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La souffrance du lien intersubjectif aux différents âges de la vie

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Description

L'ouvrage présente les réflexions et positions actuelles de psychologues et pédopsychiatres cliniciens s'interrogeant sur les souffrances vécues dans le lien intersubjectif et ce, à différents âges de la vie. Les diagnostics sont variés et variables selon les repères théoriques, les contextes historiques et semblaient nécessiter un éclairage approfondi. Un livre dont l'objectif principal est d'approfondir et de croiser les référentiels théoriques qui aident à penser la clinique.

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Informations

Publié par
Date de parution 08 mars 2015
Nombre de lectures 33
EAN13 9782806107732
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

_InteLLeCtIon_24_

La souffrance du
lien intersubjectif
aux différents
âges de la vie

Repères psychanalytiques
et systémiques croisés

Sous la direction
d’Anne-Christine Frankard,
Frédérique Van Leuven
et Véronique Pauss

La souffrance du lien
intersubjectif aux différents âges
de la vie
Repères psychanalytiques et
systémiques croisés

Sous la direction de
Anne-Christine Frankard,
Frédérique Van Leuven et Véronique Pauss

Dans la même collection :
1. Pierre Collart,Les abuseurs sexuels d’enfants et la norme sociale,2005.
2. Mohamed Nachi et Matthieu de Nanteuil,Éloge du compromis. Pour
une nouvelle pratique démocratique, 2006.
3. Lieven Vandekerckhove,Le tatouage. Sociogenèse des normes
esthétiques, 2006.
4. Marco Martiniello, Andrea Rea et Felice Dassetto (éds.),Immigra-tion
et intégration en Belgique francophone. État des savoirs, 2007.
5. Francis Rousseaux,Classer ou collectionner ? Réconcilier scientifiques
et collectionneurs, 2007.
e
6. Paul Ghils,Les théories du langage au xx siècle. De la biologie à la
dialogique, 2007.
7. Didier Vrancken et Laurence Thomsin (dir.),Le social à l’épreuve des
parcours de vie, 2008.
8. Pierre Collart (dir.),Rencontre avec les différences. Entre sexes,
sciences et culture, 2009.
9. Jean-Louis Dufays, Michel Lisse et Christophe Meurée,Théorie de la
littérature. Une introduction, 2009.
10. Caroline Sägesser et Jean-Philippe Schreiber,Le financement public
des religions et de la laïcité en Belgique, 2010.
11. Ariel Mendez (dir.),Processus. Concepts et méthode pour l’analyse
temporelle en sciences sociales, 2010.
12. Dominique Deprins,Parier sur l’incertitude, à paraître.
13. Luc Albarello,Société réflexive et pratiques de recherche, 2010.
14. Paul Servais (dir.),L’évaluation de la recherche en sciences humaines
et sociales. Regards de chercheurs, 2011.
15. Jean-Luc Brackelaire, Anne-Christine Frankard, Christophe Janssen,
Sophie Tortolano (dir.),Objet transitionnel et objet lien. Regards croisés,
2011.
16. François Morvan,Vers une réponse juridique au totalitarisme, 2012.
17. Anne Meyer-Heine (sous la dir. d’),Maladie d’Alzheimer. Évolution
des dispositifs, évolution des métiers, quelles politiques publiques?,
2012.
18. Paul Ghils,Le langage est-il logique? De la raison universelle à la
diversité des cultures, 2012.
19. Véronique Meuriot,Une histoire des concepts des séries temporelles,
2012.
20. Jean-Louis Dufays et Paul Servais (dir.),Publier en sciences humaines,
2013.
21. Jean-Luc Brackelaire, Marcela Cornejo et Jean Kinable
(dir.),Violence politique et traumatisme. Processus d’élaboration et de création, 2013.
22. Anne Meyer-Heine (sous la dir. d’),Éthique, droit et maladie
d’Alzheimer, 2014.
23. Benoît Bourgine, Joseph Famerée et Paul Scolas (dir.),Dieu au risque
de la religion, 2014.

_INTELLECTION_24_

La souffrance du lien
intersubjectif aux différents âges
de la vie
Repères psychanalytiques et
systémiques croisés

Sous la direction de
Anne-Christine Frankard, Frédérique
Van Leuven et Véronique Pauss

Nous tenons à remercier chaleureusement Madame Claire Legrève qui a
assuré une relecture compétente, exigeante, mais aussi bienveillante de
l’intégralité du manuscrit.

D/2015/4910/6

©ACADEMIA-L’HARMATTAN s.a.
Grand’Place 29
B-1348 Louvain-la-Neuve

ISBN: 978-2-8061-0210-2

Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque
procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de
l’auteur ou de ses ayants droit.

www.editions-academia.be

SOMMAIRE

Sommaire...................................................................................5
Les auteurs ................................................................................9
Préface .....................................................................................11
Muriel MEYNCKENS-FOUREZet Xavier RENDERS

Introduction ............................................................................15
Anne-Christine FRANKARDet Véronique PAUSS
Le contexte ...........................................................................15
Naissance d’un séminaire.....................................................16
Qu’est-ce que la pathologie du lien ? ...................................17
Émergence de concepts porteurs ..........................................26
Travail d’écriture, de mise en récit.......................................39

Troubles du lien, troubles de la transitionnalité..................43
Christine DINCQ
Introduction ..........................................................................43
Le débutdu travail avec Madame ........................................45
La naissance de Florian ........................................................48
Leretourà la maison ............................................................48
Lespremières semainesà l’hôpital.......................................51
Un horribleretourdevacances.............................................54
De nouveauderetourà la maison… ....................................60

Le temps du passage...............................................................69
Corine BOUSQUET, Pascale STAQUET, Frédérique VANLEUVEN
Introduction ..........................................................................69
Une histoire à quatretemps..................................................70
Le difficiletravail de penserlaséparation ...........................77
Avantle passage ...................................................................79
Letempsdupassage .............................................................83
Conclusion ............................................................................87

SOMMAIRE

Tissons du lien ! ......................................................................89
Véronique PAUSS, Catherine COMPERNOLet Ophélie
WOLLSEIFEN
Introduction ..........................................................................89
Enfantsetfamillesdansl’insécurité dulien.........................90
Transmission intergénérationnelle etprocessusprojectifs...94
Repenserle dispositif institutionnel .....................................96
Illustration clinique...............................................................98
Conclusion ..........................................................................108

Les avatars du lien dans l'histoire d'un enfant autiste......111
Anne-Christine FRANKARDet Frédérique VANLEUVEN
Introduction ........................................................................111
Présentat.........................................................11ion de Sacha3
Sacha,sesparentsetlesintervenants.................................115
Des représentationscorporellesaux représentations
psychiques..........................................................................119
Soinsmédicaux,soin psychique : le clivage de la psyché et
du soma...............................................................................123
La place particulière dupacking.........................................128
Levoyagese poursuit… oùestlasortie ?..........................133

L’abîme de la mise en autonomie et trajectoires de
placement, enquête dans l’après-coup................................139
Sophie TORTOLANO
Introduction ........................................................................139
Première partie : création dudispositif derecherche et récits
devie ..................................................................................141
Deuxième partie : analyse des récits, desparolesqui font
savoirs.................................................................................151
Conclusionsetouvertures...................................................171

Une pensée singulière et plurielle réaccordée par l’écriture.
Au sujet de Farid… ..............................................................179
Christine LEBONet Éric ZUYTEN
Introduction ........................................................................179
Farid et son histoire ............................................................181
Dansl'institution.................................................................186
L’équipe..............................................................................188
Conclusion ..........................................................................194

6

SOMMAIRE

Qu’en est-il de la question du lien chez les sujets plus âgés ?
................................................................................................197
Marie MASSEet Isabelle NEYRYNCK
Introduction ........................................................................197
Liensfamiliauxet sociauxaucoursde lavieillesse...........198
L’entrée en institution :une mise à l’épreuve desliens.....204
Vieillissement, liensd’attachementetpathologisation ......212
Conclusion ..........................................................................218

Conclusions ...........................................................................221
Anne-Christine FRANKARDet Frédérique VANLEUVEN

Bibliographie.........................................................................231

7

LES AUTEURS

Corine BOUSQUETest psychopédagogue à la Pouponnière
Reine Astrid à La Hulpe.
Catherine COMPERNOLestpsychothérapeutesystémique,
psychologue clinicienne à la « Ferme duSoleil »,
centrethérapeutique pourenfantsetadolescents.
Anne-Christine FRANKARDestpsychothérapeute analytique,
psychologue clinicienne etcoordinatrice despsychologues
etparamédicauxauCentre Psychothérapeutique de Jour
Charles-AlbertFrère à Marcinelle, chargée de coursà
l’Université catholique de Louvain;
Christine DINCQestpsychothérapeute analytique et
psychologue clinicienne auCentre pluraliste familial à
Libramont.
Christine LEBONestpsychothérapeute analytique, docteuren
sciencespsychologiques, assistante à la Faculté de
psychologie etdes sciencesde l’éducation de l’Université
catholique de Louvain, psychologue à l’ASBL les
Tropiques, à Uccle.
Marie MASSEestdocteurensciencespsychologiques, chargée
derecherche à l’Institutde Recherche Santé etSociété
(IRSS) de l’Université catholique de Louvain, à Bruxelles
Woluwe.
Isabelle NEIRYNCKestpsychologue,
psychothérapeutesystémicienne en privé etauService de Santé Mentale de
Louvainla-Neuve, formatrice auCFTF (Centre de Formation à la
Thérapie Familiale) à Liège.
Véronique PAUSSestpsychothérapeutesystémique,
psychologue clinicienne à la «Ferme ducenSoleil
»,trethérapeutique pourenfantsetadolescents.

LES AUTEURS

Pascale STAQUETestpsychologue auService de Placement
Familial « Parcoursd’Accueil » à Bruxelles.
Sophie TORTOLANOestpsychologue clinicienne
etpsychothérapeute analytique auService de Santé Mentale de
Louvain-la-Neuve, ainsi que chercheuse clinicienne. Elle
travaille égalementcomme coordinatrice à la Plate-Forme
de Concertation pourla Santé Mentale en Région de
Bruxelles-Capitale.
Frédérique VANLEUVENestpsychiatre au« Centre
psychiatrique Saint-Bernard » de Manage.
Ophélie WOLLSEIFENestpsychothérapeute, psychologue
clinicienne à la «Ferme duSoleil », centrethérapeutique pour
enfantsetadolescents.
Éric ZUYTENestéducateurà l’ASBL lesTropiques, à Uccle.

10

P

R

É

F

A

C

E

1
Muriel Meynckens-Fourez et Xavier Renders

Ouvrirce livre, c’est se plongerdansla clinique. Dans une
clinique difficile etpointue, danslaquelle les treize
auteurspartagentleursquestions, leurs réussites, leursdécouvertes, leurs
limitesaussi. Ce qui estassezexceptionnel. Auplusprèsde ce
quise déroule dansl’interaction entreun clinicien et une
personne en grande détresse,sansnierlesproblèmes somatiques
qui handicapent.

Avec courage etfinesse, pasà pas,
lesauteursindiquentcommentchercheret tenirle filténuqui peutfaire lien, fil qui peut
casseraussi lorsd’uneséparation, d’un départ,surtout s’il n’a
paspuêtretesté,s’il n’a paspu s’élaborer,si la personne n’a
paspul’introjecter tantelle étaitfragile oufragilisée. Caril
s’agitbien ici de bénéficiaires souffrantdetroublesde
l’attachement, d’autisme, de psychose, de patientsprésentant un
fonctionnementborderline, de famillesayantaccumulétrop de
souffrances, de personnesen fin devie.

Autantde personnesqui, comme le ditMurrayBowen,
présentent un faible degré de différenciation du soi etdoiventplus
fréquemment recouriràune institution,tantleurémo-« pôle
tionnel »estactivésanslerecul donné parce qu’il nomme

1

Muriel Meynckens-Fourezestpsychiatre infanto-juvénile et thérapeute
systémique. Elle exerce comme directricethérapeutique dudépartement
enfants-adolescents-famillesauService de Santé Mentale de
Louvain-laNeuve (Belgique). De plus, auCentre Chapelle-aux-Champs(Université
catholique de Louvain, Bruxelles), elle est responsable duCEFORES
(Centre de Formation etde Recherche en Systémique) etdugroupe «
Institutions» (supervisionsd'équipe).
XavierRendersestDocteuren psychologie, psychothérapeute
d'orientation psychanalytique, Professeurémérite à la Faculté de psychologie et
des sciencesde l'éducation de l'Université catholique de Louvain, clinicien
au service desanté mentale Le Méridien à Bruxelles.

Muriel MEYNCKENS-FOUREZetXavierRENDERS

« pôleintellectuPlel ».usque pourd’autres situations,
lesdispositifsnécessitentcontinuité dansles soinsetespacesde
paroles, pouréviterlesclivagesqui conduiraientà l’impasse :
2
« Sivousn’êtespasavec moi,vousêtescontre moi » .

Dansce plongeon, le lecteurnesetrouve pasen eaufroide mais
bien dansla chaleurducontactentreunsoignantet unsoigné,
contactquise doitde ne pasêtre fusionnel, et s’articule avec
prise de distance,recul. Lathéorie de l’attachement–un des
pointsderéférence de l’ouvrage – n’est-elle pasaussi celle du
détachement? Lasécuritétrouvée grâce à la proximité permet
aupetitd’explorer, chaque fois un peuplusloin,toutenvenant
seressourcerauprèsde la personne connue. C’estce
mouvementperpétuel entre la proximité etla distance, avectoutesles
étapesintermédiairesentre cespositionsextrêmes, qui constitue
lasanté, comme l’a développé Étienne Dessoy.

Contactcadré maisparfoisaussi « horscadre »,s’ils’agitdese
déplacerà domicile, d’accepter unerencontre en dehorsdes
séancesprévues, en dehorsdesnormespréconiséesHo. «rs
cadre » maisdansle cadre de l’institution quise doitd’occuper
la fonction de contenant, mêmesirien n’est simple en la
matière. Contenantnon pas tantparlesmurs, maispar
l’articulation entre professionnels, entre professionnelset
famille – ce quise joue à l’intersection entre lesdeux systèmes
estparfois révélateurdesenjeuxintrafamiliaux–, entre
professionnelsintérieursetdu réseau. En prenantacte de la façon dont
le bénéficiaire, àson insu, convoque les unsetlesautresoules
divise, lesclive. Contenant s’ilya l’espace d’analyse de ce qui
se joue entretoutescespersonnesautourdubénéficiaire –
même celui qui apparaîtle plusisolé – etqui peutéclairerla
dynamiquerelationnelle autourde ce dernieretavec lui.
Contenantcarils’agitderésisteraux« mécanismesde défense » du
patient, qui peuventêtreressentisparlesprofessionnelscomme
des« mécanismesd’attaqude »,’attaque deslienségalement.
Contenantdonc pour résisterà la destructivité au sensoù
Winnicott,souventcité danscetouvrage, l’entend. Contenant

2

12

Bowen, M. (1984).La différenciation du soi, les triangles et les systèmes
émotifs familiaux, Paris, ESF.

Préface

encore des tensions entre professionnels: comme l’a enseigné
Bowen, lorsqu’il y a angoisse dans un système, la tendance est à
la fusion, au rapprochement entre quelques personnes qui
« s’entendentbien »,avec désignation d’un coupable qui peut
être intérieur ou extérieur au système concerné.Le plus simple
estalorsde diaboliserle patient, le collègue, le professionnel du
réseau sans voircomment soi-même on joue danscette pièce,
commentaubesoin le patientactive en nousetentre nousce
genre d’interactions. La positionréflexive de chaque
professionnel estalorsessentielle pourlui permettre d’établirdesliens
– encore et toujoursce mot« lien »– avecson histoire etde
changerde posture.

« Horscadre », àtitre exceptionnel et uniquement si lasituation
l’indique biensûr. Impossible cependantde «cocher»une
séance dethérapie lorsque le psyaccompagnetouteune journée
un autiste en crise etpartà larecherche detouteslespersonnes
clefspourlui. Impossible aussi de considérercommeune
prestation de psychothérapie de quarante-cinq minutes, lavisite à
son ancien domicile de la personne âgée qui n’a pascompris
son placement, l’accompagnementd’un jeune etdesa famille à
larecherche d’institution alorsque la programmation de
lasortie faitcrise, ouencore laréunion
oùlesprofessionnelsélaborent. Etpourtant, l’apaisementquisuitenvautla peine. Bien
sûr, pasquestion ici de prétendre guérir–
danslesensderestitutionad integrum– maisbien de contribuerà donnerdu sens,
d’essayerde décoder–sanscoder– ce qui fait souffrance, ce
qui ne peutêtre dit,voire même pensé, ce qui estnon-dit, fait
non-sensetangoisse. Cetteséquence pouvantentraîner un
passage à l’acte comme le décrit si bien GuyAusloos. Sansmots
surces situations,sanslien,sansaccompagnement, on pourrait
bien êtretenté deretrouverla conformité – enversetcontre
tout– avec le cortège de non-ditsqui ne faitqu’alimenterle
cerclevicieux. Etceci, même pourl’enfantqui n’a pasaccèsau
langage.

Dansce livre oùpsychanalyse et systémiquese côtoient, cette
préface est rédigée à «quatre mains». Le lecteur voyagera de
l’intrapsychique à l’intersubjectif, de la prise en compte de l’ici
etmaintenantà la dimension historique et transgénérationnelle,

13

Muriel MEYNCKENS-FOUREZetXavierRENDERS

duniveau«relation »de la communication à celui du«
contenu», de l’effetpragmatique à l’intégration duniveau
sémantique;complexité oblige.
La pathologie dulien pourraitaussis’intituler« lesavatarsliés
à la discontinuité ».Letravail avec la famille – quand c’est
possible –, en équipe etavec
leréseaudesprofessionnelsextérieursprend aussitout sonsens. Carle lien,si difficile à nouer
avec le patientpeut vite casser. Auxprofessionnelsde mettre
cela au travail, entre eux: en équipe, lorsd’un passage d’un
service àun autre. Mêmesi parfois, cela nesuffitpas:
laséparation estquand mêmevécue commeunerupture.
Les«résidents» doiventquitter, la durée deséjourestlimitée dansle
temps, lesprofessionnelschangentdetravail.
Lesauteursn’hésitentpasà nousfaire partde leursquestions,
de leursmomentsde crise, des voiescréatives trouvées. Avec
générosité etappuis théoriques, ilsnouspartagentleur savoir,
leur savoir-faire etleur savoirêtre,sanspourautantdonnerdes
recettes toutesfaites. Le lecteurdécouvrira aussi commentle
livret reprenantlesélémentsclefsduparcoursde l’enfantet
constitué lorsd’unséjouren pouponnière peutdevenir une mine
d’orpourlesquestionsquetôtou tard, ce petitboutd’homme
se posera. Il profitera des savoirsdesjeunesadultes«sortis» de
l’Aide à la Jeunesse, qui ontété « misen autonomie » etqui ont
accepté detémoigner. Paradoxe extrême que l’expression
« mise en autde ceonomie »sjeunescarl’autonomie, celase
gagne, cela nese donne pas.

Toutesles situationscliniquesdécritesici illustrentà merveille
cette phrase de Philippe Jeammet, citée danscetouvrage :
« Pluson esten insécurité, pluson dépend d’autrui pour se
rassurer, moinson peut recevoir». C’estbien là oùla balance
« donner/recevoir»se déséquilibre.

14

INTRODUCTION

Anne-Christine Frankard et Véronique Pauss

Le contexte

Aujourd’hui, de
nombreusesdemandesadresséesauxpsychologuescliniciensconcernentdes souffrances vécuesdansle lien
parents-enfants. Lesinterpellations sontmultipleset se
déclinentdifféremment ; souffrance dulientissé entre desparentset
leurenfantadopté,souffrance de jeunesdontlesliensaffectifs
se fontet se défontaugré de leursplacements successifsdans
diversesinstitutions,souffrance d’enfants tiraillésentre leurs
parentsd’origine d’une partetleursparentsd’accueil d’autre
part,souffrance dansle lien entreun enfantet son parenten
prise avecune problématique psychotique… Comme
lesou1
ligne R. Kaës:

1

Les souffrancespsychiquesetlespathologiesauxquellesnous
avonsaffaire aujourd'huisontcellesdes troublesdansla
constitution deslimitesinternesetexternesde l'appareil
psychique :troublesdes« états-limites»,troublesoudéfauts
desenveloppespsychiquesetdes signifiantsde démarcation,
défaillancesoudéfautdes systèmesde liaison –oude
déliaison –, pathologiesdesprocessusdetransmission de lavie
psychique entre lesgénérations, défiance desprocessusde
transformation. Cesontdespathologiesdunarcissisme, de
l'originaire etde lasymbolisation primaire. Cesont
corrélativementdespathologiesdulien intersubjectif.

Kaës, R. (2002). «Médiation, analysetransitionnelle etformations
intermédiaires», in B. Chouvier(sousla direction de),Les processus
psychiques de la médiation, Paris, Dunod, pp. 11-28.

Anne-Christine FRANKARD, Véronique PAUSS

Naissance d’un séminaire

De cesinterrogationsetconstatationsestnéunséminaire en
2
2002initié par troiscliniciennesetchercheurs. Le pointde
départde laréflexion portait sur un
questionnementétiopathologique et thérapeutique centrésurl’évolution dansles
demandesd'aide desfamillesetdesenfantsainsi que dansla
façon de lesentendre;en
particulierlesdébordementscomportementauxdiagnostiquéset répertoriésde plusen
plusprécocement, lesdemandesd’aide desfamillesoùl’intrication des
secteursdumédical, du social, dujuridique etdupsychologique
vire de plusen plus souventà la confusion desplacesetdes
rôlesde chacun, l’émergence de nouveauxdispositifsdesoins,
lesnombreusespublicationsparfoiscomplémentairesmais
aussi contradictoires voire antinomiquesdansle domaine des
troublesde l’attachement, des troublesde la pathologie du
lien…
3
En prenantappuisurla clinique desdifférentsparticipants,
cliniciensd’orientation analytique et systémique, le groupes’est
donné comme objectif principal d’approfondiretde croiserles
référentiels théoriquesqui nousaidentà pensernotre clinique.
Cespathologiesdulien intersubjectif, aucentre de plusieursde
4 5
nospublications: V.Pauss& M.Grandry, A.-C.Frankard ,

2

3

4

5

16

A.-C. Frankard, psychologue clinicienne etcoordinatrice des
psychologuesetdesparamédicauxauCentre Psychothérapeutique de Jour
CharlesAlbertFrère à Marcinelle, chargée de coursà l’Université
catholique de Louvain;LeF. Vanuven, pédopsychiatre aucentre
psychiatrique Saint-Bernard de Manage età Parcoursd’Accueil et
V. Pausspsychologue à la Ferme duSoleil à Soumagne, Centre
thérapeutique pourenfantsetadolescents.
C. Lebon, C. Dincq, P. Staquet, S. Tortolano, C. Compernol, M. Masse et
I. Neirynck (psychologuesdansdifférentesinstitutionsde la Communauté
française de Belgique).
Pauss, V. & GrandryM. (2001). « En mal d’appartenance »,Sauvegarde
de l’enfance,56(3), pp. 142-151.
Frankard, A.-C. (2002Une o). «uverture possible à lasymbolisation.
Troublesdesinteractionsprécocesetmodalitésdudispositif
thérapeutique »,Sauvegarde de l’enfance,57(4), pp.205-209.

Introduction

6
F. VanLeuven etM. Figuernooa ,usavaientpréalablement
conduitsàrelire dans une dynamique d’après-coup la clinique
desnourrissonsetcelle desenfantsetadolescentshospitalisés
dansnosinstitutionsetàsoulignerdes
similitudesdanslesprocessusen jeu.

Le processusengagé au sein de ceséminaires’estélaboré dans
une démarche de construction de ponts, d’articulationsentre
différentspointsdevue, différenteslogiquesqui croisentle
développemental, letravail de construction psychique, le
circulaire, lesystémique en partantdespatientsetde leurfamille.

Qu’est-ce que la pathologie du lien ?

Seréférerau« lien »nécessite plusieursmisesaupoint. En
psychanalyse, comme lesouligne R.Kaës, «le concept
moderne de lien est récentdansle champ desobjets théoriques
de la clinique psychanalytique. Il n’estpas sansambiguïté ni
confusion, etil pose à la clinique, à la méthode età lathéorie
7
psychanalytique desproblèmescomplexes, à élucider» .
L’auteurpropose desavancéesmétapsychologiquespermettant
desoutenirla position d’une construction du sujetdansla
pluralité desliensetdesalliancesdanslesquelsilse forme.

Le premiermouvementduprocessusen jeuavisé l’analyse de
la littérature à larecherche de conceptsporteursaucroisement
de lathéorie de l’attachement, de la psychanalyse etde
lasystémique.

1. La théorie de l’attachement

Lathéorie de l’attachementestconsidérée commeunethéorie
clé de laseconde moitié duXXesiècle en psychopathologie et

6

7

Van Leuven, F. & Figueroa, M. (2002). «Adolescence etdéliaison
sociale »,Enfances Adolescences,2, pp. 13-40.
Kaës, R. (200Défini8). «tionsetapprochesduconcept»,de lien
Adolescence,Vol26,3, pp.763-780.

17

Anne-Christine FRANKARD, Véronique PAUSS

8
en psychologie . S’intéressantaudéveloppementde l’enfantet
productive à cetitre pourlaréflexionsurla petite enfance, cette
théorie, parce qu’elle porte également
surlesliensinterpersonnelsetdeséparation, ne peutque croiserlespréoccupationsen
jeudanslesquestionsquitraversentnotreséminaire.

Introduite en France grâce aux travauxetaux recherchesmenés
danslesannées1950– en lien avec l’équipe de J. Bowlby– par
9
M. David etG. Appellquis’intéressentauxeffets,surles
enfantsdetouslesâges, des séparationsà courtetlongterme
ainsi que descarencesdesoinsmaternels, elle offre
desperspectivesintéressantesnonseulementpourl’approche clinique
dansletraitementdes situationsindividuelles, maiségalement
pourlesensdespolitiquespubliquesdesoutien auxenfantsen
10
difficultésetà leursparents.

En analysantla littérature de cesquinze dernièresannées,une
catégorie impressionnante derecherches,surtoutdanslespays
anglo-saxons,s’intéresse àrépertorierles troublesde
11 1213
l’attachement: Brodzinsky, Verhulstetal. ,Hjern etal. …
La position estnosographique, elles’inscritdansla mouvance
desoutilsde classement,tel le DSM IV. Unsecond groupe
d’articlesetde livresdéveloppentles rapprochementsentre les
enseignementsde Bowlbyavec l’avancée de découvertes
scien14
tifiques. Nelle LambertetFrançoise Lotstra abordentla

8
Guédeney, N. & Guédeney, A. (2010).L’Attachement :approche
théorique. Du bébé à la personne âgée, Paris, Masson.
9
David, M. & Appell, G. (1973).Lóczyou le maternage insolite, CEMEA,
Scarabée (1996).
10
Savard, N. (sousla direction de) (2010).:La Théorie de l’Attachement
Une approche conceptuelle au service de la Protection de l’Enfance,
publié parl’Observatoire national de l’enfance en danger(ONED), Paris.
11
Brodzinsky, D. (1993). « Long-term Outcomesin Adoption»,The Future
of Children,3(1), pp. 153-163.
12
Verhulst, F, etal. (1990). « Problem Behaviorin International Adoptees»,
J. Am. Acad. Child Adolesc. Psychiatry,29(1), pp. 94-103.
13
Hjern, A. etal. (2002). «Suicide, psychiatric illness, andsocial
maladjustmentin intercountryadopteesin Swa cohoeden :rt study»,
Lancet,360, pp. 443-448.
14
Lamberte, N.tLostra, F. (200L5). «'attachement. De Konrad Lorenzà
LarryYoung :de l'éthologie à la neurobiologie »,Cahiers critiques de

18

Introduction

dimension neurobiologique de l’attachement en soulignant qu’il
résulte des interactions complexes entre différentes hormones et
neurotransmetteurs sous l’influence conjointe de contraintes
génétiques et de facteurs environnementaux. L’attachement vu
sousl’angle de la proximité etde lasécurité est,selon
ceschercheurs,un avantagesélectif. L’ocytocine etlavasopressinesont
deuxhormonesqui, associéesà la mémoire, interagissentpour
assurer un attachement«sécure ».Deson côté, Olivier
15
Real del Sarte considère lesdifférents typesd’attachement
(sécure-anxieux-évitant) comme
desconfigurationsgénétiquementpré-informéesetadaptativesaussi bien pourlesparents
que pourlesenfants.

Dansle domaine des théoriesévolutionnistes,
certainscher16
cheurs,tPieel B.rrehumbert,
associentdesfacteursbiologiques,telle l’ocytocine, à desfacteurs
relationnelsetintrapsychiques. L’auteurnuance etcritique lesétudesqui ont transposé
troprapidementla connaissance animale à laspécificité
17
humaine. Ilseréfère aux travauxde Winnicottportant surla
« préoccupation maternelle primairpoe »ur s’intéresseraux
particularitésdulien mère/bébé etpère/mère/bébé.

Lesliensentre lesapproches théoriquesetcliniques
sontéga18 19
lement soulignésparÉ. GoldbeteretqM. Delageuirelient
lesapprochespsychanalytique et systémique. Pource dernier:

thérapie familiale et de pratiques de réseaux:« Lespremiersliensde
l'enfant. Attachementetintersubjectivité »,35(2), pp. 83-97.
15
Real Del Sarte, O. (2005). «De l'attachementà la coopération dans une
perspective darwinienne »,Cahiers critiques de thérapie familiale et de
pratiques de réseau:«Lespremiersliensde l'enfant. Attachementet
intersubjectivité »,35(2), pp. 99-114.
16
Pierrehumbert, B. (2005). «Le père est-il l’égal de la mère ?
Considérations surl’attachementpère-enfant»,Cahiers critiques de
thérapie familiale et de pratiques de réseau: «Lespremiersliensde
l'enfant. Attachementetintersubjectivité »,35(2), pp. 115-129.
17
Winnicott, D.W. (1958).De la Pédiatrie à la Psychanalyse, Paris, Payot
(1992).
18
GoldbeterMerinfeld, É. (200Le5). «spremiersliensde l'enfant.
Attachementetintersubjectivité. Introduction »,Cahiers critiques de
thérapie familiale et de pratiques de réseaux, n°35,2005/2, pp. 5-12.
19
Delage, M. (2008).La résilience familiale, Paris, Odile Jacob.

19

Anne-Christine FRANKARD, Véronique PAUSS

[…] lathéorie de l’attachementestparticulièrement«reliante »
en permettantde conjuguerl’expérience interpersonnelle et
l’expériencesubjectivevécue etpropre à chacun. Les
nombreux travauxauxquelselle a donné lieu,sa méthodologie
etlesconnexionsqu’elle crée avec l’éthologie, la biologie et
lesneurosciencesen font un bonsupportpourétablirdesponts
interdisciplinaires.

É. Goldbeter seréfère aux travauxd’Anna Maria Sorrentino,
thérapeute familiale de l’école de Milan, qui décritl’évolution
deson groupe depuisla publication desJeux psychotiques dans
20
la famille ,notammentgrâce à la lecture des travaux sur
l’attachement. Anna Maria Sorrentino, comme d’autres
thérapeutesfamiliaux, estdésireuse de passerde lavision dyadique
de larelation proposée parlathéorie de l’attachementàun point
devuetriadique. Selon elle, la perspective évolutionniste, en
particulierenréférence aux travauxd’Élisabeth
Fivaz21
Depeursinge ,jointe auxapportsde lathéorie de l’attachement,
permetde mettre en évidence lesbesoinsdespatientsen
humanisantl’approche du thérapeute familial. Quantà Byng-Hall,
proche collaborateurde Bowlby, il a introduitnotammentle
22
conceptde « base desécuritcomme la configé familiale
»urationrelationnelle au sein de laquelle l’attachement se construit
entenantcompte desinfluencesmutuellesdesattachementsde
chacun desmembresde la famille. La « base desécurité
fami

20
Selvini Palazzoli M., Cirillo S., Selvini M. & Sorrentino A.M. (1989).Les
jeuxpsychotiques dans la famille, Paris, ESF, 1990.
21
Fivaz-Depeursinge, É., Corboz-Warnery, A., Lavanchy, C. & Carneiro, C.
(2005). « Lespremiersliensde l'enfant. Attachementetintersubjectivité,
La communication intersubjective dubébé dansletriangle primaire »,
Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, n°35,
2005/24, pp.3-50. L’équipe d’Élisabeth Fivaz-Depeursinge a crééun
cadrerelationnel clinique etderecherJeche «uduTrilogue de
Lausqanne »,ui montre lescapacitésdu tout-petitàvivre les relations
triangulairesetindique donc l’existence chezlui d’une motivation à
partagerlesexpériencesqu’ilvitavecsespartenaires. Leurs résultats
objectiventque plusla communication entre lesparents vis-à-visde
l’enfantestcoordonnée etchaleureuse, mieux seréalisentlescapacités
triangulairesde ce dernier.
22
Byng-Hall J. (1995). «Creating a Secure FamilyBasSomee :
Implicationsof AttachmentTheoryforFamilyTherapy»,FamilyProcess
34(1), pp. 45-58.

20

Introduction

liale » offre un réseau fiable de sécurité qui assure à chacun des
individus qui composent la famille de trouver en son sein une
solidarité suffisante pour que chacun collabore au soutien de
celui ou de ceux qui en ont besoin, ainsi que des conditions de
vie suffisamment stables et sécures et un réseau fiable de
relations d'attachement. Alliantlathéorie de l’attachementà
l’approchesystémiquestructurale, Byng-Hallsera
particulièrement sensible à latransmissiontransgénérationnelle de
lasécurité desattachementsfamiliaux. Cetauteur signale parailleurs
que Bowlbyétaitfavorable àune prise en compte de l’entièreté
de la famille dansl’élaboration de lathéorie de l’attachement
maisque cetaspectétaitbientrop complexe à investiguer
d’emblée, ce pourquoi Bowlby s’estintéressé à la dyade
bébé/figure d’attachement.

Si nousnouspenchons, à présent,sur une lecture
psychopathologique des troubles, nousnotonsavec NielsPeter
23
Rygaard que :« Les troublesde l’attachementnesontpas
clairementdéfinis… ».Touten cherchantàrépertorierles
signes selon lesâgesde développement, l’auteurintroduitdans
sa description desnotionsqui invitentégalementà complexifier
la question :
Presquetouslesenfantsatteintsdetroublesde l’attachement
montrerontde faiblescapacitésde base de discrimination
sensorielle. Ils seront trèsattentifsà ce quise passe autour
d’euxetils seront trèsinconscientsde ce quise passe en
euxmêmes. Cette «cartesensorielle faible» estprobablementle
signe avant-coureurd’une faible conscience desoi dansle
24
développementde la personnalité .
Nous rejoignonsRémyPuyuelo qui, dansla préface de
l’ouvrage de N.P. Rygaard, pose l’affirmationsuivante :
Cesenfants sontdesenfantsnormauxdontle comportement
anormal estdûàun environnementprécoce anormal. En effet
ce qui estmalade n’estni l’enfant, ni la famille maisle lien
parent-enfantinsuffisammentmentalisé. Leurimmaturité les

23
RygaarP. (d, N.2005).L’enfant abandonné. Guide de traitement des
troubles de l’attachement,Bruxelles, de Boeck, p.21.
24
Ibid.,p. 95.

21

Anne-Christine FRANKARD, Véronique PAUSS

empêche d’accéderàucapacine «té à êtreseul »,àun
«sentimentcontinud’existence »[…]. Les troublesde
l’attachementnesontpas spécifiquesàune population donnée.
Nous sommes tous, plusoumoins, desêtresattachésqui
tententà «être ensembleséparément» prisdans unesolitude
qui noushabite et unetentative continue derecherche de
25
l’autre, cicatricesde notre détresse originelle .

Le passage de lathéorie (théorie de l’attachement) à la
psychopathologie (troublesde l’attachement) doit s’opéreravec
beaucoup de prudence. Une liste desymptômes risque d’opérer un
mouvement réducteurqui négligeraitla prise en considération
de fragilitésmarquantdifférentsniveaux. Lesconcepts
winnicottiensde «capacité d’êtreseuel »tconde «tinuité
d’existpence »résentent, à côté d’autresconceptsque nous
aborderonsprogressivement,une piste féconde pour tenirdans
unetension indispensable lesdimensionsintrapsychique et
interpersonnelle en jeu.

2. Une grille de lecture entre courants théoriques
pourrait-elle être féconde ?

Un débat soutenu s’estengagé depuislespremièrespublications
de J.Bowlbyentre la nouvellethéorie émergente, celle de
l’attachement, etla psychanalyse. Cesdeux théoriesontété
présentéesparnombre d’auteurscomme incompatibles.
Cependant, plusieurspsychanalystes, avec comme précurseur
26
S. Lebovici ,ont tenté dereleverle défi etdesoutenirqu’un
27,
dialogue étaitpossible. Lespublicationsd’A. etN. Guedeney
2829
A. Green,D. Widlöcher, B. Golsetententd’établirdesponts

25
Puyuelo, R. (2005), préface dulivre de Rygaard, N. P.Op. cit., p.6.
26
Lebovici, S. (1991). «Lathéorie de l’attachementetla psychanalyse
contemporaine »,Psychiatrie de l’enfant,XXXIV,2, pp.309-339.
27
Guédeney, N. & Guédeney, A. (2010).Op. cit.
28
Green A. (1996). «Lasexualité a-t-elleun quelconquerapportavec la
psychanalyse ? »,Revue Française de Psychanalyse, LX,3, pp. 829-848.
29
Widlöcher, D. (sousla direction de) (2000). « Amourprimaire et sexualité
infantile :un débatdetoujours», inSexualité infantile et attachement,
Paris, PUF, pp. 1-54.

22

Introduction

30
entre courants théoriques. B. Golsereprend le conceptde
« pulsion d’attachement» introduitmais trèspeudéveloppé par
31
D. Anzieuetle présente commeun conceptporteur. La
richesse de l’argumentation de B.Golse ens’appuyant surles
positionsfreudienneset surlesavancéeslacaniennesnous
impose cependantderepenserle pointdevuetopique de la
perspective psychanalytique, afin de pouvoirprendre en compte
le fonctionnementdyadique et triadique danslequelvient
s'inscrire l'unité originaire formée parle bébé et sesdeuxparents.
32
Dansce développement,soutenuégalementparD. Widlöcher,
lathéorie despulsionsetlathéorie des relationsd'objet se
présententcomme lesdeuxfacettesd'unseul etmême processuslié
au rythme d’alternance entre présence/absence de l’objet.

La question centrale quisoutientle développement reposesurle
faitque, dansla conception de Bowlby,
l'attachementcorrespond àun besoin primaire de l'enfant. Pourquoi, écritB. Golse,
ce besoin primaire ne pourrait-il pasêtre libidinalisé, aumême
titre quetouslesautresbesoinsde l'auto-conservation, au sein
de lathéorie freudienne de l'étayage ?Pour répondre à cette
33
question, l’auteur s’appuiesurles travauxde M.-Ch.Laznik .
Ceux-ci permettentd’étudierfinementle circuit, entrois temps,
quirelie lesbesoinsd’auto-conservation à l’activité
fantasmatique de l’enfant. L’étayagesurle corpsest trèsprésentaux
deuxpremiers tempsducircuit. Le bébé estdans unerecherche
active de lasource alimentaire (sein oubiberon) lorsqu’il a faim

30
Golse, B. (2004). « La pulsion d’attachement»,La psychiatrie de l’enfant,
vol. 47, pp. 5-25.
Golse, B. & Missonnier, S. (2005).Récit, attachement et psychanalyse :
pour une clinique de la narrativité, Paris, Érès.
Golse, B. (2010). « Lathéorie de l’attachementdansle cadre de l’accueil
etduplacementfamilial »,inSavard, N. (sousla direction de), dossier
thématique :La Théorie de l’Attachement : Une approche conceptuelle au
service de la Protection de l’Enfance, publié parl’Observatoire national
de l’enfance en danger(ONED), Paris.
31
Anzieu, D. (1985).Le Moi-Peau, Paris, Dunod.
32
Widlöcher, D. (sousla direction de) (2000).Op. cit.
33
Laznik, M.-C. (1995).: trois enfants autistes enVers la parole
psychanalyse, Paris, Denoël.
Laznik, M.-C. (2000c). Despsychanalystesquitravaillenten Santé
Publique,Le Bulletin freudien,34, pp. 89-108.

23

Anne-Christine FRANKARD, Véronique PAUSS

(c’estle premier tempsactif). Il pourras’apaiserdans untemps
d’attente, de plaisiréprouvésur son corpspropre au second
temps(tempsauto-réflexif ouauto-érotique). Letroisième
tempsducircuit, beaucoup moinsfacilementobservable que les
deuxautres, estcelui de l’accèsà l'intersubjectivité oùl'enfant
devientcapable des'offrirlui-même comme objetde la pulsion
de l'autre, d’intéresser sa mère, desusciter un plaisirpartagé.
Une défaillance de cetroisièmetempsa deseffetsmarquants
surletempsde l’auto-érotisme. L’enfantn’estpasdanscette
attente apaisante de la présence, maisdans une détresse
profonde qu’il compense avec desmoyensencore peuélaborés
(agitation,replisautistiques…).
Cette observationtrèsminutieuse permetdesoutenirqu’une
métapsychologie de l'absence et une métapsychologie de la
présences'avèrentabsolumentindissociables. L’absence etla
présence (de l'objet)sontétroitementintriquées.
Le pont, jeté entre lathéorie de l’attachementetla
psychanalyse,souligne combien lesdeux théories sesoutiennentl’une
l’autre,sans se fondre dans un commun dénominateur
réducteur.
L’analyse desouvragesensystémiques’inscritdans un
mouvement similaire. Lesnombreuxdossiersetouvragescollectifs
parus récemment surlesarticulationspossiblesentreslathéorie
de l’attachementetlathéoriesystémique mettentégalementen
évidence plusieurspointsde convergence. Larecherche de
34
Pinel-Jacquemin intègre lathéorie de l’attachementà
lathéorie du système familial. Ces résultatsmontrenten effetque les
représentationsd’attachement recouvrent uneréalité différente
pourl’ensemble desmembresde la famille.
Différentescomposantesdu système familial entrenten jeu selon
lesprotagonistes. Parexemple, pourle père, les relationsconjugalesetles
relationsparents-enfants sontétroitementliées, ouencore, pour
l’aîné, lestyle éducatif paternel joueunrôle dansla perception
deson lien d’attachementàsesparents, alorsque cettevariable

34
Pinel-Jacquemin, S. (2010). «L’évaluation de
l’attachementparentenfant» in Savard, N. (sousla direction de), dossier thématique.Op. cit,
pp.24-44.

24