La grossesse et le suivi de l'accouchement chez les Touaregs Kel-Adagh (Kidal, Mali)

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Français
401 pages
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Description

Le problème de la santé maternelle et infantile reste encore très préoccupant aujourd'hui en Afrique, notamment chez les populations touarègues souvent pauvres, quasiment analphabètes et éloignées des structures de santé. Dans un contexte où la mortalité materno-infantile est très élevée, l'auteur s'attache à décrypter les attitudes des populations dans le cadre de la grossesse et de l'accouchement. Il étudie ainsi les raisons qui freinent la fréquentation des structures de santé .

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Date de parution 01 mai 2010
Nombre de lectures 510
EAN13 9782296257078
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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La grossesse et le suivi de l’accouchement chez les Touaregs Kel-Adagh (Kidal, Mali)
Mohamed Ag Erless a grandi en milieu nomade touareg de l’Adagh (Tessalit, Mali) d’où il tire l’essentiel des connaissances sur sa culture et son milieu d’origine. Il se forme à l’Institut pédagogique d’enseignement général et à l’Institut national des Arts de Bamako (diplôme d’Education musicale). A partir de 1983, il devient technicien de recherche à l’Institut des sciences humaines (ISH) de Bamako. En 2007, il obtient son diplôme de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Marseille dans la spécialité « Anthropologie sociale et ethnologie ». De retour au Mali, Mohamed Ag Erless travaille en qualité d’admi-nistrateur des Arts et de la culture à l’ISH de Bamako puis est nommé, en 2008, chef de la Mission culturelle d’Essouk (Tadamakat) - Kidal. Il a déjà publiéIl n’y a qu’un soleil sur terre(Aix-en-Provence, Iremam), ouvrage ré-édité en 2009 au Mali à La Sahélienne éditions. Il a également rédigé plusieurs articles, principalement dans la revueEtudes Maliennes.
Cet ouvrage a été rédigé en mai 2007 pour le mémoire dans le cadre du diplôme de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, Marseille) « Anthropologie sociale et ethnologie » sous la direction de monsieur Jean-Pierre Olivier de Sardan.
« A chaque minute, une mère disparaît. Elle périt durant l’accouchement ou du fait de complication de la grossesse. Son décès peut être évité. Cette tragédie se traduit par 529 000 décès chaque année, laissant un vide irréparable dans les familles et les communautés, dans les régions entières. Les conséquences d’ordre affectif, économique et social touchent chacun d’entre nous. » Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD)
Ce livre est dédié à mon père et à ma mère qui n’ont pas eu la chance de voir l’aboutissement de ce travail.
Remerciements
J’adresse mes plus chaleureux remerciements à toutes les populations des zones d’enquêtes (Kidal, Tessalit et Ménaka) et, plus particulièrement aux femmes et aux hommes qui, malgré leurs occupations quotidiennes, n’ont ménagé aucun effort pour répondre à mes nombreuses questions. Toute ma gratitude est également acquise aux parturientes dont la liste se trouve en annexe à la fin de cet ouvrage. Je sais gré éga-lement aux différents responsables et autorités régionales et locales pour leur dispo-nibilité et leur appui qui a assuré le bon déroulement de mes recherches.
J’exprime aussi ma plus sincère reconnaissance au Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France à Bamako qui m’a octroyé la bourse pour ma formation dans le cadre de laquelle j’ai réalisé la rédaction de ce livre et au ministère de la Culture du Mali de son appui financier pour son édition.
Un grand merci sincère aux personnes suivantes à qui je réitère toute mon amitié : – monsieur Stéphane Hessel, Ambassadeur honoraire de France au Mali, – Jean-Pierre Olivier de Sardan, mon directeur de mémoire à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Marseille), – Marceau Gast, Directeur de recherche honoraire au CNRS, MMSH (Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, Aix-en-Provence) et aussi Michel Raimbault, Ambéiry Ag Rhissa, Didier Drugmand, mon frère Abidine Ag Erless, les famille Lang-Cheymol et Garçon.
Un tout grand merci à Evelyne Simonin qui m’a soutenu, conseillé et assisté tout au long de la rédaction et de la réalisation de ce livre ainsi qu’à Aïcha, mon épouse, et mes enfants qui ont souffert de mon absence prolongée.
Enfin, pour conclure, que toutes les personnes qui m’ont apporté une aide et un soutien trouvent ici l’expression de mon plus profond et plus sincère attachement et de toute mon amitié.
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• La grossesse et le suivi de l’accouchement chez les Touaregs Kel-Adagh
Fatma Walet Souédi, informatrice, femme d’un grand savoir dans le domaine de la santé maternelle, qui sait associer le traditionnel et le moderne.(Photo : M. Ag Erless, 2005)
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Préface
J’ai rarement rencontré une motivation telle pour mener à bien une recherche et s’en donner les moyens que celle dont a fait preuve Mohamed Ag Erless ; celle qui lui permet de proposer avec bonheur le présent ouvrage au lecteur. On pourrait même parler d’un acharnement héroïque, tant il a dû surmonter, pendant près de dix ans, les difficultés – matérielles, familiales, institutionnelles ou scientifiques – afin de pouvoir reprendre ses études, trouver une bourse, séjourner en France, dépouiller d’interminables bibliographies, mener ses enquêtes de terrain, satisfaire aux exi-gences de son directeur de mémoire et, enfin, déboucher sur une publication. On doit se féliciter de cette obstination car elle nous donne accès à des connais-sances extrêmement précieuses, de grande qualité, souvent innovantes, toujours inté-ressantes, sur la grossesse et l’accouchement en milieu touareg malien, aux alentours de Kidal, au Nord-Est du Mali. Mohamed Ag Erless était déjà bien connu au Mali, et dans quelques cercles savants européens spécialistes des sociétés touarègues, comme un fin connaisseur de la culture Kel-tamashèque, de sa langue, de sa tradition orale, comme un homme de terrain et un grand érudit local. On en trouve trace dans la façon dont il décrit le contexte de son étude. En préparant un imposant mémoire universitaire sur le thème de la grossesse et de l’accouchement, sujet auquel il n’était pas particulièrement préparé et qui n’est pas d’accès évident pour un homme, il a eu le courage de se lancer d’une certaine façon en terre inconnue, même si le terrain de son étude est son milieu d’origine. On sait à quel point la mortalité maternelle est un problème en Afrique. On sait parfois moins que les causes en sont multiples et ne se résument pas à une insuffi-sante couverture médicale. Elles relèvent tant de l’offre de soins (inadaptation ou dysfonctionnements des centres de santé et maternités de premier niveau, attitudes des personnels de santé, problèmes d’évacuation et de référence vers des plateaux techniques permettant les césariennes) que de la demande de soins (recours à des pratiques populaires traditionnelles ou facteurs socio-culturels). L’un des principaux mérites du travail de Mohamed Ag Erless est justement d’avoir traité ces deux dimensions. La combinaison des deux domaines principaux de l’anthropologie de la santé, l’un qui concerne le registre populaire, l’autre qui renvoie aux interactions sa-nitaires modernes, reste en effet trop rare. Ce travail nous permet de connaître désormais de façon précise l’ensemble des représentations et des pratiques qui régissent la grossesse et l’accouchement en milieu touareg disons « traditionnel », à l’écart des services de santé, sous les tentes ou dans les campements (et parfois même en ville). Il nous donne ainsi accès à la sémiologie populaire, aux visions du corps ou du développement embryonnaire, aux thérapies féminines locales, aux interdits et pratiques magico-religieuses, aux rôles et rites sociaux qui encadrent la naissance, à la forte prise en charge familiale de l’accouchée, sans
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• La grossesse et le suivi de l’accouchement chez les Touaregs Kel-Adagh
pour autant oublier les contraintes économiques, sociales ou environnementales, dans une société restée largement nomade et qui se distingue par la place particulière accordée à la femme, qui est ici finement et longuement décrite. Mohamed Ag Erless ne s’est pas cantonné à ce registre ethnographique de type classique (mais tout à fait nécessaire). Dans la seconde partie de son ouvrage, il prend pied dans le champ de la nouvelle anthropologie de la santé, celle qui s’intéresse aux formations sanitaires, aux échanges entre personnels de santé et malades, et à la mise en œuvre sur le terrain des politiques de santé. Sont alors décrites les pratiques et repré-sentations des infirmier(e)s et des sages-femmes, et les relations, de qualité variable, qu’ils entretiennent avec les femmes enceintes, tissées d’actes médicaux mais aussi de conflits, d’accusations mutuelles et de malentendus. L’auteur s’est intéressé aussi bien aux gestes des personnels et aux formes concrètes de la prise en charge des parturientes qu’au favoritisme ou à la corruption ; aux accouchements dystociques et aux compli-cations qu’aux stratégies de contournement des femmes et à leur réinterprétation des procédures médicales. Dans cet ouvrage, les discours des acteurs sont toujours mis au premier plan et lar-gement restitués, dans un contexte où l’accouchement reste particulièrement redouté, soumis à de nombreux risques, suscitant peurs et traumatismes, en milieu traditionnel comme en milieu médicalisé. On doit féliciter l’auteur autant pour l’ampleur de son travail que pour la minutie avec laquelle la recherche empirique a été menée sur les deux fronts. Ce livre est fondamentalement honnête, il ne recourt ni à des facilités rhétoriques ni à des bluffs théoriques ; il est largement au service de ses héroïnes, les parturientes touarègues de Kidal.
Jean-Pierre Olivier de Sardan Laboratoire d’études et recherches sur les dynamiques sociales et le développement local (LASDEL)*
* BP 12901, Niamey, Niger - tél. (227) 20 72 37 80 BP 1383, Parakou, Bénin - tél. (229) 23 10 10 50
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