La Tentation de la Chine

La Tentation de la Chine

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Livres
320 pages

Description

"La réforme du communisme n’a pas conduit à l’effondrement du régime de Pékin mais a permis une croissance économique spectaculaire qui fonde aujourd’hui son pouvoir. État fort mais puissance fragile en raison des inégalités sociales et d’une grave crise environnementale, la Chine entend s’affirmer sans devenir le gendarme du monde. Elle s’oppose à l’Occident mais fait tout pour lui ressembler. La Chine qui, de nos jours, semble étrangère à ses propres traditions, serat- elle tentée de renouer avec son passé ? Le monde se laissera-t-il, à son tour, tenter par le « modèle »
chinois ?
Ce livre puise à la source de notre imaginaire et du rapport de la Chine à elle-même pour analyser la nature de son pouvoir et la réalité de sa puissance. Il propose un panorama approfondi des grandes problématiques du pays du nouveau dirigeant Xi Jinping, au-delà des clichés orientalistes et des jugements hâtifs sur la menace ou le miracle chinois."

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Date de parution 01 août 2015
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EAN13 9782846708784
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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ÀHannah et Raphaëlle, citoyennes du monde émergent
Ce livre a été façonné sur le long terme et a été nourri sur le terrain par des expériences très différentes. Il puise aussi à la source de mes enseignements à l’École des Affaires internationales (PSIA) de Sciences Po, à l’université Tsinghua à Pékin et à l’université du Québec à Montréal. Ce travail doit donc beaucoup à mes étudiants, issus des quatre coins du monde, que je souhaite remercier ici chaleureusement pour leurs qualités tant humaines qu’intellectuelles. Je n’oublie pas, à Pékin, He Xin et, à PSIA, les équipes de « Governing China » et « Law and Human Rights ». Can Zhao, dont la vivacité d’esprit n’a d’égale que la gentillesse, mérite une mention spéciale.
Cet ouvrage a été rédigé dans trois lieux qui me sont particulièrement chers : la hutong « des lampions sur l’herbe » à Pékin ; Dajuma en Indonésie, au bord d’un humble village de pêcheurs et la plaine de Bourg d’Oisans, aux falaises abruptes. Dans chacune de ces maisons, les encouragements de Louis, Evelyne et Richard Balme, mon époux, ont été déterminants. Mes pensées s’envolent aussi vers Indra, notre chaman malicieux.
Durant toute la phase de rédaction, Anne-Laure Marsaleix du Cavalier Bleu m’a prodigué conseils et soutien. Je tiens à lui adresser ma profonde sympathie.
Figure en couverture, l’œuvre intitulée « La Longue Marche », de l’artiste-sculpteur Isabelle Rougier-Brierre. Son idée d’une Chine, tentée ou pas par ses traditions et affrontant de grands défis à petits pas, illustre à merveille certaines des problématiques abordées dans ce livre.
La Tentation de la Chine nouvelles idées reçues sur un pays en mutation Stéphanie Balme
Stéphanie Balme Stéphanie Balme est chercheur à Sciences Po (CERI), responsable du programme « Droit, justice et société en Chine » et professeur à l’École des Affaires internationales (PSIA) de Sciences Po. Elle a vécu plus de dix ans en Chine, entre Shanghai, Hong Kong et Pékin. Ancienne membre de l’équipe Chine de Médecins du Monde, elle est consultante pour diverses institutions internationales et chinoises, auteur de travaux qui sont parus en français, en anglais et en chinois. (http://www.sciencespo.fr/ceri/fr)
Du même auteur Entre Soi. L’élite du pouvoir dans la Chine contemporaine, Fayard, 2004. Avec Mark Sidel (dir.),Vietnam’s New Order: International Perspectives on the State and Law Reform in Vietnam, Palgrave-Macmillan CERI, 2006. Daniel Sabbagh, Avec Chine/États-Unis à l’ère contemporaine : fascination et rivalités, Autrement-CERI, 2008 (les Éditions Autrement ont aimablement accepté que puissent être reproduits, dans la partie sur les relations sino-américaines, certains passages de ce livre). Avec Wang Yaqin,Ni Dui Falu liaojie Duoshao ? (Que comprendstu de la justice et de la loi ?), livre pédagogique sur la justice destiné aux enfants chinois, Pékin, 2008 (en chinois). Michael Dowdle (dir.), Avec Constitutionalism and Judicial Power in China, Palgrave-Macmillan CERI, 2008.
Issues de la tradition ou de l’air du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les têtes. Les auteurs les prennent pour point de départ et apportent ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l’on sait ou croit savoir.
Chine n. f.
dénition
Zhonghua renmin gonghe guo, la République populaire de Chine(RPC) ouZhongguo, a pour capitale Pékin (Beijing). Quant au nométranger de ce pays, la Chine, il est probable qu’il fasse référence à ladynastie des Qin qui donna son premier empereur au pays unifié :Qin Shihuang. Par ailleurs, les Romains connaissaient la contrée lointaine d’où venait la soie :sinae, puis les Anglais, celle d’où venait la porcelaine :china. « L’Empire du milieu » tire son nom de la fusion des féodalités du centre du pays, à partir de 480 av. J.-C. Il fut soumis au cours des siècles aux conquêtes des Empires limitrophes (mongol, mandchou, japonais et russe), tout en étant lui-même conquérant ou influent en Asie centrale, au Japon jusqu’au Tibet et au Viêt Nam, pendant plus de 1 000 ans. Les caractéristiques topologiques et physiques exceptionnelles de la Chine posent directement la question de sa gouvernabilité. 2 Troisième pays du monde avec une superficie de 9 572 900 km excluant les territoires disputés (soit 17,5 fois la France), la Chine est le plus grand pays d’Asie et actuellement l’État le plus peuplé de la planète. De 150 millions d’habitants à l’époque où la France de Louis XIV n’en comptait que 20, elle est passée de 900 millions en 1975 à 1,3397 milliard d’habitants lors du dernier recensement de 2010. Sa géographie et sa genèse expliquent que le découpage territorial de la Chine soit pour le moins complexe. Traversant sept fuseaux horaires mais imposant une heure unique, regroupant 56 minorités mais utilisant une langue commune (leputonghua), la RPC est un État unitaire centralisé, pour ne pas dire jacobin, dominé par une ethnie majoritaire (les Han) à plus de 90 %. La RPC est composée de plusieurs entités socio-géographiques.La Chine continentale(dalu)est elle-même subdivisée en deux parties : la Chine côtière(yanhai)l’ et hinterland. La Chine dite « bleue » est cosmopolite et entreprenante, comme Shanghai ou Canton. Le territoire intérieur et rural, la Chine dite « jaune », fait référence à la couleur de la terre de lœss, le berceau de la dynastie fondatrice des Han. Les régions frontalières, occidentales, sont peu développées et traditionnellement peuplées de non-Chinois comme au Tibet, en Mongolie intérieure et au Xinjiang. Selon Pékin, depuis l’exil du Parti nationaliste – le Guomindang, à l’issue de la guerre civile de 1945-1949 –, le territoire de Taiwan est une province à part entière bien que,de facto, la République de Chine soit aujourd’hui un État indépendant et, par ailleurs, une démocratie. Hong Kong et Macao, deux ex-colonies respectivement britannique et portugaise, sont devenues des régions administratives spéciales (RAS) en 1997 et 1999, supposées disposer d’un statut propre pendant une période de 50 ans. À l’échelon local, la division administrative suit la hiérarchie suivante : province, district, canton et bourg. Le pays recense plus de 600 000 villages. La structure administrative complexe de la Chine regroupe donc 22 provinces (23 avec Taiwan), 5 régions dites autonomes (à forte minorité ethnique), 4 municipalités (des « villes-pays » – Pékin, Shanghai, Tianjin et Chongqing – qui comptent entre 20 et 32 millions d’habitants) et 2 régions administratives spéciales.
introduction
La Chine obscurcit mais il y a clarté à trouver ; cherchez-la. Pascal,Pensées, 1669 Quelle est la nature du pouvoir en Chine et la réalité de sa puissance ? Pour explorer ces questions, ce livre puise à la source de notre imaginaire, au rapport de la Chine à elle-même et à une longue tradition de sinologie critique.
e Au XIX siècle, repliée sur elle-même, la Chine cherchait à se protéger des canons et des missionnaires étrangers. L’Europe, alors animée par sa volonté de puissance, percutait une pensée chinoise démunie face aux réalités de son temps. Aujourd’hui, la Chine veut « empoigner le réel », selon la formule d’André Malraux dans son célèbre essai de 1926,La Tentation de l’Occident. e Par certaines ruses qui n’appartiennent qu’à l’Histoire, le début du XXI siècle correspond au temps retrouvé de la puissance chinoise. Maintenant que l’Empire du milieu ne nous est plus ni inconnu ni mystérieux, quelles tentations s’offrent à la Chine et quelles sont les tentations du monde vis-à-vis de la Chine ? Deviendra-t-elle un État responsable ou une puissante menaçante ? Est-elle ce monstre dévorant fait de nouvelles générations happées par le gain et coupées de leurs racines ? Doit-on suivre les analyses qui lui décrivent un avenir utilitariste et déshumanisé ? Cet ouvrage propose un panorama des grandes problématiques de la Chine contemporaine, au-delà des photos-clichés de la menace ou du miracle. Autant la Chine a pu nourrir l’orientalisme, autant elle est aujourd’hui le siège de nouvelles idées recues. Nous tentons d’y répondre en évitant l’écueil du culturalisme. La rencontre avec l’altérité chinoise reste forte mais celle-ci n’est ni construite ni surfaite.
Les jugements superficiels et pourtant définitifs sur la Chine abondent et se retrouvent dans tous les domaines. Le mythe d’une spécificité culturelle incommensurable de la Chine (et des Chinois) s’est imposé comme s’il s’agissait d’une réalité objective. La Chine est tour à tour présentée comme la civilisation la plus ancienne, la plus grande menace pour l’Europe, une alternative à la puissance américaine, une aubaine ou une grande illusion économique, une gigantesque société civile ou, encore, le plus brutal des régimes dictatoriaux. Ces clichés seraient de peu d’importance s’ils se limitaient à l’imaginaire fleuri de quelques commentateurs empreints d’orientalisme. Mais, alors que les échanges tant humains que culturels et commerciaux ne cessent de croître avec la Chine, cet engouement se traduit par des représentations figées et brumeuses. Les récits enjolivés de Marco Polo ont alimenté la sinophilie du siècle des Lumières puis la sinophobie e d u XIX siècle malgré la mode des chinoiseries. LesLettres édifiantes et curieuses de Chinedes missionnaires jésuites (1702-1776),L’Orphelin de la ChineVoltaire ou de La Description de l’Empire chinois par le Père Huc, un des premiers récits de voyage proprement dit, témoignent d’une fascination précoce pour l’Empire inconnu. Ces écrits ont exercé une influence considérable sur notre imaginaire, au temps des Lumières et encore aujourd’hui, en donnant le sentiment que le monde chinois était inaccessible. À partir des années 1860 dans la jeune Amérique puis dans les années 1920 en Europe, la crainte du « péril jaune » a succédé à l’orientalisme littéraire. La fascination pour la République populaire de Chine après 1949, y compris durant les décennies d’idolâtrie maoïste, puis son rejet systématique après les événements tragiques de 1989, s’est mue en une fièvre marchande concrétisée par une intégration accélérée dans les échanges mondiaux. L’ouverture puis l’émergence de la Chine dans les annés 2000 ont permis de déconstruire certains des poncifs qui avaient été jusque-là édifiés en modèles confortables, bien-pensants.
Les effets produits par notre imaginaire, qu’il soit enthousiaste ou négatif, sont aussi déterminants que la