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La Population et les finances - Question égyptienne

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128 pages

La crise qui frappe l’Egypte en ce moment n’est pas exclusivement financière, mais bien plutôt l’expression la plus frappante sinon la plus déchirante d’un état de profonde souffrance sociale, dont la question des finances n’est qu’une des faces.

M. Cave, au commencement de son rapport, paraît avoir admirablement compris la question dans sa nature la plus intime, et s’il n’a fait que l’effleurer dans son travail, c’est que sa mission était exclusivement financière.

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Élia Rossi
La Population et les finances
Question égyptienne
CHAPITRE I
La crise qui frappe l’Egypte en ce moment n’est pas exclusivement financière, mais bien plutôt l’expression la plus frappante sinon la plus déchirante d’un état de profonde souffrance sociale, dont la question des finances n ’est qu’une des faces. M. Cave, au commencement de son rapport, paraît avo ir admirablement compris la question dans sa nature la plus intime, et s’il n’a fait que l’effleurer dans son travail, c’est que sa mission était exclusivement financière . Il attribue les souffrances de l’Egypte à l’état de transition dans lequel elle se trouve, entre un passé déplorable et un état nouveau qui se prépare, mais bien incertain encore dans ses aspirations. C’est donc à nous, enfants d’une civilisation avanc ée, de venir en aide à cette grande égarée, et à lui montrer le chemin le plus s ûr à suivre pour la réalisation de ses aspirations au progrès et au bien-être. La prospéri té de l’Egypte est aussi la nôtre et celle de l’humanité qui souffre des souffrances des nations. C’est aussi notre devoir de payer une hospitalité généreuse par des conseils sa lutaires et désintéressés, c’est à chacun de nous de proposer, dans la sphère de ses p ropres moyens, les meilleures voies à suivre pour pouvoir arriver à donner le bie n-être au pays qu’il habite, et l’aider à rentrer franchement et résolument dans la voie de la vraie régénération. De ce devoir d’éclairer qui nous est imposé, découle celu i de ne rien cacher de la vérité et de ne point l’altérer en l’enveloppant du voile hideux de la flatterie et de la bassesse. De tout temps on a pensé qu’à l’Egypte sont réservé s un grand avenir et une grande mission. Par sa position géographique et son ethnol ogie, c’est elle en effet qui doit conquérir à la civilisation l’immense continent afr icain, et c’est bien le cas de dire que si l’Egypte n’existait pas il faudrait l’inventer. C’est à elle qu’il appartient de déchirer le voile qui cache cette mystérieuse Afrique, ce sphin x séculaire de l’humanité ; c’est à l’Egypte de propager notre civilisation dans ces im menses espaces inconnus, d’appeler ces hordes sauvages qui les peuplent, san s les vivifier, au grand banquet de l’humanité et de faire fleurir parmi elles une civi lisation nouvelle de formes et de nature. Chaque pas que l’Egypte pourra faire vers la civili sation sera un progrès réalisé pour la guérison de la maladie qui la ronge et l’épuise, et si chacun apporte religieusement sa pierre à la réédification de sa prospérité, nous aurons au moins la satisfaction d’avoir rempli un grand devoir. Effrayé par la chute inopinée des finances égyptien nes, s’apercevant trop tard qu’on l’avait bercé de vaines illusions de manière à le c onduire au bord de l’abîme, le Khédive crut, dans sa loyauté, pouvoir donner un té moignage de sa bonne volonté, et par cela même tranquiliser ses créanciers, en décla rant formellement vouloir tenir le mieux possible tous ses engagements. De là le décre t du 6 avril 1876, qui produisit un résultat contraire au but qui l’avait inspiré, puis qu’il fut le signal d’un cri d’alarme qui se traduisit même par des démonstrations d’une convena nce contestable. Les premiers moments de découragement qui suivirent ces démonstrations hostiles une fois passés, le Khédive, voyant le peu de résul tat utile apporté par le remède auquel il avait eu recours, s’aperçut à la fin qu’u ne administration illogique et immorale avait réduit l’Etat à une position aussi critique ; d’où l’idée d’avoir recours aux lumières d’illustrations européennes en fait de spécialités financières, afin d’arriver à organiser ce chaos sans nom que pour la forme on appelaitMinistère des finances,et de réparer ainsi le mal qu’on avait fait en son nom. Mais, si le Khédive avait pris en considération la première idée par laquelle M. Cave ouvre son rapport, il se serait aisément convaincu, que la question financière qui
prédomine par le fait ne saurait être résolue par d es mesures exclusivement financières. Les plus grandes illustrations financi ères du monde ne pourraient, en effet, faire que ce que fait un empirique traitant une maladie : ils s’appliqueraient à corriger les symptômes extérieurs de la maladie, à modérer la fièvre, à calmer la douleur, et, avec ces soulagements apparents du mal , ils laisseraient le progrès morbide intact et continuer son cours fatal. Réduire les dépenses, augmenter les recettes, payer les dettes avec l’excédant, voilà la logique à la portée de la banque officiell e. Mais l’exécution d’un tel programme est-elle profitable ? Sera-t-elle réalisable ? Mettez à la diète un débiteur pour diminuer ses dép enses ; privez-le du moyen de se pourvoir d’instruments de travail, pourra-t-il a rriver à produire un travail efficace et apte à augmenter le produit de son industrie ? Forcez un débiteur à payer plus que ses gains ne pe uvent le lui permettre, — ou il sera forcé de se priver du nécessaire, et son trava il s’en ressentira, ou, dans son découragement, il abandonnera son travail lui-même et ne produira plus rien. Dans ce cercle vicieux, il n’y a plus d’excédant po ssible et les dettes ne pourront plus être payées. Certes, l’épargne est la base de l’édifice, de la r ichesse, et l’Egypte en a bien besoin, mais l’économie qui empêcherait de faire de s dépenses desquelles pourrait résulter un ensemble de mesures aptes à augmenter l es recettes, et qui aboutirait à énerver les forces de celui qui doit travailler pou r remplir ses engagements, serait une économie fatale et homicide. De même, si les recettes sont basées sur un système d’un épuisement mortel, insister sur leur perception entraînerait une ruine absolument irréparable. Il est évident que deux faits prédominent en ce mom ent en Egypte et qui décident de son existence. 1° L’engagement pris de fournir une recette annuell e de 300 millions. 2° L’impossibilité pour l’Egypte de pouvoir verser cette somme annuellement. On s’est engagé pour l’avenir, en considération du passé. C’était bien, si l’on veut, de la loyauté, mais était-ce logique ? Examinant ce concordat du côté le plus pratique, es t-il possible, que tandis que d’après la moyenne de dix ans donnée parles statist iques mêmes du gouvernement, l’exportation n’est que de 300 millions, l’Egypte p uisse payer une somme égale à 300 millions, si elle a besoin d’une importation que la même moyenne de dix ans donne de 133 millions ? Une charge de cette importance sur une population d éjà épuisée n’est plus tenable. L’Egypte, qui a versé dans ces derniers temps toute s les économies faites sous les régimes passés, ne pourrait supporter un semblable poids sans succomber. L’Egypte est le pays le plus accablé d’impôts de to us les pays de la terre. En Suisse, chaque citoyen paie Fr. 11.10, — en Allemag ne 13.15, — en Prusse 17.60, — en Bavière 25.15, — en Autriche 28.70, — e n Danemark 36.79, — en Espagne 38.39, — en Italie 48.93, — dans le Royaume -Uni de la Grande-Bretagne et Irlande, 58.46, — en France, 70.40 et en Egypte 75. Mais si l’Angleterre et la France sont lourdement imposées, c’est que pays agricoles en même temps qu’éminemment industriels, ils peuvent l’être impunément. Et enco re ! Nous le verrons par la suite, depuis que des tristes événements ont imposé à la F rance des charges aussi lourdes, l’échelle de l’accroissement de sa population a bea ucoup diminué.
Que faire donc ? Peut-on remplir ses engagements tout en conservant ce taux si élevé des impôts ? Peut-on les diminuer, sans porter atteinte aux enga gements pris ? La Banque, mise en demeure de répondre, a-t-elle d’ autres moyens à suggérer que celui de payer ? Mais la raison et le sons commun ne peuvent pas se contenter de ce régime de banque. Lorsqu’on travaille et que le produit est à peine s uffisant pour vivre, il ne reste plus rien pour payer ses dettes. C’est alors que, poussé par un suprême besoin, il faut chercher tous les moyens pour sortir de cette posit ion, et ce n’est pas la banque qui peut les trouver, mais une administration réparatri ce. L’Egypte, par son climat méridional, son fleuve pro videntiel et ses terres fertiles, est une mine inépuisable. Mais pour augmenter ses tréso rs, elle a besoin d’améliorer son 1 système agricole , d’étendre la culture aux terres qui restent encor e incultes, et pour augmenter le nombre et la quantité de ses produits et recueillir ses trésors, elle a, 2 avant tout, besoin de bras . Nous voici arrivés à toucher la grande plaie de l’E gypte, le grand nœud de la question égyptienne : la question de la population. Nous nous en sommes occupés déjà à différentes reprises et nous y revenons enco re une fois, convaincus que nous sommes, do son extrême importance. Nous avons l’int ime conviction que cette question est le nœud principal de la crise égyptien ne, la cause principale de ses souffrances et que c’est par elle seule qu’on pourr a la résoudre. Sans s’occuper avant tout d’une telle question, tout ce qu’on pourra fai re en Egypte en fait de réformes, même les mieux entendues, n’aboutira qu’à rendre l’ état de ce pays plus misérable encore. Sans avoir résolu une telle question, l’Egy pte ne fera que se débattre, se tourner sur son lit d’épines et augmenter ses doule urs. L’homme est le remède à tout et l’élément de toute prospérité sociale : ce n’est que par ce remède que l’Egypte pourra sortir de l’embrras dans lequel elle se trouve. La population est la vraie richesse d’un Etat. La p opulation, c’est l’industrie florissante et la production. La population, c’est le commerce actif, c’est la force imposante, c’est la prospérité consolante, c’est la civilisation. Et c’est précisément parce que la population manque en Egypte que la détresse y est à son suprême degré. Rousseau était d’une logique rigoureuse, lorsqu’il disait qu’ « il n’y a pas de pire disette pour un Etat que celle des hommes. Telle est la plaie. Maintenant une supposition : Si au lieu que la somme des recettes de 300 million s soit répartie sur 4 millons d’habitants, on arrivait à la faire supporter par 5 millions, chaqne membre de la famille égyptienne n’aurait à payer que fr. 60 au lieu de 7 5. Si on pouvait la répartir sur 6 millions, chaque ha bitant n’aurait à payer que 50. Si le partage pouvait se faire sur 7 millions, l’Eg yptien n’aurait plus à payer que fr. 42,35. Enfin, la population actuelle doublée, l’Egyptien n ’aurait à verser que fr. 31,20. On voit ainsi de quelle manière la question de popu lation arrive aisément à concilier ces deux positions, incompatibles par d’autres moye ns, et comment par elle seule on peut arriver à la solution du formidable problème é gyptien.
Reste à savoir si cette solution peut passer du dom aine de l’hypothèse à celui de la réalité. Peut-on augmenter à volonté une population ? — Oui, pour l’gypte. Dans combien d’années pourrait-on en voir la réalis ation ? — En 36 ans au plus. La moitié du temps demandé pour payer la dette. Et notons qu’en attendant que les 8 millions de pop ulation imposable puissent se compléter, à chaque période de 9 ans (marchant réso lûment dans la voie de saines réformes), la population serait soulagée d’un quart de son impôt, le Trésor public aurait, à chacune de ces périodes, plus de facilité à recouver ses recettes, les versements se trouveraient moins onéreux et la pros périté publique pourrait enfin se réaliser dans ce pauvre pays.
1 Et dire que l’Egypte a tous les Ministères d’un lu xe inutile, et n’a pas su créer celui d’un avantage réel et d’une nécessité impérieuse — le Ministère de l’agriculture ! Au moment où nous écrivons, on a composé un simulacre de Ministère, qui ne pourra rien faire faute de moyens efficaces d’action.
2De même, parmi tant d’administrations inutiles et dangereuses qui épuisent le trésor, le seul point qui soit négligé aujourd’hui et très- mal régi est celui de la santé publique. Pour donner le dernier coup à cette administration, on a réduit les appointements qui étaient déjà insuffisants, et forcé ainsi nombre de médecins européens à laisser le service pour le remplacer par des médecins nationau x n’offrant pour la plupart aucune garantie de capacité et d’honorabilité.
CHAPITRE II
Lat qu’on pourrait le croire toutquestion de population n’est pas si simple cependan d’abord. Ce n’est pas par une émanation directo de la volont é des gouvernants que la population pourrait arriver à augmenter. En Egypte, les mariages sont en nombre assez suffis ant et la fécondité assez prononcée, pour qu’une ridicule intervention souver aine directe soit nécessaire pour augmenter le nombre des uns et imposer l’autre. La nature complexe de cette question en Egypte résu lte précisément de ces deux conditions : que les éléments matériels fovorisant l’accroissement pouvant agir sans entraves, ce soit la lenteur dans la multiplication le triste fait qui se réalise. Et c’est précisément pour tâcher d’apporter quelque lumière dans cette question qui se présente avec des éléments si contradictoires, q ue ces recherches ont été entreprises. L’élément le plus puissant qui agisse sur le princi pe de la population, est celui de la production agricole. Cet élément, résulte de la combinaison do deux circ onstances : — l’étendue du territoire et la fertilité du sol. Si la superficie d’un pays est restreinte et que la population arrive à en peupler les dernières limite s, nul doute que l’accroissement doive s’arrêter devant un obstacle aussi insurmonta ble. De même, si la terre qu’une population occupe est ingrate, et que les produits qu’elle peut donner ne puissent suffire à nourrir au delà du nombre existant, la po pulation trouve là une cause de perturbation qui rend son accroissement impossible. L’Egypte, est-elle dans un de ces deux cas, pour qu e la population puisse trouver un obstacle sérieux à son accroissement ? Cette recherche est nécessaire et nous allons nous en occuper. Los limites de l’Egypte ne sont pas encore bien dét erminées et les statistiques du gouvernement n’ont fait qu’aumenter cette incertitu de. Doit-on étendre ses limites aux derniers points de le configuration géographique ou les restreindre an seul pays habité ? On no saurait accepter le chiffre donné par M. de Regny, dans sa statistique de 1870, d’une superfici e de 2.600.000 k. c. et de 240 millions d’hectares, car un tel chiffre n’est qu’un e flatterie absurde pour étaler une surface supérieure à celle des plus grands Etats et qui ne doit en imposer à personne. On ne pourrait pas non plus accepter celui de la st atistique de 1872 du même M. de Regny, qui est de 29.450 k, c., car il constitue un e flatterie d’un autre genre ayant pour seul but de faire croire à une densité de populatio n supérieure à celle des Etats les plus prospères, et cette flatterie ne peut égalemen t en imposer à personne. Mais, si nous voulons restreindre les limites de l’Egypte à sa seule partie, aujourd’hui cultivée, où trouverons-nous des données statistiques certain es ? La statistique de 1872 de M. de Regny, détermine la surface cultivée à 4.621.221 feddans : — en avril 1876, on a montré à M. Cave, un état de statistique attestant 4.805.107 feddans avec un surplus de futur do 352.350 à imposer et de 265.650 à cadas trer ; total, passé, présent et futur de 5.425.107 : — en juin de la môme année, deux moi s après, le Ministère dos finances publiait une autre statistique qui accusai t 7,527,626 feddans en culture ? ! ! ! Il est facile de comprendre qu’avec des données si contradictoires, résultant soit de l’ignorance, soit de la mauvaise foi, on ne puisse pas arriver à formuler des chiffres exacts sur l’état de la densité de la population, n i sur beaucoup d’autres conditions
locales. En thèse générale, les limites d’un pays sont celle s que la nature lui a assignées et non pas celles que la main de l’homme lui a fixées par son industrie ; elles ne sont point sujettes à varier au caprice de circonstances accessoires et mobiles qui sont étrangères à sa superficie réelle. D’après ce princ ipe qui est d’application générale à tous les autres pays, l’étendue de la surface de l’ Égypte serait de 400,000 kilomètres carrés, sa longueur totale étant du Nord au Sud de 800 kilomètres et sa largeur moyenne de l’Est à l’Ouest de 500. Sur cette vaste surface se trouvent des montagnes, des déserts, des marais et des lagunes qui ne sont point productifs, mais qui, sou s l’action vivifiante de l’industrie, seraient aptes à la production. En effet,