La parole oubliée

La parole oubliée

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288 pages

Description

Cet ouvrage explore les différentes modalités d’un nouage, entre corps, parole et inconscient, dans la cure analytique mais aussi dans le champ social.
Une même question insiste tout au long de l’ouvrage : comment et surtout à quelles conditions opère une cure analytique ? En d’autres termes, qu’est-ce que parler pour la psychanalyse (et en psychanalyse) et par quels tours et détours dans le trajet du parlant se produit la transmission du savoir inconscient vers le réel du corps ? Et, partant de là, comment penser le potentiel politique de la parole et ses effets au un par un et dans le lieu social ? Pour y répondre, l’auteur visite l’envers de ce décor, à savoir les lieux de panne de la parole qui ouvrent à différentes formes de ravages, meurtres et autres destructions à l’échelle du psychisme singulier et du collectif.

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Date de parution 05 janvier 2017
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EAN13 9782749247434
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Couverture de l'epub
Karima Lazali

La parole oubliée

Présentation

Selon quelles modalités s’effectue le nouage entre corps, parole et inconscient, dans la cure analytique, mais aussi dans le champ social ? Par quels tours et détours dans le trajet du parlêtre se produit la transmission du savoir inconscient vers le réel du corps ? Comment penser le potentiel politique de la parole et ses effets au un par un et dans le lien social ?

Pour répondre à ces questions, l’auteur visite l’envers du décor, à savoir les lieux de panne de la parole qui ouvrent à différentes formes de ravages, meurtres et autres destructions à l’échelle du psychisme singulier et du collectif. L’expérience de la psychanalyse en Algérie puis en France dans les différentes institutions et en cabinet conduit Karima Lazali à s’interroger sur les conditions politiques de l’exercice de la psychanalyse.

La fermeture actuelle des institutions soignantes et/ou éducatives au discours analytique et le peu de place existant dans le champ social pour la psychanalyse en Algérie ne peuvent que frapper la psychanalyse de clandestinité. Et pourtant, c’est dans cette ombre que la parole trace les sillons de l’altérité invitant analystes et analysants à arpenter les différents chemins de l’hétérogène et de l’histoire, de l’altérité, de la souffrance, de la douleur et de la nécessaire créativité.

Table des matières

  • Introduction
  • Les réjouissances du féminin
    • Vertiges du féminin  
    • L’œil maudit  
    • Le mythe de l’enfant endormi  
      • De la croyance au savoir inconscient
  • De la langue et du politique : à partir de la pratique de la psychanalyse à Alger
    • Guerre civile et position(s) de l’étranger  
      • La psychanalyse, une pratique de l’impossible ?
      • L’atteinte du semblable-étranger
      • Impossible absence et dictature de l’Autre
      • De la foule et de la psychanalyse
    • De quelques ravages de la langue Une  
    • Le devenir étranger dans la cure  
    • L’émergence du sujet au sein du politique  
      • Quelques réflexions sur la situation de l’Algérie à partir de la pensée de Frantz Fanon
    • La fêlure du parlant  
      • Lecture de Jacques Hassoun
      • À partir du roman de Salwa Al Neimi
  • De la parole instituante à l’institution de la parole dans la clinique de l’enfant et de l’adolescent
    • Enfants de la carence : souffle et essoufflement de la parole  
    • Un cri sans appel  
      • La cure de Sabine
    • D’un corps tourbillonnant  
      • La cure de Lénaïc
    • L’adolescence : de la fugue à l’errance  
      • Présentation de l’adolescent en errance
      • L’entrée dans l’errance
      • Michael, ou celui dont le « je » a déménagé dans la cité du nulle part
      • Quels espaces institutionnels pour ces adolescents ?
    • Incessante discontinuité et lieux d’accueil  
  • Les déchirures du parlant : la mort, le sexe et le corps
    • La fabrication du corps, un pluriel singulier  
      • Le corps : un objet énigmatique ?
      • Place au déchet
      • L’œil de Dieu
      • Perte ou sacrifice
      • Objet pervers ou perversions de l’objet ?
    • Le vide de l’œil  
      • L’insensé du parlant
      • L’impossible et le corps
      • Effroi, peur et angoisse
      • Le naufrage de la pensée
      • Écrire un vide
  • Postface(Nabile Farès)
    • Principe de la mise en scène : élaboration du dire
    • De « l’écart » et du « reste »
    • « À quelle condition une psychanalyse est-elle possible ? »
  • Remerciements

Préface

Jean-Pierre  Lebrun

Psychiatre, psychanalyste à Namur et Bruxelles

Une collègue et amie me faisait part, en passant, d’une de ses lectures : un article d’une auteure jusque-là pour moi inconnue, Karima Lazali : « Les enfants de la carence : souffle et essoufflement de la parole [1]  ».

Cette jeune psychanalyste – dont j’ai découvert par la suite qu’elle avait des racines algériennes –, y faisait part de comment elle s’était confrontée à des situations cliniques dans des milieux de grande précarité sociale et de misère psychologique et culturelle certaine qui l’avaient amenée à penser les impasses de la subjectivation chez les enfants qui y vivaient.

Le tableau qu’elle faisait de l’environnement où elle rencontrait ceux-ci était décalé par rapport à celui que rencontraient jusqu’il y a peu, la plupart des praticiens de ville ; elle avait consenti à entendre les familles démunies, les conséquences délétères de l’absence de travail, les incestes et meurtres répétitifs dans les histoires familiales, la toxicomanie et l’alcoolisme comme contexte banal et quotidien, l’absence de toute demande en dehors de celle venant de l’école … Tout cela amenait Karima Lazali à parler de véritable énigme, posée aux professionnels de l’éducation et du soin, quant à la place de ces enfants dans le lien social.

J’ai, en lisant son texte, été impressionné autant par les questions posées que par les réponses qu’elle leur apportait, mais surtout par sa manière bien à elle de se soutenir dans ses interrogations, non qu’elle soit en dehors du cadre conceptuel des références psychanalytiques habituelles, mais elle le débordait, elle portait son questionnement au-delà, à la hauteur de sa propre énonciation, ne concédant rien à sa perception clinique et se contraignant néanmoins à élaborer ses hypothèses pour rendre compte de comment et pourquoi elle avait perçu que la parole de ces enfants se retrouvait « orpheline de sa substance ».

De plus, elle n’avait aucune peur de brouiller la relation de discontinuité entre le sujet de l’individuel et le collectif, au profit d’une continuité sans interruption.

J’ai alors persévéré et essayé de me procurer ce que Karima Lazali avait déjà écrit par ailleurs et ce n’est pas sans un plaisir identique que j’ai pu lire ses textes sur le politique, les conditions politiques d’exercice de la psychanalyse, la langue, les ravages du Un, l’adolescence, le féminin, le sexe, la mort et le corps … toutes questions posées avec sa façon éminemment singulière d’entendre et de repérer à quel point ce que l’on devait à la parole pouvait se révéler « oublié ».

Cette parole carencée est, comme l’avance notre jeune collègue, une atteinte au langage comme substance vivante du parlant, et rien que cette manière d’entendre l’enjeu de la parole lui donne raison de vouloir articuler plus correctement l’individuel et le collectif en donnant toute sa légitimité pour ce faire au désir de l’analyste en acte.

Puisse le lecteur lire les écrits de Karima Lazali, ici rassemblés dans un apparent patchwork, comme une invitation à y aller chacun de sa propre parole, certes solitaire mais non sans être, dans le même mouvement, solidaire de celle des autres.

C’est une chance d’accueillir dans la collection « Humus » une collègue qui non seulement témoigne de ce qu’elle n’a pas eu froid aux yeux en se confrontant à sa clinique, mais qui, surtout, a abandonné le déni tellement utilisé aujourd’hui pour lui préférer l’inventivité de l’expérience clinique et de l’élaboration qui peut s’ensuivre. Il ne me reste plus qu’à inviter le lecteur à la découvrir.


Notes du chapitre

[1]  K. Lazali, « Les enfants de la carence : souffle et essoufflement de la parole », La Revue lacanienne, n° 12, 2012.