La Nouvelle-Calédonie face à son destin

La Nouvelle-Calédonie face à son destin

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Livres
528 pages

Description

La Nouvelle-Calédonie s’apprête à prendre un virage institutionnel et politique dans un monde qui a radicalement changé depuis les premières luttes pour la décolonisation. Vingt-huit ans après les accords de Matignon-Oudinot, alors que se profile une nouvelle date clé pour son avenir institutionnel et politique avec la sortie programmée de l’accord de Nouméa, où en est la Nouvelle-Calédonie ? Son modèle économique a-t-il fondamentalement changé ? Sa trajectoire de développement estelle soutenable ? Alors que le pays est engagé dans un processus de décolonisation négocié, quels sont ses atouts et ses options stratégiques pour affronter la mondialisation et ses nouvelles formes ?



Le pays est en effet de plus en plus intégré à des marchés mondiaux libéralisés et dérégulés ; l’urbanisation se confirme mais elle prend des formes et a des impacts qui déjouent certains pronostics et tendances observées ailleurs ; vingt-cinq années de croissance soutenue ont dopé le marché intérieur ; en lien avec la croissance des mobilités, la place du non-marchand et de la coutume est restée essentielle à son développement humain ; les transferts de compétences de l’État français vers le territoire opérés au cours des vingt dernières années ont transformé les lieux et les acteurs de la décision politique ; l’industrialisation par la métallurgie a changé la donne quant à la répartition de la rente du nickel ; la bipolarisation politique a fait place à davantage de pluralisme... pour ne citer que certaines des évolutions les plus emblématiques.



A la veille de la consultation sur le transfert des dernières compétences, quels sont les futurs possibles pour l’économie très politique de la Nouvelle-Calédonie ? Sur quels acquis institutionnels et économiques de la trajectoire récente s’appuyer ? Quels relais de croissance activer et, au-delà et surtout, quel modèle de développement et quel « contrat social » renégocier ?

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Date de parution 17 novembre 2016
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EAN13 9782811117382
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Préface
MichelVernièresPrésident d’honneur du GEMDEV Professeur émérite de Sciences-économiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Cet ouvrage, réalisé par un collectif pluridisciplinaire de chercheurs, constitue une impressionnante et remarquable étude de l’économie de la Nouvelle-Calédonie et des perspectives relatives à son avenir. Exemple d’une véritable recherche d’économie politique, il ne se limite pas à une approche économique étroite mais intègre tout au long de ses analyses, et pas seulement dans le premier chapitre consacré à l’étude de sa trajectoire politique et institutionnelle, les implications économiques de cette situa-tion originale issue des accords de Matignon, Bercy et Nouméa. De ce fait ce livre sera particulièrement précieux non seulement aux chercheurs mais aux acteurs, économiques, sociaux et politiques, de la vie néo-calédo-nienne. L’utilité opérationnelle de ce travail de recherche est d’autant plus grande qu’il rassemble et ordonne toutes les informations actuellement disponibles sur ce territoire tout en soulignant les manques de données qu’il conviendrait de collecter d’urgence. En effet, ce n’est que sur la base d’une connaissance approfondie des faits économiques et sociaux que peuvent être conduites des politiques de développement adaptées aux caractéristiques spéciïques de tout territoire, particulièrement marquées dans le cas de la Nouvelle-Calédonie. Mais ces chercheurs ne se contentent pas d’une analyse fouillée de la situation présente et de poser des questions pertinentes relatives à son avenir. Ils inscrivent leur démarche dans un examen de l’évolution histo-rique du territoire seule à même, du fait de la dépendance au sentier anté-rieurement suivi, d’en comprendre les caractéristiques présentes. Ils pro-longent ainsi, pour les deux dernières décennies, le riche travail publié par Jean Freyss en 1995. Ils mettent ainsi en lumière les grandes transforma-tions réalisées par l’économie et la société néo-calédonienne des cinquante dernières années. Celles-ci ont été marquées par la succession de trois régimes, qualiïés d’économie assistée, de rééquilibrage et d’industrialisa-tion. Elles ont été caractérisées par une forte augmentation de la richesse globale et une atténuation des inégalités régionales sans pour autant avoir permis une réelle diversiïcation de l’économie lui permettant d’échapper à sa double dépendance à l’égard des transferts et du nickel. C’est là
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l’enjeu, bien mis en lumière dans l’ouvrage, de la nouvelle étape qui s’ouvre dans les années à venir et ce quels que soient les résultats du réfé-rendum à venir. Cette synthèse consacrée à la Nouvelle-Calédonie, particulièrement utile pour les spécialistes de cette dernière et les acteurs de sa vie écono-mique et sociale, l’est aussi pour les chercheurs qui travaillent sur les économies relativement isolées que sont, en premier lieu, les petites Îles, mais aussi les territoires enclavés et le monde rural profond. Au premier abord, chacun d’eux apparaît très spéciïque, tout particulièrement la Nouvelle-Calédonie du fait de sa double dépendance aux transferts et au nickel, de sa structure institutionnelle originale... Mais la lecture de cet ouvrage, à partir de ce cas très particulier et pour une part grâce à lui, met en lumière quelques questions fondamentales à traiter pour chacun d’eux. En premier lieu, il convient d’identiïer les acteurs du développement territorial, leur comportement et leur poids relatif. Ainsi, l’arrivée en Nouvelle-Calédonie de ïrmes minières multinationales inue fortement sur l’impact du secteur minier. De même, le renforcement constaté des administrations locales en moyens ïnanciers et en personnels plus quali-ïés permet la mise en œuvre d’outils de politique économique et sociale plus complexes et, surtout, plus adaptés aux spéciïcités locales. Pour sa part, le développement du secteur non marchand permet d’améliorer aussi bien l’apport, en termes d’autoconsommation ou de dons, de l’agriculture familiale que celui en services divers des associations locales. Par ailleurs, ce livre invite à la méïance relativement aux schémas analytiques importés comme le montre clairement l’analyse des mobilités qu’il effectue. Le schéma classique de l’exode rural, apparemment illustré par la croissance de l’agglomération de Nouméa, ne tient pas compte de la complexité des phénomènes de mobilité marqués par la progression des multi-résidences, des migrations alternantes entre lieu de travail et domi-cile ou des retours fréquents dans la commune d’origine. Dès lors, le seul enregistrement, dans les recensements, de changements de résidence ne sufït pas à conclure à un exode rural signiïcatif susceptible de mettre en péril l’avenir des zones rurales par l’atteinte d’un seuil irréversible de dépeuplement. Cette évocation de la notion de seuil conduit à souligner un autre apport essentiel de cette étude qui est celui de la soutenabilité du modèle de développement adopté, tout particulièrement traité au cours du cha-pitre 6. Négligée il y a quelques décennies, cette question fondamentale y est abordée avec la rigueur nécessaire à l’élaboration des politiques écono-miques à venir. L’introduction des notions d’épargne véritable, tout parti-culièrement celle de l’épargne véritable autonome, permet de poser les enjeux de ces politiques et d’éclairer leurs conséquences à terme. Mais il ne s’agit pas de croire que des calculs économiques, aussi élaborés soient-ils, sufïsent à choisir ces politiques. Ainsi la question fondamentale, évoquée plus haut, de l’identiïcation des seuils qu’il s’agit de ne pas fran-chir pour ne pas compromettre l’avenir n’est pas une question technique.
PRÉFACE
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Elle est le résultat de choix politiques quant à l’avenir souhaité pour le territoire considéré. Quelle terre et quelle société locale veut-on léguer aux générations suivantes ? Cette dernière question invite à insister sur un dernier point mis en lumière dans ce livre : l’importance de l’identiïcation et de la valorisation du patrimoine reconnu par le groupe social concerné. C’est bien là le sens du discours cité (p. 263) de Jean-Marie Tjibaou en 1978 : « Il faudra que nous puissions élaborer un programme dans une perspective Calédonie, notre patrimoine ».En effet, un patrimoine n’est pas donné, il est issu d’un processus de patrimonialisation qui conduit un groupe social à consi-dérer qu’un ensemble cohérent de biens, matériels et immatériels, doit être transmis à ses descendants. Mais pour pouvoir assurer cette transmission, il convient de le valoriser aïn de dégager les ressources permettant sa conservation. Ce n’est qu’au cas par cas que cette valorisation peut être réalisée, en évitant les effets pervers qu’elle peut entrainer. L’ouvrage le montre bien à partir de l’exemple du tourisme, forme la plus répandue de valorisation. Ainsi, au-delà d’un certain seuil, les croisiéristes mettent en danger ce patrimoine naturel et social. Il est donc rappelé que la dimen-sion humaine et sociale du patrimoine est fondamentale et qu’elle peut être la source d’innovations, issues de la coutume et de la biodiversité locale. En conséquence, pour un lecteur, comme l’auteur de ces quelques lignes, qui n’est pas un spécialiste ni un acteur de la vie néo-calédonienne, la lecture de cet impressionnant ouvrage est particulièrement riche d’en-seignements, parfaitement synthétisés dans le chapitre 10 qui le conclue. Outre la connaissance de ce territoire, riche de sa complexité, ce livre invite à mettre l’accent sur des enjeux fondamentaux, dont quelques-uns ont été évoqués ci-dessus, pour l’avenir de tout territoire quelle que soit sa taille, mais tout particulièrement pour les plus petits et isolés.
Introduction générale
Vingt-huit ans après les accords de Matignon-Oudinot, alors que se proïle une nouvelle date clé pour son avenir institutionnel et politique avec la sortie programmée de l’accord de Nouméa, où en est la Nouvelle-Calédonie ? Son modèle économique a-t-il fondamentalement changé ? Sa trajectoire de développement est-elle soutenable ? Alors que le pays est engagé dans un processus de décolonisation négocié, quels sont ses atouts et ses options stratégiques pour affronter la mondialisation et ses nouvelles formes ? Pour tenter de répondre à ces questions et nourrir le débat local sur les 1 enjeux de l’après-accord de Nouméa, notre collectif de recherche examine la période correspondant à la mise en œuvre des accords politiques de Matignon-Oudinot et de Nouméa, avec, en point de mire, l’échéance de « sortie » des accords en 2018. Notre analyse couvre donc un quart de siècle marqué par de profonds changements. Parmi les évolutions les plus emblématiques il faut sans doute noter que les rapports de force mondiaux ont été bouleversés et que la Nouvelle-Calédonie s’est industrialisée via le développement de la métallurgie ; elle se trouve plus encore que par le passé confrontée à la mondialisation et aux processus de concentration économique. Mais d’autres mutations sont à l’œuvre : l’urbanisation du pays se conïrme, mais elle prend des formes et a des impacts qui déjouent certains pronostics et tendances observées ailleurs ; vingt-cinq années de croissance soutenue ont dopé le marché intérieur et modiïé le champ des possibles, l’extraversion historique de l’économie néo-calédonienne s’en trouve modiïée ; les transferts de compétences de l’État français à la Nouvelle-Calédonie opérés au cours des vingt dernières années modiïent les lieux et les acteurs de la décision politique ; l’industrialisation par la métallurgie change aussi la donne quant à la répartition de la rente du nickel et plus largement aux options possibles de valorisation des richesses naturelles de la Nouvelle-Calédonie ; la bipolarisation politique a fait place à davantage de pluralisme, avec des possibilités d’alliances inédites susceptibles de remettre en cause le fonctionnement collégial des institu-tions. Dans ce mouvement, la Nouvelle-Calédonie retrouve les difïcultés communes aux petites économies insulaires (PEI), liées à l’étroitesse des marchés, l’éloignement, les vulnérabilités économiques, environnemen-tales et sociales qui se traduisent par des coûts de production souvent
1. Voir la liste des auteurs en ïn d’ouvrage.
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élevés et affectent leurs modalités d’insertion dans les échanges interna-tionaux. En conséquence, les PEI dépendent souvent de rentes, qu’elles soient minières, administratives, ou encore liées à la migration. Une rente économique se mesurant par l’excès du prix de vente sur l’ensemble des coûts de production (y compris un proït moyen ou « normal»), la spécia-lisation des PEI dans des secteurs créateurs de rente peut compenser un manque global de compétitivité. C’est le cas pour le secteur nickel en Nouvelle-Calédonie, du moins en moyenne période, lorsque les cours du nickel sont sufïsamment rémunérateurs.
Notre ouvrage vise à rendre intelligibles, pour un large public, les dynamiques et enjeux du développement de la Nouvelle-Calédonie, à explorer sa trajectoire passée et son présent, pour mieux rééchir son avenir. Mais, en documentant ces processus et changements et en jugeant de leur impact sur la soutenabilité de la trajectoire de l’archipel, il ques-tionne aussi, de façon plus générique, la notion même de développement. En effet, les atouts et difïcultés propres au monde kanak dans un monde globalisé et un pays qui reste clivé aux plans économique et social, invi-tent à reconsidérer et à complexiïer les cadres anciens d’analyse. Cela implique d’accorder une attention particulière à des domaines peu connus comme les activités non marchandes, l’immatériel et leurs perspectives d’évolution, aïn de mieux évaluer les trajectoires de développement du pays, mais aussi de mieux envisager son avenir. Ce livre s’inspire de la démarche et des méthodes utilisées par Jean Freyss dans son ouvrageÉconomie assistée et changement social en Nouvelle-Calédonieparu en 1995 et balayant la période 1960-1990. Jean Freyss y proposait une analyse originale de la situation économique et sociale de la Nouvelle-Calédonie du début des années 1990. Son origina-lité tenait d’une part à ses choix théoriques et disciplinaires, avec une réelle orientation d’économie politique. Il renseignait en effet, via la mobi-lisation de données éparses et jusqu’alors peu exploitées, un modèle 2 macroéconomique global (de type MIRAB) . Il réfutait la pertinence du modèle d’économie rentière pour analyser la situation de la Nouvelle-Calédonie, en invoquant notamment le fait que les transferts publics ne pouvaient être assimilés à une rente, car inscrits dans une logique de domination coloniale et non dans une logique de marché, fût-il imparfait. Mais au-delà des enseignements du modèle, il complétait toutes ses analyses par des éclairages sur les fondements politiques des choix écono-miques, par une perspective historique et institutionnelle explicative de nombreux processusa prioricontradictoires, et par un regard au plus près du terrain sur les instruments de politiques publiques mis en œuvre. L’ori-ginalité de son livre renvoyait aussi à ses enseignements génériques sur la
2. Le modèle MIRAB (pour Migrations, Remittances, Aid and Bureaucracy) ou MIRAGE (pour Government Expenditure) désigne un modèle de développement à moteur externe dans les économies insulaires, fondé sur les dépenses publiques et les afux de devises que génèrent l’aide internationale et les envois de fonds des travailleurs émigrés.
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notion de développement et sur l’incapacité des approches sectorielles à en saisir toutes les dimensions. En 1995, Jean Freyss traçait un portrait globalement pessimiste de la situation néo-calédonienne et des blocages structurels à son développe-ment, et ce malgré les acquis politiques institutionnalisés par les accords de Matignon-Oudinot et leurs promesses de réorientation du modèle économique global. Il expliquait comment le poids des transferts de la métropole via les salaires des administrations (qu’il présentait comme une stratégie de reprise en main du territoire par la France au début des années 1970), conjugué à la permanence de ce qu’il nommait un oligopole de collusion des principaux acteurs économiques, tirait les prix intérieurs à la hausse. Il démontrait aussi que les transferts jouaient contre la diversiïca-tion économique de la Nouvelle-Calédonie etin Ine maintenaient les inégalités historiques préexistant au réveil kanak. Il prédisait une normali-sation sociale avec le maintien de ces mécanismes et une involution de la société domestique kanak via son urbanisation et son individualisation. Mais il appelait aussi de ses vœux des solutions alternatives qui, selon lui, étaient nécessairement issues des provinces indépendantistes (« instances décisives»), pour que les fondements de l’organisation sociale kanak puissent inspirer un développement original et exemplaire. Aujourd’hui ces analyses et résultats méritent d’être revisités à l’aune des changements structurels intervenus sur les trois dernières décennies. Outre un besoin d’actualisation, l’analyse peut aujourd’hui bénéïcier d’un appareil statistique et de corpus méthodologiques et conceptuels plus sophistiqués que par le passé. Ainsi l’involution attendue de la société domestique et de son système vivrier peut aussi être évaluée par des données quantitatives (et statistiquement représentatives) caractérisant mieux le monde kanak, comme son rapport à l’emploi et à la tribu, ses habitudes alimentaires et ses modes de consommation. On apprécie par ailleurs un peu mieux les logiques et pratiques de mobilité des Néo-Calédoniens, qui donnent à voir autrement les dynamiques spatiales et territoriales, y compris urbaines. Le croisement des perspectives macro-économiques et microsociales ouvre ainsi des opportunités nouvelles pour traiter de la soutenabilité, et ce dans toutes ses dimensions économiques, sociales et environnementales. La notion de soutenabilité n’apparaît pas dans l’approche de Jean Freyss, alors même qu’elle est au cœur des débats contemporains sur le développement. Conjointement, l’économie néo-calédonienne est progres-sivement sortie du régime d’économie assistée. Avec la montée en pro-duction des deux usines métallurgiques à partir de 2013, la question de la rente minière et de sa gestion est ainsi renouvelée, alors que les perspec-tives d’évolution des transferts publics sont plutôt baissières. À plus long terme, la Nouvelle-Calédonie se trouve ainsi confrontée au déï, commun aux PEI, de la diversiïcation de son économie. À la veille de la sortie de l’accord de Nouméa et de la consultation des Néo-Calédoniens sur leur avenir institutionnel et politique, l’actualisation
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et l’élargissement des thèmes du livre de Jean Freyss nous semblent donc œuvre utile pour réintroduire dans le débat local un regard pluridiscipli-naire, pouvant saisir les enjeux politiques globaux de l’économie néo-calé-donienne, et bénéïciant des acquis récents de la recherche en économie du développement et notamment sur les questions de soutenabilité. Le présent livre entend bien conduire une approche globale du change-ment structurel de la Nouvelle-Calédonie, incluant le passage d’une dépendance subie à des interdépendances négociées, incluant aussi l’étude des relations et du partage du pouvoir à partir d’une production de données originales par la recherche, mais aussi par une utilisation systématique et la mise en perspective des statistiques publiques disponibles ou accessi-bles. Il s’agit d’investir les nouveaux objets de l’économie du développe-ment – et en premier lieu les questions de la soutenabilité et de la vulnéra-bilité – et d’élargir la focale grâce à un appareil statistique bien plus performant qu’en 1995. La ligne éditoriale choisie est de respecter, autant que faire se peut, la structure de l’argumentaire développé par Jean Freyss, en racontant non plus la trajectoire de développement de l’économie néo-calédonienne de 1960 à 1989, mais celle de 1989 à 2014. Certains chapi-tres s’intéressent cependant à des thèmes non documentés ou tout simple-ment hors du champ de la recherche de l’époque, offrant ainsi des perspectives complémentaires.
La construction de ce livre vise donc à mettre en synergie différents regards sur la trajectoire de développement de la Nouvelle-Calédonie et sa soutenabilité ; il déroule un argumentaire aussi complet que possible. Pour autant, chaque chapitre a sa cohérence propre, de même que des sous-ensembles de deux ou trois chapitres peuvent plus spéciïquement intéresser le lecteur. La trame suivante explique comment parcourir l’ouvrage. Après avoir rappelé les grandes orientations statutaires et institution-nelles de l’accord de Nouméa et leurs traductions politiques et économi-ques (chapitre 1), l’ouvrage présente, à travers quelques faits stylisés, le cadre macro-économique néo-calédonien actuel (chapitre 2) et les grandes dynamiques sectorielles à l’œuvre. L’approche sectorielle traite séparé-ment les secteurs abrités et ceux soumis à la concurrence (chapitre 3). Elle est complétée par l’examen des principes de construction des marges (notamment dans le commerce), qui permet un éclairage particulier sur les acteurs du monde économique local, sa recomposition et le maintien d’une tendance forte à l’organisation en oligopole (chapitre 4). Sur la base de ces éléments de cadrage, trois périodes distinctes dans la trajectoire économique de l’archipel sont identiïées entre 1975 et 2012, dont la modélisation révèle des régimes de croissance spéciïques (chapitre 5). La soutenabilité de cette trajectoire est ensuite examinée, à l’aune des indicateurs de durabilité faible et forte (chapitre 6). Cadrage et formalisation macroéconomiques sont ensuite confrontés à la réalité de l’économie des ménages résidant en tribu, posant la question
INTRODUCTION GÉNÉRALE
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de la résilience de la société kanak comme facteur de soutenabilité (chapitre 7). Parmi les mutations sociales les plus marquantes, l’analyse des mobilités spatiales et des dynamiques urbaines permet de renouveler les représentations des transformations territoriales à l’œuvre (chapitre 8). Le livre analyse et évalue également certains instruments de développe-ment, parmi les plus emblématiques mis en œuvre par les exécutifs provin-ciaux et territoriaux, montrant une structuration et une sophistication de l’action publique, même si les résultats ne sont pas toujours probants (chapitre 9). Enïn, le livre se projette vers l’avenir et tente d’apporter quelques réponses aux déïs auxquels la Nouvelle-Calédonie se trouve confrontée. Il insiste sur la convergence entre les enseignements de notre diagnostic et les perspectives d’une valorisation du patrimoine naturel et culturel unique du pays pour générer d’autres sources de rentes, en dehors du seul nickel (chapitre 10).
Table des matières
Avertissement...................................................................................
Préface...............................................................................................
Introduction générale......................................................................
 1. De Matignon à la consultation sur l’indépendance. Une  trajectoire politique et institutionnelle originale....................
CarineDaViD, Jean-MichelsourisseauSamuelGorohouna,ierre-YvesleMeur P
2. Cadrage macroéconomique et faits stylisés............................
LaurentMathieu, CécileCouharDe, GillesPestaña
 3. Des mineurs, des métallurgistes et des entrepreneurs au  déI de la concurrence internationale......................................
SéverineBlaise, Jean-Michelsourisseau, Olivierhoffer,SéverineBouarD, DominiqueMertens, Brunol osCh
 4. Oligopoles et jeux d’acteurs : héritages, recompositions  et ouverture...............................................................................
LaurentDalMas, BrunolosChVincentGeroniMi
 5. La Nouvelle-Calédonie suit-elle toujours le modèle de  l’économie assistée ?..................................................................
CécileCouharDe, VincentGeroniMi, ArmandtaranCo
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LA NOUVELLE-CALÉDONIE FACE À SON DESTIN
 6. La soutenabilité de la trajectoire néo-calédonienne en  question......................................................................................
VincentGeroniMi, SéverineBlaise, SaliasoKoului, Laïsaroi, AudreyaKnin,ArmandtaranCo
7. Dynamiques économiques et sociales des tribus et de la  ruralité : fragilités et facultés d’adaptation............................
LeïlaaPithy, SéverineBouarD, SamuelGorohouna, StéphaneGuyarD, Jean-Michelsourisseau
8. Mobilités, dynamiques territoriales et urbaines....................
GillesPestaña, Olivierhoffer, Pierre-ChristophePantz
 9. Des stratégies de développement local volontaristes et  différenciées...............................................................................
SéverineBouarD, Jean-Michelsourisseau, SarahBelleC, Olivierhoffer, Pierre-YvesleMeur, ClaireleVaCher
e 10. La Nouvelle-Calédonie dans les turbulences duxxisiècle...
nt Jean-Michelsourisseau, VinceGeroniMi, SéverineBlaise, SéverineBouarD, NataliazuGraVu-soilita
Références bibliographiques...........................................................
Les sigles et acronymes....................................................................
Les auteurs........................................................................................
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