La France et l

La France et l'Empereur

-

Livres
78 pages

Description

La France depuis le premier Capétien n’a jamais cesse de tendre à l’unité. Par les conquêtes, par les mariages des rois, par les traités, par les lois, par les réformes administratives, ce but a été poursuivi sans relâche, et la révolution elle-même a couronné l’édifice par la suppression des provinces, l’uniformité de législation, des poids et mesures, et tant d’autres dispositions centralisatrices.

Chaque peuple a son génie propre, cela n’est pas douteux.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 25 juillet 2016
Nombre de visites sur la page 1
EAN13 9782346088799
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIXproposés dans le format sont ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Ferdinand-Vincent Laury
La France et l'Empereur
er CHAPITRE I
HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE
1 La France depuis le premier Capétien n’a jamais cesse de tendre à l’unité. Par les conquêtes, par les mariages des rois, par les trait és, par les lois, par les réformes administratives, ce but a été poursuivi sans relâch e, et la révolution elle-même a couronné l’édifice par la suppression des provinces, l’uniformité de législation, des poids et mesures, et tant d’autres dispositions centralisatrices. Chaque peuple a son génie propre, cela n’est pas do uteux. Il s’agit pour celui qui gouverne de le bien connaître et d’agir en conséque nce ; il n’a pas à épiloguer sur les prétendus démérites qui s’y rencontrent : autant va udrait pour le capitaine d’un navire essayer de remonter la chûte d’une cataracte. Que l ’Anglo-Saxon soit fédéraliste par nature, amoureux du self-gouvernement ; que ses qua lités s’épanouissent dans l’isolement et l’individualisme ; que la Suisse s’a ccomode de confédération et de souverainetés locales ; que dans l’antiquité tout dépendît d’une cité-reine formant à elle seule tout l’État et ayant autour d’elle et au loin des alliés, des sujets, des tributaires ; que les grandes monarchies asiatiques fussent l’inverse de tout cela ; qu’en conclure, sinon qu’il existe plusieurs groupes de peuples obéissant à des principes divers ou contraires dans leur façon de se gouverner et de s’administrer et marqués dans l’histoire d’empreintes parfaitement dissemblables. Notez bien que nous n’avons songé en traçant les li gnes précédentes qu’à des civilisations vigoureuses et pour lors florissantes et non point à des nationalités en décadence ou usées, ayant fait leur temps. De celles-ci tenons compte dans la présente étude. Mais l’on nous concédera bien que si l’Angleterre, les Etats-Unis, la Suisse sont de nos jours à l’état de civilisation ascendante et en pleine vigueur, la France de son côté n’arien à craindre du parallèle et que sa civilisation est aussi vivace et aussi robuste que pas une autre. La royauté française, il faut le reconnaître, fut a u surplus pendant sept ou huit cents ans, soit jusqu’aux mauvaises années de Louis XIV, l’instrument infatigable de l’unité nationale ; cela seul la rendait populaire au premi er chef, car elle accomplissait une œuvre de rédemption et de délivrance. Croit-on que le peuple des villes ou des campagnes ne visait pas comme elle et d’instinct, à débarasser le territoire des trois ou quatre mille tyrans féodeaux qui, enfermés dans leurs donjons, faisaient peser sur leurs sujets un joug d’autant plus lourd qu’il était plus prochain et plus direct ? La royauté est venne à bout de cette tâche, et certes un régime républicain n’y aurait pas abouti, il aurait évidemment tourné à l’oligarchie et aurait maintenu, soutenu, favorisé le morcellement au lieu de le combattre. Aussi cette royauté, malgré de grandes fautes, rest a populaire pendant bien des siècles. Il y avait des fautes, cela est vrai, mais qui n’effaçaient point, n’altéraient même pas sensiblement, la mission inhérente à l’institution. Le roi était la clef de voûte de l’édifice social. Tout progrès, toute amélioration émanaient de lui. Il était la source ou l’appui de tous les affranchissements et l’État s’incarnait volontiers dans sa personne. Par lui la patrie devenait peu à peu plus étendue et plus forte, grâce aux héritages territoriaux et aux réversibilités ; par lui se rendait la meilleure justice, sous les lois de laquelle les peuples aspiraient à se ranger ; avec son aide s’affranchissaient les communes ; pour lui l’é tranger était toujours l’étranger et
souvent l’ennemi, tandis que ce même étranger, ce m ême ennemi était souvent l’allié et l’ami des barons qui le prenaient pour auxiliaire o u devenaient les siens. Et dès-lors la cause du roi s’identifiait avec celle de la patrie, de telle sorte que combattre le roi ou conspirer contre lui, c’était combattre bu conspirer contre la France. Cette popularité, cette identification de la France avec la personnalité royale avaient poussé de si profondes racines qu’elles se traduisaient en adages considérés par tout le monde comme de vrais axiomes. Ainsi la royauté ne peut périr ; le corps social ne peut se passer un seul instant de ce grand ressort, à tel point que la mort elle-même ne saurait en interrompre le mouvement. « Le roi est mort vive le roi. » Le roi ne peut ni faire le mal ni le supporter. Aus si dès qu’un abus se produit, dès qu’une injustice se commet : « Ah ! si le roi le Savait ! » Et ce mot de Louis XIV : « L’Etat c’est moi. » Ce m ot qui nous paraît si exorbitant ne semblait point tel à ses contemporains et ne les étonnait guère. Il est bon de remarquer au surplus que cet état de choses, la France ne l’avait pas choisi elle-même, il n’y eut pas un seul instant la placé ou la possibilité d’un contrat social. Tout dériva inévitablement de deux faits im menses et primordiaux, la décadence romaine et l’invasion germanique. En résumé, c’est la royauté qui en France a favoris é l’affranchissement populaire, l’avènement des noms nobles, roturiers ou serfs. Dans d’autres pays, en Angleterre, par exemple, le contraire est arrivé, l’aristocratie à aidé le peuple contre la couronne. Et qu’en est-il résulté ? c’est que l’une et l’autre, royauté française et noblesse anglaise, recueillirent les fruits de leur politique. L’arist ocratie française a péri, tandis que l’institution monarchique est aujourd’hui plus vivace que jamais. Deux remarques sont encore nécessaires. A mesure qu’un roi de France ajoutait aux pays de sa domination une province de plus, il fallait la souder au reste de la monarchie, soit par des pactes réguliers, soit par diverses mesures d’assimilation ou de fusion. Tous ces actes ne pouvaient émaner que du roi et avaient pour effet naturel non-seulement de l’investir d’un grand prestige, mais encore de le f aire considérer comme le véritable fabricateur de la grandeur nationale.
1An 936.