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La grammaire du français moderne T. 4

De
591 pages
La grammaire norme l'usage du langage. Il semble donc simple de déterminer si un énoncé est grammatical ou non. Mais certains énoncés sont reçus comme corrects par les locuteurs alors qu'ils ne relèvent pas de la grammaire classique. On trouve ici une étude poussée, aidée d'une foule d'exemples tirés des textes français. Tome 4 : la phrase française. Abdelhamid Drissi Messouak est enseignant-chercheur, il a soutenu une thèse de 3e cycle sur les stratégies de compréhension des pronoms personnels français par des enfants marocains et une thèse d'Etat sur la compréhension des agrammaticalités françaises par des natifs vivant au Maroc et des professeurs universitaires marocains. Il enseigne actuellement la grammaire française au Centre Pédagogique Régional de Fès.
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2 Titre
La grammaire du français
moderne

3Titre
Abdelhamid Drissi messouak
La grammaire du français
moderne
Les types de phrase
Document
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00524-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304005240 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00525-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304005257 (livre numérique)

6 . 8
SIXIEME PARTIE : LA PHRASE FRANÇAISE, LES
TYPES DE PHRASES
9
CHAPITRE 1 : DE LA PHRASE SIMPLE À LA
PHRASE COMPLEXE
I La phrase française et ses caractéristiques.
La phrase est un assemblage de mots dont le
premier commence par une lettre majuscule et
qui se terminent par un point ou parfois par un
point-virgule. Mais l’assemblage ne se fait pas
arbitrairement. Il obéit à un ordre prédéterminé
par le système de la langue française. Quand
l’enchaînement s’écarte des règles imposées par
la grammaire, la suite ne constitue plus une
phrase dans le sens positif du terme ; celle-ci est
plutôt considérée par les linguistes comme une
phrase agrammaticale. C’est le cas de la combi-
naison suivante par exemple :
* Son rôle dans les meilleures a joué condi-
tions le réalisateur
En réalité cet ordre ne constitue pas une
phrase recevable, loin s’en faut, mais du mo-
ment qu’il est composé d’une succession de
mots, si désordonnée soit-elle dans son agen-
cement, les linguistes le considèrent effective-
ment comme une phrase mal formée. Pour
qu’elle soit véritablement grammaticale, il faut
11 La grammaire du français moderne
qu’on rétablisse l’ordre adéquat c’est-à-dire celui
qui est conforme aux règles en vigueur :
– Le réalisateur a joué son rôle dans les meil-
leures conditions
Sur le plan du sens également, une phrase ne
peut être considérée comme acceptable que si
elle est sémantiquement interprétable. Tel n’est
pas le cas par exemple de cette suite de Noam
Chomsky :
– De vertes idées incolores dorment furieu-
sement
Une phrase est donc asémantique quand il y
a une incompatibilité de sens entre certaines
unités linguistiques comme entre « vertes » et
« incolores », « dorment » et « furieusement ».
Il s’ensuit que la condition sine qua non pour
qu’une phrase soit jugée comme bien formée
est qu’elle obéisse aux règles de bonne forma-
tion syntaxique et sémantique régies par la lan-
gue française. Cela étant, toute phrase est cons-
tituée d’un ensemble de mots, mais leur nombre
reste indéterminé. Si au niveau de la quantité
des mots le choix est vaste, sur le plan de la ca-
tégorie choisie et de sa position dans la sé-
quence verbale les restrictions sont plus gran-
des. Ainsi, il s’avère que dans une phrase stan-
dard, un groupe nominal et un groupe verbal
sont impérativement présents, le plus souvent
dans cet ordre :
– Le temps passe vite
12 De la phrase simple à la phrase complexe
Cela ne signifie nullement que toute phrase
est constituée d’un groupe nominal et d’un
groupe verbal. Les phrases-mots ne sont pas
rares dans la langue française :
° Phrase constituée d’un nom :
– Frédéric !
° Phrase constituée d’un verbe :
– Sortez !
° Phrase constituée d’un adjectif :
– Formidable !
° Phrase constituée d’un adverbe :
– Vite !
° Phrase constituée d’un pronom :
– Qui ? Vous ?
° Phrase constituée d’un adverbe interroga-
tif :
– Pourquoi ?
Hormis ces cas, la phrase se compose d’un
groupe nominal et d’un groupe verbal. Mais les
expansions sont nombreuses aussi bien relati-
vement à ces deux constituants que pour le
groupe prépositionnel qui en est indépendant.
Une phrase minimale du type :
– Maurice chante
est susceptible de recevoir plusieurs expan-
sions et devenir par exemple :
– Tous les matins, entre sept heures et huit
heures, dans sa chambre d’hôtel, Maurice le mé-
lomane chante à voix basse des mélodies qui ne
sont connues que des musiciens chevronnés
13 La grammaire du français moderne
Une phrase comprend donc deux éléments
essentiels, à savoir le nom et le verbe. Tout le
reste n’est qu’expansion.
1 - LA PHRASE ET LA PROPOSITION
a) Phrase simple et phrase complexe
Quand une phrase contient un seul verbe,
elle est appelée phrase simple :
– La rosée a envahi les arbres
L’union de deux ou plusieurs phrases simples
forme une phrase complexe :
– Les chiens aboient et la caravane passe (1)
– Je suis convaincu que vous avez tort (2)
– Le temps qui passe est précieux (3)
Cette union se fait soit au moyen d’une
conjonction de coordination (1), soit au moyen
d’une conjonction de subordination (2), soit au
moyen d’un pronom relatif (3). Toute phrase
complexe est donc un ensemble de phrases
simples, chacune contenant en principe un
verbe
b) Proposition et phrase simple
Une phrase simple n’est considérée comme
telle que si elle fonctionne d’une manière isolée.
Quand elle s’inscrit dans le cadre d’une phrase
complexe, elle est plutôt appelée « proposi-
tion ». Une proposition n’est donc pas nécessai-
rement une phrase simple. La seconde, comme
on vient de le souligner, se suffit à elle-même et
forme une unité indépendante. Elle n’a aucun
14 De la phrase simple à la phrase complexe
lien syntaxique avec le reste des énoncés et
laisse passer un message compréhensible en lui-
même, sans qu’on ait recours au sens des autres
unités. En revanche, une proposition dépend
des autres phrases qui l’environnent. Quand on
écrit :
– Le lion a faim ; il cherche une proie,
on produit deux phrases simples qui ne sont
pas, sur le plan de la syntaxe, reliées. En revan-
che, elles sont dépendantes sémantiquement.
Mais on peut les considérer aussi comme deux
propositions indépendantes.
Mais lorsqu’on produit un énoncé du type :
– Elle veut qu’on reste ensemble
les deux éléments phrastiques sont des pro-
positions dépendantes l’une de l’autre. Elles ne
peuvent fonctionner chacune à part. On ne
peut donc les détacher sous peine d’obtenir
deux unités ne dégageant aucun sens et frôlant
l’agrammaticalité :
– ? Elle veut
– * Qu’on soit toujours ensemble
En somme toute phrase simple est une pro-
position, l’inverse n’étant pas toujours vrai.
2 – LES DIFFÉRENTS TYPES DE PROPOSITIONS
a) Les outils introducteurs
Comme on l’a signalé, dans une phrase com-
plexe, les propositions sont reliées entre elles
par un outil grammatical. En son absence, elles
15 La grammaire du français moderne
sont des propositions indépendantes. Mais au
niveau du sens il y a toujours un enchaînement.
Soit les deux propositions indépendantes :
– Jean Valjean avait faim ; il a volé un pain
Il va sans dire qu’aucun outil grammatical ne
les réunit. Il n’en reste pas moins qu’il existe
une relation de cause à effet entre les deux uni-
tés, laquelle peut être exprimée de différentes
façons :
– Jean Valjean a volé un pain parce qu’il avait
faim
– Jean Valjean avait faim de sorte qu’il a volé
un pain
– Jean Valjean avait faim ; par conséquent il a
volé un pain
– Jean Valjean avait faim ; c’est pourquoi il a
– Puisque Jean Valjean avait faim, il a volé un
pain
– Si Jean Valjean a volé un pain c’est qu’il
avait faim
– Jean Valjean avait faim et il a volé un pain
– Jean Valjean, qui avait faim, a volé un pain
Dans tous ces exemples, les deux proposi-
tions, qui étaient indépendantes auparavant,
sont jointes soit par un subordonnant, soit par
un coordonnant, soit par un pronom relatif
(pour plus de détails voir plus loin).
b) Propositions principales et propositions
subordonnées
16 De la phrase simple à la phrase complexe
Il y a une interdépendance entre une propo-
sition principale et une proposition subordon-
née. La seconde n’existe que par rapport à la
première. Elle est souvent introduite, à
l’exemple de ce qui a été énoncé ci-dessus, par
un outil grammatical. Toute subordonnée dé-
pend donc d’une principale (celle-ci n’étant su-
bordonnée à aucune proposition), la dépen-
dance étant vue sous l’angle de la syntaxe. Dans
certains cas, il suffit d’effacer le mot de liaison
(on l’appelle aussi « mot introducteur » puisque
c’est lui qui introduit la subordonnée) pour que
chaque proposition recouvre son autonomie et
se suffise à elle-même tant sur le plan du sens
que par rapport à la grammaticalité. En repre-
nant l’exemple précédemment cité :
– Jean Valjean a volé un pain parce qu’il avait
faim
Nous constatons qu’en supprimant le mot
introducteur « parce que » (qu’on appelle une
conjonction de subordination ou un subordon-
nant), nous obtenons deux propositions indé-
pendantes, chacune ayant son sens propre et sa
propre structure :
– Jean Valjean a volé un pain ; il avait faim
Par contre, dans d’autres phrases complexes,
la principale et la subordonnée sont si dépen-
dantes l’une de l’autre qu’il est impossible de les
détacher sans obtenir un énoncé mal formé ou
asémantique. Soit les deux phrases :
17 La grammaire du français moderne
– Qu’il soit un imposteur me donne de la
peine
– Le fruit que j’aime le plus est l’orange
Si nous séparons les propositions nous obte-
nons des énoncés agrammaticaux ou dénués de
sens :
* Qu’il soit un imposteur
* Me donne de la peine
* Le fruit est l’orange
* Que j’aime le plus
Les éléments sont donc inséparables.
c) Les principales propositions subordonnées
et leurs mots introducteurs
Eu égard aux mots qui les introduisent, il
existe plusieurs catégories de propositions su-
bordonnées :
° Les subordonnées relatives
Elles sont introduites par un pronom relatif ;
elles jouent le rôle d’un adjectif qualificatif épi-
thète ou mis en apposition ou d’un groupe no-
minal complément du nom. Dans les phrases :
– L’homme aux lunettes noires est revenu
nous voir
– Cet homme aimable traite bien ses enfants
– Le temps disponible ne suffit pas
le groupe prépositionnel complément du
nom « aux lunettes noires », comme l’adjectif
« aimable » ou « disponible » sont susceptibles
d’être représentés par des subordonnées relati-
ves :
18 De la phrase simple à la phrase complexe
– L’homme qui porte des lunettes noires est
revenu nous voir
– Cet homme, qui est aimable, traite bien ses
enfants
– Le temps dont on dispose ne suffit pas
C’est en raison de ces substitutions possibles
que la proposition est appelée parfois « adjec-
tive ».
° Les subordonnées conjonctives
Elles sont ainsi dénommées parce qu’elles
sont introduites par une conjonction de subor-
dination ; elles sont fréquemment les substituts
d’un groupe nominal. On les regroupe en trois
classes :
+ La classe des subordonnées di-
tes « complétives » ; elles assument toutes les
fonctions du nom si l’on écarte les circonstan-
ciels. Quand on énonce :
– Je regrette son départ
il est certain qu’au groupe nominal on peut
substituer une subordonnée du type :
– Je regrette qu’il soit parti
Il en est de même pour la séquence suivante :
– Son retour m’enchante
qu’on peut transformer en :
– Qu’il soit de retour m’enchante
Dans le premier cas la subordonnée complé-
tive est complément d’objet direct, dans le se-
cond elle est sujet.
19 La grammaire du français moderne
+ La classe des subordonnées dites interro-
gatives
Elles sont introduites par des mots interroga-
tifs tels que l’adjectif, le pronom et l’adverbe
(voir le chapitre relatif à ces mots). Elles font
partie aussi de la classe des complétives du
moment qu’elles sont des compléments du
verbe :
– Je ne sais pas comment ils sont parvenus à
s’en sortir
– Le candidat se demande s’il a fait le bon
choix
– Dis-moi lequel des deux t’intéresse
– J’ai compris de quoi il s’agissait : MICHEL
BUTOR : L’emploi du temps
+ La classe des subordonnées dites « circons-
tancielles »
Elles équivalent à un groupe nominal com-
plément circonstanciel :
– Je suis content en compagnie de mes amis
– Je suis content quand mes amis
m’accompagnent.
Ainsi, le groupe prépositionnel
« en compagnie de mes amis » a comme substi-
tut possible : « quand mes amis
m’accompagnent », lesquels sont des complé-
ments circonstanciels de temps. De la même
façon l’énoncé :
– J’ai recours à mon avocat en cas de besoin
20 De la phrase simple à la phrase complexe
peut devenir quand on met à la place du
groupe prépositionnel « en cas de besoin », une
subordonnée introduite par « si » :
– J’aurai recours à mon avocat si j’en ai be-
soin
Les deux éléments qui se correspondent
jouent le rôle de complément circonstanciel
d’hypothèse.
d) Les subordonnées non reliées à la princi-
pale par un mot introducteur
Ce sont les propositions infinitives et les
propositions participiales (voir plus loin).
3 – LA COORDINATION, LA JUXTAPOSITION ET LA SU-
BORDINATION
Les propositions sont reliées entre elles par :
a) La subordination
Il est admis chez certains grammairiens que
dans le contexte de la subordination, les rap-
ports entre les deux propositions sont ceux qui
existent entre un élément essentiel (celui de la
proposition principale qui a sous sa dépendance
la proposition subordonnée) et un élément ac-
cessoire (celui de la proposition dépendante). Il
y a donc une vision hiérarchique de l’opposition
existant entre les deux éléments, l’un étant
considéré du premier ordre vu qu’il commande
l’autre qu’on estime être commandé et consti-
tuer le deuxième rang. Il est bien évident que
cette conception est un tant soit peu arbitraire
21 La grammaire du français moderne
et que la proposition principale ne joue pas tou-
jours le rôle pilote qu’on lui attribue, surtout
dans les phrases où la subordonnée est le sujet
du verbe principal :
– Qu’il ait réussi me soulage
Dans cet énoncé, on ne voit pas comment la
proposition principale « me soulage » peut être
jugée comme essentielle en jouant un rôle pri-
mordial par rapport à sa subordonnée. De la
même manière, il est difficilement concevable
d’admettre que la subordonnée « qu’il ait réus-
si » soit sous la dépendance de la proposition
principale « me soulage ». Ce sont des appella-
tions arbitraires qu’on conserve tout de même
pour la commodité de ce travail.
b) La coordination
Une conjonction de coordination peut relier
deux propositions. Nous ne sommes plus dans
la situation d’une proposition régissante et
d’une proposition régie. Ces notions ne sont
plus de mise ici dans la mesure où la coordina-
tion relie deux éléments caractérisés par l’égalité
des rôles et des fonctions. Les deux proposi-
tions ont un statut égal. Qui plus est, quand la
conjonction de coordination disparaît, les deux
propositions reprennent leur statut de proposi-
tions indépendantes et restent bien formées.
Ainsi les deux phrases coordonnées :
– Les chiens aboient et la caravane passe
22 De la phrase simple à la phrase complexe
Ont le même statut propositionnel et peu-
vent par conséquent recouvrer leur autonomie :
– Les chiens aboient ; la caravane passe
Même les positions peuvent être inversées :
– La caravane passe et les chiens aboient
c) La juxtaposition
Certaines propositions sont tout simplement
juxtaposées. C’est la ponctuation, en
l’occurrence une virgule, qui les sépare :
– Les chiens aboient, la caravane passe
II La phrase simple
On a défini la phrase simple comme étant
une entité constituée d’un groupe nominal et
d’un groupe verbal. Mais son statut dépend de
la manière dont l’énonciateur envisage son pro-
cès. Trois types de procédés la définissent :
1 – Le procédé déclaratif
Il consiste à énoncer un fait avec objectivité
et sans prise en considération du facteur affec-
tif. On raconte ce que l’on a vu ou constaté
sans états d’âme ou on rapporte ce dont on
nous a informé :
– La Terre tourne autour du Soleil
– L’homme n’est pas immortel
– Le patient est décédé d’une crise cardiaque
– Je ne renonce pas à mes prérogatives
– Nous reconnaissons notre faute
– La réalité est tout autre
23 La grammaire du français moderne
– Certains insectes sont utiles
Une phrase assertive est soit affirmative soit
négative.
2 – LE PROCÉDÉ INTERROGATIF OU EXCLAMATIF
Une phrase interrogative consiste à poser ou
à se poser des questions. Elle se termine par un
point d’interrogation et se distingue par une in-
tonation particulière. Une phrase exclamative
dénote le caractère exclamatif du message :
– Peut-on se fier aux apparences ?
– Est-ce que tu as terminé ton travail ?
– Comment est-ce possible ?
– Pourquoi êtes-vous si triste ?
– La femme, a-t-elle les mêmes droits que
l’homme ?
– Que signifie cette phrase ?
– Lequel des deux préfères-tu ?
– Que vous êtes joli ! Que vous me semblez
beau ! : JEAN DE LA FONTAINE : Fables
3 – LE PROCÉDÉ IMPÉRATIF
C’est le type de phrase qui n’est ni déclarative
ni interrogative. Le sujet parlant s’adresse le
plus souvent à une personne pour lui donner un
ordre, un conseil ou lui faire une recommanda-
tion :
– Sors de chez moi !
– N’oublie pas de réviser tes leçons !
24
CHAPITRE 2 : LA PHRASE INTERROGATIVE DI-
RECTE
A/LA PHRASE INTERROGATIVE PURE
I INTRODUCTION
Quand nous posons une question ou interro-
geons quelqu’un (ou nous-mêmes parfois), le
caractère affirmatif initial de la séquence d’où
découle l’interrogation s’estompe momentané-
ment, du moins en apparence, pour laisser place
au doute, à l’incertitude mais surtout à la re-
cherche d’une vérité, à la satisfaction d’une
curiosité, à la soif de l’information, à la de-
mande d’un renseignement, à l’enrichissement
de ses connaissances, à la découverte d’une ré-
alité inconnue. Dans tous ces cas on ignore ré-
ellement ou artificiellement des faits se rappor-
tant à la vie quotidienne ou sa composante mé-
taphysique et sur la vérité desquels on se rensei-
gne.
Du moment que l’aspect affirmatif de la
communication disparaît, la séquence elle-
25 La grammaire du français moderne
même subit des transformations syntaxiques qui
lui permettent de fonctionner en tant que
phrase interrogative. En effet, le style interroga-
tif possède des spécificités qui lui sont propres
et qui le distinguent de la phrase affirmative
proprement dite. Parmi ces caractéristiques, les
plus importantes sont celles relatives aux diffé-
rents types de mots qui introduisent
l’interrogation et aux positions des principales
unités linguistiques de la phrase, telles que le
verbe, le groupe nominal sujet, les groupes no-
minaux compléments, l’une par rapport à
l’autre.
Toute phrase déclarative est susceptible de se
transformer en phrase interrogative. Mais
l’interrogation porte soit sur la séquence tout
entière, soit sur une partie seulement de celle-ci.
Dans le premier cas, elle est totale, dans le se-
cond elle est partielle. Observons la phrase sui-
vante :
– L’explorateur traverse la rivière à la nage
Quand on demande si réellement
l’explorateur accomplit cet acte, on énonce :
– L’explorateur traverse-t-il la rivière ? ateur traverse-t-il la rivière à la
nage ?
Ces questions imposent des réponses du
type : « oui », « non », « peut-être », « probable-
ment », « je ne sais pas ». C’est dans ce contexte
que l’interrogation est dite « totale » puisqu’elle
26 La phrase interrogative directe
porte sur toute la phrase. Par contre, on peut
poser des questions du genre :
– Que fait l’explorateur ?
– Que traverse l’explorateur ?
– Qui traverse la rivière ?
– Comment l’explorateur traverse-t-il la ri-
vière ?
Autant de questions qui visent un point pré-
cis de la séquence : la première porte sur le
verbe (l’explorateur traverse la rivière), la se-
conde sur le groupe nominal complément
d’objet (l’explorateur traverse la rivière), la troi-
sième sur le groupe nominal sujet (c’est
l’explorateur qui traverse la rivière), la qua-
trième sur la manière dont le sujet accomplit
son acte (il traverse la rivière à la nage). Nous
sommes ici dans le contexte de l’interrogation
partielle car la question porte sur une seule uni-
té de la phrase. La réponse attendue est elle-
même d’une autre nature, ne pouvant être ni
« oui » ni « non » mais un mot de la phrase.
II L’INTERROGATION TOTALE
Elle n’est pas introduite par un mot interro-
gatif du moment que celui-ci est spécifique à
l’interrogation partielle. Ainsi, « qui », « que »,
« comment », « lequel », « pourquoi », « où »,
« quel » sont des outils propres à cette dernière
Plusieurs procédés syntaxiques définissent
l’interrogation totale parmi lesquels l’inversion
27 La grammaire du français moderne
du sujet, l’usage de l’expression « est-ce que »
ou carrément l’emploi de la tournure affirma-
tive.
1 – L’emploi de la tournure affirmative
Le cas le plus simple de la formulation inter-
rogative mais aussi le plus contesté est celui qui
consiste à poser une question en recourant à la
phrase affirmative classique avec en plus un
point d’interrogation à l’écrit et une intonation
toute particulière dans le langage parlé ; je for-
mule par exemple la phrase déclarative sui-
vante :
– Je viendrai demain
L’interlocuteur, pour s’assurer du caractère
assertif de l’énonciation, peut, par un effet de
redondance propre à toute langue, interroger le
locuteur sur la véracité de l’affirmation et dire :
– Tu viendras demain ?
Dans une autre situation, on peut tout sim-
plement demander à quelqu’un s’il est en me-
sure d’accomplir un acte déterminé :
– Vous serez mon partenaire ?
Il est bien évident que ce procédé est parfois
l’objet de contestation de certains grammairiens
qui refusent que la structure de la phrase inter-
rogative soit réduite à celle de la séquence af-
firmative. La première possède des propriétés
qui ne doivent nullement être assimilées à celles
de la seconde. Mais cela n’empêche pas certains
bons auteurs, comme les organes de presse de
28 La phrase interrogative directe
se servir de la formulation affirmative pour po-
ser des questions :
– Vous aimez donc cette belle demoiselle ? :
VOLTAIRE : L’Ingénu
– Tu ne vois pas qu’ils mettent le feu à la
paillasse ? : JEAN GIONO : Les âmes fortes
– Vous étiez très jeune quand vous avez dé-
cidé que vous seriez comédien ? :
L’EVENEMENT DU JEUDI : 11 mars 1993
– Vous avez fait part de votre sentiment au
gouvernement français ? : LE NOUVEL OB-
SERVATEUR : 21 décembre 1989
– Le temps était beau ? : PARIS-MATCH :
– Vous ne savez plus vous servir d’un ba-
lai ? : EUGENE IONESCO : Le Roi se meurt
– Tu as regardé les étoiles cette nuit ? :
RAYMOND QUENEAU : Les fleurs bleues
– La relation entre le malade et le médecin
est donc essentielle ? : ALAIN PEYREFITTE :
Quand la Chine s’éveillera le monde tremblera
2 – L’emploi de « est-ce que »
La locution adverbiale « est-ce que » est la
seule qui introduit une interrogation totale. Elle
s’ajoute à la phrase affirmative pour constituer
une séquence interrogative. Elle est la seule à
distinguer entre cette tournure et celle de la
phrase affirmative proprement dite. On dit bien
affirmativement :
– Vous allez partir tout de suite
qu’on transforme interrogativement en :
29 La grammaire du français moderne
– Vous allez partir tout de suite ?
ou en introduisant la locution « est-ce que » :
– Est-ce que vous allez partir tout de suite ?
L’ordre des mots de la phrase affirmative est
ainsi conservé intact, toute autre suite étant
bannie :
– Est-ce que tu ne veux pas boire un peu ? :
PAUL CLAUDEL : Tête d’Or
Une tournure quasi-semblable détermine un
groupe nominal mais avec en moins la particule
« que » et en plus un pronom relatif dont
l’antécédent est ce groupe nominal ; elle résulte
de l’expression « c’est » :
– Est-ce le conférencier qui va partir tout de
suite ?
– Est-ce mon opinion que vous rejetez ?
– Est-ce lui dont vous avez besoin ?
– Est-ce ta vie ou la mienne qui s’en va ? :
VICTOR HUGO : Les Contemplations
– Est-ce notre venue qui te met dans cet
état ? : MICHEL MOHRT : L’Ours des Adi-
rondacks
– Monsieur, est-ce au Mississippi que vous
allez vous rendre ? : ALAIN DEMOUZON :
Le bandoulier du Mississippi
3 - L’inversion du sujet
Le procédé interrogatif le plus attesté par les
grammairiens est celui de l’inversion du sujet
pronominal de reprise. Ainsi, l’énoncé :
– La maman cajole ses petits
30 La phrase interrogative directe
devient :
– La maman cajole-t-elle ses petits ?
Nous notons tout de même que la reprise du
groupe nominal sujet par un pronom personnel
est obligatoire et que l’inversion ne touche pas
le substantif. En présence du seul pronom,
l’inversion est quasi- obligatoire :
– Cajole-t-elle ses petits ?
On peut toutefois reprendre le pronom par
le groupe nominal coréférent qui se trouve alors
placé à la fin de la séquence :
– Cajole-t-elle ses petits, la maman ?
Dans beaucoup de cas, le groupe nominal su-
jet est suivi immédiatement du verbe :
– Telle carence a-t-elle son explication ? :
L’EXPRESS : 15 juillet 1993
Mais il peut en être séparé par une proposi-
tion ou un syntagme :
– Ce talent que me promettait l’amitié s’est-il
jamais levé pour moi ? : CHATEAUBRIAND :
Mémoires d’Outre-Tombe
Un cas où l’inversion est souvent évitée est
celui où le pronom en usage est « je » derrière
un verbe au présent de l’indicatif. Ainsi, à la
place de :
* Peux-je ?
* Chante-je ?
foncièrement agrammaticales, on se sert de
« est-ce que » ou pour les verbes du premier
groupe du participe passé :
31 La grammaire du français moderne
– Chanté-je ?
Concernant le verbe « pouvoir », on use par-
fois de la forme « puis » :
– Puis-je sortir ?
Hormis ces cas l’inversion est impossible en
cas de coexistence d'un pronom personnel sujet
de première personne du singulier et d'un verbe
au présent de l’indicatif. Pour le reste elle est
possible :
– Sors-tu la nuit ?
– Avons-nous tort ?
– Ont-ils tout ce qu’il faut ?
– Travaillerai-je ce soir ?
– Ai-je pu le savoir ?
– Avais-je tort ?
III L’INTERROGATION PARTIELLE
Elle porte sur une unité linguistique précise
et plus particulièrement sur le sujet, l’objet,
l’attribut ou le complément circonstanciel.
1 – L’interrogation portant sur le sujet
a) Le mot introducteur est un adjectif ou un
pronom interrogatifs
Il n’y a aucune inversion ni reprise du sujet
par un pronom personnel :
– Qui a commis cette faute ?
– Qui vous donnait le droit d’aller ainsi men-
dier pour lui ? : ALFRED DE VIGNY : Stello
– Qui est là ?
– Qui est ton tuteur ?
32 La phrase interrogative directe
– Quel sport vous intéresse ?
– Quoi donc t’étonne ? : GUSTAVE
FLAUBERT (cité par Wagner et Pinchon)
– Lequel est le plus rapide ?
Dans le langage parlé, « qui » et « quoi » sont
parfois remplacés par « qui est-ce qui » (pour les
personnes) et « qu’est-ce qui » (pour les objets).
L’ordre des mots reste le même :
– Qui est-ce qui a commis cette faute ?
– Qui est-ce qui vous donnait le droit d’aller
ainsi mendier pour lui ?
– Qu’est-ce qui t’étonne donc ?
Avec l’adjectif interrogatif « quel », on ne
peut utiliser cette formule ; on efface alors le
groupe nominal sujet et on le reprend en le dé-
terminant par « comme » :
– Qu’est-ce qui vous intéresse ?
– Qu’est-ce qui vous intéresse comme sport ?
« Lequel », pronom, est également effacé :
– Qu’est-ce qui est le plus rapide ?
– Qu’est-ce qui compte à vos yeux ? : AN-
DRE MAUROIS : Les roses de septembre
b) Le mot introducteur est un adverbe inter-
rogatif
Quand le sujet est introduit par un adverbe
de quantité tel que « combien », le sujet est
normalement inversé quand il est un pronom :
– Combien de candidats sont-ils admissi-
bles ?
33 La grammaire du français moderne
Mais on peut se passer de la reprise du pro-
nom :
– Combien de candidats sont admissibles ?
2 – L’interrogation portant sur le complé-
ment d’objet
a) Le complément d’objet direct
° L’interrogation est introduite par « qui »
Ce pronom représente un être animé. Quand
le sujet est un groupe nominal, il est repris par
un pronom personnel. Avec un temps simple, il
y a inversion du sujet, avec un temps composé
le pronom de reprise est placé entre l’auxiliaire
et le participe passé :
– Qui ton père a-t-il aidé ?
– Qui ton père aide-t-il ?
On peut recourir à la formule « qui est-ce
que » :
– Qui est-ce que ton père aide ?
Là, il n’y a aucune inversion du sujet ni re-
prise par un pronom. Quand le sujet est un
pronom, il y a obligatoirement inversion du su-
jet :
– Qui soutenez-vous ?
Avec un temps composé, le pronom sujet est
intercalé entre l’auxiliaire et le participe passé :
– Qui as-tu vu ?
Avec l’emploi de la locution « qui est-ce
que », le sujet reprend sa place ordinaire :
– Qui est-ce que tu as vu ?
34 La phrase interrogative directe
Mais quele que soit la nature du sujet,
l’emploi de cette tournure constitue une lour-
deur que beaucoup d’usagers évitent.
° L’interrogation est introduite par « que »
Ce pronom représente un inanimé. Quand le
sujet est un groupe nominal ou un pronom, il
est inversé :
– Que fait ta mère ?
– Mon neveu, que me dites-vous là ? : VOL-
TAIRE : L’Ingénu
Quand on commence la phrase par le groupe
nominal sujet, celui-ci est repris par un pronom
personnel inversé :
– Ta mère que fait-elle ?
Comme de coutume, on peut recourir à
l’expression « qu’est-ce que » :
– Qu’est-ce que ta mère fait ?
– Qu’est-ce que fait ta mère ?
Quand le sujet est un pronom, il est inversé
avec un temps simple :
– Que fait-elle ?
– Que vois-tu ?
Il est placé entre l’auxiliaire et le participe
passé quand le verbe est à un temps composé :
– Qu’a-t-elle fait ?
– Qu’as-tu vu ?
Lorsque la phrase est introduite par « qu’est-
ce que », le pronom sujet est antéposé au
verbe :
– Qu’est-ce que tu as vu ?
35 La grammaire du français moderne
Parfois le pronom sujet est repris par un
groupe nominal
– Qu’est-ce qu’il dit, ton père ?
Dans certains cas, à « que » et « qu’est-ce
que » on substitue le pronom « quoi » mais pla-
cé en fin de séquence :
– Que me conseillez-vous ?
– Qu’est-ce que vous me conseillez ?
– Vous me conseillez quoi ?
« Que » est parfois suivi d’un infinitif :
– Que faire dans ces conditions ?
– Que penser du bilan sportif du pays
erhôte ? : JEUNE AFRIQUE : 1 octobre 2001
– Que comprendre quand on voit sur l’eau
les duvets d’un oreiller ? : JEAN GENET : Un
captif amoureux
La phrase interrogative peut être suivie d’une
complétive par « que » :
– Que croyez-vous qu’il arriva ? : LE NOU-
VEL OBSERVATEUR : 6-12 juin 1991
° L’interrogation est introduite par « quel »
ou « lequel »
Quand le sujet est un substantif complément
déterminé par « quel », on inverse le sujet :
– Quel accusé inculpe le juge ?
Mais l’inversion n’est pas obligatoire ; on re-
prend alors le sujet par un pronom personnel
inversé quand le verbe est à un temps simple :
– Quel accusé le juge inculpe-t-il ?
36 La phrase interrogative directe
Le pronom personnel est placé entre
l’auxiliaire et le participe passé quand c’est un
temps composé qui est en jeu :
– Quel accusé le juge a-t-il inculpé ?
Parfois le sujet précède normalement son
verbe sans reprise par un pronom personnel :
– Quel accusé le juge a inculpé ?
Quant le verbe est inséré entre le sujet et le
complément, une ambiguïté peut en découler.
Maurice Grevisse cite un cas éclairant qui se
manifeste à travers la séquence qui suit :
– Quels écrivains français lisent les Améri-
cains ?
(les écrivains français qui lisent les Améri-
cains ou les Américains qui lisent les écrivains
français ?)
Quand le sujet est un pronom personnel, ce-
lui-ci est postposé au verbe ou intercalé entre
l’auxiliaire et le participe passé :
– Quel élève désignez-vous ?
– Quel élève avez-vous désigné ?
Parfois à l’oral, il arrive que l’énonciateur an-
tépose le sujet au verbe :
– Quel élève vous désignez ?
Le pronom « lequel » fonctionne selon le
même procédé :
– Lequel choisissez-vous ?
– Lequel vous choisissez ?
37 La grammaire du français moderne
– Lequel des deux préfères-tu ? : SIMONE
DE BEAUVOIR : Tous les hommes sont mor-
tels
° La construction interrogative est semblable
à celle de la phrase affirmative
Les pronoms, adjectifs ou adverbes interro-
gatifs sont dans ce cas rejetés à la fin de la sé-
quence :
– Vous avez rencontré qui ?
– Tu as condamné lequel ?
– Vous avez lu quel ouvrage ?
– Vous voulez quoi ?
– Tu travailles comment ?
C’est le seul emploi de « quoi » dans la fonc-
tion de complément d’objet direct car on ne dit
pas :
* Quoi vous voulez ?
Quand le verbe est un infinitif ou un parti-
cipe, « quoi » est antéposé ou postposé à cet in-
finitif :
– Vous voulez quoi faire ? ulez faire quoi ?
– En quoi disant ?
– En disant quoi ?
b) Le complément d’objet indirect
° L’interrogation introduite par un adjectif ou
un pronom interrogatifs
Quand le sujet est un substantif, il existe trois
possibilités :
+ Une inversion du sujet :
38 La phrase interrogative directe
– A quoi pense le patient ?
+ L’antéposition du sujet par rapport au
verbe
Le sujet est alors repris au moyen d’un pro-
nom personnel :
– A quoi le patient pense-t-il ?
+ L’antéposition du sujet sans reprise
C’est la tournure la moins usuelle :
– A quoi le patient pense ?
Quand le sujet est un pronom, l’inversion est
quasi-obligatoire :
– De qui parles-tu ?
– Sur qui comptes-tu ?
– A qui inspiré-je cette crainte ? : MICHEL
SERRES : Nouvelles du monde
Quand on ne procède pas à l’inversion, la
tournure est rejetée par les grammairiens :
– De qui tu parles ?
– Sur qui tu comptes ?
L’interrogation peut revêtir la structure de la
phrase affirmative mais avec un interrogatif re-
jeté à la fin de la séquence :
– Tu comptes sur qui ?
– Vous pensez à quoi ?
– Tu as recours à quel avocat ?
° L’interrogation avec « est-ce que »
L’expression s’ajoute au pronom ou à
l’adjectif interrogatifs :
– A quoi est-ce que le patient pense ?
– A qui est-ce que tu t’adresses ?
39 La grammaire du français moderne
– A quel saint est-ce qu’il peut se vouer ?
« Quoi » peut faire partie de l’expression fi-
gée « à quoi bon » qui signifie : « cela sert-il à
quelque chose ? » :
– Mais à quoi bon rêver ? : GEORGES
BERNANOS : Sous le soleil de Satan
– A quoi bon un cœur qui bat sans raison ? :
EUGENE IONESCO : Le Roi se meurt
– A quoi bon chercher notre bonheur dans
l’opinion d’autrui ? : JEAN-JACQUES ROUS-
SEAU :
– A quoi bon engager un dialogue ou une
conversation sur le temps ? : TAHAR BEN-
JELLOUN : La nuit sacrée
° L’interrogation avec « que »
Ce « que » équivaut à « quoi » accompagné
d’une préposition :
– Que vous sert-il de le nier ? : WAGNER et
PINCHON (à quoi sert-il de le nier ?) : Gram-
maire du français classique et moderne
– Que servait qu’ils continssent des perles et
des diamants ? : THEOPHILE GAUTHIER :
Le capitaine Fracasse
– Après tout qu’avaient besoin ces jeunes
gens d’être riches et savants à notre manière ? :
BERNARDIN DE SAINT-PIERRE : Paul et
Virginie
3) L’attribut
° Introduit par « qui », « que », « quel »
40 La phrase interrogative directe
Quand le sujet est un groupe nominal, il
s’inverse :
– Qui est cet homme ?
– Quel est ton nom ?
– Que devient le projet ?
La non-inversion est rare :
– Que sont les amis de Diouf devenus ? :
JEUNE AFRIQUE : 12 août 2002
A noter qu’avec les verbes d’état autres que
« être », on emploie le pronom « que » mais cela
est surtout valable avec « devenir ». Les phrases
du type :
* Que reste l’enfant ?
sont agrammaticales.
Lorsque le sujet est un pronom personnel,
l’inversion est toujours de rigueur :
– Qui es-tu et que me veux-tu ? : PAUL
CLAUDEL : Tête d’or
– Que deviens-tu ?
– Quelle espèce d’animal est-il ?
On peut également se servir de « qu’est-ce
que », « qui est-ce que ». Avec un sujet nominal,
le verbe le suit ou le précède :
– Qu’est-ce que le projet devient ?
– Qu’est-ce que devient le projet ?
Mais un sujet pronominal est antéposé au
verbe :
– Qu’est-ce que tu deviens ?
– Qui est-ce que tu es ?
41 La grammaire du français moderne
La dernière tournure, de par sa lourdeur, est
rarement usitée.
° L’équivalent d’une phrase affirmative
La tournure est la même que celle de la
phrase affirmative :
– Cet homme est qui ?
– Le projet devient quoi ?
– Cet animal est de quelle espèce ?
4) Le complément circonstanciel
La phrase interrogative est introduite par les
adverbes interrogatifs « pourquoi », « quand »,
« comment », « où »…
° Pourquoi
Quand le sujet est un substantif, deux tour-
nures sont valables :
Soit le groupe nominal est repris par un pro-
nom personnel inversé :
– Pourquoi le patron est-il si pressé ?
Soit la phrase conserve la structure affirma-
tive :
– Pourquoi le patron est si pressé ?
L’inversion du groupe nominal sujet est im-
possible :
– Pourquoi votre patron s’est-il donné la
mort ? : LE FIGARO MAGAZINE : juillet
1991
– Pourquoi son père n’était pas monté ? :
JEAN GIRAUDOUX : Choix des élues
42 La phrase interrogative directe
Quand le sujet est un pronom personnel,
l’inversion est souhaitable mais elle n’est pas
obligatoire :
– Pourquoi es-tu si triste ?
– Pourquoi tu es si triste ?
– Pourquoi vous êtes intéressé à la vidéo ? :
L’EXPRESS : 18 janvier 1991
– Pourquoi diable m’intéressé-je à la symétrie
des cathédrales ? : FOUAD LAROUI : Le Ma-
boul
– Que pensé-je de lui ? et pourquoi y pensé-
je ? : PROSPER MERIMEE : Colomba
« Pourquoi » introduit parfois un infinitif
sans sujet marqué :
– Pourquoi avoir voulu plus particulièrement
rendre hommage à David Lean ? :
L’EVENEMENT DU JEUDI :
29 octobre1992
– Pourquoi maintenir le classement de sor-
tie ? : L’EXPRESS : mars 2000
– Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
Pourquoi me faire ce sourire
Qui tournerait la tête au roi ? : VICTOR
HUGO : Les Contemplations
« Pourquoi » suivi de « est-ce que » est une
tournure usuelle :
– Pourquoi est-ce que tu ne m’écoutes pas ?
43 La grammaire du français moderne
– Maman, pourquoi est-ce que je ne peux pas
lire Zola ? : COLETTE : La Maison de Clau-
dine
Dans le langage parlé il arrive souvent qu’on
use de « pourquoi » suivi de « que » mais la
tournure est condamnée par les grammairiens :
– Pourquoi que ton père était roi ? : PAUL
CLAUDEL : Tête d’or
On emploie parfois, pour s’interroger sur la
cause d’un procès, « que » à la place de « pour-
quoi ». On l’emploie surtout à la forme néga-
tive :
– Que parlé-je de soleil ? : PAUL CLAU-
DEL : idem
– Que ne tâchez-vous aussi à gagner l’appui
de mon frère ? : MOLIERE : L’Avare
– Que ne m’a-t-on accordé de diriger moi-
même cette exécution ? : ALAIN DEMOU-
ZON : Le bandoulier du Mississippi
– Ces emplois sont très restrictifs en ce sens
qu’en plus de l’inversion du sujet, celui-ci est
toujours un pronom personnel.
° Où
Quand le sujet est un substantif, l’inversion
du sujet est obligatoire :
– Où niche l’aigle ?
– Où va le monde ?
Une reprise par un pronom personnel inver-
sé est aussi possible :
– Où l’aigle niche-t-il ?
44 La phrase interrogative directe
– Où le monde va-t-il ?
Sans reprise, le verbe ne peut suivre son sujet
Quand le sujet est un pronom personnel,
l’inversion est obligatoire :
– Où vas-tu ?
– Mais où étaient-elles donc, ces terribles bê-
tes ? : ALPHONSE DAUDET : Lettres de
mon Moulin
Même si l’inversion est obligatoire, on use,
dans le langage parlé, de la tournure opposée :
– Où tu vas ?
Avec « d’où » qui désigne l’origine d’un fait,
le sujet est parfois une complétive par « que » :
– D’où vient que je suis triste ? : ANATOLE
France : Les Autels de la peur
« Où » peut être placé avant « est-ce que » :
– Où est-ce qu’il se trouve ?
° Quand
Le sujet étant un groupe nominal, on anté-
pose le verbe :
– Quand reviendra le beau temps ?
– Quand s’est déclaré l’incendie ?
En cas de postposition, la reprise par un
pronom personnel est souhaitable :
– Quand le beau temps reviendra-t-il ?
– Quand l’incendie s’est-il déclaré ?
Si ce n’est pas le cas, la tournure est d’un
emploi douteux :
? Quand le beau temps reviendra ?
45 La grammaire du français moderne
L’inversion est de rigueur avec un pronom
personnel sujet :
– Quand reviendras-tu ?
« Est-ce que » renforce « quand » :
– Quand est-ce que tu reviendras ?
– Quand est-ce qu’on l’a enlevé pour aller
l’opérer ? : JEAN GIONO : Les âmes fortes
° Comment
Quand le sujet est un substantif, la première
tournure est celle qui place le verbe avant son
sujet :
– Comment se déroule la scène ?
La seconde tournure postpose le verbe au su-
jet avec une reprise par un pronom personnel :
– Comment la scène se déroule-t-elle ?
– Comment ma sœur a-t-elle pu faire pour
obtenir sitôt ce crédit ? : VOLTAIRE :
L’Ingénu
La troisième possibilité est moins bonne que
les deux autres ; elle est semblable à la précé-
dente avec en moins la reprise pronominale :
– Comment la scène se déroule ?
Quand le sujet est un pronom, il est postposé
au verbe :
– Comment allez-vous ?
– Comment s’était-elle procuré ce billet, il ne
le sut jamais : MICHEL DEON : La Cour des
grands
46 La phrase interrogative directe
– Comment se fait-il que tout ce que je vous
raconte là rende un son si faux ? : FRANCOIS
MAURIAC : Thérèse Desqueyroux
Mais il arrive que, dans le langage parlé, on
place le pronom avant le verbe :
– Comment tu vas ?
– Comment vous vous êtes perdu dans un
pays qui n’est tout de même pas un désert sau-
vage ? : GEORGES BERNANOS : Sous le so-
leil de Satan
Comme pour les autres adverbes interroga-
tifs, on peut associer « comment » et « est-ce
que » :
– Comment est-ce que tu travailles ?
Chacun de ces mêmes adverbes peut aussi
fonctionner dans une phrase semi-affirmative :
– Tu travailles comment ?
– Vous voyagez quand ?
– Tu pars où ?
– Tu te fatigues pourquoi ?
B/LA PHRASE INTERRO-NEGATIVE
Elle associe l’interrogation à la négation :
– L’enfant joue au ballon
– L’enfant, joue-t-il au ballon ?
– L’enfant, ne joue-t-il pas au ballon ?
La phrase interro-négative appelle en général
une réponse positive. Celui qui pose la question
s’attend à une confirmation de ce qu’il croit être
47 La grammaire du français moderne
la vérité. « L’enfant, ne joue-t-il pas au ballon ? »
implique : « Ne savez-vous pas que l’enfant joue
au ballon ? Effectivement il joue au ballon et
vous devez en prendre connaissance ».
I L’INTERROGATION TOTALE
En général, à une interrogation totale corres-
pond une phrase interro-négative. Les deux
particules de la négation sont situées de part et
d’autre du verbe et de son sujet pronominal :
– Lucie, est-elle heureuse ?
– Lucie, n’est-elle pas heureuse ?
– Le candidat a-t-il réussi ?
– Le candidat n’a-t-il pas réussi ?
– Mais le monde n’est-il pas entré de tout
temps dans le désenchantement ? : JEAN
D’ORMESSON : La douane de mer
– N’y a-t-il pas autre chose à faire maintenant
que la peinture d’épouvante et de menace ? :
GEORGES SAND : La Mare au Diable
– N’ai-je pas d’ailleurs conservé la modestie
d’une personne bien née ? : THEOPHILE
GAUTHIER : Le capitaine Fracasse
– Le clientélisme ne constitue-t-il pas, lui
aussi, une des tares traditionnelles des campa-
gnes andalouses ? : LE MONDE : 24 janvier
1991
– Ne craignez-vous pas de devenir l’alibi
culturel de la Trois ? : LE NOUVEL OBSER-
VATEUR : 21 décembre 1989
48 La phrase interrogative directe
– N’as-tu rien appris sous cet arbre de
science ? : PAUL CLAUDEL : Tête d’or
– N’était-ce pas pour narguer grand-mère
qu’il affectait de ne croire en rien ? : HENRI
TROYAT : Viou
II L’INTERROGATION PARTIELLE
1 – « Qui » pronom interrogatif sujet
La tournure interro-négative est possible :
– Qui a commis cette faute ?
– Qui n’a pas commis cette faute ?
Mais il n’en est pas ainsi pour toutes les sé-
quences :
– Qui est cet homme ?
* Qui n’est pas cet homme ?
Tout dépend du sens de la phrase :
– Qui avez-vous rencontré ?
– Qui n’avez-vous pas rencontré ?
2 – « Que » complément d’objet direct ou at-
tribut
La construction est possible ou impossible
selon le sens de la phrase :
– Que me conseillez-vous ?
– Que ne me conseillez-vous pas ?
– Que fait ton père ? Impossible
– Que deviens-tu ? Impossible
3 – « Quel » déterminant un complément
d’objet direct, « lequel » étant lui-même un
complément d’objet direct
La transformation est possible :
49 La grammaire du français moderne
– Quel accusé le juge a-t-il inculpé ? usé le juge n’a-t-il pas inculpé ?
– Lequel avez-vous choisi ?
– Lequel n’avez-vous pas choisi ?
– A quels dangers ne s’exposait-il pas pour
moi en ce moment même ? : JEAN DU-
TOURD : Mémoires de mary watson
– De quel art la Tante n’use-t-elle pas pour
décrire… ? : DOMINIQUE PAGNIER : Les
sœurs clair de lune
4 – « Quoi » complément d’objet direct
– A quoi pense le patient ?
– A quoi ne pense pas le patient ?
5 – « Pourquoi »
– Pourquoi travailles-tu ?
– Pourquoi ne travailles-tu pas ?
6 – « Que » l’équivalent de « pourquoi »
– Que parlé-je de soleil ? : PAUL CLAU-
DEL : Tête d’or
– Que ne parlé-je de soleil ?
– S’il y a des transformations à envisager, que
ne me les indiques-tu ? : CHRISTIAN OS-
TER : Mon grand appartement
– Que ne me laissait-on mourir ? : CHA-
TEAUBRIAND : Mémoires d’Outre-Tombe
7 – « Où »
– Où vas-tu ? Impossible
8 – « Quand »
– Quand partirons-nous ?
– Quand ne partirons-nous pas ?
50 La phrase interrogative directe
9 – « Comment »
Cela dépend encore une fois de l’aspect sé-
mantique de la phrase. Dans celles qui suivent :
– Comment la scène se déroule-t-elle ?
– Comment allez-vous ?
il est impossible de passer à la tournure inter-
ro-négative. Par contre :
– Comment l’ai-je su ?
peut devenir :
– Comment ne l’ai-je pas su ?
Les phrases suivantes fonctionnent selon le
même procédé :
– Comment ne l’ai-je pas reconnu hier au
soir ? : MICHEL SERRES : Nouvelles du
monde
– Combien de fois n’a-t-on pas assuré que
depuis longtemps Mao n’était plus ? : ALAIN
PEYREFITTE : Quand la Chine s’éveillera le
monde tremblera

51
CHAPITRE 3 : LA PHRASE EXCLAMATIVE
Comme son nom l’indique, la phrase excla-
mative exprime une exclamation ; autrement dit
elle est le signe d’une émotion qu’on extériorise
par le langage. Les sentiments exprimés sont
divers. Elle se distingue d’une phrase déclarative
par une intonation particulière et par un point
d’exclamation à l’écrit. Comme pour la sé-
quence interrogative, soit elle est d’une cons-
truction semblable à celle de la phrase affirma-
tive, soit elle est introduite par un outil gram-
matical.
I La phrase exclamative non introduite par un outil
grammatical
Hormis l’intonation et dans la plupart des cas
le point d’exclamation, sa structure est sembla-
ble à celle de la phrase assertive.
53 La grammaire du français moderne
1 – L’EXCLAMATION DANS LE MODE IMPÉRATIF
– Songez que j’avais vingt-deux ans, et que
vous étiez la première femme qui occupait ma
vie : MARGUERITE YOURCENAR :
– Deux miracles, passe encore, mais trois ! :
JACQUES LAURENT : Le Miroir aux tiroirs
– Aie honte de cela : ANDRE GIDE : Les
nourritures terrestres
Comme on l’a constaté, le point
d’exclamation est parfois omis. La prière ou le
souhait introduits par « que » sont quelquefois
le signe d’une phrase exclamative même quand
la ponctuation adéquate est absente :
– Que l’Etre suprême soit loué à jamais ! :
ALAIN DEMOUZON : Le bandoulier du
Mississippi
– Que reste pour l’honneur de notre siècle
l’image de l’homme seul à mains nues contre les
puissances de l’horreur : JEAN-FRANCOIS
DENIAU : Histoires de courage
– Que revienne le temps béni des affronte-
ments, des sièges, des encerclements, des as-
sauts. Soyons les artisans du grand chambarde-
ment : ABDELLATIF LAABI : Rimbaud et
Shéhérazade
54 La phrase exclamative
2 – L’EXCLAMATION DANS LE MODE SUBJONCTIF
Dans certains cas, une phrase exclamative
commence par un subjonctif qui évoque une
prière ou un souhait :
– Un précédent précieux a été créé. Puisse-t-
il servir longtemps de référence ! : LE FIGA-
erRO : 1 mars 1991
– Vive le roi !
– Puisse cette issue salutaire ne pas tarder
longtemps : CHARLES DE GAULLE : Dis-
cours et messages
– Puisse ma mort être, la seule peine que
Dieu vous fasse sentir ! : MONTESQUIEU :
Lettres Persanes
– Plût à Dieu qu’elle réclamât de moi quelque
action difficile ! : ANDRE GIDE : La sympho-
nie pastorale
3 – L’EXCLAMATION DANS UNE PHRASE ASSERTIVE À
L’INDICATIF
Elle est tout à fait semblable à la structure af-
firmative sauf que l’exclamation est traduite par
une intonation et parfois par un point
d’exclamation :
– Vous voyez bien qu’on a déjà fini ! : MI-
CHEL BUTOR : L’emploi du temps
– Moi, votre épouse ! : VOLTAIRE :
L’Ingénu
Dans cette dernière séquence, il y a ellipse du
verbe.
55 La grammaire du français moderne
L’exclamation peut être évoquée soit par un
verbe à l’infinitif, soit par une interjection :
– Ah ! pouvoir l’arrêter dans cette quête stu-
pide où il s’était lancé pour mes beaux yeux ! :
JEAN DUTOURD : Mémoires de mary watson
– Oh ! ô Dieu ! : PAUL CLAUDEL : Tête
d’or
Parfois la phrase exclamative n’est pas ache-
vée. Elle se réduit alors à une proposition su-
bordonnée sans principale. C’est le cas par
exemple de « si » ou de « pourvu que » qui ex-
priment le souhait ou de « quand » qui dénote
soit l’indignation soit l’étonnement :
– Oh ! Si on savait, si on pouvait lire dans les
âmes ! : GUY DE MAUPASSANT : Contes de
la Bécasse
– Pourvu qu’il n’ait pas raté son avion ! :
BERTRAND POIROT-DELPECH : L’envers
de l’eau
– Pourvu, pourvu qu’il ne soit pas trop
tard ! : GEORGES DUHAMEL : Vie des Mar-
tyrs
– Quand je pense que je vous connais depuis
près de trois ans et que j’ose vous parler pour la
première fois ! : MARGUERITE YOURCE-
NAR : Alexis
56 La phrase exclamative
II La phrase exclamative introduite par un outil gram-
matical
Dans beaucoup de cas, la phrase exclamative,
à l’instar de l’interrogation, est introduite par un
outil grammatical. Il peut être un adjectif, un
pronom ou un adverbe.
1 – L’EXCLAMATION INTRODUITE PAR UN ADJECTIF
EXCLAMATIF
C’est « quel » qu’on emploie fréquemment :
– Quel charmant grand seigneur et qu’il avait
bon air avec son cordon bleu ! : VICTOR
HUGO : Les Misérables
– Quelle chance qu’il y ait une vieille dame
de moins sur la terre ! : COLETTE : La Maison
de Claudine
– Quelle triste vie que celle de ces matelots
douaniers ! : ALPHONSE DAUDET : Lettres
de mon Moulin
– Quel bonheur de pouvoir ainsi tout donner
sans être dupe ! : JEAN GIONO : Les âmes
fortes
– Dans quelle inquiétude et quelle angoisse
j’ai attendu votre retour ! : THEOPHILE
GAUTHIER : Le capitaine Fracasse
– Quelle ne fut pas sa terreur quand elle
aperçut deux figures armées : THEOPHILE
57 La grammaire du français moderne
L’armée russe ! Quelle histoire est la sienne ! :
CHARLES DE GAULLE : Discours et messa-
ges
– De quel art la Tante n’use-t-elle pas pour
décrire… ! : DOMINIQUE PAGNIER : Les
sœurs clair de lune
– Quel menteur tu es ! : JEAN COCTEAU :
Théâtre de poche
Comme on l’a sans doute constaté, plusieurs
constructions sont possibles :
° Le groupe nominal introduit par « quel »
fonctionne sans verbe. C’est le cas des phrases
de Hugo et Daudet.
° Le groupe nominal est le sujet d’un verbe à
l’indicatif. La construction est représentée par
les phrases de Gauthier (la seconde) et de
Gaulle.
° Le nom et son déterminant sont soit un
complément d’objet soit un attribut. Le phé-
nomène est illustré par les séquences de Pagnier
et de Cocteau.
° Un infinitif est le complément du groupe
nominal constitué de « quel » et du nom. La
phrase de Giono est représentative de cette
tournure.
° L’ensemble du groupe est un complément
circonstanciel. Cela se concrétise à travers la
première séquence de Gauthier.
Concernant l’inversion du sujet, elle est rare
mais non inexistante (phrase de Pagnier et se-
58 La phrase exclamative
conde phrase de Gautier). Dans ce cas, la sé-
quence s’apparente par sa structure à une
phrase interrogative. Il arrive même qu’un
énoncé soit exprimé tantôt interrogativement
tantôt à la manière exclamative ; dans un cas, le
sujet parlant pose une simple question, dans
l’autre il marque son étonnement, son indigna-
tion ou sa colère :
– Quel résultat avez-vous trouvé ?
– Quel résultat avez-vous trouvé !
2 – L’EXCLAMATION INTRODUITE PAR UN
PRONOM EXCLAMATIF
C’est un fait rare. Il se concrétise dans les cas
suivants :
– Quoi ! Vous renoncez à ce projet
– Qu’importe qu’on ait un état ou non : AL-
PHONSE DAUDET : Lettres de mon Moulin
– Qu’importe l’enfer et sa flamme ! :
GEORGES BERNANOS : Sous le soleil de
Satan
3 – L’EXCLAMATION INTRODUITE PAR UN ADVERBE
EXCLAMATIF
a) Que
En plus de l’exclamation il exprime une no-
tion d’intensité :
– Que vous êtes joli ! que vous me semblez
beau ! : JEAN DE LA FONTAINE : Fables
– Que ses mains étaient blanches et pote-
lées ! : ALFRED DE VIGNY : Stello
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