous ce grand seigneur. Et ne co nnaissez-vous pas cette autre histoire, toujours d’un jeune grand seigneur,très haut placé,caracolant à la campagne avec ses amis, — tous de rang princier — et voyant arriver un convoi funèbre. Toute cette bande de cavaliers a forcé le convoi de s’arr êter pour qu’ils puissent tous sauter à cheval par-dessus le cercueil, ce qui paraissait les amuser. » (Mouvement d’indignation dans toute la salle.) Cet héritier de la couronne du Saint-Empire qui amè ne des compagnons d’orgie dans la chambre de sa femme, n’avait, remarquez-le, qu’à se conduire à peu près honnêtement, pour être aimé et respecté de ses suje ts. C’est un bon peuple que le peuple autrichien. Au mo ment des fêtes données pour le mariage de l’archiduc Rodolphe et de la princesse S téphanie, j’étais justement à Salzbourg, la blanche et coquette ville qui mire po étiquement dans la Salzbach, en face du sombre Moersberg, ses balcons d’où pendent des vignes vierges d’un rouge éclatant. Rien de charmant comme l’aspect de la salle, où tou tes les classes de la société, unies dans un même amour pour la famille régnante, banquetaient ensemble comme dans la France de nos ancêtres. Officiers, soldats, bourgeois, ouvriers, femmes en toilette élégante, ou en simple robe de toile, sont réunis au Kursaal. Les jeunes filles dansent joyeusement sous le regard des mères enorgu eillies. Après chaque valse, danseurs et danseuses passent en se tenant par la m ain, devant le buste de l’Empereur et de l’Impératrice d’Autriche, couronné s de feuillages et placés sous un dais. Les princes semblent prendre à tâche, aujourd’hui, de faire l’œuvre de la Révolution et de détruire tout sentiment de respect et d’attac hement dans les âmes. Au bout de quelques années, l’archiduc Rodolphe délaissait sa femme et vivait publiquement avec une Juive nommée Stern, qui accouchait d’un ga rçon, le jour même où la princesse Stéphanie accouchait d’une fille. Quoi d’étonnant à ce que les sympathies populaires se soient détournées d’un 2 prince qui affichait ses vices, avec tant de sans-g êne ? Après Solférino, après Sadowa, l’Empereur François- Joseph n’avait rien perdu de l’affection de ses peuples. Dès qu’on vit le souver ain prendre le parti des Rothschild, approuver tous leurs coups de Bourse, applaudir à l eurs tentatives pour exploiter les travailleurs et pour ruiner l’industrie nationale, afin de s’enrichir davantage, tout fut perdu et les cœurs s’éloignèrent à jamais du chef d ’Etat, qui comprenait si mal ses devoirs. « Quoi, disent les bourgeois, vous n’accor dez point l’entrée de la Cour à des Chrétiens comme nous, parce que nous n’avons pas di x quartiers de noblesse et vous admettez des gens qui ne sont point de votre religi on et qui, il y deux générations,
croupissaient encore dans la sordidité des ghettos. Vous laissez votre Koloman Tisza vendre à Israël, à beaux deniers comptants, des hon neurs que vous refusez à des familles qui, depuis des siècles, ont loyalement et honnêtement servi la 3 monarchie ? » Rien de plus sensé, mais rien aussi de plus complèt ement inutile. Souverains et grands seigneurs ont l’amour du Juif, ils sont envo ûtés, ils ont bu le philtre mystérieux ; ils aiment ceux qui les raillent, les diffament et les trahissent et n’ont qu’indifférence pour ceux qui les défendent. 4 Lisez ce simple fait divers . Pendant son passage à Paris, l’archiduchesse Stépha nie s’est rendue au Père-Lachaise, où elle a déposé sur la tombe de Henri He ine une couronne portant cette inscription :L’Impératrice d’Autriche à son poète favori. L’impératrice a un culte pour le poète de l’Intermezzo. Elle lit quotidiennement ses glorieux poèmes. Dans son enthousiasme, elle fut dé sireuse de connaître les plus proches parents du poète défunt. Elle alla visiter, à Hambourg, la sœur cadette de Heine, la baronne Embden, qui est la mère de la pri ncesse de La Rocca, et la grand’mère du duc de Perdifumo. L’Impératrice offrit à la baronne Embden un médaill on entoure de diamants à son chiffre, et à son fils une épingle portant le chiff re impérial en diamants. La souveraine, avant de quitter la baronne Embden, lui promit que la première personne de sa famille qui passerait à Paris irait déposer une couronne su r la tombe de Heine. Ce fut l’archiduchesse Stéphanie qui exécuta la pro messe de l’Impératrice, et qui vint offrir le souvenir de la souveraine à la cendre du grand poète. Ouvrons donc Henri Heine et cherchons ce qui a pu t oucher à ce point le cœur de l’Impératrice d’Autriche. Voici justement une pièce qui s’appelle :Marie-Antoinette ; c’est évidemment celte pièce qui aura ému la souveraine. Comme les glaces des fenêtres brillent gaiement au château des Tuileries et pourtant, là, reviennent en plein jour les spectres d’autrefois. Marie-Antoinette reparaît dans le pavillon de Flore ; le matin, elle tient son lever avec une étiquette sévère. Dames de cour en toilette. La plupart sont debout, d’autres assises sur des tabourets, en robes de satin ou de brocart d’or, ga rnies de joyaux et de dentelles. Leur taille est fine, les jupes à paniers bouffent, et dessous regardent si finement les mignons petits pieds à hauts talons : ah ! si seule ment elles avaient des têtes. Mais pas une n’a la sienne ; la reine elle-même n’e n a pas, et c’est pourquoi Sa Majesté n’est pas frisée. Oui, celle qui, avec sa coiffure haute comme une to ur, pouvait se comporter si orgueilleusement, la fille de Marie-Thérèse, la petite-fille des Césars allemands. Il faut maintenant qu’elle revienne sans frisure et sans tête, au milieu de nobles dames non frisées, et sans tètes également. Voilà les suites de la Révolution et de ses maudite s doctrines. Toute la faute est à J.-J. Rousseau, à Voltaire et à la guillotine. Mais, chose étrange ! je crois presque que les pauv res créatures ne s’aperçoivent pas qu’elles sont mortes et qu’elles ont perdu la tête. Tout ce monde se trémousse absolument comme autrefo is : quelle fade importance se donne cette valetaille ! Les révérences sans tète font frissonner et rire to ut ensemble.
La première dame d’atours s’incline et présente une chemise de linon, la seconde la tend à la reine, et toutes deux se retirent avec un e révérence. La troisième et la quatrième dame s’inclinent et s’ agenouillent devant Sa Majesté pour lui passer ses bas. Une demoiselle-d’honneur arrive et s’incline en app ortant le déshabillé du matin ; une autre demoiselle s’incline et présente la sous-jupe à la reine. La grande-maîtresse de la course tient là ; elle ra fraîchit avec son éventail sa gorge blanche et, ne pouvant le faire avec la tête, elle sourit avec le derrière... A travers les tentures des fenêtres, le soleil glis se de curieux regards, mais en apercevant la scène des spectres il recule épouvanté. » N’est-ce pas que, dans ces conditions, cette visite de l’Impératrice d’Autriche à la sœur de Henri Heine est encore une jolie note moderne ? Les défenseurs des antiques monarchies, les fidèles et les respectueux des choses augustes d’autrefois, meurent navrés, désillusionné s, oubliés ; toutes leurs espérances ont été brisées, l’effort de toute leur vie a été stérile ; dans un petit appartement, où les meubles montrent la corde, où t out sent la misère décente, le dernier regard de ces vaincus aperçoit la compagne aimée, pauvre vieille qui va rester sans ressources, quelque honnête et gracieuse enfan t qui n’aura pas un sou de dot Jamais princesse impériale ou royale ne montera le rude escalier qui conduit à cette demeure, jamais souveraine ne franchira ce seuil po ur dire à cette enfant : « Votre père fut un désintéressé et un brave, il a été le c hampion obstiné de causes perdues, j’ai lu ses livres et je viens vous remercier au no m des rois. » La scène change, dès qu’il est question d’une reine qu’on ne peut plus friser parce qu’elle n’a plus de tête et de sa dame d’honneur ré duite à faire la révérence avec son derrière... A la sœur d’un tel écrivain, le médaill on au chiffre impérial, au neveu l’épingle enrichie de brillants, au poète mort la c ouronne... Comme tu rirais dans le tombeau, grand railleur, si déjà tu ne voyais, de t emps en temps, apparaître le châtiment sous la forme de trois lourdes colonnes c onsacrées par Wolff à faire ton panégyrique... Je ne voudrais pas, d’ailleurs, contrarier l’Impéra trice d’Autriche, si elle trouve amusant que les révolutionnaires coupent la tête à son fils et à sa bru et que les Juifs composent des vers badins là-dessus. — Cela la rega rde plus que moi. Ce que j’en dis c’est pour le principe. Je ne fais même aucune difficulté d’avouer que cett e ironiqueselicha sur Marie-Antoinette est un chef d’œuvre d’artistique férocit é. Avec quelle grâce atroce ce Juif s’égaye sur le supplice d’une reine ! Comme le poèt e exquis, le Parisien raffiné, est bien le frère des Youddis crasseux, des Youddis à t ire-bouchons de la Gallicie qui, réunis pour quelque meurtre rituel, se regardent en riant tandis que, par la plaie ouverte de la victime, s’échappe, pur et vermeil, l e sang chrétien destiné au doux pain du Pourim. Ce n’est pas le cri brutal du sectionnaire porteur de piques : « A la guillotine l’Autrichienne ! » C’est plus fin, plus sinistre au ssi. L’ironie de ce Juif, qui a dix-huit cents ans de fiel recuit sur le cœur, s’épanouit au spectacle de ces trous sanglants, de ces cous de patriciennes dans lesquels la hache a f ait une large entaille, à la vue de cette grande dame qui rafraîchit, avec son éventail , sa gorge blanche qui finit dans une plaie béante. C’est le Juif, encore une fois, avec cette terrible haine qui ne flamboie pas, et, même assouvie, met à peine un éclair de rapide bonheur d ans ces yeux de gazelle mouillée