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La Vieille et la Nouvelle Alsace

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122 pages

Dans le grand clocher de Notre-Dame, à Strasbourg, nichaient autrefois les cigognes, au long bec, présage de paix et de prospérité.

Elles n’ont plus paru depuis de longues années ! Mon âme est triste comme le glas funèbre du vieux clocher !

Et, comme je levais la tête, je vis, sur la terrasse de l’église, un groupe de petits soldats, en uniforme jaune et noir, qui lançaient dans les, airs des cris semblables aux croassements des corbeaux.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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LE MESSAGER D’ALSACE-LORRAINE
Journal hebdomadaire RÉDACTION ET ADMINISTRATION 84, rue de Vaugirard, 84, PARIS LES MARCHES DE L’ESTRecueil mensuel de Littérature, d’Art et d’Histoire Même Librairie POESIE Recueil trimestriel d’Art et de Littérature, publié parMaro Dhano, George Gaudlon etTouny-Lerys. TOULOUSE 19, rue du Taur, 19.
Marc Dhano
La Vieille et la Nouvelle Alsace
IL NE FAUT PAS OUBLIER
Dans le grand clocher de Notre-Dame, à Strasbourg, nichaient autrefois les cigognes, au long bec, présage de paix et de prospé rité. Elles n’ont plus paru depuis de longues années ! Mo n âme est triste comme le glas funèbre du vieux clocher ! Et, comme je levais la tête, je vis, sur la terrass e de l’église, un groupe de petits soldats, en uniforme jaune et noir, qui lançaient d ans les, airs des cris semblables aux croassements des corbeaux. Mon âme devint plus triste, car les oiseaux de nuit avaient remplacé nos cigognes bien-aimées. Sur les dalles de la place publique, devant le merv eilleux portique de Saint-Laurent, le bruit d’un pas lourd se fait entendre : c’est un uhlan qui passe, se rendant au poste. Autour de lui la solitude règne comme dans un cimet ière. On dirait qu’il marche sur des sépulcres fermés. Et voici qu’un régiment arrive, musique en tête, le s chevaux mordent le frein, sous la main pesante des cavaliers ; les chefs lèvent fière ment leurs casques brillants, leurs lèvres se plissent de mépris sous leurs moustaches fauves, ils cherchent des regards à travers les portes qui se ferment et sur les balc ons qui restent déserts. La vieille cathédrale m’apparaît voilée d’un crêpe. Comme elle mon âme se voile d’une plus grande tristesse ! Et, soudain, au milieu de ce deuil universel, d’un trumeau de pierre, enfermant une statuette de la Vierge, je vis sortir — mystérieux enfantement — une hirondelle alerte et vive. Et ma voix l’interpella comme si elle pouvait m’entendre : « — Qu’apportes-tu sous ton aile, fidèle messagère ? Toi, qui viens chercher un refuge dans ces vieux murs à dentelle de pierre, n’ as-tu pas peur que le canon trouble ton repos et que le bruit des armes épouvante tes p etits ? Que viens-tu faire sur cette terre d’exil où les co rbeaux ont remplacé les cigognes ? Tu dois venir de France, n’est-ce pas ? Dis-moi ce qu’on pense là-bas et s’il est vrai qu’on nous oublie ? » Alors comme s’il avait compris mon langage, l’oisea u vint se placer tout près de moi et son bec modela un chant dont je traduisis ainsi les notes précipitées. « — Oui, les cigognes ont disparu, car elles n’aim ent pas le croassement des corbeaux ! Oui, la solitude règne là où la gatté s’épanouissai t autrefois : les fleurs des champs se sont flétries sous la roue des canons, les forts blindés ont remplacé les bois verdoyants. Il n’y a plus ici que des tombeaux et d es fossoyeurs ! Voilà pourquoi, moi qui suis la fille du soleil et de la lumière, je suis venue dans ce pays où la nuit règne pour t’apporter, dans mes ail es, un peu de cette France qui ne t’a pas oublié. Je suis née, l’an dernier, sur les rives fleuries d e la Garonne et j’ai dit : Ce printemps poussons plus loin, peut être qu’en Al sace il n’y a pas d’hirondelles de France : Dis à tes frères d’espérer, car, chaque année, je r eviendrai avec mes petits et nous peuplerons tellement ton pays de notre race que les corbeaux allemands auront peur et s’en iront. Dis à tes frères d’espérer, car le retour des hiron delles présage celui des cigognes ! Non, on ne vous oublie pas là bas, voilà pourquoi j e suis venue, moi, le symbole de
la fidélité et de l’espérance ! » Et ayant cessé de chanter, l’oiseau s’envola vers l a flèche d’or du clocher qu’illumina soudain un rayon de soleil couchant. Et, depuis, j’attends vainement le retour des hiron delles, présage de celui des cigognes. Hélas ! devant le portique de pierre de Notre-Dame, à Strasbourg, les corbeaux règnent en maîtres et répondent seuls par leurs cri s sinistres aux chants du coq, quand midi sonne à l’horloge antique ! Et c’est pour cela qu’un enfant d’Alsace-Lorraine a publié les pages qu’on va lire : souvenirs et impressions qu’il n’a pas voulu garder enfouis au fond de son cœur. Il ne faut pas que toutes les hirondelles de France oublient le chemin de l’Alsace et de la Lorraine ; il faut qu’elles y viennent en att endant le retour des cigognes, dussent quelques-unes y perdre leurs ailes. Car, il y a quelque chose de plus injuste que la so uffrance, de plus cruel que la mort, c’est l’oubli ! Il ne faut pas oublier ! Nous, Alsaciens-Lorrains d’origine, qui vivons en p aix sur la terre de France par suite de l’option de nos pères, loin de nos chères provinces annexées par la force brutale de la guerre, nous qui sommes dans un pays qui comme l’a si bien dit René Bazin : « a le charme d’une femme qu’on aime, où le s âmes ont des nuances infinies, quelque chose comme une Alsace encore plus belle », au milieu de notre prospérité, de nos affections, de notre bonheur domestique, nou s devons garder au cœur le souvenir. Nous ne devons pas crier : à la revanche ! mais rie n ne peut nous défendre d’y penser ; car, peut-être qu’un jour viendra, pacifiq ue et solennel, où la restitution s’accomplira, où l’œuvre de justice se fera. Puisse -t-il s’accomplir sans un coup de canon. Tant mieux pour notre Alsace ! tant mieux pour notr e Lorraine ! tant mieux pour notre France ! tant mieux pour l’humanité et la civ ilisation ! Ce sera alors le retour des hirondelles et des cigo gnes qui feront ensemble leurs nids au haut des vieilles cheminées ; ce sera alors le sourire des blondes filles d’Alsace aux jeunes gars des Vosges, l’accueil des sages Lorraines aux montagnards des Ardennes pour la prospérité de leurs races anti ques ; ce sera la continuation des plantureux festins où couleront, à pleins bords, le jus noir des myrtilles et l’écume épaisse des houblons ; ce sera enfin le réveil glor ieux et reconnaissant des aïeux couchés depuis longtemps dans la mort. Ce jour, nos générations, celles qui viendront, apr ès nous encore, ne le verront pas sans doute, mais qu’importe, pourvu qu’il nous rest e l’espoir à nous qui avons si longtemps désespéré. Les siècles passent, la consci ence humaine reste, la bonne semence ne se perd pas. Allez, chers souvenirs de mon pays aimé, allez, vol ez du haut du clocher de Strasbourg, aux dentelles de pierre, du fort impren able de Bitche, de la ruche bourdonnante de Mulhouse, des flots impétueux du Rh in, du plateau silencieux de
Hohembourg, où l’image d’Odile veille sur l’Alsace, comme celle de Jeanne, à Domrémy, veille sur la Lorraine ! Allez, souvenirs de notre vieille Alsace légendaire , visions consolantes de notre nouvelle et fidèle Alsace, répandez-vous partout co mme des hirondelles sur le sol de la France afin qu’elle n’oublie pas !