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La Sardaigne à vol d'oiseau en 1882

De
352 pages

Avant-propos. — L’île de la Sardaigne. — Le golfe de Cagliari.

La Méditerranée est la mer dont l’histoire se lie le plus étroitement à celle de notre civilisation ; car en admettant même que celle-ci ait eu pour berceau les bords de l’Euphrate ou du Tigre, il n’est pas contestable que, répandue tout d’abord dans les provinces de l’ancienne Égypte, elle s’est transportée, dès la plus haute antiquité, en Grèce, d’où elle a rayonné sur tout le littoral méditerranéen, ouvrant par sa marche l’ère première des progrès de notre société.

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Eugène Roissard de Bellet
La Sardaigne à vol d'oiseau en 1882
Son histoire, ses mœurs, sa géologie, ses richesses métallifères et ses productions de toute sorte
A Monsieur
JEAN-BAPTISTE ROISSARD, BARON DE BELLET
Souvenir de respect, de dévouement et d’affection profonde
de son Fils
EUGÈNE.
VUE DE CAGLIARI, Planche I.
CHAPITRE PREMIER
Avant-propos. — L’île de la Sardaigne. — Le golfe de Cagliari.
La Méditerranée est la mer dont l’histoire se lie l e plus étroitement à celle de notre civilisation ; car en admettant même que celle-ci a it eu pour berceau les bords de l’Euphrate ou du Tigre, il n’est pas contestable qu e, répandue tout d’abord dans les provinces de l’ancienne Égypte, elle s’est transpor tée, dès la plus haute antiquité, en Grèce, d’où elle a rayonné sur tout le littoral méditerranéen, ouvrant par sa marche l’ère première des progrès de notre société. Et si dès lors cette civilisation, en se développan t, a pu se propager dans le monde entier, à qui l’attribuer, sinon à la grande mer in térieure où elle a prospéré activement, grâce à la beauté, à la douceur incomparable de son climat et à la fertilité des côtes baignées par ses eaux ? C’étaient Tyr, jadis si florissante, Carthage la superbe, Athènes, foyer de lumières qui a éclairé le monde, puis Rome la grande, Marseille, Gênes, et tant d’autres, qui ont donné aux progrès cette impulsion dont les effets vont toujours en grandissant. Mais en dehors de ce littoral qui concourt aujourd’ hui pour une si large part au mouvement industriel et commercial de l’Europe, la Méditerranée baigne un nombre considérable d’îles, dont plusieurs ont joué un rôl e important dans le passé historique que nous rappelons, telles que Chypre, Candie, Malte, la Sicile... et tant d’autres, dont il est inutile de faire mention ici, car nous sommes loin d’avoir la prétention de nous livrer à un cours d’économie politique sur chacune d’elles. Ile de la Sardaigne. — Ce que nous voulons, c’est uniquement de nous at tacher à l’histoire d’une seule, « la Sardaigne », qui mérit e, à notre avis, de faire l’objet d’une étude spéciale. C’est donc de son climat, de ses mœurs et surtout d e ses productions qu’il va être question précisément, parce que, malgré son antiquité et les vicissitudes par lesquelles l’île a passé, le nombre de ceux qui la connaissent est restreint, et que rares, très-rares sont les étrangers qui vont la visiter. Et si dès ce début on nous autorisait à exprimer toute notre pensée, nous dirions qu’il est, sinon très-regrettable, tout au moins étrange, que l’île la plus grande en superficie de tout le bassin méditerranéen après la Sicile, placé e à une distance relativement rapprochée de l’Espagne, de la France et de l’Italie, ne vienne exciter un sentiment de curiosité à notre époque où le goût des voyages est si répandu, et où les voies de communication sont si rapides et si commodes. Quelles peuvent être les causes de cette indifférence ? Faut-il l’attribuer aux craintes qu’inspire le climat ? Mais pendant plus de six mois, il est parfaitement salubre, aussi sain, aussi doux que da ns la plupart des grandes stations hivernales, comme Nice, Naples, Palerme, Malte, et nous pourrions ajouter que sur un grand nombre de points, le climat est en Sardaigne salubre pendant l’année tout entière. Est-ce, au contraire, le caractère des habitants qu e l’on redoute ? Oui, le Sarde est vindicatif quand on le blesse, mais il est honnête et il exerce l’hospitalité de la manière la plus franche et la plus cordiale. On peut vivre et voyager en Sardaigne avec sécurité, ainsi que nous serons amené plus loin à le constater. Nous ne supposons pas que l’on puisse objecter la d ifficulté d’aborder l’île, car de nombreuses lignes de vapeur, partant de Marseille, de Gênes et de Livourne font des services réguliers. Non, les raisons de l’abandon dans lequel on laisse cette contrée doivent être attribuées à ce que depuis l’époque de son annexion à la maison de Savoie, annexion
qui remonte à plus d’un siècle et demi, le Sarde a vécu tranquille, partant ignoré, car depuis longtemps ce n’est guère que par le bruit et les réclames que les peuples, tout comme les particuliers, attirent sur eux l’attention du monde. D’autre part, on ne se rend peut-être pas bien compte des ressources que l’île offre, soit parce que bon nombre de ceux qui ont appris sur les bancs de l’école que la Sardaigne était un pays fertile et intéressant ont eu le temps d’oublier ce détail géographique, soit parce que ceux qui sont dans les affaires, ou que hante la fièvre des spécu lations, n’ont eu jusqu’à ce jour ni intérêt ni occasion d’aller sur place vérifier l’exactitude de ces affirmations. Le fait est que ces provinces ont conservé presque intactes leurs vieilles coutumes, leurs mœurs patriarcales et la plus grande partie de leurs richesses. Nous eussions à notre tour partagé l’indifférence c ommune, si le hasard, en grand maître qu’il est, ne nous en avait fait sortir dans les circonstances suivantes : De retour, sur notre yachtVelox,d’un voyage fait de 1879 à 1881, pendant lequel nous avions visité l’Espagne, l’Italie, la Sicile, Malte, l’Égypte, la Grèce et la Turquie, croyant pouvoir à bon droit affirmer que nous connaissions les curiosités si courues de ce bassin merveilleux, nous ne fûmes pas peu surpris d’entend re un de nos amis, ingénieur de mérite, nous déclarer que parmi les pays méditerranéens, nous avions omis justement de voir celui qui, par ses usages, ses monuments de l’ époque primordiale, ses richesses métallifères, était un des plus remarquables, et qui pouvait rivaliser en outre avec l’Orient pour l’originalité et le luxe de ses costumes. Il nous parlait de la Sardaigne et il nous engageait à y aller, certain que l’accueil que nous y recevrions serait cordial, et que nous revie ndrions satisfait de notre visite : bref, nous fûmes tenté, le yacht fut réarmé, et c’est ain si que, au commencement de 1882, nous nous présentions à l’entrée du golfe de Cagliari. Golfe de Cagliari.— Ce golfe, un des grands de la Méditerranée, mesure 16 milles en profondeur et 22 en largeur, du cap Carbonara à l’est au cap Pula qui le ferme à l’ouest ; un promontoire de formation calcaire, dénommécap Saint-Elia, à l’extrémité duquel est bâti le phare de ce nom, divise le fond du grand golfe en deux parties, dont l’une, celle de l’est, prend la qualification de golfe de Quarto, l ’autre, à l’ouest, conserve celle de Cagliari. Ce golfe offre, près de la ville de Cagli ari, un mouillage très-sûr, malgré ses vastes proportions, parce que les grands vents du large y pénètrent peu et que la grosse mer qu’ils amènent est rompue par les bas-fonds couverts d’algues qui s’étendent à son entrée, tandis que par les vents du nord, les plus redoutables, il ne se forme pas de mer ; on peut donc, comme on dit en termes de marine,y étaler sur ses ancres un gros mauvais temps,de quelque part qu’il vienne. A notre arrivée, nous fûmes assez surpris de trouve r au mouillage près de quarante navires de commerce, et l’escadre anglaise de l’Océan, composée entre autres des gros cuirassés, leMinotaure, l’Azincourt, leNorthumbria...ces bâtiments, avec leurs Tous pavillons battant au vent, donnaient au golfe une vie et un air de fête réjouissants. La ville, dominée par une espèce de château, s’étale sur les flancs d’une colline, qui ressemble à un îlot quand on la voit de sur mer, parce qu’elle émerge du milieu de terres basses ; et si sous une latitude pareille vous vous attendez à trouver l’aridité du sol africain, vous serez agréablement détrompé, les pla ntations du haut de la citadelle et celles des boulevards qui l’entourent lui font un c adre de verdure que l’œil voit avec plaisir. Avant de pousser plus loin notre description, vous penserez qu’il est utile de rappeler sommairement tout ce qui a trait à l’histoire de l’ île, à sa population et à ses mœurs ; d’examiner ensuite la nature du sol et ses producti ons, et de finir par la visite de la capitale.
CHAPITRE II
Histoire de la Sardaigne. — Peuplades primitives. — Ibères. — Colonie d’Aristée. — Colonie de Iolas. — Phéniciens. — Égyptiens, Carthaginois, Romains. — Indépendance et révolte. — Goths. — Les rois de Sardaigne. — Sarrasins. — Pisans et Génois. — Cours d’Aragon et d’Autriche. — Maison de Savoie.
L’histoire de la Sardaigne remonte à cette haute an tiquité qui, selon l’expression consacrée, se perd dans la nuit des temps ; et cela est si vrai, que toutes les recherches faites dans les documents les plus anciens ont. été infructueuses à établir quels furent les premiers habitants de l’île. Elle a subi en outre de telles vicissitudes, que l’ exposé en est assez compliqué et exigerait quelques développements pour être présenté d’une manière un peu complète ; mais, comme nous ne pouvons sortir des bornes que n ous nous sommes imposées, force est de nous réduire à esquisser à très-grands traits les principaux événements, quelque aride que puisse paraître ce moyen de traiter le récit de tant de siècles. Peuplades primitives.Quand on compulse les historiens grecs ou latins et les — ouvrages récents qui les ont commentés, on trouve, par exemple, dans Pausanias, Voyage De la PhociDe,liv. X, chap. VIII : « Que les premiers Grecs qui allèrent trafiquer en Sardaigne lui donnèrent le nom de Ichnusa, mais qu’il ne lui fut pas possible de savoir le no m que l’île portait antérieurement, ni celui de la race qui l’habitait. » Et cet historien, géographe célèbre, émettant ensuite son opinion, dit : « Que les premiers étrangers qui vinrent s’y établir devaient être desÉgyptiens, sous la conduite deSarDus,du roi Macéris », d’où le nom de Sardaigne qu  fils e l’île a conservé jusqu’à nos jours. Ajoutons, entre parenthèses, que les Romains durent partager l’opinion de Pausanius, puisque, en l’honneur de ce premier conquérant, ils frappèrent une médaille, la première de l’île, connue sous le nom deSarDus Pater.aurons occasion de parler plus tard Nous de cette médaille ; en attendant, qu’il nous soit p ermis d’exprimer ici notre gratitude à celui de nos amis qui a bien voulu nous offrir un spécimen de cette pièce, si précieuse et si rare, avec une grâce qui nous la rend inappréciable. Pour revenir à notre histoire, nous dirons qu’il règne une très-grande incertitude, non-seulement sur les races qui les premières ont occup é le sol sarde, mais sur l’ordre de leur arrivée et la date de fondation des différentes villes anciennes. Ibères.— Ainsi, Pausanias, déjà cité, accorde la priorité à celle de Nora (actuel village de Pula), qui aurait été bâti par les Ibères, sous la conduite de Norax, fils de Mercure et d’une nymphe. Colonie d’Aristée.— Salluste, dans sonHistoire De Rome,dit, au contraire, que : « Aristée, de l’île de Céos inhabitée, passa en Sardaigne et régna sur la ville deKaralis (Cagliari), qu’il avait nouvellement bâtie. » Colonie deIolas.composée — Diodore de Sicile parle à son tour d’une colonie d’Athéniens, de Thespiens, Thébains... ayant pour chef Iolas, neveu d’Hercule, « qui, dit-il, après s’être emparé du territoire sarde, fonda des villes considérables et appela de son nom les habitants « Ioléens ». 1 Phéniciens.— Claudius, ayant dans ses écrits fait mention d’une ville deSulcis, dont les ruines existent encore près de San-Antioco, dans l’île de ce nom, au sud-ouest de la Sardaigne, la désigne sous le nom decolonie phénicienne ; d’où l’on a conclu que les Phéniciens auraient atterri avant les Égyptiens men tionnés par Pausanias, et que, par
conséquent, cette ville deSulcisserait la plus ancienne. 2 Un professeur de l’université de Cagliari, homme instruit et versé dans l’archéologie , a fait observer que si aucun document écrit ne nous est parvenu pour établir d’une façon péremptoire quelles ont été les peuplades qui les premières ont occupé le sol de l’île, les monuments anciens que l’on rencontre presque à chaq ue pas étaient de nature à éclaircir ce mystère ; car, ajoute-t-il : « Ce sont les tombeaux, les sculptures et les bronz es qui peuvent nous éclairer le mieux sur les vicissitudes ténébreuses qu’une nation a pu traverser. » Égyptiens.Or, d’après l’honorable professeur, il est hors  — de doute que les Égyptiens sont venus dans les temps les plus reculé s habiter l’île ; il en trouve la trace dans les ruines de la vieilleTharrosdans l’ancienne et Karalis ;il croit que les mais Phéniciens avaient abordé avant, et queSulcis était la plus antique, ainsi que ses tombeaux semblent le démontrer. Il divise donc les races primitives en deux colonies, qui diffèrent entre elles de religion et de coutumes : La plus reculée, la phénicienne, avecSulcis ;la plus simple, la plus pauvre, et c’est probablement a dû être la plus barbare. Ses monuments sont les plus misérables, et les tombeaux, auxquels on attachait tant d’importance, n’ont aucun ornement ; de simples pierres plantées en terre les unes à côté des autre s, près desquelles gisait une urne contenant les cendres. L’égyptienne ensuite, avec les deux villes deTharrosde et Karalis.à part la Ici, momification, dont il n’existe pas de traces en Sar daigne, les traditions étaient mieux conservées, les tombeaux plus riches, plus ornés et dans le vrai style égyptien. Et tandis que les Phéniciens n’adoraient qu’Isis et Sérapis, seuls dieux des peuplades primordiales, les Égyptiens adoraient un grand nomb re de divinités, ainsi qu’en font foi les gravures diverses incisées sur les scarabées qui ont été découverts. Il est probable que de l’amalgame qui a dû avoir li eu à ces époques entre les aborigènes inconnus, les Phéniciens et les Égyptien s, il s’est formé un mélange de religions et de mœurs qui ont laissé les traces que l’on retrouve dans les monuments sardes, et que ce mélange a dû se modifier plus encore par les éléments nouveaux qu’a introduits l’arrivée postérieure des Grecs et de plusieurs autres peuples. Carthaginois.e, et que nous avons — Tel est l’avis émis par un disciple de la scienc cru devoir relater comme le plus récent, et malgré que des savants modernes, 3 s’appuyant sur la grande autorité de Cicéron , aient nié l’arrivée des Grecs, attribué les deux villes de Nora et Karalis aux Carthaginois, et fait venir d’Afrique tous les autres peuples qui leur ont succédé. Quoi qu’il en soit, pour avoir quelque certitude historique, il faut arriver au temps de la première expédition des Carthaginois, soit vers l’an 528 avant Jésus-Christ. Battus alors, ceux-ci durent se retirer ; mais plus tard (512 av. J.C.), sous les ordresD’AsDrubal,ils tentèrent une nouvelle conquête de l’île, surprirent les Sardes et les courbèrent sous un joug despotique jusqu’à l’ép oque de la première expédition romaine, commandée par Cornélius Scipion, l’an 259 avant Jésus-Christ. Romains.— Les Carthaginois furent, l’année suivante, obligés d’abandonner l’île aux mains des Romains d’une façon définitive, et ceux-c i la conservèrent en leur pouvoir jusqu’à la chute de l’empire d’Occident, c’est-à-di re pendantsept cent et quelques années. Avant d’aller plus loin, nous devons constater que déjà, sous la domination carthaginoise, des sentiments d’indépendance, fomentés par une vie de misères et de privations, avaient poussé les Sardes à la révolte ; et les moyens barbares employés par les Carthaginois pour les réduire à l’obéissance ne contribuèrent pas peu à maintenir
vivaces l’amour de la liberté et le besoin de secouer le joug oppresseur. Sentiments d’indépendance.— Entraînés par ces sentiments, ils ne tardèrent pas à se rebeller contre les Romains, leurs nouveaux maît res, et ils livrèrent aux légions commandées par Manlius Torquatus un combat, dans lequel ils succombèrent, malgré le secours des Carthaginois, qui, en haine de l’ennemi commun, avaient pris fait, et cause pour les Sardes. Plus tard encore, il fallut que Tibérius Sempronius Gracchus leur infligeât une nouvelle défaite et des punitions sévères, ce qui ne les emp êcha pas de recommencer complots et rébellion, et d’être une fois de plus battus par Jules César, qui revenait en conquérant de sa campagne d’Afrique. Nous avons déjà dit que les Romains gardèrent l’île pendant plus de sept siècles. Durant cette longue période, ils s’appliquèrent à r épandre l’aisance parmi les populations ; ils créèrent des routes, embellirent les villes d’une foule de monuments, enfin poussèrent le pays à un degré de prospérité q ui, hélas ! ne devait pas durer longtemps, car la Sardaigne allait subir le sort de l’Italie et être conquise par toutes les hordes qui s’abattraient sur la péninsule voisine. En effet, avant même la chute de l’empire d’Occident, les Vandales, sous la conduite de Genséric, occupaient l’île ; mais ils er en furent chassés par les armées de l’empereur d’Or ient, Justinien I , sous le commandement de l’illustre Bélisaire. Goths. — En ce moment, les Goths, sous Totila, ravageaient l’Italie. Ils ne manquèrent pas de venir en Sardaigne, dont ils s’emparèrent ; mais battus eux aussi par les troupes de l’empire d’Orient, commandées alors par Narsès, ils durent abandonner leur conquête. Les rois de Sardaigne.— Quoique débarrassée des hordes barbares qui tour à tour venaient la saccager et la piller, la Sardaigne était loin de se sentir heureuse. Le joug que les Byzantins faisaient peser sur elle alimentait ce vieux levain de haine que les Sardes ressentaient contre tous leurs oppresseurs. Les esprits fermentaient ; ils étaient décidés à la révolte, et ils n’attendaient qu’une occasion favorable pour secouer la tyrannie qui depuis des siècles les tenait courbés sous l’obéissance. Une goutte d’eau allait faire déborder le vase On était alors en 665. Deux dames cagliaritaines, nommée Constance et Luci ne, furent insultées par le préteur Marcellus. Jurant de tirer vengeance, elles excitèrent le peuple à prendre les armes et poussèrent Gialétus, qui était le père de l’une et le mari de l’autre, à se mettre à la tête de ce soulèvement. Les hommes s’armèrent ; ils coururent à la maison d e Marcellus, qu’ils massacrèrent, et, rendus furieux, ils égorgèrent tous les ennemis qu’ils purent rencontrer. Maîtres de l’île, ils se déclarèrent indépendants e t choisirent pour leur souverain Gialétus, qui les avait commandés. Le nouveau roi s’occupa tout de suite d’organiser son royaume, qu’il divisa en quatre parties, connues sous le nom de grandes judicatures (Cagliari, Arborée, Torres et Gallure). Il conserva pour lui la suprématie des quatre judicatures, plus l’administration de celle de Cagliari, et plaça les autres sous l’autorité de ses trois frères. Nous mentionnerons le sort réservé à ces premiers e ssais du gouvernement national en relatant l’histoire de la ville de Cagliari. Les Sarrasins. Pisans et Génois. — Sous le régime paternel d’un souverain librement élu, la Sardaigne avait le droit d’espére r quelque repos, et, de fait, elle commençait à respirer, quand, vers 709, les Sarrasi ns, qui avaient occupé toute la péninsule espagnole, firent leur apparition. Ils ét aient, au commencement du huitième