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La Force noire

De
375 pages

DÉCROISSANCE DE LA NATALITÉ EN FRANCE. || LA POPULATION TEND A DISPARAITRE. || COMPARAISON AVEC LES AUTRES PAYS. || LE NÉO-MALTHUSIANISME. || SES CONSÉQUENCES. || NÉCESSITÉ D’UNE FORTE POPULATION.

AU XVIIe siècle, la politique de Richelieu et de Mazarin et les premières guerres de Louis XIV avaient fait de la France l’État le plus puissant de l’Europe. En 1700 l’Angleterre et le Saint-Empire germanique pouvaient seuls rivaliser avec elle, et sur le trône d’Espagne, siège de la puissance prépondérante au XVIe siècle, venait de s’asseoir le petit-fils du roi de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Charles Mangin
La Force noire
ERRATA
Page 127, ligne 6 : au lieu de :distinction,lire :destruction.
Page 135, ligne 15 : au lieu de :de Guadalquivir,lire :du Guadalquivir.
Page 199, ligne 4 : au lieu de :237,lire :257.
Page 250, dans le tableau, le premier chiffre de la colonne des minima est : —27°, 5.
Page 259, dans le sommaire du chapitre, ligne 1 : au lieu de :75000 hommes,lire : 7500 hommes.
Au Général Archinard, Commandant le Corps d’armée des Troupes coloniales, Ancien Commandant Supérieur du Soudan français. Mon Général, Dmagers de Kankan, autour de laANS la soirée du 12 avril 1891, sous les grands fro civière où la fièvre bilieuse vous couchait depuis six semaines, vous avez réuni les officiers que vous laissiez dans cette nouvelle con quête, en face des bandes de Samory. Après nous avoir fortifiés de vos dernières instructions, que nous écoutions le cœur serré, vous nous avez rappelé que les luttes c oloniales, pour nobles et pour meurtrières qu’elles soient, ne sont pas le but uni que de notre existence militaire, et qu’il est d’inoubliables devoirsvous nous avez donné rendez-vous. Sous vos ordres, une colonne de troupes indigènes s ans réserve européenne venait pour la première fois de parcourir deux mille kilom ètres ; en quatre mois, l’empire d’Ahmadou était détruit, le Niger pacifié, la puiss ance de Samory entamée. L’étendue du Soudan français était triplée, et l’essor donné à vos successeurs. Entre nos hommes et nous était née une confiance ré ciproque qui s’exaltait à chaque nouveau combat. Sous vos ordres et avec de t els hommes, rien ne paraissait impossible, nulle part. Et nous faisions la guerre sans haine ; le sofa qui nous combattait hier était le tirailleur de demain, les peuples délivrés se ralli aient autour de votre fanion tricolore ; vous les avez faits Français. Voire œuvre, mon Général, a permis la création de l ’armée noire ; votre parole l’a fait naître dans l’esprit et dans le cœur du sous-l ieutenant que j’étais alors ; vos encouragements l’ont mise au jour. J’espère donc que vous me ferez le grand honneur d’ accepter la dédicace de ces pages, non seulement comme un témoignage de mon pro fond et respectueux dévouement, mais comme un hommage qui vous est dû. Lieutenant-Colonel MANGIN. Mon cher Colonel, VOUS désirez quelques lignes de moi pour servir de p réface à votre livre « La Force Noire » ; je les écris avec plaisir, et en remontan t dans le passé plus haut que vous ne le faites, pour évoquer quelques souvenirs du temps où je parcourais le Soudan àla tête de belles et bonnes troupes entraînées par des officiers tels que vous, je me rappelle la visite que me fil votre père, il y a vi ngt-trois ans, alors que vous étiez sous-lieutenant, Il venait me demander de vous emmener au Soudan, et pour me décider à le faire, —illes fatigues sous pareilcar je vous trouvais bien jeune pour affronter pare climat, —il me répondait de vous et m’énumérait tous ceux do nt vous teniez et qui étaient tombés sur les champs de bataille tués ou b lessés. Je vous ai emmené et vous avez continué les traditi ons de la famille et, tout dernièrement encore, pendant que votre jeune frère tombait glorieusement en combattant en Mauritanie, vous méditiez à Dakar sur les moyens d’augmenter les
forces de la France en utilisant ces magnifiques tr oupes noires au milieu desquelles vous avez reçu de belles blessures et que vous avez toujours conduites aux succès et aux victoires. Vous allez retourner en Afrique : ce qui vous attir e, ce ne sont pas seulement les grands coups de sabre donnés à la tête des spahis q ue vous, lieutenant d’infanterie de marine, avez aussi commandés ; ce n’est pas seul ement l’attrait du danger en franchissant une brèche ou en combattant dansles rues d’un village, ni les indicibles joies de voir après des heures, des journées de réflexion et d’efforts, l’ennemi déconfit, hésiter, se désunir et montrer son dos ; ce qui vou s attire, c’est avant tout l’amour du Pays. Le Pays ! il est donné à tout le monde de le bien s ervir en s’acquittant consciencieusement de la besogne quotidienne, mais il n’est donné qu’à un petit nombre de le servir en agitant et en faisant admett re par tous des idées nouvelles, productrices de force, de richesse, de sécurité. Vous avez vu en Indo-Chine, pendant que nous servio ns sous son autorité, M. Doumer récupérer des millions pour la France et réd uire ses charges en appelant les provinces riches à l’aide de celles qui ne le sont pas encore. Vous, vous avez voulu, avec son concours comme Rapp orteur Général du Budget, toujours assuré quand il s’agissait de défendre nos libertés et nos frontières, vous avez voulu appeler les troupes noires à l’aide de n otre armée nationale dont les effectifs traversent une crise qui pourrait être da ngereuse. Vous êtes trop brave pour être un lâcheur. Vous ave z vu nos noirs à l’œuvre, ils vous ont donné de la gloire, vous avez défendu leur cause et vous avez fait tout ce que vous pouviez faire pour leur assurer une petite place à côté de leurs camarades de combat, àcôté de leurs frères blancs, si un jour il nous fau t défendre tout à la fois notre pays, nos colonies et notre civilisation. Vous êtes un homme heureux ! Le succès est encore a u bout de votre entreprise ; la cause des troupes noires semble gagnée ; je vous en félicite, tout le monde vous en remerciera, et vous avez une fois de plus bien serv i la France et la République. Paris, le 15 mai 1910. L. ARCHINARD
LIVRE I
LE DÉPEUPLEMENT DE LA FRANCE
CHAPITRE I
LE MAL ET SES EFFETS
DÉCROISSANCE DE LA NATALITÉ EN FRANCE. || LA POPULATION TEND A DISPARAITRE. || COMPARAISON AVEC LES AUTRES PAYS. || LE NÉO-MALTHUSIANISME. || SES CONSÉQUENCES. || NÉCESSITÉ D’UNE PORTE POPULATION.
e AU XVII siècle, la politique de Richelieu et de Mazarin et les premières guerres de Louis XIV avaient fait de la France l’État le plus puissant de l’Europe. En 1700 l’Angleterre et le Saint-Empire germanique pouvaien t seuls rivaliser avec elle, et sur le e trône d’Espagne, siège de la puissance prépondérant e au XVI siècle, venait de s’asseoir le petit-fils du roi de France. L’ensembl e des trois grandes puissances avait un total de 50 millions d’habitants, dans lequel le s 19 millions de Français comptaient pour38 p. 100.Aussi la cour du roi Soleil donnait le ton à toute s celles de l’Europe, la littérature française rayonnait sur le monde, la la ngue française se substituait au latin dans les relations diplomatiques et devenait celle de tous les milieux cultivés. e Au cours du XVIII siècle, la France a acquis la Lorraine et la Corse : mais deux nouvelles puissances, la Prusse de Frédéric II et l a Russie de Pierre le Grand et de Catherine II, ont pris rang parmi les premières. En 1789, il y a cinq grands États ayant un total de 98 millions d’habitants, la France eu a 26 millions, qui forment26 p. 100. En 1801, les guerres de la Révolution se sont termi nées en donnant à la France ce qu’elle a longtemps appelé ses frontières naturelle s. 33 millions de Français allaient être régis par le Code Civil sorti de la Révolution dont il consacrait les principes. C’est une question de savoir si l’Europe monarchique et e ncore à demi féodale pouvait permettre à une telle masse de se consolider dans l a paix sans contrepoids possible et d’exercer sur les peuples son inévitable attract ion ; et dans l’origine des guerres qui suivirent, le départ impartial des responsabilités est bien difficile à faire entre l’hostilité latente des puissances et l’ambition démesurée de N apoléon. Quoi qu’il en soit, après les guerres de l’Empire, la France est rejetée dans ses limites de 1792 ; les coalisés se sont agrandis et fortifiés. L’ensemble dos cinq grandes puissances possède 139 millions d’habitants, dont la France, avec 29 milli ons et demi, ne forme plus queles 20 p. 100. e Au cours du XIX siècle, la France a acquis la Savoie et le comté d e Nice, mais elle a perdu l’Alsace et une partie de la Lorraine ; ave c son aide, une sixième grande puissance est née, l’Italie ; en 1872, les six gran des puissances ont un total de 244 millions d’habitants, où la France, avec 36 million s, n’entra que dans une proportion inférieure à15p. 100. La guerre turco-russe de 1877-78 a porté la Russie aux bouches du Danube et l’Autriche a saisi la Bosnie et l’Herzégovine ; en 1890 les six grandes puissances groupent 296 millions d’habitants, dans lesquels le s Français entrent pour 38 millions et demi, soit13 p. 100. Vingt ans après, au commencement de l’année 1910, s ans qu’aucun changement se soit produit dans leurs frontières, la populatio n des six grandes puissances atteint 346 millions. En même temps, deux nouvelles nations ont pris rang parmi elles, avec lesquelles il faut compter au point de vue économiq ue comme au point de vue politique, les États-Unis d’Amérique avec 80 millio ns, et le Japon avec 47 millions ; la France a 39 millions d’habitants, et sa part dans l e total n’est plus que de8,24 p. 100.
Le tableau suivant montre l’importance que l’accroi ssement de la population a pris depuis un demi-siècle parmi les grandes puissances.
A première vue, ce tableau montre que la population de la France augmente de plus en plus lentement, au milieu de populations qui aug mentent de plus en plus vite. Elle parait tendre vers l’état stationnaire, où les nais sances équilibrent simplement les décès, l’accroissement devient nul. Cette seule dim inution relative serait déplorable, car un pays n’est fort que par comparaison avec les autres, il n’y a pas de plan-niveau absolu, et c’est descendre que de rester stationnai re parmi des nations qui s’élèvent toutes sans exception. Mais le mal est pire. Ce n’est plus d’une diminutio n relative que la France est menacée, c’est d’une diminution absolue. Déjà, pendant les années 1890, 1891,1895 et 1900, l es décès avaient été plus nombreux que les naissances : mais la cause en étai t l’épidémie d’influenza qui a sévi ces années-là, et d’autres fléaux extrêmement meurt riers avaient sévi autrefois sur la France, le choléra de 1832 et 1849 par exemple, don t la trace ne saperçoit pas dans le tableau précédent ; les portes ont été réparées pendant les années suivantes ; celles de l’influenza, beaucoup moins considérables , ont pesé lourdement sur la natalité moyenne pour la période décennale de 1881 à 1900, et le fait était déjà très inquiétant. Mais 1907 et 1909, années parfaitement normales au point de vue sanitaire, se sont traduites toutes deux par une di minution absolue de la population française ; l’année intermédiaire de 1908 n’a pas c omblé les vides : il est maintenant rigoureusement vrai de dire que la France se dépeup le. L’examen rapide des taux de notre natalité depuis q uarante ans montre que ce dépeuplement se présente sous un aspect inquiétant pour le présent et effrayant pour un avenir très rapproché. En effet, la proportion a nnuelle moyenne des naissances pour dix mille habitants était de 263 pendant les d ix années 1861-1870 ; de 254 pendant la période 1871-1880, soit une diminution d e 9 sur la décade précédente ; de 239 en 1881-90 en diminution de 15 ; de 222 pendant la période 1891-1900, en diminution de 17 ; il n’est plus aujourd’hui que de 208 pour les années 1901 à 1908, donc une diminution de 14 pour 8 années seulement, donc de 18 pour la décade dans 1 laquelle nous nous trouvons . Ce n’est donc pas une diminution constante qu’épr ouve la natalité, mais une diminution de plus en plus ra pide, qui augmente au minimum d’une unité par décade. Si cette progression se pro longeait, la natalité française serait nulle avant la fin du siècle. Si nous supposons que la décroissance actuelle devi endra constante aux environs de 20 unités par décade, — et aucun symptôme ne nou s permet de l’espérer, — c’est dans deux siècles que la nation française cesserait de se reproduire. Mais une nouvelle cause de décroissance vient seule ment de se produire, qui pèsera de plus en plus lourdement sur le chiffre de la population : Les naissances actuelles proviennent de la génération âgée de ving t à quarante-cinq ans, donc née de
1865 à 1890 ; à cette époque, le nombre annuel des naissances était compris entre un million et 880 000, 930 000 en moyenne. Or, aujourd ’hui ce nombre n’est plus que de 770 000 à 780 000 ; c’est donc une perte de 150 000 que nous constatons dès maintenant dans le nombre des futurs parents, qui d oit se traduire en une génération par une diminution de 16 p. 100 dans celui des nais sances. C’est en 1877 que ce nombre a commencé à diminuer ; jusqu’en 1876 il augmentait, et les années qui ont suivi la guerre ont même four ni une natalité qu’il suffirait de retrouver pour écarter tout danger. Or, comme l’âge moyen des pères et mères est en France de trente ans, c’est trente ans après, en 19 07 par conséquent, que nous sommes entrés dans la période où la diminution du n ombre des parents a commencé à se faire sentir d’une manière sensible. Aussi les années 1907 et 1909, parfaitement normales au point de vue sanitaire, ont-elles été s ignalées par un excédent des décès sur les naissances, par une diminution absolue de l a population. Pendant l’année intermédiaire 1908, la natalité est restée inférieu re à celle de l’année antéprécédente 1906. Nous bénéficierons pendant huit ou dix ans en core des naissances croissantes des années antérieures à 1877 ; mais après cette co urte période, il est malheureusement trop certain que la population dimi nuera beaucoup plus rapidement qu’aujourd’hui. On peut reprocher à ces calculs théoriques de ne pa s tenir compte du sentiment de la paternité, qui subsiste dans l’homme ; la famill e française tend vers l’enfant unique, et non vers le néant : il semble donc que la race n e doive pas s’éteindre. Un nouveau calcul très simple permet de se rendre compte des f aibles ressources qu’offre le sentiment restreint de la paternité. Considérons un groupe de cent personnes, formant cinquante couples, supposons par hypothèse que chac un de ces couples aura un enfant, enfant unique, et que les générations suiva ntes se marieront entre elles en suivant la même loi. Les groupements diminueront de moitié à chaque génération ; à la septième, il sera réduit à une ou deux personnes (exactement 1,5). Et pendant les sept générations, le sentiment de paternité aura ét é satisfait, aucune famille ne sera éteinte, elles seront toutes réunies dans une ou de ux personnes, héritières des cent premières. On a longtemps pensé, avec vraisemblance, que la di minution absolue de la population provoquerait un appel qui relèverait le taux de la natalité et que de nouvelles naissances se produiraient pour combler l es vides. Il faut perdre cette espérance. La population diminue dans 58 départements français ; jusqu’à ces dernières années, l’ensemble ne se maintenait que par les exc édents des autres. Dans quelques régions montagneuses, on explique cette di minution par l’émigration, qui enlève un certain nombre d’hommes dans la force de l’âge, mais la population baisse également dans des régions très riches, où l’émigra tion est insignifiante. Dans le Lot-et-Garonne, l’excédent des décès sur les naissances , après avoir été de quelques dizaines, est maintenant de 1100 à 1200 chaque anné e et le mal a commencé il y a soixante ans. En 1841, ce département avait 347 075 habitants ; il n’en a plus que 274 610 en 1906, soit une perte de 72 463 habitants . Trois départements voisins, le Gers, le Lot et le Tarn-et-Garonne, forment avec lu i un petit îlot dont la population nous précède sur la route de la décadence. Si depuis 1871 l’ensemble de la France avait eu la même natalité que le Lot-et-Garonne, sa population serait aujourd’hui de 30 mil lions d’habitants. C’est donc bien vers la disparition que tend la pop ulation française, et la diminution, déjà commencée, constitue dans l’état actuel de l’E urope un véritable danger. Le 29