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La Vengeance d’Étiola

De
192 pages

Abandonnée par sa mère dès sa naissance, Étiola doit faire face à toutes sortes de souffrances, et doit s’occuper de son père gravement malade. Vingt ans plus tard, le destin l’a conduite vers celle qui l’a abandonnée et qui a, en quelque sorte, détruit sa vie. Que va-t-il se passer entre la mère et la fille ? Étiola va-t-elle régler ses comptes avec sa génitrice ? Ou va-t-elle simplement enterrer la hache de guerre ?


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-08439-5

 

© Edilivre, 2017

Hommage

 

Hommage à mon père qui m’a bénie

En hommage à Amadou Koné,

Écrivain ivoirien, auteur de Jusqu’au seuil de l’irréel, dont les œuvres m’ont été d’une grande inspiration…

1
– Sauvée in extremis ! –

Il faisait nuit noire ; les ténèbres avaient pris le dessus. Sous le grondement horrifiant du tonnerre, les éclairs transperçaient depuis le ciel. Le vent soufflait si fort qu’il arrachait les branches des arbres. Le toit de certaines maisons s’envolèrent quand les ustensiles de cuisines restés dehors s’éclataient entre eux à rompre le silence.

L’air devenu glacial s’entremêla à une pluie qui tombait à averse sous un village à moitié endormi. Les chiens, apeurés par le remue-ménage environnant, aboyaient fortement. Un homme courait de toutes parts, affolé, à la recherche d’un quelconque secours. Surpris par les événements qui se déroulaient sous ses yeux, il avait perdu son sang-froid et ne pouvait se contrôler. Il devait absolument réagir face à une scène dont il était le seul témoin, une situation à laquelle il assistait et qui malheureusement prenait une tournure tragique. Prêt à apporter son aide à une personne qu’il savait en danger, le temps comptait et il fallait faire vite. Tout embarrassé, il décida de frapper à la première porte devant laquelle il se trouvait depuis quelques instants. Il eut un bref entretien avec l’homme qui lui avait ouvert sa porte. Celui-ci, torse nu, les yeux criblés de fatigue, fut tiré de sa somnolence. Il s’exécuta et, du fond de sa case, trouva une chemise qu’il n’eut le temps de porter qu’en cours de chemin.

Face à l’urgence de la situation, les deux hommes invitèrent deux autres de leurs voisins proches à se joindre à eux, et les voici enfin tous réunis autour d’un grand puits, armés d’une peur atroce. Transpercés de froid de par leurs vêtements mouillés, ils pataugeaient dans la boue. La pluie était visiblement déterminée à ne pas s’arrêter. Elle tombait follement et crépitait sur les toits usés des maisons. L’ambiance atmosphérique accentuée par le froid pesant, durcissait cette malencontreuse incidence qui venait de se produire. Contre toute attente, trois lianes furent rapidement trouvées dans les environs pour servir de corde solide. Consentant, l’un des quatre hommes décida de descendre dans les profondeurs du puits afin de repêcher la personne qu’ils essayaient de sauver. Avec une technique rudimentaire, il accrocha autour de sa tête, une petite lampe torche qui l’aida à éclairer le fond du puits et à y descendre sans grande difficulté. Les trois autres hommes restés sur le rebord du puits, armés de bravoure et de courage, tiraient avec toute la force possible la corde, pour remonter les deux personnes au fond du puits. Avec acharnement ils tiraient, donnaient tout de leurs forces, et les voici enfin parvenus au bout de leurs efforts.

À bout de force et à peine sortis de cette étape de secouristes, ils s’allongèrent sur le sol mouillé pour souffler, quand Clément, l’homme qui au départ avait donné le signal d’alarme et avait réveillé contre son gré ses voisins de quartier pour lui donner un coup de main sur la situation qui les réunissait là, savait qu’il pouvait compter plus que jamais sur ses amis. Ne s’étaient-ils pas déjà rendu service dans la vie de tous les jours ? Lui aussi a plus d’une fois été là quand justement l’un des hommes qui l’entourait avait aussi eu besoin de ses services pour transporter un de ses parents pour des soins dans un village proche, pour cause de morsure de serpent. Pour ces raisons citées, il savait d’office qu’il pouvait compter sur la bonne volonté d’au moins un de ses compagnons secouristes.

Alors, plus déterminé que jamais, il attira toute leur attention sur le déroulement des actions suivantes. Comme le calme régnait entre eux depuis qu’ils étaient étendus sur le sol pour récupérer, Clément décida de les réveiller et de les sortir de ce silence qui ne pouvait pas perdurer continuellement ; il décida de rompre le silence qui régnait depuis un moment entre lui et ses coéquipiers. Le temps comptait et il ne fallait rien lâcher.

– Écoutez-moi, les gars ! Nous venons de fournir un bel effort, je tiens avant tout à vous en remercier sincèrement. Vous vous êtes alliés à une cause profonde mais comprenez que ce geste n’est qu’une première étape que nous venons de franchir. Il ne faut pas s’arrêter là ! J’attire votre entière attention sur le fait que nous devons compléter notre action en transportant cette personne très mal en point que nous venons de repêcher du puits à l’hôpital le plus proche et le plus rapidement possible.

Alors que les trois hommes haletaient encore, personne d’entre eux ne semblait accorder la moindre attention à Clément quand celui-ci, beaucoup plus motivé que jamais, racla la gorge et reprit de plus belle :

« Il ne faut pas s’arrêter là, je vous en conjure mes amis. Nous devons faire quelque chose, nous sommes en train de sauver la vie d’un être humain. Ce geste est salutaire et nous devons rester solidaires : il faut de toute urgence conduire cette personne qui est dans un état pitoyable et lamentable à l’hôpital. Voyez-vous, elle est encore inconsciente et gravement blessée, et nous ne pouvons pas rester insensibles face à son état ! »

Clément venait de lancer une perche à ses amis et attendait une réaction positive de la part de ceux-ci pour avancer dans ses intentions. Il avait l’impression que la proposition qu’il venait de faire à ces amis arrivait hélas au mauvais moment. Tous fatigués, les trois hommes qui avaient volontairement apporté leur aide à Clément avaient besoin de rentrer chez eux afin de se reposer, mais malheureusement rien n’était encore terminé pour eux sous ce temps orageux et pluvieux. Il fallait encore qu’une telle proposition, qui n’était pas du tout acceptable et du goût de tous, vienne envenimer la situation. Sous le choc, les trois hommes ne manquèrent pas de montrer leur mécontentement ; ils étaient furieux contre leur ami. Au fond, ils croyaient que leur mission s’arrêterait là et qu’ils rejoindraient leurs maisons aussitôt la victime repêchée du puits, alors que non ; ils avaient encore à donner plus qu’ils ne s’y attendaient. Pour exprimer leur mécontentement, une vive discussion s’ensuivit entre les hommes pas tout à fait soudés. Toujours réunis autour du puits sous cette pluie battante, une vive discussion s’imposa entre eux. Bien que conscients de la situation, car une vie était en danger, il fallait rapidement trouver une solution. Confus, l’un des trois hommes répliqua :

– Tu nous avais exposé une situation il y a quelques minutes et nous sommes intervenus sans hésiter. Nous t’avons apporté l’aide nécessaire dont tu avais besoin. Sauf que là tu vas encore demander plus et nous enjoindre de nous rendre en ville sous ce temps pluvieux. Tu divagues, j’en suis convaincu. Comment peux-tu te permettre de nous demander une telle chose ? Jamais nous n’aurions pensé rester aussi longtemps avec toi pour cette cause qui nous retient encore là. Toutefois, oublies-tu que l’hôpital se trouve à une trentaine de kilomètres du village ? De plus, nous ne possédons pas de véhicule ; comment allons-nous faire ?

Clément qui avait provoqué la discussion ne comptait pas baisser les bras, encore moins se laisser démotiver par les propos de ses compagnons.

– Nous sommes tous conscients des réalités de ce village, répondit-il. Vu la rareté des véhicules de transport aussi bien dans ce village que dans les environs, nous ne pouvons faire autrement que de trouver une solution appropriée à la situation qui se présente à nous. Une vie est en danger et ce serait lâche de notre part de tout abandonné en ce moment précis. Il est donc évident et impératif que nous agissions, car si cette personne venait à perdre la vie dans ces conditions, nous graverons à jamais ce douloureux souvenir dans nos mémoires.

Les hommes restèrent silencieux. Ils réfléchissaient car la vie de l’être humain en valait la peine. Lorsque nous sommes face à de graves difficultés, nous avons tous besoin de l’aide d’autrui. Clément qui avait mis ses amis face à leur conscience avait fait juste de trouver les mots idéaux pour les réveiller. Il était à un doigt de conquérir leur cœur. Pour les attendrir davantage, il les supplia, insista encore et encore afin de ramener ses amis à la raison. Même la pluie, voulant apporter sa contribution, cessa de tomber. Clément poursuivit sans relâche :

« Quiconque dans notre position mettrait tout en œuvre pour sauver une vie. Sinon qu’auriez-vous fait à la place de votre proche ou même de votre enfant face à une telle situation ? Imaginez votre parent dans une situation identique. Que feriez-vous ? Allez-vous dire que ce n’est pas votre souci premier où allez-vous l’abandonner seul face à son destin ? Non ! Nous en sommes tous incapables. Alors que nous savons que nous sommes tous des créatures semblables, pourquoi allons-nous nous amuser à tourner le dos à une personne qui a plus que besoin de notre aide ? Il faut réagir. »

Les derniers mots de Clément ont fait effet comme une bombe dans les cœurs de ses amis. Il avait gagné car précipitamment, Beno, l’un des hommes qui s’était résigné à tout commentaire, décida enfin de rompre le silence.

– Moi, je te rejoins, et je veux bien apporter mon aide et mon soutien jusqu’au bout. Mais j’ai une question : comment allons-nous faire pour nous rendre en ville puisque nous n’avons aucune possibilité d’emprunter un véhicule ?

– Pour le trajet, c’est simple, répondit Clément. J’ai en ma possession un brancard, nous allons en avoir besoin pour assurer le transport de cette personne gravement blessée jusqu’en ville. Passant par des raccourcis que nous maîtrisons parfaitement dans les champs, nous atteindrons dans deux ou trois heures la ville.

– Et les frais d’hospitalisation une fois sur les lieux ? demanda enfin l’homme qui avait à l’époque sollicité l’aide de Clément pour accompagner l’un de ses parents qui avait été victime d’une morsure de serpent pour des soins à quelques kilomètres de leur village.

Clément lança enfin un ouf de soulagement car il s’attendait avant tout à ce que celui-ci réagisse et lui rende le service important dont il avait besoin à son tour aujourd’hui. Très content, il l’écouta avec attention.

– Très bonne question. Comme je le disais tantôt, nous marcherons environ deux voire trois heures à travers les champs avant d’atteindre la ville. Avec beaucoup de chance, elle sera encore endormie. Comme nous n’avons pas les moyens financiers pour conduire notre blessée aux urgences, alors nous la déposerons juste devant l’hôpital. Nous rentrerons ensuite au village avec beaucoup de peine et d’amertume.

Clément se tut un instant avec la boule au cœur. Il savait que la décision qu’il prenait d’abandonner cette pauvre personne qu’ils s’étaient efforcés de retirer du puits n’était pas une bonne. Hélas ! Il était conscient de sa condition de vie qui n’était pas facile car les moyens financiers lui manquaient cruellement ; il gagnait difficilement sa vie ; malgré cette vie dure qu’il menait tant bien que mal pour s’occuper de sa petite famille, cela ne l’empêcherait pas de sauver une vie. Ses amis qui l’entouraient eux aussi joignaient difficilement les deux bouts. Comment pouvaient-ils faire dans de telles conditions pour réunir des moyens financiers et régler une ordonnance qu’on leur tendrait ? Ils étaient prêts à aider mais ils connaissaient leur limite, une limite qu’ils avaient franchie en arrivant comme prévu en ville. Leur geste s’arrêtait devant cet hôpital qu’ils ont tant souhaité atteindre même après une vive discussion. Au nom des relations humaines, ils ont fait de leur mieux pour conduire une personne gravement blessée au plus près de l’hôpital. Maintenant, il fallait rebrousser chemin. Ils connaissaient leurs conditions de vie précaire, mais ils n’oublieront jamais avoir rendu service à leur prochain, et quoi qu’il advienne, ils ont poursuivi jusqu’au bout leur détermination de se retrouver en ville, devant l’hôpital.

Les yeux de Clément se remplirent de larmes ; il revivait encore ce qu’il avait vu de cette scène horrible pour laquelle il avait fait appel à ses voisins pour lui apporter leur aide. Il essuya ses larmes avant de reprendre :

« C’est dommage de la laisser devant l’hôpital car nous ne saurons pas la suite des événements. Je ne sais pas si les médecins pourront la réanimer et l’aider à se remettre sur pieds, mais je suis convaincu d’une chose ; c’est qu’au moins, une ou plusieurs personnes la découvriront et la conduiront aux urgences. Vu son état critique, l’hôpital la prendra immédiatement en charge. En la retirant des entrailles du puits, nous aurons été d’une aide capitale à ses côtés et l’aurons sauvée d’une manière ou d’une autre… »

*
*       *

À l’aube, des commerçants étaient déjà sur la place du marché pour échanger des marchandises. Des véhicules remplis de denrées alimentaires s’alignaient sur le trottoir en face du marché et déchargeaient leurs marchandises à vendre à des femmes qui allaient les revendre aussitôt sur leurs étals.

Une jeune fille, une habituée de ces marchés matinaux, s’y rendait pour s’approvisionner en légumes qu’elle revendait ensuite sur la place du marché. À cette heure du matin, un calme plat régnait dans certaines rues de la ville ; la jeune fille marchait donc tranquillement dans la rue principale qu’elle empruntait tous les jours. Elle devait ensuite faire un détour sur un chemin qui menait droit au marché. Avant de longer les abords de l’hôpital, elle aperçut une jeune fille allongée là devant elle sur son chemin, dans une position inconfortable ! Face à cette découverte inattendue et stupéfiante, elle poussa un grand cri. Elle se précipita et vérifia si l’inconnue était encore en vie. Le constat fut amer : bien qu’en vie, elle était inconsciente et tout son corps était marqué par des écorchures, des brûlures, et du sang recouvrait ses avant-bras et ses vêtements. Il fallait la conduire de toute urgence dans l’enceinte de l’hôpital ; ce qu’elle fit, et le personnel médical l’a très rapidement prise en charge et les premiers soins lui furent administrés. Elle fut ensuite installée dans une chambre et le médecin demanda un parent qui l’accompagnait.

« C’est moi sa parente, docteur ! », fit la jeune fille qui avait conduit la patiente là. Elle s’était désignée comme étant la parente de la blessée car, frappée par l’incompréhension, elle s’interrogeait encore sur l’identité de cette personne malheureuse à qui elle avait apporté aide et secours. Dans l’attente, elle décida d’abandonner toutes ses activités du jour afin d’en savoir un peu plus sur l’état de santé de la blessée et surtout voir dans la mesure du possible comment l’assister. Le médecin lui avait laissé des recommandations, voilà donc une raison de plus pour qu’elle reste jusqu’au bout. Assise à son chevet, elle attendait le réveil de la jeune fille avec impatience. De temps en temps, elle lui serrait les mains comme pour dire : « Tiens bon ! Je suis à tes côtés et je veille sur toi… »

C’est ainsi que j’ouvris difficilement les yeux. Prise de nausée, de vertige et de migraine j’avais mal partout. Des sensations de brûlures me parcouraient tout le corps qui était recouvert de pansements et faisait penser au pire, n’eût été les soins que j’ai reçus.

« Comment en suis-je arrivé là ?

J’étais troublée par le regard de la jeune fille assise à mes côtés ; je ne comprenais rien. Celle-ci me serrait les mains pour me réconforter.

« Tu es si fragile ! Me dit-elle. Je vais m’occuper de toi jusqu’à ta sortie de l’hôpital. Mais rassure-toi, tout ira bien. Le médecin recommande une présence à tes côtés puisque tu étais dans un état plutôt critique. Cela nécessite un suivi, donc encore quelques jours d’hospitalisation. »

C’est ainsi que je fis la connaissance d’Étiola sur un lit d’hospitalisation. Les circonstances avaient tout organisé pour nous réunir dans cet hôpital. Belle, douce et dotée d’une tendresse infinie, j’avais dès les premiers instants, appréciée Etiola. Nous étions déjà si proches alors que nous nous connaissions à peine. Étiola s’absentait par moments pour des raisons bien définies et rapportait de quoi prendre soin de moi. Lorsqu’elle revenait aux heures de visite, elle s’asseyait à mes côtés et me fixait longuement par moment. Je sentais qu’elle avait d’importantes questions à me poser, mais vu mon état elle évitait surtout la moindre discussion pour l’instant. Bien que nous nous connaissions à peine je me sentais déjà bien entourée. Une impression soudaine m’envahit : en regardant Étiola dans les yeux, j’avais la sensation étrange de l’avoir déjà vue quelque part. Mais pourquoi une telle impression ?

Les infirmiers me changeaient les pansements tous les deux jours et j’allais de mieux en mieux. Mes plaies commençaient à se cicatriser et je devais quitter l’hôpital au bout d’une semaine. Mais ne sachant où aller, Étiola décida de m’héberger. Elle vint me chercher une après-midi pour son domicile où ma convalescence devait avoir lieu. Dans le quartier des mangroves, derrière l’hôpital où elle habitait, nous empruntâmes la rue principale au lieu du raccourci où nous devions traverser un petit pont joignant les deux quartiers. Je marchais difficilement à cause de mes orteils mal en point.

La maison d’Étiola, une vieille bâtisse, se situait sur une colline approximative d’un petit champ et donnait sur une école primaire : Les Mangroves. Un grand manguier planté au milieu de la cour offrait une ombre épaisse qui invitait au repos. La cour était grande et n’avait qu’une seule habitation. Nous trouvâmes un homme affaibli et vieilli par la maladie dans une maison presque délabrée. Il était étendu sur un matelas en paille et toussait beaucoup. Étiola me le présenta. C’était son père, en somme toute sa famille. En me voyant, il tenta difficilement de se redresser pour me saluer. La pauvreté était bien présente dans leur famille et le père avait épuisé toutes ses forces luttant avec sa maladie.

Étiola n’était pas habituée à recevoir de la visite chez elle, encore moins à héberger des invités. Elle en était gênée et m’expliqua brièvement le manque de moyens qui pesait dans sa vie quotidienne et celle de son père. Malgré la pauvreté accrue, elle décida de m’héberger. Tout compte fait, elle m’avait déjà beaucoup apporté jusque-là. Je lui étais très reconnaissante, car même pauvre, c’étaient des gens courageux et humains.

Je m’habituais à ma nouvelle famille au fil des jours. Étiola était animé d’un courage sans pareil. Tous les matins, elle s’absentait pour quelques heures, allait vendre quelques produits vivriers, puis revenait du marché s’attaquer aux tâches ménagères et s’occuper de son père et moi. Nous nous retrouvions toutes les après-midi pour une pause sous l’ombre épaisse du grand manguier planté au milieu de la cour. Une complicité était née entre nous et ne cessait de grandir. J’avais vraiment l’impression d’être liée à Étiola depuis toujours. Sans pouvoir me l’expliquer, cette sensation étrange me hantait et me laissait toujours croire que quelque chose en commun nous liait. Mais liées par quoi ? L’avenir me le dira-t-il ?

Étiola a connu un passé douloureux, en parler n’était pas un problème. Il est évident que chacun porte en lui un secret, quelquefois lourd à porter. On a très souvent tendance à le dévoiler à des êtres proches qui nous inspirent confiance, sinon toute confidence paraîtrait superflue devant des gens qui ne nous prendraient pas au sérieux. Loin d’être confondue à cette inconnue à qui on peut rien raconter d’intime, Étiola me surprit et me fit cette confidence sans détour :

« Je n’ai jamais connu ma mère. Mon père, avec peines, regrets et beaucoup d’amertume m’a seulement confié que… » :

2
– L’inconnue –

« Après de brillantes études en économie et disposant de peu de moyens, j’avais monté avec beaucoup d’efforts mon entreprise. J’avais opté pour la commercialisation de prêt-à-porter qui est un secteur très attrayant puisque la mode fait toujours la une de notre quotidien.

Je voyageais beaucoup, cela faisait partie de mon travail. Négocier des marchés extérieurs dans de nombreux pays, approfondir et tisser des liens d’amitié et de partenariat étaient très utiles pour faire fructifier mes affaires. J’étais, disons, un homme d’affaires avec un avenir rayonnant. Mon entreprise doublait son chiffre d’affaires au fil des ans, j’avais les capacités intellectuelles. J’étais jeune avec de l’ambition et des projets à fendre la tête. Les affaires me réussissaient bien pour mes premiers pas dans le métier et l’avenir me faisait des promesses. J’avançais sans crainte, convaincu d’atteindre mes objectifs et de réussir ma vie. Très occupé par mon emploi du temps chargé, je rentrais assez tard de mon travail, souvent retenu par des réunions.

J’ai connu ta mère de façon inattendue, un soir de ces folles heures de travail où je me précipitais à rentrer du boulot. Je me dirigeai dans le parking où ma voiture était stationnée. En avançant, j’ai été surpris par une présence féminine qui se trouvait devant moi : elle était adossée principalement à la portière de ma voiture et de surcroît me souriait. Je ne me souvenais pas l’avoir déjà rencontrée une seule fois. Subitement, une idée me traversa l’esprit : « Pourquoi certaines personnes sans scrupule aimaient se distinguer d’une façon aussi négative ? » La présence inopinée de cette fille me surprenait. Ce n’était pas trop lui demander de prendre un rendez-vous pour que nous discutions tranquillement dans mon bureau. Au lieu de cela, elle préférait sauter les étapes et provoquer une telle rencontre, certainement pour me supplier en tant que chef d’entreprise de l’embaucher dans ma boite. Mais aller jusqu’à me suivre dans le parking, j’avoue qu’on aura tout vu.

Je me demandais ce qu’elle pouvait bien faire là. J’avançai et me retrouvai au nez de ma voiture. Je sortis d’une des poches de ma veste les clefs. La jeune fille n’avait pas bougé d’un iota de la portière principale du véhicule. Elle me souriait toujours. J’aurais pu l’éviter, l’ignorer complètement. Mais c’était impossible, une conversation s’imposait. Alors, par politesse, je lui adressai la parole :

– Bonsoir, mademoiselle !

– Salut, mec !

Je ne fus pas perturbé par sa réponse. J’avais déjà connu des filles avec des agissements de ce genre dans ma boîte. Bien que méfiant, j’aimais cependant le dialogue. C’est seulement là qu’on évite les effusions de sang ou toute égratignure dans les rapports. Rien n’arrive au hasard. Si cette fille avait choisi cette heure précise pour se pointer là, la raison ne devrait pas tarder.

– Excusez-moi, lui dis-je à nouveau. Vous vous tenez sur la portière de ma voiture, je vous prie de bien vouloir me laisser monter.

Je lui adressai ces mots avec empressement, croyant que l’affaire serait ainsi réglée. Je jetai par la suite un bref coup d’œil sur ma montre. Vu l’heure avancée, j’avais une forte envie de rentrer chez moi me débarbouiller.

– On m’offre un verre ?

Elle s’était enfin résolue à sortir de son silence. Je fus surpris par une telle demande qui provoqua en moi une grande gêne. Ne sachant quoi lui répondre, je la fixais. Je ne savais pas quelle position adopter.

– Pardon ? Demandai-je.

Elle n’avait toujours rien changé de sa proposition et me pointait encore du regard. Juste en ce moment, je remarquai que la lumière provenant du poteau électrique illuminait ses mèches versants. Son bijou, de grosses perles serrées entre elles et accrochées à son cou, brillait avec intensité. Pour tout dire, elle avait une manière drôle d’inciter son interlocuteur dans l’embarras. J’étais dubitatif et il fallait bien trouver un compromis face à cette situation qui me retenait encore là. Sous l’emprise de la fatigue, et vu mon planning chargé du lendemain et cette conception que j’ai de ne jamais blesser quelqu’un même si je n’étais pas parfait, j’hésitai… Puis tant pis ! J’étais célibataire et rien ne m’empêchait de lui accorder quelques instants. Elle patienterait juste un moment que je me change, ensuite nous prendrons un verre dans mon séjour.

« D’accord, montez ! », fis-je.

Elle prit tout de suite place à mes côtés et se mit aussitôt à fouiller dans le range-CD. Elle choisit un CD qu’elle glissa dans le lecteur. Sans attendre, elle augmenta le volume. Un mélange de rock et de pop s’écoulait. Dans cette ambiance qui semblait la mettre en confort, elle s’exhibait gaiement et me fit un bisou sur la joue droite.

– Je m’appelle Berce, et toi ?

Je riais parce qu’à peine montée dans ma voiture, elle me tutoyait. Cette façon de faire dès le premier contact m’agaçait. Mais je me retenais face à une telle maladresse.

« Alors, tu ne me dis pas ton prénom ? », reprit-elle.

– Forfait.

– Oh ! Plutôt joli comme prénom. Je sens qu’on va bien s’entendre, tu ne crois pas ?

Je restai silencieux, car l’attitude incompréhensible de cette fille me déplaisait vraiment. J’ai peut-être fait l’erreur d’avoir trop tôt répondu positivement à sa demande. J’avais envie de tout écourter. Le moindre dérapage consécutif m’obligerait à me ranger sur un trottoir pour la déposer et m’en débarrasser définitivement. J’étais déprimé de savoir déjà comment ma soirée finirait, puisqu’à cette allure, c’était comme si elle et moi nous nous connaissions depuis vingt ans.

Je roulais toujours et me rapprochais à présent du quartier résidentiel où j’habitais depuis des années. Je manœuvrais pour entrer dans le garage quand Berce intercepta mon geste et appuya sur le klaxon à maintes reprises en éclatant de rire. Je retins alors violemment sa main.

– Figurez-vous, mademoiselle, qu’ici est un quartier résidentiel et non une favela où l’on pourrait tout se permettre. Une éducation dans un centre spécialisé vous serait utile. Je vous interdis de vous comporter ainsi ! Il se fait tard et ce n’est pas du tout correct de klaxonner de cette manière pour déranger les voisins pour qui j’ai du respect ! Lâchai-je tout furieux.

Décidément, rien ne semblait la calmer. Excitée, c’est à peine si elle m’écoutait. Une fois dans la cour, elle fut la première à descendre de la voiture. Sans attendre, elle se dirigea droit vers la piscine. Je fus dans l’obligation d’interrompre ses inspections afin de l’installer dans le séjour pour quelques minutes où Garrigue, mon cuisinier, lui tiendrait ses services.

– Passe-moi les clefs de la maison ! Me dit-elle.

J’étais stupéfait. Je n’en revenais pas. Quel culot ! Me demander les clefs de ma propre maison alors qu’elle venait à peine de venir chez moi ? Pour qui se prenait-elle ? C’était le comble. Alors que je me sentais blessé par son comportement, elle m’arracha littéralement les clefs des mains alors que j’étais sur le point d’ouvrir la porte. Elle l’ouvrit elle-même et m’invita à entrer dans ma maison. Je m’exécutai sans broncher. J’étais tellement sous le choc du comportement de cette dévergondée que je ne savais comment réagir. Garrigue vint à notre rencontre. Je m’excusai auprès d’eux pour quelques minutes…

3
– Mon Majordome -

Garrigue travaillait là depuis cinq ans. Dévoué et fidèle, il avait su obtenir la confiance de son patron. Il se souvient encore de sa rencontre avec ce dernier : Son patron venait de finir ses études quand il débarqua dans la ville où Garrigue vivait depuis de nombreux mois. Devant sa cour familiale où il était en train de prendre de l’air, Forfait immobilisa sa voiture devant lui et lui fit signe de la main de s’approcher.

– Pouvez-vous m’indiquer une agence de recrutement ? J’ai absolument besoin d’embaucher un cuisinier.

– Quelle coïncidence ! lança Garrigue avec empressement.

– Coïncidence ?

– Oui, monsieur. Je parle de coïncidence parce que je suis justement à la recherche d’un emploi de cuisinier.

– Super ! Vous avez de l’expérience ?

– Oui. J’ai déjà servi chez un couple de gens aisés. Après huit ans passés chez eux, ils sont rentrés dans leur pays d’origine. Je suis sans emploi depuis maintenant une année.

– Mais voilà que tout s’arrange ! Répondit avec bonheur Forfait. Tu as de l’expérience, et moi, ça m’arrangerait bien que tu viennes me concocter de bons petits plats. J’ai un emploi du temps tellement chargé que je n’ai pas le temps de me faire à m anger.

– Monsieur, je ne m’attendais pas à ce que le bonheur me touche ce matin ! Vous m’embauchez alors !

– Bien sûr que oui ! C’est le cuisinier que la chance m’envoie.

– Alors, c’est oui ?

– C’est oui. Dès demain, tu me rejoins à cette adresse.

Garrigue regardait la voiture s’éloigner après avoir poliment remercié l’homme qui venait en ce jour de chance le recruter pour un emploi de cuisinier. Cela faisait de longs mois qu’il était au chômage, voilà que la chance lui souriait enfin. Il laissa échapper un sourire. Il regarda la carte de visite qu’il tenait précieusement dans les mains encore et encore. Il était tellement content qu’il partit aussitôt annoncer la bonne nouvelle à ses parents qui étaient occupés dans la cour.

Garrigue avait pris ses fonctions comme prévu. Il avait beaucoup assisté son patron depuis le début de la carrière professionnelle de celui-ci car, au début, son patron n’avait pas assez de moyens lorsqu’il mettait en place son entreprise ; c’était un peu difficile pour lui ; mais avec détermination il a su mettre tout en place et au fil des ans, ses affaires ont commencé à porter ses fruits. Garrigue avait été aussi plus qu’un conseiller pour son patron ; il lui avait donné des idées et toute l’attention nécessaire ; alors il s’est vu comblé par son patron et son salaire a été doubler ; son patron n’avait jamais cessé de lui faire beaucoup...