//img.uscri.be/pth/b471e7a6869f16c14dafd9cbf0d1bfb8923e03fb
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - PDF - MOBI

sans DRM

La Quête Ultime

De
392 pages

Adolescente rebelle et téméraire, Laure part sillonner le monde à la recherche de vérité, de conscience et de sens. Elle poursuivra cette quête toute sa vie.
Ce récit hybride, à la fois roman, essai et témoignage est un panorama de toutes les quêtes humaines. Il aborde des sujets aussi essentiels que le bonheur, les relations, la religion, la mort, la liberté ou encore le futur de la planète.
L’originalité de ce livre réside dans la rencontre entre Laure et les vingt-deux arcanes du tarot qui vont apparaître tour à tour et, sous forme de dialogues, animer ses questionnements et lui délivrer de vivants et riches enseignements. Le lecteur pourra y trouver des clés pour lui-même, faire de cet ouvrage un outil précieux pour clarifier ses propres schémas ou alimenter sa réflexion personnelle.


Voir plus Voir moins

Couverture

Cover

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-76977-0

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

 

Je dédie ce livre à mon amie Madeleine,

qui a poursuivi sa Quête jusque dans les étoiles…

Un grand merci à Hélène, grâce à qui ce livre a pu être publié.

Préambule

On dit que toute quête est chimérique. Que les quêtes humaines sont des illusions, des mythes personnifiés ou des rêves imaginés par l’homme afin de pouvoir donner un sens à sa vie. Que ces quêtes se doivent d’être inaccessibles, se doivent d’être des légendes, afin que la poursuite ne s’arrête jamais. Que si le rêveur atteint un jour son idéal, il cessera d’aller de l’avant, il cessera d’exister car l’horizon n’aura plus de promesse…

Tout homme a suivi un jour une de ces quêtes millénaires. Tout homme a un jour rêvé, parfois agi, pour se retrouver déçu, désenchanté ou blessé. Mais au-delà de l’espoir utopique d’un Paradis sur terre, de l’Amour absolu, de l’Eldorado ou de l’Union à Dieu, peut-être nous faut-il traverser toutes ces quêtes avant que de suivre la seule qui n’ait jamais de fin, celle qui comprend que l’essentiel n’est pas le but mais le voyage : la quête ultime, celle du voyage intérieur, qui pourrait déceler, bien plus que Cipango, de fabuleux trésors…

La quête de Laure avait débuté par un juvénile appel du large, un appétit de découverte, une aspiration spontanée à donner un vrai sens aux choses. Sa quête première avait été un défi à l’étroitesse du monde, une trouée d’être dans une conjoncture inerte, une percée dans le néant, un cri dans le désert. Sa quête avait suscité tous les rêves, tous les poèmes, tous les chefs-d’œuvre et toutes les symphonies. De quête en quête, Laure avait exploré à la loupe les pays, les êtres et les cieux, l’histoire et le passé, les énigmes et les dogmes, les certitudes et les espoirs. Sans l’avoir programmé, Laure avait fait de sa vie une véritable odyssée.

Elle avait eu l’amour des voyages, Laure, mais aussi l’amour des pourquoi… On dit que la quête est une reconquête. De quoi, de qui ? De Dieu ? De soi-même ? De la Vérité ? Traduisait-elle un manque, une nostalgie, une absence ? Pour avoir la réponse, sa réponse, elle avait voulu écrire sa propre légende, éclairée à la seule lueur de son étoile, et s’était lancée dans la grande aventure de sa vie. Parcours cahoté par les vents de l’âme, martelé d’incertitude, de déceptions et de déroutes, mais constellé d’enseignements, de transports et de moments bénis, caressés du sourire de Dieu.

Finalement où ses recherches, où ses expéditions l’avaient-elles conduite ? Lequel de ses voyages, mystiques, amoureux ou intérieurs, l’avait enseignée le plus ? L’explorateur est, dit-on, un chercheur et tout voyage est un chemin initiatique… A quelle compréhension ultime Laure était-elle parvenue ? Sans le savoir, sa recherche de l’ailleurs, de l’inconnu, de l’inaccessibleautre monde, n’avait été que la recherche d’une autre dimension de sa conscience pour faire l’expérience de l’essentiel.

« Comme nos yeux sont faits pour la lumière,

notre esprit est fait pour la vérité et notre cœur est sans repos avant qu’il ne se repose dans cette vérité. »

Jean-Yves Leloup

I
Les quêtes

Tout avait commencé bien des années plus tôt, un jour, sur une plage…

Dix-sept ans. Assise sur son rocher, face à la mer, face à l’infinité, Laure était perdue dans ses pensées. Si tout n’était que chimère, pourquoi les hommes portaient-ils ce rêve en eux d’âge en âge ? Pour vaincre la mort ? Pour dépasser cette angoissante et intolérable finitude ? Impossible. Le sens de la vie ne pouvait pas être fabriqué de toutes pièces sur une illusion, encore moins sur une peur… Il y avait donc autre chose à comprendre…

Inconsciente ou téméraire, Laure ne se connaissait aucune peur, hormis celle de l’endormissement et de la tiédeur. Peur de l’immobilisme et de la médiocrité. Peur juste de passer à côté de sa vie…

Elle n’avait pas l’obsession du bonheur, ni même du bien-être. Elle n’avait pas l’obsession de l’avenir, ni de la sécurité. Laure ne suivrait pas la voie tracée. Derrière la ligne d’horizon, là où le soleil était en train de disparaître, il y avait la réponse…

Elle ne savait rien de la vie, Laure, mais elle voulait savoir. Elle voulait comprendre. Elle voulait connaître. Elle ferait le tour du monde, elle aimerait de tout son être, elle créerait, elle étudierait, elle se surpasserait et elle atteindrait l’inatteignable, là tout au bout de l’océan.

Laure fit quelques pas sur la plage. Elle ramassa un peu de sable, s’imprégnant de sa chaleur, et contempla les minuscules particules dans sa main :« Voir le monde en un grain de sable et le ciel en une fleur des champs, tenir l’infini dans la paume de samain et l’éternité dans une heure »écrivait William Blake1

Vertige. Mais entre ses lèvres, entre un soupir et un sourire, c’est comme si une bulle d’éternité venait juste de s’échapper…

Lorsqu’elle rentra chez elle ce jour-là, sa décision était prise. Elle parlerait à Thierry. Hier, à la sortie du lycée, Thierry l’avait prise par les épaules et, pour la première fois depuis qu’ils étaient ensemble, il s’était projeté dans l’avenir avec un sérieux qu’elle ne lui connaissait pas. Maison, mariage, enfants… Laure avait blêmi, surprise par son propre malaise… Pourtant elle l’aimait, Thierry. Elle aimait son humour, sa gaieté, ses boucles brunes et son sourire éclatant. Elle aimait leurs folles ballades en scooter, s’asseoir avec lui sur la plage et refaire le monde. Elle aimait son parfum, son désir quand il la prenait dans ses bras, ses yeux bleus qui lui disaient secrètement son amour. Mais Laure le savait, il n’était pas pour elle. Cet avenir-là n’était pas pour elle…

Thierry laissa tourner le moteur de son scooter devant chez elle et Laure sortit le rejoindre, souriante. Il était ensoleillé, elle le trouva beau. Elle voulait le voir, lui avait-elle dit au téléphone… Sans un mot elle monta derrière lui, mit ses bras autour de sa taille et le scooter redémarra.

Derrière la vitre embuée du café où ils s’étaient réfugiés, Laure parlait, parlait. Par moments on la voyait prendre une pause, poser sa main sur celle de Thierry, le regarder avec tendresse. Mais dans le brouhaha et les rires tout autour, ses mots étaient posés, assurés : « Partir… Vivre mes rêves… Découvrir… Etre libre… »

Laure était encore chamboulée en regagnant sa chambre. « Je serai toujours là pour toi », lui avait dit Thierry. C’était faux, elle le savait. Thierry l’oublierait quand il aurait trouvé dans une autre femme ce qu’il attendait d’elle aujourd’hui : un cocon, une sécurité affective, une mère pour ses enfants, peut-être même un statut social. Une vie trop simple, trop banale pour Laure. Pourquoi ?

Elle s’approcha de son lit où son jeu de tarot était resté éparpillé. Laure avait développé une relation particulière avec ses cartes. Quotidiennement elle s’appliquait à ressentir leur énergie, leur message, leur enseignement et elle avait réussi à créer un véritable dialogue avec les arcanes. Elle ferma les yeux et retourna la première carte qui “l’appelait”. C’était le Bateleur. Laure sourit : tout était signe de renouveau, de départ, exactement comme elle le ressentait depuis le matin de ce jour de mai. Comme elle, le Bateleur était jeune et inexpérimenté, mais comme elle il était debout face à sa vie, mû par le désir d’avancer d’une expérience à l’autre, d’une émotion à l’autre, d’une réflexion à l’autre. Son œuvre était encore à réaliser, dans un avenir où tout n’était encore que promesses, idées et rêves…

 

 

Image 4

 

Le Bateleur

Elle garda longtemps la carte dans sa main. Au bout d’un moment elle entendit comme une voix intérieure : « Ouvre-toi à l’univers, Laure. Pose-moi sur ta Table à toi, comme j’ai posé tous mes attributs sur la mienne. Observe tous tes possibles. Sur ta table sont étalés toutes tes aspirations, tous tes atouts, tous tes dons, matériels et spirituels. La création est à accomplir et la première chose que l’on crée, c’est soi-même… »

Laure resta interloquée. Elle laissa passer un temps de silence, puis osa demander :

– Qui es-tu ? Est-ce toi qui me parles, Bateleur ?

– Oui. Je suis le miroir de ta conscience et je suis la première étape de ton évolution. C’est le moment pour toi de regarder le contenu de ta besace…

– Mais il n’y a rien d’autre sur ma table que mes cahiers de cours ! Pourquoi tous ces objets sur la tienne ? Pourquoi ces dés, ces jetons, ce gobelet, ce poignard ?

– Ils représentent les quatre plans de ton développement futur : la Terre, le Feu, l’Eau et l’Air, c’est-à-dire le plan physique, émotionnel, affectif et intellectuel. Pour moi comme pour toi tout est à vivre et à construire. Mais avant tout il y a un lien à créer entre la Terre et le Ciel. Prends la baguette que je tiens dans ma main gauche et concentre-toi…

Laure s’exécuta. Intérieurement elle saisit la baguette et ferma les yeux.

– Sens, poursuivit le Bateleur, comme tu pourras toujours puiser ta force dans “le haut” pour pouvoir agir sur “le bas”. Sens comme il est important de réunir les polarités. Sens comme tout ce qui touche à l’humain n’a de sens qu’en relation au divin… »

Laure sentit. Elle perçut avec intensité ce que cette lame lui disait et qu’inconsciemment elle avait déjà en elle sans savoir y mettre de mots. Tout ce que ses parents, ses professeurs, ne lui avaient jamais enseigné mais qu’elle pressentait déjà. Elle se recueillit, comme en méditation, et visualisa l’énergie du ciel rejoindre à travers elle celle de la terre dans une puissante euphorie.

Emue, elle comprit qu’elle venait de vivre sa première initiation. Au même moment le Bateleur ôta sa coiffe en forme de huit, en forme d’infini, et la posa sur la tête de Laure : elle devina qu’elle représentait la coiffure des initiés.

Laure se sentit comblée mais encore envahie de doutes et de questions. Vers où fallait-il qu’elle oriente sa vie ? Elle savait ce qu’elle ne voulait pas mais pas encore ce qu’elle voulait… D’ailleurs la table du Bateleur n’avait que trois pieds et elle y voyait la marque de sa propre instabilité : exaltation et incertitude.

« Ton désir de liberté saura te guider », lui dit le Bateleur qui lut dans ses pensées. « Ne te demande pas où aller, découvre d’abord qui tu es et d’où tu viens… »

Alors Laure s’approcha du cyprès, planté au loin derrière le Bateleur, posa sa main sur son tronc pour recueillir sa force et sa longévité, et fit le vœu de cheminer vers le meilleur d’elle-même.

La métaphysique

Laure reprit ses cahiers et la dissertation de philo qu’elle devait rendre le lendemain. Mais son esprit était agité : sa rupture avec Thierry, sa rencontre avec le Bateleur, sa perplexité, ses questionnements… Où chercher la voie ? Où chercher la réponse à ses interrogations métaphysiques, à son « Qui suis-je » ?…

En attendant, pour finir son devoir, il lui fallait ce soir faire appel à ce que son éducation lui avait demandé de développer, c’est-à-dire son mental, sa tête, sa raison et ses connaissances livresques, pour tenter de définir « la conscience de l’immanence profonde », sujet de sa dissertation.

Elle plongea dans ses livres :

– « C’estl’instinct, expliquait Bergson2, qui nous conduit à l’intérieur même de la vie et dont il est capable de nous livrer les secrets les plus intimes, tandis que l’intelligence analytique et mécanique est affligée d’une incompréhension naturelle de la vie. »

– C’estl’âme, répondait Aristote3 : l’âme de l’homme contient un principe intelligent qui nous vient du dehors. »

…S’agissait-il du “pneuma”, cesouffle vitaldes Stoïciens, qui s’unissait à notre nature et pénétrait tout le corps en faisantl’unité ?

– Pas du tout, rétorquait Descartes4, l’âme n’est que purepensée, cette « chose qui pense » et qui s’élève à l’intelligible en se libérant du sensible. »

– En réalité, renchérissait Spinoza5, l’âme et le corps sont une seule et même chose qui est conçue tantôt sous l’attribut de la Pensée, tantôt sous celui de l’Etendue : l’homme n’est rien d’autre quel’unionde l’âme et du corps. »

– Pour moi, tranchait Kierkegaard6, l’homme estesprit. Et l’esprit n’est autre que le moi. Le moi, poursuivait-il, est un rapport se rapportant à lui-même, autrement dit il est dans le rapport l’orientation intérieure de ce rapport… L’homme est donc une synthèse d’infini et de fini, de temporel et d’éternel, de liberté et de nécessité, bref unesynthèse. »

Laure lâcha son stylo et s’effondra dans la plus totale confusion. Elle était superbement avancée ! « Laisse tomber », lui souffla sa conscience, sa raison, son moi, elle ne savait plus… Alors, interrompant sa dissertation, Laure décida d’abandonner ses questions existentielles et de s’élancer passionnément dans la vie, à l’écoute d’un autre langage : l’art, la contemplation, le silence et l’amour. Sa sensibilité artistique l’ouvrait à une autre vérité que celle de l’intellect, sa soif de vivre l’invitait à la découverte d’une autre expérience et ses instants de silence illumineraient magnifiquement sa conscience, immanente ou non…

Quatre mois plus tard, dix-huit ans et son bac en poche, elle prit donc sa besace et enfourcha sa monture, déclamant avec Lanza del Vasto :

« Je veux mettre mes pieds dans les pas de ma pensée,

Je veux tâter avec mes mains ce que sait mon savoir… »7

L’Ailleurs

Si elle était née au XVe siècle, Laure se serait embarquée sur les vaisseaux des Conquistadors pour découvrir le NouveauMonde. Encore fût-il qu’elle soit un homme. Encore fût-il qu’elle ait l’âme d’un conquérant. De ce temps-là, seuls les hommes partaient,« ivres d’un rêve héroïque et brutal, pour conquérir le fabuleux métal »8. De ce temps-là, les hommes n’étaient pas tant des rêveurs : qu’ils fussent explorateurs ou missionnaires, leur idéal se posait en termes de possessions, de richesses, de victoires. Envahir, coloniser, convertir, imposer, dominer… Qu’en était-il aujourd’hui ? Force était de constater que les hommes, guerriers modernes, cherchaient encore la domination par le pouvoir, l’argent et le profit. Même combat… l’héroïsme et la flamme en moins !

Certes il était encore au vingtième siècle de rares explorateurs qui, tel Paul-Emile Victor, avaient saisi l’occasion de vivre leurs rêves9. Ce fut peut-être le dernier. En revanche ce fut le premier à s’inquiéter de la santé de la planète et à soulever le problème de l’écologie. En ce début du XXIe siècle il y avait d’autres combats à mener et l’exploration proprement dite, celle de l’espace notamment, était devenue affaire de scientifiques et de politiciens…

Pour Laure, partir était une obsession mais ses motivations n’étaient pas suscitées par des désirs de gloire, encore moins de victoire. Elle était femme, Dieu merci se dit-elle, et n’était animée que par un besoin de liberté, par une soif d’enrichissement personnel. « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux », avait écrit Marcel Proust. Avant lui, Montaigne avait affirmé que :« Les voyages forment la jeunesse ».Formeraient-ils l’écoute, le respect et l’accueil des différences ? Formeraient-ils le caractère et le courage de faire face aux périls, aux situations imprévues, à la solitude et à l’inconfort ? C’était la peur qui clouait les hommes sur place : la peur de bouger, de risquer et en réalité de se remettre en question. Chaque situation nouvelle allait mettre Laure, elle le savait, face à ses propres limites et ses propres croyances. C’était cela le but de son voyage. Dépasser les frontières du monde pourdépasser ses propres frontières…

 

 

Image 28

 

La Roue de Fortune

Laure partit, sac au dos.

Elle traversa les mers, travailla à l’étranger, apprit d’autres langues. Elle eut ses expériences, ses rencontres, ses aventures. Elle eut aussi ses coups durs et ses déceptions. Mais d’année en année elle découvrait la vie. Elle était comme la Roue de Fortune qui lui avait dit avant de partir : « Lorsque tu restes immobile, la sueur qui coule de ton front creuse ta tombe, alors voyage ! ». Laure se souvenait des symboles de cet arcane, de ces trois personnages qui représentaient notre nature animale et qui, en suivant le sens de la roue de droite à gauche, passaient indéfiniment de l’instinct terrestre à l’état pur pour descendre à nouveau vers la nature animale, actionnés par la manivelle du destin. Autant d’embûches et de faiblesses qui se présentaient sur notre route, qui nous retardaient parfois mais qui nous obligeaient à une constante évolution. Toujours repartir, toujours recommencer après chaque échec, après chaque déception.« Note que mes six rayons,lui avait dit la carte,représentent les six plans évolutifs, c’est-à-dire allant des vibrations les plus lourdes aux plus subtiles : Physique, Animique, Mental, Causal, Spirituel, Divin. Tu passeras sans cesse de l’une à l’autre. Mais s’il y a six rayons et non sept, c’est parce qu’un septième plan symboliserait un terminus et détournerait la Lame de son sens propre qui est de marquer l’évolution. En se rattachant au mouvement perpétuel, ta propre roue se rattache à l’éternel… »Laure s’était juré de se souvenir de cet enseignement et avait essayé d’avancer dans cette conscience : puisque tout était toujours mouvement, elle pouvait rechuter, elle pouvait se perdre à chaque instant, à chaque réussite, à chaque bonheur. Le courage, c’était aussi la vigilance.

Après avoir plongé dans les eaux bleues de Grèce, dormi sous les étoiles de l’Atlas, crapahuté au Népal, scruté les reflets du Loch Ness, dansé sur les trottoirs de Rio, chaviré sa barque sur le Mékong et retenu son souffle devant Borobudur, Laure un jour se posa en haut d’une montagne et réalisa que le fait de vivre intensément lui avait fait oublier tous ses questionnements : lorsqu’on est dans l’action, on ne se pose pas la question du sens. Lorsqu’on est dans la contemplation non plus. On est. Tout comme lorsque l’on aime, on ne se pose pas la question du sens de l’amour. On le vit.

Mais après chaque voyage, lorsqu’elle rentrait en France, elle étouffait. L’intellectualisme et l’individualisme français l’oppressaient. Elle eut alors envie de se tourner vers l’Amérique du Nord où une nouvelle vogue venait de naître : le New-Age qui, contrairement aux idées encore enracinées dans l’Europe de ses traditions, semblait s’ouvrir plus volontiers aux nouvelles perspectives du siècle. Juste après Woodstock et l’explosion des “flower children” de Californie, la Marijuana venait d’être détrônée par les encens spirituels de l’Orient…

Le Nouvel-Age

Attirée par cette nouvelle ivresse, Laure partit plusieurs mois aux Etats-Unis et au Canada pour s’immerger dans ce nouveau courant. Elle y découvrit une incroyable profusion de techniques, allant de l’acupuncture à la kabbale, du Qi Gong à l’hypnose, du yoga au rebirth, du biofeedback à la chiropractie, du chamanisme au channeling. Elle eut quelque mal à s’y retrouver dans ce foisonnement de méthodes nouvelles qui prospéraient outre-Atlantique, mais elle entra dans la danse. Elle se mit à pratiquer le yoga, la méditation, la radiesthésie, l’astrologie et ne quittait jamais son petit Tarot de Marseille qu’elle avait emporté dans tous ses voyages.

Jusqu’à ce qu’un jour, à l’issue d’un stage douteux, Laure fût prise d’un sérieux recul et se demanda brutalement :

« Qu’est-ce que tout cela signifie ? »

Elle avait l’impression que, répondant à un certain malaise social et existentiel, la spiritualité servait d’appât et se vendait. Que face au trouble d’une époque en pleine crise, une nouvelle race de businessmen (les “trafiquants d’âmes”, selon uneexpression de Marie-Madeleine Davy10), avaient rapidement développé tout un commerce florissant de produits spirituels, ouvrant un marché du bonheur et du bien-être à-cent-dollars-le-package pour un voyage vers soi-même. Dans ce pays décidément capitaliste, les aspirants au bonheur étaient invités à consommer du spirituel au travers de stages, fort chers, qui promettaient mieux-être, voire guérison, en dix jours, parfois même en un week-end… On pouvait “faire” de la pensée positive en un séjour guidé, exactement comme on “faisait” l’Italie : Venise, Dieu ou le Soi, même combat ! En un mot on soldait au rabais les diverses approches de l’être de façon à ce qu’elles soient accessibles à tous. Les touche-à-tout avaient largement de quoi s’occuper… sans jamais avoir à se poser vraiment face à eux-mêmes.

Son amour de l’essentiel en fut consterné. Lauren’en était qu’au début de sa quête mais elle pressentait que pour une vraie transformation intérieure la voie était longue, très longue, et demandait une formation bien plus profonde. Le chemin vers soi-même exigeait que l’on s’investisse autrement qu’en faisant du “tourisme spirituel”…

Elle rentra en France déconcertée, avec une question cuisante au fond de ses bagages : « Et moi, jusqu’où suis-je prête à aller… ? »

Laure avait goûté à tout, touché à tout, s’était éparpillée et finalement avait perdu le fil de sa vie… Elleavait vécu les couleurs, les odeurs, les rythmes et les musiques de chaque peuple, de chaque être, de chaque pays. Elle avait aimé partager leurs repas, leurs rires et leurs inquiétudes. Mais jamais nulle part elle n’avait eu envie de se fixer. Laure se rendait compte qu’inconsciem-ment elle avait recherché un endroit idéal, un ailleurs idéal où elle aurait pu vivre libre et heureuse. Or elle avait découvert que partout les hommes souffraient. Que partout les hommes trimaient pour se nourrir, partout les hommes pleuraient leurs morts et partout les hommes espéraient une vie meilleure… ailleurs. Certes elle avait rencontré la générosité, mais aussi la malhonnêteté, la corruption et la violence.

En outre elle s’était rendu compte que les espoirs d’un avenir meilleur que les hommes projetaient dans les régimes politiquesétaient tous tronqués. Dans les pays communistes, la liberté de pensée, d’expression et de foi religieuse était verrouillée et le minimum vital quasiment nul. En Amérique du Sud, la Junte militaire bâillonnait les individus. Les gouvernements de droite, qui faisaient au contraire appel aux valeurs spirituelles, exploitaient ces mêmes valeurs à leur profit, le plus souvent dans l’égoïsme, l’injustice et le racisme, agissant à l’encontre même de l’éthique spirituelle qu’ils prônaient. Dans tous les cas, la dimension humaine était niée et la liberté de l’homme bafouée. Dans tous les camps politiques, les hommes exploitaient ou écrasaient, y compris dans les régimes démocratiques. Les représentants de la gauche, nommément altruistes, défendaient les exploités et revendiquaient plus de justice sociale, mais veillaient à leur position personnelle et se préoccupaient de leur propre confort financier. A droite comme à gauche régnaient le mensonge, l’intérêt et la corruption…

Laure sentit naître en elle le dépit, l’amertume et la critique, presque la colère, comme si elle en voulait aux hommes de l’avoir déçue. Comme si elle reprochait aux hommes de ne pas être meilleurs, plus dignes, plus braves, plus intègres, plus vrais, plus justes, plus forts.

Laure avait découvert la petitesse, la lâcheté et le mensonge…

 

 

Image 1

 

La Justice

Laure se sentit désorientée et désenchantée : il lui fallait faire le point.

En plein chaos, elle fit appel à ses amies les cartes. C’est alors que la huitième lame du tarot, la Justice, se manifesta. Laure connaissait bien ses cartes et la Justice lui était toujours apparue rigide, souvent sévère. Cette fois-ci elle fut d’emblée frappée par la douceur qui émanait d’elle. Laure en fut touchée. Le regard droit et bienveillant de la Justice ne traduisait pas la condamnation mais l’intelligence de son cœur. Elle venait en conseillère. Laure regarda la balance que l’arcane tenait dans sa main et qui penchait du côté gauche – le côté du cœur – comme si elle apportait la volonté d’amour. Elle se sentit apaisée mais frissonna devant le glaive menaçant que la Justice tenait dans l’autre main. Laure leva les yeux vers la Justice :

« Est-ce un avertissement ou une intimidation ? »

La Justice sourit avec indulgence :

– Mon glaive n’est qu’une recommandation, mais il est inexorable. Tu te trouves dans un moment de révolte, de jugement et de blâme mais tu dois savoir que tes pensées et tes actes risquent de te revenir tôt ou tard si tu ne prends pas la distance nécessaire avant d’émettre tes jugements. Il ne t’appartient pas de juger les autres : ils ont leur propre vérité. A toi de te demander quelle est la tienne.

– Les êtres humains me déçoivent. Je suis partie dans le monde dans un élan de vie, de partage, de cœur et de cran. Mais j’ai trouvé beaucoup de mollesse, de mensonge, de cupidité et d’intérêt.

– On a tôt fait d’accuser les autres quand on est déçu par soi-même…

– Par moi-même ?

– Mais oui. Si le comportement des autres te déçoit, c’est le moment de te demander ce qui te déçoit en toi-même. Demande-toi si la colère que tu ressens contre “les gens” ne dissimulerait pas une colère contre toi-même. Demande-toi ce qu’au fond tu te reproches et que tu camouffles derrière tes blâmes. »

Laure resta sans voix. Jusqu’alors elle s’était toujours posé beaucoup de questions sur tout, mais bien peu sur elle-même, il est vrai. Tout lui avait toujours semblé évident tant elle était sûre d’elle. Maintenant il lui était demandé de considérer ses choix de vie…

« Quels choix ? demanda la Justice. Un choix implique toujours un engagement. Dans quoi t’es-tu jamais engagée ? Tu as su critiquer l’éclectisme du marché spirituel américain, mais à quelle cause profonde, à quelle foi, t’es-tu toi-même vouée ? »

Laure réfléchit. La Justice avait raison : par souci, presque par obsession d’indépendance et de liberté, elle avait longtemps refusé tout contrat, tout engagement, qu’il fût professionnel ou amoureux.

– La liberté, poursuivit la Justice, ce n’est pas forcément de faire ce qu’il nous plaît, c’est parfois d’oser s’investir. Tu te retrouves à un moment de ta vie où tu te rends compte que tu n’as fait qu’observer, que survoler le monde, alors tu ne sais plus où tu te situes parce que tu as toujours fui la place que tu aurais pu prendre. Pourquoi ?

– Je ne voulais pas être prisonnière. Je ne voulais pas être esclave. J’avais peur de me retrouver enfermée. J’avais peur de…

– La peur est le contraire de la liberté ! La fuite aussi. La liberté est un état intérieur. Tout homme qui assume en conscience un engagement est un homme libre et en paix avec lui-même.

– C’est ce que Sartre voulait dire quand il écrivait : « On n’a jamais été aussi libres que sous l’occupation allemande » ?

– Exactement. Ta liberté d’être, jamais personne ne pourra te la voler, où que tu sois, même en prison.

– Alors d’après toi j’aurais été rebelle et insoumise par peur de vivre ?

– Toi seule doit répondre à cette question. Te voilà face à toi-même. Sache seulement que tu ne peux accuser ni le hasard ni les autres sans descendre en toi-même pour comprendre d’où te vient cette colère. »

Laure venait de recevoir une énorme claque mais en même temps de toucher un autre niveau de conscience. Les pensées et les actes d’une jeunesse récalcitrante et insubordonnée lui revenaient en pleine figure. Elle avait été fière de son courage, de sa curiosité et de son autonomie : il lui fallait maintenant faire la part des choses et peser dans la balance de la Justice le poids de sa vraie puissance contre la vraie raison de ses dérobades. La fuite plausible du joug parental ou d’un système conventionnel n’était pas sa seule motivation…

« Qu’attendais-tu donc des hommes pour qu’ils t’aient ainsi déçue ? » demanda la Justice.

A contrecœur, Laure commença à considérer les propos de l’arcane… Oui, sans doute avait-elle placé sur les êtres humains un idéal de perfection un peu loin de la réalité, et alors ?

« Et alors tu as été aussi exigeante pour toi-même et maintenant tu t’en veux… »

– Pourquoi m’en voudrais-je ?! »

La Justice ne répondit pas mais la regarda intensément.

Laure finit par s’incliner : la Justice venait de lui tendre son propre miroir. Oui elle s’en voulait. Elle s’en voulait de ne pas avoir trouvé sa place, de ne pas avoir réussi à ce jour à concrétiser ses rêves de justice, d’harmonie et de grandeur. Elle s’en voulait de courir le monde sans répit au point de ne plus savoir ce qu’elle cherchait. Elle s’en voulait de ne plus pouvoir s’arrêter quelque part. Elle s’en voulait finalement de ne pas réussir à trouver son bonheur dans un monde où le seul bonheur semblait être devenu celui de la consommation…

Laure regarda attentivement les deux plateaux de sa balance : elle comprit qu’il y avait un équilibre à trouver, un juste milieu, une unité, entre la force de ses aspirations et la mesure de son discernement. Elle fixa ensuite l’épée et pendant quelques secondes elle sentit une grande puissance la traverser. Elle n’était plus menacée. Ce glaive ressemblait à celui de St Michel, l’archange du Jugement, qui combattait les démons. Ses démons.

La Justice avait livré à Laure un puissant enseignement en lui offrant l’occasion de faire une mise au point capitale. Avait-elle vraiment peur ? Avait-elle pris la fuite et devant quoi ? Laure se ressaisit. Non, son refus n’était pas une fuite, elle n’avait pas peur de l’engagement mais elle récusait l’oppression et surtout le mensonge de toute une société dont les conventions ou les dogmes étaient établis sur l’égoïsme et la peur : jamais elle n’aurait accepté de signer un contrat qui confiait à une autorité religieuse, un père, un mari ou un système politique tout pouvoir sur sa vie. Concéder son autonomie, c’était cela dont il était question, c’était cela que tous les hommes faisaient par obéissance, par crainte ou par devoir. C’était par peur que l’on prenait le pouvoir, c’était par peur que l’on cédait son pouvoir. Alors, honnêtement, s’interrogea-t-elle, qui donc capitulait le plus devant cette peur : elle ou le reste des hommes ?

« Non, clama-t-elle en relevant la tête, mon refus d’engagement n’est pas dicté par la peur, c’est tout le contraire ! Ce sont les faibles, ce sont les usurpateurs, ce sont les lois perfides et les systèmes dominants qui choisissent le pouvoir et le mensonge. Par peur. Peur de la liberté. Peur de perdre leurs biens, leurs prérogatives et leurs repères. »

Le Bonheur

Mais la réalité était difficile pour Laure. Chercher sa place, chercher le bonheur dans un contexte corrompu, dans une lutte permanente contre des idées auxquelles elle n’adhérait pas, devenait déroutant et déstabilisant. Elle se sentait seule. Sa quête du bonheur ne ressemblait en rien à celle des autres. D’ailleurs le bonheur, c’était quoi au juste ? Une espérance, un espoir que tout homme poursuivait, qui variait d’un être à l’autre, d’un pays à l’autre selon certaines situations, certaines cultures, mais qui faisait tourner le monde…

Laure avait observé que dans les pays opprimés, la liberté était l’objectif et la condition première du bonheur, de même que pour les femmes qui étaient, dans bien des parties du monde, encore assujetties aux hommes. Dans les pays pauvres, le bonheur était synonyme d’abondance et de richesse extérieure. En Occident, le bien-être matériel et l’argent arrivaient en tête de liste mais le niveau de vie comparativement confortable donnait aux hommes le privilège d’espérer l’amour en prime, la quiétude dans leur foyer et la prospérité pour leurs enfants. La rencontre de l’âme sœur était d’ailleurs un concept purement occidental… L’Orient, quant à lui, enviait incontestablement les technologies occidentales mais semblait être le seul endroit de la planète où les notions de paix intérieure avaient un sens certain. C’était un constat. Or Laure s’étonnait que, dans certains pays d’Orient, en Inde notamment, les hommes étaient moins attachés au désir de richesse. Parce qu’ils étaient pauvres ? Plus forte raison pour souhaiter être riche ! D’après les maîtres de sagesse, c’est parce qu’en Orient il est une valeur qui prévaut sur celle de l’avoir : c’est celle de l’être. En Occident on s’approprie, on achète, on se procure, on possède et on finit par ne plus exister que par rapport à ce que l’on possède, ou veut posséder. En Orient, être c’est être libre de l’avoir. L’être c’est le détachement par rapport à l’avoir sous toutes ses formes car tout ce que nous possédons peut être détruit et « c’est seulement au niveau le plus profond de ce que nous sommes, dans cette profondeur et dans cette liberté, que nous trouverons ce à quoi nous aspirons tous »11.

Et pourtant, l’Orient était-il plus heureux que l’Occident ? Visiblement non : il était peut-être plus sage, mais pas plus heureux… Dans ces pays les hommes étaient eux aussi en proie à bien des adversités, comme partout éprouvés par la maladie, souvent torturés par la faim et les conflits, y compris intérieurs…

Alors où fallait-il chercher le bonheur ?

« Dans l’accomplissement de ta vie », dit l’Occident.

« En toi-même », répond l’Orient.

Pour Laure, à cette période de sa vie, aucune de ces deux phrases n’avait de sens. L’accomplissement de sa vie, qui sous-entendait pour son contexte culturel réussite matérielle, sociale, familiale et professionnelle, n’était pas ce à quoi elle aspirait. D’ailleurs ceux qui avaient obtenu cette réussite n’en étaient jamais satisfaits : soit ils souhaitaient plus encore, soit ils vivaient dans l’angoisse de perdre ce qu’ils avaient. Laure avait donc laissé derrière elle la stérilité de ces concepts poussiéreux pour chercher une nouvelle lumière qu’elle n’avait pas trouvée. L’Orient lui faisait bien des clins d’œil, mais comment intégrer cet état d’êtresi on ne laisse pas l’espace en nous pour l’accueillir ? Si on continue à brasser les idées de notre mental et de notre ego occidental ? Si on ne se laisse pas atteindre au plus profond de ses entrailles par une évidence de Vie ? Si on ne fait pas silence pour entendre la Présence ? Si on ne renaît pas à soi-même pour faire de sa vie une fleur qui ne s’exprime que par son parfum ?

L’Art

Pendant quelques temps Laure traversa un grand passage à vide, traînant en elle une nostalgie qu’elle ne comprenait pas. Une souffrance, une insatisfaction, une blessure d’infini. Seul l’Art lui apportait un adoucissement et une dimension qui l’enivrait et la remplissait.Un son, un rythme, une vibration pouvait la transporter et une couleur, une nuance ou un reflet l’émouvoir jusqu’à l’âme. La musique, la poésie et la peinture lui permettaient d’entrer en contact avec une autre partie d’elle-même, avec une autre forme de transcendance. L’amour qu’elle éprouvait pour le cosmos se déployait à travers son écriture et s’exprimait dans l’art. Très contemplative, Laure trouvait dans la nature un livre vivant qu’elle scrutait inlassablement. Elle comprenait le contact des chamans avec les éléments, elle se délectait des poèmes d’Hildegarde de Bingen, qui écrivait en union totale avec les champs, les forêts, les arbres, les rivières, merveilles et beautés absolues de la terre : « Je suis cette substance divine qui s’illumine dans la beauté des champs. Je suis la brillance de l’eau. Je brûle dans le soleil, la lune et les étoiles. La force mystérieuse du vent invisible, c’est la mienne. Je suis dans le souffle de tout ce qui vit. Je respire avec les prés verts et les fleurs. Quand les eaux coulent comme des êtres vivants, c’est moi. Je suis parmi les colonnes qui supportent la terre… Toutes ces choses vivent parce que je suis en elles, comme leur vie. Je suis la sagesse. Lorsqu’éclata le tonnerre du verbe créateur de toute chose, ce verbe était le mien. J’habite tous les êtres pour qu’ils ne meurent pas. Je suis la vie ».12

Laure se retrouvait dans Goethe, que le silence de la nature enchantait, et elle vibrait avec Rainer Maria Rilke pour qui tout résonnait dans la nature et si, comme elle l’avait entendu, la vision de la nature était une initiation qui permettait de franchir les degrés...