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Le bien qu'en disent les jeunes

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Description

A travers la diversité des expressions, ces paroles de jeunes sur le Bien révèlent quelque chose de la permanence et de l'invariance des aspirations éthiques qui demeurent en chacun... Adolescence avide de justice et d'équité, saura-t-elle afficher dans ses actes, mieux que ses aînées peut-être, sa préférence pour des valeurs humaines positives, source de bien-être et d'humanité ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2005
Nombre de lectures 37
EAN13 9782336271545
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

www.librairieharmattan.com Harmattan1@wanadoo.fr
© L’Harmattan, 2005
9782747589932
EAN : 9782747589932
Le bien qu'en disent les jeunes ?

Sophie Levasseur
« Éthique vivante »
une collection dirigée par la Fondation Ostad Elahi — Éthique et solidarité humaine

En matière d’éthique, la théorie n’est pas séparable de l’action qu’elle rend possible ou qu’elle éclaire : elle tire son sens de la mise en œuvre pratique des principes visant au bien d’autrui ou à l’équité. Mais l’acquisition d’un art passe également par l’observation et la réflexion. L’éthique n’échappe pas à la règle. Elle suppose, de la part des acteurs ou des bénéficiaires de l’action éthique (ou « anti-éthique »), une prise de conscience de ses ressorts et de ses effets concrets.
C’est à ces acteurs, à tous ceux qui sont partie prenante de la vie éthique, que la collection Éthique vivante entend donner la parole. En rassemblant des témoignages, en les livrant tels quels, sans prétendre en donner l’analyse ou le commentaire, elle s’en remet à l’impact et à la puissance d’évocation du vécu, où chacun peut reconnaître un aspect de son expérience. Souvent anonymes, parfois recueillis dans des cadres sociaux spécifiques ou auprès de personnalités connues (arts, lettres, sciences, etc.), ces récits de vie, ces anecdotes, ces réflexions où se mêlent états d’âmes et plans d’action, indiquent à quel point l’action éthique nous concerne tous, à tout instant. Ils doivent servir d’incitation ou d’adjuvant à tous ceux qui souhaiteraient approfondir la pratique de l’éthique de façon personnelle et concrète.
La collection « Éthique vivante » vient ainsi compléter et illustrer les perspectives développées dans les collections « Éthique au quotidien » et « Éthique en contextes ». Un même projet se décline à travers elles : celui d’acquérir ou d’inventer des manières d’être éthique, sans perdre de vue l’exigence d’une réflexion approfondie sur les motivations et les moyens de construire et de développer notre humanité véritable.
Sommaire
Page de Copyright Page de titre « Éthique vivante » Remerciements Présentation À la découverte du bien Le bien en actes Les motivations au scalpel Les freins à la réalisation du bien Les bienfaits du bien Perspectives
Remerciements
J’adresse des remerciements particuliers à Camille Saint Romans, pour le soin qu’il a apporté au travail de relecture et d’édition de cet ouvrage.
Présentation
Lorsque j’ai débuté dans l’enseignement de la philosophie, la distinction entre ce qui est et ce qui doit être, entre l’ordre des faits et celui des valeurs, m’apparaissait comme une vérité évidente à tout être humain sain d’esprit. Mais une après-midi de décembre, il y a quelques années de cela, il m’a fallu admettre que cette distinction était loin d’être claire pour la majorité de ceux que j’étais censée faire réfléchir sur la dimension morale de l’existence humaine.
C’était un vendredi après-midi, à l’heure où la lassitude générale produit cette léthargie pesante à laquelle il est si difficile d’échapper. Décidée à ne pas me laisser envahir par la morosité ambiante et à dynamiser les trente adolescents qui, affalés devant moi, attendaient patiemment la fin de leur martyre, j’entamai le cours consacré à l’éthique par une question : « Quetles sont les valeurs morales auxquelles vous accordez un prix ? »
Alcibiade, encore jeune homme, confiait à Socrate que pour rien au monde il n’aurait voulu de la vie s’il lui avait fallu être lâche. En affirmant qu’il préférait mourir au combat plutôt que survivre dans la fuite, il révélait ce qui était pour lui la vraie valeur, celle qui méritait qu’on y sacrifie sa vie : le courage. Y avait-il parmi nous, en ce vendredi après-midi, de jeunes Alcibiade, qui, sans aller jusqu’à la mort, étaient prêts à de douloureux renoncements pour défendre une valeur ? Pour quelle idée, en somme, étaient-ils prêts à se sacrifier ? Tel était le sens de la question que je leur posai.
La réponse fut éloquente : ce fut un long silence. « Donc, vous n’avez rien à dire ? Vous êtes venus là pour dormir, c’est tout ? » Le problème, avec le silence, c’est qu’il laisse place à de nombreuses méprises. Un jeune homme, timidement, leva la main : « Mais Madame, c’est qu’on ne sait pas ce que c’est, une valeur morale ! » La discussion qui suivit révéla en effet qu’ils n’avaient guère songé jusqu’à présent, du moins pour la plupart d’entre eux, à ce que leur vie puisse être dirigée par autre chose que par leurs envies. Et cela se confirma par la suite auprès des nombreux jeunes que j’ai pu côtoyer. Dans l’esprit de beaucoup, la morale n’est pas autre chose que m a morale, et ma morale se réfère non pas à ce qui, à mes yeux, doit être fait, mais à la manière dont il me plaît d’agir en fonction d’opinions toutes personnelles. En grossissant le trait, ma morale, c’est la manière dont je me comporte : celle du tueur est de tuer, celle du généreux est de donner !
Voila pour le constat. Doit-on en conclure qu’il n’y a décidément plus de valeurs puisque se perd la conscience même de ce qu’est une valeur ? Ce serait nier, me semble-t-il, l’idée que l’homme est un être foncièrement moral, au sens où ce qui fait son humanité, par opposition à ce qui fait de lui une espèce — l’espèce humaine au même titre que d’autres espèces animales —, c’est précisément sa capacité à concevoir un monde meilleur que le monde existant, à entrevoir pour lui-même la possibilité d’agir autrement que selon ses envies, pour se déterminer selon ce qui lui semble être l’action la plus juste, à défaut d’être la plus désirable.
C’est cette croyance en la moralité essentielle de l’homme, à ne pas confondre avec celle de sa bonté originelle, qui m’a conduite quelques années plus tard à m’intéresser plus en profondeur à la façon dont des élèves de terminale, c’est-à-dire des jeunes qui avaient pour la plupart entre 17 et 19 ans, percevaient le « bien ». Le concept de « valeur morale » ayant fait chou blanc, j’ai préféré en revenir à un concept plus classique et dont la compréhension est plus aisée pour des esprits habitués depuis longtemps à distinguer le bien du mal.
Certains trouveront sans doute regrettable de faire réfléchir les jeunes générations sur une opposition (le bien contre le mal) qu’ils jugent d’un autre temps et qui a souvent été porteuse d’intolérance et de dogmatisme. Mais d’une part, aucun modèle a priori du bien ou du mal n’était suggéré à travers ce questionnement. Et d’autre part, nous sommes, qu’on le veuille ou non, profondément imprégnés de la notion du bien, non pas de notre bien au sens de ce qui nous est avantageux, mais du bien en général par opposition au mal.
L’enquête que j’ai menée auprès d’élèves en classe de terminale 1 dans un lycée des Hauts-de-Seine, avait donc pour objet de découvrir la manière dont les jeunes conçoivent le bien et plus généralement l’univers des valeurs. Une centaine de jeunes venant de villes aussi contrastées que Levallois et Argenteuil, Neuilly-sur-Seine, Colombes ou Gennevilliers, ont ainsi été invités à s’exprimer en classe, au cours de débats enregistrés, mais également de manière plus personnelle et détaillée, à travers des témoignages écrits. Dans les débats, le regard des camarades a pu avoir un effet inhibiteur, alors que les témoignages écrits ont donné lieu à des récits souvent plus intimes et à des analyses plus détaillées. Les discussions en classe ont cependant eu l’avantage de mettre clairement en évidence les problèmes que soulève aux yeux des jeunes l’idée du bien ainsi que les grandes divergences qui les opposent sur la question. C’est au cours d’une de ces discussions qu’ils ont longuement débattu pour savoir si le bien pouvait résider dans de petits actes, aux apparences parfois insignifiantes, ou si on ne pouvait l’accomplir qu’à l’occasion de grands actes, moins accessibles et moins fréquents. Les échanges ont également permis de faire apparaître des difficultés relationnelles entre élèves d’une même classe. L’un d’eux, par exemple, a profité de cette occasion pour exprimer publiquement son désarroi face à l’attitude systématiquement moqueuse des autres garçons de la classe à son égard. Ces derniers, après avoir manifesté leur agacement de se voir mis en cause, ont finalement reconnu que leur comportement n’était pas très « cool ». Et par la suite, les moqueries furent moins fréquentes et teintées d’une certaine affection.
Pour ce qui est du contenu des témoignages, les jeunes ont été invités à développer essentiellement la manière dont le bien entrait concrètement dans leur vie, à travers des gestes dont ils étaient les auteurs ou les bénéficiaires. Cela les a conduits à livrer leur conception du bien, d’un bien qui se trouve valorisé par la quasi-totalité d’entre eux, même s’ils reconnaissent parfois ne pas se donner les moyens d’agir en conséquence. Cédant à la tendance très répandue à placer le bien dans des sphères inaccessibles, il ne leur a pas toujours été facile de découvrir le bien dont ils ont pu être les auteurs : le bien qui se trouvait à leur portée leur semblait trop insignifiant pour mériter d’être signalé, et le vrai Bien, le bien avec un grand B, trop extraordinaire pour qu’ils puissent même envisager de l’accomplir.
Cet obstacle surmonté, les anecdotes rapportées témoignent que dans les faits, les jeunes ont bien conscience que l’agir moral se présente souvent comme un devoir en contradiction avec certains de leurs désirs ; et qu’il exige en cela quelques renoncements et des efforts difficiles à accomplir sans de solides motivations. Ils se sont également prononcés sur les bénéfices qu’il y a à accomplir le bien, que ce soit de manière intéressée ou par altruisme et amour d’autrui. Même si certains ont remarqué que faire le bien pouvait avoir des inconvénients, que les autres pouvaient par exemple abuser de leur gentillesse ou faire preuve d’ingratitude, ils étaient le plus souvent persuadés qu’il ne restait pas sans effet positif pour celui qui le faisait, et qu’il pouvait notamment lui procurer un véritable plaisir.
J’ai cherché dans ce livre à rapporter aussi fidèlement que possible le contenu des échanges et des témoignages que j’ai pu recueillir. J’ai trié et classé les propos, mais sans les commenter ni les analyser. L’idée n’était pas d’écrire sur les jeunes, mais de donner directement à lire la parole de jeunes sur le bien. Les témoignages parlent d’eux-mêmes et il m’a semblé préférable de laisser à chacun la liberté d’en tirer les conclusions qu’il jugera les plus pertinentes. Le style des lycéens a été volontairement conservé, parfois avec ses maladresses, même si j’ai jugé nécessaire, pour faciliter la lecture, de corriger les fautes d’orthographe et certaines fautes de syntaxe.
Les témoignages recueillis dans cet ouvrage révèlent quelque chose de la permanence et de l’invariance des aspirations éthiques qui demeurent en chacun. Un grand merci à tous les jeunes qui ont accepté de témoigner, et qui l’ont fait avec sérieux et sincérité. Ces paroles sur le bien, paroles de jeunes sur un mot très ancien, nous rappellent qu’il n’y a pas lieu de désespérer de la nature humaine. Ces représentants de l’avenir portent clairement en eux l’une des spécificités les plus nobles de l’être humain : un sens aigu du bien et du mal. Il est à espérer qu’ils sauront, mieux que leurs aînés, garder ce sens en éveil et agir en conséquence.
À la découverte du bien
Arnaud
Le bien n’est pas une chose obligatoire que tout le monde doit faire mais plutôt une chose qui doit se faire naturellement, et pas à l’encontre de nos désirs.

À l’issue de cette enquête, nous avons été surpris de voir à quel point les jeunes que nous avons rencontrés disent aimer le bien et lui attribuent de la valeur, celle principalement d’aider les autres et de les rendre heureux. Excepté pour deux d’entre eux qui ont reconnu ne pas cultiver de souci moral, le bien revêt, tout au moins dans le discours, une connotation extrêmement positive : il est digne d’admiration et correspond à ce que chacun espère recevoir de son entourage. Mais qu’est-ce que le bien exactement ? Comment le connaît-on et qu’est-ce qui le caractérise ?

Voix intérieure ou fruit de l’éducation ?
D’où vient notre connaissance du bien ? L’homme en a-t-il une connaissance immédiate qui le dispenserait d’avoir à s’instruire en ce domaine ? D’après Cécile, ce fait est incontestable : « Au moment de faire une action, nous sentons au plus profond de nous-même si elle est bonne ou pas. Il y a une force à l’intérieur de nous qui ne nous laisse aucun doute sur la nature de l’acte. » C’est à une même connaissance innée que se réfère Aline : « Profondément, on sait quand quelque chose est bien ou mal. On sait que trahir, c’est mal, car on bafoue le respect et l’amour. »
La certitude n’est cependant pas complète, puisque Céline ajoute : « D’un autre côté, on ne peut pas que se fier à cette force intérieure : il se pourrait très bien que ce soit la voix de notre nature animale qu’on écoute, auquel cas ce n’est plus faire le bien. »
Face au doute, certains se munissent de critères, comme Luc et Aline, qui expliquent comment ils arrivent à distinguer à quelle catégorie appartient ce qu’ils s’apprêtent à faire, en toutes situations.

Luc
Faire le bien, c’est une chose toute simple. Une phrase de la Bible dit : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse. » D’après moi, le bien c’est donc juste de ne pas faire un acte sur une personne, un être vivant, que je ne voudrais pas qui m’arrive à moi. Par exemple, je vais en classe, je tape une personne plus faible que moi parce que je sais que je n’aurai pas mal. Mais je ne voudrais pas plus tard avoir mal parce qu’un plus fort m’aura tapé. Donc, ce que je ne veux pas qu’il m’arrive, je ne dois pas l’infliger aux autres.

Aline
Faire le bien, c’est agir de façon non nuisible, voire bénéfique vis-à-vis des autres. Faire le bien est une notion positive, noble. C’est agir de telle façon que ce que je fais ne puisse pas m’être reproché et être réprouvé. C’est agir de la manière dont j’aimerais qu’on agisse avec moi dans la même situation.

Ce principe de réciprocité (est-ce que je voudrais qu’on me fasse ce que je m’apprête à faire ?), Cécile, élève de terminale littéraire, le reprend elle aussi à son compte. Elle lui adjoint cependant la considération du droit, notion plus abstraite qu’elle emprunte à ses cours de philosophie.

Cécile
Pour moi, faire le bien, c’est agir de façon à ce que, ce qu’on a fait, on pourrait nous le faire sans qu’aucun des droits que nous avons ne soit bafoué. Par droit, je n’entends pas seulement les droits que la société nous reconnaît ; les droits universels sont également à prendre en compte, car on a beau dire, les droits universels tels que traiter une personne de façon égale sont parfois vite oubliés et pourtant essentiels si l’on veut continuer à vivre en société.

D’autres pensent en revanche que l’on doit cette connaissance uniquement à l’éducation reçue pendant l’enfance, celle qui nous vient des parents essentiellement, mais aussi celle qui nous vient de la religion.

Patricia
Faire le bien ne relève que de l’éducation. La véritable éducation doit nous inculquer les valeurs les plus fondamentales : respect, tolérance, générosité, compréhension, politesse, charité, écoute d’autrui. Je dis cela tout en sachant qu’il m’arrive de manquer à ces valeurs dans certaines situations.

Sylvie
Nous pouvons dissocier le bien du mal tout d’abord par la religion qui nous guide vers le bien. Par exemple, les dix commandements et la Bible nous poussent à aider notre prochain. Nous pouvons également les dissocier par l’éducation des parents. Nos parents, depuis que l’on est tout petit, nous répètent ce qui est bien et ce qui est mal.

Pour Sophie, c’est l’éducation reçue par l’enfant qui explique que tous les hommes ne se comportent pas de la même manière à l’égard du bien : « Par exemple, un enfant qui a été élevé avec civilité, dans de bonnes conditions de vie et auquel ses parents ont appris au cours de sa croissance le bien et le mal, agira mieux qu’un enfant qui a été élevé dans de piètres conditions et dont les parents ne s’occupaient pas et ne lui apprenaient pas cette distinction. Il saura moins bien cette distinction et donc, même sans le vouloir forcément, il pourra faire le mal. »

Une affaire de définition
Mais alors que Sophie suggère dans ces propos qu’il existe un bien universel que l’éducation aurait pour fonction de faire connaître, les témoignages qui suivent expriment une idée relativiste du bien — à chacun sa définition du bien ! — auquel de nombreux jeunes se sont montrés sensibles. Après avoir constaté que tous les hommes n’ont pas la même conception du bien, ils se demandent si finalement, le bien ne serait pas qu’une affaire d’appréciation toute personnelle.

Mathieu
Un acte bon n’est pas forcément bien, il est bien selon la vision qu’a la personne de faire le bien. Si je casse une jambe à un copain parce qu’il n’a pas envie d’aller en sport, tout dépend de ma vision du bien.

Cédric
Pour faire le bien, il faut avoir les mêmes idées et opinions du bien que la personne qui dit que l’on fait le bien. Il se peut très bien que l’on ait d’un côté des personnes qui disent qu’on fait le bien et d’autres qui disent qu’on fait le mal; car chaque personne a son caractère, sa manière de penser, son avis. Faire le bien signifie être semblable à la manière de penser de celui qui nous juge.

Vive la spontanéité !
En revanche, fini le relativisme dès qu’il s’agit de scruter l’état d’esprit qui accompagne le bien ! Les avis sont quasi unanimes : le bien est fait de spontanéité et exclut le calcul et la réflexion.

Julie