La médiation

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La médiation est devenue aujourd'hui un mode idéal de contribution à la régulation des conflits du quotidien. Mais n'est-elle pas aussi le symptôme du malaise de la civilisation contemporaine et des effets de ce malaise sur le lien social ? L'ouvrage analyse les enjeux essentiels des dispositifs de médiation et en esquisse un modèle théorique autour des notions de tiers, d'espace de rencontre, de conflit. Les exemples choisis abordent les médiations pénale, de proximité, scolaire, culturelle, et d'entreprise.

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Ajouté le 01 juin 2007
Nombre de lectures 105
EAN13 9782336271149
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Sous la direction de Bernard Gaillard et Jean-Pierre Durif-Varembont

,

LA MEDIATION
Théorie et pratiques

L'Harmattan

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-03502-7 EAN : 9782296035027

Les auteurs
Bernard Gaillard, Maître de Conférences en psychologie clinique à l'Université Rennes 2, directeur Master 2 Cliniques Criminologiques et Victimologiques, psychologue clinicien, analyses et interventions cliniques en institution,
bernard.gaillard 1@tiscali.fr

Jean-Pierre Durif-Varembont, Maître de Conférences en psychologie à l'Université Lyon 2, directeur Master 2 professionnel de psychologie du lien social et de l' intervention psychosociale, Université Lyon 2, psychanalyste, psycho logue, jean-pierre.durif@univ-lyon2.fr Anne Ansquer, formatrice, titulaire du DEA Sciences de l'Education, an.ansquer@wanadoo.fr Christiane Durif- Varembont, professeur, formatrice gestion de conflits médiation scolaire, chris.d-v@caramail.com Said Essadek, technicien en hydraulique et en traitement des Eaux; Diplôme des Hautes Études en Pratiques Sociales et du Master de sociologie Médiation Université Rennes 2,
saram5 @free. fr

Noël Even, chef d'entreprise, intervenant et formateur en gestion de conflits, noeJevenfr(â)yahoo.fr Pierre Messé, chef de service éducatif en Maison d'Enfants à Caractère Social, Diplôme des Hautes Études en Pratiques Sociales, Université Rennes 2, pier.messe@orange.fr François Verger, éducateur, médiateur pénal, médiateur de proximité, fra.ver@wanadoo.fr

Avertissement
A. Ansquer, N. Even, S. Essadek, P. Messé, F. Verger.

Ce livre a pris son origine dans un séminaire de travail à l'Université Rennes 2, séminaire coopératif s'appuyant sur les expériences très diverses de ses membres. Ce livre a contraint à accepter et surmonter nos différences. Quoi de commun entre un universitaire, deux travailleurs sociaux éducatifs, une formatrice, un technicien des eaux « de culture maghrébine» et un ancien agriculteur? Ce livre marque l'étape d'un voyage de six personnes que rien n'appelait à faire route ensemble. Les uns sont, ou ont été médiateurs dans leur secteur d'activité, les autres, non. Mais tous ont le même désir de développer un concept fort, une idée propre sur « ce qui fait médiation» et sur ce qui doit inspirer les dispositifs. Notre livre aurait pu s'intituler « Métissage et Séparation». L'écriture est « métisse» sans que chacun ait eu à abandonner ses spécificités. Nous sommes donc restés séparés. Ce fut vraiment une belle médiation, par l'écrit. Lors de cette route ensemble, il a bien fallu défricher le chemin, analyser les existants et les pratiques. Ce livre est le fruit d'un métissage; c'est un objet métis. Il est à prendre comme un métier à métisser tant il a vocation à mettre au travail la

capacité de chacun à se décentrer, pour aller à la rencontre de l'autre et accueillir la différence dans ce qu'elle a de plus rugueux et de plus percutant. Cet objet est une composition, une création, un improbable différent qui a obligé chacun à se soumettre au risque de la rencontre de l'autre et, au fil du temps à adopter une pensée de la médiation à partir de nos multiples mais ô combien fécondes tensions pour permettre l'articulation de 1'« être soi» aux différentes manières d'être ensemble.

Introduction
B. Gaillard et lP. Durif- V arembont

Confrontés aux difficultés, voire aux insuffisances des modes traditionnels de régulation des relations sociales, des praticiens de la médiation ont produit cet ouvrage, aboutissement d'un travail collectif fait de discussions et de débats critiques. Ces praticiens sont amenés à tenir compte des évolutions du monde contemporain et des pratiques sociales qui s'y développent, mais aussi des changements affectant les modes de vie et les valeurs. Ces évolutions et ces pratiques interrogent différents champs sociaux: le champ éducatif, le champ judiciaire, le champ familial, le monde de l'entreprise, le monde rural et urbain. La médiation est partout et régulièrement sollicitée. Elle est omniprésente au travers des dispositifs qui y font régulièrement référence dans tous les secteurs de vie de la personne. Elle serait ainsi devenue aujourd'hui une sorte de mode idéal de contribution à la régulation des conflits du quotidien, c'est-àdire à la régulation des différentes gênes vécues dans la société actuelle. A-t-elle des modalités spécifiques de fonctionnement?

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Elle est souvent dite comme favorisant un retour à la communication, voire à la résolution du conflit. Mais s'agit-il simplement de résoudre les conflits comme l'avancent certains, ou plutôt de redonner à frais nouveau un modus vivendi de paix sociale. N'est-elle pas le symptôme du malaise de la civilisation contemporaine et des effets de ce malaise dans le lien social? A vouloir « gérer» les conflits et viser le bien entendu, certaines pratiques de médiation ne risquent-elles pas de participer subtilement au contrôle social? Ces questions font débat, notamment entre les tenants de la médiation directive et ceux de la médiation non directive. Nous pouvons cependant avancer que l'existence d'un conflit préalable devenu insupportable convoque la plupart du temps la médiation, même si ce n'est pas son seul motif. Le conflit entre deux ou plusieurs personnes, ou entre une personne et une institution pré-existe à toute médiation. Mais qu'entend-on par conflit, et en quoi consiste ce conflit? D'autre part, tout conflit ne donne pas nécessairement lieu à une médiation. Les conflits au quotidien sont très nombreux, et sont habituellement autorégulés par les personnes concernées. Que se passe-t-il donc alors quand une demande de médiation est formulée? Pour nous, la médiation n'est qu'un mode possible de traitement de la dimension conflictuelle des relations humaines. C'est une approche clinique qui restitue la singularité du conflit, de son vécu et de son traitement. Les conflits font partie de la vie, qu'il s'agisse des conflits interpersonnels ou familiaux, des conflits entre groupes sociaux, des conflits entre pays, et bien sûr, des conflits intrapsychiques. Cette variété de types de conflits entraîne celle des types de médiation dont nous proposons de repérer les différentes fonctions et les nouvelles formes. En même temps, il doit nous être possible de dégager les principes communs de ce qui se Inet en place sous cette dénomination. Les dispositifs et lieux de médiation doivent être mis en perspective avec leurs conditions socio-historiques d'émergence. S'interrogeant sur la part active des individus, P.Milburn 1
1. P. Milburn, (2002), La médiation: expériences et compétences, Paris: La Découverte.

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estime que la médiation est née d'un mouvement alternatif, c'est-à-dire non institutionnel et favorisant les initiatives des citoyens. Dans cette optique, la médiation assure une fonction de réconciliation du sujet avec lui-même, le rendant pleinement acteur des aménagements de ses relations de vie. Cependant, toutes les grandes institutions publiques et privées ont mis en place leurs propres dispositifs. La généralisation des pratiques de médiation, associée à l'extension croissante de l'utilisation du terme, s'est réalisée dans des secteurs où les professions sont bien identifiées comme celles de journaliste, enseignant, travailleur social, psychologue, diplomate, avocat. Cette évolution conduit à plusieurs questions. Cette émergence de la médiation liée à un champ social déterminé en termes de savoirs et de contenus peut-elle mener à un processus de professionnalisation spécifique? Compte tenu de l'analyse des manques par le champ social, qu'elles sont les nouvelles pratiques dans l'aménagement des rencontres, les risques et bénéfices pour les professions et les professionnels? Quel renouvellement possible apportent ces pratiques de médiation aux professions existantes ? Ainsi, certaines questions majeures se posent actuellement. Elles concernent la banalisation du recours à la médiation, la généralisation du terme, l' accroissement de la demande sociale et institutionnelle, les déplacements et aménagements opérés par la médiation, la professionnalisation des médiateurs. Le développement des médiations est à inscrire dans les actions innovantes. Si les pratiques de médiation réinterrogent différentes professions et leurs contours, la transversalité qu'elles supposent est nécessairement articulée à l'universalité du statut du sujet humain comme être parlant dans son rapport aux idéalités du monde. Par son caractère transversal, la médiation a souvent été attribuée, à travers la tradition, la sagesse, l'histoire (et ceci a posteriori) à certains acteurs, à une façon d'être, à une posture au quotidien comme celle du curé du village, de l'instituteur ou du maire. Sa pratique traditionnelle a pu conduire à l'envisager dans une dimension transcendantale comme dans le cas du guérisseur de nos villages ou des figures laïques ou religieuses d'autorité, dépassant un premier ordre de réalité pour mettre en perspective

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un ordre supérieur hypostasié. Mais fondamentalement, la médiation participe d'une pédagogie du lien et de son herméneutique. A l'articulation dynamique de la société et de l'individu dans leurs propensions à élaborer du conflit, la médiation se fonde essentiellement sur un modèle centré sur 1'homme comme être de relations et de dialogue. C'est parce qu'il est d'emblée inscrit dans la relation à l'altérité et dans la parole échangée que l'homme peut s'y essayer, ce à quoi souscrit Aristote quand il pense sa théorie de la sociabilité naturelle. Proposer la médiation, c'est d'abord reconnaître la difficulté de l'existence de la personne sociale. Il n'est donc pas étonnant qu'aujourd'hui apparaisse cette nouvelle façon de dire les difficultés du lien social et les ratés de l'échange intersubjectif, d'une part dans une plus grande mise en application au quotidien des droits de 1'homme et de la reconnaissance de chacun quel que soit son statut, et d'autre part à la suite de modifications importantes dans l'exercice de la parentalité, de la conjugalité, et de la relation au travail. Ainsi, la médiation peut être considérée comme offrant « un rituel nouveau à la société de la post-modemité car elle permet à la souffrance de se dire à travers un rite initiatique» 2. La médiation est à la mode. Mais alors qu'elle se décline massivement dans des dispositifs et des politiques publiques, elle recouvre des pratiques hétérogènes difficiles à définir précisément. Au-delà des descriptions, la compréhension de ses processus sous-jacents répond à un impératif scientifique tout autant qu'éthique. Une démarche épistémologique et une réflexion méthodologique sont donc nécessaires tant la médiation reste un objet incertain avec de nombreuses définitions dans la littérature spécialisée. B.Diaz et B. Liatard 3 la voient comme « processus qui permet, lors d'un conflit, l'intervention de personnes extérieures et formées, pour dépasser le rapport de force et trouver

2. J. Marineau, (2005), L'esprit de la médiation, Ramonville : Erès. 3. B. Diaz et B. Liatard-Dulac, (1999), Contre violence et mal-être: la médiation par les élèves, Paris: Nathan Pédagogie.

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une solution sans gagnant ni perdant ». Ici, la médiation est processus de création et de réparation du lien social et de règlement des conflits, dans lequel un tiers impartial et indépendant aide, à travers l'organisation d'échanges entre les personnes, à améliorer une relation ou à régler un conflit qui les oppose. Mais la médiation, pour se mettre en place, ne s'institue-t-elle pas dans une ambiguïté, celle de mettre en exergue un conflit qu'elle vise à contrôler ou à en réduire les effets jugés négatifs. Dans le cadre de la prévention du risque, la médiation risque alors d'apparaître comme auto-validant l'institution dans laquelle elle opère, réifiant par là autant son objet que sa pérennisation. La médiation est une entremise destinée à rechercher une articulation jugée convenable entre deux ou plusieurs parties qui sollicitent ou acceptent celle-ci. Mais cette perspective est insuffisante pour d'autres. Une analyse des fonctions de la médiation permet d'en comprendre les dynamiques. P. Duriez 4 conclut à la quasi-absence de définition explicite du mot « médiation ». Pour lui, la médiation est « un monde éclaté, fragmenté, segmenté, divisé qui se développe selon des logiques idéologiques ou institutionnelles souvent concurrentes, quelquefois contradictoires ». Cependant une majorité d'auteurs retiennent le rétablissement de la communication comme action principale, action dont découle la résolution du conflit. La médiation intervient alors dans un contexte de blocage de la communication entre des personnes, qui sont dans l'impossibilité de résoudre elles-mêmes leur problème. Elle est pour J.P. Bonafé-Schmitt 5 « un processus par lequel un tiers neutre tente à travers l'organisation d'échanges entre les parties, de permettre à celles-ci de confronter leurs points de vue et de rechercher, avec son aide, une solution au conflit qui les oppose ». Lors du colloque « Médiation Médiations» 6, J.P. Vouche avance que c'est « à travers cette

4. P. Duriez, (1997), Médiations et médiateurs Médiations et médiateurs. Définitions, typologies, pratiques, T. 2, Pub. C.L.C.1.1 I.N.1.E.P., Multigraph. 5. J-P. Bonafé-Schmitt, (1999), Les médiations, la médiation, Ramonville: Erès. 6. Actes du colloque, (2002), Université Rennes 2.

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démarche de facilitation de la relation et de la communication que l'on mesure le mieux que la médiation n'est pas seulement une technique de gestion des conflits mais aussi une forme de régulation sociale ». Confrontée aux évolutions sociales, la médiation apparaît ici plus comme une opportunité créatrice de lieux et de liens nouveaux que comme une technique de communication réduisant la relation de parole à un échange d'énoncés. Son enjeu premier est de permettre d'accueillir le désordre et le trouble, deux éléments inhérents et constitutifs de tout groupe humain, au risque de les laisser envahissants. La généralisation du « phénomène médiation» coexiste avec l'incertitude de son objet, mais aussi avec la tentation de sa toute puissance. La réflexion sur une éthique de la médiation s'impose dans cette confrontation aux enjeux du général et du singulier. Pointer les indications et les limites de la médiation ouvre une réflexion sur les réponses alternatives éventuelles à apporter à travers la prise en compte des fonctionnements institutionnels et l'analyse clinique de leurs effets. Réinterroger les réponses fournies à l'ensemble de la société par les organisations elles-mêmes, particulièrement celles concernant la violence et sa régulation, est une démarche qui peut amener à mesurer le degré d'autonomie et d'innovation de la médiation. Les questionnements de ce livre proposent d'ouvrir un nouvel espace de réflexion sur la théorie et la pratique de la médiation. A quelle nécessité sociale correspond-t-elle ? Viendrait-elle s'établir dans un vide laissé par ces deux autres activités du champ social, celles de la prévention et de la répression? Dans ce cas, suffit-il à la médiation de venir combler cette défaillance sociale, cette vacuité permise dans la recherche d'une alternative à l'opposition entre ce que nous nommons répression et prévention, pour être légitimée? Certains peuvent inscrire l'éducation comme alternative à cette opposition. Interroger ou provoquer cette vacuité, c'est questionner les limites actuelles des instances de prévention et des instances de répression entre lesquelles la médiation oscille. Evoquer la médiation comme « mode alternatif de résolution de conflits », ou de «nouveau modèle », oblige à analyser les

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interpellations contemporaines de nouvelles réponses.

du champ social et la variabilité

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et son poème

Les conflits, ça sert à rien, Aider les autres, ça fait du bien, Ça nous fait des amis, Et les conflits, c'est fini.

Les disputes, c'est « quedale » ; Les arrêter, c'est trop de la« balle»;

Rigoler et s'amuser, C'est bien mieux que se taper. Les moqueries, on n'en veut plus, Ça ne sert qu'à se taper dessus,
On préfère, entre nous, s'éclater, Et être mieux intégré.

La médiation: c'est que du bon, La réconciliation: c'est demander pardon.
Et c'est tout ça en même temps, Dans mon emploi du temps.

Poème écrit collectivement par Jeanne, Coline, Clarisse et Marine, élèves de 6e au cours d'un atelier de gestion de conflitsmédiation, atelier animé par Christiane Durif- Varembont.

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Evolution des modes traditionnels de médiation

B. Gaillard, P. Messé, S. Essadek, F. Verger.

A - Les trois modes traditionnels de médiation Dans une auto-régulation permanente, chaque période historique et chaque système collectif produit ses propres dispositifs afin d'assurer sa pérennité malgré les aléas de contlictualisation. Ces dispositifs sont régulièrement en partie défaillants, comme le montrent de nombreux exemples dans les secteurs de la famille, des relations de voisinage, de l'entreprise. Une évocation nostalgique du passé, comme par exemple le propos « il n'y a plus de famille », traduit néanmoins la confrontation douloureuse au problème majeur qui met en cause le sujet dans sa relation à l'autre. Chacun est alors fortement déstabilisé par l'articulation dialectique entre l'accrochage au passé et les modifications sociologiques à l' œuvre. La médiation vient tenter d'y répondre. Notre période actuelle ne cesse de développer les moyens de communication, comme si par réification,

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tous nos maux. Certains auteurs récents 1 précisent que « tout

elle nous laissait croire que celle-ci est une réponse adéquate à est langage, tout est communication ». Nous constatons que les médiations se mettent en place quand des canaux de communication n'ont pas fonctionné. Alors, comment se fait-il qu'il y ait autant besoin de médiation pour restaurer ces communications? Dans le leurre de sa toute-puissance, l'homme d'aujourd'hui, dans une certaine solitude, peut apparaître comme le Créateur se prenant souvent comme celui par qui un nouveau monde va se mettre en place. Il fait ainsi comme s'il n'avait plus besoin d'aide, ni besoin des autres. Si la médiation connaît un essor considérable depuis quelques années dans les médiations familiales, les médiations citoyennes, les médiations de proximité, les médiations d'entreprise, les médiations d'affaires, les médiations dans les grandes admi-nistrations de l'Etat, elle n'est cependant pas une pratique nouvelle. Nos sociétés anciennes mettaient aussi en place des dispositifs de médiation. Y. Palau et V. de Briant 2 distinguent ainsi les trois types de médiation traditionnelle: la médiation religieuse, la médiation de voisinage, la médiation politique ou syndicale La médiation religieuse, au travers de la figure du Christ et de l'Église, médiateurs entre Dieu et le monde, instaure une instance entre l'individu et l'universel. Elle est « acte de foi» comme toute médiation, foi dans la capacité des individus à surmonter leurs querelles, capacité à reconnaître l' « autre comme son prochain». Ici, la médiation est un pari sur les protagonistes et leurs capacités à travailler et dépasser leur problème. La médiation traditionnelle de voisinage opérée par certains personnages de la commune comme le maire, l'instituteur, le médecin, le prêtre, se fonde sur une légitimité et une autorité du médiateur correspondant à la figure du sage associée à l'appartenance à une grande institution. Il est intercesseur entre l'individu et cette institution.

1. Tels F. Dolto, (2002), Tout est langage, Paris: Gallimard, et P. Watzlawick, (1979), Une logique de la communication, Paris: Le Seuil. 2. Y. Palau et V. de Briant, (1999), La médiation, Paris: Nathan.