La Roue du Tarolié

La Roue du Tarolié

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Livres
560 pages

Description

« Le chemin du Tarolié entraîne le lecteur vers des considérations philosophiques et pratiques par le biais d'explications non prouvables, si l'on se réfère à notre mode de préhension habituelle des choses. Toutes ces affirmations doivent être regardées uniquement comme hypothèse de travail ; le seul moyen d'y adhérer étant de se lancer dans le déroulement du fait sans essayer de le raccrocher à une vision connue ou à un schéma déterminé. Cela rejoint quelquefois l'espace parallèle et le temps science-fiction, mais c'est une règle du jeu qu'il faut appliquer pour découvrir la cohérence du Tarolié. Pour celui-ci, l'évolution ressemble à une chorégraphie terminée, donc traitée comme un produit fini capable d'être manié par n'importe lequel d'entre nous ; et le chemin emprunté par le sens tarologique décompose chaque mouvement de ce ballet parce qu'il s'investit profondément dans la notion de bonheur humain et d'épanouissement personnel. »


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Date de parution 07 mai 2014
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EAN13 9782342022261
Langue Français

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Du même auteur



Pour Toi,
Éditions NCJ, Bordeaux, 1972
Le Cœur transformé,
Éditions Perret-Gentil, Genève, 1975
À vie déliée,
Éditions la Salamandre Guy Chambelland, 1983
Le Tarolié,
Éditions du Verseau, Toulouse, 1984
Mjra Bella,
Éditions Blanche, Toulouse, 1990
Illustration poétique des œuvres Picturales
de Ellinor Von Landesen, Allemagne, 1995
La Bellième fois,
Éditions Aldéran, Toulouse, 2002
Gossane,
Illustration de Sylvie Barraya
Éditions Aldéran, Toulouse, 2003
Évangélien,
Illustration de Sylvie Barraya
Éditions Aldéran, Toulouse, 2004
Dialogues insolites,
Éditions Aldéran, Toulouse, 2005
Le Commissaire l’Impasse,
Éditions Aldéran, Toulouse, 2008
Cléo-Phé,
Société des Écrivains, Paris, 2010
Transparente dolor,
Illustration poétique des œuvres Picturales de Sylvie Barraya, 2011 Léna Monnerot










La Roue du Tarolié

Tome I
















Société des Écrivains




















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Texte intégral

© Société des Écrivains, 2014


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illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code
de la propriété intellectuelle.


À Brigitte Bazin,
Kaliana Costes,
Jean-François Charamond,
et Eva Alibay

Pour leur aide efficace
à l’élaboration et à la rédaction
de cet ouvrage.


Le chemin intérieur du Tarolié



J’avais 5 ans
Sur la longue table de bois blanc, des cartes disposées en lo-
sange, des figures de toutes les couleurs, des points, des ronds, des
bâtons. Une main experte faisant valser les cartes, et chaque carte
racontant une histoire.
J’avais 7 ans
— Pourquoi faut-il les cartes pour dire les choses ?
— Parce qu’on voit dans les cartes.
— C’est toi qui vois, ou c’est la personne qui est avec toi qui dit
ce qu’elle voit ?
— Je dis ce que je vois, et la personne approuve ou non.
— Si elle n’est pas d’accord, qu’est ce que ça fait ?
— Moi je peux me tromper, mais mes cartes jamais.

Et c’est à cet âge que j’ai compris la valeur des cartes.
J’avais 9 ans
J’entends sonner. Je suis seule dans la maison. Je quitte à regret
le Comte de Monte-Christo et Mercèdes, et je me trouve devant un
homme fébrile d’impatience qui me demande si ma grand-mère est
là.

7 — Aviez-vous rendez-vous ?
— Non, mais c’est urgent.
— Corinne n’est pas là ? C’est pour une consultation.
— Oui, mais je l’attendrai.
— Ce sera peut-être long : voulez-vous que je vous les tire ?
— Tu ne saurais pas, me dit-il gentiment.

Cet homme a eu la délicatesse de se laisser faire et je me suis
emparée du jeu de ma grand-mère. Au lieu de faire un losange, j’ai
fait une croix de sept cartes et j’ai dit à mon « client »
l’information suivante :
« Elle est partie, mais elle va revenir. Elle n’est pas malade, elle
a seulement eu très peur. Elle vous téléphonera cet après-midi. »

Cet homme médusé m’a demandé si j’avais l’habitude de tirer
les cartes. Je lui ai dit :
« Non, mais si Corinne le fait, je ne vois pas pourquoi je ne
pourrais pas le faire. »
Ce monsieur m’a répondu :
« Entre vouloir et pouvoir, il y a un monde, le monde du Tarot,
justement. »

Trois mois après, au cours d’une conversation entre mes
grands-parents et une de leurs amies médecin, j’ai entendu ceci :
« Léna ne s’est pas trompée, sa femme a effectivement télépho-
né le jour même vers 15 heures. »
Et moi de claironner :
« Corinne, est-ce que c’est ça, la voyance ? »
Elle m’a répondu :
« Quelque chose comme ça, mais rassure-toi, tout le monde en a
(de la voyance) et ce que tu as fait n’est pas un exploit. »

Munie de ce brevet de simplicité involontaire, j’ai grandi avec
l’impression que cette faculté d’entrer dans les autres comme de se
baigner dans la mer était l’apanage de tout le monde d’une part, et
8 que c’était facile, d’autre part. Et jusqu’à ma vingt-cinquième an-
née, ce phénomène ne m’a plus préoccupée.
De temps en temps, il m’arrivait, dans des conditions analo-
gues, de me substituer à ma grand-mère, sans que je prenne
conscience de l’extraordinaire de la chose.
À la mort de ma grand-mère, j’ai hérité de son jeu sans avoir
l’intention de m’en servir jamais. C’est une cousine en détresse qui
m’a dit : « Avec le jeu de Corinne, je suis sûre que tu pourrais
m’aider. » J’ai donc voulu m’en servir comme dans l’enfance et je
me suis rendu compte qu’il n’était plus question de faire comme
Corinne, mais que les cartes me parlaient directement un tout autre
langage, à la fois ésotérique, mystique et philosophique, qui dépas-
sait largement le cadre du Tarot Divinatoire. J’en ai conclu qu’il
me fallait l’employer d’une autre façon.
Je me suis aperçue que je pouvais à la fois soulager un pro-
blème dans le présent, remonter dans le passé s’il y avait un lien
entre le problème du présent et le passé, et aller vers l’avenir d’une
part, et que je pouvais dégager un sens directif de l’existence non
seulement pour la personne qui était en face de moi, mais en géné-
ral. Pendant des années je me suis demandé comment capter le
message de développement personnel que me délivrait chaque
carte du Tarot, soit en consultation, soit quand je les examinais
dans l’intimité. J’ai cherché pendant dix ans, et, sur une plage
Corse, sous prétexte de faire de la poésie, ce dont je suis coutu-
mière, j’ai extrait de moi 104 petits textes auxquels je n’ai rien
compris, et que j’ai laissé dormir dans un tiroir au moins six mois.
Ma meilleure amie faisant le ménage est tombée sur ces textes,
les a lus (car j’avais laissé traîner mon cahier chez elle), m’a appe-
lée au téléphone et m’a demandé si vraiment j’avais l’intention de
ne rien faire de ces textes qui, si elle ne les comprenait pas, lui
semblait d’une telle portée, qu’elle me priait de les faire lire au
plus vite à un ami commun dans lequel nous avions toute con-
fiance.
— Qu’as-tu l’intention de faire de ces textes ?
— Que voulez-vous que j’en fasse ? Je n’en sais rien !
— Tu as des Tarots ?
9 — Oui.
— Tu as la passion des mots ?
— Oui.
— Tu dois délivrer ton message en passant par les deux.
— Mais quel rapport entre le Tarot et la littérature ?
— L’essentiel est qu’il y en ait un pour toi.

Perplexe, j’ai fait taper les textes et j’ai acheté un jeu de Tarot
de Marseille. Ma grand-mère ne se servant que du vieil Estrella, je
les ai portés à mon vieil ami.
— À chaque carte de Tarot correspond un texte.
— Mais comment vais-je les reconnaître ? Je n’ai jamais mani-
pulé les Tarots de Marseille !
— Le travail se fera par inspiration, comme la sortie des textes.

De plus en plus perplexe, j’ai étalé mes cartes par terre, mes
textes également, et je ne sais ce qui s’est passé, mais, une demi-
heure après, chaque carte était doublée de son texte. S’en est suivi
un travail de collage, j’ai reporté ce nouveau jeu à mon vieil ami
qui m’a dit :
« Pour tes consultations, sers-toi autant du texte que du symbole
de la carte. »
Symbole que j’ignorais totalement !…
Ainsi a commencé cette aventure.
Quelques mois après, un de mes amis, en regardant mes textes,
m’a dit :
« Si j’étais toi, je ferais des cours de philosophie spirituelle avec
ces textes. »
C’est entré par une oreille… et c’est sorti par l’autre.
Une de mes jeunes amies qui était présente lors de cet entretien,
faisait de l’astrologie. Elle m’emprunta trois de mes textes et les
présenta à son professeur d’astrologie en lui expliquant que j’avais
l’intention de donner des cours de philosophie du Tarot. Cet astro-
logue, fort intéressé, m’a envoyé deux élèves.
Comment fallait-il m’y prendre, et que devais-je faire ? Aucune
idée au départ. J’avais mes textes qui savaient tout, deux jeunes
10 femmes attentives qui attendaient tout de moi, et moi au milieu, qui
ne savait rien. Plus, quelque part au fond de la pièce, un magnéto
qui souhaitait faire son travail.
J’ai pensé qu’après tout si l’inspiration avait travaillé deux fois,
elle le ferait bien une troisième fois. J’ai lu mon texte (Le Bateleur)
et je me suis mise, croyais-je, à l’expliquer. Cela pendant une heure
et demie, sans interruption. Nous nous sommes séparées sans
commentaires. Mais, quand j’ai réentendu quelques jours après la
bande magnétique, j’ai compris ce qui s’était passé : effectivement,
j’avais été branchée ! Une part de l’Infini me dispensait un ensei-
gnement, et je n’avais qu’à le retransmettre.
Cette constatation m’a remplie de joie (ainsi que ma paresse na-
tive !) car, enfin, j’allais évoluer sans effort (depuis, j’en suis
revenue !) et surtout, j’allais pouvoir comparer la philosophie que
je recevais du ciel et celle dont j’étais pénétrée de l’intérieur depuis
l’enfance. À ma grande stupéfaction, la corrélation entre les deux
était parfaite, mais maintenant, il s’agissait non seulement de la
vivre, mais de l’enseigner, et cela simultanément…
Il y a vingt-cinq ans que je me livre à cet exercice, et je me suis
rendu compte, ainsi, que le Tarot pouvait être effectivement un
instrument de développement personnel.
11


Le chemin extérieur du Tarolié



J’ai appelé cette rencontre entre le symbole et le texte, LE TA-
ROLIÉ, c’est-à-dire la liaison entre le Tarot et le Cosmos, en passant
par le Verbe. J’aurais pu dire « Le Tarolien », mais j’ai trouvé
l’adjectif ici plus fort que le nom.
Par les cours de Tarot, j’ai découvert que chaque Tarolié repré-
sentait une partie de nous-mêmes, soit au niveau du comportement,
soit au niveau de la situation, soit au niveau de nos désirs profonds,
soit au niveau de notre possibilité d’être. Toutes ces parties sont
éclairées du besoin de faire retrouver à l’homme le chemin du bon-
heur.
Le Tarolié entend par bonheur l’épanouissement de l’homme
dans tous les domaines qui lui sont accessibles, y compris ceux
qu’il ne soupçonne pas encore, ou que l’existence qu’il s’est fabri-
quée a amputés chez lui complètement.
Le Tarolié m’a fait voir la différence entre l’homme naturel et
l’homme normal. L’homme naturel étant celui qui est à peu près
sain sur le plan physique, et l’homme normal étant celui qui se sert
de son naturel pour évoluer. De ce fait j’ai découvert à quel point il
nous était difficile d’être normaux dans la mesure où, par une dé-
gradation permanente du milieu, nous n’étions plus sains.
Premier objectif du Tarolié : retrouver la nature et le physique
par un comportement juste envers notre corps.
Deuxième objectif : retrouver la normalité découlant de cette
santé physique, en passant purement et simplement par la joie de
vivre.

Le naturel et le normal se valent, l’un ne doit pas prévaloir sur
l’autre. Ils doivent s’harmoniser entre eux, se lier sans opposition
13 volontaire. Cette fonction normal-naturel à la même seconde est
une fonction conciliatrice entre le naturel et le normal qui mène à
l’homme épanoui-réalisé.

L’essentiel pour le Tarolié n’est pas seulement de coller à
l’événement, mais de provoquer l’événement qui nous correspond
par un comportement juste découlant lui-même d’une harmonie
parfaite entre le Cosmos et nous.

Le Tarolié nous permet d’accepter notre contradiction fonda-
mentale oui-non afin d’arriver à comprendre notre élément
conciliateur qui est à la fois oui et non.
Exemple
Je veux manger un plat que j’aime (oui),
Mais je ne veux pas qu’il me fasse mal (non),
Alors je décide de ne pas en manger trop (oui-non).

Il ne s’agit pas d’escamoter un désir, le Tarolié ne connaît pas la
notion de sacrifice dans le sens d’amputation.
L’élément conciliateur ramène toujours à l’équilibre et à l’unité.

Le Tarolié donne à l’homme une importance d’instrument de
Bonheur, à condition justement que l’homme ne se prenne pas pour
un phénomène important.

Le Tarolié n’est pas une thérapeutique, sa particularité première
est de ne s’adresser qu’à des êtres qui veulent se réaliser à travers
un bonheur humain, donc qui conçoivent ce bonheur comme possi-
ble a priori. Il est impossible au Tarolié d’aider qui que ce soit qui
ne puisse pas comprendre le bien fondé de notre épanouissement
sur terre. Ce qui élimine tout sujet réellement dépressif ou trop
atteint physiquement.

L’étude du Tarolié demande d’être tout simplement sain de
corps et d’esprit, ou de tendre à l’être.
14
Le Tarolié ne rejette pas le négatif, mais il s’arrange pour que
nous prenions conscience de donner dans notre vie une place plus
grande à la lumière qu’à l’ombre. Il dit ceci :
« À partir du moment où la lumière dépasse un tant soit peu
l’ombre, vous êtes sur le chemin du positif. Il ne s’agit pas de nier
l’ombre, mais de la laisser à sa place, c’est-à-dire d’être le levier
de la lumière. »
Exemple
Je marche au soleil, je vois mon ombre, je compare sa taille à
l’immensité du soleil autour de moi.

Le Tarolié nous fait découvrir notre point de stabilité intérieur.
Ce point étant notre recherche d’un réel que la vie ambiante nous
empêche de découvrir mais que nous portons en nous.
La Tarolié réconcilie en nous l’exister et le vivre. L’exister
étant l’acceptation du corps, des fonctions vitales de ce corps et de
ses possibilités naturelles, cela sans dévalorisation de cet outil dont
nous ne pouvons nous passer. Le vivre étant toutes les possibilités
qui affleurent en nous à partir du moment où l’exister est respecté.
Explication
Si je me sers de mon corps correctement dans tous ses possibles
positifs, mon esprit lui aussi voudra fructifier et par lui je jouirai
du plaisir d’exister et de me servir de toutes mes facultés humai-
nes.

L’exister (l’existence) est la manifestation du Cosmos Universel
passant par l’Homme.
Le vivre, (le vécu) est la manifestation de ce que l’Homme fait
de son exister (existence).
15 Exemple
J’accomplis mes fonctions visibles normalement = j’épanouis
mon exister.
Je donne un sens à mon exister en faisant de la peinture jusqu’à
ce que cela devienne en moi une philosophie = j’épanouis mon
vivre.
Il en découle que pour le Tarolié, le bonheur de l’homme est à
la fois l’harmonie de son exister, plus l’harmonie de son vivre, en
donnant une égale importance aux deux, mais en faisant ressortir
l’impossibilité du vivre normal sans l’exister sain. Pourtant, il ne
s’agira jamais pour le Tarolié de privilégier l’un ou l’autre ou de
penser qu’on ne peut vivre qu’avec l’un ou l’autre.
Par contre le Tarolié s’ingénie à supprimer le vécu douloureux
de l’homme, car il s’est rendu compte que la société a évolué de
telle façon qu’elle a fait le tour de force de rendre malheureux des
êtres dont l’exister était sain au départ. Plusieurs fois, en consulta-
tion, j’ai entendu des gens exprimer leurs problèmes qui leur
paraissaient insolubles parce qu’ils s’imaginaient à tort n’être pas
assez sains pour s’en débarrasser. Or, leur manque de santé n’était
que le produit de leur environnement.
Pour toute sa démarche, le Tarolié voudrait que l’homme attei-
gne enfin sa réelle taille d’homme, c’est-à-dire d’être adulte, mais
non dans le sens où nous l’entendons d’habitude, car adulte, ici,
veut dire épanoui.
Les Tarots de Marseille sont présentés ici selon un ordre qui, lui
aussi, m’a été inspiré. Mes Lames sont disposées en quatre tas.
Chacun de ces tas a une signification très précise :

- Les Lames Majeures proprement dites, qui représentent
les 22 portes à la fois psychiques, physiques, subtiles et
évolutives de nous-mêmes.
- Les 16 Figures, les valets, cavaliers, dames et roys de
Coupe, de Deniers, d’Épée et de Bâton, qui représentent
nos actions, nos projets, – nos pensées et nos motivations
affectives.
16 - Les 22 Lames Mineures marquées du signe Im (Images),
qui complètent les lames majeures.
- Les 22 Lames Mineures marquées en haut du signe Sg
(Signes), qui complètent les 16 figures.

Cela fait 82 lames en tout, alors que le Tarot de Marseille n’en
comporte que 78. Car il m’est venu quatre textes en plus sous ins-
piration, et je les ai incorporés aux Lames Mineures dans ma
pratique. Ils sont devenus des Textes de Chance, qui éclairent eux
aussi l’individualité de celui qui les sort.
17


Avant-propos



L’intelligence extraordinaire de l’Homme se met rarement au
service de son bonheur terrestre : cette constatation a donné nais-
sance au Tarolié. Celui-ci est une pluralité de relations entre
chaque lame du Tarot et chaque individu qui la consulte.
Il sera plus souvent fait appel à l’individu de chaque personnage
tarologique comme étant le détenteur philosophique du Tarolié –
ce personnage représentant le « JE » du lecteur.
Le Tarolié s’appuie sur un postulat : on arrive sur Terre pro-
grammé au positif à 100 % mais, à cause du jeu de la destinée
conjugué à celui de nos erreurs dues au mouvement, cette pro-
grammation se détériore.
Seulement l’Homme en garde l’empreinte dans ses gênes et au
plus profond du meilleur de lui-même (le meilleur de ses « MOI »).
Le bonheur = choisir entre deux positifs
Le malheur = choisir entre deux négatifs
Le chemin de l’origine et de l’épanouissement est celui de
l’Homme non stressé que l’on porte en soi, sans l’avoir jamais vu.
Le Tarolié exploite cette nostalgie, sachant qu’elle repose sur un
REEL.
Pourquoi ce nom de Tarolié ?
C’est la densité tarologique liée à la parole, qui mène à la com-
munication avec lui-même et autrui, de celui qui observe et
travaille chaque lame. Chacune des 22 lames du Tarot de Marseille
sera assimilée à une pulsion de l’Homme.
19 Le Tarolié assimile donc l’ensemble des lames du Tarot à la
portion de vie utilisée par chacun d’une part, et à la manière dont il
s’en sert d’autre part. Cela donne un résultat qui devient un chemin
de vie. Celle-ci est une rencontre, elle traverse l’Homme program-
mé pour entrer en contact avec elle selon la compréhension qu’il en
perçoit. De ce fait, l’étude de chaque lame sera plus ou moins lon-
gue selon l’étape de l’existence qu’elle incarne.
C’est à la fois une déculturation de l’Être au niveau de l’appris
et sa reculturation au niveau de l’inné ainsi que du parti qu’il peut
en tirer avec ses qualités propres dans un vécu épanouissant ; ceci
au moyen d’un comportement adéquat.
L’auteur a suivi volontairement le développement à la fois ins-
piré et réfléchi de chaque lame. Il part du principe que, si les 22
pulsions de l’Homme sont fondamentales, elles ne reflètent pas la
même importance au niveau de l’ordre dans lequel elles sont em-
ployées et utiles au cours de la vie.
La Route de la Fortune (lame 10 – pulsion de la chance) est en-
core plus nécessaire que le Bateleur (lame 1 – pulsion du
commencement) mais pouvant et même devant intervenir après la
lame 10, alors que les deux sont indispensables à l’épanouissement
humain. Le Tarolié a gardé l’ordre chronologique des cartes ; mais
en fait chaque lecteur rétablira un ordre concordant à sa façon
d’intégrer les lames selon ce qui lui convient au niveau de
l’information que lui livrera chacune d’entre elles. C’est un équili-
bre à atteindre entre l’inné et l’acquis : l’inné provenant du
fonctionnement d’un modèle déposé au fond de nous qu’il faudra
faire ressurgir, et l’acquis provenant du résultat obtenu par un vécu
positif issu de ce fonctionnement.
Quels sont les buts du Tarolié ?
- Permettre et faciliter le bonheur de vivre en faisant affleu-
rer à la conscience tout ce qui peut y concourir. Le résultat
de cette investigation est de révéler à chacun d’entre nous
le comportement de l’Homme non stressé.
20 - Le Tarolié s’attache à vouloir faire coïncider notre vision
intérieure avec notre vision extérieure des choses, donc re-
donner aux mots galvaudés leur substance première qui
s’est figée au cours de nos erreurs et de nos déviations de
comportement.
- Le Tarolié fait la différence entre la pulsion fonctionnelle
de la carte qui porte son nom (ex : pulsion Bateleur – pul-
sion Papesse, etc.) et le fait que celles-ci soient habitées par
le sens de soi qui revient à être en position de Bateleur –
Papesse, etc.

Le Tarolié s’attache bien sûr à « en position de » et non à la
pulsion fonctionnelle expliquée pour information. Or, cette « posi-
tion de » n’est valable qu’au moment où l’individu pratique le Mat
de sa pulsion, c’est-à-dire son top niveau évolutif et épanouissant
sur le plan du bonheur terrestre au moment précis où il agit (point –
Mat).
Si nous portons les 22 pulsions en nous, il y en a toujours une
ou plusieurs qui dominent au niveau de chaque Être et celles-ci
nous parleront plus que toutes les autres réunies. Il revient à chaque
lecteur de privilégier ses tendances bénéfiques primordiales et de
justifier ses tendances négatives ou destructrices toutes aussi fon-
damentales.
Cela lui permettra en outre de découvrir la carte maîtresse de
son jeu intérieur, et donnera à chacune une image vivante supposée
saine de l’Homme non stressé car on connaît l’autour, ainsi que
l’entour mais on ignore l’en-soi.
On en reviendrait à faire le pari de Pascal : décider que le che-
min du Tarolié équivaut à aller vers le bonheur de vivre et que,
pour le savoir, il n’y a qu’une possibilité : l’expérimenter.
Le lecteur s’apercevra qu’il peut se servir des 22 pulsions dans
n’importe quel ordre. Tout dépend de l’importance du problème
envisagé ; toutes les lames sont donc interchangeables sauf la pre-
mière et la dernière (1-22) : le Bateleur personnifié en l’élan qui
précède tout acte et le Mat personnifié en la sagesse qui suit toute
21 finition de l’acte. On part du Bateleur et on tend vers le Mat par de
multiples combinaisons des autres pulsions.
Hypothèse de travail
Le Tarolié part du principe que tout Homme est équilibré a
priori, mais endormi évolutivement ou sur le plan de
l’épanouissement, sans tenir compte des malversations de
l’existence. Cet équilibre retrouvé et conscientisé redonne le com-
portement de l’Homme non stressé.
Le Tarolié précise n’avoir jamais vécu ce dit comportement
dans sa plénitude et il propose au lecteur une hypothèse de travail
ainsi énoncée :
- j’essaie de réaliser un comportement naturel et idéal afin de
m’épanouir et d’être heureux sans tenir compte de mes
failles, dans le but d’approcher ce modèle déposé que je ne
connais pas, tout en étant certain de son existence. Je dois
en retrouver le fonctionnement en laissant de côté mon ex-
périence et les raisons-béquilles qui m’aident à vivre.

Le Tarolié pose comme a priori :
- ce qui m’épanouit réellement est vrai,
- ce qui me rétrécit réellement est faux.

Dans cette approche, le Tarolié fait appel davantage au vouloir
originel du lecteur qu’à sa volonté, c’est-à-dire à ce qu’il désire
dans le très profond de lui-même et non à ce qu’il veut parce que…
Pour lui, le vouloir exprime une décision libre du sujet, tandis
que la volonté exprime un effort approbateur de ce que les autres
ou les circonstances en attendent.
Le vouloir est beaucoup plus sélectif dans la mesure où il tou-
che à l’exigence intérieure.
L’Homme stressé, appelé encore « l’Homme Premier », tout
comme le bonheur ne peuvent se rencontrer et s’unir dans
22 el’Homme actuel du XX siècle que par un comportement juste dans
le sens adéquat ; mais qu’il faut faire revivre en s’appuyant à la
fois sur l’imaginaire, le vécu des lames, et l’expérience de bonheur
personnel de chacun.
Comme en réalité personne ne sait ce qu’est le bonheur, on
pourrait l’appeler également « bonheur déposé » car ce n’est que
dans le mouvement de la vie non forcée sur le plan humain qu’on
peut affirmer : « Ça c’est le bonheur et ça c’est l’Homme Pre-
mier ». La chance que le bonheur incarne reste statique et nous
devons l’amener à nous (Roue de la Fortune) selon l’adage :
« C’est le premier pas qui compte ».
Le chemin du Tarolié
C’est une écriture progressive qui permet à ceux voulant accé-
der au bonheur de vivre de se mettre en « palliatif » donc en
position d’intermédiaire entre le Ciel et la Terre.
Le Tarolié essaie de présenter les lois humaines et cosmiques
dans leur fonctionnement le plus approprié au bonheur de la condi-
tion humaine. Il s’ensuit une sorte de vérité de l’Être : essayer de
tisser un canevas dont l’authenticité et l’intuition sont les atouts
majeurs et les instruments tels le fil et l’aiguille de cette trame.
Ce chemin suit à la trace les observations d’un objet de pure
tradition culturelle : le Tarot de Marseille. C’est un exemple typi-
que d’amalgame entre la culture du passé et l’intuition présente
afin d’en faire l’outil de perfectionnement de soi, d’avenir.
Les 22 lames du Tarolié se décomposent comme suit :
- du Bateleur à l’Ermite, (l à 9) = lames de comportement,
- de la Roue de la Fortune à la Tempérance, (10 à 14)
= lames d’action,
- du Diable au Mat, (15 à 22) = lames d’état.

Le Bateleur, le Diable et le Mat font partie des trois.
23 Pour le Tarolié, la philosophie ne se représente pas comme une
acculturation de l’Homme mais une réserve de l’Être, une tradition
puisée dans son inné et habillée d’un acquis évolutif.
L’inné = l’acquis et vice versa, ce qui exclut toute morale tradi-
tionnelle.
Le déroulement des 22 pulsions peut s’interpréter comme suit :
les 13 premières cartes du Bateleur à la Mort (1 à 13) délivrent un
message de comportement de soi par rapport à soi-même et les 9
dernières cartes de la Tempérance au Mat (14 à 22) délivrent un
message relationnel avec l’autre.
Le bonheur de l’Homme se situe à l’intersection de ces deux
courants qui correspondent aux deux moitiés essentielles de notre
existence :
- la construction de nos valeurs individuelles,
- l’échange de ces valeurs avec les autres.

Le chemin du Tarolié entraîne le lecteur vers des considérations
philosophiques et pratiques par le biais d’explications non prouva-
bles, si l’on se réfère à notre mode de préhension habituelle des
choses. Toutes ces affirmations doivent être regardées uniquement
comme hypothèse de travail ; le seul moyen d’y adhérer étant de se
lancer dans le déroulement du fait sans essayer de le raccrocher à
une vision connue ou à un schéma déterminé.
Cela rejoint quelquefois l’espace parallèle et le temps science-
fiction, mais c’est une règle du jeu qu’il faut appliquer pour décou-
vrir la cohérence du Tarolié.
Pour celui-ci, l’évolution ressemble à une chorégraphie termi-
née, donc traitée comme un produit fini capable d’être manié par
n’importe lequel d’entre nous ; et le chemin emprunté par le sens
tarologique décompose chaque mouvement de ce ballet parce qu’il
s’investit profondément dans la notion de bonheur humain et
d’épanouissement personnel.
Le résultat de cette chorégraphie, donc le ballet prêt à être exé-
cuté, aura certainement une structure complètement inconnue de
nous tous – y compris l’auteur – pour la raison essentielle que le
Tarolié en premier – et nous avec – ignore totalement le compor-
24 tement global d’un Homme non stressé. On ne peut se le représen-
ter à aucun niveau. Le tour de force de cette hypothèse est de partir
d’une origine inconnue mais non inventée telle « l’Homme n’ayant
jamais souffert », pour déboucher également sur un comportement
inconnu comme donnée fondamentale pouvant nous mener vers
une approche du pourquoi de notre création.

La seule donnée que le Tarolié possède demeure la certitude de
savoir à la fois intuitivement, d’expérience et par cohérence
d’esprit, le chemin a prendre malgré les deux inconnues en ques-
tion pour voir se profiler en filigrane le visage de l’Homme
heureux dont nous portons à l’intérieur de soi le modèle déposé.
Le Tarolié part du principe que l’on ne peut avoir la nostalgie
que de ce qui existe quelque part. Or la loi des correspondances
meuble la hantise de tous ceux qui cherchent le bonheur sur Terre.
Cette loi nécessite l’éclaircissement d’un certain nombre de don-
nées dont s’est nourri ce livre.
Quelquefois, l’auteur parle au nom du Tarolié et vice versa ;
mais en réalité, c’est une philosophie du comportement qui décide
de s’exprimer en tant que telle. Elle ne s’implique pas dans la vie
de l’auteur comme son porte-parole au niveau du résultat obtenu
selon les inconnues abordées plus haut, mais réfléchit ses pour-
quois initiaux.
Il est entendu que les interprétations de chaque carte
s’interpénètrent, mais le Bateleur comme le Mat ont un impact plus
important dans la mesure où le premier commence une action qui
cheminera à travers les 20 autres lames jusqu’au Mat qui la termi-
nera dans l’apogée de sa forme. Chaque lame signifiant une
impulsion nouvelle indique que le lecteur sera toujours en position
de Bateleur, ce qui ne l’empêchera pas de travailler chaque pulsion
à la hauteur du Mat – c’est-à-dire au niveau jugé le plus élaboré par
lui-même pour lui-même.
Cela revient à penser que l’Homme doit se débrouiller avec le
plaisir et la joie d’avoir été créé sans chercher pourquoi il l’a été.
C’est une question inutile et sans réponse.
25 Le bonheur humain est toujours du côté de la création, jamais
de celui du créateur, car en effet sa création ne lui appartient pas
parce que douée d’une vie propre. On est confronté à cette vérité
dans les moindres détails de la vie quotidienne (un enfant, un art).
Le Tarolié a une vue holistique des faits et fuit la spécialisation
à outrance. Il faut être soi dans son savoir-faire mais non un spécia-
liste à œillères.
26


Le Bateleur.
(Lame 1)


Tout à l’orée du cœur
Je suis le Bateleur
Je commence un bonheur
Me découvrant lueur
De ma nudité-fleur
Et les fils baladeurs
Entre les pions rieurs
Des objets découvreurs
Me certifient preneur.



Le Bateleur est la pulsion du commencement, l’état dans lequel
se trouve tout être humain au moment où il entreprend une action
pour la première fois ; ceci sur tous les plans : personnel, indivi-
duel et situationnel. Sur sa table, s’étalent tous les instruments
nécessaires pour démarrer. Il examine un à un les objets et les sé-
lectionne en discutant, pas à pas, avec lui-même. C’est une lame de
respiration vive, forte et colorée. Le Bateleur symbolise le bateau
qui bat l’heure, le moment de partir à la recherche de l’origine de
son action. Il décide de lui-même de répertorier ce dont il peut
avoir besoin pour sa réussite du moment.

Bateleur = voyage = Espace = Ouverture

C’est un passage en revue de toutes ses possibilités, ses chances
et ses dons.
27 Être Bateleur, c’est débuter son propre voyage en profitant des
quatre éléments (feu, air, eau, terre) et en suivant leurs conseils. Ce
personnage comporte de la jeunesse, de l’incertitude et de la fraî-
cheur. Devant la vie, il ne maîtrise pas l’expérience de sa direction.
Il tient le monde dans la main droite et le bâton de l’élan de son
vouloir dans la main gauche ; ceci à la façon d’un jongleur ou d’un
acrobate. Le Moi-Bateleur ne dit jamais : « Je ne peux pas… je n’ai
pas les éléments pour… il me manque ceci… ça n’existe pas… je
suis incapable de… ». Il est toujours initiateur d’une route nouvelle
pour lui-même et aidé de sa baguette de sourcier. Il a besoin
d’ordre et désire tout organiser en fonction de ce qu’il veut faire et
en s’impliquant fortement dans son commencement. Le Bateleur se
rend compte de la difficulté ou de l’inaccessibilité d’un commen-
cement qui peuvent provenir soit de s’être trompé d’élément, soit
d’avoir mal évalué « l’indispensabilité » de celui-ci à son bonheur
de vivre. Il débute à la fois sur sa propre route et avec les éléments
justes. À partir de ce moment-là, le temps imparti pour agir ne lui
est plus compté et le destin va dans son sens. Il amorce son action
présente sans référence au passé, ce qui lui donne la sensation
d’être neuf. Il sait l’importance de l’enjeu, mais ne s’obnubile pas
sur son résultat ; ce n’est pas une lame d’expérience ; il évite la
sienne trop balbutiante et celle d’autrui trop imprégnant tout. Il doit
faire attention à ne pas truquer la justesse de son action, en rempla-
çant son manque d’expérience par du bluff.

Cela nous ramène au Bateleur de nous-même qui doit veiller à
ne pas nous cacher quelque chose d’important que nous ne voulons
plus regarder en face sous prétexte de passé douloureux. Le Bate-
leur se détourne de tout charlatanisme. Être en état de Bateleur
signifie un sens du renouveau alimenté par l’impétuosité de son
élan. C’est une lame de disponibilité. Malgré son enthousiasme, il
demeure lucide devant le sérieux de l’acte à accomplir. Il incarne à
la fois l’auteur et l’acteur de sa création. Ainsi, il s’ouvre la porte
et veille à ce qu’elle ne se referme pas (fausses routes et mauvais
éléments).

28 Plein de dons, il choisit avec les éléments d’un commencement
profitable. La nature Bateleur est riche et foisonne d’envie de cou-
rir plusieurs lièvres à la fois, d’où la nécessité de choix ; mais il se
sert beaucoup de sa facilité à canaliser ses efforts.

Être en position de Bateleur au niveau du quotidien permet
d’axer sa vie présente sur trois ou quatre directions prises avec
justesse. Sa volonté de clarté au départ le met en présence des élé-
ments essentiels sans se tromper sur leur qualité. Son élan le
conduit vers un positif utile. Il ne se complaît jamais dans l’à-peu-
près, le malgré tout ou le parce que, et contrôle son élan-pulsion.
Le temps travaille pour lui ; il n’est jamais animé d’un sentiment
d’urgence ; il table sur ses possibles ou son possible de l’instant.

Ce personnage déclenche et enclenche une situation par les
éléments de son choix. Son but ne consiste pas à mener à bien ou à
terme une action. Pour ce faire, il compte sur les 21 autres pulsions
tarologiques que nous étudierons au fur et à mesure.

Le Bateleur s’inscrit dans une démarche inéluctable : la mise en
marche de la pulsion-matière qui lui fera tenir sa place au niveau
de l’ouverture de son action. Il s’élance dans celle-ci, sain de corps
et de cœur, et en pleine possession de ses moyens. C’est le con-
traire du fait d’entreprendre n’importe quoi à n’importe quel
moment et de n’importe quelle façon. Cette lame indique déjà
comment, d’entrée de jeu, il convient d’appréhender une situation,
un événement ou une relation dans les conditions optimales de
réussite. La pulsion du commencement, voisine de la pulsion créa-
trice, implique une décision préalable portée par l’élan.

Le Bateleur est adroit sur le plan physique et habile sur le plan
mental. Il réunit en lui la force de l’adresse et la création de
l’habileté (il porte bien son habit). Ce personnage se tient le lan-
gage suivant : « J’agis avec le meilleur de mes Moi ».

29 Le Bateleur colle à l’événement, ce qui diminue sa peur et son
angoisse. Il ne l’interprète pas, ne s’intéressant qu’à sa propre fa-
çon de se jeter dans une action sans dramatiser. Il est présent à ce
qu’il fait. La pensée préexistant à son vouloir disparaît. Il ne manie
absolument pas le jugement de valeur afin de demeurer sain
d’esprit. La position du Bateleur est neutre dans la mesure où son
élan n’est entaché consciemment ni de son sous-Moi ni de son sur-
Moi. Il se coule dans l’action sans chercher à la réussir à tout prix,
mais examine tous les aspects de son comportement face au com-
mencement de l’action, ce qui supprime le porte-à-faux. Il se jette
dans son faire comme s’il était maître de la perfection de son
commencement, posé comme a priori au niveau de l’élan. Sa règle
d’or consiste à tenir à sa disposition tous les éléments conformes
selon lui, afin d’esquisser quelque chose de vraiment important à
ses yeux.

Le Bateleur établit le début de son acte en partant de son propre
pouvoir. L’action commencée peut prendre corps avec lenteur,
l’essentiel étant sa détermination face à elle. Il ose toujours entre-
prendre puisque agissant pour le compte de son épanouissement
personnel. Le Bateleur ne se laisse flouer ni par les sentiments
d’autrui ni par les siens devant un commencement d’actes qu’il sait
lui être profitables. Le sentiment juste (dans le sens de vrai) naît
avec l’élan mais n’intervient plus pendant le déroulement de l’acte.
Il est chargé avant tout de ne pas rater son début d’actes sans ex-
trapolation sur la manière dont l’action va se terminer dans le sens
de ne pas rater sa rentrée en scène au théâtre – c’est un pragmati-
que.

À l’orée d’une action, le Bateleur ne se laisse pas modeler par
son émotivité ; celle-ci gênerait sa correspondance intérieure avec
son faire. Il ne se pose jamais la question de confiance par rapport
à lui-même et à son acte, et encore moins à ses conséquences ;
l’essentiel étant d’entreprendre sur sa voie, ce qui lui enlève la
notion de l’impossible. La seule question intéressante sera :
« M’épanouira-t-elle ou pas ? », ce qui supprime toute inutilité. Il
30 ne se demande jamais si le possible proposé est faisable ou non,
mais plutôt épanouissant ou stressant. Le Bateleur part du principe
qu’aucun acte n’est impossible quel que soit le plan sur lequel on
se situe, si celui-ci est porteur d’un bonheur de vivre. Sa position
naturelle est triple :
- pouvoir tout élaborer à partir du moment où cette amorce
enrichit le meilleur de ses Moi,
- faire appel individuellement et consciemment à sa liberté
face aux choix des éléments que lui demande son discer-
nement,
- suivre avec sérieux le jeu de son destin.

Son seul grand possible est d’avoir une confiance à la fois lu-
cide et aveugle dans son fonctionnement d’être humain d’une part,
et aux résultats de ce fonctionnement d’autre part si inconnu soit-il.

Le Tarolié rappelle qu’il ne se réfère ici qu’au comportement et
au fonctionnement de l’Homme non stressé ; ceci posé comme un
absolu qui nourrit et gère chaque lame du Tarot. Le Bateleur sait
que ce qui lui convient fondamentalement pour son bonheur terres-
tre est possible. Rien ne lui semble difficile si sa connaissance de
lui-même admet que cela participe de son évolution. Il se centre sur
le commencement de son action en jonglant avec les difficultés
extérieures sans les exagérer afin qu’elles ne se transforment pas en
obstacles insurmontables. Il infléchit son vécu dans le sens de son
action. Le Bateleur ne débute jamais en position d’échec. Il ne
constitue jamais non plus son propre obstacle. Les portes de sa vie
s’ouvrent ici. Il n’ignore pas la densité plus forte du positif par
rapport à celle du négatif, ce qui l’oblige à mettre son optimisme
au service de son action. Sa sensibilité se place en harmonie avec
son entreprise pour la bonne raison que, s’il ne savait pas intuiti-
vement qu’en cas de réussite cela l’épanouirait, il ne s’y plongerait
pas. Ici, « aimer ce qu’il fait » veut dire « se laisser épanouir par ».

31 Le Bateleur ne s’analyse pas mais s’accomplit en rentrant dans
la chose en question sans connotation ; c’est comme le saut d’une
certaine hauteur sans angoisse préalable. C’est un des traits de la
simplicité de son comportement. Il comprend le pourquoi de son
vouloir faire telle chose plutôt qu’une autre, sans chercher à savoir
s’il y aura réussite, tout en sachant au fond de lui qu’elle ne peut
pas ne pas avoir lieu, dans la mesure où il se trouvait dans les con-
ditions requises au moment de son élan. Il n’y a jamais d’écran
entre lui et son commencement, car la raison de ses choix se trouve
en lui-même. Il œuvre d’abord pour lui, quoique sans indifférence
envers autrui. Il travaille un équilibre en prenant conscience de son
exigence de commencement, mais sans être tendu. Il reste souple
face à ses moyens d’agir, ce qui ne minimise pas sa sélectivité na-
turelle en regard de ces dits moyens.

Le Bateleur est un vrai joueur. Il respecte cet élément constitutif
du fonctionnement de l’Homme non stressé, à savoir : l’importance
du jeu et de l’enjeu. Le Bateleur observe des règles de vie pour peu
qu’elles aillent dans le sens de son épanouissement. Il préfère jouer
sans tricher, ce qui lui assure souvent la réussite. Il s’implique dans
son action avec profondeur mais la réalise en tant que joueur sans
en perdre l’esprit. C’est un bâtisseur de la Pièce Éternelle qui lance
ses dés et sait lire les inscriptions gravées sur ce qui retombe. Par-
fois, il se sent magique et voudrait boire à la coupe de la réalisation
et manger le pain de son bonheur de Terre. Il voudrait tout réussir à
l’aide des quatre éléments. Tantôt il préfère les fruits de la Terre,
tantôt il s’en réserve les fleurs, tantôt il est le bandit de grands
chemins, tantôt l’instigateur d’une route nouvelle. Au-dessus de sa
tête, se voit le huit de l’infini qui indique la fin d’un cycle et la
naissance d’un autre. On s’aperçoit de son lien avec la Roue de la
Fortune, dixième lame du Tarot et dixième pulsion de l’Être, celle
de la chance. L’association Bateleur-Roue de la Fortune assure la
réussite à n’importe quel jeu qui va dans le sens de
l’épanouissement de soi, pour peu qu’on en ait adopté les règles.

32 Le Bateleur n’a pas la notion de perte puisqu’il joue avec tout
son Être et mise sur le positif de la partie à jouer. Il ne se bat pas
contre des règles mais les intègre avec intensité. Il fait corps avec
son commencement à telle enseigne que cela lui supprime la sensa-
tion consciente d’effort et de lutte. C’est l’intention positive qui
compte. La vie lui demande un effort juste qui facilite la tâche à un
moment précis en le faisant jouer juste ; il n’est jamais en dehors
du coup, ni spectateur, ni ne s’amuse dans le sens négatif du terme
(amuser = user l’âme = à muser = perdre son temps). Pour lui, le
bonheur humain des autres repose sur la qualité de son bonheur
personnel.

Étant donné que le Bateleur commence toujours une action dé-
veloppant ses facultés d’être heureux, il ne tombe pas dans le piège
du faux métier : celui entrepris soit pour une raison purement utili-
taire, soit pour ne pas avoir à cerner celui qui conviendrait. Ceci
laisse supposer que l’on peut devenir Bateleur à tout âge, quelle
que soit la difficulté du moment présent. Il suffit de reconnaître
qu’un commencement entrepris ne nous concerne pas pour déboîter
et réintégrer sa route de Bateleur. Celui-ci supprime cette fausse
loi : « Fais n’importe quoi, mais fais quelque chose – le Tarolié ne
regarde pas ce précepte sous l’angle thérapeutique mais sous celui
de victoire essentielle pour l’épanouissement de soi – le « Si cela
ne va pas bien en toi, occupe-toi de l’autre », est remplacé par
« Puisque cela va bien en toi, après avoir impulsé ton action, tu
peux te pencher sur l’autre ». La vision de soi du Bateleur n’a au-
cun rapport avec le narcissisme. C’est appréhender son existence à
toutes les secondes sans se prendre pour le nombril du monde. Il ne
donne pas la priorité aux qualités indispensables pour débuter telle
ou telle chose, mais a la sensation de bien-être ressenti en la pour-
suivant. Et il est bien rare qu’à ce bien-être ne correspondent pas
les qualités requises pour ce faire.

Cette lame ne se fonde pas sur la compétence, mais sur les pos-
sibilités d’épanouissement suscitées par l’emploi des éléments
appropriés au commencement d’une action. Sa façon d’agir ne
33 comble pas un manque, ni ne se prend pour une compensation ou
un refus de voir les choses telles qu’elles sont. Il ne fuit pas et dé-
joue ce genre de piège par la conscientisation. Le moment où
quelqu’un se pose la question : « Est-ce que ceci me concerne, ou
suis-je en train de compenser ? » prouve sa position de Bateleur.
Celui-ci agit juste et embellit l’entourage (Toute âme qui s’élève
élève le monde). Le Bateleur n’agit pas dans le sens de la régres-
sion de l’espèce. Il respecte sa programmation d’Homme non
stressé. Pour cela, le choix des éléments justes suffit à le mener
vers son évolution épanouissante sur l’élan, moyennant quoi il peut
recommencer la même action autant de fois qu’il le décide sans se
soucier de la marche du temps (la même action ou une autre, peu
importe).

Le Bateleur n’est pas un perfectionniste mais un équilibriste qui
vit avec plaisir et se propulse toujours dans le sens de son autosa-
tisfaction. Il s’avère, tout de même, que ce personnage doit être un
minimum doué pour ce qu’il entreprend ; cela le conduit à recon-
naître sa vocation. Cette position attire l’attention de l’autre qui
s’en nourrit pour ses propres commencements. Le premier Bateleur
joue l’effet de miroir sans se substituer au second ; mais si ce der-
nier se joint à lui dans les mêmes dispositions d’esprit, cela créera
un double accord harmonieux. Ce simple fait donne à celui qui le
regarde une sensation de perfection dans le faire, alors qu’en réalité
cela ne sera qu’un point de perfection glissé dans la façon de com-
mencer. C’est une sensation semblable à celle éprouvée devant
quelqu’un donnant globalement l’impression d’être beau et qui,
dans le détail, ne l’est pas. Il s’agit du charme dans son sens le plus
élevé et le plus pur, allant jusqu’à la fascination sans accepter
l’enchantement.

La baguette de sourcier du Bateleur exprime à la fois sa volonté
et son pouvoir magique de faire. Il y fait appel sans assujettisse-
ment excessif mais de façon à éveiller l’intérêt de l’entourage qui
l’aidera spontanément. En réalité, il met sa magie intuitive au ser-
vice de « l’Ange » qui va dans le même sens que lui, et il doit
34 transporter cette énergie dans sa vie quotidienne. Dès qu’il tend
vers une action lui semblant positive, le contexte s’harmonise pour
qu’elle voie le jour.

Le Bateleur se sert des quatre meilleurs de ses « Moi » :
- l’élan juste,
- l’accord entre soi et cet élan juste,
- l’accord entre cet élan juste et cette action juste,
- l’accord entre les autres et cette action juste.

(Symbolisme = les trois pieds de la table + la jambe du Bate-
leur)
Le meilleur des « Moi » est la référence qui fait monter la ba-
lançoire du Bateleur, c’est-à-dire l’impulsion-motivation qui donne
la force de pousser (impulsion = pulsion = propulsion). La balan-
çoire veut dire instabilité intérieure devant trop de possibles
ouverts. Il s’en rend compte à la densité de son action et du temps
qui s’écoule en lui.

L’action du Bateleur est une pierre projetée dans le champ de sa
construction personnelle. Il doit doser sa lancée pour ne pas préci-
piter cette action dans le temps. C’est l’envers du mythe de
Sisyphe, donc ni le jouet du contexte ni le sien. La sensation
d’impuissance et de fatalité du mythe lui est étrangère puisqu’il ne
se réfère qu’à son bon sens. Le fait de tenir sa pierre – symbolisée
par le denier placé sur son centre Hara – devient son accession au
plus profond de ses « Moi ». Il sait d’instinct que la solution de ses
problèmes, ainsi que ses réalisations à partir d’un commencement,
ne dépendent que de lui, l’aide extérieure et celle de l’univers étant
requises en dernier ressort. Il n’attend pas que toutes les conditions
soient réunies pour agir d’une certaine façon, car il entreprend tou-
jours dans le sens de son désir, en corrélation avec les éléments
choisis selon ses acquis, sur quelque plan que ce soit. Sa disponibi-
lité globale assure la montée de l’élan. Il veut voir clair à travers
les instruments pratiques mis à sa disposition en tout état de cause.
35 C’est un personnage tonique qui vit sur un élan vital fort,
l’éloignant de toute maladie psychique.

La patience est inhérente à la qualité de Bateleur. C’est un de
ses outils de travail face aux événements. Sa délibération se surim-
prime par rapport à l’élan mais n’intervient pas dans le cours de
l’action. Cette patience est à la fois le lieu de sa réussite et la nour-
riture de sa motivation. Il doit pouvoir se fier à la cause de son élan
dont le résultat sera à la mesure de son discernement (Je fais cela
et Dieu fera le reste). Cette patience le fait avancer par bonds à un
moment précis de son commencement.

En résumé, le Bateleur se sert des quatre éléments de base avec
le même bonheur. Sa programmation positive est l’eau dans la-
quelle baigne une Terre qu’il essaie de ne pas trop maltraiter (lui-
même), en passant par un feu qu’il essaie de ne pas trop attiser ou
éteindre (le meilleur des « Moi »), celui-ci précédé de la meilleure
des aspirations-respirations de son élan (soi-même). Il faut que
toutes les portes de la Terre soient assez résistantes pour ne pas
s’envoler avec l’air et noircir avec le feu. Le Bateleur a devant lui
les instruments de son action qu’il matérialisera par la force de son
élan et il possède les éléments suscitant la réalisation de cette ac-
tion. C’est un véritable levier psychique évolutif.
36


La Papesse.
(Lame 2)


Je me sens très princesse
Aux mains de la Papesse
Et puise ma sagesse
Dans les grandes largesses
Des lignes qui sans cesse
Cheminent de finesse
Clef modelant vitesse
Pour que mon œil se baisse
Sur un savoir Déesse.



La Papesse réfléchit sur l’élan du Bateleur une fois l’action
amorcée. Elle est à la porte d’une initiation globale face à elle-
même et non de son acte. Elle s’interroge sur le sens et la valeur
des éléments constitutifs de cet acte. Elle a le mérite d’arriver à
choisir entre plusieurs positifs du moment celui qui sera le plus
favorable. Elle oscille entre deux bonheurs présents possibles, ce
qui l’oblige à passer d’une très grande intériorisation à une extério-
risation bénéfique. C’est un personnage de réflexion qui cherche à
s’enraciner et à mettre à profit son expérience méditative en la
concrétisant de la façon la plus adéquate. Pour ce faire, le temps lui
devient un allié. Lente mais efficace, elle utilise au maximum sa
programmation positive. La Papesse continue le projet du Bateleur
sans perdre de vue le bien-fondé de la coupe en question. Elle
opère un retour sur soi en passant par l’expérience de l’acte, si
neuve soit-elle ; mais il est dans le caractère du personnage de la
37 vérifier. Cet embryon d’expérience attire son attention sur les aléas
du parcours.

Le possible auquel elle va s’attacher sera celui qui lui donnera
une sensation d’harmonie par rapport à soi, aux autres et à la situa-
tion. Sa réflexion intense l’amène à se voir, se découvrir, se dire
bonjour en qualité de miroir de soi. Elle apprend ainsi à se dé-
conditionner et se reconditionner au plus urgent face à
l’événement. Cet exercice lui est quotidien. Elle ne se valorise que
par rapport au fait d’avoir entrepris un acte et de le continuer après
son passage au crible de la réflexion. Donc la Papesse ne presse
jamais le pas ; c’est quelqu’un de très sérieux qui délibérera le
temps nécessaire pour la naissance de la graine-commencement,
mais reste soucieux de l’arbre-résultat à travers les chaînons
d’expérience balbutiante dont nous avons parlé plus haut ; ce qui
lui évite l’obsession de la réussite. Sa délibération tient lieu de
déclic du bonheur. Elle se repose sur sa conscience du temps, et sa
patience nourricière envers son acte est infinie. Elle a besoin de
comprendre le pourquoi de celui-ci et la portée de son existence.
Cette compréhension joue le rôle d’une véritable initiation de base
qui lui permettra de poursuivre son entreprise, donc de bouger.
Cependant, comme sa réflexion prime, le passage à l’acte peut
s’avérer difficile mais se résoudra de par sa volonté. Cette initia-
tion lui devient un instrument porteur de son expérience.
L’initiation lui est toujours possible, faisable, applicable, et appa-
raît de façon triple au cours de sa délibération :
- par rapport à la découverte de l’utilité de l’acte qu’elle veut
entreprendre pour elle-même,
- le degré de sensibilité avec lequel elle aborde cette action,
- sa philosophie quotidienne de l’existence qu’elle en retire.

Elle se pose beaucoup de questions du type : « Est-ce que cela
me convient vraiment ? Est-ce que je touche la réalité des choses
un agissant ainsi ? » (la réalité pour elle-même). La Papesse
s’engage dans cette triple initiation en constatant qu’il y va de son
38 propre épanouissement. Cela suppose une imbrication entre son
vouloir et le pourquoi de la chose. Au niveau de l’acte, elle marie
l’idéal et le quotidien, ce qui lui coûte car son côté sérieux préfére-
rait sérier les questions ; mais, ici, elle fait appel au sens des
choses, donc à leur possibilité de s’amalgamer sur des plans diffé-
rents.

Dans le symbolisme, la lame 2 tient un livre ouvert sur les ge-
noux. Ses yeux ne sont pas rivés à la page, mais absorbés par un
espace intérieur, un réfléchi ou un ressenti de la phrase lue. Ses
qualités propres vont actualiser le contenu de sa lecture tout en
respectant sa délibération, le vouloir de l’acte et les expériences
successives jusqu’au résultat qui ne sera pas de son fait mais de la
lame suivante numéro 3, l’Impératrice. La Papesse est consciente
de cette quotidianisation qui relie tous les points d’initiation entre
eux pour faire émerger une image globale. Elle met son « âme taro-
lienne » au service de son action. Si elle est sérieuse, elle n’est pas
toujours raisonnable au sens propre du terme et peut inclure la fan-
taisie et l’originalité dans les moyens retenus pour agir. La Papesse
sait que la raison pure est toujours prison. Elle ne choisit jamais le
« moindre mal » mais le « possible mieux » et ne se retient pas de
le vivre. Elle recherche donc le meilleur dans le quotidien et le plus
viable dans l’idéal. Il est entendu que la Papesse, comment on le
verra pour n’importe quelle autre lame, travaille toujours à son
niveau, l’absolu étant pour elle de concourir à la réalisation de
l’acte selon ses limites. Elle n’ignore pas que son lieu de travail
personnel, pour se grandir, demeurera le quotidien chargé d’idéal à
volonté. La lame 2 porte un regard sur soi, non sur les autres, et
n’essaie jamais de convaincre. Elle met en jeu sa propre démarche
qui peut être éclairante pour autrui comme conséquence et non
comme vouloir premier.

Cette lame essaie de tricher le moins possible avec ce qui lui
convient véritablement. Elle n’intègre pas la notion de miracle que
nous rencontrerons dans les lames 18 et 19, la Lune et le Soleil, et
39 tente de se reposer sur une approche d’authenticité pour gagner son
bonheur terrestre. C’est à ses yeux le seul moyen d’y parvenir.

La Papesse a réfléchi sur les techniques extérieures proposées à
l’évolution humaine, ce qui lui a permis de s’assurer qu’elle les
portait dans ses gênes et qu’il lui suffisait de les mettre en pratique
par un état d’âme voulu. Elle peut marcher sur les eaux : tout lui
est possible à partir du moment où celui-ci rentre dans son champ
d’exploration du bonheur. Cela revient exactement à présenter de
façon très suggestive, à un enfant, une matière scolaire récalci-
trante en découvrant le lien qui peut exister entre la maîtrise de
cette matière et la notion de bien-être chez lui (il sera moins
contre).

La Papesse travaille avec ses propres arguments qui la condui-
sent à des conclusions très individualisées. Elle se sait co-auteur de
ses actes avec le destin, dans la pensée et la réflexion, ce qui l’aide
à cerner son fait et son faire humain. Elle s’accepte en tant que telle
et s’aime réellement.

La Papesse a prise sur son conscient puisque sa réflexion dé-
coule d’informations engrangées avec les éléments du Bateleur,
donc sur un acquis ; et son travail porte non seulement sur le choix
de cet acquis, mais toujours sur les informations d’ici et mainte-
nant. Sa réflexion est très présente ; ce qui se passera demain ne
l’intéresse nullement, elle ne s’engage que sur ce qui vient d’avoir
lieu. Par exemple, si un élément précis prouve à quelqu’un qu’il lui
faut changer de cap à quelque niveau que cela soit, une Papesse
forte s’enclenche immédiatement afin de réfléchir à la question, à
sa vitesse propre ; ceci avec une telle intensité que, malgré la len-
teur de sa réflexion dans le temps, le bien-fondé du changement de
cap lui paraît une évidence tout de suite après conscientisation.

Ceci fait, elle réfléchit immédiatement sur le moyen de mise en
œuvre de nouveaux changements en essayant de choisir des élé-
40 ments disposés devant elle par le Bateleur qui incarne les divers
objets dont le sujet aura besoin pour entreprendre son action.

La Papesse peut donc réfléchir à trois niveaux :
- au niveau du Bateleur,
- au niveau du Chariot (lame 7) qui incarne le changement
de direction,
- au niveau du Jugement (lame 20) qui symbolise la rapidité
avec laquelle peut se produire un événement, une situation,
une relation, etc.

Ce qui veut dire que, dès qu’elle a conscientisé une possibilité
de changement accordé par le destin, elle y projette les fruits de sa
réflexion dans la minute présente en laissant tomber la situation
précédente. Elle demeure néanmoins une carte lente à cause de la
qualité de sa délibération. Sa pensée-élan s’enclenche mais elle
prendra son temps pour effectuer ce changement dans les meilleurs
délais possibles. Le Jugement (lame 20) intervient ici pour saisir le
moment opportun, ce qui ne contrecarre pas le travail de taupe de
la Papesse.

La Papesse n’a donc aucun recours à l’inné. On vient de faire
des associations de lames, soit Papesse-Bateleur, soit Papesse-
Jugement. Au fur et à mesure que nous les étudierons, ces associa-
tions nous deviendront de plus en plus claires. La Papesse ne
s’appuie pas sur sa philosophie de l’existence mais sur l’urgence
d’une réflexion à un moment voulu. Elle suppute intellectuellement
toutes les données pour que l’Impératrice qui la suit (lame 3)
puisse agir en toute authenticité. Son respect de l’inné joue incons-
ciemment en liaison directe avec son choix des éléments du
Bateleur. La réflexion de la Papesse contrôle et justifie le travail du
premier, sinon elle interrompt un commencement s’il ne corres-
pond pas à ce qu’elle en attend (son amour de la vie, ses dons et
son discernement). On fait appel, ici, à trois autres lames : le Dia-
ble (lame 15), le Pape (lame 5) et l’Ermite (lame 9). On voit déjà se
41 vérifier ce qui était dit dans la préface ; toutes les lames du Tarot
marchent de pair ou à plusieurs dans l’Être et s’ordonnent en fonc-
tion des besoins de l’instant.

Ce personnage est un véritable censeur de réflexion. La Papesse
d’un enfant peut lui faire poser la question suivante : « Pourquoi ne
puis-je pas parler en même temps que les grandes personnes, et
pourquoi me dit-on que ce n’est pas pratique de procéder ainsi ? »
La réponse classique et moraliste sera : « C’est une question de
bienséance et de préséance, cela ne se fait pas ! » La réponse intel-
ligente non classique et évoluée sera : « Crois-tu que si plusieurs
personnes parlent en même temps, on peut les entendre distincte-
ment ? Et peuvent-elles s’écouter entre elles de façon sérieuse ? »

La réflexion de l’enfant saisira tout de suite l’opportunité d’une
telle réponse. Il dira : « Non, elles ne s’entendent pas et ne peuvent
pas m’écouter non plus ». Il en tirera la conclusion immédiate qui
est de ne pas parler dans ces cas-là, ce qui reviendra à ne pas inter-
rompre deux personnes en pleine discussion, et cela résoudra le
problème de bienséance et de préséance, d’une façon à la fois es-
thétique et philosophique, sans avoir eu recours à la morale dans
son aspect contraignant. La pulsion de réflexion de l’enfant aura
évité la construction du sur-Moi en faveur d’un acquis sain. Une
fois cette situation mémorisée, l’enfant l’aura comprise, sauf cas
majeur, pour le reste de son existence.

Le même problème peut se poser à n’importe quel âge adulte au
niveau du métier de prédilection. Si on se trouve en face de trois
métiers qui plaisent également avec des aptitudes semblables pour
les trois, pourquoi effectivement en choisir un en particulier :
- première question : « Lequel des trois est mon préféré ? »
- deuxième question : « Ma préférence va à celui-ci, pour-
quoi ? »
42 - troisième question : « Je le préfère en vertu de mon
« Moi » actif ou de mon « Moi » inné (de mon Moi culturel
ou de mon Moi essentiel) ? »

La Papesse doit délimiter le Moi acquis et le Moi inné pour la
circonstance après une solide réflexion, et son travail consistera à
habiller d’acquis le métier qui fera le plus appel à son inné (le sien
ou celui de quelqu’un qui lui demande conseil). Son acquis n’est
valable que s’il intègre à la fois l’élan vers le don et la préférence
qui pousse vers tel métier en particulier. Elle ne focalise pas sur
l’inné, mais a mission de le reconnaître pour accomplir sa réflexion
d’acquis.

Il faut toujours faire attention quand quelqu’un dit : « J’ai agi de
telle façon pour mille raisons plus une ! ». Il ne rentre certes pas
beaucoup d’inné dans ce choix, d’où l’acquis erroné. Il vaut mieux
s’arrêter à quelque chose issu d’une motivation importante dont les
éléments s’affineront en cours de route par la réflexion reposant sur
un acquis solide.

Quand on se penchait plus haut sur le choix d’un métier pour un
adulte, certains orientateurs ont très bien compris le problème et
posent à l’enfant, l’adolescent ou l’adulte, dans le cas d’une hésita-
tion entre plusieurs métiers ou après avoir consulté une liste
nommant des métiers sans attirance pour eux, la question : « Le-
quel feriez-vous pour rien, sans parce que ? » Il y a des chances
pour que le métier correspondant le plus soit celui-là. Dans le quo-
tidien, il y a deux réflexions connues qui illustrent bien notre
propos : « On me paierait, je ne le ferai pas » ou « Je l’aime telle-
ment que je le ferais pour rien ».

Le savoir-faire de la lame 2 découle essentiellement d’une ré-
flexion protégeant à la fois l’inné et l’acquis de telle façon que tous
les 5 étages de notre personnalité soient visités. Sa force ne réside
que dans l’intensité et l’immédiateté de sa réflexion, sinon on se
trouve devant une Papesse faible, c’est-à-dire quelqu’un pour qui le
43 fait de réfléchir n’apporte rien. Ce personnage ne symbolise pas
une ouverture comme pour la Force (lame 11). Ce serait plutôt un
retour sur soi sur le plan intellectuel et mental aussi significatif que
la concentration de l’Ermite (lame 9) sur le plan de sa clarté inté-
rieure.

La force de la Papesse réside uniquement dans la méthodologie
de sa réflexion, sorte de discipline dans le double sens du terme :
un vrai travail et un comportement. Il ne s’agit pas non plus de la
force instinctive et physique de la lame 11. Elle est plus auto disci-
plinée que celle-ci. La discipline de la Force est inhérente à sa
fonction elle-même, c’est-à-dire un rééquilibrage à sa mesure ;
tandis que l’autodiscipline de la réflexion-Papesse incarne absolu-
ment la possibilité de pouvoir revenir en esprit sur quoi que ce soit.
44


L’Impératrice.
(Lame 3)


C’est une Impératrice
Peut-être séductrice
Sûrement novatrice
Quelquefois salvatrice
Monopolisatrice
Un rien perturbatrice
Devant tous les caprices
Des faits ratés qui plissent
Sur l’ignorance lisse.



Bateleur = élan de l’acte
Papesse = réflexion sur l’acte
Impératrice = savoir-faire de l’acte

La lame 3 est représentative de notre faire. Que savons-nous
faire vraiment ? Ce faire nous correspond-il ? Avons-nous les qua-
lités requises pour l’entreprendre ?

L’Impératrice à une haute idée d’elle-même. Il lui faut donc
bien se connaître quant à sa capacité d’action et celle de répertorier
les « faire » qui lui conviennent. Elle tient un sceptre surmonté du
globe terrestre et coiffé d’une croix, ce qui indique la puissance sur
elle-même. La lame 3 essaie de bien cerner ses désirs à propos de
son faire et doit prendre garde de ne pas tomber dans le piège de
l’image de marque. Il lui faut agir selon sa capacité au niveau de la
construction de résultats tangibles et non selon l’attente d’autrui
45 par rapport à celui-ci. Son sens de la perfection lui est aussi un
piège, ainsi que celui de l’absolu au niveau de son action, mais elle
reste équilibrée. Il y a toujours une sorte de balancement entre
l’image du faire qu’elle veut donner aux autres et la sienne propre.
Mais son vrai but est de réaliser, d’une façon concrète, ce qu’elle
veut bâtir à titre personnel. Son besoin de perfection joue sur deux
tableaux :
- la réussite à ses propres yeux,
- la réussite pour autrui.

Elle les voudrait simultanés. Sa difficulté d’appréciation est de
se rendre compte de l’importance de l’action entreprise face à
l’épanouissement de son bonheur terrestre. Si cette entreprise lui
convient en profondeur, elle devra la choisir, étant entendu qu’a
priori elle en possède les qualités ; ceci même si l’entourage
s’attend à un tout autre choix peut être plus représentatif. Cette
lame manie l’apparence avec brio ; c’est une des embûches qu’il
lui faut dépasser. Cela lui donne de la vivacité. Car malgré le sym-
bolisme représentant une Impératrice bien calée au fond de son
siège d’apparat, nous nous trouvons en face d’un personnage très
dynamique et porté à l’action. C’est un caractère fort qui oscille
toujours entre son authenticité face au faire et l’image qu’elle veut
en donner et en laisser.

L’édification de son acte sur le plan pratique lui sert en premier
chef et, si sa capacité de faire s’applique à une action qui requiert
ses dons et qui l’épanouit, c’est un passeport de réussite, tant pour
sa vision d’elle, par autrui ou par elle-même, que pour son bonheur
personnel. L’Impératrice s’adapte à son faire sans tenir compte de
l’événement ; tout au moins, elle essaie d’agir dans ce sens pour
éviter le piège de l’image de marque. Il faut assumer le dérapage
intérieur que peut provoquer un événement sans compenser par
cette image.

Ce personnage, heureusement, tend à harmoniser l’extérieur si-
tuationnel et l’intérieur personnel ; ce qui la sauve du désastre de
46 l’apparence. Il symbolise une personnalité dirigeante qui doit com-
poser entre l’intérieur et extérieur. Sa pierre d’achoppement est de
passer du « Il faut que je sois ce que je parais » au « Il faut que je
paraisse ce que je suis en réalité ». C’est à ce prix que coïncidera le
bien-fondé de son faire avec ses qualités propres (qui colle à un
faire) face à lui. Il ne s’agit pas des qualités intrinsèques qui sont
du domaine de l’Empereur (lame 4). Son savoir-faire spécifique lui
fait opérer une gymnastique constante entre ce qui lui convient au
niveau de la réalisation pratique d’un faire et ce qui convient pour
les autres dans le même but, ceci toujours avec les qualités vitales
pour la réussite du faire en question.

En conséquence, cette personnalité recherche l’ordre de la clar-
té, ne supportant pas le chaos, tant en elle-même qu’à l’extérieur ;
ce qui l’apparente à l’Ermite (lame 9), celle de la clarté par excel-
lence, elle cherche à être en accord avec l’univers, mais en
respectant son propre vouloir en ce qui concerne les besoins
d’ordre qui contribueront à son bonheur. Elle agit toujours à deux
niveaux : celui de l’Impératrice qui dirige et celui de la lame qui
cherche, avant tout, à remplir son contrat avec l’absolu.

Deux images, si ce n’est trois, l’habitent, en permanence et elle
veut les superposer : l’image de marque, celle de sa réussite en tant
qu’absolu et celle qui correspond à son vrai désir. Elle aime abor-
der les situations en Impératrice ; c’est une des lames qui porte en
elle, avec une grande acuité, le modèle déposé de l’Homme non
stressé, c’est-à-dire, non abîmé par les erreurs, et que nous portons
au fond de nous consciemment ou pas. Quand l’Impératrice se met
en représentation, ce n’est pas pour donner le change mais pour
coller à l’image auto-volontaire de sa fonction. Cela se retrouve
dans son faire, qui pourra quelquefois être un très beau travail fini,
mais pas tout à fait celui qui lui conviendrait dans le moment pré-
sent. Le fait d’accomplir un métier à la perfection, tout en ayant la
sensation que ce n’est pas celui qui correspond le mieux, révèle
une grande valeur Impératrice qu’il faut fouiller pour passer de
l’apparence à l’authentique.
47
Cette lame a horreur du laisser-aller, parce que très structurée.
Elle a un grand sens de sa place, que ce soit dans son travail ou sa
vie personnelle ; ce qui l’apparente au Monde (lame 21), place que
l’on doit occuper dans l’univers à tous les niveaux. Ici, la pulsion-
Papesse est déjà bien assimilée et sa réflexion demande une explo-
sion quant à la réalisation de l’acte. C’est une femme d’action, tout
le contraire d’une rêveuse dans le sens classique du terme. Par
contre, elle se sait valeur d’exemple et se veut telle ; cependant,
elle aimerait agir plus par rayonnement d’être que par un autorita-
risme de mauvais aloi.

Il y a une certaine jeunesse dans le personnage qui donne libre
cours à un très fort élan Bateleur, suivi d’une volonté de coïncider
avec ce qu’elle est en réalité malgré des ratés spectaculaires. C’est
un être lumineux, vivant, qui apporte la joie et, dans le meilleur des
cas, produit une image de marque voisine de celle de son Être pro-
fond.

C’est une lame à la colonne vertébrale solide mais enveloppée
de beaucoup de douceur. Elle est bien trop amoureuse de l’aspect
formel et esthétique d’un acte ou d’une discussion pour se permet-
tre un langage déplacé et une négligence sans aucune portée. C’est
plus un personnage de puissance que de pouvoir. Sa recherche
intérieure donne aux autres la sensation de pouvoir sur eux, alors
qu’en réalité, ce qui l’intéresse, c’est sa puissance sur elle-même
sans la connotation de sacrifice.

La différence entre l’Impératrice et le Mat (lame 22, dernière de
la série), c’est que la première tend vers tout ce dont on a parlé
jusqu’ici avec un capital-potentiel évident de réussite, alors que le
second y parvient en vivant déjà sur ce capital depuis longtemps.
L’Impératrice est très consciente de son parcours vers le Mat,
c’est-à-dire l’humain allant vers l’hominisation (Être Humain
+ état de l’Ange + tous les aspects de comportement pouvant dé-
boucher sur une formule de bonheur humain que nous livrera la
48 succession des cartes), incarnation de sa beauté intérieure. Elle sait
que l’Homme non stressé n’est pas encore visible à sa taille nor-
male au fond de son Être et essaie de faire la différence entre sa
capacité d’entreprendre face à un événement, et cette même capaci-
té en tenant compte seulement de ses possibilités réelles ; ceci en
étant toujours prête à se décoincer face à une situation embarras-
sante. Son évaluation de la difficulté est juste, ce qui lui permet de
sauter la barrière d’une éventuelle impossibilité d’agir et de se
sortir de toute situation. Elle est habitée d’un opportunisme iné-
branlable de bon aloi, incluant effectivement la réussite.

L’Impératrice s’aime avec discernement car elle essaie de
s’accepter à la fois comme elle paraît (les autres ont besoin de cette
image), comme elle est dans son inconscient (elle veut posséder
une Lune nettoyée, lame 18) et aussi comme elle veut devenir dans
son conscient (l’approche de ce qu’elle est véritablement). Son
faire l’aide beaucoup dans ce sens, car elle y est très présente sans
jugement inutile.

Cette lame ne pratique pas du tout la dévalorisation systémati-
que de soi-même et essaie de comprendre pourquoi les événements
se sont déroulés de cette façon ; mais sa compréhension n’inter-
vient que sur le terrain. Elle n’a plus à réfléchir. Le cap de la
Papesse est franchi. C’est la situation ou l’événement qui provoque
la recherche intérieure et non le contraire. Son souci de réussite
dans le faire, choisi selon les règles énoncées plus haut, lui rend
tout atermoiement superflu pendant l’action. Il concerne plus le
Bateleur et la Papesse. La lame 3 ne se laisse pas entamer par une
sensation d’échec. Celui-ci peut se résumer à un faire non juste
pour des raisons X qu’elle doit éliminer. Ce n’est pas une person-
nalité d’excès mais de mesure, face au faire qui lui incombe de par
sa volonté propre ou celle des événements. Comme pour le Bate-
leur, le charme ou plutôt la vertu de charme lui est une facilité à
vivre. Il ne s’agit pas du charme dans le sens classique du terme
mais une imprégnation de son faire par un vouloir vrai.

49 Cette figure reste simple car son mode d’action la met à l’abri
de toute sophistication. Elle a le sens de la hiérarchie intérieure
quant à son faire, à la manière de l’Homme non stressé grâce à sa
capacité et les qualités inhérentes à son faire. Sa place s’impose
d’elle-même. Elle ne la revendique pas spécialement avec des mots
et ne cherche pas non plus à s’immiscer dans la place de l’autre. Ce
personnage n’avance qu’à la valeur de son acte. En face d’un sa-
voir qui lui appartient, elle le dira ; si ce faire lui correspond, elle le
montrera. Elle essaiera toujours de discerner le faire qui lui revient
sans se laisser bluffer par celui commandé par les circonstances.
Elle a un véritable penchant pour l’authenticité. Ce n’est pas la
valeur qui lui importe sur le plan de l’orgueil humain mais la va-
leur de son savoir-faire. Ici, capacités et qualités requises pour cela
sont synonymes.

Elle a le sens du groupe et hiérarchisera instinctivement les ac-
tions en passant par les compétences basées de façon très serrée sur
un faire pratique. Son sens de l’équilibre l’aide à prendre la tête des
opérations. C’est une organisatrice née. Le piège de sa complexité
reparaît ici et consiste, pour elle, à être centrée sur l’organisation
intérieure et sensible à l’apparat-apparence. Il lui faut souvent faire
l’amalgame de ces trois données.

L’Impératrice sait que, si elle entreprend une action qui lui cor-
respond, elle se met en route vers une hiérarchie réelle dont le
modèle est préexistant (comportement de l’Homme Premier). Dans
le cas de contraintes, cette hiérarchie la fuira. Si quelqu’un
s’épanouit sur les trois plans : amour de la vie, bonheur d’être,
spiritualité, son sens de la hiérarchie réelle s’appliquera automati-
quement. En agissant dans le sens de sa capacité et des qualités
pour ce faire, elle crée une détente porteuse des clés menant à bien
son action. La lame 3 ne peut fonctionner sans cette hiérarchie.

Par rapport à son faire, c’est une chercheuse de l’attitude juste
découlant de sa compréhension du moment. Elle a le sens de la
décision prise rapidement en vue de l’action sélectionnée. Son
50 milieu ne l’influence guère car elle n’accepte de référence qu’en
rapport direct avec ce qui la préoccupe. Elle est très consciente
d’avoir la possibilité de diriger sa vie sans la sensation d’être le
jouet des événements ou de quelqu’un. Il existe toujours à ses yeux
une solution idéale pour l’accomplissement de son projet ; cette
solution ressemblant à sa façon de voir les choses au niveau actuel
de son évolution.

L’Impératrice n’essaie jamais de tromper l’autre délibérément
mais agit toujours dans le sens d’elle-même au niveau de sa déci-
sion ultime, sans se soucier de ce que pourra en penser l’autre. Le
résultat de son acte peut infléchir le cours des choses pour un
groupe, mais la décision lui appartiendra en dernier ressort. Les
remous provoqués par son faire lui importent peu à partir du mo-
ment où celui-ci concourt à son épanouissement personnel. Son
sens du faillible ne la gêne pas car elle s’appuie sur la viabilité et
l’efficacité de son activité. C’est la réussite de celle-ci qui lui
donne la force de grandir intérieurement. Cette lame dégage une
ténacité à ne pas se tromper sur ses fins. Elle recherche plus
d’authenticité dans son faire que dans son être et déploie sa volonté
personnelle comme un vouloir primordial, ceci de façon plus pré-
cise et plus concrète que la Papesse. Même si l’Impératrice donne
trop d’importance à l’apparence, elle ne porte pas de masque et se
trompe à visage découvert. L’Impératrice n’offre rien à l’autre et
ne s’offre pas non plus. Son lien avec l’entourage passe par sa ré-
ussite. Si celle-ci l’épanouit, autrui en bénéficiera.

Elle évite les besoins artificiels (gonflement des besoins – pu-
blicité) et cultive les besoins naturels (ceux propres à la grandeur
humaine). Si son faire concourt intuitivement à l’édification de
l’Homme non stressé, ce choix primera. Toute enflure de l’acte
disparaît grâce à la fonction naturelle de cet acte. En conséquence,
son action peut passer du naturel le plus instinctif au naturel le plus
élaboré. La situation donnée résiste à l’examen critique. Prenons
l’exemple de la nourriture : l’Impératrice ne mangera jamais si elle
ne se sent pas en état de faim et ne prendra pas ce qui ne s’accorde
51 pas avec son corps, même pour se cacher un problème psychique.
L’essentiel pour elle est d’aborder la nourriture au moment oppor-
tun, qualité et quantité requises confondues. Ainsi, les conditions
idéales de la situation sont remplies. Ce personnage essaie toujours
d’agir en situation maximale.

Une de ses règles d’or : ne rien offrir quand ce n’est pas utile et
ne rien accepter sans nécessité (sens de la hiérarchie). Cela revient
à retrouver la bonne direction en se servant des vraies paroles et en
passant par des vibrations justes, ce qui cadre ses vrais besoins sur
le plan pratique. Le vital est son mot d’ordre aux trois principaux
niveaux :
- sous vital = fabriqué et artificiel,
- vital = humain (correspondance juste),
- sur vital = hominisé « plus » (spiritualité et monde paral-
lèle).

Tout en maniant le fabriqué, l’Impératrice doit le lier le plus
possible au vital humain-hominisé et à sa spiritualité. Ici, l’acte est
privilégié par rapport à la parole (on pourrait dire que c’est un
porte-parole de l’agir). Cela ne révèle pas une impossibilité à
s’exprimer, mais l’estimation que le faire trompe moins que le dire.
Il vaut mieux que l’enfant aille se couper une tranche de pain en
cas de faim plutôt que de se faire câliner jusqu’à ce qu’on lui de-
mande d’exprimer son désir et qu’il réponde : « J’ai faim ! ». C’est
à soi-même de savoir où se situe la vraie demande ; ce que le Taro-
lié appelle ici « parole de Dieu » : c’est la demande juste
recouvrant le cri juste qui amène à l’acte juste ; il y a donc cri
+ demande + acte dans la justesse du senti. L’Impératrice se méfie
de l’acculturation erronée du cri intérieur (son combat permanent
entre l’apparence et l’apparat) – schéma 1. Le cri de l’Impératrice
passe par son acte et féconde la Terre. C’est l’interférence entre le
cri de l’Homme et la réponse de là Terre. Son acte est le bois tra-
vaillé pour arriver à sa forme propre. Le bois est vivant, donc
52 traduit un cri vivant. Celle-ci, en prise directe sur son acte, se vit de
manière très utile.

La lame 3 agit avec la certitude d’avoir été créée d’une certaine
façon. Cette certitude globale l’amènera à pratiquer une infinité de
petites certitudes de vie et de manières de vivre qui lui correspon-
dent. Cela lui fera découvrir l’importance d’être relié au Cosmos
sans prendre le temps de s’appesantir sur le pourquoi. C’est le
symbole de l’acte précis qui fait avancer. L’acte se joue ici comme
une dictée sous le contrôle de sa compréhension.

L’Impératrice se sert de son vouloir primordial pour accomplir
un acte primordial parmi tant d’autres qui ne doivent pas émerger
pour l’instant. Il sera peut-être long de localiser cet acte essentiel
d’une part, et d’avoir la certitude de sa justesse, d’autre part. Tout
dépend de la lucidité du sujet et de sa rapidité d’exécution, ainsi
que l’intérêt attaché à une chose plutôt qu’à une autre selon son
degré d’appréciation.

Si l’action entreprise jure avec le contexte, l’Impératrice doit le
sentir immédiatement. L’action doit-elle démolir le contexte en
tant que pionnière d’une autre vision du monde, ou doit-elle
s’effacer pour réapparaître plus tard ? En dernier ressort, c’est la
solution la plus épanouissante qui l’emportera. Ce personnage
n’agit jamais de façon ostentatoire, sous prétexte d’être une femme
d’action. Une de ses phrases ennemies est : « Je ne savais pas quoi
faire, alors j’ai agi au mieux ». Elle ne tient pas compte des diffi-
cultés causées par l’erreur humaine, donc la sienne, et pose
toujours le comportement adéquat dans le sens du réel en priorité
absolue (celui qui correspondra le mieux à la situation).

L’Impératrice prend conseil d’elle-même sans toutefois dédai-
gner ceux d’autrui qui l’inciteront à voler un cran plus haut dans le
sens de « Jonathan le goéland » et tend à amalgamer l’imaginaire,
la démarche intellectuelle et le sens pratique, tout cela mâtiné d’un
sens critique aigu.
53
Un rôle d’Impératrice type est celui du créateur de jouets car il
se sert, à égalité, de ces trois démarches. À partir du moment où
cette lame pense son acte porteur de vérité, il a droit de cité. Si,
dans une occasion donnée, l’implication verbale est obligatoire,
elle trouvera un plaisir intellectuel et une joie spirituelle à
l’expliciter. La hauteur de son discours dépendra uniquement de
son évolution du moment. Quand un acte semble structuré parce
que véhiculé par des pensées constructives, il s’inscrit dans un faire
d’Impératrice.

Celle-ci fuit toute incohérence, tant dans le parler que dans le
faire. Sa façon de méditer consiste à revoir la justesse de ses actes,
en proportion de l’épanouissement personnel et intime qu’elle en a
retiré. Sa délibération ne porte jamais sur le bien-fondé de l’acte
mais sur sa pratique du point de vue de son utilité terrestre et cé-
leste. Sa démarche est très interventionniste face à elle-même,
puisque l’écoute de sa pensée précède sa parole qui précède l’acte.
Son langage parlé et agi devient sa couleur exprimée car son sens
du réel jumelle l’acte. L’à-propos de celui-ci coïncide avec la trace
de l’Homme non stressé ; elle passe bien sûr par l’imaginaire qui
rejoint le modèle déposé.

L’Impératrice, par son cri, sa parole et son acte, donne assez
d’espace à ses corps subtils et à son corps physique pour monter
vers le Cosmos et descendre au plus profond de soi. Sa vie est vé-
cue comme un rêve positif, c’est-à-dire une réalité ressentie au jour
le jour et non en différé. Elle a un sens percutant du bien-être et du
mal-être. Sa force active s’imprime de façon très logique par rap-
port à sa connaissance d’elle-même et ses besoins vitaux.

Si l’Impératrice était médecin, son rêve serait de créer une mé-
decine des fonctionnements naturels en passant par l’acte juste ; ce
qui veut dire qu’habituellement elle agit tellement dans le sens
d’elle-même que cela sauvegarde sa santé. Cette figure implique un
54 gros travail sur soi en substituant l’acte qui s’accorde à soi à celui
qu’il convient de faire en soi.

Le faire de l’Impératrice signifie son cri de vie, sa nourriture. Si
elle crie juste, elle ne trahit pas sa nuit, son silence intérieur.
L’équilibre de son faire repose également sur sa manière
d’envisager le sommeil et la nuit. Plus celui-ci est profond, moins
ses rêves nocturnes imprégneront son action et moins ils lui enlève-
ront sa vitalité. L’Impératrice ne se tracasse pour rien, du moment
que son action lui correspond sans incidence fâcheuse pour son
repos. Elle a beaucoup réfléchi avec la Papesse et opte pour l’acte
(chaque carte du Tarolié passe par un cri juste : l’élan pour le Bate-
leur, la réflexion pour la Papesse et le faire pour l’Impératrice).

L’expérience ne représente pas un danger dans la mesure où
c’est la concrétisation de son faire qui prime. S’il faut agir diffé-
remment qu’à l’habitude pour réussir, aucune hésitation à laisser
tomber l’expérience passée. À partir du moment où elle se recon-
naît elle-même dans son acte, il devient moteur de son existence.
Elle est à l’abri de toute velléité d’orgueil car c’est la réussite de
son faire dans une compétence et une cohérence X qui l’intéresse.
On pourrait dire, pour la définir : « Au commencement était le
faire ».

L’Impératrice n’a pas le choix quant à sa possibilité de faire
l’action mais elle l’a quant à la manière de procéder.
55


L’Empereur.
(Lame 4)


Je vais vers l’Empereur
Qui modère les heures
De mes qualités-leure
Son sceptre haut-parleur
Me renvoie mes erreurs
Il est le grand censeur
De l’aigle pourvoyeur
Qui est débroussailleur
De mon sur-Moi trompeur.



C’est une lame-recherche de la qualité de la vie en passant par
ses ressources intérieures ; une pensée en marche accordée à son
action. L’Empereur répertorie ses qualités propres afin d’employer
leur contenu le mieux possible. Autrement dit : mettre ses qualités
intrinsèques au profit de son bonheur.

Il est spontané comme le Bateleur, dans le sens de désirer met-
tre ses points forts au service de son idéal, comme un premier pas
vers soi-même. Avant d’entreprendre une action à l’instar de l’Im-
pératrice, il se sonde pour l’accomplir, mais ceci non du point de
vue des qualités inhérentes à la bonne marche de cette action, mais
de celui des qualités qu’il possède en réalité. Il ne se lance jamais
dans un domaine où ses qualités génétiques, psychologiques et
affectives ne correspondent pas au profil réel de sa personnalité.

57 L’Impératrice accomplit son action avec les qualités exigées. Ce
critère passera à ses yeux avant de se rendre compte si celles-ci
ressemblent de près ou de loin à ses qualités intrinsèques. Or,
l’Empereur est incapable d’agir ainsi. Il laissera passer une action
s’il estime que ses qualités ne s’y épanouiront pas. Si l’Empereur
n’est pas patient de nature, il ne se dirigera pas vers
l’enseignement, même avec des affinités pour ce métier ; tandis
que l’Impératrice finira par acquérir la patience nécessaire si elle
veut absolument enseigner. Ce sont deux positions inversées qui se
complètent, l’optique de ce couple étant à la fois de posséder les
qualités, le ton et l’élan d’enthousiasme pour se jeter dans l’action,
d’où l’intérêt de cultiver en soi ces deux alliées (lames 3 et 4).

re eLa différence entre la 1 est la 4 lame, c’est que cette dernière
rese met en mesure de commencer quelque chose, tandis que la 1
commence effectivement à le réaliser. L’Empereur est plus cons-
cient que le Bateleur, mais tout aussi jeune de caractère et se laisse
porter par ses qualités en essayant de les approfondir plutôt que
d’en développer d’autres. Il a en quelque sorte moins le goût du
risque que l’Impératrice qui préférera entreprendre une action
qu’elle aime et développer les qualités en cours de route. La lame 4
s’attache à reconnaître ses qualités réelles et à se sentir vivre plei-
nement à travers un acte ne la privant pas de sa richesse de nature.
Elle dépiste l’acte culturel plus sollicité d’habitude que l’acte ins-
tinctuel. L’Empereur se réfère le plus souvent au second, afin de
rester proche de son naturel.

Ce personnage se lance dans une démarche importante seule-
ment si ses qualités de base entrent en jeu. Il essaie de se placer
d’emblée au cœur du « meilleur de ses Moi ». Il se livre à une in-
trospection qui touche l’intuition par moments (la lumière du
conscient) et lui fait toute confiance, se rapprochant ainsi de deux
autres lames, le Monde (lame 21) et le Soleil (lame 19). Il agit avec
la chaleur du cœur, en faisant attention à la meilleure façon
d’utiliser ses propres qualités au profit de son épanouissement ter-
restre, ce qui l’oblige à fixer celui des quatre éléments
58 constructeurs qui l’aidera au moment circonstancié. Il peut même
être l’Empereur d’un de ces quatre éléments :
- Le Feu = je passe par = je me transforme
- L’Eau = je suis dedans = j’avance
- L’Air = je ne suis gêné par rien = je cherche
- La Terre = je suis fait de cela = je prends, je tiens

Par le frottement avec son élément majeur, une sorte de cons-
cience instinctuelle lève et habite ses qualités de base. C’est un
actif lent qui développera d’abord sa pensée avant d’aborder l’acte
qui s’apparente le plus à sa réelle façon de fonctionner. Ce n’est
pas une intellectualité posée sur n’importe quel sujet. Il est tout
aussi vif d’esprit que le Pape (lame 5) mais il s’intellectualise
moins d’office. Il pense la vie à travers ses qualités, tandis que le
Pape pèse la vie à travers sa philosophie de l’existence ou sa com-
préhension de la marche du monde. L’action, chez l’Empereur,
serait une « mise à feu », tandis que ; celle du Pape serait une
« mise au feu ». La lame 4 travaille dans l’immédiateté de ses qua-
lités, tandis que la lame 5 demeure dans la durée de celles-ci.
Ainsi, la « mise à feu » = prise de conscience immédiate, et la
« mise au feu » prise de conscience dans le déroulement des cho-
ses.

L’Empereur se connaît bien et agit rapidement, sinon il
s’étudiera soigneusement avant le passage à l’acte, mais cela n’a
aucun rapport avec la réflexion-Papesse. Il manie avec dextérité un
sigle très apprécié du Tarolié : M.I.A.V. (Monde de l’Intelligence
Ambivalente Vraie). Il s’agit du passage au crible de ses moyens
de compréhension face à son vouloir d’action dans l’existence,
pour peu que celui-ci repose sur ses qualités propres. Le don
pour…, l’élan vers… et l’épanouissement-résultat entraînent
l’action. Sinon il sera très circonspect et s’intériorisera jusqu’à
supprimer son action.

59 Cette lenteur se retrouve dans le symbolisme. Ses jambes for-
ment un 4, l’un des pieds est très appuyé sur le sol avec une
volonté de le creuser et l’autre pied adhère fortement au bas de son
siège. Outre cela, il est dynamique, pleine de vie et a le sens du
rythme. Cet Homme ne bougera jamais pour quelque chose qui ne
lui paraît pas de la première importance, sans tenir compte du ju-
gement des autres ; faut-il encore qu’il puisse faire preuve de
qualités basiques. Il se méfie de l’expérience pour l’expérience.
Étant très sélectif, tout ce qui ne l’épanouit pas lui semble sur-
réalité ou sous-réalité. Il veut être le produit de ses qualités comme
si son authenticité lui servait de théâtre. Si chacun d’entre nous
veut retrouver l’Empereur de soi, il doit coller à cette réalité.

Son humanité se sert de la jeunesse, la force réelle et le dyna-
misme ; ces trois états constituent son Moi individuel. Le fait
d’exploiter ses propres qualités lui donne une sensation de liberté.
Il privilégie l’être, non au détriment du faire mais avant le passage
à l’acte. Il dit souvent : « Je suis heureux par imprégnation de mon
en-soi » (le bonheur par imprégnation de soi).

L’Empereur suit à la trace ses envies intérieures en se servant
encore et toujours de ses qualités propres, et sa culture suivra dans
le sens de ses vrais besoins. Il s’éclaire à la lumière de ce qu’il
pense être sa personnalité la plus réelle. Ce personnage ne force
pas ses qualités et se tient loin de l’apparence, ou tout au moins de
l’image que les autres voudraient garder de lui. Or, il veut dispen-
ser une lumière et non refléter une image. Cela nous ramène au
domaine qui nous intéresse le plus dans l’existence : éviter d’être
déformé par la fausse compréhension des autres ou par une fausse
compréhension de la chose entreprise. Exemple : si je suis chanteur
et que j’aime chanter, je choisirai un répertoire à la fois pour mon
goût et mon registre ; par contre, la raison sera de savoir pourquoi
je veux chanter et pourquoi je choisis ce répertoire-là plutôt qu’un
autre. L’état d’endurance, de présence aux autres et de bien-être
face à la foule ne suffise pas.

60 Autrement dit, l’Empereur devenu chanteur n’est ni un ancien
timide, ni quelqu’un à qui on a imposé cette carrière sous prétexte
de dons certains ; quoique avec Yves Montand on ait eu la preuve
éclatante que cela puisse marcher, mais il n’a jamais été à l’abri de
chanter faux, livré à lui-même. Ce chanteur révélait un grand sens
Impératrice dans la perfection du faire, mais ne l’était pas du tout
au niveau de savoir s’il avait un instrument juste pour chanter. Une
vraie Impératrice refuserait catégoriquement de chanter avec une
voix fausse au départ, même ; si la gloire était au bout ; pourtant,
ici, on aurait beaucoup perdu, et il y a un véritable mystère du côté
du destin, mais le Tarolié ne se place jamais à ce niveau-là ; il veut
que ce soit l’Homme qui arrive à atteindre sa propre réussite basée
sur ses qualités réelles, que ce soit pour le faire ou l’être, sans pas-
ser par ce mystère car que serait devenu ce chanteur si ce n’est un
grand acteur qu’il a été incontestablement (il avait les qualités pour
ce faire). Notre chanteur a travaillé d’arrache-pied pour arriver à
canaliser son timbre d’or. Ses qualités de base n’étaient pas celles
d’un chanteur et, malgré sa célébrité, il n’a pas été Empereur par
rapport à cela, alors qu’il l’a superbement montré par rapport au
métier d’acteur. Par contre, Romy Schneider n’a joué que des rôles
dont elle symbolisait les qualités dans la vie. Elle n’a pas appris à
être autre, mais seulement à canaliser l’héritage reçu de son Empe-
reur.

À la lumière de ces deux exemples, on se rend compte que les
qualités de l’Empereur se confondent avec une prédisposition de
l’Être. Romy Schneider est devenue actrice en mettant le vouloir
de ses qualités au service de son art, tandis que Yves Montand est
devenu chanteur un acceptant, de façon fort intelligente, la volonté
de celle qui l’a découvert (Édith Piaf). Sa seule prédisposition ba-
sique était son timbre d’or dont il s’est servi avec brio, également
en tant qu’acteur, tandis que Romy interprétait le rôle dont elle
portait en elle-même une prédisposition qui se superposait à son
Être véritable.

61 La lame 4 tire partie de ses possibles en s’introspectant, mais
n’entend pas déformer sa nature pour arriver coûte que coûte à un
résultat satisfaisant. Ce n’est pas un produit fabriqué par quelqu’un
d’autre que lui-même et il ne se sert que de ses valeurs basiques
sans extrapoler sur ce qui serait bien qu’il ait. C’est ce que le Taro-
lié appelle le « point miracle », car il s’ensuit une telle facilité de
vivre que cela semble non naturel au tout-venant (ce n’est pas pos-
sible que ce soit si simple, qu’est-ce que cela cache ?). Il ne peut
accéder à la célébrité en passant par une contrainte, extérieure
l’obligeant à se découvrir des qualités qu’il ne possède pas (tout le
monde ne peut pas se payer le luxe d’avoir un timbre irrésistible
sans une voix juste).

Muni de sa force expressive, l’Empereur manie l’élan de
l’action, à ne pas confondre avec celui du commencement. Cette
force expressive est comme une masse de lumière commencée qui
s’échapperait de lui et deviendrait visible. Cette lumière provient
du bien-être éprouvé par la rencontre des qualités de l’action d’une
part et par l’épanouissement qui en découle d’autre part. L’action
est baignée par cette masse lumineuse. Plus on devient Empereur
de soi-même, plus cette lumière se perçoit, donnant naissance à une
concentration qui matérialise la densité avec laquelle on use des
biens terrestres. Il ne s’agit pas ici explicitement des corps subtils ;
le Tarolié évite de s’y référer en préférant s’appuyer sur les possi-
bilités physiques et psychiques du corps humain, alliées aux
possibilités mentales qui permettent la stature d’Homme Premier.
Cela participe du rayonnement de l’Empereur.

Quelqu’un travaillant sur l’élan rayonnera plus que celui travail-
lant sur une volonté. La connaissance, la sagesse et la masse de
lumière servent d’instruments au rayonnement de l’Empereur si
son bonheur de vivre provient de ses qualités naturelles. Pour que
sa vie fleurisse de façon harmonieuse, il met en marche son appro-
bation à vivre, ce que le Tarolié nomme « le oui incarnationnel ».
La lame 4 marche et avance à la lumière d’elle-même en attirant
62 celle des autres si elle se conforme à ses qualités et évite ainsi les
points de repères extérieurs à ce qui lui correspond.

L’Empereur de soi-même est la lumière consciente qui nous
traverse (Fais marcher ton Empereur). On peut en parler comme
de « celui de qui la joie est au-dessus de toutes les passions ». Il
travaille sur l’élan de son Être, sur le vital à son bonheur, mais sans
la passion qui demande une cristallisation trop forte de l’Être à
cause d’un effort, d’une difficulté ou d’une peur. Le Tarolié pense
que l’Être Humain ne serait pas passionné dans le sens christique
du terme (passion = douleur) s’il vivait dans des conditions optima-
les, car se passionner = se prendre au jeu, tandis qu’être naturel
= jouer le jeu. Ce qui signifie que l’Empereur de soi est vivant,
vital, énergique, énergétique et non réactionnel, car la passion est
une réaction et non un faire au premier degré. Donc, plus on est
Empereur, moins on se passionne et plus l’élan augmente (ne ja-
mais confondre l’élan et la passion). La joie jure avec un soi
passionné. Le désir ne devient passion que contrarié, alors que le
comportement juste l’intègre.

L’Empereur met son élan naturel au service de sa représentation
du bonheur. C’est un soi qui se libère sous élan, mais qui demeure
tranquille. Si on accepte cette hypothèse de travail, on essaiera de
retrouver nos agissements par élan et de prendre l’habitude d’en
avoir le plus possible ; ce qui nous permettra également de nous
rendre compte du nombre incalculable de fois où nous avons agi
sans élan. Cela nous demandera d’agir sur d’autres bases afin de
demeurer dans le camp de l’Empereur, c’est-à-dire le parti de soi-
même, de l’Homme pour l’Homme, avec l’Homme et en l’Homme,
le seul parti qui ne soit pas « contre ». Ce personnage n’indique
qu’une seule politique, celle de soi-même. Il communique avec son
entourage après avoir suivi le chemin de ses qualités. Il ne
s’intéressera aux mobiles humains en général (le bien de l’espèce)
qu’après avoir pris le temps de vivre sans pression extérieure
anormale.

63 L’Empereur ne diffuse son message que par son élan, dans la
mesure où : plus il parle de lui-même en tant qu’origine de ses
propres aspirations, plus il atteint une vie satisfaisante à son propre
regard. Il ne tire pas spécialement un enseignement des pressions
extérieures ; son mouvement est celui de la rose qui grandit au jour
le jour en éclatant par pulsions successives et son existence passe à
travers une cohérence directe.

À la lumière du symbolisme, nous pouvons stigmatiser que le
sceptre de l’Empereur représente le bâton de la stabilité ; c’est
l’écoute, le silence et le verbe qui obéissent à des règles impossi-
bles à détériorer sous ses yeux. Il se méfie du mot « adaptation »
qui n’a aucune charge symbolique ; la règle d’or est dans une qua-
lité de proportion. Pour capter ses qualités, il pense, s’écoute et se
parle à lui-même en recherchant de quelle règle d’or ses qualités
intrinsèques pourraient être les instruments.

Exemple : s’il possède le sens de la diététique, sa règle d’or en
nourriture sera : « Je mange non seulement ce qui ne me fait pas de
mal, mais ce qui peut contribuer à ma force vitale ». Le dosage
judicieux est en soi une règle d’or. Si on ne se détruit pas, on est
capable de le supporter dans n’importe quelle matière.

Celui-ci fait une grande différence entre le naturel et le normal,
le premier étant une règle personnelle d’un état de fonctionnement
sain, le second étant une règle sociale d’un état relativisé par rap-
port à un comportement de groupe. Pour lui, ce qui est naturel lui
semble normal, son équilibre faisant la synthèse. Il traverse aussi
les règles d’or psychiques, c’est-à-dire un comportement-type qui
respecte chaque individualité (la manière d’être libre en soi est
unique, celle de l’être avec les autres est multiple).

L’Empereur considère ses qualités comme autant de dons qui
assurent son quotidien et leurs retombées imprègnent l’entourage.
Cela touche à son tissu humain dans son immuabilité.

64 Le sceptre de ce personnage relie le meilleur de ses Moi de fa-
çon volontaire et consciente à tout ce qui se joue entre le Cosmos
et lui. Entre son bonheur terrestre et sa compréhension du Cosmos,
se noue une sorte d’intimité : le Cosmos l’accepte tel quel, tandis
qu’il apprend la vie de l’univers et en retire un bien-être. Dès son
lever, il se livre souvent à un exercice favori qui consiste à se de-
mander quelle qualité de lui travaillera, à quelle fin, dans quelles
proportions, et quel bonheur en retirera-t-il ? Ainsi, dès lors, une
toile se forme entre le Cosmos et lui. L’Empereur travaille le plus
naturellement possible, sans référence excessive à une spiritualité
quelle qu’elle soit.

La réussite de l’examen n’est pas importante en soi mais, si une
qualité fondamentale y a contribué, c’est ce qu’il fallait démontrer.
La lame 4 ne se sert ni du souhait, ni de la prière pour arriver à ses
fins, son seul souci étant l’épanouissement à la hauteur de ses qua-
lités ; cela lui permet d’éliminer toutes les actions qui forcent son
naturel. L’Empereur travaille à partir de bases solides, non en vue
d’une finalité mais d’un passage à l’acte gratifiant pour lui-même.
C’est ce que le Tarolié appelle un « être basique ».

C’est également le contraire de l’Être social, ce qui ne
l’empêche pas de faciliter la vie en société de par sa fonction pro-
pre. Son sceptre est droit pour nous rappeler notre verticalité et le
point de rencontre entre le Cosmos et la Terre (le Cosmos s’arrête
où la Terre commence et vice versa).

C’est une lame qui ne se met jamais à la portée de… s’il a
l’impression de se trahir car, en restant lui-même, sa portée vers
l’autre se fera automatiquement. Son action se déroule selon une
véritable rythmologie. Il fait très attention aux ondes reçues et aux
vibrations émises en fuyant toute détérioration de lui-même, venant
d’une désorientation de l’entourage.

Le fait de se libérer de ce dont il est proche, par lui-même, le
protège. Il sait pouvoir avancer en séparant les ondes humaines
65 positives et négatives d’une part, et les ondes cosmiques d’autre
part. Le Tarolié, ici, ne travaille qu’avec les ondes humaines, mais
tient compte de tout ce qui est cosmique en tant que tremplin pour
l’avancée de l’humanité. Une de ses phrases clés est : « Nous
avons tout mal fait, mais nous pouvons tout refaire ». L’Empereur
se construit sur sa liberté d’être, pour étayer cette thèse. Il ne dit
jamais : « Je ne peux pas… je ne veux pas », mais « Je regarde
l’essentiel de la chose proposée et je vois si mes qualités propres
pourraient intervenir pour, à la fois, une réussite et un épanouisse-
ment ».

L’Empereur est droit, mais souple et sans faiblesse. Il n’ignore
pas que tous les possibles positifs sont inscrits dans ses gênes à la
merci d’un tri de ceux nécessaires à son bonheur présent.

Sa vigilance se tenant toujours aux aguets en ce qui concerne
l’utilisation de ses qualités, il ne perd pas de vue son bonheur à
vivre. C’est une figure persévérante (percer à travers). Par ses qua-
lités, elle cherche plus à maîtriser une situation ou un événement
plutôt que de réussir à tout prix une action sans rapport avec son
intégrité. Un de ses grands prurits est de savoir se garder intact au
profit de ce qui lui appartient dans le présent. C’est-à-dire vivre un
état d’inspiration naturelle, ni en deçà ni au-delà de sa réalité, le
surhumain et le sous humain ne l’intéressant nullement.
66


Le Pape.
(Lame 5)


À l’intérieur du Pape L’homme semble handicapé
L’esprit montre le cap
Sans colère et sans trappe
Mais l’homme prie sous sa cape
Et dispose sa nappe
Pour que son âme attrape
En de sages étapes La profondeur qui happe



Partant de l’Homme naturel, nous rejoignons ici la conciliation,
soit un amalgame harmonieux entre le naturel génétique et sa nor-
malisation par un vécu s’appuyant sur les qualités intrinsèques. Le
Pape semble incarner la légende au niveau du comportement en
faisant coïncider volontairement l’état naturel de l’Homme non
stressé et la façon spontanée de voir les choses dans le moment
présent avec ce que la vie a fait de nous. Son savoir inné et sa cul-
turation de soi veulent faire bon ménage avec sa culture du
moment, d’aller sur l’époque et l’expérience quotidienne. C’est un
Homme de légende parce qu’il accomplit cette synthèse en lui-
même. Il a un sens de la vérité indépendamment du fait qu’elle
puisse s’appliquer à telle ou telle personne, tel ou tel événement ;
elle lui apparaît comme une donnée fondamentale sur laquelle il
n’a pas de prise, sans pouvoir s’en passer pour autant ; en dehors
de ce sens, il s’asphyxie. Ce n’est pas une question de culture ou de
connaissance. Le Pape de soi-même sent la vérité comme une hi-
rondelle le printemps. Cela inclut chez lui l’intuition, la
médiumnité, tous les sens « plus » et se rallie à son intelligence et
67 son expérience, à la hauteur de l’évolution présente. Ce personnage
cultive ce sens de la vérité et l’habille de tout ce que la vie lui a
appris, en essayant de la déformer le moins possible. Ce sens est
comme un aiguillon qui le pique à la manière du collier de pierres
précieuses qu’une petite fille portait au cou et qui se rétrécissait
fâcheusement au moindre pas volontaire ou non dans le mensonge
(Contes de Perrault).

Tout comme le Pape, chacun possède cette légende au fond de
soi. C’est un don universel, malheureusement trop enfoui. Le Pape
est un explorateur de vérité qui le mène au bonheur de soi. Sa de-
vise n’est pas : « Je pense donc je suis » mais « Je sais donc je
vis ». Il est conscient de pouvoir manier ce sens de la vérité et d’en
être en même temps le dépositaire. Toute sa recherche consiste à
faire remonter celle-ci à la surface. Mais de quelle vérité s’agit-il ?
Celle qui fait affleurer l’épanouissement de soi par un comporte-
ment adéquat. Le Tarolié ne dit pas : « Ceci est vérité ou non
vérité », mais « si tel acte vous grandit, il touche au sens de la véri-
té, et s’il vous affaiblit vous vous en éloignez ». Quant à savoir ce
qui est vérité ou non de façon objective, ce n’est pas son propos.

Être Homme ou Femme de légende serait de respecter ce sens
de la vérité en soi. Celui-ci, tel que nous l’avons décrit, sensibilise
le Pape et préside à ses moindres paroles. Cette légende participe
de nos progrès en tant que référence constante à ce qui pourrait être
et ce qui aurait pu être sans la déviation de notre compréhension
des choses. Celle-ci se manifeste par des mouvements inharmo-
nieux et extérieurs à notre conscience. Notre fonctionnement
naturel (celui du modèle déposé au fond de chacun d’entre nous)
s’en trouve faussé.

À la lumière de ce sens de la vérité, le Pape aide son prochain
par une parole juste qui lui semble la base de toute sa création de
vie. Ce sens lui confère un véritable pouvoir sur lui-même et sur
les autres, qu’il le veuille ou non. Ici, « pouvoir » ne touche en rien
la manipulation extérieure volontaire. Il consiste simplement à
68 pénétrer de vérité tout ce qu’il approche, comme on pourrait dire
que le soleil éclaire tout ce qu’il touche. Ce pouvoir a comme effet
immédiat de mettre l’entourage en position de vérité, comme on
dirait en position de Bateleur, c’est-à-dire que les gens ne peuvent
pas ne pas essayer de trouver leur unité face à quelqu’un qui joue
ce jeu-là.

Le Pape incite chacun d’entre nous à interpréter son propre rôle
en retrouvant ses correspondances dans tous les domaines de
l’existence. Ce conciliateur a horreur des compromis et brasse tous
les comportements justes passés au crible de sa pensée intelligente
et de la « parole de Dieu » (l’intuition éclairante). Il passe en revue
la gamme de tous les comportements et ne s’arrête que sur ce qui
semble baigner dans un lac de vraisemblance au niveau de
l’attitude première de l’Homme non stressé. Il se livre ici à une
intériorisation profonde pour retrouver un état qu’il n’a pas vécu
consciemment, car qui peut se targuer de connaître le comporte-
ment de quelqu’un n’ayant jamais souffert !

C’est de l’amalgame du sens de la vérité et de la légende que
jaillit son exigence secrète et révélée. Ce ne sont pas les sentiments
habituels qui retiennent son attention, mais une certaine façon
d’être pouvant donner naissance à une catégorie de sentis non en-
core vécus jusqu’ici, mais certainement viables (hypothèse de
travail du Tarolié).

À une époque où l’on casse tout sans savoir quoi reconstruire,
le Pape recrée des comportements de manière à substituer le sens
de vérité à celui d’incertitude. Il recrée dans la lumière ce que la
légende a mûri dans l’ombre d’une connaissance ancestrale.

La lame 5 est charnière, nous permettant de découvrir le sens de
la vérité et nous obligeant à en tenir compte si nous voulons com-
prendre notre but existentiel. C’est la plongée dans l’imaginaire,
dans un monde où la réalité reposerait sur un équilibre permanent
de force, dont les mouvements ne nous déstabiliseraient pas de
69 façon négative. Il ne s’agit pas d’un extra-terrestre, mais d’un intra-
terrestre. Sa légende ne le renvoie pas à son imaginaire, source
d’erreur si l’on part d’un point faux. Il joue office d’un verre non
déformant qui place sur orbite, du point de vue de la vérité, nos
motivations. Le Pape se voit épaulé par l’infaillibilité de
l’imaginaire et rejette la fantasmagorie de l’imagination.
L’imaginaire lui semble saisir la vérité d’un comportement avec
plus de réel que l’imagination pouvant complètement l’inventer,
car l’imaginaire travaille sur ce que l’on ne connaît pas encore
mais qui pourrait exister (aucune théorie ne pourrait en douter),
donc sorte d’inconnue perméable à l’Être allant au bout de ses re-
cherches ; tandis que l’imagination recouvre une excroissance et
une invention d’un moyen provenant peut-être d’une insatisfaction
à vivre.

L’enfant est instinctivement très Pape car il se meut avec facili-
té dans l’imaginaire ; ce qui ne l’empêche pas de mettre son
imagination à contribution pour assumer son quotidien (question
d’éducation qui n’intervient pas ici). Le comportement du Pape
nous familiarise donc avec l’imaginaire en tant que prise sur le réel
ne semblant pas quotidienne au premier abord (alors que
l’imagination l’est). Le Tarolié ne nie pas la valeur momentanée et
partielle de l’imagination mais souhaiterait que ses circuits ne té-
lescopent pas ceux de l’imaginaire. Ils devraient se superposer sans
jamais se confondre, n’étant pas destinés aux mêmes fins. Le Pape
renvoie le lecteur aux sources de l’imaginaire, ce qui l’aidera de
plus en plus à pénétrer loin en avant dans le chemin qui lui est pré-
senté.

L’Homme de légende ne vit pas sur un piédestal mais suit à la
fois son imaginaire, son expérience d’ici et maintenant, et son
« impérience » (expérience intérieure). Il est entendu que le Pape
ne se sert nullement de l’imagination. Il puise ses instruments favo-
ris directement dans l’imaginaire (réel lisible) pour les concrétiser.
Il y ajoute sa joie de vivre, doublée de la densité de la minute pré-
sente. Sur ses épaules repose l’existence de nombreux héros dont
70 les actions ont embelli notre vie à plus d’un titre (ceux nés de
l’imaginaire). La lame 5 vit ses aspirations les plus hautes pour peu
que celles-ci concordent avec son épanouissement et sa vision du
bonheur. Ce personnage essaie d’actualiser sa culture et ses possi-
bilités à sa fonction légendaire. Il a un grand sens de la sagesse,
sans toutefois la privilégier par rapport aux autres états harmonieux
de l’Être. Chacun peut l’expérimenter en se référant à des lectures,
une rencontre ou un senti. Il faut simplement chercher avec atten-
tion les ressemblances ou les dissemblances entre soi et les héros
proposés. Si l’on a envie d’en incarner un, il ne faut pas considérer
cela à la légère ; c’est qu’il y a un point commun qui demande à
être développé. Cela paraît un rêve au départ, mais la trace laissée
en nous par le modèle déposé est grossie ici à la loupe et on doit
immédiatement en tirer parti de la façon suivante :
– « Si j’éprouve une telle impression de déjà-vu ou connu au
niveau d’un comportement que je n’ai pas eu le sentiment de maî-
triser jusqu’à ce moment de ma lecture, c’est que cela répond à un
réel terriblement enfoui au fond de moi ; je dois employer mes
forces vives à le faire ressurgir ». Ce n’est pas de l’extrapolation. Il
faut prendre ceci comme une hypothèse de travail et on sera surpris
des résultats car il suffit de sortir du connu pour aborder un incon-
nu tout aussi réel mais demeurant, invisible parce que non sollicité.
(Se libérer du connu). En réalité, nous sommes bourrés de points
de légende que nous n’exploitons absolument pas. De là à décider
de leur inexistence, il n’y a qu’un pas.

Le Pape dit souvent : « Je m’abreuve au filtre de la vérité con-
nue ou inconnue, visible au invisible, mais toujours réelle dans le
sens de vraie et, de plus, je sais que, pour la trouver, il faut cher-
cher dans les légendes ». Si on transforme ces assertions en
exercices pratiques, on déclenchera en soi le merveilleux et on se
l’incorporera le plus simplement du monde. En résumé, chaque
individu porte au fond de lui une légende : la sienne, dans laquelle
il doit puiser de toute urgence. Le Pape l’y convie en affirmant :
« Nous sommes tous les enfants d’une légende qui envoie ses fais-
ceaux lumineux devant être rassemblés par nos soins ».
71
Les Hommes de légende (le Pape) sont les héritiers de la vérité
d’un comportement, consciemment ou inconsciemment (agir de
façon idéale sans le savoir, à la façon de Monsieur Jourdain). Il
s’agit ici de ce que le Tarolié appelle. « la vérité par mensonge et le
mensonge par vérité » : un Homme de légende, donc la lame 5,
peut affirmer la réalité de quelque chose à un moment où elle n’est
pas encore palpable, ou produite, ou visible comme une certitude
sans preuve tangible ; c’est comme une vérité déplacée dans le
temps (vérité par mensonge). Ne pas oublier que nous sommes
capables d’innover aux yeux des autres en appliquant un compor-
tement qui leur semblera non conforme à celui qu’ils auraient
choisi. Non seulement il n’est pas conforme, mais il donnera
l’impression d’être neuf pour tout le monde, y compris pour celui
qui le possède. Il aura été ramené de l’imaginaire et du modèle
déposé dont on apercevra furtivement le fonctionnement. Celui en
train de vivre, son Pape ne sera pas dérouté, mais subira l’assaut de
l’extérieur. Il aura besoin ici de l’aide conjuguée de l’Impératrice
et de l’Empereur pour savoir y résister. Le Pape se laisse aller à
une vérité supérieure le guidant vers un comportement de néophyte
qu’il doit accepter en tant que tel. Sa qualité de penseur et de cher-
cheur de vérité le mènera jusqu’à cette fameuse source de
l’Homme Premier dont il lui faudra pratiquer les effets dans sa vie
quotidienne. Ce décryptage est valable pour tout un chacun, car la
vérité s’apprend et se découvre simultanément (devise du Pape
= mensonge par vérité).

Il est prouvé ici que la vérité de comportement gît forcément
quelque part en nous, attendant d’être dépistée et suivie. Ce n’est
pas comme pour Pirandello : « À chacun sa vérité », mais à chacun
une détente du comportement menant à un possible de vérité. Si le
Pape discute, il exprimera spontanément cette approche de la vérité
par l’un des deux biais dont nous venons de parler. L’interlocuteur
reçoit cette authenticité non encore dévoilée parce que complète-
ment inconnue et reflet de celle de l’Homme Premier non encore
distribuée et vécue. Le Pape se promène donc de l’imaginaire à
72 l’expérience en passant par le senti de l’impérience, ceci de façon
continue. Pour conter une histoire à un enfant, il faut expliciter un
comportement d’Homme Premier au moyen d’une légende ; cela le
familiarisera avec des manières inconnues de vivre, qu’il acceptera
très facilement. S’il essaie de les imiter dans la vie quotidienne, il
ne faut surtout pas l’en empêcher ; le meilleur moyen de l’y aider
est d’appliquer ces comportements à soi-même dans la mesure du
possible. Il vaut mieux donner à un enfant une image de l’Homme
plus grande que nature, plutôt que celle déformée dont nous nous
servons actuellement. Le Pape dit encore : « Il faut que j’apprenne
aux enfants comme à moi-même à vivre ortho » (une cohérence de
comportement respectant le naturel profond de l’Homme).

À la différence d’un Pape traditionnel qui reçoit une investiture
d’infaillibilité dans un secteur précis, celui du Tarolié recherche en
lui-même, à toutes les secondes, les stigmates de la vérité compor-
tementale pour en vivre d’abord et la transmettre ensuite ; alors que
le premier reçoit son pouvoir de vérité de l’extérieur. La lame 5 vit
le quotidien de façon magique en faisant le moins de concessions
possibles aux déformations de l’Homme tendant à se normaliser
avec le temps. Le Pape se veut Homme de légende sur les trois
plans : corps – âme – esprit, en extériorisant des façons d’agir con-
nues à la manière de Krishnamurti, Homme de légende d’esprit, de
Saint-François d’Assise, Homme de légende d’âme, et de Serge
Lifar, Maurice Béjart et Rudolf Noureïev, Hommes de légende de
corps, par exemple. Ce personnage aborde la vérité par un compor-
tement apparemment fabriqué de toutes pièces, alors qu’il s’agit
presque d’avoir ressuscité un Homme inconnu mais dont on est
certain qu’il a déjà vécu. C’est presque une sensation théologique
dans le sens chrétien du terme, devant l’affirmation : chacun
d’entre nous porte le Christ en soi. Il s’agit, à la limite, du même
phénomène : on sait comment agir, mais il faut remonter à un
temps idéal non actualisé pour retrouver ce comportement ; on sait
également que chaque attitude positive qui nous épanouit nous
rapproche de ce comportement. Notre seul indice est cet épanouis-
sement pour remonter au comportement réel qu’il est difficile
73 d’expliciter. Si nous voulons vivre notre Pape, il faut souvent nous
poser la question suivante : « En agissant comme je le fais, suis-je
ou non en train de respecter l’Homme de légende en moi ? » C’est
en se conformant le plus honnêtement possible à la réponse que
nous capterons le Pape de nous-même.

L’acte social le plus anti-Pape au niveau du Tarolié est celui de
la grève, c’est-à-dire : ne pas faire… pour tomber sur le comporte-
ment juste. Le côté passif face à ce qu’on faisait lui paraît
incohérent. À ses yeux, il faut agir autrement mais rester dans la
même énergie. Cela lui paraît tout à fait anachronique de demander
une augmentation pour un travail alors que la solution réside, la
plupart du temps, dans la manière de le concevoir. C’est faire
preuve d’un irréalisme à tout crin que de ne rien faire pour arriver à
bout d’un faire ; de stopper une action X pour redonner un essor à
cette même action X. Il vaudrait mieux agir activement dans le
même sens que passivement dans le sens contraire. La seule réfé-
rence possible est l’épanouissement de soi. Le manque de
conscience de l’acte à produire tue toute velléité de comportement
naturel. Le Pape ne casse jamais une énergie, mais la canalise à son
bénéfice sur le plan du bonheur de vivre. Si on interrogeait celui
qui fait grève sur son ressenti, face à cet agissement, on serait sur-
pris de constater à quel point il se sent mal à l’aise en essayant de
justifier concrètement sa démarche. Il suffirait d’un peu de ré-
flexion-Papesse pour qu’il se rende compte de la fausseté de ce
comportement.

Le Pape développe ses facultés de recherche et repère les com-
portements qui tissent la toile des solutions positives pour soi et
autrui. Celui qui veut user de son sens-Pape se familiarise avec
l’imaginaire en se composant un double de légende et en s’y réfé-
rant ; c’est-à-dire essayer systématiquement de se fabriquer et
laisser resurgir en soi un comportement inconnu face à une situa-
tion donnée si on n’a pas pu en trouver un connu qui alimente son
bonheur de vivre. En faisant cet exercice plusieurs fois, on arrivera
à se composer un double qui finira par s’intégrer à soi (Les 3 lois
74 de la robotique). Cette rencontre et la fusion qui en découle facili-
tent le quotidien choisi. Le Pape prend le temps de construire sa
légende de l’intérieur, puis de la comprendre, d’en vivre et de
l’exprimer. Il commence avant tout par accepter d’être un Homme
de légende, au lieu de répertorier régulièrement tout ce qu’il ne
peut pas faire et tout ce qui lui manque. De même qu’en apprenant
l’existence d’un acte de légende par personne, événement ou do-
cument interposés, il doit se demander comment l’incorporer à son
existence quotidienne après en avoir discerné l’importance pour
son épanouissement. Il faut donc vivre la légende au jour le jour
pour s’imprégner du sens de la vérité.

Ce personnage apparente son comportement à une esthétique et
un art de la pensée en lutte ouverte contre les effets culturels et
cultuels de la sincérité. Il lui oppose l’authenticité. Il se méfie de la
sincérité dans la mesure où c’est le résultat de l’état psychique
provoqué par des événements à un moment précis. Il peut s’agir du
senti du moment qui, quelquefois, peut être authentique, et non du
senti en soi qui peut être également celui du moment. Si une jalou-
sie, une colère ou une peur de l’abandon est vécue sur le vif, ce
n’est pas le fait de l’avoir sentie qui est faux mais celui d’avoir pu
la sentir car la plaque sensible a été imprégnée d’une possibilité de
senti faux au départ, le comportement initial n’étant pas lui-même
naturel. Tandis qu’avec l’authenticité on retombe immanquable-
ment sur un senti non dévoyé.

Le Pape préfère la spontanéité de l’acte comportemental avec le
moins de dépendance possible au milieu ambiant. Il résiste à toutes
les pressions voulant peser sur son bonheur de vivre (la culture,
l’information, l’entourage). Il ne se bat ni contre le matériel tempo-
rel, ni contre le spirituel éternel, et ne favorise ni l’un ni l’autre, au
niveau du résultat, mais prend en compte sa démarche de penseur.

En référence à la symbolique de la carte : son air de patriarche
très intériorisé, sa tiare et les plis de ses vêtements donnent à la fois
une sensation d’enveloppement et de souplesse, ainsi que la main
75 gauche gantée de jaune tenant le bâton de la connaissance ; ce qui
prime est la fusion de tous les états de matière, du plus solide au
plus subtil :
- matière = esprit solidifié,
- spiritualité = matière en fusion.

Il ne comprend pas la matière en mouvement qui le traverse,
densité matérialisée par le toucher.
Donc, il existe pour lui deux aspects de la matière :
- matière solidifiée = la terre, notre corps et ce que l’on peut
rendre dense par le toucher,
- matière transformable par l’Homme en action continue et
que personne ne peut toucher (toute la capacité du psy-
chisme).

Le Pape sait que son acte matériel prendra une autre forme dans
le temps et ne s’occupe pas de ses prolongements. Il agit comme
étant maître de la situation à part entière et comme si tout dépen-
dait de lui au premier chef. Même si, quelque part, cette façon de
procéder semble fausse et même si elle l’est réellement, c’est le
seul moyen pour lui d’accéder à l’origine d’un processus qui mène
au comportement de l’Homme non stressé. C’est le saut dans
l’inconnu.

Entre le posé de l’acte et sa solution, il y a toujours un décalage
dans le temps. C’est pour cela que la possibilité de se référer au
comportement initial ne peut exister, puisqu’en fin de compte le
Pape aura toujours le moyen d’y parvenir. C’est son point commun
avec l’Ermite (Lame 9). Le Pape ne se réfère pas à ses idées per-
sonnelles selon une responsabilité intérieure ou extérieure, ou selon
le résultat provoqué, mais à travers son senti d’authenticité doublé
d’une analyse très poussée de la situation. Il respecte ses propres
exigences sans aucune connotation morale et sociale. Il éprouve la
certitude d’être quelque chose mais ne se prend pas pour quelque
chose dans le sens classique du mot « orgueil », et également celui
76 que lui donne le Tarolié, c’est-à-dire une mauvaise appréciation du
réel.

Le Pape baigne dans une certaine pureté d’intention car il fait
fond sur la « formidabilité » de l’Être Humain, c’est-à-dire ses
limites atteignables sans se déplacer ni s’outrepasser (aller jusqu’au
bout de soi et jusqu’à ses limites mais en passant par le soi et non
en l’évitant). Si ce personnage aide l’autre par sa pensée, c’est par
sa transparence car il ne peut aider ni s’aider hors de sa propre
lancée. Il tend à l’imprégnation d’un comportement idéal. C’est un
créateur de lui-même.

Être le Pape de soi-même = manier la pensée pesée et sue, donc
en pleine maturité. C’est redonner droit de cité à l’instructeur porté
en soi, tandis que l’Empereur est notre faculté de le comprendre en
s’appuyant sur notre lucidité. La matière première de ce person-
nage est sa pensée passée au crible afin de savoir si elle réfléchit
bien son besoin d’adhérer au comportement de l’Homme Premier.
Si cette pensée capte le bonheur de vivre, il se la garde précieuse-
ment car, si elle ne présente pas une racine épanouissante, elle
s’opacifiera jusqu’à disparaître, sa lucidité étant le baromètre. On
revient ici à un art du comportement et à la correspondance éthique
et esthétique avec l’image du modèle déposé.

Le Pape ne fait jamais partie d’un groupe et ne cherche pas spé-
cialement à en diriger un, mais ses certitudes existentielles attirent,
tel un aimant, en le plaçant bien plus souvent au centre de quelque
chose (impulsion énergétique) qu’à la tête (organisation). Alors il
peut en découler un accord entre les gens d’un groupe et lui, de
façon occulte, la double fonction du Pape s’en trouvant respectée ;
conscience de la vérité et moyen de l’actualiser.

Cela n’entraîne pas systématiquement l’accord total avec le
groupe, toutefois détente à la fois physique, psychique et spiri-
tuelle. Il vit sa philosophie par la correspondance entre sa pensée et
le « saut dans l’inconnu ». À ses yeux, un acte authentique
77 n’entraîne jamais de négativité dans le sens perturbateur du terme.
Sa peur éventuelle ne l’entrave pas dans la mesure où, ne lui don-
nant pas droit de cité, il ne s’en sert pas pour comprendre les
tenants et aboutissants de ce qui l’entoure. Il travaille activement
malgré une grande intériorisation, ce qui lui permet d’évoluer dans
une certaine clarté et de repousser l’ombre (il faut, et il suffit, que
la lumière se manifeste un tout petit peu plus que l’ombre : le fait
d’ouvrir ses volets le matin). La quotidienneté heureuse du Pape
est proportionnelle à la fréquence de la mise en marche de sa cons-
cience et de sa lucidité. Ceci est valable pour lui comme à tout
autre qui le côtoie, car ce dernier sent tout de suite la nécessité
d’une libération par une recherche, même inconsciente, de la véri-
té. Si quelqu’un se sent mal à l’aise en face d’une force-Pape, c’est
un problème qui touche au vouloir de vérité. L’influence de la lame
5 est d’autant plus précise qu’elle ne percute que le présent.

Plus cette lame fait appel à sa lumière intérieure, plus elle pénè-
tre facilement la partie d’imprévisibilité comprise dans le bonheur
lui-même, sorte de lien avec le destin donnant naissance à de nou-
veaux comportements, celui de l’Homme non stressé. Cette
connaissance de soi ne nous viendra ni de plus ni de moins haut
que nous. Il ne s’agit pas de penser ici que ce qui est en haut est
égal à ce qui est en bas, mais de savoir que la solution jaillira du
plus profond de soi, qui est le juste milieu entre haut et bas. Le
Pape rejette le comportement ne cadrant pas avec celui qui pourrait
le conduire à sa propre notion du bonheur et redresse la barre au-
tomatiquement pour ne se fier qu’à ses propres critères de
correspondance. Il dit souvent : « Mon bonheur de vivre doit avoir
un habit à sa taille », ce qui ne l’empêche pas d’intuiter et
d’essayer de réaliser la taille du bonheur de l’Homme Premier, afin
d’évaluer la grandeur de son habit d’origine (celui qu’il tend à re-
vêtir).

Pour ce personnage, l’humilité n’existe pas car elle débouche
sur la sincérité, notion dont se méfie le Tarolié (voir plus haut) ; il
préfère la notion de simplicité qui touche plus directement la per-
78 sonne elle-même sens distanciation avec la façon dont le vécu de
l’acte a été perpétré. Par voie de conséquence, il s’appuie sur
l’invisible, non dans le sens religieux du terme, mais dans le sens
scientifique, celui-ci étant ce qu’on n’a pas encore vu et non ce
qu’on ne voit pas. L’invisible est viable pour peu qu’on le décou-
vre. En quelque sorte, cette lame aurait l’invisible plus rapide que
le visible, en en sachant la portée. Ce n’est pas un synonyme
d’inaccessible ou d’irréalisable ou d’infaisable. C’est le visible
auquel notre maturité n’a pas encore eu accès. L’enfant plus
« branché » que l’adulte vit cette réalité de façon similaire. Cette
figure ne va pas vers l’invisible mais l’attire, afin de le ramener sur
la terre par une matérialisation adéquate à son épanouissement du
moment. Il ne s’agit pas de rêver ou d’atterrir dans une autre
sphère, l’invisible, c’est-à-dire le devenir concret et terrestre, puis-
qu’il s’agit d’une part d’un modèle déposé en soi et d’autre part des
conséquences de l’incarnation de ce modèle (astro-Homme). Cela
étant, le visible doit se restructurer face à l’invisible de l’Homme
de légende, fort de son savoir-faire mais non spécialiste à œillères.

Le Pape règne sur lui-même et en lui-même, c’est-à-dire sur ses
cellules à tous les niveaux. Il se considère comme un faiseur de lui-
même, ce qui le transforme en régulateur d’autrui. Ces questions
existentielles ne sont pas : « Qui suis-je et d’où je viens ? » mais
plutôt : « Comment faire revivre mes composantes d’origine pour
les engager dans le bonheur de l’instant ? ». Une de ses certitudes
est d’avoir compris que l’Homme ne fonctionne pas comme il a été
programmé pour l’Être. Ce non-respect de cette programmation
provient de nos erreurs et leur réduction nous ramènera, peu à peu,
à savoir utiliser l’ordinateur de base. Vu sous un autre angle, on
retrouve ici le pari de Pascal et sa confiance faite à Dieu a priori.
C’est à l’Homme que le Pape fait confiance de façon instinctive.
C’est une mise en garde contre notre propension à mourir de la
croyance en l’Homme. Il ne s’agit pas d’un problème de croyance,
de non croyance, ou de contre croyance, mais de raison à la fois
objective et subjective. Nous devrions prendre exemple sur les
oiseaux migrateurs qui ne se trompent jamais de destination ; cela
79 veut bien dire qu’elle est inscrite en eux comme le fonctionnement
du modèle déposé en nous, car la nature n’a absolument pas spolié
une création dont le fait de vivre déclenche de telles merveilles que
la conscience. Le Pape met son intelligence et sa faculté d’analyse
au service de son instinct et de son intuition, tout en les contrôlant.
Cette confiance en l’Homme est le fil directeur du Tarolié, le pont
entre l’Homme Premier et l’Homme dévié (le pont sur l’infini) :
celui que nous sommes devenus.

La hiérarchie, dans le sens papal, consiste à placer d’abord
l’invisible tel qu’on l’a expliqué pour permettre au visible d’entrer
à son service. Il ne s’occupe pas de l’Homme dévié, sans l’ignorer
pour autant. Son rôle est de se retrouver à un stade d’harmonie,
peut-être jamais vécu, ou alors perdu mais viable. Il part du prin-
cipe que l’inscrit en lui est un positif millénaire gâché en cours de
route. Son seul but : le faire ressurgir. C’est la lutte perpétuelle
contre l’inscription négative dans les gènes humains par un trop-
plein d’erreurs successives et répétées, dans la mesure où toutes les
conditions souhaitables n’étaient pas réunies pour faire émerger la
maturité de l’Homme et son besoin d’être heureux. Aucune sou-
mission à l’insatisfaction habituelle, porteuse d’authenticité et de
confiance en soi : c’est la carte de notre jeu intérieur à montrer
constamment (n° 5, chiffre de l’Homme). Le Pape ne se trahit sous
aucun prétexte. Son implication entière dans la balance rétablit
l’équilibre et suscite chez les autres un vouloir incoercible de re-
mise en question par une coloration plus vivement positive de leur
existence. C’est le meilleur moyen de lutter contre la dégradation
humaine et de s’affirmer en tant que garant de la réalité d’une ori-
gine réactualisée par son comportement (il faut se jouer soi-même
pour respecter son taux d’authenticité).

Pour le Pape, le modèle déposé ne s’apparente ni à une chance,
ni à un dieu, mais c’est la facture de nous-même pâlie par le mal-
heur, donc impayée. La dette est immense ; pourtant nous avons
l’argent nécessaire, c’est-à-dire notre énergie, pour revigorer
l’épanouissement de soi. Cette lame mise sur la grandeur de
80 l’Homme, en lui insufflant sa dose journalière de confiance en lui.
Un de ses exercices favoris est de se livrer à l’écriture d’un texte
sur la confiance en soi, ou de se parler avec confiance devant la
glace pour entrer en discussion avec la vie, en qualité
d’interlocuteur valable. L’hypothèse de travail ici est : « Je mets
ma volonté et mon vouloir primordial au service de la confiance en
moi en posant, comme a priori, l’existence de celle-ci fondée sur ce
que je sais de ma programmation intérieure » ; le bonheur étant
quelque chose de trouvable et de transmissible, pourquoi ne pas y
aller voir ?

Au niveau de l’application du bonheur humain sur la Terre, il y
a trois phases largement dépassées :
- la lutte pour la survie déjà résolue au niveau du bonheur,
- l’utilisation de cette lutte pour renforcer l’Homme,
- l’utilisation volontaire de découvertes dont on cherche à
tout prix à en faire des besoins premiers alors qu’ils sont
complètement inutiles (enflure des besoins naturels) et que
les vraies découvertes ont été, sont et seront involontaires à
tous les niveaux, étant le résultat d’une investigation spon-
tanée de l’Être.

Le Pape est un découvreur pour le plaisir d’œuvrer dans le sens
du quotidien harmonieux et non pour se battre contre tout ce qui lui
résiste. À partir du moment où il y a émergence, en lui, des com-
portements de l’Homme Premier, il s’y arrête et les fait fructifier
d’abord pour lui-même en toute individualité. Ce n’est pas que par
le rayonnement du résultat de ses découvertes sur sa philosophie
profonde qu’il peut communiquer avec les autres et éventuellement
les aider, si ceux-ci sont disposés à entrer en contact avec cette
certitude en eux. Ce personnage passe par lui-même pour se recon-
naître et faire tenir ensemble les éléments multiples de plusieurs
comportements qu’il ne fait, en réalité, que retrouver par le proces-
sus de densité. Une découverte n’est efficace à ses yeux qu’en
faisant concorder les différentes pièces du puzzle. Ne l’intéressent
81 que celles qui lui font toucher l’Homme Premier. Avoir confiance
en une découverte, c’est en avoir ressenti le bien-fondé pour soi. Si
quelqu’un d’autre lui soumet une idée, il ne se l’incorpore que si
l’intensité de sa qualité de vie en dépend. Il fera le plus souvent
confiance à une idée sur le plan individuel que sur le plan collectif,
ne pouvant cerner son Homme Premier en groupe. Le Pape ne se
penche jamais sur un phénomène de compréhension ou de portée
collective pour résoudre un problème. Il érige en impossibilité
majeure le fait de passer par autrui, surtout pour résoudre des ques-
tions personnelles. Le miroir intervient en seconde position pour
parachever la décision.

Toute découverte devrait être expérimentée en tant
qu’hypothèse de vie meilleure ou être complètement rejetée dans le
cas contraire. La démarche papale est une quête individuelle cons-
ciente. Si l’on veut honorer cette lame, il vaudrait mieux essayer de
percevoir ce qui correspond à l’Homme Premier en nous, en
s’éloignant de celui que nous sommes devenus par la somme de
nos erreurs. Le moyen de discrimination serait peut-être de se po-
ser la question suivante : « Cette idée qui me traverse, ou que
j’entends fortuitement, ou qui m’est proposée, ressuscite-t-elle
l’Homme Premier en moi, ou perpétue-t-elle l’Homme dévié que je
suis devenu ? » Le Pape se vit comme un dépollueur d’âmes et un
révélateur de solutions, ayant choisi délibérément le modèle dépo-
sé, oubliant volontairement l’Homme amputé. Ce personnage
refuse de se comporter comme un dieu pour les autres et désire
seulement être un Homme, grandeur nature, pour lui-même. Il tra-
vaille toutes ces découvertes à l’échelle humaine, c’est-à-dire selon
ses forces vives et ses limites atteignables.

S’il n’accède pas à l’Homme Premier en lui, le Pape a
l’impression de vivre à une échelle préhumaine. Par son pouvoir de
légende, il lui serait plus facile de tenir un rôle de Dieu que
d’entrer dans la peau d’un Homme encore jamais vu, car on parle
assez de Dieu pour s’en faire une idée, même fausse. Mais parle-t-
on jamais de l’Homme Premier, c’est-à-dire l’Homme sans réfé-
82 rence à solitude positive. C’est la première lame qui pose carré-
ment la question. On pourrait modifier, à son endroit, cette
assertion : « Rien d’humain ne m’est étranger », en la transformant
en : « Rien d’authentique ne m’est étranger », ou encore : « Tout ce
qui approche l’Homme Premier m’est familier, même par le ouï-
dire d’un souvenir ». Donc, la confiance en soi est considérée
comme un outil de travail ne passant absolument pas par la route
des sentiments mais par celle d’une certitude du type : « Je suis
capable d’être heureux, il suffit que j’emploie le comportement
adéquat ». Cette position, face à autrui, lui permet de polariser sur
l’inconnu de soi qui le fascinera immanquablement.

Le Pape inocule le germe de l’inconnu de soi, frère et ami. Sa
pensée délivre un message juste s’il s’en sert pour s’expliciter face
à lui-même. La façon la plus plausible de capter la parole inscrite
au fond de lui à travers l’image du modèle déposé est de laisser la
porte ouverte à tout ce qui nous vient de très loin, de très haut, et
au-delà de nous-même (l’idée). C’est une question de formation et
de maturation qui permettra de faire le tri. Ce personnage a la sen-
sation d’être soutenu, non seulement horizontalement mais
verticalement par tout ce qui est en lui, au-dessus de lui, en dessous
de lui et autour de lui. Sa pensée est, à la fois, liée à lui-même en
tant que chercheur et en tant que trouveur du modèle déposé, qui
peut aussi se confondre avec Dieu ou, plutôt, le Principe Créateur.
Le Pape essaie de lier en lui-même la vie du modèle déposé et les
leçons inscrites dans son fonctionnement en rendant vivantes les
traces d’un comportement invisible mais réel.

La lame 5 avance sur des milliers de certitudes intérieures qui
construisent son épanouissement et son évolution, son but étant
d’atteindre un état de vérité de façon intemporelle. Une de ses
phrases clés : « Ma pensée est l’instrument qui me permet de pas-
ser du senti au cri en nourrissant ma faim de vérité jusqu’à la
certitude (parole de Dieu) ; elle est le résultat d’une longue mise à
feu ».

83 En abordant la vérité d’un acte, le Pape émet des vibrations qui
facilitent le sens du monde par tous les moyens de communication
dont l’Homme dispose. Il s’appuie donc sur sa pensée pour éprou-
ver son sens de vérité ; celle-ci se situant toujours à l’origine d’une
vibration. Sa parole traduira son authenticité si elle lui semble es-
sentielle.
84


L’Amoureux.
(Lame 6)


Chemine l’Amoureux
Près de son double deux
Avec un cœur luneux
Le choix le prend de feu
Et cloue son entre-deux
Qu’il soit clair ou heureux
Difficile ou ombreux
Il doit être de ceux
Qui font le pas de deux.



Si le Bateleur a tous les éléments devant lui pour commencer
une action, l’Amoureux a le choix entre plusieurs actions. Que
celles-ci lui soient imposées par le destin n’entre pas en ligne de
compte, sa liberté consistant à opter pour le choix juste. Qu’entend-
il par là ? C’est celui qui cerne de plus près son confort intérieur en
vertu du fonctionnement du modèle déposé. Neuf devant ce choix,
il laisse monter les ondes positives. Confronté à plusieurs en même
temps, il doit les ramener à deux possibilités seulement et, ensuite,
trancher dans le vif. Si le choix passe par son seul libre arbitre (ar-
bitre tendant à l’harmonie), il atteindra les racines de son Être. Les
multiples éléments d’un choix ne sont pas un obstacle ; bien au
contraire, plus ceux-ci foisonnent, plus les vrais possibles sont
susceptibles d’émerger. Par contre, ce choix doit s’effectuer avec le
moins possible de références volontaires au relationnel, c’est-à-dire
par rapport à autrui, ou pour lui, ou pour faire plaisir à quelqu’un
en particulier. Si le choix rend vraiment heureux, cela ne peut faire
85 mal à personne, même en bousculant beaucoup, l’essentiel étant de
ne pas se tromper de choix. Peu importe que cette détermination se
prenne avec rapidité ou lenteur. Cette carte semble avoir avant tout
une implication affective, mais cette tendance est tout de suite
compensée par la recherche de l’action qui s’impose. Il faut, certes,
adhérer totalement au choix retenu et l’apprécier, non seulement
dans le sens où on l’entend habituellement, mais l’aimer dans le
sens tarologique du terme car agir conformément à soi est un
amour en soi.

La lame 6 ne fait pas de sentiments mais évolue dans une telle
recherche du choix adéquat que cela entraîne un amour de lui-
même et pour lui-même, inhérent à sa façon de concevoir
l’existence. Si on produit des actions du type amoureux, c’est que
nous nous aimons réellement en nous permettant de ressentir le
bonheur dans sa plénitude. Les critères d’amour, ici, sont spécifi-
ques à l’évolution de celui qui s’y réfère (à la fois l’amour pour
l’espèce humaine et pour le moi individuel).

Ce vouloir-agir juste pour soi ne semble pas un fait humain
dans la mesure où il fait fi du désir dans son sens de débordement
ou hors du supportable. Le modèle déposé en nous agit de façon
équilibrée en ce qui le concerne et c’est ce en quoi consiste
l’amour : une justesse de soi qui inclut une justice de soi et en soi.

Ce personnage possède un sens critique qui lui fera relever le
positif de tous les choix proposés et ne retiendra que celui
s’adaptant le mieux aux prétentions de son bonheur de vivre du
moment. Donc, tout choix est personnel, sorte d’élan-respect qui
mène à une ouverture vers un nouvel ailleurs, vers quelque chose
en plus. L’énergie employée s’appelle Amour. Malgré notre handi-
cap d’Hommes dévié, nous n’avons pas perdu la capacité de nous
en servir car elle est, à la fois, sécrétée par nous, puis nous traverse
pour se répandre ensuite dans le Cosmos d’où elle vient. On pour-
rait ajouter que l’Amour-choix juste est tout autant la preuve de la
vie cosmique que de la nôtre, dans sa forme la plus élaborée et en
86 même temps la plus apte à faire fleurir l’un et l’autre. Ce choix
juste charrie une fidélité à…, indéfinissable, comme un retour à
l’intégrité de soi en rapport direct avec le bonheur de vivre et de
créer sur Terre. Fidélité, ici, est synonyme de réceptivité, comme
une réponse à soi, une conséquence de soi et une exigence de soi.
Ce personnage, guidant la flèche de Cupidon, fait intervenir la
logique dans le sentiment (le cœur de la raison – Orthologie),
c’est-à-dire le sentiment né d’un senti réel, donc non fabriqué par
des revanches sur la souffrance. Il ne s’agit pas, ici, de réel, con-
traire de faux, selon notre vue déformée des choses, mais de vrai
par rapport à ce que pourrait être le senti de l’Homme non stressé.

La partie irrationnelle de cette faculté d’amour est inhérente à la
carte n° 15 (le Diable) dont le maniement nous réservera quelques
surprises. La morale et la religion n’ont aucun droit de regard chez
la lame 6 car il est impossible de prévoir le comportement évolutif
irrigué par la finalité-respect de soi. Celle-ci fait tomber les murs
de la solitude existentielle. Le choix juste demande une fidélité-
amour consciente qui comble l’Être intime ; celui-ci ne se posera
jamais de questions du type « Suis-je aimé ? Est-ce que j’aime ?
Est-ce que je sais aimer ? ». Choisir dans l’absolu de soi comprend,
à la fois, l’Amour le plus élaboré est le plus simple (élaboré ne
veut-il pas dire simple ? À un point d’évolution X ? Ces deux mots
ne sont-ils pas synonymes ?). Moins on s’ampute, plus on s’aime et
plus on sème et, par ricochet, plus on aime autrui, dans la mesure
où on laisse transparaître une qualité de soi porteuse de lumière,
chaleur et authenticité, qui baigne l’autre sans invitation formelle.
Le choix juste est un accueil évolutif pour autrui et une garantie de
bonheur pour soi.

La lame 6 allie la fidélité animale instinctive à la fidélité hu-
maine consciente. Si l’instinct et la conscience arrivent à
s’entremêler, cette lame replonge dans le modèle déposé. Il y a
élan vers ce qui lui convient le mieux et une réflexion claire quant
à ses motivations. Celles-ci viennent en seconde position au niveau
de l’analyse, l’essentiel étant l’adéquation du choix. La sélection
87 ne porte que sur l’épanouissement possible offert par ce choix et
non sur ses conséquences par rapport à l’entourage. Pour le Taro-
lié, la fidélité à soi est inscrite dans nos gènes. Chaque fois que
l’on se sent à l’aise dans sa peau, on aborde la fidélité à soi, mais
ce « bien dans sa peau » ne doit pas du tout se vivre de façon su-
perficielle. Il y a un aspect inébranlable et inéluctable dans la
fidélité à soi, ceci sans aucune dureté ni intolérance, ni agressivité,
ni révolte.

La lame 6 affirme qu’il n’existe pas plusieurs genres d’Amour
mais un seul et unique se manifestant de façons multiples. La Roue
du Tarolié nous propose de le décrypter à travers 22 possibilités.
La fidélité à soi, dans le choix, fait ressortir apparemment une pré-
férence qui protège l’essentiel de l’Être. Ce n’est pas préférer
quelqu’un à quelqu’un d’autre sous prétexte que celui-là est mieux
pour X raisons ou que l’on est plus attiré vers untel pour X rai-
sons ; c’est simplement qu’avec une personne en particulier les
forces vives peuvent se manifester, nous permettant de nous gran-
dir et de sentir le moment présent dans toute sa fougue et son
intensité. Si quelqu’un, en face de soi, fait surgir le meilleur des
« moi » de l’un et l’autre, on se trouve en présence de l’Amour. La
distinction systématique du choix juste fait appel à ce phénomène
avec qualité et respect.

Ce personnage ne dose pas son choix. Ce n’est ni une concilia-
tion, ni un compromis, ni un arrangement à l’amiable. Le choix est
tranchant comme une épée et, s’il convient à la personne concer-
née, l’extérieur ne pourra l’entamer. L’Amoureux appelle son
propre choix « le mur du vivant », c’est-à-dire qu’à ses yeux, le fait
de vivre sans s’amputer construit une barrière infranchissable entre
les forces qui détruisent et celles qui édifient. Cette lame évolue de
choix juste en choix juste. Il s’agit chaque fois d’un cadeau dans un
temps donné.

L’amour-fidélité à soi est une manière durable de prendre
l’existence sans s’occuper de ceux, proches ou non, qui la parcou-
88 rent. Plus on se permet un épanouissement mutuel par la liberté
d’action, plus la fréquentation est intense et profitable. Ici,
l’élément passion n’intervient pas dans le sens christique. Si cette
façon d’aimer ne peut pas s’instaurer, l’Amoureux n’y trouve pas
sa place. L’envie de s’épuiser ou de se recharger par le passage à
l’autre, ou dans l’autre, ne l’effleure pas. Il ira de lui-même vers
son vis-à-vis, non pour un pompage systématique mais pour une
reconnaissance irréversible. Cela n’exclut pas que deux êtres se
rencontrant en pleine possession de leur fidélité à soi ne
s’apportent rien ou ne se transforment pas l’un l’autre ; mais ils ne
peuvent y prétendre que si ce besoin l’un de l’autre est une source
d’enrichissement sans compensation ni défoulement dans le sens
négatif. C’est donc à partir d’un certain stade de construction de
l’Être que l’échange et l’interpénétration se font selon le code de
l’Amour présenté jusqu’ici.

La mise en amour n’est pas la mise à mort du jardin secret. La
justesse de visée de l’élan du Bateleur, conjuguée à celle du choix
selon la fidélité à soi, produit cet amour dont la lame 6 est déposi-
taire. Ce sentiment vit sur un élan reconnaissable et maîtrisable
parce que canalisé par l’exigence intérieure du meilleur de nos
Moi. C’est la mort de l’affectivité telle qu’on la pratique pour
l’instant. L’Homme Premier n’est pas spécialement un animal af-
fectif mais un Atre doué de la capacité de pousser son senti et de
l’infini jusqu’à une telle subtilité de réel que l’Amour, tel qu’on ne
l’a jamais vécu, se manifeste. L’Amoureux le sait et tend vers. Il ne
fait pas la guerre à l’émotion, faculté physique normalement cons-
titutive du fonctionnement de l’Homme (l’émotion de
fonctionnement fait partie du modèle déposé), mais la laisse se
diluer en lui pour éviter le noyau dur ayant tendance à devenir pro-
jectile et tout blesser sur son passage. Il vit intensément son
émotion à condition que toute sa richesse de nature y participe
activement, ceci afin que les composantes de cette émotion puis-
sent s’échapper par toutes les ouvertures proposées et se fondre
dans la nature, sans se poser brutalement sur quoi que ce soit ou
qui que ce soit. En agissant ainsi, l’Amoureux vit l’essence des
89 choses. L’amour vécu ainsi redevient vibrations et l’émotion de
fonctionnement intégré ne dérègle pas la machine humaine, même
en la faisant trembler quelquefois. Réceptacle de ce sentiment, ce
personnage essaie de l’assumer sans le briser par une émotivité mal
contrôlée et un manque de connaissance de soi, apanage de
l’Homme dévié.

Pour la lame 6, l’amour incarne sa façon de vivre et révèle ses
vrais besoins. Ici l’Amour est précédé par l’élan irrépressible et
une sûreté de vue vers l’épanouissement. Il est suivi du mode
d’emploi pour aller jusqu’au bout de soi. L’Amour commence
quand l’émotion déviée s’en va. C’est donc également un moyen
d’évoluer. Le sens évolutif et ce sentiment se croisent et
s’associent quand l’aspiration de l’Amoureux tend vers l’harmonie
de son Être sur Terre. Cette lame ne décide pas délibérément
d’évoluer car le sens de l’Amour l’intéresse davantage ; mais, si
elle opte pour le choix juste, l’évolution en sera le corollaire. Pour
elle, le sens de la vie, celui de l’Amour et celui de l’Homme sont
similaires en qualité d’instruments d’un vécu heureux et harmo-
nieux. Ces trois sens sont le triangle sur lequel s’appuie l’Être
Premier et c’est à l’Amoureux qu’il incombe de s’en servir.

Ce personnage transforme la phrase du Christ : « Aimez-vous
les uns les autres comme je vous ai aimés » en « Choisissez pour
vous comme je vous ai choisis ». Par ce biais, elle reconstitue
l’Amour et l’évolution de façon permanente. Pas d’erreur dans ce
choix, ce qui ne les exclut pas de l’application. Le choix juste
n’engage pas une perfection d’être, au départ, mais indique sim-
plement la route personnelle. Au niveau de chaque choix possible,
l’Amoureux doit savoir, telle Bernadette Soubirous, si l’eau de
Lourdes est pour lui ou pas.

Ce personnage manie le choix juste comme un pouvoir plein de
conséquences pour le sujet et l’entourage. Il ne se servira jamais de
l’évolution ou de l’amour humain comme élément de manipula-
tion, considérant ceux-ci comme inhérents au choix juste, mais non
90 supérieurs à lui. La porte de son épanouissement est uniquement
affaire de choix, devenu un faire quotidien. L’Impératrice a besoin
de l’Amoureux fort et vice versa pour que l’acte entrepris brille de
tout son éclat. L’Amoureux se nourrit essentiellement de la vérité
émanant de son Pape. Dans le choix juste, on perçoit la détente de
l’Amour et la concentration de l’évolution. On retrouve, ici, le
phénomène familier de la respiration ; celui-ci pose le problème de
la dualité en la réduisant à sa plus simple expression, sorte de ligne
de conduite passant par l’épanouissement de l’Être et non par sa
difficulté à amalgamer toutes ses composantes. Ce n’est pas une
dualité d’opposition mais la juxtaposition de plusieurs vérités du
moment se transformant en un but précis.

L’Amoureux ne se plaint pas d’être complexe, à condition de
revenir à une simplicité d’action bénéfique. Il passe tous les choix
possibles en revue, ne se fixant que sur le plus porteur, dans le
présent, du taux d’épanouissement qu’il pourra supporter. Il lucidi-
fie l’instinct en l’habillant de conscience et en lui adjoignant
l’intuition. Il ne se pose jamais des questions du type : « Est-ce que
c’est bien ?… Est-ce que c’est mal ?… Est-ce que j’ai le droit
de ?… Est-ce que ça se fait ? » ; il leur substitue celles du genre de
« Est-ce que cela me correspond, m’épanouit, me rendra heureux,
et augmentera mes connaissances ? ».

Sa façon d’agir éclaire les motivations de son connu et permet
le saut dans l’inconnu du Pape. En désaffectivant ses liens, le choix
de l’Amoureux le propulse dans le bonheur vrai ; il ne brise pas
son instinct mais le met au service de son choix ; son Amour-choix
est stable, alors que l’Amour affectif est instable par essence. La
lame 6 subit une transformation lente du fait d’une succession ra-
pide de choix justes qui forment un escalier permanent, une sorte
de mouvance que l’on monte toujours, en s’arrêtant de correspon-
dance en correspondance jusqu’à une plénitude holistique de
l’Être. De cette façon, l’Amoureux jugule ses erreurs. Ayant le
sens du bonheur, il atteindra la sagesse par accumulation de choix
justes, ceux-ci passent par son épanouissement vécu et non par
91 l’expérience (la sienne ou celle de quelqu’un d’autre). Conscient de
l’importance de son choix, l’Amoureux se décrispe en donnant
l’éclairage adéquat à son acte, permettant d’assimiler la situation.
Ce choix doit coïncider avec le top niveau du moment. Pas de dé-
calage dans le temps entre le choix, l’idéal de vie et l’élan, d’où
une grande maturation de l’Être.

L’Amoureux est toujours en état de choix perpétuels, tout en se
donnant le temps de les vivre ; finalement, il crée de façon cons-
tante les conditions de son choix. Ce n’est point un rêveur, dans
aucun sens du terme ; il agit toujours sur la matière proposée dans
l’instant ou en sélectionnant la partie qui le rendra heureux. Le
choix juste repose sur le strict nécessaire dont cette carte a besoin
pour accéder à son épanouissement. Sa devise n’est pas « l’espoir
fait vivre » mais « les choix justes font vivre » ; par eux, il com-
munie avec lui-même et communique avec autrui par effet de
miroir. L’option non juste entraîne une désagrégation de l’Être,
d’où l’insistance du Tarolié. Le fait d’être pointilleux sur ses choix
amène l’Amoureux à ne pas oublier ses cartes fortes et ses cartes
faibles.

Son choix est sa sève et le temps travaille pour lui, mais il peut
revenir sur sa décision après la prise de conscience de son erreur.
Par son aptitude, l’Amoureux fait ressortir sa réceptivité au positif.
Ici, le choix juste fait figure de loi de la création et il en résulte une
qualité d’Amour certainement préconisée par le Principe Créateur
parce que constitutive du comportement de l’Homme Premier.
Cette loi ainsi que son résultat sont vécus à la même seconde, ce
qui les rend très clairs. La lame 6 est essentielle car elle s’appuie
sur une loi qui construit à la fois son origine et son résultat (cause
et effet), et les résume (création). C’est une sorte de fil directeur et
l’Amoureux se voit transformé par lui. Cette manière d’agir le
mène vers un détachement de ce qui n’est pas l’harmonie de soi et
le rend moins apte à se tromper.

92 Celui qui veut travailler sérieusement cette carte doit s’assurer
qu’il possède un triangle Amoureux-Diable-Lune stable (lames 6,
15 et 18). C’est-à-dire que sa passion de la vie (Diable) doit être au
service de son choix juste (Amoureux) ainsi que tout ce qu’il peut
glaner en nettoyant les circuits de son inconscient (Lune). Le choix
juste contient un discernement au niveau du bonheur exigé à la
minute présente. Par son comportement, il doit rendre accessible
l’Amour tel qu’on l’a expliqué jusqu’ici. La lame 6 se laisse im-
prégner par le résultat de son choix juste qui se traduit souvent par
de l’amour. Il s’agit d’un comportement et non d’un état, nourri par
l’énergie dont nous avons parlé plus haut. L’humain d’aujourd’hui
est capable de vivre l’Amour à la hauteur de l’Homme Premier.
L’Amour n’est ni une qualité ni une récompense, mais un révéla-
teur de soi-même. Il ne nous est pas dû. C’est une façon de vivre
qui le fabrique et nous devons en retrouver la trame dans notre
tissu intérieur.

L’Amoureux s’apparente à l’Étoile (lame 17) au niveau de l’état
de grâce déclenché par le choix juste. Celui-ci se manifeste dans
l’Étoile par son vouloir se présenter nu face à la vérité elle-même
(l’eau des vases qu’elle déverse dans le lac). L’Amour vécu à la
hauteur de ce choix prouve une grande force, toutefois supportable,
et on doit s’y habituer peu à peu. Elle permet de vaincre de mieux
en mieux les erreurs. Cette force s’apparente à une plénitude. C’est
un va-et-vient constant entre l’état de grâce et le comportement
d’amour. L’Homme a la chance d’en être le théâtre. Tout l’art de
l’Amoureux est de lui en faire prendre conscience. C’est une lame
de transformation profonde, une vraie lame de fond. Ce n’est pas
l’Homme qui travaille l’Amour, mais ce dernier qui le travaille par
l’intermédiaire de ses choix. Si nous nous laissons faire par nos
visées justes, tout le monde s’en apercevra. Elles mènent au rayon-
nement par la matérialisation lumineuse d’un comportement, d’un
modèle déposé. L’Amoureux se reconnaît par son sillage. Il y a
symbiose entre le choix, l’Amour et un automate de l’évolution.

93 Au niveau de la liberté d’être, le but de l’Amoureux est de mar-
cher au pas de l’Amour (le sien) et à la cadence de l’évolution (la
sienne). Son comportement recèle la racine de l’amour. C’est à lui
seul qu’appartient la décision d’en faire un art. Par lui, ce person-
nage vient à la rescousse de la partie la plus faible et en danger de
nous-même, personnel à chacun. Son choix juste est primordial.
Telle une loi humaine menant à la détente intérieure. Le Tarolié
n’établit pas de parallèle entre l’amour et l’évolution. L’un est fac-
teur de l’autre, peu importe l’ordre. Ces deux routes peuvent
signifier si l’Être arrive à une véritable liberté d’expression de son
soi profond. Il se méfie de la prudence, de la réserve et de la peur
au moment du choix qui ne comporte aucun risque : être heureux si
on tombe juste (le seul qui nous intéresse ici). On facilite la notion
de choix si on se pose la question suivante : « Ai-je tous les élé-
ments en main pour m’épanouir ? Dans l’affirmative, je dois agir
vite sinon je passe outre ». L’Amoureux ne dit jamais : « Je ne suis
pas dans le moment idéal pour faire ce choix » mais « Je regarde le
problème de façon inverse sans me faire mal ni sur le plan psychi-
que, ni sur le plan physique. » Ce sont les éléments en présence qui
vont déterminer ce moment et déclencher l’épanouissement.

Autrement dit, l’Être se fonde sur son discernement face aux
choix plutôt que sur son état d’âme du moment. C’est le seul
moyen de ne pas l’entacher de trop d’erreurs sur le plan affectif. La
confiance de la lame 6 ne réside pas en ses possibilités intérieures,
au moment du choix, mais dans le choix lui-même ; ce qui désaf-
fective totalement la situation tout en la sensibilisant à l’adéquation
du moment. Par cette façon de choisir, il repousse ses limites (il
faut toujours partir plus loin que devant soi). Il se trouve et passe
par lui-même sans jamais se détacher, ni refuser de se voir. Son
vivre n’est pas prudent dans le sens d’un rétrécissement de soi. Au
moment du choix, il établit une relation entre tous les éléments qui
le comportent en se posant le plus de questions possibles face à
cette situation. Il essaie de se mettre dans la peau de quelqu’un
d’autre pour juger sainement.

94 Cette lame, tranchante mais non excessive, remplit son contrat
une fois son choix fixé et en jouit pleinement avec sagesse. Celle-ci
intervient après le risque positif, non comme un effet modérateur
du risque lui-même, mais comme une façon particulière
d’employer le résultat du dit choix. Selon sa propre assertion : plus
on risque, plus on avance ; mais il faut risquer ce dont on a besoin
vraiment et pas plus. Dans un jeu de hasard, le risque est de jouer ;
alors que le choix juste se situe dans le bon numéro sortant. Le
discernement se loge dans le pourquoi du risque et la sagesse dans
son résultat. C’est-à-dire la conséquence du gain en tant que choix
juste (similitude entre un choix et un jeu). On pourrait presque
parler de sagesse instinctive.

L’Amoureux est très terrien et chausse les pas de son bonheur
sur la Terre. Il ne s’envole pas comme les grands initiés, ni les
grands mystiques qui préfèrent rejoindre le Ciel au prix de leur
Terre en s’amputant au niveau du bonheur humain. L’Amoureux
insiste sur le fait que son choix soit d’abord terrestre donc précis et
appuyé sur le discernement entraînant un acte pratique et rapide. Il
ne s’agit pas ici d’intuition aveugle ou d’inspiration immédiate qui
relèveraient soit de la spiritualisation, soit de l’instinct de conserva-
tion. La loi cosmique n’entre pas en jeu ici. Cette sorte de choix
par le haut, n’ayant pas sorti l’Homme d’aujourd’hui du pétrin,
explique la démarche opposée de l’Amoureux et du Tarolié. La
lame 6 n’incarne pas un sur-Homme ni selon Dieu, ni selon les
Hommes. Il essaie simplement de respecter ses besoins vitaux du
moment en collant au fonctionnement du modèle déposé. Partant
du choix adéquat, il parfait son équilibre car ce choix lui apporte de
quoi nourrir ses dimensions les plus grandes. L’équilibre dégagé
fait figure de référence à laquelle s’accroche un point d’évolution
signifiant lui-même un point de non-retour : « Celui qui a mis la
main à la charrue ne peut plus regarder en arrière ». Ce choix em-
pêche toute rétrogradation et son irréversibilité s’inscrit dans
l’expérience vécue, mais il reste accessible. Si l’on s’aperçoit que
le choix entrepris ne répond pas aux critères demandés, on le rem-
place par un autre. C’est une question de discernement.
95
Si l’Amoureux prend l’habitude d’exercer un choix juste en sa
faveur, il développera à la fois son sens de l’Amour et son sens
évolutif au point de pouvoir effectivement comprendre l’au-delà de
la Terre et entrer dans le Cosmos par une grande ouverture de soi.
Ce choix donne naissance à une musique intérieure comparée à
l’idée que se fait chacun de la musique des sphères.

Sur le plan relationnel, le choix de l’Amoureux doit obéir aux
mêmes fins que pour l’acte pratique, l’évolution ou l’idéologie.
C’est ce que le Tarolié appelle dans ce domaine le senti de
l’irréversible. Mais cette notion doit être très épurée. Cela dépasse
les besoins immédiats, le désir, l’obsessionnel et la dépendance,
donc la drogue et tout ce qui attente à la liberté de l’Être profond.
Irréversible veut dire que l’on se rend compte qu’en côtoyant une
personne X sans entrer en propos avec elle, on ampute sa propre
vie de toute une part de son épanouissement de soi (et vice versa).
L’irrésistible ici doit inclure la possibilité de manier son bonheur
de vivre et sa liberté d’être le plus essentiellement possible à deux.
Si, dans cette façon de procéder, l’échange ne semble pas vital sur
le plan à la fois du senti, de l’évolutif, de la philosophie et du bon-
heur quotidien, l’Amoureux passe son chemin quelle que soit la
force attractive qui se meut en face de lui. Il est évident que ce
senti irrésistible doit se transformer en un fait d’authenticité.

Supposons que deux personnes vivent ensemble pour beaucoup
de raison et que l’une d’elles rencontre quelqu’un d’autre et veut,
de façon irrésistible, casser la première relation et vivre la seconde.
Il faut que tous les facteurs précités entrent en ligne de compte,
sinon il n’est pas nécessaire de bouger. En général, les couples se
défont parce que ces critères ne sont pas reconnus. Il y a des cas où
l’on peut rectifier le tir en cours de route, si les deux parties en
présence s’aperçoivent que c’est leur manque d’évolution ou
d’amour de la vie qui a fait verser la machine. Sinon il vaut mieux
la séparation pure et simple. Cela dépend de la demande profonde
de chacun. Bien sûr, dans l’absolu, l’Amoureux demanderait à ce
96 que ces éléments soient réunis avant que d’entamer une relation de
longue durée.

Pour que tous ces relationnels se vivent sans trop de heurts, il
faut des prises de consciences successives vécues à deux ou en
solitaire. Cet accord évolutif libéré n’est ni social, ni moral, ni af-
fectif. Il incarne l’axe du senti qui mène à l’épanouissement de soi
en passant par le positionnement naturel du modèle déposé.

Dans cette carte ne se glisse aucune notion de sacrifice. Elle ne
s’octroie aucune raison édifiante ou sordide de rester avec quel-
qu’un qui ne lui correspond pas et auquel vraisemblablement elle
ne correspond pas non plus. Elle évite l’enchaînement de victime à
victime qui tue le Soi intrinsèque. La rencontre est utile à
n’importe quel niveau, avec n’importe qui ; mais c’est à
l’Amoureux de savoir si celle-ci se situe dans le lien privilégié du
bonheur humain sous toutes ses formes, que ce soit le relationnel-
axe du senti-Amour ou celui de l’amitié ou de la sympathie ponc-
tuelle. La lame 6 doit essayer d’y faire entrer la plupart des
éléments précités. Si le relationnel débouche systématiquement sur
une souffrance, il n’est pas utile.

S’il existe plusieurs solutions à un relationnel sur le plan cos-
mique (la rencontre devait avoir lieu pour aider momentanément
chacun des partenaires), il n’y a par contre qu’une solution sur le
plan du bonheur humain, celle qui correspond dans l’absolu à
l’Amoureux. Cette lame peut se redresser en cours de route et
même apparaître à quelqu’un pour la première fois, après 20 ans
d’esclavage affectif. La chaîne peut se rompre du jour au lende-
main. Ici l’erreur ne compte pas, mais seulement sa corruption.

Comme on l’a déjà vu, l’Amoureux s’appuie sur son authentici-
té plutôt que sur sa sincérité du moment. En se trompant de
motivation sur quelque plan que ce soit, on est souvent sincère
avec l’autre mais jamais avec soi-même. Exemple : quand on n’a
pas su choisir l’acte qui correspond le mieux, on peut être sincère-
97 ment en porte-à-faux (mauvaise appréciation du réel). On peut
croire avec sincérité être dans le vrai quand on ne fait attention
qu’au senti de l’instant en tenant compte du contexte, sans attein-
dre l’impact essentiel. Sur le plan relationnel, ce qui est inéluctable
pour soi, personne ne peut le vivre à notre place. Le critère exem-
plaire : « Est-ce que cette relation est vitale ? »

Il faut regarder le choix à deux niveaux :
- entre deux choses, choisir celle qui est pour soi quand on
s’est rendu compte que l’autre ne l’est pas (quelles que
soient les difficultés soulevées),
- entre deux choses qui sont toutes les deux pour soi : ce qui
motivera le choix ici n’est pas celui par élimination mais
celui par ordre d’épanouissement.
98


Le Chariot.
(Lame 7)


Et va sur ton Chariot
L’Homme qui suit l’écho
Du passage à fleur d’eau
Par le trot des chevaux
Il redresse le dos
Donne à l’épée son mot
Puis met son âme à flot
Et le regard bien au chaud
Se sent fier dans sa peau.



À partir du moment où l’Être fait son choix, il doit avancer en
conséquence, quitte à se déplacer corps et biens. Depuis le début de
la Roue du Tarolié, nous attachons une pulsion à une autre dans un
sens de progression évolutive visible :
- l’élan – le Bateleur
- la réflexion – la Papesse
- la capacité de faire – l’Impératrice
- les qualités intrinsèques – l’Empereur
- le sens de la vérité – le Pape
- le choix juste résultant de cette direction – l’Amoureux
- le déplacement provoqué par ce choix intérieur et extérieur
– le Chariot

99 Le Chariot symbolise la conduite de soi à partir du moment où
on accepte la propulsion donnée par l’existence, ratifiée par le
bien-être éprouvé. C’est l’Homme qui conduit les chevaux. Le
Chariot personnel s’insère dans le Chariot cosmique mais observe
son chemin de Terre plutôt que celui du Cosmos. En d’autres ter-
mes, c’est savoir conduire notre partie du Cosmos quotidien. Nous
devons diriger les parts diverses de nous-même sans interruption et
sans s’endormir. Le Chariot est à l’opposé du « Fais ceci… Fais
cela… Laisse-toi mener ici et là ». C’est notre volonté d’avancer
qui préside et tient les rênes. Elle peut passer par le désir du destin,
ceci pouvant être jumelé aux nôtres. L’harmonie réside dans ce
jumelage sinon des tensions s’instaurent qui s’inscrivent dans le
corps et sont visibles de tous (manques et compensations). Per-
sonne ne peut monter nos chevaux à notre place, sous prétexte de
savoir ce qui nous convient. L’impulsion peut être donnée de
l’extérieur, le destin ou les autres ; mais le vouloir, issu de cette
impulsion, nous est propre, personnel, individuel et privé. À travers
la Sagesse accumulée au cours des âges, nous devons retrouver le
bien-être de notre « Moi » profond dans l’instant.

La lame 7 réactualise l’élan vital du Bateleur en le lançant dans
une course rapide ou lente qui est sa façon de vivre pleinement
dans l’instant. Si la joie de vivre s’en mêle, le bon sens et
l’observation s’ajoutent à la vérité fondamentale du moment. Pour
que le Chariot soit efficace, son conducteur doit reprendre, à son
propre compte, le mouvement imprimé par le destin. Donc ce véhi-
cule demande un déclic extérieur pour vibrer, quelle que soit
l’appréciation qu’on y porte, qu’il soit grand, petit, important ou
anodin pour autrui. Il n’y a que le conducteur du Chariot qui ap-
précie l’urgence de suivre ce mouvement ou non.

L’impulsion extérieure n’a d’efficacité, ici, que si elle préside à
un déplacement aux conséquences heureuses. La lame 7 respecte
beaucoup la loi des correspondances intimes et passe, de façon
aussi harmonieuse, d’un déplacement réel physique à un déplace-
ment par la pensée, tout aussi réel à condition qu’il s’agisse de la
100 propre pensée du sujet en question. Il ne s’agit pas de l’effacement
intégral de toutes références, mais simplement que l’individu, en
accord avec sa philosophie, clarifie sa pensée le plus possible.

Chariot = moyen de se déplacer en dominant sa monture quelle
qu’elle soit, en sachant la diriger. Autrement dit, faire attention à la
direction selon la loi cosmique, tout en maîtrisant les chevaux se-
lon l’humain. Le Chariot essaie de demeurer sur sa propre route,
sans empiéter sur celle du voisin et évite toute déviation quel-
conque. Une des failles de notre système éducatif consiste à
apprendre la conduite d’un autre Chariot que le nôtre. Les exem-
ples foisonnent, du type : on reprend la clientèle de Papa sans
aucune disposition pour cela, ou on accompagne telle personne
dans tel déplacement alors que cela ne revêt aucun caractère
d’urgence pour soi-même, ou encore l’on voyage en lieu et place
de quelqu’un d’autre pour des raisons n’entraînant aucune exigence
intérieure. De là à ne pas savoir où se trouve son vrai Chariot et
quelle route doit suivre ledit Chariot…

Dans la vie, nous pouvons croiser plusieurs Chariot ne nous
étant pas destinés, sans nous porter préjudice pour cela. L’essentiel
sera de refuser de les conduire et d’essayer d’en trouver les vrais
maîtres. Ce qui nous aidera, par ricochet, à retrouver le nôtre. On
peut vivre plusieurs fois dans une existence donnée l’expérience
Chariot mais, de même que pour l’amoureux il n’existe qu’un
choix juste à un moment donné, il n’existe également qu’un Cha-
riot possible à un moment donné. Sollicité pour un travail qui
nécessite un déplacement, il faut faire attention :
- que cette occupation corresponde à notre faire et à nos qua-
lités intrinsèques,
- qu’il nous plaise réellement,
- que le lieu de son exercice convienne à notre épanouisse-
ment.

101 Dans le doute, un essai est souhaitable, l’essentiel étant de quit-
ter un Chariot mal placé pour empêcher un maximum d’erreurs
générées par toute fausse manœuvre.

La route du Chariot peut poindre pour des prétextes infinis, tout
dépend de l’enjeu. Exemple : si deux amis en pleine discussion
importante à leurs yeux se promènent de restaurant en restaurant
parce que l’un tantôt fermé, l’autre tantôt bondé, finiront par
s’arrêter à n’importe lequel, dans la mesure où le déplacement était
le moyen de vivre ce moment à deux et rien d’autre. Vu du côté du
destin, ils devaient manger là et pas ailleurs. Mais vu sous l’angle
de leurs Chariots, ils devaient marcher tout ce temps-là et pas
moins, d’où le jumelage expliqué plus haut. Il faut toujours se de-
mander si on est bien assis dans son propre Chariot, d’une part, et
si le meilleur de ses Moi conduit en réalité ledit Chariot, d’autre
part.

Ne pas faire ce qui nous correspond = se tromper de Chariot.
L’essentiel est de quitter au plus vite un faux Chariot après une
prise de conscience.

Ne pas oublier que nous disposons de plusieurs Chariots par
existence, mais pas plus d’un à la fois dans un temps donné, qu’il
soit physique ou spirituel. C’est se tromper de Chariot que
d’enseigner une matière qui ne nous correspond pas, même si nous
sommes doués pour l’enseignement. Le Chariot peut symboliser
l’enseignement mais, si la matière ne nous concerne pas, nous ne
sommes pas en train de le conduire nous-même : nous avons em-
prunté le Chariot du voisin. Le destin en entier représente aussi un
Chariot dont il faut extraire ce qui nous appartient, en le transfor-
mant à notre gré avec le plus de plaisir possible.

On peut considérer notre corps comme un Chariot et, ici, le pro-
cessus s’inverse. On possède un seul Chariot par incarnation et il
nous incombe de choisir les routes qui lui sont accessibles sans
l’endommager.
102
Le Chariot est donc à la fois unique sur le plan physique hu-
main et multiple sur le plan du faire humain, pour redevenir unique
sur le plan psychique humain en aboutissant au comportement de
l’Homme Premier. Il faut donc marcher à son rythme et sans fati-
gue, loin du poids plus ou moins bienvenu des volontés extérieures
sur notre vouloir. Tout nous est Chariot ou susceptible de le deve-
nir, pour peu que nous sachions reconnaître le nôtre, même
ponctuellement. Le Chariot s’ébranle toujours vers un but précis et
connu, tout au moins en partie et de façon assez explicite pour que
l’on s’y engage totalement. Exemple : prendre un bateau ou un
avion en connaissance de cause et sans s’occuper des péripéties,
que l’avion atteigne sa destination ou pas n’a aucun intérêt ici.

La lame 7 se situe au début de l’action et non du côté du résul-
tat, réalité que nous retrouverons dans presque toutes les lames,
c’est-à-dire tenant compte de l’origine et non de la finalité pour la
raison essentielle que nous ne pouvons pas en maîtriser toutes les
imbrications.

Cette démarche de l’origine affirme sa grande parenté avec
l’élan-Bateleur. Le principal est de suivre la route de soi, du soi, de
notre accomplissement sans tenir compte de son déroulement ni de
sa conclusion. Une fois intégrée le pourquoi de notre action, nous
ne sommes pas maîtres de son aboutissement, composé de trop de
paramètres.

Si « l’Homme propose et Dieu dispose », encore faut-il que
l’Homme propose consciemment, prêt à comprendre les disposi-
tions voulues par le Principe Créateur et le destin (on ne saura
jamais si on peut parler de volonté ou d’inéluctabilité à ce propos.
Le Principe Créateur se place à l’origine du processus et crée le
fonctionnement ou plutôt la façon optimale de fonctionner, tandis
que le destin découle de la façon de s’en servir, la nôtre et celle des
autres). Le Chariot n’est maître que de la mise en route et de la
manière de commencer l’action et non de la terminer. Dans tous les
103 cas de figure, le conducteur n’agit, ou plutôt n’a prise, que sur les
premiers mètres de sa route ; ensuite, il jongle avec les pierres du
chemin. Le Chariot pour soi nous correspond, dirigé par nous et sur
la route de notre réel. Il ne s’agit pas d’un enfant qui travaille des
sciences plus que les lettres, pour une question de rentabilité. Il
potassera les lettres ou les sciences selon ses préférences, son don,
ses capacités, etc. et aussi au niveau de l’exigence intérieure. La
difficulté pour le Chariot approprié et mené par son maître unique
réside dans sa rencontre avec beaucoup d’autres Chariot, faux ou
non, conduits par leurs maîtres ou pas, tel un embouteillage bien
corsé, et de retrouver sa route initiale sans provoquer d’accident, en
agissant de façon à inciter Chariots et conducteurs à se remettre en
question. Le fait d’être dans son propre Chariot et de le guider soi-
même aide grandement autrui. Ce véhicule ne tolère aucune en-
trave à son avancement. Il marche à sa juste place comme le juste
choix de l’Amoureux.

Quand on se trompe de Chariot, il peut y avoir malformation
psychique au départ, et les autres Chariots autour doivent
s’ingénier à remettre soit le Chariot dans la bonne direction, soit le
conducteur dans un autre Chariot. Ce soutien ne consiste pas à
trouver la vraie voie du Chariot ou ses vrais maîtres par substitu-
tion, mais à déstabiliser l’un et l’autre suffisamment pour
provoquer un auto-redressement. La société actuelle avance sou-
vent sur un faux Chariot ou abandonne les rênes au néant, ou à
quelqu’un d’autre, car elle incarne chacun de nous. Il est impossi-
ble de remédier à une telle ignorance sans un sens évolutif en alerte
et un besoin impérieux de bonheur terrestre. Il faut donc suivre les
chevaux du Chariot valable, monté par son vrai propriétaire car,
maintenant, la confusion règne… bon Chariot et mauvais conduc-
teur, bon conducteur et mauvais Chariot, bonnes routes
encombrées de faux Chariots et de faux conducteurs, ce qui donne
un travail fou à notre conscience qui ne sait où donner de la tête et
préfère déserter plutôt que d’essayer d’y voir clair. Or, de même
que chaque lame (les 7 premières) est indispensable, nous ne de-
vons pas nous priver impunément du Chariot avant d’arriver à la
104 Justice (lame 8). Impossible de passer du choix à l’équilibre exté-
rieur sans avoir pris la route de ce choix, voulu par le destin ou par
nous. On doit donc changer de Chariot en s’apercevant de son er-
reur, surtout ne pas hésiter à le faire. Si le destin écrit la moitié de
l’histoire, l’Homme écrit l’autre moitié. Se tromper, pourquoi pas ?
Mais se complaire dans l’erreur, jamais si on se considère comme
terrien prenant le bonheur humain comme cible. La lame 7 se lan-
cera d’autant plus facilement sur la route des correspondances (par
le corps de la Terre).

L’Homme s’envole en pensée mais non en acte de correspon-
dance. Par l’intermédiaire des rênes tenues, il intensifie sa pensée
et l’oblige à se poser en l’imprimant dans une route, la sienne de
préférence. Il faut marcher au rythme de la Terre tel qu’on conçoit
son bonheur humain ; le rythme idéal n’existe pas, le seul valable
étant le nôtre, mais le réel et non le produit de nos erreurs. En re-
gard de l’Homme Premier, le rythme individuel à trouver et à
respecter prendra un certain temps avant d’être cultivable, exacte-
ment dans le sens de l’ensemencement de la Terre ; ce temps de
préparation préside aux retrouvailles avec l’Homme Premier et à la
cicatrisation des plaies laissées par nos erreurs en nous.

Si le destin invite le Chariot à prendre une route, cela corres-
pondra à l’imprévu de la vie pour nous mais qu’il faudra intégrer,
tandis que le fait de conduire son propre Chariot en ayant choisi
humainement sa route participera d’un bonheur acquis. La lame 7 a
travaillé sur elle-même pour monter ses chevaux de cette façon-là,
tandis que la route jouera le rôle de l’inné dans la mesure où elle se
découvre peu à peu. Ce véhicule fait corps avec son chemin et la
manière de s’y conduire ; c’est le respect du sentier de Terre sa-
chant l’épanouissement au bout. Ce personnage possède pour lui-
même la main verte. Tout poussera dans son sens sur la route qui
lui convient car la Terre et lui deviennent en correspondance, de
même qu’un radiesthésiste sourcier reste en correspondance avec la
Terre (savoir le secret de la Terre en passant par le niveau de la
correspondance). Il emploie donc sa Terre dans le sens de son bon-
105 heur terrestre. On ne parle pas, ici, de compréhension de la Terre,
mais d’usage relationnel entre la Terre et soi. Le Chariot s’en sert
de la façon la plus viable, même sans comprendre tous les pourquoi
de cette Terre. Marcher sur sa route entraîne une certaine clarté de
soi-même explicitée ; à compréhension égale, service égal, et vice
versa, ce qui crée un échange fructueux. Il y a effectivement égalité
de valeur entre la route pour soi, son origine et la conduite de son
propre Chariot pour soi-même, l’un non esclave de l’autre, mais
tributaire tout de même.

Dans le cas d’une rencontre entre plusieurs Chariots sur leurs
propres routes respectives, une certaine liberté naît par une harmo-
nie de comportements entre tous les conducteurs. Cela incarne la
partie physique de domaine, tandis que le Cavalier représente notre
vouloir et notre profondeur de ressenti. Cavalier = Homme cons-
cient ou souvenir de l’Homme Premier en nous. C’est presque un
clin d’œil à cette assertion du Petit Prince : « On ne voit bien
qu’avec le cœur ». Cœur est pris, ici, dans son sens fort de vouloir
être, d’esprit, de courage, de racine, de centre et de moteur. Il est
de plus en plus difficile de percevoir notre route en ce moment
parce que sa vision est trop fragmentée et fragmentaire dans la
mesure où la hiérarchisation des besoins vitaux s’interprète mal et
reste floue. Ainsi, on demeure à la périphérie de son Être au lieu de
se greffer au centre par l’élan et le cœur. Être sur son propre Cha-
riot, sur sa propre route, en le dirigeant de ses propres mains,
signifie l’équilibre sur son centre, mais du côté de l’origine comme
le coup d’envoi du sportif sans présumer du résultat. La lame 7
insiste sur le fait que le résultat, même partiel, ne l’intéresse nulle-
ment, l’essentiel étant la découverte de l’épanouissement au fur et
à mesure de la route qui convient. C’est la bouteille à l’ancre,
comme l’éducation d’un enfant : le mettre sur la voie et s’éloigner
sans lui imposer de Chariot personnel. On ne peut l’aider dans ce
sens qu’après avoir décelé le sien. Cette aide ne doit pas se préoc-
cuper de la destination, l’essentiel étant Chariot réel et conducteur
réel.

106 Chaque jouissance de l’existence se vit comme une étape et le
Chariot ne se sent concerné que par elle. Ce résultat-étape sup-
prime le désespoir. Cette lame-étape ne représente pas une impasse
ni un recul pour soi pouvant entraîner une rétrogradation de l’Être.
Le Chariot continue sa lancée sans interruption, tout comme le
bonheur, mais prend le temps d’admirer le paysage, allant à son
rythme. Le choix de la route personnelle n’autorise pas à dire :
« Ma vie a donné ça comme résultat », car un vécu riche empêche
de distinguer le résultat qui, peu à peu, perd de son acuité pour se
transformer en palier. Le point marquant sera de vivre en cons-
cience sa route réelle afin d’approcher celle de l’Homme Premier
et non de savoir le lieu de l’arrivée. La notion d’un résultat, ainsi
que celle de l’affectif, paraissent également fausses aux yeux du
Tarolié qui préconise l’épanouissement de soi à chaque seconde
sans se soucier de l’avenir ou de l’aboutissement de cette transfor-
mation considérée comme l’origine d’un comportement. La finalité
se loge dans l’intensité de la route parcourue, et non dans sa fin.

Le Chariot exprime l’idée qu’il faut tout apprendre comme un
passage menant plus loin et non comme un terminus. En misant sur
un résultat, on atteint une sensation d’arrêt, tandis que le passage
peut être éternellement productif. Le résultat-étape joue ici le rôle
de tremplin et non de budget définitif. Ce véhicule coupe son
temps en vécu d’étapes sans les brûler. Il en examine toutes les
possibilités sans s’appesantir sur les conséquences. De même que
les Hommes prennent des vessies pour des lanternes, ils prennent
souvent des étapes pour des résultats, et celui qui veut posséder un
Chariot fort doit lutter contre cette tentation de l’instant.

La lame 7 peut quelquefois symboliser la route, le véhicule et le
conducteur réunis. De nombreuses façons de vaincre les difficultés
nous sont proposées selon l’évolution du moment mais nous ne
disposons, dans l’instant donné, que d’une seule route, un Chariot
unique et un même conducteur : soi-même. Pour le conducteur, le
plan physique se révèle être à la fois le plus fragile et le plus indis-
pensable, compte tenu d’une détérioration non pathologique
107 fournie par les erreurs. Le Chariot avancera aussi difficilement
soit-il. Ne jamais saisir les Chariots offerts sans discernement mais,
avant tout, reconnaître le sien ; si l’on se trompe involontairement,
en changer aussitôt. Le Chariot de l’instant donné constitue en lui-
même une étape et la route adéquate ne changeant pas, plusieurs
manières de se servir du Chariot et plusieurs Chariots peuvent se
présenter au cours d’une même vie (Il y a plusieurs demeures dans
la Maison de mon Père).

Par contre, le conducteur reste toujours unique puisqu’il incarne
chacun d’entre nous. L’erreur sur le Chariot ou sur le conducteur
perturbe l’harmonie du vécu allant jusqu’au claquage, craquage ou
traquage d’évolution.

On lance le Chariot à son rythme, sinon la maturité ne s’installe
pas. On ne se met jamais en position d’évolution-forcing.
L’épanouissement de soi et le bonheur de vivre nous en protègent.
Celui-ci provient souvent d’un excès de morale ou de spiritualité
mal digérée.

Le Chariot et son maître peuvent faire preuve d’intuition. Elle
préside au changement et facilite l’accès terrien en participant au
mûrissement de la pensée ; même si le Chariot est ponctuel, il faut
se sentir à l’aise dans cet espace-temps et le vivre sans précipita-
tion. Changer de Chariot au moment opportun ne sous-entend pas
un retour en arrière ; la sensation de perte ou d’inutilité est étran-
gère ici. Chaque Chariot charrie un acquis transvasé du Chariot 1
au Chariot 2, etc. On repart toujours avec tout soi, cet acquis positif
s’imprime en nous de telle façon que l’on pourra le qualifier par la
suite d’acquis intuitif du type : « Je suis arrivé au point de savoir…
sans savoir que je sais ce que je sais… en étant capable de me ser-
vir en une fois du savoir complètement engrangé par
l’inconscient ». Le Chariot propice actualise la fine fleur de
l’expérience (vécu – résultat – impérience) tandis que le faux Cha-
riot ne comprend et n’intériorise l’expérience que revêtue de son
aspect le plus douloureux. La recherche de la lame 7 pour soi al-
108 lège l’expérience de sa dureté initiale. Il faut l’assimiler, à condi-
tion d’en sortir. Pour cette lame, l’expérience extérieure doit se
transformer en acquis intuitif ; le vrai conducteur de Chariot per-
sonnel rayonne sur son expérience de vie qui perd sa douleur.

Moins le Chariot se trompe (route + Chariot + conducteur sont
synonymes ici), plus il ouvre une démarche intuitive exempte de
toute souffrance. Ne pas oublier qu’il s’appuie sur sa propre expé-
rience et le moins possible sur celle d’autrui, sauf à titre informatif.
Dans ces conditions, le Chariot ne porte pas attention aux autres
Chariots en cours de route, sauf pour les éviter soigneusement en
cas d’encombrement. À partir du moment où il demeure dans sa
voie personnelle, c’est son seul moyen de respecter l’autre et de
s’épanouir jusqu’à devenir miroir. Le Tarolié nomme ce compor-
tement « la présence vigilante du Chariot ». Cette lame ne se
substitue jamais à l’autre. Il ignore ce concept : « Si j’étais toi, je
ferai ceci ou cela » et, à ses yeux, l’entraide s’avère un fiasco tel
que la charité l’entend, car le geste exemplaire suffit.

Celui qui conduit son propre Chariot avec son vrai Moi fait ré-
ellement le voyage sans intermédiaire et en se mettant à l’abri du
plus grand nombre d’influences possibles. C’est une des cartes
ayant le sens le plus aigu de l’agir par soi-même en maniant la
liberté dans le sens du Mat (7 à 22).

La lame 7 étudie à fond son mobile et sa motivation, ce qui
l’amène directement à sa correspondance. Manger ce que l’on aime
ne correspond pas toujours au bien-être ; il faut à la fois se faire
plaisir en se faisant grandir, donc vivre à fond ce qui convient
vraiment. Le Chariot échappe ainsi au superficiel ; la correspon-
dance n’exclut pas l’effort, sans se nourrir pour autant de négatif
ou de contre-nature. L’effort dans la correspondance paraît contra-
dictoire, mais il a le sens de vouloir intense et de présence à. La
correspondance roule à un degré profond et quelquefois difficile-
ment repérable. Cet effort en vue des correspondances précède une
très grande légèreté d’Être. L’intensité en découle et non l’inverse.
109 C’est pour cela que l’abandon d’un faux Chariot s’impose avec
simplicité rapidement après la prise de conscience.

Si on choisit ce qui convient au niveau du Chariot, le charme de
la vie opère selon l’attraction présence-correspondance. Autrement
dit : « Plus je suis présent à ce qui me correspond, plus je déve-
loppe ma capacité à vivre généreusement ». Les enfants non encore
déformés se trompent rarement de Chariot ; ce sont souvent les
grandes personnes, selon la distinction du Petit Prince, qui les font
dévier de leur propre route. Pendant le suivi de sa route, le Chariot
prend conscience de vivre en présence de tout ce qui passe à sa
portée. Il vit son action sans se laisser submerger par les obstacles
et pousse le plaisir de vivre dans ses derniers retranchements. Le
Cavalier – conducteur garde en mémoire ses plaisirs passés et
avance en enchaînant les uns aux autres des plaisirs positifs dé-
clencheurs de joie. Il ne craint pas l’imprévu mais ne l’intègre que
si son épanouissement en dépend.

La lame 7 et le Cavalier sont des instruments d’égale nécessité
et ne l’oublient pas. Dans le meilleur des cas, il s’agit de notre pro-
pre Chariot dont nous sommes le propre Cavalier ; mais la conduite
autant que les véhicules peuvent être perfectionnés en respectant de
mieux en mieux la route réelle. Cela dépend de la demande envers
soi à un moment X, doublée de ce que le destin propose.

Le Chariot répond à trois questions primordiales :
- celle de notre origine,
- celle du sens de la vie,
- celle du lien entre les deux.

Les réponses sont en filigrane dans notre manière d’agir. On
pourrait le dire autrement :
- l’activité humaine qui doit être accomplie obligatoirement,
- l’activité du Principe Créateur dans l’Homme Premier et,
par ricochet, dans l’Homme dévié,
110 - l’interférence entre les deux.

La machine Cavalier + Chariot livrée à elle-même ne marche
jamais parce qu’à la fois conduite par le Principe Créateur et le
meneur de chevaux dans son résultat. Le Tarolié nie la perfection
mais s’incline devant le point de perfectibilité fiché en nous. En
avançant sur sa route, le Chariot révèle peu à peu le sens caché de
ce point ; et le Cavalier, de plus en plus conscient, devient un vrai
Chevalier avec tout ce que cela comporte de noblesse et de dignité.

Se tromper de Chariot indique simplement un dérapage et le fait
même de rechercher la bonne route prouve que nous sommes tra-
versés par une mesure de perfection se logeant au point
d’intersection entre un « Ça » qui nous détruit et le contraire qui
nous construit. Par notre évolution, nous sommes seuls juges du
nœud destructeur et du nœud constructeur. En conduisant notre
propre Chariot, nous offrons une juste mesure. Nos chevaux per-
sonnels avancent selon un axe qui se confond avec notre activité
propre. Quand on dit de quelqu’un : « Il perd la boule », c’est son
axe qu’il perd. L’équilibre consiste à être maître de cet axe, même
si l’erreur se déplace. C’est un procédé de fabrication qui nous rend
capable d’accomplir tel ou tel acte, mais l’Homme dévié abandon-
nant ce procédé notre but est de le retrouver (le but de la lame) en
passant bien sûr par le modèle déposé. Nous avons vu plus haut
qu’elle met l’accent sur le problème de la liberté faite d’un amal-
game d’ombre et de lumière bien géré selon l’axiome familier au
Tarolié : « Il faut et il suffit que la lumière soit un peu plus forte
que l’ombre » car la liberté de l’Homme réside dans ce « un peu
plus fort que l’ombre ».

Par le Chariot, l’Homme prend en main son activité terrestre en
la maniant avec la liberté qu’il s’accorde à lui-même. Il peut ac-
complir un grand nombre d’actes pour peu que ceux-ci concourent
à son épanouissement. Un faux Chariot involue tandis que le Cha-
riot personnel-individuel-réel évolue. Autrement dit, quand la
conscience du Monde ne nous traverse pas ou quand nous n’y fai-
sons pas attention, nous évoluons plus lentement ; mais si nous la
111 jumelons avec notre conscience humaine, la route s’éclaire plus
rapidement car, dans celle qui nous échoit en correspondance, la
conscience du Monde se fait jour. La lame 7 ne s’occupe pas beau-
coup des rapports conscients que l’on peut entretenir avec le
Cosmos ; l’important pour elle se situe dans le fait de vouloir re-
trouver en soi la démarche de l’Homme Premier qui nous ramènera
d’ailleurs directement à la conscience cosmique. C’est un des buts
du Chariot de frôler cette sorte de conscience en en interceptant ce
qui lui revient dans l’instant donné.

Le Chariot-Cavalier-Chevalier sait pouvoir tout entendre et tout
créer en étant le réel propriétaire de l’attelage sur la route le con-
cernant (Chariot-Cavalier-Chevalier vus ensemble forment la lame
tarologique en question).

Savoir où l’on va est à la limite un phénomène de sur-création,
c’est-à-dire la création dans la création ; c’est une des grandes fa-
cultés de l’Homme d’ajouter à la création cosmique en passant par
son propre pouvoir de création. Le Chariot attire beaucoup
l’attention sur ce pouvoir. À travers lui, l’Homme prend cons-
cience de cette sur-création. Si l’attelage n’avance pas dans la
direction épanouissante, la sur-création ne se produit plus ; la créa-
tion humaine se met en retrait, puis s’atrophie. Il fait une navette
constante entre le pourquoi on est fait et le lieu où l’on va. Si cette
navette se fait dans des conditions optimales, l’Homme atteint la
sur-création. En résumé, cette règle du Chariot : « Faites ce que
vous pensez être bénéfique pour vous, les lois humaines doublées
des lois du Cosmos vous deviendront accessibles » fonctionne dans
le même sens que : « Faites cela en mon nom et le bonheur vous
sera donné par surcroît ». À partir du moment où le conducteur
d’un Chariot personnel s’élance sur la route qui lui correspond, il y
a activité sur-créatrice. Si l’un de ces trois éléments fait défaut, le
Chariot verse. Celui-ci se déplace donc sur trois plans :
- respect des besoins vitaux tissant un quotidien de haute vo-
lée,
112