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La gouvernance entre promesses de futur et aliénation présente

De
264 pages
Dans le contexte de la globalisation contemporaine qui produit une interdépendance généralisée des sociétés, la gouvernance se présente désormais comme un outil essentiel de mise en ordre, de régulation, ou de maîtrise à la fois des risques et des aspirations. Elle serait d'abord un dispositif producteur de normes, mais aussi l'instrument d'un ordre planétaire ouvert et transparent conduisant à l'émergence d'une société civile mondiale en charge des « biens communs » de l'humanité. La gouvernance : un vecteur d'aliénation ou d'émancipation ?
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L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
La gouvernance entre promesses de futur et aliénation présente
et aliénation présente
L’homme et la société
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coordonné parBernard HOURSThierry POUCH
La gouvernance entre promesses de futur et aliénation présente
Fondateurs DirecteursSerge JONASet Jean PRONTEAUClaude DIDRYet Michel KAILComité de rédaction Michela BARBOT Jean-Pierre DURAND Stéphane MICHONNEAUCNRS-ENS Cachan-IDHES Université d’Évry- Université Lille 3-IRHiS Centre Pierre Naville Pierre BRASM Louis OREAU DEBELLAING University of California ParisDominique GLAYMANNUniversité de Caen Université Paris Est-LIPHA Francesca BRAYM Numa URARDUniversity of EdinburghBernard HOURSUniversité Paris 7-LCSP Université Paris 7-IRD-Patrick CINGOLANI Pierre ROLLEINALCO-CESSMA Université Paris 7-LCSP Université Paris X Aziz JELLABIoana CÎRSTOCEA Laurence Inspection générale de Université de StrabourgROULLEAU-BERGERl’Éducation nationale SAGE ENSLyon-Triangle Salvador JUANDeldphine CORTEEL Monique SELIMUniversité de Caen Université de Reims Université Paris 7-IRD-REGARDSMichel KAILINALCO-CESSMA Laurence COSTES Pierre LANTZ Richard SOBELUniversité Évry- Université Pris 8 Université de Lille 1 Val d’Essonne- CLERSE Florent LEBOTCentre Pierre Naville Université d’ÉvryMahamet TIMERAChristophe DAUMVal d’Essonne-IDHES Université Paris 7-URMIS Université de Rouen Corine MAITTEV Dominique IDALClaude DIDRYUniversité Paris-Est Université Paris 7-URMIS CNRS-ENS Cachan-IDHES Marne-la-Vallée-ACP Sophie WAHNICHCamille DUPUY Margaret MANALECNRS-EHESS-TRAM ENS Cachan-IDHES CNRSComité scientifique Michel ADAM, Pierre ANSART, Elsa ASSIDON, Solange BARBEROUSSE, Alain BIHR, MoniquCHEMILLIER-GENDREAU, Catherine COLLIOT-THÉLÈNEC, Catherine OQUERY-VIDROVITCH, Christine DELPHY, René GALLISSOT, Michel GIRAUD, Gabriel GOSSELIN, Colette GUILLAUMIN, Serge LATOUCHE, Jürgen LINK, Sami NAÏR, Gérard RAULET, Robert SAYRE, Benjamin STORA, Nicolas TERTULIAN. Rédaction L’Homme et la SociétéMSH Paris-Saclay-ENS Cachan Bât. Laplace61, avenue du président Wilson 94235 Cachan CEDEX E-mail : revue.homme.et.societe@gmail.com © L’Harmattan, 2016 5-7 rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales La gouvernance entre promesses de futur et aliénation présente
Coordonné par Bernard HOURSet Thierry POUCH
Revue soutenue par l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS et le CNL
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09685-8 EAN : 9782343096858
N° 199
L’homme et la société Revue internationalede recherches et de synthèses en sciences sociales
LA GOUVERNANCE ENTRE PROMESSES DE FUTURET ALIÉNATION PRÉSENTE
Bernard HOURSLa bonne gouvernance est-elle bonne pour les sociétés ? Bernard HOURSLa bonne gouvernance entre terreur et marché Jan SPURKLa gouvernance ou le règne de la raison instrumentale Monique SELIMLes subjectivations paradoxales de la gouvernance Thierry BRUGVINGouvernance et démocratie au regard de la privatisation des normes Amy DAHANLa gouvernance du climat : entre climatisation du monde et schisme de réalité Thierry POUCHL’État commercial fermécomme issue à l’impossible gouvernance des échanges internationaux de produits agricoles Abdelhafid HAMMOUCHELes ressources de l’autorité éducative Julie DEMESLAYHarmoniser la lutte antidopage : quelques critiques d’une gouvernance mondiale NOTES CRITIQUES
Frédéric COMPINFinancement du terrorisme et blanchiment de capitaux : liaisons dangereuses ou manipulations d’État ?
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Alexandre MARCHANTL’État, la drogue et le «complot » en France. De la French Connection à l’îlot Chalon, des années 1960 aux années 1980 173 HORS DOSSIERFrancesca COZZOLINOLa fabrique de l'art : re-contextualisation et circulation d’une œuvre de l’artiste Meschac Gaba 195 COMPTES RENDUS 217Résumés/Abstracts251 ABONNEMENTS ET VENTES AU NUMÉROÉditions L’Harmattan 5-7 rue de l’École-Polytechnique 75005 PARISUn abonnement annuel couvre 3 numéros dont 1 double (joindre un chèque à la commande au nom de L’Harmattan) France : 60— Étranger par avion : 65
La bonne gouvernance est-elle bonne pour les sociétés ?
BernardHOURS
S’interroger aujourd’hui sur la gouvernance c’est mettre en question la plupart des postulats du néolibéralisme et du capitalisme contemporain. La gouvernance se donne à voir comme l’outil ou l’instrument d’une bonne gestion sans que le champ de sa mise en œuvre et son objet fassent problème, encore moins problématique, puisque la société ne serait qu’une vaste entreprise, tout comme l’État n’est plus, dans ce contexte, qu’une entreprise plus grosse que celles du CAC40, son caractère public étant tout simplement évanoui et volatilisé. La gouvernance produit des normes. Pour aborder la gouvernance, bonne par nature, une nature interpellée dans cette livraison deL’hommeet la société, on peut distinguer deux postures d’approche. La première consiste à inscrire les analyses dans le cadre prescrit, celui de la bonne gouvernance pour critiquer des insuffisances, proposer des améliorations des performances économiques, sociales, démocratiques d’optimisation. La seconde plus radicale s’attaque au concept, à ses usages comme aux présupposés que nous propose la bonne gouvernance, avec quels objectifs, pourquoi et comment ? Les deux démarches ne sont pas totalement exclusives. Ce numéro présente des articles portant sur un champ particulier (lutte antidopage, marchés agricoles, environnement), articulés avec les idéologies dominantes dans la globalisation, tout comme des analyses portant sur les logiques et processus véhiculés par les normes de bonne gouvernance qui englobent tous les secteurs. Car il s’agit bien de normaliser, c’est-à-dire de réformer selon l’incantation contemporaine partout diffusée et bien partagée, sauf par des mouvements sociaux récalcitrants, qui n’auraient pas compris à quel point l’ajustement permanent requis des entreprises performantes est aussi un merveilleux projet social, certes un peu inégalitaire, mais
o L’homme et la société, n 199, janvier-mars 2016
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Bernard HOURS
tellement dynamique et mobilisateur, le nouveau visage de la politique postpolitique en France. La bonne gouvernance ne nous propose-t-elle pas la mise en œuvre d’un « gagnant-gagnant » perpétuel et sa principale proposition n’est-elle pas celle d’un « gagnant-gagnant » généralisé, dans un monde de bons élèves ayant compris leur intérêt, engagés dans des négociations sectorielles techniques, à l’abri des choix de société d’une autre époque ? Le projet est global, technocratique, hautement idéologique et il constitue une forme d’assoupissement démocratique au mieux, au pire l’enterrement des aspirations à l’émancipation et la naturalisation du marché qui se substitue progressivement à la société comme totalité productrice de sens. C’est ainsi que l’affichage de normes positives, optimisant les performances de toute nature, est présenté désormais comme l’unique projet raisonnable et possible proposé aux citoyens. CESSMA
La bonne gouvernance entre terreur et marché
BernardHOURS
e Les hommes duXVIIIsiècle ne connaissaient guère cette espèce de pouvoir du bien être qui est comme la mère de la servitude, passion molle et pourtant tenace et inaltérable… qui permet l’honnêteté et défend l’héroïsme et excelle à faire des hommes rangés et de lâches citoyens. Alexis de TOCQUEVILLE,L’Ancien Régime et la Révolution. Les effets émollients prêtés au bien-être par Tocqueville sonta contrarioconfirmés par les révoltes diverses consécutives à la crise financière actuelle, devenue crise économique et sociale. Le slogan Merry crisis and happy new fear, inscrit sur les murs par les manifestants, exprime bien cette découverte actuelle : celle d’une crise chronique de l’économie de marché financiarisée engendrant une précarité sociale généralisée et durable. Dans ce paysage, les normes de la « bonne gouvernance » formulées par les institutions multilatérales qui exercent aujourd’hui le pouvoir apparaissent autant comme des vœux pieux que comme le mode d’emploi du monde global qui est le nôtre désormais. Sorte de « norme des 1 normes », la notion de gouvernance est issue du management (gestion) des entreprises privées. Elle évoque les capacités de bonne gestion des dirigeants, des performances économiques obtenues dans des conditions sociales maîtrisées, c’est-à-dire sans affrontements ni mouvements sociaux. La qualité s’applique aux résultats, aux performances
1. Bernard HOURS, « La gouvernance par la consommation », in Isabelle GUÉRIN et Monique SELIM,À quoi et comment dépenser son argent ?, Paris, L’Harmattan, 2012, p. 41-51. o L’homme et la société, n 199, janvier-mars 2016