La Vengeance d

La Vengeance d'un ministre - Une page de l'histoire du Portugal

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Français
280 pages

Description

Le 21 septembre 1761, la ville de Lisbonne, à peine revenue de la stupeur et de l’effroi occasionnés par les épouvantables calamités qui avaient fondu coup sur coup sur elle et failli l’anéantir entièrement, était en proie à une agitation extraordinaire, mélangée de sentiments de joie et de terreur.

Nous avons hâte de déclarer que bien petit était le nombre de ceux qui paraissaient contents et satisfaits, tandis que la consternation était générale.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 11 octobre 2016
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EAN13 9782346117352
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIXpour a ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés e au XIX , les ebooks deCollection XIXproposés dans le format ePub3 pour rendre ces sont ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
BIBLIOTHÈQUE MORALE DE LA JEUNESSE PUBLIÉE. AVEC APPROBATION
S. Pagnon
La Vengeance d'un ministre
Une page de l'histoire du Portugal
Propriété des Editeurs.
APPROBATION
Les Ouvrages composant laBibliothèque morale de la Jeunesseont été revus etADMISpar un Comité d’Ecclésiastiques nommé par SON ÉMINENCE MON SEIGNEUR LE CARDINAL-ARCHEVÊQUE DE ROUEN.
AVIS DES EDITEURS
Les Éditeurs de laBibliothèque morale de la Jeunesse ont pris tout à fait au sérieux le titre qu’ils ont choisi pour le donner à cette collection de bons livres. Ils regardent comme une obligation rigoureuse de ne rien négliger pour le justifier dans toute sa signification et toute son étendue. Aucun livre ne sortira de leurs presses, pour entre r dans cette collection, qu’il n’ait été au préalable lu et examiné attentivement, non-seulement par les Éditeurs, mais encore parles personnes les plus compétentes et les plus éclairées. Pour cet examen, ils auront recours particulièrement à des Ecclésiastiques. C’est à eux, avant tout, qu’est co nfié le salut de l’Enfance, et, plus que qui que ce soit, ils sont capables de découvrir ce qui, le moins du monde, pourrait offrir quelque danger dans les publications destinées spécialement à la Jeunesse chrétienne. Aussi tous les Ouvrages composant laBibliothèque morale de la Jeunesserevus et sont-ils approuvés par un Comité d’Ecclésiastiques nommé à c et effet par SON ÉMINENCE MONSEIGNEUR LE CARDINAL-ARCHEVÊQUE DE ROUEN. C’est assez dire que les écoleset les familles chrétiennes trouveront dans notre collection toutes les garanties désirables, et que nous ferons tout pour justifier et accroître la confiance dont elle est déjà l’objet.
I Une Exécution capitale à Lisbonne
Le 21 septembre 1761, la ville de Lisbonne, à peine revenue de la stupeur et de l’effroi occasionnés par les épouvantables calamités qui avaient fondu coup sur coup sur elle et failli l’anéantir entièrement, était en proie à une agitation extraordinaire, mélangée de sentiments de joie et de terreur. Nous avons hâte de déclarer que bien petit était le nombre de ceux qui paraissaient contents et satisfaits, tandis que la consternation était génér ale. Les premiers n’affichaient qu’une joie de commande : à leur attitude forcée, on devinait aisé ment l’ordre du maître et la crainte de lui déplaire. Chez les derniers, au contraire, la doule ur était inspirée par le nouvel acte d’iniquité sacrilège qui allait être consommé, dans quelques i nstants, par l’homme superbe et orgueilleux devant qui les gens de bien étaient accoutumés à trembler. L’immense place du Rozio présentait, ce jour-là, un aspect inaccoutumé. De par les ordres de er Joseph-Sébastien Carvalho, marquis de Pombal et premier ministre de Joseph I , roi de Portugal, elle avait été disposée comme pour un spectacle de jour de fête. Des estrades et des loges richement ornées avaient été construites tout autour du Rozio , pour recevoir la cour, la noblesse, les membres des divers tribunaux, et la nombreuse multitude des personnages officiels. Au milieu de la place, s’élevait un échafaud bâti en amphithéâtre et pompeusement décoré. Non loin de là, on avait dressé un vaste bûcher, prêt à dévorer sa victime. Plusieurs détachements d’infanterie et de cavalerie vinrent de bonne heure envahir la place et s’y ranger en ordre de bataille. Chaque soldat était mu ni de sept cartouches, comme si l’ennemi eût été aux portes, et cependant il ne s’agissait que de l’exécution d’un condamné inoffensif. Pour que cette exécution eût un caractère plus solennel et plus sinistre, son puissant ordonnateur avait fixé la première heure de la nuit. Déjà le jo ur était sur le point de disparaître entièrement so us les plis de son voile noir, lorsque toutes les personnes convoquées viennent successivement prendre les places qui leur sont réservées. Enfin, quelques minutes avant le moment fatal, arrive le roi, suivi de toute sa cour. Le marquis de Pombal, rayonnant de la satisfaction féroce que donnent une vengeance accomplie et l’ivresse d’un triomphe longtemps médité, monte sur l’échafaud et s’assied dans le magnifique fauteuil placé au milieu. A le voir étincelant d’or, de pierreries et d’orgueil, on devine sans peine que c’est lui qui est le véritable souverain de Portugal, tandis que le roi, qui se trouve dans la loge située en face, n’est que l’humble esclave couronné de l’ambitieuse et tyrannique volonté de son ministre. Cependant, un mouvement et une rumeur lugubres éclatent tout à coup parmi la foule, qui se presse en flots serrés aux abords de la place, touj ours avide de l’émouvant spectacle de la mort. C’est que des mille clochers de la capitale partent et tombent tout à coup sur sa tête, comme un voile de mort, les tristes et monotones vibrations du glas funèbre. C’est que déjà l’on entend les chants funèbres qui accompagnent les condamnés et implorent pour eux la force et la miséricorde du Seigneur. Les rangs s’ouvrent et laissent libre passage à la sombre procession qui escorte les condamnés et doit les accompagner jusqu’au pied de l’échafaud. L’horreur du spectacle est encore augmentée par la sanglante clarté des torches qui l’éclairent. Enfin, cinquante-trois condamnés paraissent et s’avancent, au milieu des doubles rangs des moines et des soldats. L’un d’eux, le principal, celui pour le supplice du quel tout l’appareil que nous venons de décrire en peu de mots a été organisé, celui qui est le héros unique de la scène sinistre mise en jeu par le plus haineux et le plus vindicatif des ministres, attire et concentre sur sa misérable personne les regards de tous les assistants. C’est un pauvre vieillard, âgé de soixante-douze ans. La pâleur de la mort est répandue sur son front vénérable. La maigreur et la faiblesse de son corps sont si grandes, qu’il peut à peine se soutenir sur ses jambes. Il s’avance cependant, avec une lenteur intrépide et digne, à la tête des cinquante-deux autres condamnés, et au milieu de deux religieux bénédictins et de deux seigneurs
destinés, suivant l’usage, à lui servir de parrains dans cette lugubre cérémonie. Lui seul, parmi ses compagnons d’infortune, a les mains liées derrière le dos et porte un frein dans la bouche, parce qu’il est le seul qui doive subir, dans cette heure fatale, une mort infâme et cruelle. Afin d’exciter davantage contre la chétive personne de sa victime les outrages de la multitude, le marquis de Pombal a fait affubler sa tête d’une espèce de mitre en papier, et, sur la soutane de jésuite dont on a revêtu son frêle corps, il a fait attacher de grotesques et horribles figures de diable. Mais, au lieu de produire l’hilarité, la raillerie et l’insulte, comme l’espérait l’infâme bourreau, la vue de l’infortuné vieillard excite, au contraire, le respect et la vénération. Sur son passage, tous les fronts se découvrent et s’inclinent. On admire son calme et la majesté avec laquelle il marche à la mort. Bien loin de voir régner sur sa figure cette terreur du dernier supplice qui fait mourir avant l’heure les autres condamnés, on aperçoit, au contraire, sur tous les traits du noble vieillard, briller les rayons d’une béatitude toute céleste. On dirait qu’il n’est déjà plus de ce monde et qu’il est déjà transfiguré au milieu des délices de la cité éternelle. Il faut que la pensée intérieure qui occupe ce misérable condamné soit bien extraordinaire et bien puissante pour transformer ainsi tout à coup sa fai blesse en un courage invincible, et le faire marcher à la mort comme on marche au triomphe. Ah ! c’est que toutes les facultés de son âme sont, en effet, absorbées par les plus hautes méditations. Elles ont traversé les siècles et les espaces ; elles ont fixé leurs regards sur un autre condamné, qui, comme celui dont elles animent l’organisation corporelle, marchait, lui aussi, à la mort, revêtu d’un manteau de pourpre et un roseau à la main, au milieu des huées et des outrages de tout Jérusalem assemblé. L’instrument de son supplice avait été ensuite jeté sur ses épaules meurtries et ensanglan tées, et il avait expiré entre deux criminels insignes, sous les yeux des princes du peuple, qui s’étaient, eux aussi, rendus au calvaire pour assister à son dernier supplice. Telles sont les pensées qui remplissent d’une joie divine le vieillard, condamné à subir une mort qui le rend en quelque sorte conforme au divin Rédempteur des hommes, et lui communiquent un courage et une énergie qui font l’humiliation de se s persécuteurs et l’admiration des autres assistants. Arrivé au pied de l’échafaud, le condamné en franchit les degrés, en élevant ses yeux vers le ciel, pour implorer encore une fois force et miséricorde. Il est exposé à tous les regards, lorsqu’un commissaire du tribunal fait à haute et intelligibl e voix lecture de la sentence. L’archevêque de Sparte, coadjuteur du cardinal patriarche de Lisbonne, s’avance ensuite et procède à l’humiliante cérémonie de la dégradation. Le vieillard se soumet avec la plus grande docilité à cette ignominie, et, pendant qu’on l’accomplit, ses regards se porte nt encore une fois sur le calvaire, où ils aperçoivent l’Agneau sans tache dépouillé, lui aussi, de ses vêtements par la main des satellites de l’infâme ministre de l’empereur Tibère. La dégradation achevée, l’archevêque exhorte le patient à faire l’aveu de ses crimes et à demander pardon au roi et au peuple de ses scandales. « Depuis que j’ai mis le pied sur le sol portugais, répondit le vieillard avec dignité, j’ai toujours servi Sa Majesté Très-Fidèle en bon et loyal sujet. Cependant, si, à mon insu, je l’ai offensée en quoi que ce soit, je lui en demande humblement et sincèrement pardon. » Après ces paroles prononcées d’une voix haute et vi brante, au milieu du silence et du recueillement profond de la multitude, le vieillard, plus que septuagénaire, se livre entre les mains du bourreau chargé de l’étrangler. Au moment de rendre le dernier soupir, on l’entend prononcer distinctement ces saintes paroles : « Seigneur, ayez pitié de moi ! Je remets mon àme entre vos mains. » A cet instant suprême, son visage, au lieu de subir les altérations ordinaires aux suppliciés, paraît, au contraire, d’après plusieurs relations dignes de foi, s’illuminer soudain d’une lumière extraordinaire, qui arrache un cri de surprise et d’admiration aux six mille spectateurs témoins de ce prodige. Après avoir accompli, avec sa dextérité ordinaire, son œuvre de mort, l’exécuteur se hâte de mettre le feu au bûcher destiné à dévorer le corps de l’exécuté. Ordre a été donné par Pombal de jeter les cendres du vieillard dans la mer, afin d’ empêcher le peuple de les recueillir. Cette prescription est accomplie comme les autres ; mais, s’il faut en croire le témoignage de plusieurs personnes témoins du fait, le cœur de la victime est trouvé parfaitement intact au milieu des cendres, et une pieuse femme l’emporte comme une précieuse relique dans sa maison. Lorsque tout est fini, le roi, ses ministres, sa co ur, et tous les dignitaires de l’empire présents à ce