La Mothe - Ses sièges, sa destruction

La Mothe - Ses sièges, sa destruction

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Livres
148 pages

Description

Sur les confins de la Lorraine s’élève une montagne que le voyageur, ami des antiques souvenirs, se plaît à visiter ; c’est La Mothe, dit-il de loin, en apercevant sa tête altière, La Mothe, la reine de ces contrées. Plusieurs autres montagnes se dressent à ses côtés. A l’est, se voit Fréhaut, à quelques centaines de mètres seulement de La Mothe. On y trouve encore les tranchées pratiquées par l’ennemi pour établir des retranchements et de là creuser les parallèles et les fossés qui le conduisirent jusqu’aux murailles de la forteresse.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 26 juillet 2016
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EAN13 9782346088720
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos de Collection XIX

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LE MONUMENT DE LA MOTHE

Achille-Pierre Liebaut

La Mothe

Ses sièges, sa destruction

PRÉFACE DE CETTE NOUVELLE ÉDITION

*
**

En livrant au public ce modeste opuscule, mon unique but était d’attirer l’attention sur cette montagne où, il y a deux siècles et demi, s’élevait une cité plus remarquable encore par le courage de ses habitants que par ses colossales fortifications. Rappeler les hauts faits d’une bourgade qui, avec sa petite troupe de soldats, eut la gloire d’arrêter pendant dix ans quatre armées françaises et de retarder la soumission du duché de Lorraine, n’est-ce pas dire assez que de tels souvenirs né doivent pas être abandonnes ?

Une société de savants voulait élever un monument pour perpétuer les exploits des deux armées. Mon travail devait simplement favoriser la souscription proposée dans ce but.

Tout a si bien réussi, grâce aux nombreuses bonnes volontés, que non seulement le monument existe et des fouilles importantes ont été faites et ont fourni de précieuses découvertes, mais que mon travail tiré en un plus grand nombre d’exemplaires que primitivement je ne l’aurais voulu, est épuisé. Voyant que, d’une part, mes bons amis me poussent à une nouvelle édition, et que d’autre part les nombreux visiteurs me demandent sans cesse de leur indiquer ou de leur procurer un livre pour les renseigner et les diriger, je cède et viens offrir au public cette seconde édition avec notable augmentation.

Mais avant de commencer, je demande à mes lecteurs de me permettre de leur dire les encouragements que j’ai reçus non seulement de la Société d’archéologie lorraine, mais aussi de la Société historique de Langres. Je cite textuellement le rapport qui a été fait à cette dernière dans la séance du 9 août 1901 par M. Camille Royer à l’occasion du concours pour le prix Barotte.

 

LA MOTHE (M. LIÉBAUT).

 

« La donnée change avec M. l’abbé Liébaut, qui nous présente le récit des sièges et de la ruine de La Mothe. Pour lui, l’histoire générale n’est pas en question. La naissance de sa ville, le rôle qu’elle a pu jouer aux époques ténébreuses de sa première existence, ne le préoccupent qu’au titre accessoire. Ce qu’il veut, c’est remettre en lumière cette malheureuse cité froidement détruite par les exigences d’une politique inexorable ; c’est lui restituer le bon renom qu’elle mérite à ses yeux, et réformer des légendes fâcheuses accréditées sur son compte par la mauvaise foi des uns et l’ignorance des autres. Son but est certes des plus nobles ; il ne lui sera pas difficile de nous faire partager ses convictions, et de tout ceci je le louerai sans conteste. Ferai-je remarquer que peut-être il laisse trop clairement voir ses préférences et ses regrets pour l’ancienne autonomie de sa chère Lorraine, sa terre d’élection ? Mais l’amour du sol natal et le culte du passé n’ont rien pour nous déplaire, encore que l’histoire comme on l’entend aujourd’hui n’y trouve pas tout à fait son compte. Et puis les sentiments d’un autre temps qu’il exprime à chaque page ; sa vénération pour ses princes, son respect attendri pour les héritiers de ses anciens seigneurs, ses amers regrets pour les gloires de son pays à jamais disparues, s’accordent si bien avec son style un peu archaïque et comme inspiré des modèles du grand siècle, que de plus exigeants que moi n’y sauraient trouver matière à reproches. J’aime mieux lui chercher querelle pour s’être imperturbablement cantonné dans l’aride sévérité d’un précis succinct et destiné aux seuls amants de la Lorraine et de la science pure. J’aurais voulu que tout en remettant les choses à leur place véritable, que tout en rendant à chacun sa part de gloire et de justice, il cherchât davantage à mettre à la portée de tous, à vulgariser le roman, si je puis me servir de ce terme, de ces sièges héroïques où abondent des épisodes tels que la Sortie des Violons ou que l’Exploit du Doyen des Chanoines. Et je crois, en exprimant ce désir, entrer dans ses vues et apporter aussi mon hommage à sa chère ville oubliée, et si bien oubliée que son nom même est à peu près ignoré dans notre pays qui en fut pourtant le plus proche voisin.

Signé : CAMILLE ROYER. »

 

Inutile d’ajouter qu’on trouvera dans ce nouveau volume d’intéressantes additions : croquis du monument, inauguration et discours, plan approximatif du plateau pour diriger les visiteurs.

Plaise au public de faire bon accueil à cette nouvelle apparition.

A. LIÉBAUT.

A Monsieur l’Abbé Eugène MARTIN

 

Docteur ès-lettres.

 

 

 

MON CHER DOCTEUR,

 

Depuis que, venant visiter notre montagne aux nombreux et précieux souvenirs, vous m’avez honoré de votre amitié, maintes fois, vous m’avez dit : « Il nous faut une histoire populaire de La Mothe et de ses sièges. De grâce, mettez-vous à l’œuvre et faites-nous ce travail. »

Votre demande présumait beaucoup trop de mes forces et de ma capacité. Comment oser entreprendre un tel travail après les remarquables mémoires de M. Duboys de Riocour et l’œuvre si savante de M. Simonnet ? Il est vrai que le volume de M. Duboyset même celui de M. Simonnet sont épuisés et si rares aujourd’hui, qu’il faudrait ou une nouvelle édition, ou un nouveau travail. « Ce travail nouveau, m’avez-vous répondu, c’est ce que vous demandent vos amis de Nancy. Faites-nous un ouvrage élémentaire pour nous aider à vulgariser et à perpétuer les souvenirs de La Mothe et de ses sièges. »

Obéir à mes amis, c’est mon bonheur, c’est ma joie. Je me suis mis à l’œuvre et je viens vous offrir mon modeste opuscule. Vous y trouverez peut-être quelque chose de trop simple et de trop élémentaire. Obligé de vous confesser ma faiblesse, je ne pouvais essayer de m’élever dans des régions inaccessibles à ma nature. Vous aurez, pour ce. travail, toute l’indulgence que votre bon cœur peut vous dicter. Vous direz à vos nombreux amis dans la science que c’est le fruit d’une volonté généreuse. Comme vous et avec vous, ils verront l’effort et ne chercheront pas le succès.

Agréez, cher Docteur, avec cet hommage affectueux, l’assurance de mes sentiments respectueux et dévoués en N.S.

 

Outremécourt, le 1 5 novembre 1895.

A. LIÉBAUT.             

A Monsieur le Comte de LANDRIAN

 

Descendant d’une des nobles familles de LA MOTHE

 

 

 

MONSIEUR LE COMTE,

 

Je viens vous offrir mon nouveau travail sur La Mothe et ses sièges. Ce travail, tout modeste qu’il est, ne manquera pas, j’en suis certain, de vous être agréable. Il vous rappellera le courage, la fidélité et les autres vertus de vos ancêtres.

Daignez agréer, monsieur le Comte, avec cet hommage respectueux, la nouvelle assurance des sentiments dévoués de votre très humble et affectionné serviteur.

 

Outremécourt, le 15 novembre 1895.

A. LIÉBAUT.                

CHAPITRE I

La Montagne. — Son nom primitif

§ I. — LA MONTAGNE

Sur les confins de la Lorraine s’élève une montagne que le voyageur, ami des antiques souvenirs, se plaît à visiter ; c’est La Mothe, dit-il de loin, en apercevant sa tête altière, La Mothe, la reine de ces contrées. Plusieurs autres montagnes se dressent à ses côtés. A l’est, se voit Fréhaut, à quelques centaines de mètres seulement de La Mothe. On y trouve encore les tranchées pratiquées par l’ennemi pour établir des retranchements et de là creuser les parallèles et les fossés qui le conduisirent jusqu’aux murailles de la forteresse1. Au Nord, Roches et Chatillon, formant avec La Mothe et Fréhaut l’enceinte de la petite vallée d’Outremécourt à Médonville. Le bois de Roches qui couronne la colline de ce nom se continue sur Chatillon pour aller aboutir à l’antique forêt qui couvre les vastes terrains situés entre Sartes, Pompierre, Jainvillotte et Circourt. Cette forêt s’appelait autrefois Mecurium. C’est de ce nom que dérive celui de notre village : Outremécourt (ultra mecuria)2. Au sud de notre montagne, nous avons la chaîne de celles de Bourmont, que couronnent les forêts de Graffigny, Nijon, Vaudrecourt et Sommerécourt. La Mothe semble se détacher de ces collines pour les dominer toutes. Sa hauteur est de 5o6 mètres au-dessus du niveau de la mer3, 160 mètres au-dessus de la vallée d’Outremécourt et 190 mètres au-dessus du Mouzon, que franchit le pont Cinq parts4. En nommant ce vétéran de nos contrées, nous aurions pu dire que franchissait, car ce pont si digne d’attention ne se tient plus debout et s’écroule dans les eaux de notre rivière. Son origine est très ancienne, elle pourrait remonter à l’époque gallo-romaine. Des traces de voie romaine, reconnues à Médonville et se dirigeant sur La Mothe, indiqueraient une voie secondaire qui se rattachait au plateau de cette montagne, descendait par l’angle sud-ouest, traversait la rivière sur ce pont et se joignait, à quelques pas plus loin, à la grande voie de Langres à Toul, à Metz et à Trèves.

Du haut de la Mothe, le visiteur jouit d’un immense panorama : à l’ouest et au sud, au loin, le plateau de Langres, dominé par les tours de la vieille cathédrale ; la vaste forêt de La Vacheresse, où le chêne des partisans dressait jadis sa cime altière, et, tout près, semés dans la riante vallée du Mouzon, les gracieux villages de Vrécourt, de Soulaucourt, de Nijon, de Vaudrecourt, de Sommerécourt. A l’est, la vue s’étend par dessus Médonville et Bulgnéville, jusqu’aux collines qui dominent Vittel et Contrexéville.

Jadis, le sommet de La Mothe fut le siège d’un château d’une certaine importance et ensuite d’une opulente cité, à qui la nature avait donné un rocher pour base et des précipices pour dehors. Sa forme ovale est celle d’un cône tronqué. Le plateau est d’une superficie de 32 hectares 26 ares. Un auteur sérieux pense qu’autrefois les Romains auraient occupé ce plateau et y auraient établi un camp.

§ 2. — SON NOM PRIMITIF

A l’origine, notre montagne ne portait pas le nom qu’on lui connaît aujourd’hui. Certains auteurs l’appellent d’abord Clermont (clarus mons), puis Hilairemont (hilaris mons) et ensuite Saint Alairemont ou Saint Hilairemont. Nous inclinons volontiers pour cette dernière dénomination, parce que ces contrées avaient un culte spécial pour l’illustre docteur de Poitiers. L’église d’Outremécourt conserve de saint Hilaire une statue très ancienne. Ce grand saint, d’ailleurs, est le patron de la paroisse de Vaudrecourt, et Nijon vénère aussi une de ses images.

Ce n’est qu’au XIIIe siècle, d’autres disent même au XIVe qu’elle fut appelée LA MOTHE, « par attribution du « nom bien propre et convenable à la figure et assiette « de son lieu ». Dès l’an 1272. dans un acte d’hommage du comte de Bar envers Henri III, comte de Champagne, quatre fois le chastel de La Mothe est désigné en toutes lettres sous cette dénomination. Il est à croire que le prince qui, comme nous allons le dire, voulut transformer le château en une ville et en une forteresse, tint à lui donner ce vocable nouveau.

CHAPITRE II

Origine et description de la ville de La Mothe

§ I. — ORIGINE

Pendant plusieurs siècles, le domaine de Saint-Hilairemont consistait en un château qui n’était pas sans importance. Comme preuve, nous avons les luttes relatives à sa propriété. Tout d’abord, il aurait appartenu à Hardouin de Saint-Hilairemont, auquel le comte de Bar l’aurait acheté. Puis, dès l’année 1086, sous la comtesse Sophie, un comte de Champagne (sans doute Thibaut Ier) prétendit que Saint-Hilairemont relevait de son fief du Châtelet. Cette difficulté se termina par la voie des négociations1. Le résultat paraît avoir été favorable au comte de Bar ; car, en 1260, Thibaut II entourait de murailles tout le plateau et montrait qu’il entendait le posséder en franc-alleu. Cette fois, ce droit lui fut contesté par le duc de Lorraine, Ferry III, qui revendiquait ce domaine comme Seigneur Suzerain ; mais, les arbitres choisis pour vider ce différend décidèrent que pendant le litige le château resterait en la possession du comte.

Un château entouré de quelques habitations n’est pas une ville bien bâtie et bien peuplée, telle que fut La Mothe. Nous touchons néanmoins à l’époque Où se fit, sur notre montagne, cette heureuse transformation.

Une pièce ancienne, qui se trouve à la mairie d’Outremécourt, et dont j’ai cité le commencement dans mon opuscule L’Héritage de La Mothe, va nous éclairer sur ce point. Je reproduis la même citation : « Outremécourt est un ancien village. Soulaucourt est un village nouveau. L’ancienne ville et forteresse de La Mothe a été bâtie en 1225 par Thibaut comte de Bar. Pour peupler sa nouvelle ville, le souverain accorda le droit de bourgeoisie à tous les habitants des villages voisins qui voulurent y venir demeurer. Une partie des habitants d’Outremécourt y allèrent2. La totalité des villages de Boisdeville et d’Offrécourt formèrent la population de la nouvelle ville, et ces deux villages disparurent. Il ne reste plus de trace du premier3. Mais il existe encore du second le pont, le moulin et l’église, qui avait été changée en ermitage et qui tombe en ruine4. Le village actuel de Soulaucourt est situé à la distance de 150 toises environ ou 3oo mètres de l’ancien village d’Offrécourt. Il n’y avait alors que quelques maisons de fermes5. »