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La psychanalyse pendant et après Lacan - Tome 1

De
240 pages
Le livre comprend deux parties : la première examine le paysage de la psychanalyse autour de Lacan, en son temps et ailleurs qu'en France : l'anglais Bion, le chilien Blanco, l'italien Gaddini, les américains Kohut, Kernberg, Stoller. Le français Robion est plus récent. La deuxième partie est une approche critique de la Pensée-Lacan : réduction de la pensée au langage, refus du modèle génétique freudien. Les deux tomes du livre sont complémentaires mais peuvent se lire de manière indépendante.
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Émile Jalley
La psychanalyse pendant et après Lacan
Tome1 Bion, Blanco, Gaddini, Kohut, Kernberg, Stoller, Robion
La psychanalyse pendant et après Lacan
Tome 1 Bion, Blanco, Gaddini, Kohut, Kernberg, Stoller, Robion
Émile Jalley La psychanalyse pendant et après Lacan
Tome 1
Bion, Blanco, Gaddini, Kohut, Kernberg, Stoller, Robion
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09872-2 EAN : 9782343098722
Pour PIERRE JALLEY, notre fils BÉNÉDICTE JALLEY-MEURISSE, mon épouse Et GISÈLE PONCHARD-BONNARD, ma mère En hommage aussi à mes deux psychanalystes Madame le Docteur Anny Cordié Et Monsieur le Docteur Jean Gillibert « Bientôt seront tous morts ceux qui savaient de quoi il est question » Philippe Sollers, France-Culture du 1er août 2010
Introduction Il s’agit pour l’auteur de justifier le projet de ce livre, et pour cela de délimiter l’espace où celui-ci vient s’insérer. Pourquoi pendant et après Lacan ? Mais d’abord Lacan lui-même. Jacques Lacan aura été, après Sigmund Freud, le plus grand psychanalyste du XXe siècle, en France d’emblée. Pour ce qui est de l’Europe, puis du monde, d’aucuns trouveraient déjà sur ce point matière à discussion. Ne parlons pas des proches compagnons de Freud, Ferenczi surtout, mais de la génération de ses successeurs : Mélanie Klein avant tout, puis Donald Winnicott, Wilfred Bion. En réalité, la discussion ne sera pas bien longue, au moins déjà pour qui a lu et connaît les textes. On a vite fait de distinguer l’Éverest du Mont-Blanc. Mais cela ne suffit pas. Jacques Lacan est aussi un philosophe de premier plan, peut-être le plus grand philosophe français du XXe siècle, à ranger immédiatement à côté de Sartre. Venue après Bachelard et Merleau-Ponty, la pléiade des notoriétés des années 1960-1970 : Lévi-Strauss, Barthes, Foucault, Deleuze, Derrida, aura été davantage celle des grands prêtres sacrificateurs, des liquidateurs de l’idée et de la culture philosophique antérieures. Leur grand œuvre aura été de jeter la malédiction : sur Hegel, sur Marx, sur Freud. C’est pour cela que la génération des Guerres d’Indochine puis d’Algérie, celle du coup d’État gaulliste de 1958, avait passé contrat avec eux. Et ils ont bien rempli leur tâche. Lacan n’aurait pas été le seul philosophe important à jeter d’une certaine manière l’anathème sur la philosophie antérieure : Descartes, Kant, Fichte, Hegel d’une certaine façon, Marx, Nietzsche, Husserl, Heidegger, chacun dans son style propre, en a fait tout autant.
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Que Lacan soit un philosophe de premier plan, Alain Badiou par exemple le pense, qui l’a appelé « notre Hegel français ». Judith Lacan-Miller également, sa propre fille, elle-même philosophe (reçue première à l’agrégation de philosophie), qui a émis l’opinion que Lacan viendrait prendre un jour sa place dans l’Académie des plus grands philosophes de l’histoire, entre Descartes et Hegel, pour ne faire qu’évoquer le tableau de Raphaël sur l’Académie d’Athènes. L’un et l’autre peuvent être tenus comme d’excellents experts en la matière, et ils ont tous les deux raison. Il ne serait pas déplacé de ranger Lacan dans la catégorie de l’« an-tiphilosophie », notion reformulée par Alain Badiou pour désigner une variété particulière de philosophes dont l’implication dans la philosophie présente un style d’engagement personnel ambigu qui leur confère à tous un certain air de famille : Paul de Tarse, Pascal, Rousseau, Kierkegaard, Nietzsche, Wittgenstein. Badiou hésite un moment à y ranger Kant, le grand procureur général contre la métaphysique. Mais il n’a pas pris le parti d’y faire entrer Lacan, voire même Freud, ce qui n’aurait somme toute rien d’absurde. L’œuvre de Lacan est immense (13 000 pages, dont seulement 2 000 écrites), aussi volumineuse que celle de Sartre ( ?), de Piaget ( ?), le dou-ble en tout cas de celles de Freud, de Wallon. Elle est extraordinaire-ment difficile à lire (comme celles de Fichte, de Hegel), mais cohérente et progressive, à partir d’une intuition de base invariable (RSI), néanmoins jamais répétitive, toujours novatrice (graphes, topologie, nœuds). L’histoire des idées, en particulier dans le champ des « philoso-phies », montre que celles-ci s’organisent selon une forme de généalogie arborescente et progrédiente qui a ceci de spécifique que chaque niveau y est à la fois dépassé par et conservé dans le suivant. Il n’y a pas besoin d’être « hégélien » pour ressentir, constater, évaluer, pièces en main, et quand on n’est pas aveugle, que c’est ce rapport de dépassement-conservation, de filiation émergente, qui existe entre Aristote et Platon, Spinoza et Descartes, Kant et Leibniz, Hegel et Kant, etc. Or, s’il est vrai que Lacan doive être évalué comme un philosophe de premier plan, la question se pose de savoir si on doit envisager et si on peut techniquement le dépasser tout en préservant ce qui est valable de sa doctrine. Ni plus ni moins. Un problème analogue se pose dans le champ de la psychanalyse elle-même. On perçoit bien, quand on connaît les textes (c’est toujours la même exigence de base), en quoi Mélanie Klein dépasse tout en pour-suivant Freud, et en quoi Winnicott aussi bien que Bion sont les héritiers
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à la fois dépendants et indépendants de celle-ci. Cela se perçoit aussi bien dans les thèmes que dans les procédures du travail de pensée. Lacan a exercé une influence très importante sur ses contemporains français, comme je l’ai montré déjà dans un autre ouvrage :La psycha-nalyse et la psychologie aujourd’hui en France (Vuibert, 2006), sans que l’on puisse dire qu’aucun d’eux l’ait dépassé de manière décisive. Tous sont restés en retrait de ses avancées, tout en subissant de sa part des influences latérales plus ou moins marquées, comme cela peut être montré par l’analyse de chaque cas. Or justement, Lacan est disparu depuis 35 ans, et ses disciples persistent à étudier son texte, patiemment, fidèlement, mais sans pouvoir y ajouter quoi que ce soit. Des chercheurs les plus expérimentés et les plus avisés parviennent les avis les plus catégoriques, on l’entend répéter : dépasser Lacan, « on essaie depuis trente ans, on n’y arrive pas ». Critiquer, ne serait-ce que pour les mieux comprendre, les grands édifices de l’histoire de la pensée – cela vaut pour la philosophie, comme pour l’ensemble des sciences humaines : psychologie, psychanalyse, sociologie, économie –, a toujours été l’entreprise la plus difficile, d’autant plus pour la génération montante. Un étudiant en philosophie tourne autour des systèmes de Des-cartes, Spinoza, Kant, Hegel, comme autour de forteresses indépen-dantes et imprenables, cherchant la faille, mais sans la trouver. Tout se tient, lié de façon contrainte et sans rupture. Dans les Histoires de la philosophie spécialisées, ces systèmes sont la plupart du temps exposés tels quels, de façon « objective », sans que soit articulée – sauf rarement et dans des cas consacrés (la critique de Platon par Aristote lui-même, mais bien moins celles de Spinoza, ou de Kant à l’égard de Descartes) la raison précise du « passage » de l’avant à l’après. Il y en a toujours une ou plusieurs, mais la plupart du temps cachées, comme par une malice de l’histoire. Il en est de même par rapport à Wallon, Piaget, Freud, Mélanie Klein, Lacan, surtout Lacan qui semble devoir rester une forteresse imprenable. Pourtant il le faut, il le faudrait, si l’on veut encore avancer en quelque chose. Car jamais l’histoire n’est restée au point fixe, sauf dans les cultures en train de mourir : certes, on sait que la fin des cultures égyptienne, romaine, byzantine, a duré des siècles. Bien entendu, il existe nombre de forteresses qui n’ont jamais été prises, mais que l’histoire a fini par abandonner.
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