La Langue française : une arme d

La Langue française : une arme d'équilibre de la mondialisation

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Livres
352 pages

Description

Dans un monde marqué par une profusion grandissante d'acteurs, les stratégies linguistiques opèrent un retour en force. Un examen approfondi de l’action de l’OIF, autorité représentative des pays ayant la langue française en partage, montre qu’il n’a jamais été question d’une stratégie dédiée à la langue française. Sous peine de se voir imposer la ou les volontés d’autres aires linguistiques, la langue française a vivement intérêt à définir une politique qui lui serait propre, forte et équilibrée.
La matière existe, l’histoire et les traditions existent, la masse démographique critique existe, les échanges économiques existent. Il manque seulement une partition pour mettre en musique toutes ces forces éparses.
C’est une humble proposition de partition qui est présentée dans ce livre. Elle n’a pour autre ambition que de faire réfléchir et inspirer son lecteur.
Une partition n’a de sens que si elle est structurée et repose sur des accords. C’est le même constat pour la francophonie. Elle ne peut éclore
et se développer que si elle prend en compte des invariants : ceux de la politique, ceux de l’économie, ceux de la démographie, ceux de la
linguistique et ceux de la stratégie.
Comme l’écrivait Léopold Sedar Senghor : « La francophonie existe, il faut l’organiser. »
Yves Montenay dirige depuis 1994 l’Institut Culture Économie et Géopolitique. Il a publié, aux Belles Lettres, La Langue française face à la mondialisation (2005), Nos voisins musulmans. Du Maroc à l’Iran, quatorze siècles de méfiance réciproque (2004) et Le mythe du fossé Nord-Sud. Comment on cultive le sous-développement (2003).
Diplômé de Sciences Po et de l’École de Guerre Économique (EGE), actuellement consultant en Intelligence Économique Territoriale, Damien Soupart s’intéresse depuis plusieurs années à la place de la langue française dans le monde.

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Date de parution 02 avril 2015
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EAN13 9782251900681
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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« Un homme qui parle trois langues est trilingue. Un homme qui parle deux langues est bilingue. Un homme qui ne parle qu’une langue est américain, ont remarqué les Irakiens. » Adapté de Claude Gagnière (1928-2003).
PRÉFACE
L’ouvrage d’Yves Montenay et Damien Soupart arrive comme la première grande contribution e dans le bouillonnement intellectuel du monde francophone qui devra donner suite au XV Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la francophonie. Plus qu’une simple contribution, ce livre inspire l’espoir et la réflexion pour tous les militants de la francophonie et, au-delà, pour tous ceux qui appellent à une mondialisation non pas génératrice d’une uniformité culturelle mais respectueuse de nos identités plurielles. Plus qu’un ouvrage pour prêcher des convertis, même si l’acte est louable, eu égard à la pédagogie de la répétition, l’autre utilité de ce travail sera sa capacité à remobiliser toutes les personnes qui, ayant eu peur d’être taxées de réacs, de ringards, ont refusé de participer au combat culturel que le monde francophone est obligé de mener pour résister aux assauts violents de ses concurrents. Il serait illusoire de penser que nous gagnerons la bataille linguistique par le seul fait des superstructures de type États ou organisations internationales. L’aspect le plus important dans la promotion d’une langue est son appropriation par les individus dans leurs bassins de vie respectifs. L’idée de francophonie des peuples ne doit pas rester une incantation ni un vœu pieux, mais une réalité concrète, véritable socle de nos succès futurs en matière culturelle, éducative et sociale. Pour montrer la voie à suivre,Yves Montenay et Damien Soupart ont mené un véritable travail de fond alliant l’histoire à la démographie, la sociologie à la géographie. À travers des éléments historiques pointus, nous suivons le processus d’installation du français arrivé dans les malles du christianisme et de la monarchie en France, pour devenir au bout de douze siècles langue nationale. L’unité administrative a ainsi été réalisée dans la langue du roi, véritable transposition de l’image de Dieu sur terre dans une monarchie de droit divin. Du serment de Strasbourg à l’ordonnance de Villers-Cotterêts, des auteurs de la Pléiade à la création de l’Académie par Richelieu, sans oublier la fondation par Samuel de Champlain (natif de Brouage en Charente-Maritime) de la Nouvelle-France (actuel Québec), l’histoire du français est le fil rouge de cet ouvrage. Notre langue, aidée par sa longue histoire, a même essaimé partout en Europe pour devenir une langue internationale. Elle fut, faut-il le rappeler, la langue de la diplomatie européenne sous l’influence de Louis XIV. Or, avec toute cette histoire glorieuse, comment en est-on arrivé aujourd’hui à devoir déployer des efforts surhumains pour préserver notre langue et son influence ? e Les auteurs identifient le tournant névralgique du xx siècle qui a charrié une redistribution nouvelle des cartes géopolitiques avec deux guerres mondiales ayant imposé de nouvelles puissances – les États-Unis et l’Union soviétique – toutes deux non francophones et devant régir la marche d’un nouvel ordre mondial post-1945. Les auteurs effectuent aussi un tour du monde très instructif de la place du français, en procédant à une analyse par cercles concentriques. Tour à tour, la francophonie est auscultée chez les voisins européens (avec une focalisation instructive et inquiétante sur le cas de Bruxelles), en Amérique, dans le monde arabe et en Afrique. Celle-ci retient particulièrement l’attention des auteurs, qui lancent une formule qui sera certainement au centre des débats de la prochaine décennie : « Le français est-il devenu une langue africaine ? » Il ne s’agit pas de revenir à un débat récurrent et souvent passionné sur l’impossible justification de la colonisation, mais à une étude sérieuse sur l’arrivée du français en Afrique dans les valises de la colonisation, son appropriation par les populations africaines et enfin le rôle qu’il est appelé à jouer dans le processus de cohésion sociale et d’émergence économique du continent africain. La question strictement linguistique est aussi relative à la place du français aux côtés des langues locales et de savoir comment son agilité, à travers le dialogue interculturel et l’humanisme d’apport, lui permettrait de trouver une vraie place en dehors de toute réminiscence coloniale. La question de la langue française en Afrique est très importante. D’ailleurs, l’initiative pour fédérer nos pays en vue de créer une francophonie politique vient de Senghor. Il est indéniable que l’avenir de la francophonie se trouve en Afrique au regard des prévisions démographiques, qui placent le continent en tête du peloton en termes de nombre de locuteurs. Mais cela si seulement
l’Afrique parvient à concrétiser l’espoir que les nombreuses opportunités économiques lui confèrent, eu égard au déplacement actuel des niches de croissance vers le Sud. La place du français en Afrique souffre encore beaucoup du passif colonial. Une critique de l’idée d’une francophonie politique reste vive auprès d’une frange de l’intelligentsia africaine – souvent en confusion totale avec les vestiges de la Françafrique. Au sein de cette troisième mondialisation, Montenay et Soupart montrent clairement la progression à sens contraire de la francophonie : dynamique au Sud et perte de vitesse au Nord. L’intérêt de cet ouvrage réside dans l’originalité de sa démarche analytique et sa nature opérationnelle. Au-delà de l’émission d’une critique objective et salutaire de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), instrument chargé de la promotion du français dans le monde, les auteurs proposent une méthode d’action. En effet, la faiblesse structurelle de l’OIF reflète l’absence d’une véritable stratégie à partir de laquelle partiraient toutes les actions fortes, concertées et concrètes pour atteindre des objectifs initialement identifiés. Or le climat est propice. Une prise de conscience sur les enjeux de la francophonie existe, le besoin de francophonie est réel, même au-delà du spectre francophone, pour faire vivre la diversité à laquelle l’OIF ne cesse curieusement de faire appel. La recherche est foisonnante. Des documents nourrissent tous les jours le champ intellectuel mondial. Mais tout ceci est disparate et manque cruellement d’un schéma matriciel qui justifie l’existence d’une stratégie. Enfin, Yves Montenay et Damien Soupart s’interrogent et nous interrogent sur l’architecture actuelle de l’OIF. Le modèle d’une organisation internationale classique de type onusienne est-il pertinent pour l’OIF dont l’objet est singulier ? La réflexion est lancée. Refonder l’OIF de façon plus imaginative pour inaugurer de nouveaux paradigmes qui prendraient en compte les notions de multilinguisme et d’intercompréhension orphelines de l’Union latine dissoute en 2012. Pourquoi pas ? L’OIF, sous peine de rester une organisation marginale sans véritable prégnance sur les grands enjeux mondiaux, doit s’approprier les grandes problématiques de son temps. Les palinodies sur la Déclaration de Bamako et les déclarations d’intention sur la diversité culturelle ne suffisent plus. Des propositions concrètes sur l’économie doivent surgir, notamment lorsque les écarts de développement entre pays de la même aire francophone sont criants. Les chiffres de l’économie créative doivent conduire à mener une véritable réflexion pour une prise en compte de la culture comme un réel secteur productif et un levier d’influence. Pour ce faire, il faut à la francophonie des « portes d’entrée ». Les auteurs évoquent les villes du futur qui seraient une filière pertinente, surtout dans l’optique de réaliser cette francophonie de peuples dépouillée des carcans de la bureaucratie. Yves Montenay et Damien Soupart mènent une réflexion sur un sujet plus qu’actuel. Contrairement à ce qu’une partie de l’élite mondialisée – surtout en France – tente d’imposer, défendre la langue française et la francophonie n’est pas un combat d’arrière-garde. C’est une nécessité absolue et un vrai sujet de notre temps. Le mot qui fut le symbole du printemps arabe est un mot français : « Dégage. » Lors d’une conférence à Marennes, petite commune française dont le jeune maire organise depuis cinq ans un festival des cultures francophones, je disais à l’auditoire que la France est le pays où l’on se sent le moins investi de la charge de défense de la francophonie. Or cette donne doit changer. Les Français doivent aussi se joindre au travail et nous rejoindre dans la conception de cette « force de frappe » que nous tentons de mobiliser au quotidien dans le Sud. Ceux qui se donnent la peine de se battre pour le français et qui l’enrichissent en y ajoutant de l’invention doivent trouver un écho favorable et encourageant en France, terre de naissance de notre belle langue. Après le précédent paru en 2005, titréLa Langue française face à la mondialisation, ce livre est un autre pas important en ce sens. Il doit trouver une résonance partout où notre langue respire. Voilà pourquoi il est un irrigateur de notre réflexion collective et un moteur d’espoir pour tous les militants de la francophonie. Hamidou Anne. Diplomate, ancien élève de l’ENA.
INTRODUCTION
La défense et le rôle du français sont ignorés par beaucoup et brocardés par certains. Au-delà de lanostalgie impériale qui motive certains militants, la francophonie est néanmoins une réalité politique, économique, culturelle et humaine importante qu’il faut connaître et dont les retombées pourraient être mieux utilisées. Il y a certes une Francophonie (avec un grand « F ») institutionnelle, mais l’essentiel est ce qui se passe sur le terrain, dans les bouches et dans les cœurs. Une grande nostalgie est inévitable lorsque l’on rencontre les témoins de l’époque où le français était (très bien) parlé par les élites de la plupart des pays occidentaux et de nos colonies. Elle est particulièrement aiguë en Europe où les jeunes générations ouvrent des yeux ronds quand on leur demande s’ils parlent français. De retour en France, si on s’en étonne, on se voit répondre : « Cool, c’est fun ! » ou, en plus argumenté : « Vous êtes ringard, rejoignez lemainstream. » Cette constatation de la catastrophe européenne peut mener au défaitisme (au réalisme diraient beaucoup) ; elle peut aussi être le moteur d’une action adaptée à la situation actuelle de chaque pays, et en particulier à la nouvelle « francophonie » de masse dont nous parlerons. Il faut tout de suite préciser que les militants du français ne sont pas souvent français, mais plutôt belges, suisses, algériens, ivoiriens, québécois ou acadiens. Cela parce qu’ils sont sur le front de la « guerre des langues ». Les Français, eux, croient en être plus éloignés. D’où l’ignorance et l’indifférence de beaucoup et la désinvolture de certains. Néanmoins, ils conservent souvent, en toile de fond, un sentiment à la fois identitaire et universaliste, prêt à resurgir. Mais, parler des Français n’est maintenant qu’une partie de la question. Le français est devenu une langue africaine puisque la majorité des francophones réside sur ce continent et que ce phénomène devrait s’accentuer. Bien sûr ce terme « langue africaine » est une provocation destinée à nous alerter. Il faudrait dire : « Le français est toujours une langue mondiale, surtout parlée en Afrique ; sur le plan international, elle est passée du premier au deuxième rang mondial et est parlée par un nombre croissant de locuteurs. » Et l’avenir ? Il dépend justement largement de l’Afrique et de savoir si la croissance aujourd’hui rapide de ce nombre de locuteurs sera demain interrompue par quelque adversaire, ou si ce poids croissant lui permettra de garder un rôle mondial dans un monde qui devient multipolaire.
Qui connaît « le sens de l’histoire » ? Vers la fin de la guerre froide, des tiers-mondistes trop opposés à l’Occident pour en réaliser la force des idées avaient installé à la frontière de l’empire soviétique, supposée bourrée de chars et de fusées en parfait état de marche, des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Ne tirez pas, nous nous rendons. » À la même époque, un dissident du même empire disait : « Quand je pense que l’Occident a peur de l’Armée rouge ! S’il savait dans quel état elle est ! » Quelques années après l’empire soviétique s’écroulait. Cela me vient inévitablement à l’esprit lorsque j’entends que le français doit « se rendre », car on ne lui connaît aucune force, alors que l’on ne compte plus les chars et les fusées, je veux dire les multinationales et les universités, de l’empire anglophone. C’est pourtant cette reddition qui était prévue par la première mouture de la loi Fioraso autorisant les cours en anglais. Certes cette loi ne concernait « que » l’enseignement supérieur, mais nous verrons que cela menait indirectement très loin. La contre-attaque des militants et des intellectuels devait considérablement édulcorer cette loi. Reste à voir si les limitations ainsi arrachées seront appliquées ou non. Nous reviendrons plus loin sur ce débat. D’ailleurs, pourquoi se rendre ? L’histoire prend toujours des directions insoupçonnées, confirmant le propos de Hegel quant à « la ruse de l’Histoire ». En l’occurrence, rien ne dit que ce passage à l’anglais serait « dans le sens de l’histoire ». N’oublions pas qu’à l’époque de l’épisode décrit ci-dessus il était « évident » que les Soviétiques ne feraient qu’une bouchée de l’Europe occidentale. De même, la France semble se désintéresser du français et ignore la force culturelle dont il dispose. On ne sait d’ailleurs plus ce que signifie
« culturel » : la Kultur, le ministère du vide et les nouvelles générations d’enseignants sont passés par là. N’oublions pas non plus que les Soviétiques (encore !) ironisaient : « Le pape, combien de divisions ? » Or ils ont été vaincus par une poignée de catholiques polonais, du prêtre de base au pape. De même, le monde anglophone a ses faiblesses et la francophonie possède sa force de frappe non militaire, comme nous le verrons plus loin.
Pourquoi ce livre ? En 2004 j’avais écritLa Langue française face à la mondialisation, qui avait paru relativement optimiste malgré des constatations navrantes en matière de langue de travail en France et dans l’Union européenne. Ce livre s’est largement diffusé, notamment dans les bibliothèques universitaires des départements de français de nombreux pays étrangers. En 2014 la situation du français a, en général, mais pas toujours, empiré : - En France l’anglais envahit rapidement notre décor quotidien et une partie de la population semble résignée ou séduite ; l’anglomanie des élites s’est accentuée, et on peut parler maintenant de fracture sociale. Or si la France « craque », la francophonie suivra. Déjà des dégâts sont importants en Europe surtout, mais aussi en Afrique où devrait se trouver l’avenir de la francophonie. Des réactions apparaissent certes, mais seront-elles suffisantes ? - À l’étranger, le nombre de francophones africains a beaucoup augmenté et fait chaque jour du français une langue africaine, mais ce succès potentiel attire l’ennemi et reste fragile. On peut donc s’inquiéter des capacités de la langue française à se défendre au sein de ses frontières historiques (France, Romandie, Aoste, Wallonie, Québec, Acadie) et à perpétuer sa présence et son ouverture sur les cinq continents. Remarquons que depuis 2010 l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) fait signer aux pays qui le souhaitent un « Pacte linguistique » pour former, diffuser et amplifier la présence de la langue française. Cela pourrait être important, mais remarquons que seule la France y a contribué avec le Liban. D’où l’intérêt de ce nouveau livre, qui reprendra la partie historique du précédent, se poursuivra par la situation nationale et internationale de la langue française en 2014 puis formulera une proposition de stratégie pour la francophonie.
I
UNE LONGUE HISTOIRE
Le français, c’est d’abord une longue histoire dont nous sommes imprégnés, bien plus qu’on ne l’imagine. Certes, certains s’en croient détachés, pensent que la langue est uniquement un « vecteur de communication », pour dire par exemple : « Le restaurant est à droite », et en induisent que peu importe qu’il s’agisse du français, du patagon, du volapük ou de l’espéranto. Ce sont souvent les mêmes qui mettent au pinacle le New-Yorkais, ou le parler du fin fond des cités de Saint-Denis. En fait, leur langue maternelle les imprègne, tout comme le sont les Arabes par leur langue sacrée, qui leur fait tant apprécier l’éloquence, l’image et le verbe. Cette histoire du français commence une cinquantaine d’années avant Jésus-Christ lorsqu’un général impérialiste, fort de la supériorité organisationnelle de sa métropole, changeait les mœurs, la culture, la religion et la langue, écrasant férocement après sa victoire toute velléité de résistance. Vous avez reconnu Jules César. Malgré quelques larmes pour Vercingétorix, tout cela est vécu positivement aujourd’hui. Il est vrai que l’héritage gréco-romain était magnifique. Il est vrai aussi que les héritiers l’ont rendu meilleur encore.