La psychanalyse

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Français
284 pages
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Charles Blondel (1876-1939) fut entre les deux guerres un éminent représentant de la psychologie française. Humaniste comme on l'entendait à la Renaissance, ce normalien était médecin, philosophe et lettré. Son pamphlet contre la psychanalyse était une défense et illustration des conceptions de Durkheim, Bergson et Lévy-Bruhl. Cet ouvrage virulent et impertinent méritait d'être réédité au moment où le freudisme est contesté et où l'actualité donne raison au plaidoyer de Charles Blondel pour une psychologie libérée du carcan des dogmes.

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Date de parution 15 novembre 2014
Nombre de lectures 58
EAN13 9782336361932
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Charles Blondel

La psychanalyse

Préface de Roger Teyssou

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Fondée par Richard Moreau,
professeur honoraire à l’Université de Paris XII
Dirigée parClaude Brezinski,
professeur émérite à l’Université de Lille


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3KLOLSSH /+(50,1,(5La valeur de l’espèce. La biodiversité en
questions
5RJHU 7(<6628Freud, le médecin imaginaire… d’un malade
imaginé
5REHUW /2&48(1(8;Sur la nature du feu aux siècles classiques.
Réflexions des physiciens & des chimistes
5RJHU 7(<6628Une histoire de la circulation du sang, Harvey,
Riolan et les autres, Des hommes de cœur, presque tous…
Karl Landsteiner. L’homme des groupes sanguinsédition revue et
augmentée
-HDQ3LHUUH $\PDUGKarl Landsteiner. L’homme des groupes
sanguinsédition revue et augmentée
0LFKHO *DXGLFKRQL’homme quelque part entre deux infinis,
5RJHU 7H\VVRXPaul Sollier contre Sigmund Freud. L’hystérie
démaquillée,
*pUDUG %UDJDQWLHistoire singulière d’un chercheur de campagne.
L’invention de l’exploration cardiaque moderne par Louis Desliens,
vétérinaire
-HDQ /RXLVMémoires d’un enfant de Colbert
(OLH 9ROI, Michel-Eugène Chevreul (1786-1889). Un savant doyen des
étudiants de France. Des corps gras et de la chandelle à la perception
des couleurs,
5RJHU 7H\VVRXGabriel Andral, pionnier de l’hématologie. La
médecine dans le sang
<YRQ 0LFKHO%ULDQGAspects de la résistance bactérienne aux
antibiotiques
5RJHU 7H\VVRXCharcot, Freud et l’hystérie







LA PSYCHANALYSE


















































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Charles Blondel





LA PSYCHANALYSE


Préface de Roger Teyssou












PREFACE


Charles Blondel (1876-1939), normalien, agrégé de
philosophie en 1900, obtint son doctorat en médecine
en 1906 avec une thèse surLes automutilateursson puis
doctorat ès lettres avec une thèse retentissante intitulée
La conscience morbide,dans laquelle, définissant l’homme
comme un être social greffé sur un être vital, il
estimait que le fonctionnement mental était
conditionné par le milieu social, la rupture du contact
entre l’individu et le groupe expliquant le
comportement délirant des malades. Son travail,
influencé par Emile Durkheim (1858-1917) et Henri
Bergson (1859-1941), était dédié à Lucien Lévy-Bruhl
(1857-1939) , dont il se détacha sous l’influence de son
1


1
Eneffet, Lévy-Bruhl croyait à l’existence chez l’homme primitif
d’une mentalité plus ou moins imperméable à la raison. Lecène,
s’appuyant sur la découverte sur les ossements d’hommes
préhistoriques de traces d’opérations chirurgicales réussies,
affirmait le contraire. Blondel contredisant son maître, reconnut
qu’il existait chez lessauvagescomportements rationnels qui des
coexistaient avec des errements mystiques. A la fin de sa vie,
LévyBruhl admit qu’il s’était trompé, que la mentalité primitive ne
différait pas de la nôtre et n’était pas imperméable à la raison, et

PREFACE

ami le chirurgien Paul Lecène (1878-1929). Blondel
2
fut nommé professeur de psychologie expérimentale à
l'Université de Strasbourg et ses cours furent suivis par
les précurseurs de l’École des Annales, Marc Bloch et
Lucien Febvre, qui lui emprunteront le concept de
mentalité, mais aussi par Emmanuel Levinas, Maurice
Blanchot et Henri Ellenberger. En 1937, il succédera
à Georges Dumas, à la chaire de psychologie
pathologique de la Sorbonne. Il fut un des
conférenciers qui participèrent au premier cours
3
universitaire de Davosen 1928, avec de nombreux
autres intellectuels français, suisses et allemands. Sa
culture protestante s’accordait avec son incrédulité
religieuse pour rejeterles apologies raciales et fascistes des

que l’homme primitif ne se distinguait de l’homme moderne que
par une plus grande part accordée au surnaturel.
2
PaulLecène (1878-1929). Chirurgien, helléniste, historien, il
fonda, en 1908, le Journal de chirurgie. Chef du service de
chirurgie de Saint-Louis en 1919, il devint titulaire de la chaire de
pathologie externe en 1920.Il mourut en 1929 d’une typhoïde
contractée au cours d’une cholécystectomie effectuée sur une
malade infectée. Ami de Blondel, il lui fit partager ses idées sur la
double nécessité, pour expliquer les progrès de l’humanité, de la
coexistence chez l’être humain de l’homo faberet de l’homo loquens.
3
LeCours Universitaire de Davos fut créé par des intellectuels
suisses et allemands qui, à la faveur de la nouvelle dynamique des
relations franco-allemandes suscitée par le pacte de Locarno en
1925, imaginèrentde réunir des scientifiques et des philosophes
de renom dans ce haut lieu de sports d’hiver. Pendant trois
semaines, à la fin de l’hiver, de 1928 à 1931, diverses personnalités
y firent des conférences dont Einstein et Heidegger.

2

PREFACE

impulsivités les plus brutes, les plus bestiales … Tolérant pour
les personnes, mais sans indulgence pour le mal, plus soucieux de
découvrir les nuances de la vérité que ses oppositions, sans grande
illusion sur les hommes mais plein d’espoir dans le progrès
4
humain , Blondelcroyait à la noblesse du travail
humain poursuivi au travers des siècles par
d’innombrables générations solidaires.
La Psychanalyseun ouvrage de 250 pages édité est
par Félix Alcan en 1924. C’est un pamphlet divisé en
deux volets. Dans le premier, l’auteur, qui parle
couramment allemand, expose la doctrine de Freud
avec clarté et précision. Dans le second, il procède à
l’exécution en règle de la psychanalyse, contestant son
point de départ, l’hystérie, ses prétendues guérisons, sa
manipulation des patients, son pansexualisme
outrancier et grotesque. Blondel assimile Freud à ces
dogmatiques qui infestèrent la médecine dans la lignée
de Gall ou de Broussais. Il tenait pour éminemment
suspectes les théories freudiennes inspirées par la thèse
5
même qu’elles prétendaient démontrer . Dès sa sortie,
l’ouvrage fut bien accueilli et beaucoup de critiques,
dont Ignace Meyerson , en vantèrent le style brillant et
6
la pertinence.


4
WallonHenri, Un psychologue humaniste: Charles Blondel,
Journal de psychologie, 36, 103-109;Enfance. Tome 21 n°1-2, 1968,
103-109.
5
Wallon Henri,Ibid,104.
6
IgnaceMeyerson (1888-1983), était le fondateur de la
psychologie comparative. Il a dirigé plus de soixante ans le Journal

3

PREFACE

Blondel fut toujours un virulent critique de la
psychanalyse qu'il qualifiait en 1923d’obscénité
scientifique. Il estimait que le plus grand mérite de la
doctrine freudienne, c’était d’avoir écarté résolument
toute utilisation d’explications physiologiques. On
n’entrait pas dans la maison psychanalytique sans
laisser au vestiaire bon sens, lucidité, discernement et
liberté d’esprit, disait-il. Il brocardait la prétention de
Freud affirmant que la psychanalyse était à la
psychiatrie ce que l’histologie était à l’anatomie. Freud
se comparait dansIntroduction à la psychanalyse,qui
contenait une vue globale de sa doctrine, à Darwin et
à Copernic! Blondel relevait comme révélatrice du
paralogisme freudien cette réflexion trouvée
dansAu7
delà du principe de plaisir: On peut bien s’abandonner à une
idée, la suivre aussi loin qu’elle vous mène, uniquement par
curiosité scientifique ou, si on veut, en advocatus diaboli, qui ne
se donne pas pour cela lui-même au diable.Le finalisme
freudien était tellement manifeste qu’il rendait
impossible toute recherche de la cause exacte qui avait
déterminé tel effet. C’était l’objectif fixé au préalable
qui justifiait les démarches effectuées pour l’atteindre.
Pour Blondel, cette approche étaitcomme entachée

de psychologie normale et pathologique. Pour lui, comme pour
Blondel et Lecène, l’homme se définissait par ses actes et c’est à
travers ses œuvres qu’on accédait à la connaissance de la nature
humaine.
7
FreudS., Au-delà du principe de plaisir,traduction de Jankelevitch,
1920, 52-52 et de Laplanche et Pontalis, Paris, 1981, 143.

4

PREFACE

d’arbitraire fabulation ou même de mystification et de
8
charlatanisme.
On mesure le gouffre qui séparait les conceptions
des deux hommes quand on lit ces lignes inspirées à
Blondel par la disparition de Paul Lecène :Les vérités du
cœur et sa science ne sont ni vérité ni science … l’honneur de
l’esprit et le devoir d’un esprit lucide est de se rendre compte et de
dire qu’il sait quand il sait et qu’il croit quand il croit. Quand
9
Freud et ses disciples avec leurs prétentions de
réformation globale de la psychologie prétendaient
avoir transformé en trente ans la psychologie normale
et pathologique sans compter bien d’autres sciences
humaines, ils adoptaient une démarche de
métaphysicien ou de philosophe et non de scientifique.
Ces hypothèses étaient invérifiables. Comme le faisait
remarquer Jules Romains, dire que l’angoisse qui nous
saisissait parfois, à l’âge adulte, serait une
réminiscence de celle qui nous avait saisie, à l’aube de
notre vie, quand, expulsés de la matrice de notre
mère, échappés de justesse à la noyade, nous
poussions le cri primordial, encore suspendus au
cordon ombilical, couverts de sang et de sébum,
inondés de liquide amniotique, c’était du Victor
Hugo, du Paul Claudel, mais certainement pas de la
psychologie. Et l’auteur desHommes de bonne volonté


8
Wallon Henri,Ibid, 106.
9
Blondel C., Paul Lecène,Revue philosophique, 56, CXI, 1931,
166167.

5

PREFACE

d’avouer sa lassitude et son indignation devant cette
confusion des genres réitérée.
Pour Blondel, les succès thérapeutiques de Freud
correspondaient à des névroses qui auraient guéri
spontanément avec le temps, tout simplement. La
psychanalyse pouvait avoir des effets fâcheux en
exaspérant le désordre mental de certains sujets. De
surcroît, les névrosés n’étaient pas tous des
homosexuels latents, loin s’en fallait! Le transfert
n’était pas l’apanage des névroses du même nom et
l’on voyait bien d’autres névrosés s’attacher
amoureusement à leur psychothérapeute. Enfin,
certaines névroses dites narcissiques échappaient au
transfert …
L’interprétation des rêves souffrait du même
travers car rien ne disait que leur contenu n’était pas
associé à d’autres évènements, à d’autres temps, à
d’autres lieux dont le cloisonnement n’était pas
nécessairement étanche. Le symbole perdait toute
valeur spécifique et son interprétation était une
variable qui dépendait du moment tel que le ressentait
le rêveur à l’instant de son interrogatoire. Il devenait
interchangeable.
Dans l’Introduction à la psychanalyseFreud justifiait
son attitude vis-à-vis de la sexualité et de l’usage qu’il
faisait del’obscénité promue scientifique. Blondel ironisait :

6

PREFACE

un cochon sommeille au cœur de tout homme maisla
10
psychanalyse, par surcroît, en a fait un cochon triste.
Si le sein maternel était le premier objet de
l’instinct sexuel, qu’adviendrait-il du bébé élevé au
biberon ? Et qu’en serait-il du complexe d’Œdipe chez
les orphelins? Et si l’angoisse remontait au
traumatisme de l’accouchement, l’enfant né par
césarienne en serait-il exempté ? Et bien, pas du tout,
répliquait Freud, car il subirait la réminiscence des
affres vécus autrefois par la lignée de ses pères …
Freud étendait le domaine sexuel bien au-delà du
génital devenumystiquepour lui une sorte de propriété
décelable dans les états de conscience à des caractères qui
échappent à notre commune expérience … c’est un principe
complémentaire dont certaines tendances seraient primitivement
chargées …Pendant la guerre de 14, la libido avait été
refoulée à un point jamais atteint sans le moindre
cataclysme mental collectif. Il est probable, et c’était
11
l’opinion de Paul Sollier, que les troubles de la libido
n’étaient pas la cause des névroses mais une
manifestation d’une constitution morbide sans laquelle
il n’y aurait pas de névrose.
Blondel assimilait l’enquête psychanalytique à une
inquisition et la méthode freudienne à un jeu où
l’imagination débridée du psychanalyste et du


10
Blondel Charles ,La Psychanalyse, Paris, 1924, X-XI.
11
RogerTeyssou,Paul Sollier contre Sigmund Freud, Paris,
l’Harmattan, 2013.

7

PREFACE

psychanalysé se livrait au déballage de tout ce qui leur
passait par la tête. Les révélations obtenues par Freud
auprès de ses patients pouvaient avoir des effets
délétères, comme cette femme à laquelle il révélait
qu’elle méprisait son époux sans le savoir: la belle
affaire. Elle ne s’en serait sans doute jamais rendue
compte par elle-même. Et rien ne disait que Freud ne
lui avait pas suggéré ce sentiment.
Blondel exposait l’interminable analyse par Freud
d’une amie de sa famille, et le rêve suscité chez lui par
le cas de cette jeune hystérique,Traumintitulél’injection
12
faite à Irma. Ce fut l’épisode fondateur de la
Traumdeutung(clef des songes), daté du 25 juillet 1895.
Il y était question d’une injection de propylène,
prétexte à un rapprochement abracadabrantesque
entre cet hydrocarbure éthylénique et les Propylées,
portiques à colonne formant l’entrée monumentale
des temples ou des citadelles. Blondel, en 1924,
soulignait l’obsolescence du diagnostic porté sur cette
13
malade, Babinskiayant démantelé l’édifice de
l’hystérie hérité de Charcot peu de temps après cette
observation. Quant aux interprétations des
associations d’idées oniriques, il n’eut pas de peine à
démontrer qu’elles étaient suscitées par le


12
FreudS.,Œuvres complètes, IV, L’interprétation du rêve, Paris, 2004,
150-156.
13
BabinskiJ., Définition de l’hystérie,Société de neurologie de Paris,
séance du 7 novembre 1901, 2.

8

PREFACE

psychanalyste lui-même:C’est proprement de la sorte
qu’opère le prestidigitateur: il met d’abord dans le chapeau ce
14
qu’il doit ensuite en tirer.
15
Les actes manquéesétaient illustrés par un vers de
Virgile, extrait de l’Enéide, qu’un jeune homme ne
parvenait pas mémoriser correctement :Exoriare aliquis
ex nostris ossibus ultor! (Qui que tu sois, puisses-tu naître
de nos ossements, ô vengeur). En effet, ilomettait
systématiquement lealiquis.S’ensuivait une cascade
d’associations d’idées créées de toute pièce par Freud
auquel son interlocuteur avait demandé de lui
expliquer les causes de ce lapsus. Blondel faisait
remarquer que le lapsus portait sur le pronom indéfini
aliquis(qui que tu sois), un mot dont le sens est
accessoire, la signification de la phrase reposant sur le
verbeexoriare, impératif qui serait mieux traduit par
lève-toi, montre-toi plutôt que par le fadepuisse tu
naître …Freud n’avait rien compris au Visiblement
sens profond de cette phrase et l’avait interprétée dans
le sens qui l’arrangeait, celui d’un contexte cataménial
ridiculealiquis évoquantpour lui le liquide des règles
de la fiancée de son interlocuteur.Toute cette alchimie
se déroulait d’après Freud dans l’inconscient du jeune
homme qu’il interrogeait. Selon Blondel, la
démonstration reposait sur des identités de son


14
Blondel Charles,La Psychanalyse, Paris, 1924, 199.
15
Freud S.,Œuvres complètes, V, Du rêve,sur lapsychopathologie de la vie
quotidienne, Paris, 2012, 88.

9

PREFACE

approximatives et de reconstruction bancale du mot.
16
Quant à l’histoire du vieil oncle à héritage, citée par
17
Jeckels , pour Blondel, c’était du roman: en effet le
lapsus des douze doigts, au lieu de dix, commis par la
nièce cupide et désargentée n’était pas plus révélateur
de ses pulsions homicides vis-à-vis de son vieux parent
que suggestif de son intention d’acheter une douzaine
d’œufs au marché pour faire une omelette. Blondel
soulignait le rôle des automatismes, autrement dit, il
suggérait l’existence d’un inconscient autorégulé: on
pourrait expliquer ainsi l’erreur de Freud lisant dans le
journal :A travers l’Europe en tonneau(Im Fass) au lieu de :
A pied (Zu Fuss) par une parenté graphique et
acoustique. Les mots ont parfois un air de famille
comme broc, croc, froc, troc. Pourquoi se livrer à des
contorsions, pourquoi se perdre dans d’interminables
déductions alors que le caractère phonique des mots
fait qu’on les rapproche et qu’on les associe en des
similitudes de son. Pour le poète c’est chercher la
rime, pour Freud, ça ne rime à rien: musique pour
l’un, cacophonie pour l’autre.
Blondel concluait en soulignant que le paranoïaque
n’étaiten somme qu’un psychanalyste qui a mal tourné. Pour
lui, le freudisme était caractérisé par un esprit de

16
En allemand,liquidse prononce liqvid : une fois de plus, Freud
accommodait la réalité à sa convenance quitte à la distordre pour
étayer son raisonnement.
17
Freud S.,Œuvres complètes, V, Du rêve,sur lapsychopathologie de la vie
quotidienne, Paris, 2012,186-190.

10

PREFACE

système et de généralisation outrageusement
ontologiques appartenant à l’histoire des idées, pas à
celle de la science. Freud avait donné du cuivre et du
tambour, ameutant les badauds, nourrissant les
discussions académiques, égarant la psychophysiologie
dans une physiologie cérébrale de pacotille. On
comprend que dans ces conditions Blondel se soit
exclamé àpropos de l’œuvre du Viennois :Passé un
certain degré de bêtise, les gens cessent de m’intéresser !
La psychanalyse deBlondel mérite d’être relue. Elle
reflète la réprobation qu’inspirait la doctrine de Freud
à la plupart des neurologues et des psychiatres entre
les deux guerres. Cette répugnance inspirait, en 1928,
ces quelques lignes à Maurice de Fleury:La France est
18
de tous les pays celui qui, à ma connaissance, échappe le plus à
l’influence du freudisme. Et j’éprouve ainsi une certaine fierté que
le pays de Rabelais, de Montaigne, de Voltaire, de Renan, garde
assez de sens critique pour refuser d’admettre sans l’avoir
contrôlé, un système dont toutes les déductions -souvent
invraisemblables- appartiennent au général, comme les bases
elles-mêmes au domaine de l’imagination pure… C’est d’un bout
à l’autre le règne de l’idée préconçue qui, quelle que puisse être la


18
Mauricede Fleury (1860-1931), neurologue connu pour ses
travaux sur la pathologie nerveuse des combattants de la Grande
Guerre et pour son activité de journaliste médical au Figaro, sous
le pseudonyme d’Horace Bianchon. Il était membre de
l’Académie de Médecine depuis 1909.

11

PREFACE

réalité objective, doit être tout de même victorieuse en fin de
19
compte.
La remise en cause actuelle des conceptions du
Maître de Vienne rétablit cet ouvrage sur le devant de
la scène. Il lui confère l’antériorité et la pertinence
d’une mise en garde dont il faut déplorer qu’elle ne fût
pas écoutée, en son temps. Son observance aurait
atténué les effets délétères de l’hégémonie freudienne,
cetteidéologie irréaliste nourried’extrapolations
20
fantastiques.
Ajoutons que la psychanalyse fabriquant des
malades comme les religions suscitent des croyants,
rien d’étonnant à ce que Freud eut ses fidèles et son
clergé.

Roger Teyssou


19
FleuryMaurice de, La psychanalyse,Candide,5, 199, Jeudi 5
janvier 1929, 6.
20
Wallon H., Préface, IX, XII, in Hesnard A.,L’univers morbide de
la faute, Paris, 1949.

12