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La Renaissance de Monsieur Alban

De
98 pages

Il y a le « Monsieur » à l'allure altière et racée mais dont le comportement trop curieux intrigue. Et Rodolphe, si jeune encore, mais déjà au fond de l'abîme. Le mystère qui entoure ces deux personnages ne laisse pas indifférent la petite bande d'amis : les infirmières Solange et Alice, Karine l'avocate et les autres. Parviendront-ils à découvrir le drame qui les meurtrit et à retrouver une certaine sérénité ?


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-86237-2
© Edilivre, 2015
LaRenaissance de Monsieur Alban
L’hiver était tardif cette année car nous entrions dans février, et seulement depuis deux jours, le froid s’installait. On se croirait en Scandinavie tant il faisait glacial sous un soleil pâle qui donnait un air gaillard à la nature. L’homme avait revêtu son épaisse redingote et son chapeau. Sa haute stature lui donnait un air mystérieux et intriguant. Il n’avait pas l’air du genre bavard, son visage fermé n’appelait pas aux dialogues. Ses chaussures ferrées et cirées marquaient chacun de ses pas. On avait l’impression qu’il meurtrissait le sol d’un air coléreux. Souvent je l’avais suivi des yeux du plus loin où ils pouvaient me transporter. Il abordait toujours la même allure, une apparence nerveuse, presque angoissée… Sa barbe et ses cheveux courts grisonnants accentuaient le bleu de son regard qui semblait impénétrable, tant il était profond. La mer ce jour-là était grise et houleuse. Le vent soufflait et semblait démonter les vagues dont les contours argentés égayaient par leurs reflets.
Quelques promeneurs de chien, bien emmitouflés longeaient les allées environnantes du Mail. Parfois, l’intriguant personnage s’arrêtait pour prendre un café, un réel express, car jamais il ne s’attardait même à glaner une info sur un des « canards » qui trainaient, jamais non plus un mot d’échange, ni de civilité avec le barman. Ma pensée cheminait tranquillement mais sûrement au travers de ces interrogations qui restaient sans réponse. Au fur et à mesure que je le croisais dans la ville, je me disais qu’un jour viendrait où ma curiosité serait récompensée, car ce n’était pas une soif malsaine mais plutôt une remarque d’intérêt social. Il m’apparaissait malgré son style gentleman, comme un homme triste, dénué de toutes sensations, de tous sentiments. Je m’étais promis d’essayer d’accéder à certains de ces lieux, où il s’installait si furtivement devant un expresso, et le plus discrètement possible, de le suivre pour en savoir davantage, peut-être. J’avais connu un dentiste qui nourrissait un intérêt presque passionnel, à visiter les cimetières, les tombes, à décrypter l’histoire des morts, au travers des plaques et des inscriptions qui étaient gravées, comme si régnaient des messages envoyés de l’au-delà, pour une continuité dans l’éternel. Et moi, j’avais jeté mon dévolu sur mon personnage au comportement insolite. Persuadée qu’il allait me mener dans une intrigue, où dans une histoire extraordinaire. J’avais confié à une proche amie, mes intentions concernant la démarche obscure que je prévoyais. Je ne me prenais pas pour un agent secret, mais on aurait dit qu’une force colossale me poussait à agir de la sorte. Pourquoi cet homme avait-il retenu plus particulièrement mon attention ? Peut-être mon âme de secouriste avait-elle été subjuguée par ce regard grave et vide à la fois, au point que sa distinction m’avait plutôt révélé une détresse, un désarroi ou une tristesse inconsolable. J’avais parlé à cette amie avec tellement d’ardeur, qu’elle s’était peu à peu, mais étonnamment amenée à se trouver elle aussi intéressée par ce qui semblait être un roman pour nous, mais qui était un vécu pour lui. Alors bien sûr, à deux c’était tout de suite mieux,
moins gênant de marcher à ses côtés d’une façon anonyme tout en parlant d’une manière qui se voudrait naturelle. Mon amie professait en qualité d’infirmière, et malgré elle, s’épanchait souvent sur des historiques que racontaient parfois certains malades en fin de vie. Ce Monsieur qui ne paraissait pas souffrant mais qui ressemblait à un autiste, tant il restait dans sa bulle, lui apparaissait soudain, comme une urgence. Je rentrais chez moi presqu’à regret, car qui pouvait me dire quand éclaterait au grand jour cette aventure. Et quel temps perdu si au bout, il n’y a rien sauf une réelle invention de ma part ! Il faisait bon vivre à la maison compte tenu du froid qui sévissait et auquel nous n’avions pas eu le temps de nous accoutumer. La température était clémente grâce au poêle cheminée qui chauffait vigoureusement toute la superficie. Mon diner était prêt de la veille et je le fis réchauffer rapidement. J’aurais dû inviter mon amie Solange, elle est seule et serait venue diner avec nous. Mon époux était un pacifique, il paraissait simplement amusé par mes récits et mes préoccupations imaginatifs, il n’émettait jamais d’obstacle dans mes investigations. Il pensait que cela faisait partie de mes besoins existentiels. J’avais pris quelques jours de congés, et compte tenu que nous n’avions – pour si peu de jours – convenu d’un départ, je comptais m’en servir pour tenter d’évoluer un peu dans mon enquête personnelle. J’avais remarqué que mon « Monsieur », passait toujours aux environs des mêmes heures sur le port, où il cessait soudain son pas pour quelques minutes, juste le temps d’avaler un café. Je devrais dire pour être précise, quelques secondes pour « gober » son café, car à peine assis, le café servi, déjà il repartait.
Aucune manifestation de plaisir dans une probable détente que cet instant pouvait représenter pour d’autres. Alors pourquoi s’arrêtait-il ? Pas par fatigue puisqu’il ne se reposait pas, pas par soif non plus, ce n’était qu’un « ti-café », pas non plus pour une recherche relationnelle, puisqu’il ne regardait personne. Pourrait-on en déduire que le café le boostait, qu’il se sentait démuni d’énergie à cette heure-là ? Ou bien une ancienne habitude dont le corps avait gardé le besoin ?
Nous arrivions à la mi-avril et la météo était favorable à ce que l’on puisse « se découvrir d’un fil ». Les colombes roucoulaient juchées sur les branches d’un pin. Flâner en humant les odeurs du printemps était ravigotant.
Je travaillais à mi-temps dans un institut de langues, j’avais du temps pour notre famille, pour notre maison et pour moi. C’était plaisant. Solange, farfelue et quelquefois extravagante, m’amusait et me divertissait beaucoup par ses côtés et idées phénoménaux. Elle n’avait pas rencontré l’âme-sœur, et elle papillonnait facilement. De temps à autre elle se posait un peu plus longtemps sur une fleur qu’elle trouvait plus belle ou plus digne d’attention. Elle me contait ses liaisons toujours remplies de détails tantôt amers et tantôt croustillants. Parfois je sentais qu’elle enviait ma stabilité dans ce domaine. Sa frivolité n’était que superficielle.
Il était réel que la liberté était un atout dont on pouvait se lasser. Autant elle pouvait-être réjouissante si l’on avait subi et que la vie conjugale manquait d’harmonie, mais la liberté solitaire à longue échéance, pouvait devenir pesante malgré un confort cossu et confortable qui sclérosait, le partage restait bénéfique.
Elle les détestait également sous ses airs posés, souriants et aimables. Ils représentaient dans une partie de son inconscient, l’image du père indélicat qui venait d’enterrer son épouse,
mais en même temps, son veuvage. Ils étaient tous vils et veules, démunis de vertu. L’image de l’homme incarnait le synonyme de mépris. J’ignorais si parfois elle réfléchissait sur elle-même, mais elle me divertissait par ses réflexions et propos, par ses histoires compliquées. Elle se définissait comme une femme de luxe légère, et quand elle s’habillait de sa blouse blanche, une autre âme l’habitait. Elle ne mélangeait pas le monde professionnel et sa vie privée. Elle gardait l’anonymat. Les chirurgiens me narrait-elle, lui tournaient autour. Même si elle admirait leur travail le jour, quand leur esprit était pris par l’acte opératoire, l’image obsessionnelle de l’homme quand il retirait son masque, lui revenait. Elle était constamment dans la séduction. Cela la rassurait beaucoup. Comme si de son père, la seule chose importante à retenir, était la puissance du charme de la femme, et rien d’autre. Comme s’il fallait seulement cela pour qu’il aime. Et elle, petite fille n’avait aucune emprise sur ce genre d’attitude. Il n’avait pas été sensible à ses mimiques enfantines, alors devenue femme, elle déployait à fortes doses, toutes les qualités requises qu’il fallait, pour plaire à l’homme, celui qu’à chaque fois, elle comparait instinctivement à son père.
Comme elle avait dû souffrir, aucun homme n’était bien à ses yeux, même pas le mien je pense !
En analysant le caractère de Solange, soudain le cliché du « Monsieur » me revenait. Ils étaient un peu semblables en définitive sur certains points. Lui ne regardait personne, et elle faisait juste semblant de marquer une bienveillance, mais elle ne nourrissait qu’un sentiment destructeur à l’égard de la gente masculine. Et lui, le « Monsieur », alimentait-il le même sentiment envers le monde ?
Une citation dit : « L’indifférence n’appartient qu’aux gens cultivés ». Cela sous-entendrait, qu’indifférence est un mot, une notion inventés par des gens cultivés, mais que si on y réfléchit, même quelqu’un que l’on se voudrait d’ignorer, dans la mesure où nous le voyons et l’entendons, il est impossible de fermer concrêtement ses yeux et ses oreilles. Parfois rien que le fait d’entendre une personne que nous n’apprécions pas, nous exaspère. Alors en effet, on pourrait en décider que l’indifférence n’était qu’illusion. L’indifférence pourrait ressembler à de la protection et si on se protège c’est par crainte. Ne pas donner accès aux autres, c’était se garantir et s’abriter afin de ne pas souffrir, ne pas avoir mal. Si on connaissait ces notions c’était donc qu’on les avait acquises, qu’on les avait vécues… Mais oui cela doit-être cela… Alors le « Monsieur » ?… Solange demeurait dans un appartement douillet. On y ressentait une chaleureuse quiétude. Elle qui avait passé la plupart de son adolescence en internat, elle avait dû rêver et idéaliser son devenir.
Mon époux et elle, avaient eu du mal à sympathiser. Elle avait l’abord fier et savait tenir les gens à distance. J’avais toujours eu beaucoup de difficultés à l’imaginer compatissante au chevet d’un patient. Parfois les humains s’entendaient et entretenaient des relations étroites avec des êtres, sans vraiment les connaître. Je la pensais sensible en profondeur, mais il fallait que ce ne soit qu’à bon escient. Elle ne se dispersait pas. Tout chez elle était centré. Sûrement qu’elle était plus dans l’évidence, compte-tenu de son passé. Elle ciblait rapidement les sujets où elle avait lieu de s’investir. Elle concentrait son énergie.
Les beaux jours enfin installés nous procuraient l’envie de sortir davantage et plus tard, car la ville était animée. Jamais je n’avais remarqué le « Monsieur », en dehors de ses horaires matinaux, ni non plus, je l’avais croisé dans un cinéma, dans une boutique, où à une expo. Quelle profession pouvait-il bien exercer, à quelles occupations ou loisirs pouvait-il bien s’intéresser ?
Solange terminait son travail vers quinze heures ce jour-là. Nous nous étions donné rendez-vous pour aller faire une longue promenade, tout le long du mail et de la plage. S’aérer,
respirer l’air iodé faisait le plus grand bien. Nous avions convenu d’aller diner dans un restaurant oriental, tous les trois, Solange, Claude et moi. La soirée fût agréable. Solange était toujours de compagnie appréçiable. Lorsque nous rentrâmes à la maison, il faisait encore une température bienveillante. Le restaurant se trouvait retiré de la ville, mais il avait une très bonne réputation, alors puisqu’il faisait encore bon, nous n’avons pas regardé à la distance.
Tout à coup, malgré la pénombre, j’aperçus une silhouette qui...