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La pédagogie institutionnelle de Fernand Oury

De
242 pages

Fernand Oury est en France la figure majeure et le fondateur de la pédagogie institutionnelle, une approche dont des centaines de classes se réclament ou s'inspirent en Europe. Plus d'une vingtaine d'auteurs en proposent ici leur lecture et leur compréhension.

Avec le soutien du CNL.


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La pédagogie institutionnelle

de Fernand Oury

Lucien MARTIN

Philippe MEIRIEU

Jacques PAIN

La pédagogie institutionnelle de FERNAND OURY

Sous la direction de :

Lucien MARTIN

Philippe MEIRIEU

Jacques PAIN

Matrice

 

Avec le soutien du CNL

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Les livres de Fernand Oury

 

Fernand Oury, Aïda Vasquez, Vers une pédagogie institutionnelle, Paris, Maspero, 1967 ; réédité par Matrice, Vigneux, 1990.

Fernand Oury, Aïda Vasquez, De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle, Paris, Maspero, 1971 ; réédité par Matrice, Vigneux, 1992.

Jacques Pain, Fernand Oury, Chronique de l’école caserne, Paris, Maspero, 1972 ; réédité par Matrice, Vigneux, 1998.

Catherine Pochet, Fernand Oury, Qui C’est l’Conseil, Paris, Maspero, 1979 ; réédité par Matrice, Vigneux, 1997.

Catherine Pochet, Fernand Oury, Jean Oury, L’année dernière j’étais mort, Vigneux, Matrice, 1986.

Françoise Thébaudin, Fernand Oury, Postface de Jean Oury, Pédagogie institutionnelle, mise en place et pratique des institutions dans la classe, Vigneux, Matrice, 1995.

La pédagogie institutionnelle de FERNAND OURY

 

 

 

 

 

ISBN : 2-905642-99-X

 

©MATRICE 2009

Le souvenir de Fernand Oury9

La pensée de Fernand Oury54

La pensée de Fernand Oury163

Note des éditeurs :

Les articles antérieurs à 2008 sont datés, et identifiés. Les articles sans ces références sont du Colloque de 2008, à Paris X-Nanterre. Les Archives Fernand Oury sont conservées et en voie de classement et de numérisation, àl’École de La Neuville, sous la direction de Jacques Pain.

La chanson de Monsieur Oury

(Sur l’air de La romance de Paris de Charles Trenet)

Chanson de la comédie musicale École de La Neuville, Une étoile est née, juin 1993.

 

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Chorale :La banlieue était leur vrai domaine

Ils bossaient pendant toute la semaine

Dans la classe pour poster leur courrier

Et le journal qu’ils venaient d’imprimer

Ils allaient aussi faire des enquêtes

Vérifier ce qu’on leur fourre dans la tête

Mais quand il leur d’mandait d’travailler, oui

Ses élèves enchantés lui disaient :

 

Tous : C’est la chanson de Monsieur Oury

On ira très loin grâce à lui

Car dans sa classe, l’on apprend

Comment on peut devenir grand

Ce doux refrain semble inventé

Mais c’est pourtant une histoire vraie

Que tout le monde le sache aussi

C’est la chanson de Monsieur Oury

Que tout le monde le sache aussi

C’est la chanson de Monsieur Oury

 

Chorale :Les Neuvillois pensaient quelle aubaine

Mais ils lisaient la brique avec peine

Or, depuis qu’ils s’étaient installés

Son travail leur dev’nait familier.

Ils vivaient avec un rêve étrange

Mais ce rêve était de ceux qui dérangent

Leur projet était peut-être délirant, oui

N’empêchait pas d’chanter pour autant.

 

Tous : C’est la chanson de Monsieur Oury

On ira très loin grâce à lui

Car dans sa classe, l’on apprend

Comment on peut devenir grand

Ce doux refrain semble inventé

Mais c’est pourtant une histoire vraie

Que tout le monde le sache aussi

C’est la chanson de Monsieur Oury

Que tout le monde le sache aussi

C’est la chanson de Monsieur Oury

Le souvenir de Fernand Oury

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Le souvenir de Fernand Oury

Jacques Pain, Professeur de sciences de l’éducation, Paris-X-Nanterre Lucien Martin, Professeur, Maire adjoint à la jeunesse de la ville de Blois.

 

Jeudi 19 février 1998, à 9 heures, à Blois, tout prés de la clinique de La Borde, fondée par son frère Jean, Fernand Oury a clos son périple à soixante-dix-huit ans. C’est la pédagogie tout entière, la pédagogie des « terrains sensibles » qui est en deuil. Car nous étions nombreux à savoir en ces années de plomb que,

du côté de la pédagogie institutionnelle, il y avait encore et toujours de la lumière.

Dès les années cinquante, il avait tiré les techniques Freinet du côté de la psychothérapie institutionnelle, en banlieue, centrant sa classe sur le conseil et la parole, sur le désir d’apprendre, en groupe, en société. Simultanément, il travaille en IMP à une charte des enfants, puis à un gouvernement de coopérative, avec des pouvoirs législatifs, exécutifs, judiciaires, des droits et des devoirs des usagers. De quoi étonner aujourd’hui ceux qui n’en finissent pas de redécouvrir ou d’inventer ce qui existe. En 1958, ce mouvement, autour de Fernand Oury, de Raymond Fonvieille et de Jean Oury, prend le nom de pédagogie institutionnelle. Un premier livre,Vers une pédagogie institutionnelle, publié en 1967, se vendra à des dizaines de milliers d’exemplaires et sera traduit en plusieurs langues. Nous le retrouverons, par exemple, en bonne place à Mexico, en 1973, mais aussi dans les années quatre-vingt en Belgique, et dans les années quatre-vingt-dix en Allemagne. Les éditions Maspero ont naturellement porté cette pédagogie. À présent, ce sont les Éditions Matrice qui ont pris la relève et qui, entre la recherche en sciences de l’éducation et les travaux sur la violence et les violences en milieu scolaire, rééditent

Les Classiques de la pédagogie institutionnelle. Ce sont mille exemplaires par an qui continuent de se vendre, au cœur même des écoles en difficulté.

Il y aura six livres signés par Fernand Oury. Le deuxième aura le prix des journalistes universitaires en 1972.La Pédagogie institutionnelleaura le prix Jean-Zay en 1973. Avec Aïda Vasquez, Catherine Pochet, Françoise Thébaudin, Jacques Pain, il a écrit ces livres comme une œuvre de vie, et c’est l’œuvre d’une vie. Mais aussi comme un manifeste des temps difficiles, et l’on y découvre jusqu’au dernière ouvrage (1995) cette rage parfois désabusée qui l’habite ; en même temps que les réponses, toujours d’avant-garde, nous sautent aux yeux

Des centaines de classes, du primaire et du secondaire, de foyers d’accueil, de maisons d’enfants se sont inspirés et s’inspirent de la pédagogie institutionnelle. D’autres dizaines de livres ont été écrits et s’écrivent autour des livres de Fernand Oury.

Récemment, l’un d’entre eux a désigné Fernand Oury comme l’un des cinq plus grands pédagogues européens contemporains.

La pédagogie institutionnelle est enseignée à Paris-X. Elle sert chaque jour des collèges et des écoles sensibles. Elle y sert à tenir, juguler, parler, la violence de notre fin de siècle.

L’Humanité, 26/2/1998.

 

La Pédagogie institutionnelle vue par une petite fille

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Au commencement des chemins

 

Joëlle Oury {1}

 

 

 

 

 

Jacques Pain m’a demandé d’apporter ici un témoignage un peu insolite :

La naissance de la Pédagogie institutionnelle vue sous un angle particulier, celui de la petite fille que j’étais en ce temps-là.

Je suis la fille aînée de Fernand Oury, et je suis née en janvier 1945. Mes parents étaient déjà instituteurs à la Garenne tous les deux, et, avec mon frère François, nous fréquentions tous les quatre la même école, rue Roussel : les garçons avec les garçons bien sûr, les filles avec les filles.

Un monde séparait en ce temps-là les deux écoles : un mur très haut, dans la cour de récréation, matérialisait la frontière, que jamais je n’aurais voulu franchir ! Et pour cause ! ça faisait peur, de l’autre côté, c’était l’enfer !

J’entendais les cris, les hurlements, les coups de sifflet et les coups de gueule du côté des garçons – Vous connaissiez, c’était « l’école caserne »…

Du côté des filles, c’était beaucoup plus tranquille : on se chuchotait des histoires, on jouait à la marelle, à la corde à sauter, on jonglait avec deux balles, on faisait des rondes, des jeux chantés et dansés. Ma mère, et les dix autres maîtresses passaient le temps à tricoter pendant la récréation à l’ombre des arbres…

Je me pose la question en passant. Il me semble qu’avec la mixité, toute cette culture « entre filles » ait disparu, qu’elle ait été laminée, exclue. Les garçons ont eu le dessus, on dirait, avec leurs cris et leurs jeux idiots de ballon ? J’aimerais en discuter, car on n’en parle jamais, de cette perte ? Où sont passées les rondes d’antan ?

Tout ça pour dire qu’il y avait sans doute plus d’urgence à inventer la pédagogie institutionnelle du côté des garçons.

Mon père, donc, se débattait déjà dans son CE2 : avec son directeur, avec les parents – qu’il avait l’audace d’inviter le soir dans sa classe –, avec Monsieur l’Inspecteur, surtout !!

Mon père utilisait déjà à fond toutes les techniques Freinet (fiches, « texte libre », imprimerie, journal et correspondance, voyages scolaires, etc.). Ça marchait très bien, les élèves adoraient ça, les parents, dans l’ensemble, respectaient son travail, ils ne s’immisçaient pas comme maintenant. L’espace de la classe avait quelque chose de sacré.

Mais ces techniques novatrices ne passaient pas inaperçues du côté de la hiérarchie. Elles attiraient des commentaires surpris, des chicaneries administratives, et même des admonestations – stupides, d’après ce que j’en comprenais.

Mon père en parlait souvent à la maison, il était révolté, parfois enragé, et quand il se sentait « persécuté par les cons », ce n’était pas sans raison, je crois !

Pour aller mieux, il a fréquenté, longtemps, Jacques Lacan.

Il a décidé aussi de suivre des cours de judo, le mardi et le vendredi. Il était très assidu, et ça lui a changé la vie.

Il respectait beaucoup son maître judoka, un certain Monsieur Audran. Le judo lui permettait de canaliser son énergie, et aussi sa colère (qui, sinon, aurait pu être un peu débordante…).

Il a beaucoup appris sur le tatami. Il est devenu « ceinture noire », avec le temps, mais surtout il a intégré les règles subtiles du judo à sa pédagogie personnelle. C’est l’histoire des « ceintures de couleur ». Ça, Freinet n’y avait pas pensé !

À partir de 1951, il a commencé à faire des colonies de vacances, l’été, comme directeur. Parce que ça le passionnait (depuis les « caravanes de jeunes » issues de 1936), mais aussi pour payer Jacques Lacan, « ce cher homme… ».

Pour mon père, ces colonies, d’une certaine façon, c’était la liberté.

Pas de hiérarchie sur le dos ! Il pouvait, dans une large mesure, donner libre cours à sa créativité. Il recrutait lui-même son équipe, ses moniteurs, il négociait le budget avec les communes ouvrières, il décidait de l’équipement, des menus, etc., les contraintes administratives n’étaient pas du tout ce qu’elles sont devenues actuellement. Il pouvait vraiment être inventif, et il l’a été.

En 1951, j’avais 6 ans, c’était la colonie mixte de « La Bassine », un hameau près de Lacaune, au sud du Massif Central (Pas très loin de Saint-Alban).

Je n’en parlerai pas trop parce que, d’une part, j’étais malade et je n’ai pas tout suivi ; d’autre part parce que c’était assez raté.

Représentez-vous une grande bâtisse pourrie, des sanitaires bouchés, une pluie incessante, des vipères partout, une épidémie de je ne sais quoi et tous les enfants malades.

Si ça n’a pas tourné à la catastrophe, ce n’est pas par miracle : je m’en rendais déjà compte, c’était grâce à la vigilance de mon père, à une organisation très précise des rôles et des responsabilités, aussi bien au niveau des moniteurs que des enfants. Il y avait des réunions, d’où jaillissaient des initiatives inédites.

On naviguait sur une mer démontée, mais on naviguait quand même : c’était une grande aventure…

Il y avait même du soleil sur les bruyères en fleurs, à la fin de l’été, et j’étais guérie : mon père avait gagné !

Il était très fort, mon papa.

L’été suivant, en 1952, mon père dirigeait une petite colonie maternelle (3-8 ans) à Perriers-sur-Andelle, en Normandie.

C’est le plus bel été de ma vie.

Il me faudrait des heures pour détailler l’organisation de ce petit paradis !

J’avais 7 ans, je faisais partie du « Groupe des Grands ». Ma monitrice s’appelait Léone.

Je me rappelle de tout, de mon sentiment de responsabilité, de liberté, de fierté aussi.

Elles étaient très précises les règles, mais dès qu’on les avait comprises et intégrées, on pouvait faire ce qu’on voulait, c’était super !

Par exemple, pas d’heure fixe pour le lever : on pouvait se lever à l’aube, en s’exerçant à ne faire aucun bruit on pouvait alors se glisser dehors, seule, pour admirer le parc et sa rosée…

On pouvait se servir d’outils réputés dangereux, pour construire des cabanes de fougères.

On pouvait aller chercher le lait, à deux, dans le village, sans être accompagnés.

Et bien sûr on choisissait librement les ateliers. L’offre était attrayante et variée, malgré le personnel relativement restreint (une monitrice pour 10 enfants).

En fait, pour bénéficier de ces libertés, il fallait d’abord passer un « permis de conduire » (« savoir se conduire »).

On présentait sa demande à la monitrice.

Il y avait deux niveaux d’épreuves. C’était d’abord le « permis intérieur » : (pour se déplacer à l’intérieur de la colonie).

Savait-on ne pas crier, ne pas courir dans les escaliers ? Savait-on ranger proprement ses affaires de toilette et ses vêtements ? Exprimer son point de vue ou son problème à la réunion quotidienne, plutôt que de se bagarrer avec son voisin ? Etc.

La monitrice observait, et accordait ou non le précieux permis. Si on était recalé on demandait à le repasser quelques jours plus tard. On pouvait aussi se le faire sucrer, ce permis, et s’en expliquer un peu plus tard pour le récupérer.

L’autre permis, le « permis extérieur », permettait de se rendre au village sans accompagnement. Les épreuves étaient plus « techniques ». Savait-on s’orienter ? Marcher sur le bon côté de la route ? La traverser ? Savait-on parler aux villageois poliment ?

Si on n’avait pas le niveau requis, ce n’était pas grave : on était encore « un Petit », à protéger. On resterait tout près de la monitrice, plus encadré, et moins libre. Il suffirait d’apprendre, et on deviendrait « un Grand », responsable et libre. Et c’est ce qui arrivait, très vite.

En ces deux mois de colonie, tout le monde faisait, je crois, des pas de géant.

À la fin, par exemple, dans la grande réunion (qu’on pourrait dire « la réunion du conseil »), on décidait – ou on avait l’impression de décider – de presque tout.

On passait au vote pour la crème au chocolat, ou pour le riz au lait ;

On votait pour décider de maintenir la sieste ou bien de ne plus la faire en se couchant plus tôt (car on était déjà en septembre). Des petits choix, qui n’avaient l’air de rien, mais c’était exaltant !

Mon père disait qu’il était fatigué, et c’était vrai. Il s’occupait de tout et il discutait encore tard dans la nuit avec les monitrices, pour que chaque journée soit, pour les enfants des ouvriers, une merveille. Il était content. J’ai lu à cette époque « L’Île rose », de Charles Vildrac. C’était tout à fait ça, il avait dû s’en inspirer (d’autant que le petit garçon du livre s’appelle Ferdinand).

Pendant les trois étés suivants (53-54-55), mon père a dirigé la colonie d’Herbault près de Blois, dans un beau château, avec des cèdres.

C’était une toute autre affaire. Cet internat dit « médicosocial », ou « aérium », recevait en fait toute la misère du monde : des enfants de 6 à 14 ans, filles et garçons, dont on ne savait pas quoi faire. L’été, le directeur en titre partait en vacances, mais les gamins, eux, restaient là.

Vu mon âge (8 ans), on m’a d’abord mis dans le « groupe des Petits ».

Le problème c’est qu’ils ne savaient pas parler, qu’ils sentaient mauvais, qu’ils faisaient des crises – il y avait beaucoup d’encéphalopathes et d’épileptiques – et surtout qu’ils ne s’intéressaient à rien. Ils n’étaient pas méchants mais c’était vraiment dur, et je m’ennuyais.

Mon père m’a donc passée dans le « Groupe des Grands et des Grandes ».

Aïe !... Là, la vigilance était de mise, et mon statut de « fille du Dirlo » ne me protégeait pas de grand-chose !

Ches « les Grands », seule régnait la « loi de la jungle », la loi du plus fort. Il y avait des trafics, des caïds, des règlements de compte, d’une extrême violence.

Je me souviens d’Yvinec, avec ses 12 ans, tout en muscles : il parlait à peine, mais il savait attraper les vipères entre deux doigts et obtenir comme ça n’importe quoi de n’importe qui ! Certains étaient rusés. D’autres utilisaient leur force plus que leur cervelle : ils tapaient les petits, pour le plaisir tout simple de les faire hurler… Eux, ils riaient ! Les grandes filles m’impressionnaient par leur corpulence et leur pilosité. Elles pouvaient être méchantes aussi.