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LA FORMATION DES PSYCHANALYSTES

311 pages
La question de la « formation la plus appropriée » est une des raisons qui ont amené Freud à accepter une institutionnalisation du mouvement psychanalytique (1910). Elle ne cesse pas, depuis, de cliver ou diviser les analystes, jusqu’aux scissions. Elle trouve aujourd’hui un regain d’actualité, du fait des discussions engagées autour d'un éventuel statut des psychothérapeutes. Che vuoi ? présente ici quelques jalons permettant de porter un regard sur l’histoire et l’état actuel des débats et de mettre en perspective les positions des associations, avec pour ambition d’avancer vers une problématisation de ce champ.
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La formation des psychanalystes

Che vuoi?

Nouvelle série n° 15, 2001 Revue du Cercle Freudien

Comité de rédaction: Michèle Abbaye, Patrick Belamich, Alain Deniau, Olivier Douville, Jean-Pierre Lehmann, Carine Tiberghien Directeur de Publication: Alain Deniau Couverture: Charlotte Vimont Mise en page: Clara Kunde Editeur: L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique,

75005 Paris

Les textes proposés à la revue sont à envoyer à: Alain Deniau, 91, rue du Cherche-Midi, 75006 Paris

L'abonnement: France Etranger, Dom Tom

pour 1 an (2 numéros) 230 FF 270 FF

2 ans (4 numéros) 450 FF 490 FF

A paraître: Che vuoi? n° 16 Automne 2001: Le symptôme

Publié avec le concours du Centre National du Livre Dépôt légal 2001
@ L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-0989-3

ISSN

Che vuoi ?
Nouvelle série n° 15, 2001

La formation des psychanalystes

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest - HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

-

SOMMAIRE

Edi torial

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Dans ses histoires
«Sésame, ouvre toi!... je veux sortir» (une mise en perspective historique) Nicole Beauchamp La formation des psychanalystes au cœur des controverses entre freudiens et kleiniens dans la Société britannique de psychanalyse Jean-Pierre Lehmann Témoignages sur la SFP et l'EFP Andrée Lehrnann, Mustapha Safouan, Charles Melman, Alain Didier-Weill, Philippe Julien, Colette Soler

15

33

55

Selon les institutions
La formation de psychanalyste personne
Jean Cournut

actuelles

à la SPP, ou le tiers en 99

Formation et cursus à l'Association Psychanalytique de France
Rédaction de Che vuoi?

103 109 121 129

La formation des analystes au IVe Groupe Daniel Zaoui Réponse à Che vuoi? sur la formation de l'analyste en 2001 Jacques-Alain Miller La Déclaration et le Cercle Freudien Jean-Jacques Blévis

Stardust, ou peut-on former sans formater? l~dmila Zygouris L'Association freudienne internationale D. Sainte Fare Garnot Espace Analytique et les formations du psychanalyste Ignacio Garate-Martinez Les lois de l'hospitalité Liliane Gherchanoc Analyse Freudienne: pour une institution psychanalytique qui ne ferait pas résistance à l'analyse Robert Lévy Sur la formation des analystes Brigitte Lemérer A propos du fantasme de devenir psychanalyste Gérard Pommier

139
151 153 161

169 181 193 207 214

Quelle formation pour l'analyste?
Marc Strauss Liste et adresses des associations citées

Du Cercle Freudien
Le temps de l'atelier et la perlaboration du nom Guy Dana De quelques éléments qui ne cessent de contribuer à la formation d'un analyste J. Froissart Ir
L'enseignement de François Baudry Annick Galbiati Du père aux pairs Pascale Hassoun-Lestienne Mots de passe. De l'aliénation du symptôme à l'astreinte à la sublimation
Marc Léopold Lévy Tentations et tentative Sylvie Nerson Rousseau Du pas de danse au pas de sens Iosette Zoueïn

217

225 233 237

243 251 259

Cabinet de lecture
Les états d'âme de la psychanalyse, de Jacques Derrida Lectures croisées par Jacques Félician et par Jean-Loup Poisson-Quinton
Alexandrie et autres récits de Jacques Hassoun

265 277 283 285 289 293

Lecture par Claude Sahel Les absents de la mémoire, de Catherine Kolko Lecture par Michèle Abbaye Asile? sous la direction de Patrick Chemla Lecture par Carine Tiberghien Les pommiers de Sodolne, de Claude Maillard Lecture par Mario Costa Abécédaire de l'expression, de Jean Broustra

Lecture par Olivier Douville
Le corps, la nl0rt et l'esprit du lignage. L'ancêtre et le sorcier en clinique afriCiline, de Aboubacar Barry

Lecture par Olivier Douville «Corps, affect, émotion», Psychologie Clinique, n° 10 Lecture par Jean-Pierre Lehmann Che vuoi? a aussi reçu

295 299 303

C'est pourquoi la question de l'Autre qui revient au sujet de la place où il en attend un oracle, sous le libellé d'un: Che vuoi? que veux-tu? est celle qui conduit le mieux au chemin de son propre désir, s'il se met, grâce au savoir-faire d'un partenaire du nom de psychanalyste, à la reprendre, fût-ce sans bien le savoir, dans le sens d'un: Que me veut-il? J. Lacan (Ecrits)

Edi tarial

La question de la «formation la plus appropriée» est une des raisons qui ont amené Freud à accepter une institutionnalisation du mouvement psychanalytique (1910). Elle ne cesse pas, depuis, de cliver ou diviser les analystes, jusqu'aux scissions. Elle trouve aujourd'hui un regain d'actualité, du fait des discussions engagées autour d'un éventuel statut des psychothérapeutes. Par un rebond politique, cette éventualité impose à la communauté psychanalytique de définir ce qu'elle entend par «formation du psychanalyste», de le faire connaître et d'en expliciter les raisons. Che vuoi? présente ici quelques jalons permettant de porter un regard sur l'histoire et l'état actuel des débats et de mettre en perspective les positions des associations, avec pour ambition d'avancer vers une problématisation de ce champ. Il nous semble que la sollicitation venue d'un lieu tiers, étranger à la psychanalyse, peut-être incompatible avec elle, modifie l'allure d'un débat qui se tenait jusqu'ici exclusivement entre psychanalystes. Elle nous oblige à reconsidérer l'articulation entre intérieur et extérieur. Le Cercle Freudien, qui n'a jamais voulu formaliser un cursus, a toujours eu en vue la formation. Le débat actuell'incite-t-il à reconsidérer ses positions initiales? Le travail de l'association produit des effets de formation. Comment se produisent-ils? Conviendrait-il d'institutionnaliser le dispositif qui produit de tels effets? Dans quelle mesure et de quelle façon convient-il de sanctionner ces effets par l'inscription d'une reconnaissance ou nomination? Ce numéro aborde la question sous trois angles distincts: l'histoire, quelques coups de sonde dans la diachronie; la synchronie, un panorama de la façon dont la question est traitée aujourd'hui en France; la clinique enfin, les réflexions et l'expérience personnelle de plusieurs analystes du Cercle Freudien.

L'histoire de la formation a été fortement marquée, en France surtout, par les apports de Lacan et les polémiques qui les accompagnent. Le comité de rédaction a recueilli quelques témoignages d'anciens de

9

Che vuoi? n° 15

l'Ecole Freudienne de Paris qui éclairent les principes fondateurs, l'évolution et les enjeux des innovations qu'elle a introduites. En contrepoint sont évoquées des controverses plus anciennes, d'abord entre l'Institut de Berlin et l'Ecole de Budapest, puis celles qui ont occupé la Société Britannique entre 1940et 1945.
Pour la seconde partie, nous avons demandé à des représentants (non-mandatés) de la plupart des sociétés et associations actuellement au travail de décrire le processus de formation tel qu'il est envisagé dans leur institution, en précisant comment est conçue son articulation avec la nomination, habilitation ou garantie. Nous souhaitions qu'ils ne s'en tiennent pas à ce qui est inscrit mais situent aussi l'histoire, les enjeux, l'évolution des formes institutionnelles adoptées, en essayant de dire aussi ce qui revient du réel. Certaines se sont avérées inatteignables, nous le regrettons. C'est un autre fait politique, dans lequel malentendus et actes manqués ont forcément leur place. Nous nous sommes adressés aux associations pour lesquelles la formation paraissait être un enjeu important et explicite. C'est pourquoi nous ne sommes pas exhaustifs. Nous avons laissé de côté la question des enseignements universitaires et de leur éventuelle place dans la transmission de la psychanalyse. Aucune association, jamais, n'a considéré qu'ils puissent faire partie intégrante de la formation du psychanalyste. Une telle unanimité mérite d'être soulignée. Enfin, pour la troisième partie, nous avions proposé aux membres du Cercle Freudien de témoigner des effets de formation induits par tel ou tel point de leur parcours, tels qu'ils peuvent les percevoir après-coup. Leurs réponses témoignent indirectement et directement de la façon dont chacun d'eux a entendu notre question. Cette dernière remarque vaut d'ailleurs pour chacun des articles de la revue: le moins qu'on puisse attendre d'un psychanalyste, c'est qu'il ne réduise pas la position énonciative au contenu de ce qui est énoncé. Nous remercions, donc, chacun de ceux qui ont accepté de se risquer. Chacun de ces écrits témoigne à' sa façon, à la fois de l'impossibilité du métier de psychanalyste dans son rapport au réel et de la nécessité qui ne cesse de pousser le psychanalyste à formaliser cet impossible. Ce sain paradoxe resurgit aujourd'hui à travers la confrontation avec le phénomène «psychothérapies». Si les analystes ne peuvent pas dénier leur paternité dans le surgissement social du «psy»l, ils ont aujourd'hui à se situer par rapport à cet envahissant rejeton, né du croisement de la psychanalyse et du social, nourri à la diététique des technosciences et au régime de l'économie.

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Edi tonal Ce numéro de Che vuoi? espère y contribuer, l'espérons, à un acte politique devenu indispensable. préludant, nous

Le Comité de rédaction remercie tout particulièrement Danièle Lévy qui nous a rejoints et qui a été la cheville ouvrière de ce numéro.

Le Comité de rédaction

1Le signifiant Psy a été décelé, baptisé et d'emblée situé à sa place dans un article mémorable signé Anne-Lise Stem et Jean-Bertrand Pontalis, «Entre les parents, l'enfant et ses psys», paru en 1962 dans Les Tenlps Modernes et réédité dans le Bloc-notes de la Psychanalyse n° 11 (Genève, Ed. Georg, 1994). Anne-Lise Stem en a donné un commentaire après-coup (1995) dans le n° 6 des Carnets de l'Ecole de Psychanalyse Sigmund Freud, sous le titre «PSY: notion ou sigle? Fallait-il faire breveter?». Ce terme de «psy» vient nommer le lieu où le recours à la psychanalyse laisse espérer réparation des traumas de l'histoire, histoire de chacun et de tous, réparation des traumas qui se perpétuent sous forme de «plus jamais ça». Prise dans cet étau d'espérances, la psychanalyse ne peut plus être conçue autrement que comme normative, au sens du moins où l'on espère d'elle de nouvelles et meilleures normes.

Il

Dans ses histoires

, « S esame, ouvre-toI....
~

.

...je veux sortir»1
(Une mise en perspective historique)
Nicole Beauchamp

Quand un psychanalyste prend la parole sur un tel sujet, il ne peut le faire que s'il a bien en tête, au-delà ou en deçà des questions propres à ce champ, celles qui le renvoient à lui-même et qui furent à l'œuvre dans son analyse. Parce que cet exercice touche au désir de devenir analyste, il a à voir avec le plus intime de son rapport à la psychanalyse. Par l'analyse de l'analyste, la théorie se noue à la clinique de façon particulièrement sensible, le narcissisme de l'analyste s'y trouvant convoqué. Il inaugure la «mise» de l'analyste dans chacune des cures qu'il va être amené à conduire, en résonance à celle de chacun de ses analysants. Génération après génération, les psychanalystes se renvoient une interrogation, implicite ou explicite, sur ce qui pour eux a fait enseignement. Ce n'est donc pas un hasard si cette question a préludé à de grandes controverses et causé les premières scissions françaises. Ce texte porte en filigrane deux préoccupations majeures: trouver quelques éléments permettant d'élucider ce que mobilise chez chacun une telle interrogation (y compris sur le versant où se mesure le refus d'en savoir quelque chose) et tenter de répondre à la question: «Qu'est-ce qu'un analyste?» Replacer la question de la formation des psychanalystes dans une perspective historique permet d'en mieux mesurer les enjeux, de faire un sort à quelques légendes et d'éviter que ne se perpétuent certaines erreurs de contexte qui entretiennent les légendes. Il ne m'est pas possible de reprendre ici l'historique dans son entier, j'ai choisi plutôt de dérouler l'un des fils qui, de Freud à Lacan, éclaire ces enjeux.

15

Che vtloi? n° 15 Une première difficulté tient à ce que les grands textes condensent, sans qu'il soit toujours possible d'en démêler les fils, les éléments de circonstance et ceux qui tiennent au fond. Malgré le souci des auteurs de se dégager des positions subjectives qui inspirent leur propos, les processus transférentiels, les points aveugles de la cure rencontrent divers éléments doctrinaux ou idéologiques qui viennent troubler la pensée. L'évolution de la société, celle de la place de la psychanalyse dans cette société en retardent parfois la saisie, les rapports de force entre les différents acteurs font le reste. Ainsi que le faisait déjà remarquer Freud: «Nous sommes habitués à ce que tout besoin pratique se crée l'idéologie qui lui correspond.»2 Rappelons que la détermination des critères d'habilitation de l'analyste est venue très tôt dans l'histoire de la psychanalyse, et non sans passion. La formation d'un psychanalyste bute sur une difficulté inscrite dans la logique mêlne de la méthode psychanalytique et de son objet: reposant sur l'expérience de la cure qui requiert la mise en question des a priori de l'analysant comme celle des acquis de l'analyste, les avancées se font sur le questionnement permanent des connaissances antérieures. Elle nécessite néanmoins un système de référence, une théorie qui permette d'ordonner le matériel; sans théorie, c'est l'intuition qui prend le relais avec le risque d'une fantasmatisation à deux, mais, si la théorie est trop bien établie, elle fonctionne à la façon d'une grille de lecture; cette double exigence empêche le «sommeil théorique» de l'analyste, recherche et clinique ne pouvant être séparées.
LA TRANSMISSION: SAVOIR SU ET SAVOIR INSU

Une cure, lorsqu'il y a eu analyse, témoigne dans ses effets de quelques moments féconds. Certains écrits en portent la trace, en restituent quelque chose; tous ceux qui ont avancé une théorisation originale l'ont puisé dans l'un de ces moments-là, comme analysant ou comme analyste; ces moments transmettent à chacun, qu'il en parle ou qu'il n'en parle pas, un savoir insu. Cette traversée, dans et par le transfert, se distingue radicalement d'un enseignement. Egalement présents dans la formation d'un analyste, enseignement et transmission obéissent à des modes distincts. Par une écoute qui s'effectue dans la suspension de tout jugement, la psychanalyse met en acte un entendement spécifique. UN LIEU D'ECOUTE

De même que le transfert ne peut se concevoir sans le cadre qui permet de l'analyser, l'écoute psychanalytique n'est telle qu'en situa16

«Sésame, ouvre-toiL..

je veux sortir»

tion de transfert; l'attention «flottante» de l'analyste n'a rien de naturel. Pour éviter de choisir parmi les matériaux fournis (ce qui arrive quand on fixe son attention), l'analyste se doit d'acquérir cette «troisième oreille» qui ne se maintient qu'à partir d'une certaine position affective et par un travail constant sur la résistance à l'analyse de l'analyste. Si tel n'est pas le cas, nous dit Freud, «l'on court le risque de ne trouver que ce que l'on savait d'avance. En obéissant à ses propres inclinations, le praticien falsifie tout ce qui lui est offert. N'oublions jamais que la signification des choses entendues ne se révèle souvent que plus tard.»3 La formation s'est donc d'emblée définie comme formation à une écoute. Cette écoute repose sur un ensemble de savoirs complexes. Il faut avoir beaucoup appris pour pouvoir faire ce tour, d'oublier pour se souvenir autrement. Et ce savoir est d'abord celui qui fut éprouvé sur soi-même. Lorsque s'est imposée l'idée, pour l'analyste, d'une analyse préalable, nous sommes encore proches du modèle premier de la cure qui s'inscrit dans la suite des traitements thérapeutiques réservés par les médecins aux «nerveux». Par conséquent, l'idée qui prévaut veut que le thérapeute, censé faire une analyse dans un but didactique, ne s'attarde pas sur le divan. Néanmoins, l'analyse de l'analyste est le premier effort pour dégager la psychanalyse des modèles traditionnels de la formation médicale. Deuxième «règle fondamentale» de la psychanalyse, elle dévoile cependant, en tant que didactique, une idéologie de la formation qui s'inscrit dans le cadre du soin. Au congrès d'Innsbruck, le 3 septembre 1927, Ferenczi déclare: «J'ai déjà eu souvent l'occasion d'affirmer que je ne peux admettre aucune différence de principe entre une analyse thérapeutique et une analyse didactique et je voudrais maintenant compléter cette affirmation en suggérant ceci: alors qu'il n'est pas besoin de mener toutes les analyses entreprises pour des raisons thérapeutiques jusqu'à ce degré de profondeur que nous avons en vue lorsque nous parlons de l'achèvement complet de l'analyse, par contre, l'analyste lui-même, duquel dépend le sort de tant de personnes, doit savoir et pouvoir contrôler les faiblesses les plus cachées de son propre caractère, ce qui est impossible sans une analyse entièrement achevée.»4 Autour de Ferenczi, l'Ecole de Budapest, développe, de concert avec Freud, une conception de la psychanalyse gui veut tirer toutes les conséquences d'une découverte et d'une méthode originales et donner à celle-ci son autonomie, comme discipline indépendante de la médecines. Ici, vont naître deux courants antagonistes qui accompagnent deux modèles de formation, inspirés par deux conception de la cure, de sa conduite et de sa visée, et qui vont se déployer au moment du

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Che vuoi? n° 15 débat sur la Laienanalyse. Opposée à celle des Anglo-saxons et de l'Institut de Berlin, la formation hongroise privilégie l'expérience de l'inconscient. Ces deux conceptions, et leurs avatars, à l'œuvre aujourd'hui, mais fortement imbriquées (surtout en France), méconnaissent souvent leur filiation ou ne l'affichent pas.
RELIRE DIE FRACE DER LAIENANAL YSE

En 1924, Arnold Durig, membre du Conseil supérieur de la santé de la ville de Vienne, avait demandé à Freud un avis sur la question de l'analyse pratiquée par les «profanes» (les non-médecins); malgré l'avis favorable de Freud, la municipalité viennoise le 24 février 1925, décide d'interdire l'exercice de la psychanalyse à Theodor Reik, docteur en psychologie, formé à Berlin par Karl Abraham.6 Freud fait appel à Julius Tandler, rapporteur auprès de la municipalité, pour que celle-ci reconsidère sa décision. L'année suivante la plainte d'un ancien patient de Reik donne de la publicité à l'affaire. Reik tombait sous le coup d'une loi autrichienne réprimant le «charlatanisme» et interdisant aux non-médecins la pratique d'actes thérapeutiques. Le ministère public finit par classer l'affaire mais Freud se décide à écrire Die Frage der Laienanalyse (La question de l'analyse profane). Sa parution inaugure le débat public sur la formation des psychanalystes, qui prépare le congrès d'Innsbruck, en septembre 1927. «Cette question est soumise à des conditions de temps et de lieu>/: au-delà de la circonstance fortuite, Freud désigne ainsi la nécessité d'une permanente remise en chantier. En 1926, défendre Reik, c'était pour lui réfuter les arguments de ceux qui, souhaitant contenir la psychanalyse dans le champ médical, voulaient la réglementer pour l'interdire aux non-médecins. Mais ne voir dans le texte de Freud qu'une opposition médecin/non-médecin ou médecine/psychologie, comme c'est encore trop souvent le cas, est un contresens. Die Frage est d'abord un plaidoyer pour la reconnaissance d'une «formation appropriée»: est charlatan celui qui n'a pas cette formation mais exerce la psychanalyse sous couvert d'une légitimité autre. A vouloir inclure l'analyse dans la pratique d'une autre activité, on ne peut que lui enlever sa spécificité et son originalité. Il s'agit bien pour Freud de préserver l'analyse de toute annexion: médecine, dans Die Frage, religion, dans L'avenir d'une illusion8. Ce qu'il soutient, c'est que, en analyse, tout le monde est profane; mais, dans le débat de 1927, des distinctions s'opèrent entre cure et formation, méthode d'investigation et thérapie, psychanalyse appli-

18

«Sésame,

ouvre-toiL..

je veux SOrliD>

quée et psychanalyse pure, qui délimitent les domaines réservés selon que l'on est médecin ou pas. Parmi ceux qui participent au débat, la confusion entre l'analytique et l'extra-analytique est à son comble; les arguments s'appuient à la fois sur les différents niveaux (juridique, technique, social) sans que les aspects cliniques, théoriques et politiques soient distingués. La mauvaise foi brouille constamment les enjeux: les motifs inconscients (résistance à la psychanalyse) ou conscients (prestige et intérêt économique) prennent le masque de la théorie ou de la rationalisation. Pour beaucoup, il s'agit de défendre l'image sociale de la psychanalyse plus que son statut épistémologique. L'investissement passionné du débat témoigne de l'emprise de ridéologie médicale, puissante chez nombre d'analystes soit de par leur choix initial de formation soit, plus encore peut-être, chez les non-médecins, par souci d'une reconnaissance sociale qui, dans les années 20,leur fait encore défaut. La critique du «clerc» vise le rapport particulier qu'entretient un psychanalyste avec le savoir; c'est la conception d'une méthode de transmission propre à la psychanalyse, le profane n'étant pas l'ignorant mais celui qui a désacralisé la connaissance au nom d'un autre savoir. Ce qui complique encore les choses, c'est qu'il y a dans certaines positions en faveur de l'analyse profane, un refus de toute qualification, au nom d'un savoir intransmissible, initiatique, qui réintroduit du sacré. Au congrès d'Innsbruck, il n'y a qu'un seul point d'accord: interdire l'exercice de la psychanalyse aux non-psychanalystes, mais qui dira qui est psychanalyste? Et, malgré son plaidoyer, Freud se voit opposer les arguments de l'Association internationale, qui va, peu de temps après, adopter les standards de formation de l'Institut de Berlin.
ENTRE BERLIN ET BUDAPEST: LES DEUX MODELES DE LA FORMATION DU PSYCHANALYSTE

De formation, il y en a toujours une: les psychanalystes, moins que quiconque, ne peuvent ignorer qu'ils sont inscrits dans une généalogie (affichée, secrète ou méconnue), qu'ils sont le produit d'une histoire et d'un trajet. A partir de 1910 et avec la création de l'Association psychanalytique internationale (IP A), les questions de formation (traitées jusqu'alors essentiellement dans le privé des correspondances) vont se poser. La création de l'IPA favorise le recours à une autorité (s'imposant après les ruptures de Jung et d'Adler), pour dire ce qu'est la psychanalyse, ce qui est analytique et ce qui ne l'est pas, qui est analyste et qui ne l'est pas. Dès lors, chaque société se sent tenue de se porter garante de la compétence de ses membres. Et cette garantie

19

Che vuoi? n° 15

implique qu'elle sache quelque chose de leur formation; plusieurs instituts sont fondés, à Vienne, à Berlin, à Budapest... C'est en 1918 au congrès de Budapest que Nunberg lance l'idée d'une analyse didactique qui deviendrait obligatoire pour tous les analystes, idée qui sera définitivement adoptée peu après. Quant à la pratique des contrôles, elle existe déjà sur un mode informel lorsque les premiers psychanalystes viennent faire part à Freud de leur embarras. La réglementation devient effective avec la création en 1920 de l'Institut de psychanalyse à Berlin. Il dispose d'une policlinique (clinique de ville) dont les soins sont gratuits; on confie aux analystes débutants ceux des patients dont le cas ne semble pas offrir trop de difficultés. Les analystes en formation rendent régulièrement compte de l'avancée de l'analyse et de ses obstacles: le «contrôle» est né. Il s'avérait nécessaire selon Eitingon, son directeur, car «nous avons eu l'occasion de constater à quel point l'analyste qui sort de son analyse censée être achevée est démuni quand il se trouve devant un patient».9 A Berlin peu à peu la réglementation prend le pas sur ce qu'est une cure: la quête aventureuse d'un savoir qui se dérobe. Le rôle joué par l'annonce du cancer de Freud, l'été 1923, est sQuligné par Bernfeld10; «Plus importan te que tou t [...] pour le
développement de ces traits de notre formation [...] a été la maladie de Freud [...] je n'ai pas besoin de vous expliquer en détail ce que la mort et la résurrection de Freud au cours de cette année ont pu signifier pour les vieux analystes à Vienne et à Berlin [...] Certains sont devenus intensément angoissés en raison de la perte menaçante, et voulaient établir à tout prix un barrage contre l'hétérodoxie, étant donné qu'ils se sentaient maintenant responsables de l'avenir de la psychanalyse. Ils ont décidé de limiter par une sélection rigide parmi les nouveaux venus, et par une formation coercitive, autoritaire et qui traîne en longueur à fins d'épreuve, toute admission finale à leurs sociétés. En fait, ils punissaient leurs élèves pour leur propre ambivalence.» De fait, l'institutionnalisation de la formation s'effectue dans une sorte d'acting-out mettant en scène leur désir de prendre la place du maître, en même temps que la défense qui en interdit la jouissance. L'Institut dispense un enseignement théorique fait par les «anciens» qui assurent également les analyses didactiques. Tout est réglementé: le choix de l'analyste, la durée des séances, leur nombre, la durée de l'analyse..., l'évolution de l'analyse est portée à la connaissance de la Commission ad hoc qui garde à tout moment la faculté d'interrompre la formation, si le candidat ne lui semble pas apte à exercer. Cette «autorisation» préalable donnée à l'élèvell empêche la mise en suspens de la demande du candidat: «Ainsi, un dispositif sophistiqué,

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«Sésame, ouvre-toiL..

je veux sorlir»

projetant une lumière excessive sur tel ou tel moment d'une démarche analytique, au lieu de permettre d'y voir plus clair, aveugle plutôt, et fait d'un tournant du parcours un passage obligé, déjà prévu et connu, marqué sur la carte de l'analyse sans plus de place pour l'imprévu, destiné uniquement à l'accomplissement d'une performance servant à donner lieu - ou pas - à la remise d'un titre de reconnaissance hautement investi par l'idéal institutionnel.»12 A Berlin, on passe de la nécessité d'une cure à l'obligation d'une didactique, poursuivant le fantasme d'une super-thérapie (ou supernormalisation) de l'analyste, soutenu de façon surmoïque. L'idéalisation de l'analyse qui accompagne cet idéal d'un analyste à la fois modèle et maître fait partie d'une position ambiguë envers la psychanalyse. On le sait, l'idéalisation va de pair avec des formations réactionnelles: une façon de conserver l'objet, offert à l'adoration et aux pratiques dévotes, à condition qu'il soit mort. L'analyse de contrôle, intégrée dans le cursus, vise l'apprentissage d'une technique, et est comparable à une sorte de «propédeutique clinique» telle qu'elle se pratique en médecine (le soin donné à un malade sous la direction d'un professeur).13 Aux standards de Berlin, s'oppose la conception de l'Ecole hongroise: à l'instar de Ferenczi, aucune distinction n'est faite entre analyse «thérapeutique» et analyse du futur analyste, du coup l'analyse ne peut être dite didactique qu'après-coup, d'avoir produit un analyste. Le contrôle est la continuation, sous une autre forme, de l'analyse. Il s'agit moins de contrôler la cure d'un patient que d'examiner le transfert du côté de l'analyste et la façon dont iJ interfère dans l'analyse du patient. L'analyse a permis au candidat de reconnaître la force de ses pulsions et de se familiariser avec la nature de ses réactions et de ses affects: le contrôle permettra, en quelque sorte, de vérifier jusqu'où le travail a pu être mené et par conséquent de le poursuivre.14 Du côté de Berlin, il s'agit du contrôle d'une analyse (ou d'un analyste), à Budapest c'est l'analyse du candidat en contrôle, cherchant à élucider les difficultés qui se présentent. Pour que le contrôle (ou supervision) soit opératoire, on ne peut se contenter de permettre au candidat d'approcher l'apprentissage d'une technique et le repérage des mouvements transférentiels du patient. Il est nécessaire qu'il prenne également en compte la problématique inconsciente de l'analyste débutant qui peut faire obstacle au déroulement de la cure. Au moment de la première scission et à partir de 1953, en France, au sein de la SFP, c'est cette conception hongroise qui va inspirer les analystes en formation. La révolte des élèves du nouvel Institut va s'alimenter aux critiques que l'Ecole de Budapest a adressées au mode de formation berlinois et leurs travaux, dans le droit-fil de la Laien-

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Che vuoi? n° 15 analyse vont considérablement enrichir la théorie de la formation des psychanalyste.s. Mais en 1927, forts de leur célébrité et de leur influence à Berlin ainsi que de leur poids numérique au sein de l'IP A, les Allemands font adopter par le mouvement, sur le modèle de ce qui se fait chez eux, un système de formation standardisé que le comité international constitué par Eitingon a été chargé de définir. Le courant hongrois, bien que minoritaire, reste néanmoins présent au sein de l'IP A.
«A LA FRANÇAISE»

Au moment de l'introduction de la psychanalyse en France, la situation française est, à certains égards, comparable à celle qu'a connue la Hongrie quinze ans plus tôt; l'intérêt envers Freud et sa découverte y est vif dans le milieu culturel et artistique tandis que les psychanalystes, loin d'être reconnus parmi les scientifiques, sont, comme en Hongrie, aux prises avec un problème de légitimité. Dans le milieu médical, l'ambivalence se manifeste d'emblée par le refus de l'étiologie sexuelle des névroses. En 1924, Hesnard écrit: «La France est restée jusqu'à ces derniers temps assez franchement hostile à la psychanalyse [...] les médecins - qui auraient dû être les premiers à s'en inquiéter - n'ont consenti à en discuter l'intérêt scientifique que contraints par l'opinion. Car, il faut bien le reconnaître, c'est par les lettres et les journaux qu'elle a pénétré dans notre pays.» C'est une psychanalyse édulcorée que les médecins adaptent à la «clinique latine». La réticence envers les théories freudiennes y prend un tour particulier qui, semble-t-il, n'est pas étranger à la façon dont, par la suite, le mouvement se développe et se clive. Bien que les positions ne soient pas convergentes, celle qui domine conduit à une reconnaissance de la psychanalyse comme pratique thérapeutique réservée aux médecins. Elle recèle bien des contradictions et en quelques années vont se figer les positions théoriques qui annoncent déjà les débats de l'après-guerre. Et c'est autour de la question de la formation des psychanalystes que vont se cristalliser les divergences.
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VERS LA SCISSION

En 1921, s'installe à Paris Eugénie Sokolnicka. Analysée par Freud et Ferenczi, elle n'est pas médecin mais un jeune psychiatre, Georges Heuyer, lui ouvre un temps les portes de Sainte-Anne. En 1926 elle fait partie des fondateurs de la Société psychanalytique de Paris (SPP); avec Marie Bonaparte, elles sont les deux seules «laïques» du groupe. Cependant que, paradoxalement, les deux fondatrices sont admises à 22

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former des médecins à cette «thérapeutique», la Société affirme sa vocation médicale: «Grouper tous les médecins de langue française en état de pratiquer la méthode thérapeutique freudienne et de donner aux médecins désireux de devenir psychanalystes l'occasion de subir (sic) la psychanalyse didactique indispensable pour l'exercice de la méthode.»15 L'ambiguïté persistera, de même que l'écart entre ce qui se dit et ce qui se fait, que l'on constate toujours aujourd'hui, concernant la Laienanalyse. En 1934, au moment de la création du premier Institut, cette même ambiguïté s'exprime dans la définition des buts de cet enseignement créé pour permettre aux «gens cultivés d'étendre le champ de leurs connaissances»; le choix n'est pas fait entre un organe chargé de la formation des psychanalystes et une sorte de cercle savant. Les rapports de force s'expriment dans plusieurs tentatives faites pour séparer psychanalystes médecins et psychanalystes non-médecins en les regroupant dans des associations séparées. En 1939, la proportion médecins/laïcs reste inchangée: il y a toujours au sein de la SPP trois quarts de médecins pour un quart de laïcs. Après guerre, la pression de ces derniers sera plus forte en raison notamment de l'augmentation de la demande que les médecins ne peuvent plus satisfaire et de la création d'un diplôme universitaire de psychologie. L'éclatement de la spp en 1953 en est l'une des conséquences. L'année de la création de la SPP est, je le rappelle, contemporaine des grands débats sur la formation. Le groupe français connaît une certaine confusion: «une minorité très active de notre groupe est contre l'Association internationale de psychanalyse et contre l'analyse profane», écrit Laforgue.16 A la veille de la guerre, la Société compte 24 titulaires et une vingtaine de membres adhérents. En mai 1940, les psychanalystes se dispersent; ils se retrouveront en 1945, une poignée. La nécessité de la réorganisation de la formation se fait sentir; les fondateurs ne s'occupent guère des questions institutionnelles et celle-ci est prise en charge par la deuxième génération: Nacht, Lacan, Lagache... En septembre 1949, Jacques Lacan est chargé de rédiger le règlement de la nouvelle commission de l'enseignement; le texte qui demeure est visiblement de sa plume; elle est mise au service d'une position officielle orthodoxe. Lacan se situe dans la «tradition continue depuis les découvertes constituantes de la psychanalyse»17; il insiste sur la supériorité de la formation médicale sur tout autre: «Les qualifications valent en ce qu'elles témoignent de l'assimilation du sujet à la réalité humaine. L'esprit dit clinique en est une forme éminente et c'est pour la produire que la pratique de l'hôpital, mieux encore celle de l'Internat, sont ici appréciées au premier chef. On sait au reste que la psychanalyse est essentiellement une technique médicale dont les

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Che vuoi? n° 15 névroses ne représentent que le domaine d'éclosion [...]. C'est pourquoi les qualifications médicales - titres et pratique - [...] sont les plus recommandables pour la formation psychanalytique: aussi ne saurait-on engager avec trop d'insistance les candidats à s'en pourvoir [...].» Le texte témoigne de la politique de compromis de la Société ainsi que de ses hésitations. Si les «laïcs» y sont présents au titre de leurs diplômes ou de leur «expérience de travail acquise sur le terrain», c'est pour rappeler que «la Société psychanalytique de Paris peut seule conformer la pratique des laïcs aux lois qui régissent l'exercice de la médecine: en posant la règle qu'aucun ne saurait entreprendre la cure d'un patient quelconque sans qu'il lui ait été confié par un médecin psychanalyste». En cela, c'est un texte qui n'oublie pas la situation juridique de la France à cet égard et qui donnera argument à l'Ordre des médecins lors du premier procès pour exercice illégal de la médecine (cf. l'affaire Clark-Williams). En 1952, un local est trouvé, rue Saint-Jacques, pour abriter le nouvel Institut. Jusqu'à la guerre, la formation dispensée par les membres de la Société était restée informelle: leur petit nombre, leurs réserves par rapport aux institutions freudiennes, leur ambivalence à l'égard de la psychanalyse, s'opposait à la proximité d'un lien de travail soutenu. Ce contexte permet de comprendre de quelle façon la création de l'Institut cristallise les conflits latents et comment les questions de formation viennent recouvrir un différend théorique. Les discussions pour la mise en place de l'Institut révèlent les divergences restées longtemps implicites entre différents modèles de sociétés psychanalytiques. En simplifiant pour la clarté de l'exposé, il est possible de distinguer trois tendances qui vont s'affronter: l'une privilégie la fonction thérapeutique de la cure qu'elle réserve donc aux médecins (ceux-ci devant contrôler les psychanalystes non-médecins, qualifiés d'auxiliaires); pour la deuxième, il s'agit d'«une méthode d'investigation psychologique» (la ,créa'tion en 1947 d'une licence de psychologie dispensée à la Faculté des lettres lui donne tout son poids). La troisième, dans la lignée de la Laienanalyse se propose d'inscrire la psychanalyse dans un statut autonome, en dépassant le conflit médecins/ non-médecins. Cette troisième tendance, nous en avons un écho par un texte de Lacan (<<Projetd'amendement aux statuts proposés par le Dr S. Nacht pour l'Institut de psychanalyse»). L'exposé des. motifs qui porte en exergue le vœu de Freud concernant l'enseignement destiné aux psychanalystes en formation, prend acte du danger de formalisation des études. On y Iit: «Ce n'est pas ici le lieu de rechercher la place de la psychanalyse dans le système des sciences. On provoque autant de résistances à souligner ce qu'elle n'est pas qu'à formuler ce qu'elle est

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[...]. La psychanalyse n'est réductible ni à la neurobiologie, ni à la médecine, ni à la pédagogie, ni à la psychologie, ni à la sociologie, ni à la science des institutions, ni à l'ethnologie, ni à la mythologie, ni à la science des comlTIunications, non plus qu'à la linguistique: et ses formes dissidentes se désignent d'elles-mêmes en ce qu'elles la font tout cela qu'elle n'est pas.» Dans la droite ligne du texte de Freud, un institut de psychanalyse est la réponse attendue à la question: quelle formation, pour qui, comment enseigner? En effet, si la garantie d'un titre universitaire ne suffit pas, une institution spécifique doit prendre le relais. Mais la crise au sein du Collège des titulaires sera amplifiée par la révolte des élèves, dès l'ouverture de l'Institut. En février 1953, ceux qui sont «habilités à entreprendre une analyse didactique» reçoivent le règlement du futur Institut de psychanalyse: «Tout était prévu, même la durée et le rythme des séances, voire la durée de l'analyse, le programme obligatoire d'enseignement théorique sous forme de conférences magistrales, les frais d'études d'ailleurs exorbitants, bref tout, sauf que peut-être l'expérience ainsi conçue ne produirait pas obligatoirement un analyste.»18 La Grande-Bretagne, ébranlée par une crise profonde (les «Controverses» de 1941-1945), avait déjà constaté les impasses du système de formation. En novembre 1947, Michaël Balint fait une conférence qui aura une grande portée: «On analytical training»; il rappelle les thèses de l'Ecole hongroise, dont il a été membre et dénonce le manque de théorisation actuelle dans ce domaine. Il conduit, dit-il, à l'inhibition des candidats, au conformisme des analystes et aux luttes de pouvoir qui viennent assez inévitablement accompagner l'absence d'enjeux théoriques. Il note comme la réglementation, en balisant d'avance le cursus d'un sujet, et en accordant au didacticien un pouvoir bien réel sur le candidat, met en échec toute analyse. Le texte de Balint circule à la SPP, inspirant les critiques qui vont être développées en France pendant deux décennies sur les modes de sélection et de formation. C'est face à ce qui est considéré par certains (et notamment la nouvelle génération qui vient de traverser la guerre) comme un dévoiement de la doctrine (la place accordée au moi, la visée adaptative de la cure, une formation de type traditionnel) que va s'effectuer la première scission du mouvement psychanalytique français qui va aboutir à la création de la Société française de psychanalyse (SFP) en 1953. C'est Lagache qui en prend l'initiative, bientôt suivi par plusieurs titulaires (dont Lacan) ainsi qu'un grand nombre d'élèves (ce point est important pour comprendre la suite car la proportion de médecins est moins grande chez les élèves que chez les titulaires, et ce sont surtout les non-médecins qui se tournent vers la nouvelle Société,

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Che vuoi? n° 15 ce qui renverse le rapport de force au sein de la SFP où les questions d'enseignement, de transmission et de formation viennent au p!emier plan et n'est pas sans effet sur le développement de la théorie).19 Cependant, si nous pouvions examiner de plus près les positions des fondateurs de la SFP, nous pourrions voir les contradictions qui vont mener à la deuxième scission de 1963. Mais les péripéties de la bataille poli tique que mène la SFP pour sa reconnaissance par l'IP A sont bien connues et je ne m'y attarderai donc pas. Plus intéressant est le profond travail de remaniement que celle-ci engage sur la question de la formation et de l'enseignement. En témoignent les travaux publiés dans la revue La Psychanalyse, les actes des colloques ainsi que les procès-verbaux des réunions internes. Le «traumatisme» de la scission est certainement actif dans ce travail de réélaboration et pousse à la réflexion théorique concernant l'analyse de l'analyste, les contrôles et la «formation appropriée». Dans le bilan que Serge Leclaire dresse en 1963, à la veille de la dissolution de la SFP, il constate la réactivation des conflits latents, «activés, développés, compliqués, à la faveur du mouvement d'ouverture» qu'a connue la SFP et il désigne ce qui a été à l'origine de la fondation de la Société et reste au centre de ses difficultés: «la question de savoir ce que l'analyse effectue en vérité» corrélée au problème de la transmission de l'expérience analytique. Dans le bouillonnement de pensée et de passion de ces dix ans, on peut voir en germe les principales innovations qui seront proposées lors des deux scissions suivantes ainsi que l'origine des aphorismes les plus connus de Lacan.
«WO ES WAR, SOLL ICH WERDEN»

L'histoire de la psychanalyse en France, de ses scissions et de ses regroupements est, dans la seconde moitié du xxe siècle, comme traversée par une phrase de Freud qui vient conclure la 31e conférence d'introduction à la psychanalyse: «Wo Es war, solI [ch werden». La formule de Freud est exemplaire parce qu'elle met en jeu l'emploi du ich allemand dont la traduction en français introduit une ambiguïté «<moi» et/ ou «je»).20 Elle illustre le tournant de la seconde topique, en 1920, dans le contexte historique de l'institutionnalisation de la formation et la mise en place des différents Instituts de formation. Le Wo Es war... est l'écriture freudienne de la fin d'une cure. Elle en désigne à la fois la fin et la finalité. C'est pourquoi il n'est pas indifférent de faire porter l'accent sur le «Je» ou sur le «Moi». On peut repérer dans les différentes traductions qui en ont été données l'indice de la ligne de partage entre les deux courants de la psychanalyse qui suit l'opposition entre les différentes conceptions de

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la cure telles que j'ai tenté de les dégager; elle fait apparaître un clivage idéologique dont le succès est à la mesure de la mode du temps. A partir de 1954 et pendant plus de dix ans, Jacques Lacan ne cesse de commenter la formule de Freud, variant les traductions. Elle accompagne l'existence de la Société française de psychanalyse et les débu ts de l'Ecole freudienne de Paris, traversant la période française qui porte la genèse des théories ultérieures sur la formation (<<passe» et «analyse quatrième») et voit naître les plus brillantes avancées de Lacan. Il va reprendre l'examen des concepts fondamentaux, en revenir à l 'œuvre pour confronter les différents textes, pousser à l'extrême le sens de l'œuvre. Bien que toujours présent chez Freud, le Moi devient, dans l'élaboration de 1920, une instance d'adaptation, le produit des identifications successives du sujet, investi par lui comme objet d'amour. Il est comme telle lieu de la résistance, le pôle défensif de la personnalité; il a une fonction de rationalisation, de méconnaissance, de défense contre les revendications pulsionnelles. Envisager la fin de l'analyse comme la victoire du Moi sur le Ça, de la maîtrise sur les forces obscures refoulées, porter dans la cure l'accent sur l'instance qui est celle de l'adaptation à la réalité, c'est donner à l'analyse une fonction normative. L'analyste, s'il prend parti pour le Moi dans son conflit avec les pulsions, ne fait plus qu'une œuvre moralisatrice, en proposant ses propres idéaux à l'analysant dont il accroît la résistance et la culpabilité. Le critère de, fin d'analyse devient alors l'identification à l'analyste, parvenu à l'harmonisation entre les différentes instances de la personnalité: «Le Moi (de l'analyste) doit déloger le Ça (du patient)>>, ironise Lacan. L'ambiguïté du Ich permet d'analyser ce qui est à l'œuvre comme non-dit: entre «le moi doit déloger le ça» (première traduction française en 1936) et «là où c'était, je dois advenir», il y a plus qu'un simple souci de traduction; Anne Berman en 1936 fait un contresens puisque l'instance moïque, elle-même en grande partie inconsciente, ne peut vouloir «déloger» le ça. C'est, néanmoins, un contresens signifiant car on peut voir dans cette traduction le reflet de la situation du mouvement français avant guerre. Le rôle de l'analyste ne serait-il pas plutôt d'éveiller le sujet à son désir? Mais ce réveil dévoile un réel qui n'a rien d'apaisant: «S'il ne faut pas se presser de guérir le symptôme, c'est que la douleur qu'il contient est le réel de la jouissance interdite [...] il Y a une vérité du symptôme que la guérison bâillonne.»21 Deux voies s'ouvrent à l'analysant: ou bien domestiquer la libido ou bien retrouver la plasticité psychique qui lui permettra de nouveaux investissements. Lacan tranche; il développe le rapport problématique du sujet avec lui-même que le Wo Es war énonce: «L'analyse ne peut avoir pour but

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Che vuoi? n° 15 que l'avènement d'une parole vraie et la réalisation par le sujet de son histoire, dans sa relation à un futur.» Dans le séminaire sur «Le désir et son interprétation» (1958-59), il insiste: «Là où à l'instant d'avant quelque chose était, le désir inconscient, là je dois me désigner, là je dois être le sujet d'un devenir.» De son acte, l'analyste est seul juge, mais on pourra en dire après-coup s'il y a eu analyse ou pas - s'il y a eu un analyste. Si la traduction d'Anne Berman en 1936 ne prend tout son sens que dans le contexte de l'époque, les commentaires de Lacan, eux, sont à relire par rapport à la situation de la psychanalyse dans les années 50. Comme on le sait, le «retour à Freud» s'effectue contre la théorie de l'ego-psychology qui s'élabore aux Etats-Unis à la même époque. Pour saisir pleinement ce qui se joue dans ces problèmes de traduction, il importe de se souvenir des débuts, tardifs, de la psychanalyse en France, alors que, déjà, les questions de traduction et de définition des principaux concepts donnent lieu à polémique et qu'à travers un conflit de vocabulaire se mène une bataille théorique, clinique et politique; le choix idéologique s'y exprime également «entre l'analyse, sa dimension de vérité et de suspension des certitudes et une analyse, digérée par une société donnée et utilisée pour maintenir les normes de cette société» (Jenny Aubry). Après la deuxième scission, en 1964, dans l'acte de fondation de l'Ecole freudienne de Paris (EFP), les fondateurs soulignent leur volonté de restituer sa visée première à la cure, de «rendre leur sens aux symptômes, donner place au désir qu'ils masquent, rectifier sous un mode exemplaire l'appréhension d'une relation privilégiée» (Préambule à l'Acte de fondation).
UNE ECOLE l)OUR LA PSYCHANALYSE

Le nom de l'EFP est soigneusement choisi: école, pour bien marquer la primauté d'un enseignement et d'une doctrine et par opposition aux sociétés affiliées à l'IPA qui renvoient à de l'institutionnel; freudienne, à entendre comme retour à Freud; de Paris, comme la première Société française. Il ne m'est pas possible, dans ce court texte, de traiter toutes les questions posées par la politique de la formation à l'EFP, elles mériteraient à elles seules, un trop grand développement; je me contenterai de ne retenir que ce qui est pertinent pour mon propos. Je noterai donc tout d'abord le renversement qui s'opère sur l'analyse didactique, qui est, une nouvelle fois, séparée de l'analyse «thérapeutique»: elle devient «la psychanalyse pure» à distinguer de la psychanalyse appliquée (de «thérapeutique et de clinique médicales»), destinée aux médecins qui ne sont pas nécessairèment psychanalystes. 28

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Ce renversement réintroduit une confusion dont nous voyons les effets aujourd'hui, puisqu'elle a ouvert la voie à toutes les formes de dilution de la psychanalyse dans le social. La «psychanalyse pure» est donc celle qui a produit un analyste, d'avoir fait émerger dans la cure ce que Lacan nomme «désir de l'analyste»; le désir de l'analyste est ce qui donne sa légitimité à «l'autorisation» que l'analyste se donne (<<l'analyste ne s'autorise que de lui-même», dit-il22). La «passe» vient conclure ce parcours en éclairant précisément le passage de l'analysant à l'analyste. La «passe» privilégie la fin de la cure, dans la logique de l'analyse du désir d'être analyste qui a laissé ce reste, cet x énigmatique, le désir de l'analyste. Elle témoigne de ces moments féconds qui ont permis la traversée. Mais du coup, le contrôle et la théorie du contrôle sont oubliés. Il semble que Lacan ait pensé la psychanalyse à partir du constat que la place du médecin, au sein de la société moderne, avait changé; la psychanalyse est alors appelée pour y tenir la fonction qu'il a abandonnée: «Si le médecin doit rester quelque chose, qui ne saurait être l'héritage de son antique fonction qui était une fonction sacrée, c'est pour moi à poursuivre et à maintenir dans sa vie propre la découverte de Freud.»23 A cette question récurrente: comment enseigner ce qu'enseigne la psychanalyse, comment transmettre l'expérience de la cure, quelle formation inventer, quels dispositifs spécifiques trouver? Lacan répond par un pas de côté.
LE QUA TI~IEME GROUPE

Ce tournant lacanien suscite un malaise profond chez certains de ceux qui l'ont suivi dans son enseignement. Ils relèvent l'importance de ce moment jusque-là négligé que Lacan a désigné comme passe et qui reste à définir comme condition fondamentale de la pratique analytique mais dénoncent le risque d'en faire un critère d 'habilitation; le désir de l'analyste, nécessaire, n'est pas suffisant. «Il est impossible de Hparler de son analyse" à quelqu'un qui est désigné pour cette fonction [...] la seule façon de parler de son analyse c'est à propos d'un tiers objet. Et la situation tout indiquée pour entendre quelque chose là-dessus, elle existe: c'est ce qu'on appelle le contrôle» (J.-P. Valabrega). C'est donc encore autour de la question de la transmission et de la formation des psychanalystes que se fait la scission suivante. Repérer les points de butée s'avère plus complexe tandis qu'on peut noter les mêmes mots et les mêmes thèmes qui reviennent en leitmotiv: fidélité, dogmatisme... retour du .refoulé?

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Che vtloi? n° 15 En janvier 1969, aux Assises de l'Ecole, l'opposition à la passe est le fait d'un petit groupe déjà structuré qui va prendre le nom d'Organisation psychanalytique de langue française; ce Quatrième groupe va donner lieu à une tentative originale, située également dans la filiation de l'analyse profane, et qui place l'analyse quatrième au centre de la formation de l'analyste. Cette théorisation du contrôle prend appui sur un dispositif qui permet d'analyser les résidus transférentiels qui demeurent dans toute analyse, ainsi que l'identification à son ou ses analystes, ce qui permet de faire ressortir les points les plus discutables d'une technique ainsi que les présupposés théoriques qui les sous-tendent et qui, de façon très habituelle, sont ceux qui échappent totalement à l'analyse. On le voit, les choix de formation supportent les représentations sous-jacentes que chacun se fait d'une analyse. Les aléas d'une histoire font surgir les questions mais, quelles qu'elles soient, les réponses ne peuvent être qu'insatisfaisantes ou provisoires. Peut-être parce qu'il y a une certaine antinomie entre psychanalyse et formation: «La notion même de formation analytique comporte une contradiction dans les termes, la psychanalyse n'étant en aucune façon faite pour instituer des modèles de pensée ou de comportement. Ce serait même tout le contraire.»24
MALAISE DANS LA PSYCHANAL YSE

Dire ce qui fait la spécificité de la psychanalyse, c'est dire aussi ce qui fait la spécificité de sa formation. Comment trouver une formation et une procédure d'habilitation qui reposent plus sur les effets de l'analyse que sur l'évaluation de compétences? La découverte de Freud bouleverse notre rapport au savoir; elle n'est si radicale que parce qu'elle est celle d'un décentrement. Elle est par définition profane, par l'écart qu'elle ne cesse d'introduire entre discours constitué et énonciation singulière; et un analyste ne peut être que profane, son analyse lui ayant appris qu'aucun savoir n'est sacré. L'attachement au principe de la Laienanalyse peut sembler communément partagé; Of, les conditions d'exercice ont bien changé: actuellement, un psychanalyste non-médecin ou non-psychologue ne peut que très difficilement s'installer et vivre de son travail: «Il semble que ces conditions réellement faites aux laïcs répondent à la représentation idéale du "sans place" qui convient au psychanalyste. Mais on peut se demander si, de ce fait, ils ne remplissent pas, pour les analystes exerçant sous couv~rture, la fonction de réserve socialement sacrifiée sur laquelle se conforterait la bonne conscience de la communauté» (Serge Leclaire). C'est à ce point que la responsabilité des psychanalystes est convoquée.

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Pendant longtemps, les psychanalystes sont venus à l'analyse après une longue formation antérieure (médecine comme Freud, mais aussi philosophie, psychologie, linguistique, anthropologie...) et l'expérience d'une autre activité professionnelle; choisir les «meilleures» études est une question vaine: toutes sont bonnes ou aucune, car toutes introduisent un biais. Le risque serait que désormais les analystes n'aient pas d'autre référence que l'analyse, et qu'ils ne puissent pas y accéder en rupture avec un autre type de savoir. Prise dans le discours dominant qu'elle a contribué à construire, l'avenir de la psychanalyse est incertain. «Le danger qui nous guette est que nous devenions à la mode et que le nombre de ceux qui se disent analystes sans l'être s'accroisse rapidement», déclarait Ferenczi au congrès de Nuremberg, le 30 mai 1910. Près d'un siècle plus tard, le mode de développement de la psychanalyse, la pluralité des pratiques psychothérapeutiques qui s'en inspirent, les conditions d'exercice qui se rangent trop souvent sous le couvert de quelque «cléricature», disent assez l'échec de la Laienanalyse. Qu'est-ce qu'un analyste? Cette question déplace celle d'Œdipe et du sphinx, où tout homme lit son destin - question qui ne peut faire retour que si, d'aventure, d'analyste, on en a trouvé un.

1Bien que reprenant la question de manière socio-historique, ce texte se veut aussi réflexion actuelle permettant d'éclairer, pour chacun, et d'abord pour moi-même, une prise de position inévitable, sans doute à venir. Pour une étude plus chronologique, je renvoie à mes travaux antérieurs et en particulier au chapitre II de L'Etat des lieux de la psychanalyse, édité en 1991 chez Albin Michel, sous la direction de Serge Leclaire. 2Preud (S.), «La question de l'analyse profane», in Œuvres complètes, vol. XVITI, Paris, Presses universitaires de France, 1994, p. 89. 3Preud (S.), «Conseils aux médecins», in La technique psychanalytique, Paris, Presses universitaires de France, 1953, p. 62-63. 4«11est nécessaire que l'analyste ait été complètement analysé lui-même. Je rappelle ce point parce qu'on considère souvent qu'il suffit pour l'analyse didactique qu'un candidat passe une année à se familiariser avec les principaux mécanismes» (Sandor Ferenczi, Xe Congrès international de psychanalyse et Œuvres conlplètes, tome IV, Le problème de la fin de l'analyse, Paris, Payot, 1982, p. 49).
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50e la médecine

mais pas du soin

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à noter

que les clivages

sont aujourd'hui

RluS complexes et parfois même paradoxaux. On pourrait voir là quelque nœud transférentiel: Freud avait adressé à Karl Abraham la demande d'analyse de Reik; celui-ci n'aurait-il pas cru entendre chez son analyste une sorte de veto à son endroit, en raison de la position bien connue d'Abraham en faveur de l'exercice de la psychanalyse par les seuls médecins? 7Preud (S.), op. cit., p.S.

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