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La France en délire - Pendant les deux usurpations de Buonaparte

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212 pages

BUONAPARTE surnommé Napoléon-le-Grand pour d’insignes folies, et qu’on a fait grand, parce qu’on ne le connaissait guères, est en sens inverse des astres. Plus on s’approche d’eux, plus ils paraissent grands. Plus on s’approche de Buonaparte, plus il semble petit. Le colosse phantasmagorique de cet enfant du crime, n’a paru monstrueux qu’aux yeux de ceux qui n’ont voulu le voir qu’avec un microscope. Il ressemble à ces figures magiques qui se dessinent d’une manière gigantesque dans l’éloignement, et qui se dissipent aussitôt qu’on s’approche pour les reconnaître.

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À propos de Collection XIX

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A ces trais fiers et durs on ne voit point un sage. Mais d’un usurpateur la trop sanglante image.

Jacques-Marie-Philippe Mouton-Fontenille de Laclotte

La France en délire

Pendant les deux usurpations de Buonaparte

AVANT-PROPOS

LE génie du mal planant sur la France, a enfanté les Idées libéralesa. D’après ces idées subversives de tout principe, de toute morale, de tout honneur, il fallait, pour être à la hauteur des circonstances impériales, renier son Dieu, son Roi, sa Religion, abjurer la vertu, encenser le crime, applaudir le vice, et voir blanc ce qui était noir.

D’après les Idées libérales, il fallait changer de Dynastie, mettre un usurpateur à la place d’un Roi légitime, prêter serment de fidélité à un étranger, signer l’expulsion des Bourbons, la proscription de l’homme de bien, le renversement de l’ordre social, et placer le diadême de St. Louis sur la tête d’un Corse.

D’après les Idées libérales, « un usurpateur tient la place du Souverain légitime : rebelle à son Prince, il déclare en état de rebellion tous ceux qui refusent de se soumettre à son autorité. Il s’empare de l’opinion publique pour la fausser, de la liberté civile pour l’anéantir, des tribunaux pour assassiner, de toutes les places pour les donner à ses créatures. »

D’après les Idées libérales, l’usurpateur établit le pouvoir militaire au-dessus de tous les pouvoirs, écrase tous les droits sous la puissance des bayonnettes, couvre son pays de traîtres, d’espions, de bastilles et d’ennemis ; il porte un système d’usurpation sur tous les peuples qui n’ont pas voulu le reconnaître, et un plan de dévastation dans tous les pays qui ont tenté sa cupidité. »

D’après les Idées libérales, il fallait allumer les torches du gouvernement révolutionnaire, secouer le brandon de la discorde, égarer les esprits, bouleverser le globe, couvrir la terre de cendres et de carnage : il fallait égorger les prêtres et les nobles, détruire les églises, dépouiller les riches de leur fortune, tourmenter les vivans et les morts, profaner les monumens funèbres de nos aïeux, et établir sur la terre le règne de l’irréligion et de l’impiété.

D’après les Idées libérales, il fallait achever tous les forfaits commencés, et renouveler, selon l’expression sublime de Laharpe,

« Tous les crimes connus, tous les crimes commis,
Depuis le sang d’Abel, jusqu’au sang de Louis. »

Avec les Idées libérales, il fallait provoquer l’invasion du territoire français, le bombardement des villes, la dévastation des campagnes, créer les corps francs pour le maintien et la conservation des personnes et des propriétés, hérisser la France de redoutes, futurs sépulcres des alliés.

Avec les Idées libérales, il fallait abandonner ses dieux pénates, vivre dans les bois, se nourrir de l’air du temps, confier la défense des villes à des femmes âgées. Leur vue devait méduser les Cosaques, et produire sur les yeux de ces terribles enfans du Nord, les effets du bouclier enchanté d’Atlant, et à leurs oreilles, le bruit épouvantable du cor magique d’Astolphe.

Avec les Idées libérales, les Pères Conscrits sont invités à mourir sur leurs chaises curules, à endurer pour l’honneur et la gloire de l’état, quelques petites incivilités, au risque même de se voir arracher de leurs siéges-libéraux, par leurs barbes ou leurs moustaches sénatoriales-libérales.

Avec les Idées libérales, il faut voir couleur de rose et pêcher en eau trouble. Il n’est plus permis de marcher droit, il faut aller clopin clopant, galoper par monts et par vaux, accommoder à la même sauce la raison et la folie. En un mot, avec le télescope des idées libérales, on découvre que la Nation française n’est pas digne de Napoléon-le-Grand.

Avec les Idées libérales, « on voit un Corse en France catholique, au Caire musulman, s’appliquer tour - à - tour la croix ou le turban. Contre une couronne il change son bonnet. A Toulon terroriste, à Paris mitrailleur, en France spoliateur, en Europe dévastateur, par-tout anarchiste, il sue le crime, et se fait Empereur. »

Avec les Idées libérales, « les Lys sont dévorés par des abeilles qui en pompent le doux nectar ; mais au lieu d’en nourrir un peuple égaré, elles ne font que le blesser. »

Avec les Idées libérales, il faut se berner de fariboles, de contes bleus, de sornettes, d’historiettes, d’amusettes, de graine de niais, diriger l’esprit public par des spectacles, et enjambant les deux mondes, embrasser d’une main l’orient, et toucher de l’autre l’occident.

Avec les Idées libérales, on voit Napoléon-le-Grand arriver au grand galop, s’enfuir ventre-à-terre, se sauver par terre et par mer, aller en pays lointain. On l’entend murmurer entre ses dents : Veni, vidi, fugi.

Avec les Idées libérales, la Religion est regardée comme une niaiserie, le Roi comme un fantôme, Napoléon comme un grand homme. « L’INFINI sépare Sa Majesté impériale du reste des Mortels.

Avec les Idées libérales, Louis XVIII était définitivement proscrit, Buonaparte universellement béni, Marie-Louise incessamment couronnée, son fils bientôt ramené, la France à jamais sauvée.

Avec les Idées libérales, on faisait des châteaux en Espagne, suivis des jongleries impériales du Champ de Mai, du couronnement de l’Impératrice, etc., etc., etc. Sa Majesté est annoncée, attendue, des voitures vont la chercher, et chacun se demande : Anne ma sœur, ne vois-tu rien venir ?

Avec les Idées libérales, la paix générale est pompeusement annoncée, la guerre civile et étrangère soigneusement cachée. Leur bouquet se compose de l’invasion européenne et de ses suites, ou de la défense de la cause impériale et de ses terribles effets.

Avec les Idées libérales, rien de plus certain que les magnifiques victoires du roitelet Murat, écrasé par le colosse de l’Allemagne ; et on ne voit pas que l’échauffourée et sur-tout la chute aussi honteuse que rapide de cet aventurier qui avait mis sa fidélité à l’encan, annonce que la dernière heure du tyran a sonné.

Avec les Idées libérales, il faut arborer les couleurs de l’anarchie et du despotisme, placer sous la sauve-garde de tous les citoyens, la cocarde, le drapeau et le pavillon tricolores, et leurs compagnes de voyage les aigles impériales. Avis au public : « Tout gouvernement qui n’adoptera pas les couleurs nationales, n’aura qu’une existence éphémère. » Ainsi le dit Napoléon-le-Grand, et il faut le croire.

Avec les Idées libérales, le trouble règne dans l’état, la discorde dans les familles. La flèche empoisonnée de la dénonciation siffle sur toutes les têtes.

Avec les Idées libérales, une victoire annonce une nouvelle conscription, on cherche la gloire dans le meurtre, l’inhumanité succède à la philantropie ; les revenus de l’état sont absorbés deux ans d’avance.

Avec les Idées libérales, on met au nombre des merveilles du régime impérial, la conscription , les levées en masse, la traite des Français, l’organisation des conscrits en coupe réglée, l’établissement des gardes d’honneur, des corps francs, des cohortes, des bans et arrière-bans, les emprunts forcés, les logemens, les commissions militaires, et autres facéties de ce genre.

Avec les Idées libérales, le Duc d’Enghien est assassiné, Pichegru étranglé, Moreau exilé, le Pape prisonnier, le Roi d’Espagne trompé, son fils enfermé : toutes gentillesses qui sont les menus plaisirs et les passe-temps de Sa Majesté impériale.

Avec les Idées libérales, l’armée s’est soulevée contre son Souverain légitime ; la Magistrature a complimenté en longues simares un fugitif échappé du sein des mers ; et le peuple dans un transport d’amour et de joie, a hurlé de tout son cœur, de toute son ame, de toutes ses forces, aux oreilles du tyran impérial : A bas les Prêtres, à bas les Aristocrates, à bas les Royalistes, à bas les Bourbons, à bas le Ciel, à bas Dieu, vive l’Enfer, vive Napoléon. Ces cris mélodieux ont réalisé en France l’ouverture de la boîte de Pandore.

Les Idées libérales ont produit la manie des fédérations, ressuscité les Jacobins, engendré les Sans-culottes-culottés, rouvert les clubs, ranimé les monstrueuses espérances des hommes immoraux, toutes facéties qui ne sont que des peccadilles. Elles ont mené à leur suite, la honte et l’infamie, la guerre et ses fléaux, le crime et ses appas, l’immoralité et ses charmes ; et pour un grand nombre, les chagrins cuisans, les repentirs amers, les pleurs et les grincemens de dents.

Les idées libérales enfin, ont bouleversé les têtes, électrisé les esprits, aveuglé les militaires, contenté les magistrats, satisfait les philosophes, charmé les méchans, flatté les orgueilleux, séduit les faibles, agité les fous, égaré les imbéciles, caressé l’intérêt, servi la cupidité, nourri toutes les passions, et avec de tels appas, elle ont plu au grand nombre.

Voilà le fruit des idées libérales. Voici leur généalogie pendant vingt-cinq ans.

Le désir du bien, l’espérance du mieux, ont engendré les Etats-Généraux.

Les Etats-Généraux ont engendré la dissolution des trois Corps de l’état.

La dissolution des trois Corps de l’état, a engendré la Révolution.

La Révolution a engendré l’Assemblée constituante.

L’Assemblée constituante a engendré l’Assemblée législative.

L’Assemblée législative a engendré la Convention.

La Convention a engendré les Jacobins et les Régicides.

Les Jacobins et les Régicides ont engendré le Comité de salut public. (Ce mot de salut public, doit s’entendre dans le sens des idées libérales.)

Le Comité de salut public a engendré le Directoire.

Le Directoire a engendré Baras, de qui est né Buonaparte, surnommé Napoléon-le-Grand, Corse et non Français d’origine.

Napoléon-le-Grand, dit Nicolas Buonaparte, peu reconnaissant des bienfaits de son père adoptif qui ne valait pas mieux que son cher filleul qu’il a chassé du trône directorial, à peu près comme Jupiter chassa du ciel le père des Cyclopes, a engendré les Bonapartistes.

Les Bonapartistes ont engendré les Fédérés.

Les Fédérés ont engendré les idées libérales-impériales.

Les idées libérales-impériales ont engendré le régime impérial-libéral.

Le régime impérial-libéral, a engendré le délire impérial-libéral.

Le délire impérial-libéral dont la famille est nombreuse, a engendré pendant trois mois une foule d’enfans impériaux-libéraux. Ces charmans Adonis sont l’imipiété, l’irréligion, l’athéisme, l’immoralité, l’orgueil, les perfidies, les trahisons, les parjures, la violation des sermens, les insurrections populaires, l’anarchie, le despotisme militaire, les levées en masse ; les simples, doubles, triples violettes ; les girouettes ; les innombrables, les incalculables, les incommensurables folies impériales-libérales, desquelles est né l’Ouvrage que je publie aujourd’hui. En voici le plan.

 

Premièrement j’esquisse le Portrait historique de Buonaparte, et je l’habille avec des idées libérales-royales. Ainsi représenté, il devient mon point de mire. Jeté en avant comme une sentinelle perdue, je le mets en évidence, je le place en scène, comme l’idole des chaux et nombreux partisans du régime impérial-libéral.

Immédiatement après le portrait de l’usurpateur, je présente un Tableau auquel il a long-temps et fortement travaillé. Je veux parler de la Conscription. BUONAPARTE et la CONSCRIPTION !... Ces deux mots qui ont dévasté le monde, doivent se trouver sur la même ligne.

Secondement j’examine les causes qui ont fait des partisans à Napoléon le grand-libéral. Je les divise en deux classes.

La première renferme les petites causes, savoir :

  • I.° La faiblesse, l’imbécillité, la folie.

La seconde présente les grandes et très-grandes causes.

  • II.° L’intérêt, la plus puissante.
  • III.° L’orgueil, la plus redoutable.
  • IV.° L’immoralité, la plus nombreuse.

Voilà le dénombrement des causes du délire impérial-libéral.

Voilà les armes des satellites du régime impérial-libéral.

Voilà le tableau généalogique des idées impériales-libérales.

Ayant des objets à décrire en masse, je ne m’amuserai pas aux détails. Je dois moins m’occuper des hommes que des choses. L’historien est l’ennemi du vice, et non l’ennemi personnel des hommes vicieux. Dans ce siècle criminel il aurait trop d’assauts à soutenir. Ainsi, que mes lecteurs soient tranquilles. Je laisse à d’autres le malin plaisir de leur procurer une hideuse célébrité. La nomenclature de leurs noms serait ici superflue.

Mais si je refuse une citation au crime, je dois un hommage à la vertu. Les noms des hommes de bien figurent avec éclat dans mon Ouvrage, ceux des méchans en souilleraient les pages.

En faisant connaître les maux qui ont pesé si cruellement sur la France depuis 25 ans, je me suis proposé de présenter aux jeunes gens un tableau fidèle des excès qu’on leur avait toujours soigneusement déguisés. On faisait devant eux le procès criminel au règne des Bourbons, et l’apothéose du régime de Buonaparte. Leur éducation trop négligée pendant les temps orageux de la révolution, va devenir l’objet de la sollicitude d’un gouvernement paternel. En échappant à la tyrannie de Buonaparte, ils sont sortis des mains d’un usurpateur qui ne cherchait que leur ruine. En se plaçant sous l’égide tutélaire de Louis XVIII, ils retrouvent un père et un ami dans un Monarque légitime. Buonaparte voulait que tous les Français se sacrifiassent et mourussent pour lui, Louis X VIII veut que tous les Français vivent pour être heureux et pour l’aimer. Qu’ils sachent que nous avons pour Roi, un SAGE : pour Héritiers du Trône, des PRINCES MAGNANIMES : pour future Reine, une HÉROÏNE, et que pour être ennemi des BOURBONS, il faut avoir l’ame d’un Fédéré.

Jeunes gens, arborez la couleur sans tache : prenez pour signe de ralliement, le panache d’Henri IV : pour drapeau, l’étendard des lys : pour devise, le ROI et l’HONNEUR. Avec de tels guides vous ne pourrez jamais vous égarer.

Conservez dans tous les temps pour l’auguste famille des Bourbons, Princes l’honneur, la gloire et l’orgueil de la France, ce respect que commande leur rang, cet amour que. revendiquent leurs vertus, et que le malheur a rendu plus vif et plus touchant. Le retour de Louis XVIII nous fait voir l’arc-en-ciel qui vient après l’orage annoncer aux Français, la fin du courroux céleste. Ma voix vous adresse ces paroles de l’écriture : Hodie, si vocem Domini audieritis, nolite obdurare corda vestra.

Répétez le cri français régénérateur, de Vive le Roi ! ce cri la terreur et le désespoir des factieux, la joie et la consolation des adorateurs du Dieu de S. Louis, des fidèles serviteurs du Roi, des Ministres de la religion : ce cri de tous les coeurs, et de tous les âges : ce cri libérateur que bégaie l’enfance, que prononce la jeunesse, que répète l’âge mur, que balbutie la vieillesse, que révère l’innocence, que chérit le Français, et auquel la religion met le sceau dans le chant du Domine, salvum fac regem !

Persuadé que la meilleure manière de désabuser les jeunes gens des fausses idées qu’on leur a données de Buonaparte, c’est de leur présenter la vérité, j’ai mis à la suite de mon ouvrage des notes qui éclairciront mon texte et lui serviront de commentaire. Des anecdotes, des faits curieux, de tristes vérités, trop souvent hélas ! d’affreux tableaux, leur montreront sous son vrai jour, l’homme qu’on s’est plu à leur présenter défiguré, falsifié, déguisé de mille manières, et toujours revêtu des plus brillantes couleurs. Mais le monde dévasté par sa folle ambition, est le tribunal devant lequel il est sommé de comparaître. Ses actions criminelles sont les juges qui le condamneront ; la haine, le mépris de ses contemporains et des siècles futurs, seront le châtiment de ses forfaits. « Les romans de sa fortune viennent de finir, les pages de l’histoire s’ouvrent. »

Les jeunes gens verront couler devant lui un torrent de basses et serviles adulations, s’élever perpétuellement devant son trône usurpé, une fumée épaisse d’encens que lui prodiguaient tour-à-tour l’éloquence, la poésie, la chaire et le barreau. Des hommes-reptiles se glissaient sans cesse, s’agitaient en tout sens devant ce monstrueux serpent qui les flattait, les caressait au besoin, et qui les enveloppait ensuite de la bave de son souffle empesté, pour les devorer lorsqu’ils ne lui étaient plus utiles. Ils apprendront enfin que si Buonaparte a été long-temps pour eux comme pour tant d’autres, une énigme difficile à deviner, c’est parce que cette énigme a été proposée en sens inverse. On a voulu présenter sous les formes gracieuses de l’Apollon du Belvedere, un spectre hideux, informe, altéré et couvert de sang, Bellua Corsica, sorti du tombeau de la monarchie.

Lorsque les jeunes gens auront lu avec attention mon ouvrage, ils connaîtront la vérité de son titre. Je leur dirai avec un écrivain : « Il est des époques où les Nations en délire commettent des horreurs dont il répugne de rappeler le souvenir et que l’on voudrait cacher à la postérité. »

PREMIÈRE PARTIE

I. Portrait Historique de Buonaparte

BUONAPARTE surnommé Napoléon-le-Grand pour d’insignes folies, et qu’on a fait grand, parce qu’on ne le connaissait guères, est en sens inverse des astres. Plus on s’approche d’eux, plus ils paraissent grands. Plus on s’approche de Buonaparte, plus il semble petit. Le colosse phantasmagorique de cet enfant du crime, n’a paru monstrueux qu’aux yeux de ceux qui n’ont voulu le voir qu’avec un microscope. Il ressemble à ces figures magiques qui se dessinent d’une manière gigantesque dans l’éloignement, et qui se dissipent aussitôt qu’on s’approche pour les reconnaître. Plus le géant grandit, plus la France devient pygmée. « Buonaparte, dit M. de Pradt, est un personnage historique entré dans le domaine de la postérité. Sa mort à la vie royale et civile, permet aujourd’hui toutes les révélations. »

Traçons le portrait de cet usurpateur, avec le burin de l’histoire, la plume de la, vérité, le cachet de l’observation, et considérons-le sous deux points de vue, comme Militaire et comme Homme d’état.

Buonaparte dont le nom a été surchargé d’une foule d’épithètes toutes plus extravagantes les unes que les autres, est un petit homme de mauvaise mine, qui n’a mérité ni au physique ni au moral, le nom de grand que de vils adulateurs lui ont donné. Son teint olivâtre et cuivreux, son regard farouche, sa voix rauque et désagréable, ne démontrent que trop la férocité de son caractère. Que de sentences de mort sont sorties de sa bouche ! que de victimes il a sacrifiées à sa colère, à sa haine, à sa jalousie, à sa fureur, à son insatiable ambition ! Destructeur du genre humain, c’est à lui que s’appliquent ces paroles de l’écriture : Hic natus est in mortem multorum in Israël.

Sombre, farouche, violent dans ses momens de colère et d’emportement, il n’a jamais connu la pitié, l’amour, ni l’amitié ; le Ciel lui avait refusé le don des larmes. On n’a vu sur ses lèvres que le sourire du crime. Il n’a jamais dit un bon mot, ni fait aucune repartie spirituelle ou agréable. On ne cite de lui, ni ces saillies naïves d’Henri IV, ni aucune de ces magnifiques reparties de Louis XIV. Tous les impromptus qu’on lui prête, étaient des réponses préparées à loisir. Au défaut d’esprit que la nature lui a refusé, on a voulu lui donner du génie. Incapable d’apprécier même les hommes dont la réputation a survécu aux siècles, il appliquait à Henri-le-Grand ce qui lui convenait parfaitement, il appelait ce prince, le Roi de la canaille1. Les poëtes en parodiant ses propres paroles, l’ont appelé la canaille des Rois.

Jamais tyran n’a été plus flagorné, plus encensé, plus loué, plus prôné que Buonaparte, peut-être aussi parce que jamais tyran n’a été entouré d’adulateurs plus vils2. Les hommes de sang et de boue qui composaient sa cour, et qui lui ont voué une bassesse qu’ils ne sauraient plus porter à un autre, en auraient fait s’ils avaient pu, une divinité. Il en était en effet une, mais une divinité infernale. Il semble que plus il commettait de crimes, et plus le nombre de ses partisans augmentait. Monté sur le trône par des forfaits, il n’a trouvé dans ses courtisans, que des ministres de ses cruautés. A ses ordres, un de ses affidés immole le Due d’Enghien3, dont il avait été le condisciple de collège ; des scélérats étranglent Pichegru4 ; des juges condamnent Moreau5. Plein de mépris pour l’espèce humaine, persuadé que les hommes n’étaient faits que pour servir de marchepied à son trône, il les subjugue, les immole, les sacrifie, les enchaîne à son char, il se joue de leurs biens, de leur réputation, de leurs personnes. Se croyant supérieur à tous les hommes, il les estimait fort peu, parce qu’il les jugeait d’après lui-même. Tantôt il arrache le Pape de son siége, et sans respect pour son âge septuagénaire et pour sa dignité de souverain, le fait traîner de prison en prison ; il attire le Roi d’Espagne dans un piége et le fait prisonnier ; tantôt il corrompt les généraux ennemis, trompe les gardes qui le surveillent, et fallacieux pacificateur, violant tous ses sermens, ses traités, ses promesses, il sort de l’île d’Elbe pour ensanglanter une dernière fois l’Europe.

Quelques personnes en jugeant Buonaparte comme militaire, ont eu l’impudeur de le comparer à Alexandre, et lui ont donné le nom de Napoléon-le-Grand6. Ce serait faire une injure à la mémoire du conquérant Macédonien dont toutes les entreprises ont été marquées au coin du génie, que de le comparer à un aventurier qui n’a jamais connu les vrais principes de l’art militaire. Alexandre a fait des actions immortelles avec une poignée de soldats. Buonaparte n’a dû ses succès qu’au nombre immense et au courage de ses troupes. Alexandre né roi, a commencé et fini sa carrière, dit Chateaubriant, par deux mots sublimes7. Toujours beau, toujours jeune, toujours heureux, il a obtenu de ses contemporains et de la postérité le nom de grand et d’invincible. Les siècles qui l’ont suivi n’ont produit que César, qui puisse contrebalancer sa gloire militaire.

Buonaparte d’une naissance équivoque n’a dû son élévation qu’à la révolution. Soldat, général, consul, il jeta l’écharpe consulaire pour ceindre le bandeau des monarques. Devenu César, il changea de nom sans changer de puissance. « N’osant pas être roi, c’est-à-dire succéder à un nom sacré pour les Français, il s’éleva à la dignité d’empereur. » Trouvant le trône des Bourbons vacant, il a osé s’y asseoir, mais sa tête trop faible pour supporter le poids immense d’une couronne, a succombé sous un fardeau aussi lourd. Ensanglantée, flétrie entre ses mains, elle lui a été enlevée avec l’empire et l’honneur. Il n’est pas dans la nature de l’homme quel qu’il soit de n’être point ébloui de l’éclat du trône, si le trône ne fut pas son berceau !.. L’adversité fit disparaître le prestige de sa gloire, et l’homme de la prospérité.