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La France pittoresque du Nord

De
367 pages

Géographie. — Le département de la Seine, qui est douze à treize fois plus petit que la moyenne des autres, est en même temps le plus important de tous, parce qu’il renferme Paris. Il doit son nom au fleuve qui le traverse. Les 479 kilomètres carrés de son territoire sont une portion de l’Ile-de-France, comprenant une partie du Parisis, capitale Louvres (Seine-et-Oise), et du Pays de France, capitale Paris ou Saint-Denis. Il se trouve enclavé dans le département de Seine-et-Oise.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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1re SÉRIE GRAND IN-8°

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FRANCE PITTORESQUE. Carte des départements décrits dans ce volume (REGION DU NORD).

Alexis-Marie Gochet

La France pittoresque du Nord

Histoire et géographie des provinces d'Île-de-France, Champagne, Flandre, Artois, Picardie, Normandie et Maine et des départements qu'elles ont formés

TABLE DES PROVINCES ET DES DÉPARTEMENTS COMPRIS DANS CE VOLUME

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NOTA. — Après une étude générale de la province et du département, la revue des villes et des communes suit dans l’ordre d’orientation des arrondissements et dans l’ordre alphabétique des cantons.

Les chefs-lieux d’arrondissements sont en caractères gras, de même que les localités intéressantes à divers titres. Les CHEFS-LIEUX DE CANTONS sont en PETITES CAPITALES.

Bien qu’on développe de préférence les villes importantes, on cite au moins en note toutes les communes de plus de 1500 habitants avec le chiffre de leur population, d’après le recensement officiel du 31 décembre 1891.

Les petites cartes des départements contiennent au moins tous les chefs-lieux de cantons, toutes les communes de plus de 3000 habitants (Θ rond pointé) ; en outre, les cotes d’altitude des points culminants, les rivières et les chemins de fer.

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PARIS

CAPITALE DE LA FRANCE

PARIS, capitale de la France, est la ville la plus belle et, après Londres, la plus riche et la plus peuplée de l’Europe (2500000 habitants).

Elle est située dans la partie médiane septentrionale du pays, par 48°50’49” de latitude nord et 0° de longitude, le méridien initial français passant par l’Observatoire, qui est à 2°20’15” de longitude est du méridien anglais de Greenwich.

NOTA. La description générale de la France, qui formait une INTRODUCTION dans les éditions précédentes, est réservée pour un VOLUME SPÉCIAL.

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Plan de Paris, extrait de la carte de l’État-Major, à l’échelle du 80000e.

Son aire, que la Seine divise en deux parties inégales, est de 7 802 hectares, et son périmètre de 36 kilomètres.

Son altitude varie entre 25 mètres aux bords de la Seine, et 128 mètres sur la colline de Montmartre.

« L’emplacement de Paris, dit le savant Élie de Beaumont, avait été préparé par la nature, et son rôle politique n’est, pour ainsi dire, qu’une conséquence de sa position. Les principaux cours d’eau de la partie septentrionale de la France convergent vers la contrée qu’il occupe d’une manière qui nous paraîtrait bizarre, si elle nous était moins utile, et si nous y étions moins habitués. Ce n’est donc ni au hasard ni à un caprice de fortune que Paris doit sa splendeur ; et ceux qui se sont étonnés de ne pas trouver la capitale de la France à Bourges ont montré qu’ils n’avaient étudié que d’une manière superficielle la structure de leur pays. »

En effet, il n’est rien de fortuit, de livré au hasard dans la nature, pas plus que dans l’histoire humaine ; tout a sa raison d’être, et les circonstances géologiques, qui expliquent si bien le modelé de la surface de la terre, ont leur retentissement jusque dans les mœurs et les industries des peuples qui l’habitent.

Ainsi le bassin géologique dont Paris est le centre forme comme une cuvette où les eaux affluent d’elles-mêmes ; sa fertilité et son horizontalité y ont de tout temps attiré les populations, car elles y trouvent les conditions favorables à l’agriculture, à l’industrie et au commerce, sources de richesses et causes secondes des grandes agglomérations, dont Paris est un type si remarquable.

Quelle estla capitale de l’Europe ? peut-on se demander. A cette question, M. Pelletan répond : « Il y a sans doute puérilité pour une nation, pour une ville, à dire : « Je suis la première nation, la première « capitale. » Il n’y a point de première nation ni de première capitale à proprement parler, et il ne saurait y en avoir, car chacune a son œuvre et sa part de gloire au soleil.

« Mais lorsqu’on fait du regard le tour de l’Europe, et qu’on cherche la ville qui en représente le mieux la moyenne, ce n’est pas Londres, qui n’est qu’un marché ; ce n’est pas Berlin, qui n’est qu’une université ; ce n’est pas Vienne, qui n’est qu’un concert ; ce n’est pas Rome, qui n’est qu’un musée ; ce n’est pas Pétersbourg, qui n’est qu’une caserne.

Qui est-ce donc, si ce n’est la ville à la fois commerçante, industrielle, poétique, artistique, littéraire, savante, la ville de Paris, en un mot, la reproduction exacte de chaque peuple pris en particulier, et en même temps élevé à sa dernière formule ? Si bien que si chaque peuple avait à nommer la capitale de l’Europe il mettrait le doigt sur Paris, et dirait : La voilà ! »

Si la France est l’âme du monde, dit M.A. Gabourd, Paris est l’âme de la France. Toutes les grandes inspirations et tous les grands crimes qui ont ennobli ou consterné le pays, c’est Paris qui en a été la source ou l’instrument ; c’est dans ses flancs que fermentent les idées bonnes ou fatales, le dévouement et l’égoïsme, l’intelligence et la barbarie. Les arts, les sciences, la poésie, toutes les sublimes manifestations de la pensée humaine se sont réfugiées dans son sein comme sur le cœur d’une mère ; Paris est cet audacieux dont parle la Fable, qui avait dérobé le feu du ciel ; c’est ce géant qui ébranle le monde chaque fois qu’il s’agite sur son lit.

Mélange incompréhensible de grandeur et de misère, de sagesse et de folie, s’il a élevé un autel à chaque vice et à chaque délire de l’esprit humain, il s’est trouvé dans les rangs de ses fils et de ses filles des mains pieuses qui ont conservé intact le dépôt de l’arche sainte, et qui n’ont point mêlé leurs voix aux chants impurs des persécuteurs ; leurs prières et leurs sacrifices montent sans cesse vers le trône de Dieu, et il faut sans doute que le parfum en soit agréable au Seigneur, puisque, par un miracle de miséricorde, Babylone est encore debout, puisque Ninive peut encore se repentir. »

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Jubé de Saint-Étienne-du-Mont.

LES ÉGLISES

Paris monumental. — Par ses monuments nombreux et variés, par l’ampleur des voies qui le traversent, l’élégance artistique et l’élévation des maisons qui les bordent, par la grandeur de ses places et la quantité des chefs-d’œuvre qui les décorent, par la multiplicité de ses squares, jardins et parcs, Paris est incontestablement la plus belle ville du monde.

Les églises. — Parmi les principales églises de Paris, nous citerons par ordre chronologique : Saint-Germain-des-Prés (XIe-XIIe siècle), dont la nef romane a été peinte à fresque par Flandrin, et dont le porche est défendu par une grosse tour carrée, sorte de donjon ; elle dépendait avant 1793 d’une célèbre abbaye fondée sous Childebert ; — Saint- Germain - l’Auxerrois, édifice du XIIe siècle, avec un magnifique porche gothique à cinq arcades, du XVe siècle. C’était la paroisse des Tuileries. Elle est située dans le 1er arrondissement de la ville, autour duquel les dix-neuf autres arrondissements sont rangés en une double spirale ; — Notre-Dame, ou la cathédrale, et la Sainte-Chapelle, les deux joyaux du XIIIe siècle, dont nous reparlerons plus en détail ; — Saint-Étienne-du-Mont, mi-gothique du xve siècle et mi-renaissance, remarquable par le jubé fermant le chœur et par le précieux tombeau de sainte Geneviève, qui y amène du 3 au 10 janvier une foule de pèlerins de Paris et de sa banlieue ; — Saint-Gervais, ogival flamboyant, avec façade en placage de style renaissance, chef-d’œuvre de Jacques Debrosse (XVIIe siècle) ; — Saint-Merry, bâti sous François Ier et possédant les verrières anciennes les plus complètes de Paris.

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Panthéon.

Saint-Joseph-des-Carmes, surmontée d’un petit dôme, rappelle les massacres de septembre 1792 ; — Saint-Nicolas-du-Chardonnet fut construit sur les dessins de Lebrun ; on y vénère le pied coupé de l’illustre soldat martyr, saint Victor, qui avait donné son nom à une abbaye voisine, détruite pendant la Révolution.

A la Renaissance appartient l’église Saint-Eustache, construite de 1532 à 1642, où l’on essaya de produire avec les détails de l’architecture classique les effets élancés du style ogival.

Puis vient Saint-Sulpice, la plus vaste église de Paris, élevée dans le style gréco-romain, de 1646 à 1749 ; elle est ornée d’un portail imposant formé de deux colonnades superposées de deux tours hautes de 70 mètres. Ses orgues et celles de Saint-Eustache ont une grande réputation. Saint-Roch et Notre-Dame-des-Victoires sont de style grec et du XVIIe siècle ; cette dernière, ainsi dénommée en l’honneur des succès de Louis XIII sur le protestantisme, est célèbre par son pèlerinage et son archiconfrérie de Notre-Dame. L’ancienne église Sainte-Geneviève, profanée et redevenue pour la troisième fois, en 1885, le Panthéon dédié aux grands hommes, est de style gréco-romain et fut construite au siècle dernier sur les plans de Soufflot. Sa forme est celle d’une croix grecque, et ses murs sont décorés de belles peintures, de même que son dôme majestueux, surmonté d’une lanterne s’élevant à 83 mètres au-dessus du pavé.

Le XIXe siècle a débuté sous Napoléon Ier par la construction de la Madeleine, en style grec corinthien, rappelant, dans de plus grandes proportions, le Parthénon d’Athènes. Sous Louis-Philippe, s’élevèrent Notre-Dame-de-Lorette et Saint-Vincent-de-Paul, imitant dans leur forme les basiliques romaines, et ornées de fresques remarquables.

Revenue plus tard au style gothique dans Sainte-Clotilde, Saint-Jean-Baptiste de Belleville, et Saint-Eugène, autrefois Sainte-Eugénie (celle-ci est toute en fer), l’architecture reprend le style roman, mélangé de grec et de renaissance, dans Saint-Ambroise, Saint-Pierre de Montrouge, Notre-Dame-des-Champs, la Trinité, remarquable par son portail, Saint-Augustin par son vaste dôme, et Saint-Français-Xavier par sa décoration sobre et sa belle chapelle de la sainte Vierge.

Enfin la basilique du Sacré-Cœur-de-Jésus, qui rapelle le vœu national émis par le parlement de 1873 à la demande de l’archevêque Mgr Guibert, est conçue dans le style byzantin. Dominant la colline de Montmartre, bâtie sur un plan grandiose, avec des matériaux indestructibles, elle vient couronner noblement l’ensemble des 64 églises paroissiales et de plusieurs centaines de chapelles privées, offert à la piété des fidèles dans cette ville immense. Si Paris est un grand foyer d’influences malsaines et corruptrices, il pourrait aussi s’appeler la seconde capitale du monde catholique, par l’importance de ses œuvres pieuses et charitables, de ses congrégations de religieux et de missionnaires.

Revenons à Notre-Dame et à la Sainte-Chapelle.

La cathédrale Notre-Dame. — Sous le règne de Tibère, il existait dans l’île de la Cité, sur l’emplacement où s’élève maintenant Notre-Dame, un autel consacré à Jupiter et à Vulcain. Lorsque les Parisiens devinrent chrétiens, ils renversèrent les idoles et bâtirent une église dédiée à saint Étienne. Cette fondation eut lieu vers 555, sous le règne de Childebert, et à la sollicitation, dit-on, de saint Germain, évêque de Paris.

Les Normands, dont les incursions s’étaient étendues jusqu’à Paris, ruinèrent cette basilique. Peu à peu cependant l’édifice sacré se releva de ses cendres ; mais il était devenu insuffisant et menaçait ruines, quand Maurice de Sully, évêque de Paris, conçut le projet de le rebâtir dans de plus grandes dimensions et sur un plan nouveau. C’était dans la seconde moitié du XIIe siècle, à l’époque des grandes constructions et des chefs-d’œuvre de l’art chrétien. Secondé par le zèle du peuple et des grands, Maurice put commencer la cathédrale en 1163. Le pape Alexandre III en posa la première pierre. L’office divin y commença en 1185, mais l’édifice ne fut terminé qu’au bout de trois siècles.

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Notre-Dame de Paris.

Le plan de Notre-Dame forme une croix latine ; sa longueur dans œuvre est de 130 mètres sur 46 mètres 60 de largeur, et 34 mètres d’élévation sous voûte.

La façade principale de Notre-Dame était primitivement élevée sur treize marches, que l’exhaussement graduel des terres a fait disparaître. La largeur totale du portail est de 50 mètres ; deux tours carrées de 68 mètres d’élévation l’accompagnent. Trois portes, placées dans les ogives à voussures profondes, servent d’entrée aux nefs.

Les sculptures qui décorent ce portail sont curieuses. La scène du jugement dernier est représentée dans le tympan central : Le Sauveur est venu juger les vivants et les morts ; deux anges sont à ses côtés ; à droite, la Vierge Marie est à genoux, et, du côté opposé, saint Jean l’évangéliste dans la même attitude. Une longue file de réprouvés enchaînés et conduits par les démons ; l’image de l’enfer représenté par des chaudières enflammées ; les supplices des damnés, fouettés, brochés, foulés aux pieds ; une foule de diables à figures monstrueuses viennent animer ce tableau, pour lequel l’artiste semble avoir abandonné un moment le style raide du moyen âge. Dans les compartiments correspondants, sont représentées les joies du paradis et toute la glorieuse milice des saints : vierges, martyrs et confesseurs. — Ce genre de représentations naïves mais expressives se retrouve dans d’autres cathédrales, et témoigne de l’esprit religieux, plein de foi, du moyen âge.

Dans les niches placées dans les pieds-droits des grandes voussures, on distingue les figures isolées des douze apôtres, et, sur les quatre piliers qui séparent les portes : la Foi, la Religion, saint Denis et saint Étienne.

Les portails latéraux présentent, ainsi que le portail central, des faits tirés de l’histoire sainte et des vies des saints. On y remarque saint Marcel foulant aux pieds le dragon qui désolait, dit-on, les environs de Paris.

Au-dessus des trois portails se dessine la magnifique galerie dite des Rois, que le public prit longtemps pour les rois de France, jusqu’au jour où le savant Viollet-le-Duc prouva qu’il s’agit ici des rois de Juda, ancêtres de la très sainte Vierge, ce qui du reste est plus logique. Les statues primitives, détruites par la Révolution en haine de la royauté, ont été remplacées sous Napoléon III.

Au-dessus de cette galerie et d’une splendide rosace, une seconde rangée de galeries surmontées d’élégantes balustrades orne dans toute son étendue cette longue façade dominée seulement par les deux tours. On parvient à la plate-forme de ces tours par un escalier de 389 marches, placé dans la tour septentrionale. Les différentes voûtes de cette église sont contre-buttées par un grand nombre d’arcs-boutants ; ses dehors sont décorés de pyramides, d’obélisques et de frontons, travaillés avec une délicatesse admirable.

Les tours devaient servir de base à des flèches dans le genre de celles de Chartres : ces couronnements pyramidaux semblent en effet manquer à l’œuvre. La flèche en plomb, haute de 95 mètres, qui surmonte le transept, est la reproduction un peu perfectionnée d’une ancienne flèche détruite à la Révolution. Les deux bras de ce transept sont aussi ornés de deux magnifiques rosaces.

Considéré dans son ensemble, l’intérieur de Notre-Dame est noble et majestueux. La grande nef est environnée de deux rangs de bas côtés et d’une ceinture de quarante-cinq chapelles. Des galeries intérieures sont placées au-dessus des nefs collatérales ; cent vingt gros piliers de 1 mètre 30 de diamètre soutiennent les voûtes principales ; deux cent quatre-vingt-dix-sept colonnes sont réparties dans les bas côtés et les galeries hautes.

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La Sainte-Chapelle.

La clôture du chœur offrait autrefois des sculptures intérieures qui représentaient l’histoire de la Genèse ; elles ont disparu. Celles de l’extérieur, qui sont l’ouvrage de Jehan Ravi et de Jehan Bouteiller son neveu, « maîtres maçons et imaigiers de Notre-Dame, en l’an MCCCLI, » offrent une suite de scènes du Nouveau Testament, exécutées avec incorrection, mais avec beaucoup de naïveté. Il reste encore quelques traces de la peinture et de la dorure dont elles furent couvertes.

Le trésor de la sacristie possède deux reliques insignes : la Couronne d’épines de Notre-Seigneur et un important fragment de la vraie Croix, qui se trouvaient autrefois à la Sainte-Chapelle.

La Sainte-Chapelle, le véritable chef-d’œuvre de l’art ogival à Paris, est due à saint Louis, qui la fit bâtir pour y déposer la Couronne d’épines et un fragment considérable de la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Elle fut construite de 1245 à 1248, par l’architecte Pierre de Montereau, à l’exception de la flèche, édifiée sous Charles VII, réédifiée sous Napoléon III, à qui l’on doit la restauration de toute la chapelle. Celle-ci est à deux étages : le bas, dédié à la Vierge, était pour les serviteurs du palais ; la chapelle supérieure, destinée au roi et à ses officiers, portait le titre de Sainte-Couronne et de Sainte-Croix. Ce qu’on admire surtout au milieu des richesses de cette chapelle, toute ruisselante de dorures et d’enluminures, ce sont les vitraux peints des quinze grandes fenêtres et de la rosace, dont les sujets sont empruntés à l’Ancien et au Nouveau Testament. Les statues des douze apôtres s’élèvent sur des culs-de-lampe adossés aux piliers de la nef ; l’autel est une reproduction exacte de celui qui fut détruit pendant la Révolution. Un peu en arrière de l’autel, l’abside est traversée par une arcature à jour, dont l’arcade médiane porte une plate-forme où s’élève à une grande hauteur un baldaquin ogival en bois sculpté ; on monte à cette plate-forme par deux escaliers en bois renfermés dans des tourelles à claire-voie. Celui de gauche date de saint Louis ; c’est de là qu’aux jours de fête le pieux roi montrait aux assistants les reliques de la Passion du divin Sauveur.

En un mot, avec sa haute nef, ses frêles colonnettes, ses vitraux éblouissants, ses peintures et dorures, la Sainte-Chapelle ressemble à un immense écrin.

Ses dimensions hors d’œuvre sont : longueur, 36 mètres ; largeur, 17 mètres ; hauteur, depuis le sol de la chapelle basse jusqu’au sommet de l’angle du fronton, 42 mètres 50 ; hauteur de la flèche au-dessus du comble, 33 mètres 25 ; en totalité, 75 mètres 75.

MONUMENTS CIVILS

Les thermes de Julien. — « Sur la pente du coteau de Sainte-Geneviève s’élèvent d’antiques débris dont le caractère imposant ne manquait jamais de frapper ceux qui les apercevaient de la rue de la Harpe. Ces débris sont précédés aujourd’hui d’un joli square qui les relie au boulevard Saint-Michel. La disposition des matériaux et l’ornementation de l’architecture semblent indiquer clairement les premières années du IVe siècle.

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Ruines du Palais des Thermes de Julien. — A gauche, musée de Cluny.

« Les Thermes de Lutèce rappellent les Thermes de Rome. Ce fut peut-être le même luxe, la même grandeur, la même hardiesse ; ils comprenaient à la fois, suivant les mœurs romaines, un palais, des salles publiques pour les bains, une bibliothèque et quelquefois un palestre ; c’est ce qui explique l’étendue des substructions que l’on rencontre au fond des caves d’un grand nombre de maisons des quartiers de la Sorbonne. La salle grandiose qui seule est demeurée intacte paraît avoir été destinée aux bains froids : c’était le frigidarium ; elle recevait les eaux de l’aqueduc d’Arcueil par quatre tuyaux en terre cuite, dont les orifices sont encore visibles. Le baptisterium était une vaste piscine de dix mètres de longueur, où les baigneurs pouvaient se plonger et nager. La cour actuelle formait le tepidarium ou bain tiède, et dans son prolongement se trouvait le fourneau ou hypocauste, accompagné de petits escaliers de service qui existent encore.

Le frigidarium est toutefois la seule partie du monument qui puisse donner une idée complète de son architecture. Seul il a conservé sa large voûte, qui s’élève à quinze mètres au-dessus du pavé et dont les retombées sont soutenues par des proues de navires. Il est remarquable que cette voûte ait résisté à l’action dissolvante de quinze siècles et au poids d’un jardin qui, il y a trente ans, la recouvrait de ses cultures et de ses grands arbres.

La maçonnerie du palais des Thermes se compose d’un appareil carré mêlé de chaînes de briques superposées symétriquement et recouvert de stuc. Les faces des murs du frigidarium sont décorées de trois grandes arcades ; celle du milieu est la plus haute, et sur le mur méridional elle se transforme en niche semi-circulaire. Au-dessous de la salle s’étendent divers étages de souterrains qui forment de vastes dépendances et dans lesquels on voit un bel aqueduc. Le tepidarium était orné de niches alternativement rondes et carrées. Telles sont les seules données qui nous restent sur ce monument dont la majesté et l’importance contrastent si vivement avec le tableau des cahutes de boue et de paille que nous tracent les anciens historiens de Lutèce, et le modeste titre d’oppidulum qu’ils lui donnent. »

 (DE LA GOURNERIE.)

Le palais des Thermes fut habité par les gouverneurs romains, puis par les rois mérovingiens de Paris, qui l’abandonnèrent plus tard pour leurs fermes de Braine et de Clichy. Ruiné par l’âge et les Normands, il devint, au XIIe siècle, la propriété de quelques seigneurs, et en 1340 celle de l’abbaye de Cluny, qui y construisit un somptueux hôtel, devenu propriété nationale à la Révolution, et aujourd’hui musée d’antiquités artistiques.

Le Louvre et les Tuileries. — Le plus vaste des édifices civils de Paris est le Louvre, le palais par excellence des Capétiens, et qui fut en réalité un de ceux qu’ils habitèrent le moins. Dans son état actuel, il n’a servi de demeure à aucun roi de France. Bâti ou rebâti par Philippe-Auguste en forme de forteresse, avec donjon cylindrique au centre, il fut rendu « plaisant » et commode par Charles V, qui y ajouta de magnifiques salles et d’élégantes galeries. François Ier, après avoir vainement essayé de mettre au goût du jour le château féodal, commanda à Pierre Lescot, en 1540, les plans d’un nouveau palais, qui, agrandi et souvent remanié depuis, comprend quatre corps de logis, formant une enceinte parfaitement carrée. C’est le Louvre actuel.

Louis XIV lui donna sa façade monumentale, pour laquelle un médecin improvisé architecte, Claude Perrault, imagina la célèbre colonnade. Celle-ci se compose de 52 colonnes et piliers, d’ordre corinthien, accouplés deux à deux. Elle se développe au premier étage d’une façade de 167 mètres de long, sur 27 mètres 60 de haut, au-dessus d’un rez-de-chaussée d’une nudité exagérée. Une balustrade à jour, dont les piédestaux devaient être ornés de trophées qui n’ont jamais été exécutés, couronne cette façade.

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Le Louvre sous Philippe-Auguste.

Après François Ier, Henri IV est le seul prince ayant séjourné au Louvre, qui de son temps était à peine arrivé au quart de son exécution. Depuis Louis XIII, la résidence officielle des rois fut principalement aux Tuileries, et c’est là que la population parisienne ramena Louis XVI, le 6 octobre 1789.

Commencé en 1564 par Philibert Delorme pour Catherine de Médicis, et souvent modifié depuis, le palais des Tuileries fut incendié par la Commune de 1871. Il n’en reste que les deux pavillons d’angle restaurés et les deux ailes se raccordant aux galeries partant du Louvre. Ces bâtiments de jonction des deux palais royaux, commencés en même temps que les Tuileries et terminés seulement sous Napoléon III, forment deux immenses façades sur la Seine et la rue de Rivoli, de même que les galeries septentrionales et méridionales du Louvre, auxquelles ils se rattachent par des bâtiments en retour d’équerre.

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Le nouveau Louvre (côté gauche) et l’ancien Louvre (au fond) sur la ci-devant place Napoléon III.

Divers services publics et notamment le ministère des finances sont installés dans ce qui subsiste des Tuileries ou dans quelques galeries du Louvre ; mais la plus grande partie du Louvre et de ses prolongements est consacrée à un musée d’art, le plus riche et le plus varié de France.

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Arc de triomphe de l’Étoile.